Manifestations neurologiques du VIH (Pathologie neuromusculaire)
Cours de Neurologie
Des atteintes du système nerveux périphériques et du muscle sont observées
à tous les stades de l’infection par le VIH.
Leur mécanisme varie en fonction
du stade d’immunodépression des patients.
Les neuropathies liées au VIH,
immunitaires ou inflammatoires, sont souvent rencontrées au stade précoce
de l’infection, mais ont été observées chez quelques patients fortement
immunodéprimés.
Les neuropathies distales douloureuses vues au stade tardif
sont fréquentes et difficiles à traiter.
Si une neuropathie infraclinique,
détectable par des examens électrophysiologiques, apparaît fréquente chez les
patients immunodéprimés, elle n’est pas prédictive d’une neuropathie
clinique ultérieure.
Les neuropathies symptomatiques semblent plus
fréquentes chez les patients immunodéprimés ; leur réelle fréquence est
difficile à évaluer, les études prospectives étant contradictoires et ne portant
que sur un petit nombre de patients, allant de 93 à 21 %selon les études.
En revanche, une neuropathie périphérique peut révéler l’infection par le VIH.
Une myopathie infraclinique est souvent intriquée à une neuropathie
inflammatoire.
Sur une série de 260 patients porteurs du VIH, examinés à
Bicêtre pour une pathologie neuromusculaire, 77 % étaient atteints de sida,
20 % avaient un taux de CD4 supérieur à 100/mL et 3 % étaient séropositifs
asymptomatiques pour le VIH.
La possibilité d’un traitement antiinflammatoire
ou spécifique dans certaines neuropathies ou myopathies,
invite, dans certains cas, à faire une biopsie neuromusculaire, d’autant que la
corrélation clinicopathologique n’est pas toujours facile : une vascularite nécrosante pouvant être responsable d’une neuropathie distale symétrique
tardive, par exemple.
Mises à part les neuropathies liées au CMV et les
neuropathies douloureuses tardives, tous les types de neuropathies peuvent
se voir quel que soit le stade immunitaire du patient.
Des PRN du type Guillain-Barré se rencontrent, le plus souvent, au stade
précoce de l’infection par le VIH, voire même lors de la séroconversion.
Ces PRN ne diffèrent pas cliniquement de celles observées chez les patients
séronégatifs, avec un déficit sensitivomoteur des quatre membres, une
fréquente atteinte faciale et une aréflexie.
L’hyperprotéinorachie est le plus
souvent accompagnée d’une lymphocytose.
L’évolution est en règle
favorable en quelques semaines, voire plus longue en cas de déficit objectif
majeur.
Des formes récidivantes ou subaiguës ont été observées chez des
patients à un stade plus tardif de la maladie VIH.
Chez des patients modérément immunodéprimés ou parfois au stade sida, une
multinévrite d’évolution subaiguë peut survenir.
Un déficit sensitivomoteur
asymétrique apparaît en quelques jours ou semaines.
Les réflexes ostéotendineux sont préservés, voire vifs.
La protéinorachie est normale.
L’évolution spontanée peut être favorable en quelques mois, avec une
récupération quasi complète du déficit.
Des biopsies neuromusculaires ont
montré des lésions nerveuses inflammatoires ou des vascularites nécrosantes.
Si le statut immunitaire du patient le permet, un traitement par corticothérapie
peut être prescrit pendant quelques semaines.
Chez des patients fortement
immunodéprimés et présentant un tableau de multinévrite, une biopsie peut
montrer une infiltration du nerf par un processus lymphomateux.
Environ 50 % des neuropathies observées dans le service de neurologie de
Bicêtre étaient des neuropathies sensitives distales douloureuses, survenues
au stade sida ; sur une cohorte de 1 500 patients, 11 % présentaient ce type de
neuropathie à un stade tardif.
L’incidence des neuropathies tardives
douloureuses semblerait augmenter depuis quelques années.
Plusieurs
facteurs en seraient responsables : l’espérance de vie des patients est
prolongée par l’apparition des trithérapies, mais plusieurs de ces produits, en
particulier la ddC et la ddI, sont neurotoxiques.
On observe de plus que ces
neuropathies douloureuses tardives sont souvent associées à des troubles
cognitifs liés à une encéphalopathie VIH ou à une myélopathie vacuolaire, se
manifestant par un syndrome pyramidal.
Le traitement de ces douleurs parfois insomniantes est difficile : les tricycliques sont souvent utilisés mais
d’efficacité variable.
Les patients pourraient bénéficier de nouvelles
thérapeutiques, comme les facteurs de croissance du nerf.
Une dysautonomie peut survenir chez les patients VIH au cours d’un
syndrome de Guillain-Barré ou, rarement, de manière isolée.
Des études
systématiques ont montré des variations de la fréquence cardiaque et tensionnelles chez des patients VIH, mais ces tests n’ont pas d’intérêt
pratique.
Des neuropathies isolées des nerfs crâniens ont été rapportées, touchant le
plus souvent le nerf facial.
Les études électrophysiologiques au cours des neuropathies symptomatiques
confirment l’extension et la physiopathologie : les lésions démyélinisantes
étant caractérisées par des blocs de conduction et des ralentissements de
vitesses de conduction, et les neuropathies axonales par une diminution des
amplitudes des potentiels d’action.
L’étude du LCR est le plus souvent anormale chez les patients VIH. Une
hyperprotéinorachie est fréquente, plus élevée au cours des PRN.
Une
lymphocytose est retrouvée dans de nombreux cas, que les patients soient
symptomatiques ou non. Une élévation de l’index immunoglobuline G et des
bandes oligoclonales n’est pas rare dans ce contexte.
Ces anomalies du LCR
ne sont pas systématiquement corrélées à l’intensité de la neuropathie.
L’étude des biopsies nerveuses au cours de différentes neuropathies montre
des lésions démyélinisantes au cours des PRN, mais souvent associées à des
lésions axonales et des infiltrats inflammatoires endoneuraux.
Dans des
multinévrites et des neuropathies distales symétriques, les lésions axonales
sont largement prédominantes, accompagnées de fréquentes lésions
inflammatoires et d’infiltrats lymphocytaires péricapillaires.
Des
lésions de vascularite nécrosante épineurale et musculaire ont été observées,
comparables à celles vues chez des patients séronégatifs, mais généralement
associées à des infiltrats plus volumineux.
La présence d’une vascularite nécrosante ou d’une vascularite granulomateuse dans le nerf et/ou
le muscle, si le taux de CD4 est au-dessus de 100/mL, incite à traiter de
manière prudente le patient par des corticoïdes.
Des améliorations cliniques
spectaculaires et prolongées ont été observées dans certains cas.
Les neuropathies liées au CMV peuvent survenir chez des patients
immunodéprimés.
Un diagnostic précoce permet l’instauration d’un
traitement efficace qui a permis une récupération des déficits chez plusieurs
patients.
Les neuropathies liées au CMV sont des neuropathies multifocales
ou souvent des polyradiculopathies lombosacrées, associant des signes
déficitaires périphériques sensitivomoteurs et des troubles sphinctériens.
De
violentes douleurs des membres inférieurs sont fréquentes.
Une atteinte des
membres supérieurs n’est pas exceptionnelle.
Des signes généraux, avec
fièvre et cachexie, sont souvent présents.
L’étude du LCR montre souvent, à
côté d’une hyperprotéinorachie, une hypercytose avec polynucléaires.
La
détection d’ADN du CMV par PCR pourrait conforter le diagnostic.
Des
antécédents de rétinite à CMV contribuent également à suspecter le CMV.
Une certitude diagnostique peut être apportée par une biopsie nerveuse.
La
pathologie est souvent spécifique, avec présence de cellules cytomégaliques
contenant des inclusions nucléaires et cytoplasmiques caractéristiques dans
l’endonèvre, cellules de Schwann, macrophages ou cellules endothéliales.
Des microabcès endoneuraux, constitués d’amas de polynucléaires altérés
mêlés à des cellules cytomégaliques, sont quasi pathognomoniques.
Les lésions nerveuses se situant au niveau des racines et du nerf distal sont,
dans de nombreux cas, associées à des lésions du cône terminal.
La mise en
route très précoce d’une thérapeutique spécifique peut seule éviter des troubles sphinctériens irréversibles.
Le traitement d’attaque doit être
administré par voie parentérale pendant au moins 1 mois, utilisant du ganciclovir et/ou du foscarnet.
Un traitement d’entretien à vie doit être
poursuivi par voie orale.
Mais, chez de nombreux patients très
immunodéprimés lors de l’apparition de la neuropathie liée au CMV, le
pronostic vital est très sombre à court terme, des lésions centrales médullaires
et encéphaliques, fréquemment présentes, ne répondant pas au traitement.
Au stade sida, une infiltration lymphomateuse des racines nerveuses ou des
nerfs crâniens peut se rencontrer.
Le diagnostic, en dehors d’une biopsie
positive, est souvent difficile.
Certains patients ont cependant été améliorés
transitoirement par une corticothérapie ou une radiothérapie.
Enfin, depuis quelques années, à côté des fréquentes neuropathies
douloureuses tardives, des neuropathies toxiques liées aux antirétroviraux
apparaissent de plus en plus fréquentes.
Ce sont des neuropathies distales
sensitives symétriques, parfois ataxiantes.
Ces neuropathies sont réversibles
à l’arrêt du produit.
La ddC et la ddI sont le plus souvent impliquées ; le 3TC
(lamivudine [Epivirt]) apparaît peu neurotoxique.
Le recul n’est pas suffisant
pour les antiprotéases, mais une surveillance rapprochée des patients
s’impose.
Si certaines neuropathies inflammatoires liées au VIH ou au CMV semblent
très nettement diminuer de fréquence depuis que de nombreux patients
bénéficient d’une trithérapie, des myosites liées au VIH, quoique peu
fréquentes, sont toujours d’actualité, à tous les stades de la maladie.
Elles se manifestent par des myalgies, un déficit moteur
prédominant aux ceintures et souvent par une amyotrophie.
Une neuropathie
distale sensitive très modérée parallèle est souvent présente à l’examen.
Des
lésions cutanées sont rares dans ce contexte.
Le taux de créatine-kinase est
élevé et sert de base pour le contrôle périodique des patients.
La biopsie
musculaire confirme les lésions de myosite ; des infiltrats
inflammatoires, lymphomacrophagiques péricapillaires sont très fréquents.
La majorité des lymphocytes sont des CD8.
Si le statut immunitaire des
patients le permet, une corticothérapie de courte durée permet la régression
des symptômes.
Des myopathies à bâtonnets ou liées à une perte des filaments épais
s’observent chez des patients peu immunodéprimés.
Ces lésions sont, de plus,
fréquentes dans les muscles des patients ayant une neuropathie.
Des dépôts de pigments ferriques, non associés à des hémorragies, sont très
fréquemment présents dans les biopsies musculaires de patients au stade
sida.
Ces dépôts, probablement liés à une mauvaise résorption de la
myosine par des macrophages défectueux, peuvent, dans certains cas,
entraîner des douleurs musculaires.
La zidovudine peut induire des myopathies sévères avec amyotrophie
majeure, déficit proximal et élévation importante des enzymes musculaires.
Ces lésions toxiques ne sont que très rarement observées actuellement, car
elles sont dose-dépendantes, et les trithérapies utilisent des doses plus faibles
de zidovudine ou des analogues nucléosidiques différents et moins
myotoxiques.
Les lésions présentes dans les biopsies de muscle étaient de la
nécrose peu inflammatoire, des microvacuoles dans les fibres et des
pseudofibres déchiquetées, similaires à celles observées lors des myopathies
mitochondriales.
Des infections opportunistes du muscle pouvant bénéficier d’un traitement
sont parfois observées, comme des pyomyosites, pouvant toucher n’importe
quel muscle.
Ce sont le plus souvent des abcès à staphylocoques,
hyperalgiques et bien visibles à la TDM.
Une antibiothérapie standard est
efficace en quelques jours.
Les toxoplasmoses musculaires sont
paradoxalement exceptionnelles, comparé à la fréquence des encéphalites.
Quelques cas terminaux ont été vus et la dissémination du parasite était
souvent diffuse, touchant le système nerveux central, surtout le myocarde, et
au-delà de toute thérapeutique.