Manifestations neurologiques des infections
Cours de Neurologie
Manifestations médullaires
:
A - Médullopathies aiguës et subaiguës
:
1- Présentations cliniques :
Trois tableaux cliniques différents se distinguent : la méningo-myéloradiculite,
la myélite focale et la myélite transverse aiguë.
2-
Myélite transverse aiguë (MTA)
:
Elle est définie par l’atteinte aiguë de l’ensemble des faisceaux moteurs et
sensitifs de la moelle à un niveau donné, réalisant une véritable atteinte
transversale de la moelle, à l’exclusion de toute myélopathie compressive.
L’incidence de la maladie est environ de 1,34 à 4,6/1 000 000/an.
Il existe un
pic de fréquence de la maladie entre 10-19 ans et après 40 ans.
Dans 37 %des
cas, une infection virale ou bactérienne précède la MTAde 5 à 21 jours.
La
symptomatologie clinique comporte un début extrêmement brutal, une
paraplégie flasque, parfois annoncée par des douleurs dorsales, lombaires ou
abdominales dans 34 %des cas.
Les troubles sensitifs à tous les modes sont
constants, de même que les troubles sphinctériens.
Dans certains cas,
l’absence de trouble sensitif profond évoque un mécanisme vasculaire par
lésion de l’artère spinale antérieure.
Les MTA para- ou postinfectieuses se
distinguent de la sclérose en plaques par l’absence de bande oligoclonale dans
le LCR, la présence à l’IRM médullaire de lésions intramédullaires étendues
sur plus de deux segments avec un oedème et un gonflement de la moelle, une
évolution monophasique.
Le LCR montre une méningite lymphocytaire
aseptique.
Pour certains auteurs, la MTA serait une forme d’encéphalomyélite
postinfectieuse restreinte à la moelle. Tous les germes peuvent être à l’origine d’une MTA, en particulier les virus du groupe herpès, le
mycoplasme.
Les autres causes incluent les collagénoses et les syndromes
paranéoplasiques.
3- Méningo-myélo-radiculite
:
Elle donne un tableau clinique d’installation aiguë, suraiguë ou subaiguë.
Des
paresthésies des membres inférieurs et du périnée sont souvent inaugurales,
suivies de douleurs parfois intenses.
Les troubles génitosphinctériens sont
précoces et quasi constants à la phase d’état.
Ils débutent par une rétention
d’urine puis aboutissent rapidement à l’incontinence urinaire et fécale.
Un
déficit moteur de début, souvent distal, évolue avec une rapidité variable,
conduisant à une paraplégie flasque asymétrique et aréflexique, pouvant en
imposer pour un syndrome de Guillain-Barré.
À l’examen, un signe
de Babinski est souvent présent et il existe un degré variable de trouble sensitif
à tous les modes.
4- Myélite focale
:
L’atteinte médullaire se reconnaît souvent par l’association variable d’un
syndrome lésionnel, sous-lésionnel et rachidien (qui peut manquer).
Le
syndrome lésionnel, de grande valeur localisatrice, est caractérisé par des
douleurs, parfois intenses, de siège radiculaire.
Il peut s’exprimer sous la
forme d’une hypoesthésie en bande, accompagnée ou non d’une paralysie
avec amyotrophie et aréflexie dans le(s) territoire(s) radiculaire(s).
Le
syndrome sous-lésionnel traduit la lésion et l’interruption des faisceaux
moteurs et sensitifs sous-jacents.
Il comporte un déficit des membres
inférieurs, de sévérité variable, souvent asymétrique, avec des réflexes vifs,
diffusés, polycinétiques, reflets de la lésion du faisceau pyramidal
homolatéral à la lésion.
Les troubles sensitifs cordonaux postérieurs,
homolatéraux à la lésion s’expriment par des sensations de fourmillement, de
peau cartonnée, d’impression d’étau thoracique ou des membres inférieurs,
de « marcher sur du coton ».
L’interruption des voies sensitives spinothalamiques se traduit par une anesthésie, voire une hypoesthésie de
toute la partie de l’hémicorps, controlatérale, sous-jacente à la lésion.
Des
troubles génitosphinctériens et des douleurs rachidiennes (inconstantes)
viennent compléter le tableau.
5- Médullopathies virales aiguë et subaiguë
:
* Herpès simplex :
L’Herpès simplex de type 2 (HSV-2), mais aussi celui de type 1 (HSV-1), sont
associés à un tableau de méningomyélite nécrosante ou de méningo-myéloradiculite
aiguë ascendante et nécrosante.
Seuls quelques cas ont été
rapportés et l’atteinte a été souvent décrite, associée à une néoplasie.
Typiquement, dans un contexte fébrile avec altération de l’état général, le
patient développe une méningo-myélo-radiculite, d’installation très rapide,
en quelques heures, avec atteinte rapidement progressive de la queue-decheval
marquée par des paresthésies ascendantes, une rétention d’urine puis
une paraplégie flasque ascendante avec signes de Babinski.
La maladie peut
évoluer vers la tétraparésie, voire la tétraplégie, en quelques heures ou jours.
L’étude du LCR révèle une méningite lymphocytaire et une protéinorachie
élevée.
L’IRM montre une moelle augmentée de volume et pseudotumorale.
L’examen anatomopathologique de la moelle épinière
trouve une vascularite nécrosante et hémorragique plus ou moins étendue,
associée à des lésions inflammatoires des racines.
La physiopathologie fait
intervenir la réactivation de l’HSV-2 au niveau des ganglions sensitifs
dorsaux. Une méningomyélite moins sévère, liée à HSV-1, récurrente et
à rechute, a été rapportée.
Le traitement repose sur l’aciclovir par voie
intraveineuse, à la dose de 30 à 45 mg/kg/j, et les corticoïdes.
*
Varicelle-zona :
L’incidence de la myélite varie de 0 à 0,8 % respectivement dans la
population générale et chez les patients immunocompromis.
Chez les patients
infectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), elle serait en
augmentation.
Dans ce dernier cas, les patients ont constamment une
immunodépression importante avec un nombre de CD4 inférieur à 100/mm3.
Une myélite aiguë peut compliquer une primo-infection au VZV.
L’atteinte médullaire, comme pour l’HSV-2, est le plus souvent la
conséquence d’une réactivation duVZVdans les ganglions postérieurs.
Plusieurs formes cliniques se distinguent.
– Lamyélite focale, d’installation subaiguë ou parfois chronique, débute en
moyenne 2 semaines après un zona métamérique, habituellement thoracique.
Le rash peut être absent ou suivre de plusieurs jours ou semaines la myélopathie.
L’évolution se fait en 3 à 10 semaines, plus lente chez
le patient infecté par le VIH où le déficit peut mettre 2 à 6 mois à se constituer.
Une paraparésie asymétrique est présente dans 80 % des cas et est précédée
d’un déficit moteur unilatéral d’un membre inférieur dans 74 % des cas.
Des
troubles sensitifs et les troubles sphinctériens sont présents, dans
respectivement 74 % et 50 % des cas.
La douleur est un symptôme peu
fréquent (moins de 10 %).
L’analyse du LCR montre une méningite
lymphocytaire (mais le LCR peut être acellulaire au début) avec
protéinorachie élevée et parfois des hématies.
La recherche par PCR de VZV
dans le LCR est l’examen de choix pour établir le diagnostic.
Il doit toutefois
être interprété avec prudence, en cas de présence du génome viral dans le
sérum.
La moelle est le siège d’une démyélinisation d’importance variable et
parfois d’une nécrose focale avec ou sans signe de vascularite.
Des
observations récentes soulignent la possibilité d’amélioration sous
traitement par aciclovir.
La guérison est lente et dépend probablement de la
précocité de l’introduction du traitement. Une aggravation initiale sous
traitement peut se voir et est rapportée aux phénomènes de vascularite.
La place de la corticothérapie n’est pas définie.
– La méningo-myélo-radiculite aiguë ascendante avec angéite nécrosante
d’évolution aiguë (quelques jours), voire suraiguë (quelques heures), conduit
à une nécrose hémorragique étendue de la moelle.
Le pronostic est sombre.
Plus récemment, Gilden et al ont rapporté deux cas de myélite, chez des
patients immunocompétents, dont l’évolution progressive ou rémittenteprogressive
était suggestive de sclérose en plaques.
L’installation des troubles
était subaiguë, 2 à 3 semaines après un zona thoracique.
L’étude du LCR
montrait une pléiocytose allant jusqu’à 296 cellules/mm3 dans un cas et des
bandes oligoclonales.
La PCR-VZ était positive dans le LCR dans les deux
cas à chaque manifestation et se négativait après un traitement par aciclovir et
corticoïde.
Un des cas eut trois rechutes en 2,5 ans et l’imagerie médullaire
mettait en évidence des lésions en hypersignal, prenant le contraste, corrélées
à la clinique.
* Cytomégalovirus (CMV) :
Chez l’immunocompétent, une myélite transverse aiguë, de niveau sensitif
thoracique, a été imputée au CMV.
Néanmoins, la majorité des atteintes
symptomatiques sont décrites chez le sidéen et surviennent habituellement au
stade tardif avec une immunodépression profonde.
L’atteinte médullaire est
rarement isolée et coexiste, suit ou précède une ventriculite, une rétinite, une
colite ou une pneumonie.
Il s’agit d’une méningo-myélo-radiculite
d’installation subaiguë et comportant des paresthésies, des douleurs des
membres inférieurs et du périnée, suivies d’un déficit moteur des membres
inférieurs, ascendant, associé à des troubles génitosphinctériens de même
qu’à un niveau sensitif variable.
Le LCR est évocateur lorsqu’il montre une
protéinorachie supérieure à 0,6 g/L, une hypoglycorachie et une pléiocytose
composée d’une prédominance de polynucléaires neutrophiles.
L’IRM
peut révéler une prise de contraste non spécifique des racines ou du cône
terminal.
L’inflammation, aiguë ou chronique, des méninges et des racines
est associée à un degré variable de nécrose.
Une thrombose microvasculaire
plus ou moins importante peut rendre compte d’une extension de la nécrose à
la moelle sur un mode ascendant.
Une forme anatomoclinique à l’origine
d’une myélite focale nécrosante d’évolution plus aiguë avec, à l’examen
anatomopathologique, une zone de nécrose focale, parfois pseudotumorale,
sans atteinte radiculaire associée, a été rapportée.
Le diagnostic de
l’infection repose sur la présence d’une virurie et d’une virémie, la culture du
LCR étant souvent négative.
En revanche, le diagnostic par PCR-CMV dans
le LCR apparaît aujourd’hui comme la méthode de choix.
Elle détecte
l’émergence de souches virales résistantes et permet de suivre l’évolution : la
réponse au traitement s’accompagne de la négativation de la PCR dans le LCR.
Il est parfois nécessaire d’associer deux antiviraux pour améliorer
ou stabiliser les patients, en raison de la fréquence croissante de souches
virales résistantes.
Le traitement repose sur le ganciclovir et/ou le
foscarnet.
Sous traitement, l’amélioration, parfois différée de plusieurs
semaines, est observée dans un quart des cas, alors qu’un quart des patients
sont stabilisés mais gardent un handicap sévère.
* Virus Epstein-Barr :
Il est responsable de myélite transverse aiguë ou de méningomyélite subaiguë
qui s’intègre, soit dans une infection aiguë, soit dans une
encéphalomyélite.
* Poliomyélite antérieure aiguë :
La maladie est due à un Entérovirus du genre Picornavirus dont on distingue
trois sérotypes.
Les programmes systématiques de vaccination dans les pays
développés ont permis de diminuer sensiblement l’incidence de l’affection à
15 000 cas/an, contre 600 000 lors de l’ère prévaccinale.
Actuellement, les
pays en voie de développement, en particulier au sud du Sahara, sont les plus
touchés.
Après pénétration via la muqueuse digestive ou oropharyngée, le
virus gagne le système réticuloendothélial, s’y réplique, rejoint ensuite le
SNC et exerce un effet cythopathogène direct sur les motoneurones de la
corne ventrale de la moelle épinière.
La majorité des infections sont
asymptomatiques (plus de 90 % des cas).
Une phase d’invasion de 24 à
72 heures, marquée par des signes non spécifiques (fièvre, céphalées, méningisme, myalgies), précède l’apparition brutale des paralysies motrices
asymétriques.
Environ un tiers des cas symptomatiques se restreint à une
méningite aseptique non paralytique.
L’atteinte des membres se caractérise
par une paralysie flasque, asymétrique, secondairement aréflexique, et peut
aller de la monoparésie à la quadriplégie.
L’atteinte est le plus fréquemment
proximale et s’installe en 24 à 48 heures.
La possibilité d’une paralysie
bulbaire (5 à 35 %des cas) avec détresse respiratoire fait toute la gravité de la
maladie.
Une myocardite, de même qu’un iléus intestinal, sont rapportés.
La
poliomyélite se distingue du syndrome de Guillain-Barré par l’absence de
trouble sensitif, le caractère très asymétrique des paralysies et la présence
d’une pléiocytose dans le LCR.
Après quelques semaines ou mois
d’évolution, environ deux tiers des patients gardent un handicap.
Le
diagnostic repose sur la culture du virus à partir des selles.
Il n’y a pas de
traitement spécifique.
* Syndrome postpolio et atrophie musculaire progressive
:
C’est une complication qui survient, en moyenne, 35 ans après une
poliomyélite aiguë.
Le délai d’apparition des troubles est inversement
proportionnel à l’intensité de la maladie initiale.
Une poliomyélite aiguë, plus
sévère chez un adolescent ou un adulte jeune, est associée à un risque élevé de
développer un syndrome postpolio.
Dans une série, 22,4 % des patients avec
antécédents de polio présentent un syndrome postpolio.
La fatigue
musculaire, présente dans près de 85 % des cas, est le symptôme le plus
fréquent et s’associe, dans 70 % des cas, à des douleurs musculaires et
articulaires.
Les manifestations neurologiques sont caractérisées par
l’installation progressive d’un nouveau déficit moteur avec une atrophie dans
un quart des cas.
Le déficit peut intéresser les muscles anciennement lésés ou
indemnes.
Des signes centraux sont présents dans 8 % des cas, sous la forme
de réflexes vifs ou d’un signe de Babinski.
Une dysphagie, avec ou sans déficit
musculaire pharyngolaryngé, est fréquente, de même qu’une insuffisance
respiratoire évolutive qui atteint en premier les patients avec des antécédents
de paralysie bulbaire lors de la poliomyélite aiguë.
La dégradation, lentement
progressive, s’effectue au rythme de 1 % par an.
Les enzymes musculaires
peuvent être augmentées, l’électromyogramme (EMG) et la biopsie
musculaire montrent des signes de dénervation et de réinnervation.
La
physiopathologie reste mal connue, mais l’hypothèse d’une reprise de la
réplication virale est exclue.
B - Médullopathies aiguës et subaiguës bactériennes
:
1- Abcès épidural
:
Il survient chez le sujet de plus de 50 ans, immunocompromis.
L’atteinte
neurologique se développe à la faveur d’une infection par contiguïté
(ostéomyélite, suites de chirurgie post-traumatisme du rachis) ou d’une
septicémie (endocardite) et réalise un tableau relativement rapide évoquant
une compression médullaire.
Dans un contexte d’altération fébrile de l’état
général, les douleurs rachidiennes intenses, puis des signes radiculaires et
enfin une paraparésie, voire une paraplégie, ainsi que des troubles sensitifs et
sphinctériens, sont la caractéristique du tableau.
L’IRM révèle une lésion extra-axiale iso-intense ou hyperintense en T1, hyperintense en T2, prenant
le contraste en périphérie et/ou de manière homogène.
Le diagnostic
microbiologique repose sur la culture de la porte d’entrée, du LCR, de la
lésion.
Le traitement associe souvent un drainage neurochirurgical et une
antibiothérapie active sur les staphylocoques, les streptocoques mais aussi les
bacilles à Gram négatif et les anaérobies.
2- Abcès intramédullaire :
Il s’agit d’une manifestation plus rare que la précédente qui associe une
myélite aiguë ou subaiguë, des signes généraux (fièvre, altération de l’état
général) et, à l’IRM, une moelle augmentée de volume, prenant le contraste,
qui suggère une tumeur médullaire.
3- Neuroborréliose :
Borrelia burgdorferii est responsable de myélite, tant à la phase aiguë de
l’infection qu’au stade chronique de la maladie.
Elle s’accompagne
d’une méningite lymphocytaire (rarement hypoglychorachique), d’une
radiculite hyperalgique, de neuropathie des nerfs crâniens.
Ces deux
derniers symptômes sont souvent au premier plan.
Un tableau de
myélite transverse isolée est cependant possible.
Plus rarement,
l’atteinte médullaire s’intègre dans le cadre d’une encéphalomyélite
subaiguë ou chronique survenant à distance de l’infection aiguë.
L’incidence d’une telle complication est de l’ordre d’un cas pour 1 000
sujets infectés.
Elle associe une atteinte pyramidale, sensitive, des signes
cérébelleux et des troubles cognitifs sous la forme d’une démence souscorticale.
Le LCR montre une pléiocytose lymphocytaire, une
hyperprotéinorachie et, le plus souvent, une production intrathécale
d’anticorps anti-B burgdorferii.
L’évolution est en règle monophasique
mais peut en imposer à tort pour une sclérose en plaques et ce d’autant que
des bandes oligoclonales sont souvent présentes dans le LCR.
L’IRM
encéphalique révèle des hypersignaux de la substance blanche.
4- Neurosyphilis :
L’atteinte médullaire représente 1,5 % des cas d’une série de plus de
2 000 patients ayant une neurosyphilis.
Elle survient au stade secondaire.
La syphilis méningovasculaire réalise une inflammation et une hyperplasie
sous-intimale favorisant la thrombose, et une myélite transverse aiguë en cas
de lésion de l’artère spinale antérieure.
Le début est brutal.
Il existe un
niveau sensitif, le plus souvent thoracique.
La paraplégie est associée à des
troubles sensitifs thermoalgiques et à une incontinence urinaire et fécale.
La
méningomyélite chronique peut rendre compte d’une paraparésie spastique
progressive, avec atteinte sensitive plus modérée et impériosité mictionelle.
Quand s’y associe une lésion prédominante des cordons ventraux de la
moelle, l’amyotrophie et l’aréflexie segmentaire peuvent en imposer pour une
sclérose latérale amyotrophique.
Une réaction inflammatoire importante
peut favoriser la formation de lésion pseudogranulomateuse, gomme
syphilitique, responsable de myélopathie compressive.
La dégénérescence
des racines et des cordons postérieurs de la moelle est responsable du « tabes
dorsalis », complication rarissime de nos jours.
Les symptômes surviennent
10 à 20 ans après le début de la maladie et comportent, au premier plan, des
douleurs des membres inférieurs en éclairs, une ataxie proprioceptive, des
crises douloureuses viscérales, des troubles sphinctériens.
Un signe d’Argyll
Robertson est présent dans un quart des cas.
En dehors du tabès, où elle
peut être normale, la ponction lombaire montre une hyperlymphocytose avec
une protéinorachie élevée, des bandes oligoclonales et une glycorachie
normale ou diminuée.
Le diagnostic paraclinique repose sur la positivité des
tests réaginiques et tréponémiques.
Chez le patient infecté par le VIH, la
complication neurologique et la réaction inflammatoire du LCR peuvent
précéder de plusieurs semaines la séroconversion, donnant ainsi une sérologie
faussement négative.
+ Mycoplasme :
Mycoplasma pneumoniae donne typiquement, chez l’adulte jeune ou
l’enfant d’âge scolaire, une atteinte dite postinfectieuse ou parainfectieuse
.
La complication neurologique survient 8 à 10 jours
après la primo-infection et réalise une myélite transverse aiguë ou, plus
rarement, subaiguë.
L’IRM montre une lésion médullaire plus ou moins
étendue, prenant le contraste avec une moelle augmentée de volume.
La protéinorachie est habituellement élevée, la pléiocytose est composée
principalement de lymphocytes (mais une prédominance de
polynucléaires neutrophiles est possible).
Le diagnostic repose sur la mise
en évidence d’une séroconversion ou de la multiplication par quatre du
taux d’anticorps sur deux sérums espacés de 10 à 15 jours.
5- Tuberculose médullaire
:
C’est la cause la plus fréquente de myélopathie bactérienne dans les pays en
voie de développement et chez le sujet transplanté.
L’infiltration méningée
spinale est responsable d’une radiculomyélite subaiguë ou chronique de
sévérité variable.
Elle peut être la seule manifestation d’une méningite
tuberculeuse ou en compliquer l’évolution sous traitement.
La
physiopathologie, la même que celle de l’atteinte intracrânienne, consiste
essentiellement en un infiltrat gigantocellulaire où le germe peut être absent,
avec des plages de nécrose caséeuse et un degré variable de fibrose (plus
importante en cas de lésion chronique).
Les vaisseaux, en particulier les
petites et moyennes artères, sont le siège d’un exsudat adventiciel, puis d’une
prolifération endothéliale conduisant à la thrombose.
Les lésions se
distribuent uniformément sur la moelle, mais une prédominance au sein des
cordons latéropostérieurs est décrite.
Les patients développent une radiculomyélite subaiguë avec paraplégie flasque en quelques jours ou
semaines.
Des douleurs radiculaires sont présentes dans 50 % des cas.
Le LCR est impossible à obtenir dans 25 %des cas en raison d’une arachnoïdite
spinale.
Une protéinorachie supérieure à 1g/L est observée dans 50 %des cas,
et l’hypoglycorachie dans 33 %.
Une myélite transverse, rapidement
progressive et ascendante en quelques heures (ou jours) par artérite de l’artère
spinale antérieure, est décrite mais exceptionnelle.
Le développement
intrarachidien d’un abcès paravertébral, ou d’un abcès épidural, peut aboutir
à une paraplégie.
Plus rarement, la paraplégie est le résultat de la
décompensation aiguë d’une statique rachidienne sévèrement altérée par une spondylodiscite (et/ou un abcès pararachidien) souvent longtemps passée
inaperçue.
Enfin, l’atteinte intramédullaire peut réaliser un tableau d’abcès
intramédullaire.
Le traitement antituberculeux doit être poursuivi au moins
1 an, avec des contrôles répétés de l’imagerie et du LCR.
C - Médullopathies parasitaires aiguës et subaiguës
:
1- Schistosomiases :
Affection endémique en Afrique, principalement subsaharienne (Schistosoma
[S] mansoni et haematobium), aux Antilles (S mansoni), en Asie du Sud-Est
(S japonicum), les complications médullaires sont dues presque
exclusivement à S mansoni et S haematobium et représentent la principale
cause de myélopathie d’origine parasitaire.
Après une infestation digestive (S mansoni) ou vésicale (S haematobium), les oeufs rejoignent, via des plexus
veineux anastomotiques intra-abdominaux, les veines périmédullaires et y
développent une réaction inflammatoire.
Cette dernière aboutit à une réaction granulomateuse responsable d’une lésion subaiguë de la queue-de-cheval ou
du cône terminal, voire d’une radiculopathie douloureuse, en cas d’atteinte
prédominante des racines.
Une inflammation vasculaire aiguë avec nécrose
explique la fréquence des myélites transverses aiguës.
L’étude du LCR
montre une hyperprotéinorachie, une méningite lymphocytaire avec la
présence d’éosinophiles, une glycorachie normale ou basse.
L’IRM évoque
un syndrome tumoral médullaire.
Le diagnostic repose sur la présence d’oeufs
dans les selles (S mansoni), sur la biopsie rectale et le sérodiagnostic dans le
sang, et le LCR par technique immunoenzymatique.
Le praziquantel reste le
traitement de choix.
2- Toxoplasmose :
Une présentation sous la forme d’une myélite aiguë ou subaiguë comportant
un niveau sensitif, des troubles sphinctériens, doivent faire envisager de
principe ce diagnostic chez le sujet immunodéprimé par l’infection au VIH,
et ce d’autant que l’atteinte médullaire s’associe fréquemment à une
encéphalite ou ventriculoencéphalite toxoplasmique.
L’IRM évoque en
général un syndrome tumoral médullaire qui peut conduire à la biopsie
chirurgicale en l’absence de lésion encéphalique évocatrice.
L’amélioration
ou la guérison dépendent essentiellement de la précocité de l’instauration du
traitement.
D - Médullopathies virales chroniques
:
1- Human T-cell lymphoma virus 1 (HTLV-1)
:
C’est la principale cause de myélopathie chronique d’origine virale chez le
sujet immunocompétent, surtout en zone d’endémie pour le virus (Japon,
bassin de la Caraïbe, Amérique centrale et du Sud, Afrique équatoriale et du
Sud, Seychelles).
Des cas sporadiques sont possibles par contamination
sexuelle ou sanguine.
La maladie se déclare vers la quatrième décennie et
prédomine chez les femmes.
Le début est insidieux, marqué par des
lombalgies, des paresthésies des membres inférieurs, une impériosité
mictionnelle et un déficit des membres inférieurs.
L’évolution est lentement
progressive mais sévère, réalisant, à la phase d’état, une paraparésie, voire une
paraplégie spastique où la richesse des symptômes sensitifs contraste avec la
pauvreté des signes objectifs.
L’atteinte associée du système nerveux
périphérique est possible et comporte des paresthésies en « chaussette »,
l’abolition des achilléens et parfois une amyotrophie pouvant en imposer pour
une sclérose latérale amyotrophique.
L’association à une polymyosite ou à
une myosite à inclusion est décrite.
Des atteintes extraneurologiques sont
rapportées et il s’agit d’uvéite, d’arthrite, de vascularite nécrosante, de
syndrome sec, la plus fréquente étant l’alvéolite lymphocytaire.
L’IRM est
normale ou peut montrer une atrophie de la moelle thoracique avec un hypersignal diffus en T2.
Le diagnostic repose sur la présence d’anticorps
spécifiques dans le sang et le LCR.
À l’examen anatomopathologique, la
moelle est modérément atrophiée et le siège d’un processus inflammatoire
chronique sous la forme d’une méningomyélite.
Les lésions prédominent au
niveau des cordons antérolatéraux de la moelle thoracique basse.
L’inflammation, présente dans les cas récents, disparaît dans les formes
chroniques pour laisser la place à une gliose astrocytaire.
Au stade aigu,
l’inflammation comprend macrophages et lymphocytes CD8+, ces derniers
étant remplacés au cours de l’évolution par des lymphocytes CD4+.
Les
traitements antiviraux (zidovudine et interféron) ont donné des résultats
contradictoires.
2- HTLV-2
:
Il est présent chez les sujets issus des populations amérindiennes et chez les
toxicomanes.
Il est responsable d’une myélopathie chronique similaire à celle
observée avec l’HTLV-1 ou d’une ataxie progressive.
3-
Herpes virus hominis (HVH-6)
:
Il a été associé à un tableau de myélopathie chronique, réalisant chez une
patiente de 75 ans une sclérose combinée de la moelle avec à la pathologie,
une combinaison variable de démyélinisation, d’infiltrats lymphocytaires
périvasculaires et de gliose.
4- VIH :
La myélopathie vacuolaire (MV) est la myélopathie la plus fréquente chez le
sujet infecté par le VIH.
Cependant, une myélite subaiguë ascendante comptemporaine de la primo-infection, et d’évolution favorable, a été
rapportée.
La MV est présente dans 46 % des cas autopsiques.
Elle est le
plus souvent associée à une démence et à une atteinte du système nerveux
périphérique et survient au stade tardif de la maladie.
Sa définition est
essentiellement anatomopathologique, puisque seuls moins d’un tiers des
patients ont des signes cliniques.
Les patients présentent une paraparésie
spastique très lentement évolutive, avec des réflexes rotuliens vifs et
fréquemment une polyneuropathie sensitive des membres inférieurs. Une
incontinence urinaire et parfois une ataxie sont possibles.
L’analyse du LCR montre une pléiocytose modérée et une discrète élévation de la
protéinorachie, sans valeur diagnostique.
L’examen anatomopathologique
montre une vacuolisation de la substance blanche sans éléments
inflammatoires.
La physiopathologie demeure inconnue.
Encéphalites
:
A - Méningoencéphalites (ME), encéphalites aiguës
et subaiguës
:
1- Généralités
:
Les encéphalites infectieuses sont le plus souvent d’origine virale.
Le Center
for Diseases Control (CDC) estime à 20 000/an le nombre de cas
d’encéphalite aux États-Unis.
Dans environ 75 % des cas, aucune étiologie
n’est trouvée.
L’encéphalite herpétique représente 10 % des encéphalites et
est la seule encéphalite virale ayant un traitement.
Les autres causes sont les
encéphalites liées au virus rabique, auxArbovirus, aux Entérovirus, aux virus
de la rougeole et des oreillons.
Le début est le plus souvent brutal, marqué par
une fièvre, des troubles de conscience, une crise convulsive, des signes focaux
variés (déficit moteur, signe de Babinski, paralysie des nerfs crâniens,
mouvements anormaux, aphasie, hémianopsie latérale homonyme).
L’évolution et le pronostic dépendent de la cause et de la rapidité de
l’instauration du traitement. Nous insisterons sur les affections le plus
fréquemment rencontrées.
2- Méningoencéphalites aiguës et subaiguës virales
:
* Virus du groupe Herpès :
+ Herpès simplex
L’Herpès simplex de type 1 est la cause de l’encéphalite ou méningoencéphalite
sporadique non épidémique la plus fréquente. La fréquence varie
de 1/250 000 à 1/500 000/an.
Un cas sur trois survient chez des sujets de
moins de 20 ans.
La maladie se développe à la suite d’une primo-infection
(via le bulbe olfactif) ou d’une réactivation du virus quiescent au niveau des
ganglions trigéminés.
Le virus provoque une encéphalite nécrosante et
hémorragique dont le tropisme frontotemporal rend compte des signes
cliniques.
Un contexte fébrile est présent dans 90 à 98 %des cas.
Des troubles
du comportement et de la personnalité surviennent dans 85 % des cas.
L’altération de la conscience est constante (97 %des cas).
Des hallucinations
olfactives, visuelles, auditives, voire psychosensorielles, sont fréquentes et
traduisent le dysfonctionnement des structures temporales.
Des crises
d’épilepsie focales ou généralisées, souvent inaugurales, sont obervées dans
un cas sur deux, et des signes focaux (hémiparésies, hémianopsies) dans un
tiers des cas.
L’imagerie montre une lésion nécroticohémorragique
frontotemporale uni- ou bilatérale avec de l’oedème et un effet de masse.
Les
lésions prennent rarement le contraste avant la fin de la première semaine.
La ponction lombaire, pratiquée en absence de signes d’hypertension
intracrânienne, trouve un liquide discrètement hypertendu, clair ou
xanthochromique.
La protéinorachie est discrètement élevée et il existe une
pléiocytose composée principalement de lymphocytes (entre 100 et
500/mm3) et parfois d’hématies mais qui peut être normal au début.
La
présence d’un taux élevé d’interféron dans le LCR est suggestive d’un
processus de réplication virale.
L’électroencéphalogramme (EEG) est évocateur quand il montre une activité
périodique uni- ou bilatérale sur les dérivations temporales, avec un rythme
de fond comportant des ondes lentes.
Avant l’introduction de l’aciclovir, la
mortalité avoisinait les 70 % et la majorité des survivants avaient de lourdes
séquelles.
Dans une série récente, la mortalité à court terme est de 12 %et
atteint 30 %à long terme.
Les facteurs de mauvais pronostic sont la survenue
d’un coma avant le début du traitement et un âge supérieur à 60 ans.
Parmi les
survivants, 69 % ont des troubles mnésiques (prédominant sur la mémoire
rétrograde), 45 % des troubles du comportement et de la personnalité, 24 %
une épilepsie, 65 %une anosmie et 41 % des troubles phasiques.
La PCR dans
le LCR permet le diagnostic.
Le traitement est institué sans attendre les
résultats des examens complémentaires et repose sur l’aciclovir à la dose de
10 à 15 mg/kg/8h pendant 14 à 21 jours.
Chez le sujet
immunodéprimé par le VIH, une évolution subaiguë est fréquente et le tableau
peut comporter au premier plan une rhombencéphalite,
d’évolution monophasique, marquée par des paralysies des nerfs crâniens et
une hémiparésie.
Le décès peut survenir par nécrose hémorragique du tronc
cérébral.
Une rhombencéphalite récurrente et évoluant sur une durée de
4 ans a été décrite.
* Herpès simplex type 2 :
Le nouveau-né se contamine le plus souvent lors du passage de la filaire
génitale de la mère infectée et présente ensuite une septicémie sévère avec
lésions cutanées, digestives, pulmonaires et une coagulation intravasculaire
disséminée.
* Varicelle-zona (VZV)
:
Une méningoencéphalite est décrite dans les suites ou comme complication
de la varicelle.
Toutefois, la complication la plus classique (outre la méningite
aseptique) est l’ataxie cérébelleuse aiguë ou subaiguë d’évolution
favorable.
La réactivation de l’infection donne des complications
protéiformes.
Au zona trijéminé peut succéder, des semaines ou des mois
après, la classique hémiplégie contralatérale, par artérite granulomateuse des
gros troncs artériels proximaux du polygone deWillis.
Une vascularite multifocale d’évolution tant aiguë que subaiguë (plusieurs
semaines), voire chronique, est possible.
Un cas récemment décrit chez un
immunocompétent présenta une évolution de 314 jours, avec des atteintes
neurologiques successives, déficitaires dans le territoire de plusieurs artères
encéphaliques.
Cette artérite multifocale impliquait également les artères des
nerfs et des muscles.
La présence du génome viral, exclusivement dans les
parois artérielles lésées, plaide pour sa responsabilité.
Une
leucoencéphalite, avec une atteinte des petites artères, souvent à la jonction
de la substance blanche et grise, une ventriculite, associée ou non à une
méningomyéloradiculite sont également rapportées, de même que des
rhombencéphalites.
La recherche par PCR de VZV dans le LCR permet le diagnostic et
l’instauration rapide d’un traitement par aciclovir. En cas d’artérite, la PCR
peut cependant être négative.
* Epstein-Barr (EBV)
:
Les complications neurologiques de l’infection sont présentes dans 1 à 5%
des cas et suivent, ou précèdent, la mononucléose infectieuse.
La
physiopathologie des lésions implique une plus grande part de phénomènes immunoallergiques que de réplication virale.
Des lymphocytes parfois
atypiques forment un infiltrat périvasculaire associé à une prolifération
microgliale.
Une démyélinisation est également fréquente et le virus est
absent des lésions.
La découverte récente d’anticorps antineuronaux dans le
sérum d’un patient présentant une ataxie cérébelleuse due à une infection à
EBV, plaide également en faveur d’un mécanisme immunologique.
La
symptomatologie peut en imposer pour une encéphalite herpétique, mais la
complication la plus fréquente est l’atteinte du tronc cérébral ou rhombencéphalite, en particulier une ataxie cérébelleuse
aiguë.
Elle associe une dysmétrie, une ataxie du tronc et un nystagmus dans
50 %des cas.
L’évolution est spontanément favorable.
Ailleurs, des troubles
du comportement, de la personnalité, voire une psychose, sont rapportés.
Un
syndrome d’« Alice au pays des merveilles » avec des métamorphopsies, des
troubles de la perception du soi, une distorsion spatiotemporelle avec ou sans
hallucination, sont décrits.
Enfin, il faut souligner la possibilité de
l’atteinte associée des nerfs périphériques donnant un tableau où des signes
centraux se mêlent à des signes périphériques (polyradiculonévrite).
Le
diagnostic repose sur la sérologie dans le sang et le LCR et sur la PCR dans le
LCR.
Le traitement n’est pas codifié.
* Cytomégalovirus
:
Habituellement asymptomatique chez le sujet immunocompétent, l’infection
à CMV donne chez le sujet immunocompromis des tableaux cliniques
polymorphes.
L’encéphalite micronodulaire diffuse, atteinte souvent
insidieuse et d’évolution subaiguë, parfois chronique, survient constamment
chez des patients très immunodéprimés.
Au premier plan, on observe une
apathie avec confusion, delirium et somnolence dans la majorité des cas.
Des
signes focaux et des troubles mnésiques sont présents dans 50 %des cas.
Une hyponatrémie est très fréquente. Elle est le reflet d’une sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique, ou d’une atteinte de la glande surrénale.
L’IRM
montre une association variable et diffuse d’atrophie, de rehaussement des
méninges, et de lésions focales nodulaires prenant le contraste.
À l’opposé
de la forme diffuse, une encéphalite micronodulaire focale, souvent
méconnue, est également rapportée et comporte fréquemment une atteinte
élective et subaiguë du tronc cérébral.
Une atteinte plus aiguë ou rapidement progressive caractérise la ventriculoencéphalite aiguë.
Elle est fréquemment associée à une myéloradiculite et comporte une confusion, des troubles de vigilance, des
paralysies des nerfs crâniens et un nystagmus.
L’IRM, ou le scanner, montre
une dilatation ventriculaire avec prise de contraste.
L’examen du LCR montre
une pléiocytose.
Dans de rares cas, l’encéphalite et la réaction inflammatoire
prennent une forme pseudotumorale, très trompeuse, avec au premier plan des
signes d’hypertension intracrânienne.
Enfin, le CMV pourrait être
responsable de troubles cognitifs mineurs ou d’une démence.
Le
diagnostic d’encéphalite à CMV repose sur la PCR dans le LCR, sur la
biopsie cérébrale dans les formes pseudotumorales et le traitement, sur le
ganciclovir et/ou le foscarnet.
3- Méningoencéphalites bactériennes
:
Certaines d’entre elles ont une présentation aiguë et peuvent
simuler une ME herpétique, d’autres ont une évolution plutôt
subaiguë, analogue à la tuberculose cérébroméningée.
* Tuberculose cérébroméningée :
Son incidence est estimée à 0,11/100 000 et la prévalence de la maladie croît
chez le sujet infecté par le VIH.
Dans une série récente, la fièvre (supérieure
à 38 °C) était présente dans 100 % des cas, les céphalées dans 50 % et le
syndrome méningé dans 57 %.
L’atteinte basilaire, qui comporte une
infiltration inflammatoire de la base du crâne, se traduit le plus souvent
initialement par une paralysie uni- ou bilatérale du nerf oculaire moteur
externe (VI).
Une atteinte des autres nerfs crâniens (II, III et VII) est
habituelle, de même qu’une hydrocéphalie. Des signes focaux sont
observés dans environ un quart des cas.
L’existence d’un syndrome de
sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique est possible et traduit
l’atteinte hypothalamique.
La méningite produit une réaction inflammatoire
spécifique qui peut s’étendre aux vaisseaux de la base et atteint
essentiellement les artères perforantes lenticulostriées et thalamoperforées
qui vascularisent le striatum et le thalamus, rendant compte de la possibilité
d’hémiplégie et de mouvements anormaux (chorée, hémiballisme, athétose,
myoclonus).
Enfin, des convulsions, des signes focaux ou une hypertention intracrânienne peuvent annoncer la présence de tuberculomes.
Les tuberculomes sont fréquents dans les pays en voie de développement et y
représentent 15 à 20 % des cas de tumeurs cérébrales.
Dans les pays
industrialisés, ils ne sont observés que dans moins de 10 % des cas.
Le LCR est clair et montre une méningite lymphocytaire (en moyenne
300/mm3), hypoglycorachique et une hyperprotéinorachie (environ 2,5 g/L).
Le diagnostic repose sur l’existence de localisations extraneurologiques dans
36 à 54 % des cas, le résultat des cultures du LCR, les techniques
d’amplification génique (la spécificité est élevée, environ 90 %, mais la
sensibilité médiocre : 10 à 30 %), et la mise en évidence d’une activité
adénosine-désaminase dans le LCR.
4- Méningoencéphalites fongiques
:
Les ME d’origine fongique peuvent survenir chez le sujet immunocompétent
mais sont le plus souvent décrites chez les patients immunocompromis.
Les
facteurs prédisposants sont les suites de transplantation d’organe, le diabète,
la corticothérapie prolongée, l’antibiothérapie à large spectre, les
hémopathies et l’infection par le VIH.
Le profil évolutif des troubles est
subaigu ou chronique.
La fièvre est souvent absente et le début insidieux. Un
ralentissement, des troubles du comportement, une confusion sont les
premiers signes.
À la phase d’état, les patients présentent des paralysies des
nerfs crâniens et une hydrocéphalie progressive en rapport avec une
méningite basilaire.
L’inflammation méningée peut être à l’origine de
complications vasculaires liées à une artérite granulomateuse des vaisseaux
de la base du crâne.
Le développement de microabcès de distribution corticosous-corticale peut s’observer.
L’analyse du LCR montre une pléiocytose à
prédominance lymphocytaire, une protéinorachie élevée et une glycorachie
normale ou basse.
En cas d’immunodépression profonde, la pléiocytose peut
être réduite à moins de 10/mm3.
Le diagnostic repose sur la culture du LCR
qui peut toutefois rester négative, ou sur la positivité des réactions
sérologiques contre des antigènes spécifiques.
5- Méningoencéphalites parasitaires
:
L’atteinte neurologique est liée à l’invasion duSNC par une forme
adulte ou larvaire du parasite, ou lors du décès de ce dernier.
La réaction
inflammatoire parfois intense qui en résulte peut être à l’origine d’une
méningite basilaire (et de ses complications), de la formation d’un granulome cérébroméningé ou de la formation d’abcès.
* Neuropaludisme :
C’est la principale cause de méningoencéphalite parasitaire.
Il est dû à
Plasmodium (P) falciparum et représente 7,5 % des cas de paludisme.
L’incidence du paludisme avoisine les 400 millions de cas/an, avec
2,3 millions de décès.
Dans un contexte fébrile ou d’hypothermie, le
tableau neurologique comporte une confusion, une stupeur, des convulsions,
des signes focaux et très rapidement un coma parfois myoclonique, avec une
hypotonie ou une rigidité de décérébration qui s’installe rapidement.
Les
manifestations neurologiques peuvent se limiter à une confusion ou un état
psychiatrique aigu.
Des hallucinations visuelles, des troubles du
comportement, des mouvements choréiformes et une ataxie cérébelleuse
aiguë ont été observés.
La mortalité varie de 5 à 50%.
L’abolition du
réflexe cornéen, un coma profond, une rigidité de décérébration, une
hypoglycémie et une augmentation des lactates du LCR sont les principaux
facteurs de pronostic défavorable.
L’analyse du LCR montre une
protéinorachie discrètement élevée ou normale.
La glycorachie est
habituellement normale et reflète le plus souvent, quand elle est basse, une
hypoglycémie systémique.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence de la parasitémie à P falciparum.
Au plan physiopathologique, le neuropaludisme
se caractérise par la séquestration d’hématies parasitées dans les capillaires
cérébraux, favorisant l’hypoperfusion.
La cytoadhérence des hématies
parasitées à l’endothélium des capillaires cérébraux semble déterminante.
Une réaction inflammatoire non spécifique de l’hôte vis-à-vis du parasite est
à l’origine de la production de neuromédiateurs qui aggravent
l’hypoperfusion et jouent un rôle dans la genèse de l’oedème cérébral.
6- Méningoencéphalites chroniques
:
* Panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS)
:
L’incidence de la PESS est estimée à un cas par million d’enfants et par an.
La PESS est une affection le plus souvent chronique qui survient entre 6 et
15 ans après la primo-infection rougeoleuse.
La maladie est dix fois plus
fréquente chez les sujets non vaccinés.
Le début est insidieux, sans fièvre,
chez un enfant d’âge scolaire, marqué par une diminution progressive des
performances intellectuelles et des troubles du comportement.
Des signes
ophtalmologiques sont fréquents, en particulier en cas de révélation tardive,
et peuvent précéder les signes neurologiques.
Il s’agit de choriorétinite, de
maculopathie, de névrite optique et de cécité corticale. Une atteinte
démentielle s’installe progressivement après des semaines ou des mois
d’évolution.
Des mouvements anormaux sont souvent observés, en particulier
des myoclonies touchant la musculature axiale et des membres, des dystonies.
Une rigidité, une ataxie cérébelleuse et des signes pyramidaux ne sont pas
rares.
En phase terminale, un mutisme akinétique et une dysautonomie sont
décrits.
Dans la majorité des cas, l’évolution est progressive et le décès
survient en 1 à 3 ans. Toutefois, une stabilisation ou une évolution rémittente
sont rapportées.
Dans 10 % des cas, l’évolution est fatale en 3 mois et 10 %
des patients survivent au-delà de 4 ans.
L’IRM cérébrale révèle des degrés
variables d’atrophie corticale et du tronc cérébral, de dilatation ventriculaire
et de lésions multifocales de la substance blanche.
L’analyse du LCR montre
une hypergammaglobulinorachie (plus de 20 %) de distribution oligoclonale,
avec une synthèse intrathécale d’anticorps antirougeole.
L’EEG est
caractéristique quand il montre des complexes pseudopériodiques de deux à
trois cycles/seconde qui surviennent toutes les 8 secondes.
L’examen
anatomopathologique montre une inflammation périvasculaire composée de
cellules mononucléées qui siègent dans la substance grise et blanche.
Il existe
une perte neuronale et gliale, une démyélinisation et des inclusions intracytoplasmiques éosinophiles dans les neurones et les cellules gliales.
De
nombreux traitements antiviraux ou immunomodulateurs (l’Isoprinosinet,
l’interféron alpha, la ribavirine) ont été proposés pour ralentir l’évolution de la
maladie, mais aucun n’a fait la preuve d’une réelle efficacité.
Une
encéphalite similaire a été décrite après la rubéole.
* Autres causes d’encéphalite chronique :
On cite l’encéphalite chronique du VIH, la leucoencéphalite multifocale
progressive due au Papovavirus JC.
Une encéphalite chronique, associée à un
virus du groupe des Flavivirus a été décrite en Russie et au Japon après
morsure de tique.
Les patients présentent des mouvements anormaux, une
épilepsie partielle continue (dite de Kojewnikov), avec détérioration
intellectuelle et parfois déficit d’aggravation progressive.
L’issue est souvent
fatale.
Enfin, les encéphalopathies spongiformes, liées à des agents infectieux non
conventionnels, forment une entité nosologique et pathogénique à part.
B - Atteintes postinfectieuses :
Encéphalomyélites
:
Affections aiguës ou subaiguës d’évolution monophasique qui réalisent,
surtout chez l’enfant et l’adolescent, dans les suites (7 à 10 jours
habituellement) d’une vaccination ou d’une infection pseudogrippale
(souvent des voies aériennes supérieures), une atteinte diffuse parfois sévère
prédominant dans la substance blanche hémisphérique de la moelle, du tronc
cérébral et du nerf optique avec inflammation périveinulaire et
démyélinisation.
Le mécanisme pathogénique est mal connu, mais comporte
vraisemblablement des phénomènes immunoallergiques.
Cliniquement,
après une phase de latence, on observe des convulsions, souvent inaugurales,
et des signes focaux variables (hémiplégie, trouble de conscience, confusion, nystagmus, ataxie, diplopie).
Une association avec une myélite transverse est
possible. Parfois, la symptomatologie se restreint à un symptôme ou signe,
c’est le cas par exemple pour l’ataxie cérébelleuse postpalustre ou
postvaricelle, ou encore la chorée de Sydenham.
Le LCR montre une
méningite lymphocytaire aseptique, mais une prédominance de
polynucléaires neutrophiles n’est pas rare, de même que la présence
d’hématies traduisant alors une composante hémorragique associée.
L’IRM
montre des lésions diffuses cortico-sous-corticales et de la substance blanche
évoquant une démyélinisation, et parfois une hémorragie.
Les séquelles sont
fréquentes et le pronostic vital est parfois engagé.
C - Abcès cérébraux :
L’affection réalise une collection, le plus souvent purulente, intraparenchymateuse.
Un pic d’incidence est rapporté entre février et avril,
et entre la deuxième et troisième décennie.
Dans 75 % des cas, l’abcès est
unique et la présence d’abcès multiples suggère un mécanisme métastatique,
lors d’une endocardite par exemple.
Un facteur prédisposant est présent dans
80 % des cas.
Les foyers infectieux pulmonaires (16 %), sinusiens (20 %), otitiques (16 %) et dentaires (13 %) représentent la majorité des sources
infectieuses.
La topographie de l’abcès est souvent en rapport avec le foyer
infectieux initial : frontotemporal pour les foyers sinusiens, cérébelleux et
temporal pour les foyers otitiques, frontopariétaux pour les foyers d’origines
métastatiques.
Les manifestations cliniques associent un tableau
d’hypertension intracrânienne (céphalées, nausées, vomissements) et un
syndrome tumoral (crise convulsive, confusion, déficit moteur).
La fièvre est
absente dans 60 % des cas. Les signes méningés sont présents dans un quart
des cas. L’imagerie montre le plus souvent, à la phase d’état, une lésion
expansive, hypodense (scanner) ou hypo-intense en T1 (IRM), prenant le
contraste en périphérie, associée à une plage d’oedème avec effet de masse.
L’imagerie permet identifier une autre complication infectieuse, telle que
l’empyème sous-dural (collection purulente entre l’arachnoïde et la duremère)
ou l’abcès épidural (collection purulente entre le crâne et la duremère).
La ponction lombaire est contre-indiquée.
Le traitement associe un
drainage chirurgical (avec analyse microbiologique) et une antibiothérapie.
Les germes habituellement rencontrés sont les streptocoques anaérobies, les
bacilles à Gram négatif aérobies et anaérobies.
Chez le sujet infecté par le VIH, les germes du genre Actinomyces, Nocardia, et les abcès fongiques, sont
souvent rencontrés.
D - Manifestations neuromusculaires
:
1- Généralités :
On distingue les atteintes radiculaires, plexiques, tronculaires de la jonction
neuromusculaire et musculaires.
Les données de l’examen clinique et de
l’électromyogramme permettent de caractériser l’atteinte nerveuse et
orientent une éventuelle biopsie nerveuse ou musculaire.
Nous insisterons
uniquement sur les polyradiculonévrites et les atteintes musculaires.
2- Atteintes radiculaires :
Elles réalisent une sémiologie motrice (parésie ou paralysie, amyotrophie,
aréflexie) et sensitive, souvent au premier plan (douleurs et/ou anesthésie et
hypoesthésie) dans le(s) territoire(s) de(s) racine(s) concernée(s).
Une
méningite est très fréquemment associée.
Le principal diagnostic différentiel
est la radiculite du diabétique.
3- Polyradiculonévrite (PRN), syndrome de Guillain et Barré (GB)
:
Le syndrome deGBest caractérisé par une atteinte sensitivomotrice subaiguë
ascendante, tant distale que proximale, résultant d’une démyélinisation
nerveuse. L’incidence annuelle varie de 0,4 à 4,0 %.
Il existe une plus grande
incidence chez les hommes.
Une infection précède de 10 à 21 jours le début
de la maladie dans 50 % des cas.
Il s’agit d’une affection – banale – des
voies aériennes supérieures (60 % des cas), d’une gastroentérite ou d’un
syndrome pseudogrippal.
De nombreux germes ont été incriminés dans la
genèse des PRN, mais des arguments de causalité ne sont disponibles que
pour un nombre restreint.
Ainsi, 11 à 22 % des cas de PRN sont précédés
d’une primo-infection par le Cytomégalovirus, 2 à 8 % des cas sont
précédés d’une infection par le virus Epstein-Barr.
Une PRN peut révéler
une primo-infection au VIH, ou peut survenir comme complication
neurologique, précocement, dans l’évolution de la maladie.
L’infection
à Campylobacter (C) jejuni est la principale étiologie bactérienne impliquée
dans la genèse de la PRN (26 % des patients).
Elle se manifeste, dans 70 %
des cas, par une diarrhée aqueuse qui survient en moyenne 10 jours avant le
début des symptômes neurologiques.
Une infection par Mycoplasma
pneumoniae précède la PRN dans 5 % des cas.
Une PRN peut également
survenir dans les suites d’une vaccination (comme celles contre la variole ou
contre la rage), ou d’une intervention chirurgicale.
Le mécanisme
physiopathologique n’est que partiellement connu.
La lésion principale est
une démyélinisation, avec ou sans atteinte axonale secondaire. Une atteinte
primitivement axonale a été décrite.
La découverte récente d’anticorps antigangliosides, associés particulièrement à Cjejuni, a permis de développer
un modèle pathogénique.
En effet, un ganglioside présent sur la paroi de
C jejuni comporte une homologie de structure avec le ganglioside GM1
présent dans la myéline du nerf périphérique.
Ainsi, C jejuni et son répertoire
antigénique seraient à l’origine d’une réponse immunitaire, comportant
entre autres des lymphocytes T activés et des anticorps spécifiques antigangliosides (dont des anticorps anti-GM1), conduisant à la lésion du nerf
périphérique par un mécanisme de réactions croisées (mimétisme
moléculaire).
Le syndrome de GB est caractérisé par un déficit moteur globalement
symétrique, rapidement progressif, qui débute habituellement aux membres
inférieurs puis affecte en quelques jours les membres, de manière tant
proximale que distale.
Les symptômes sensitifs, habituellement modérés, sont
présents dans 70 %des cas, sous forme de paresthésies avec une atteinte de la
sensibilité vibratoire et proprioceptive.
L’atteinte des nerfs crâniens est
fréquente. Une diplégie faciale est présente dans 53 % des cas et on observe,
dans 13 % des cas, une atteinte bulbaire.
L’atteinte associée du système
nerveux autonome (20 % des cas) fait toute la gravité de la maladie et justifie
une surveillance rapprochée.
L’hypo- ou l’hypertension maligne, les troubles
du rythme cardiaque et les troubles sphinctériens sont les plus fréquents.
Les
troubles de la sudation (anhydrose ou hypersudation) et les anomalies
pupillaires sont plus rares.
L’examen du LCR, parfois normal la première semaine, montre le plus
souvent une dissociation albuminocytologique.
La protéinorachie est audessus
de 0,55 g/dL et il existe moins de 10 éléments/mm3.
Une valeur
supérieure à 2,5 g/dL doit faire éliminer une compression médullaire.
De
même, une pléiocytose, au-delà de 50 éléments/mm3, doit faire envisager la
possibilité d’une néoplasie, d’une sarcoïdose, d’une maladie de Lyme ou une
infection au VIH.
L’EMG montre des anomalies caractéristiques :
l’absence ou l’allongement des latences des ondes F, des blocs de conductions
(réduction de l’amplitude du potentiel d’action recueilli entre une stimulation
distale et proximale), diminution des vitesses de conduction motrices (dans
60 à 80 % des cas) ou sensitives.
Un certain degré d’atteinte axonale,
secondaire à la démyélinisation, peut être présent. Un EMG normal après
plusieurs jours d’évolution exclut le diagnostic de PRN.
Le déficit sensitivomoteur progresse et atteint son maximum en moins de
4 semaines (en 12 jours dans près de 98 % des cas).
Après une phase de
plateau de 2 à 4 semaines, l’amélioration débute.
La récupération est totale
dans 60 % des cas ; dans 30 % des cas, les patients gardent un handicap
modéré, et dans 10 %les séquelles sont sévères.
Un âge élevé, la constitution rapide d’une quadriparésie, la nécessité d’une ventilation mécanique, sont des
facteurs de mauvais pronostic.
Trois pour cent des patients décèdent des
complications de la réanimation ou en rapport avec une dysautonomie
sévère.
La présence d’une infection à C jejuni dans les antécédents est
associée à une plus grande fréquence d’atteinte motrice pure, de lésion
axonale et de séquelles motrices.
En revanche, les antécédents
d’infection au Cytomégalovirus sont plus fréquemment associés à une
symptomatologie sensitive, des paralysies des nerfs crâniens et à la nécessité,
souvent précoce, de ventilation mécanique pour détresse respiratoire.
D’autres formes cliniques sont décrites.
Le syndrome de Miller Fisher, qui
associe une ophtalmoplégie, une ataxie et une aréflexie (ou une hyporéflexie),
représente 5 % des cas de PRN.
Il peut être associé à la présence
d’anticorps antigangliosides (anticorps anti-GQ1b).
Des formes à
prédominance sensitive où la douleur est au premier plan, à prédominance
motrice sans signes sensitifs, à prédominance dysautonomique ou comportant
une atteinte restreinte pharyngocervicobrachiale, sont rapportées.
La PRN
peut également se résumer à une diplégie faciale associée à des paresthésies,
ou à une paraparésie avec aréflexie.
Le traitement repose sur les échanges plasmatiques ou les immunoglobulines
intraveineuses.
4- Mononeuropathies multifocales
:
Encore appelées multinévrites ou mononévrites multiples, ells se définissent
par l’atteinte sensitivomotrice, successive, asynchrone, de plusieurs troncs
nerveux.
Les principales causes sont dues aux vascularites nécrosantes et au
diabète.
Parmi les causes infectieuses, il faut évoquer principalement la lèpre
et les virus VIH, CMV et VZV (surtout en cas de neuropathie des nerfs
crâniens), la maladie de Lyme, la diphtérie, la brucellose.
5- Botulisme :
Il est causé par une neurotoxine, produite par un bacille à Gram positif, Clostridium botulinum.
Les toxinesA, B, et E sont responsables de la majorité
des cas.
La toxine se fixe au niveau de la jonction neuromusculaire.
Les
symptômes se développent 24 à 72 heures après la consommation de l’aliment
souillé par la neurotoxine préformée (conserves domestiques mal stérilisées).
Chez le toxicomane, un botulisme d’inoculation est décrit, par inoculation
sinusienne intranasale de cocaïne contaminée, ou par formation de
neurotoxine dans le site d’injection intraveineuse.
L’atteinte de l’enfant est
liée à la formation de neurotoxine in vivo après l’ingestion de miel contaminé
par C botulinum.
La présentation clinique est caractéristique.
Initialement, il
existe des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements, puis
s’installent des paralysies oculomotrices (diplopies, ptôsis), bulbaires
(dysarthrie, trouble de la déglutition), et un déficit moteur des membres
supérieurs, puis des membres inférieurs.
Les réflexes ostéotendineux sont
diminués ou absents. Une atteinte du système nerveux autonome est souvent
présente (trouble de l’accommodation avec mydriase, bouche sèche ou iléus).
L’EMG indique la nature présynaptique du bloc neuromusculaire.
Le germe
peut être retrouvé dans les selles ou l’aliment alors que la toxémie est
longtemps positive.
Le traitement repose sur les mesures symptomatiques, le chlorydrate de guanidine et la sérothérapie dans les formes sévères.
6- Myosites et polymyosites :
*
Myosite virale aiguë
:
Chez l’enfant, la myosite débute par des signes généraux avec fièvre, asthénie,
céphalées, nausées, puis des douleurs musculaires intenses, aggravées par la
marche et les mouvements.
La durée des symptômes est de 1 à 7 jours.
L’examen neurologique est normal ou peut mettre en évidence un déficit
moteur en rapport avec la douleur musculaire provoquée par le testing.
L’évolution est spontanément favorable. Une myoglobinurie est
exceptionnelle.
Les principaux germes incriminés sont le virus de la grippe,
les Adénovirus, le virus respiratoire syncytial, les virus Coxsackies, les virus
du groupe Herpès etMpneumoniae.
Chez l’adulte, la myosite est plus sévère,
avec un début brutal, des myalgies, une myoglobinurie et un déficit
musculaire.
La douleur et le déficit prédominent au niveau proximal et
s’accompagnent d’une élévation des enzymes musculaires.
Une myocardite
est possible.
La myoglobinurie peut conduire à l’insuffisance rénale par
nécrose tubulaire.
* Myosite suppurée ou pyomyosite :
L’infection se développe à la faveur d’une porte d’entrée passée inaperçue
ou d’une ostéomyélite.
Cliniquement, il existe une douleur intense,
localisée, associée à un oedème d’un segment de membre.
La ponction
sous scanner ou échographie établit le diagnostic.
Les germes les plus
fréquents sont le Staphylococcus aureus, les anaérobies, les streptocoques.
Un drainage chirurgical est nécessaire en cas d’abcès.
L’antibiothérapie est
indispensable.
* Polymyosite, dermatomyosite subaiguës
:
L’atteinte musculaire évolue sur plusieurs semaines ou mois.
Elle est
douloureuse, souvent symétrique, et prédomine au niveau des racines des
membres.
Les patients rapportent des difficultés à se lever, à quitter une
chaise, à monter des escaliers.
Les enzymes musculaires sont élevées,
jusqu’à 50 fois la normale.
La présence d’une éosinophilie doit faire
envisager une cause parasitaire.
L’EMG trouve des signes myogènes.
Le VIH et l’HTLV-1 sont les principales étiologies.
L’atteinte histologique
est similaire à celle de la forme idiopathique.
La principale cause
bactérienne est la maladie de Lyme.
Les causes parasitaires, nombreuses,
se partagent entre les protozooses, les cestodoses et les nématodoses.
La polymyosite à T gondii se distingue de la forme idiopathique par la présence
de signes généraux (adénopathies, fébricule, hépatosplénomégalie,
choriorétinite, etc).
L’atteinte musculaire liée à la cysticercose est caractérisée
par une pseudohypertrophie, souvent symétrique, des muscles.
La trichinose
est responsable d’une polymyosite caractérisée par un déficit musculaire
marqué, une atteinte diaphragmatique, intercostale et des muscles
extrinsèques de l’oeil.
La présence d’un oedème périorbitaire et d’hémorragies sous-conjonctivales est évocatrice du diagnostic.
La diversité des complications neurologiques associées aux infections
impose que, devant toute maladie neurologique, une étiologie
infectieuse soit évoquée.
À l’inverse, devant une maladie infectieuse extraneurologique, la possibilité d’une localisation du germe
pathogène dans le système nerveux doit être évoquée, car elle peut
modifier les conduites thérapeutiques.