Manifestations nerveuses des lipidoses
(Suite)
Cours de Neurologie
Maladies affectant le peroxysome
:
A -
DÉFINITION ET FONCTIONS DU PEROXYSOME :
Les peroxysomes sont des organelles, présents dans toutes les
cellules nucléées, mais de relativement plus grande taille (de 0,5 à
1 µm) et plus nombreux dans le foie et le rein, très nombreux dans
les oligodendrocytes.
Ils sont identifiés par leur morphologie
vésiculaire.
La réaction de dégradation du peroxyde d’hydrogène
par la catalase est spécifiquement peroxysomale, ce qui permet son
identification par histochimie en microscopies photonique et
électronique.
Comme les mitochondries, les peroxysomes possèdent
les enzymes nécessaires à la dégradation oxydative des acides
gras.
Alors que la bêtaoxydation mitochondriale dégrade les
acides gras dont la longueur de chaîne n’excède pas une vingtaine
d’atomes de carbone, la bêtaoxydation peroxysomale est spécifique
aux acides gras de longueur supérieure à 22 atomes de carbone, dits
acides gras à très longue chaîne (AGTLC).
Ceux-ci sont abondants
dans la myéline. Leur activité catalase et l’expression de protéines
enzymatiques particulières peuvent être marquées en immunohistochimie.
Les pathologies peroxysomales s’expriment par l’accumulation de
lipides anormalement riches en AGTLC.
Les lipides accumulés sont
biréfringents, confèrent un aspect strié au cytoplasme cellulaire et
apparaissent trilamellaires et lamellaires en ultrastructure.
La surcharge implique les cellules dont le métabolisme est perturbé
par la surcharge, neurones, cellules corticales surrénaliennes, ou qui
sont riches en peroxysomes : hépatocytes, cellules rénales.
Les protéines peroxysomales enzymatiques et membranaires sont
codées par des gènes nucléaires, puis synthétisées dans des
ribosomes libres et finalement importées dans le peroxysome grâce
à des récepteurs.
L’acidurie mévalonique et le syndrome de Sjögren-Larsson peuvent être considérés comme des pathologies
peroxysomales, car les enzymes respectives (la mévalonate kinase et
l’alcool déshydrogénase) sont peroxysomales.
Les peroxysomes interviennent aussi dans la synthèse des
plasmalogènes (un composant de la membrane plasmatique qui
intervient dans la myélinisation), la biosynthèse du cholestérol, des
acides biliaires, des dolichols, dans l’oxydation de l’acide
pipécolique, de l’acide glutarique, de l’acide phytanique, un
ensemble de fonctions qui interviennent dans le métabolisme
neuronal, hépatique et surrénalien.
Au cours du développement cérébral, les peroxysomes (identifiés
par l’apparition d’un immunomarquage de la catalase) apparaissent
dans les neurones du diencéphale (thalamus, striatum) et du cervelet
dès 28 semaines de gestation, dans ceux du cortex dès 35 semaines,
ce qui suggère une date d’apparition dépendante du degré de
maturation neuronale (synaptogenèse) ; en revanche, les
peroxysomes apparaissent dans les cellules gliales selon un gradient
centrifuge allant vers le cortex, évoquant une relation avec la
myélinisation.
Les pathologies peroxysomales peuvent résulter d’un déficit
généralisé (défaut d’assemblage) ou d’un déficit enzymatique isolé.
En cas de déficit généralisé, les peroxysomes sont absents ; parmi
les protéines lysosomales, certaines résistent dans le cytosol, mais
d’autres sont rapidement détruites en l’absence de peroxysome ; ce
déficit semble résulter soit d’un trouble de la synthèse des protéines
membranaires, soit d’un défaut d’importation des protéines
peroxysomales.
Ainsi, dans la maladie de Zellweger et
l’adrénoleucodystrophie (ALD) néonatale, il existe un défaut
d’adressage aux récepteurs.
Dans les cas de déficit enzymatique isolé, les peroxysomes sont
présents.
L’ALD liée à l’X appartient à ce groupe.
Un certain nombre de maladies sont dues à une perte des fonctions peroxysomales.
Trois grands groupes ont été identifiés.
Dans le
premier groupe, il y a une absence de peroxysomes et/ou une perte
de toutes les fonctions peroxysomales.
C’est dans ce groupe qu’entre
la maladie de Zellweger, l’ALD néonatale, la maladie de Refsum
infantile et l’acidémie hyperpipécolique.
Dans le second groupe, les peroxysomes sont présents, mais il y a une perte d’une seule enzyme
peroxysomale.
Le type en est l’ALD liée à l’X, l’ALD
pseudonéonatale, le pseudo-Zellweger et la maladie de Refsum de
l’adulte.
Dans un troisième groupe, plusieurs enzymes peroxysomales sont déficientes.
C’est le cas d’un autre Zellwegerlike,
de la chondrodysplasie ponctuée rhizomélique.
B - PATHOLOGIES PEROXYSOMALES GÉNÉRALISÉES :
Elles ont en commun un retard psychomoteur, une hypotonie,
une altération de la fonction hépatique et des troubles visuels
(rétinopathie pigmentaire).
Les lésions observées diffèrent selon l’âge d’expression de la forme
clinique : troubles du développement dans les cas à expression
précoce (et donc avec un déficit sévère), troubles de la maturation
ou de la trophicité cellulaires dans les cas à expression plus tardive.
Au plan neuropathologique, elles comportent des lésions résultant
d’une altération de phénomènes développementaux (troubles de la
migration et de la corticogenèse, surcharge de la glie de
myélinisation), ce qui suggère une expression précoce du déficit au
cours du développement.
De même, dans les viscères, il existe soit
des troubles du développement rénal (kystes) dans les cas à
expression précoce, soit des signes de surcharge et de souffrance
cellulaires (atrophie surrénalienne, cirrhose hépatique) dans les cas
à révélation plus tardive.
1- Maladie de Zellweger ou syndrome
cérébro-hépato-rénal :
C’est une maladie récessive autosomique qui s’accompagne d’une
absence de peroxysomes dans tous les tissus.
* Clinique
:
Une sévère hypotonie, une absence de développement
psychomoteur et des crises d’épilepsie apparaissent peu après la
naissance.
La dysmorphie craniofaciale s’accompagne d’anomalies
oculaires (glaucome, cataracte et surtout rétinopathie pigmentaire),
d’une surdité de perception.
Les anomalies dysmorphiques évoluent
avec le temps et vont être associées à une hépatomégalie, à des
lésions cardiaques portant surtout sur le septum ventriculaire et
l’aorte.
Il n’a jamais été signalé d’insuffisance surrénale.
Le décès
survient en 4 à 6 mois, lié à une insuffisance hépatique ou à des
troubles de déglutition. Une détresse respiratoire est fréquente.
* Examens complémentaires
:
À la biopsie hépatique ou rénale, les peroxysomes sont absents dans
le foie, le rein.
Il en est de même dans les fibroblastes en culture.
Dans le sang, on trouve un taux élevé d’AGTLC, d’acide phytanique,
d’acide pipécolique, des précurseurs des acides biliaires et on note
une augmentation de l’excrétion urinaire des acides dicarboxyliques.
On trouve également un déficit de l’activité des enzymes de
synthèse des plasmalogènes (DHAPAT ou dihydroxyacétone
phosphate acyltransférase ; alkyl-DHAP ou alkyl-dihydroxyacétone
phosphate synthétase).
Sur le plan oculaire, l’ERG est éteint
précocement. Il existe à l’IRM des signes de leucodystrophie.
Les
radiographies osseuses mettent en évidence un aspect ponctué des
épiphyses et des calcifications patellaires.
Il existe des kystes rénaux
à l’échographie.
* Anatomopathologie
:
La surcharge s’exprime :
– au niveau des macrophages et des astrocytes de la substance
blanche cérébrale ;
– dans les cellules corticales surrénaliennes.
+ Neuropathologie
:
L’étude neuropathologique révèle un cerveau parfois augmenté de
volume, avec des troubles de la gyration à type de polymicrogyrie
(prédominant en périsylvien) ou pachygyrie.
À l’analyse histologique, il existe des troubles de la migration diffus,
qui dans le télencéphale sont associés à la polymicrogyrie
(hétérotopies neuronales nodulaires dans la substance blanche
périsylvienne) et dans le cervelet se présentent comme des amas de
cellules de Purkinje.
On observe une dysplasie dentato-olivaire quasi
constante, et la présence de kystes sous-épendymaires considérés
comme résultant de pertes cellulaires focales de la zone germinative.
Les neurones présentent plusieurs types de lésions.
Le faible
développement de l’arborisation dendritique des neurones corticaux,
ainsi que leur pauvreté en épines dendritiques, suggèrent un trouble
de leur maturation en rapport avec des anomalies de la synaptogenèse.
De plus, une surcharge intraneuronale a été décrite
dans les noyaux dorsaux de la moelle.
Au sein de la substance
blanche, on note une pâleur myélinique contenant des astrocytes
réactifs et des macrophages avec une surcharge lipidique.
Dans la rétine, les cellules ganglionnaires sont détruites et le nerf
optique démyélinisé.
Dans le nerf périphérique ont été décrits des aspects de dystrophie axonale avec accumulation de profils trilamellaires ou de
neurofilaments.
+ Pathologie extracérébrale :
Les lésions extracérébrales confirment le diagnostic
neuropathologique : on observe ainsi des cellules striées dans le
cortex surrénalien, des lésions rénales kystiques corticales
correspondant à des dilatations des espaces de Bowman, une fibrose
hépatique progressive pouvant évoluer vers une cirrhose
micronodulaire.
Dans les hépatocytes, il n’est pas possible de mettre
en évidence une activité catalase en optique, ni des peroxysomes en
électronique.
Quelques rares macrophages PAS positifs y sont
visibles, semblables à ceux qui sont vus dans la maladie de Refsum
infantile.
+ Pathologie foetale :
Les troubles de la construction cérébrale (troubles de la migration et
de la gyration) sont identifiables dans le cerveau foetal dès la fin du
premier trimestre de gestation.
Dans les zones périsylviennes, futur
siège de la polymicrogyrie, le plateau cortical est mince, contrastant
avec des hétérotopies sous-corticales épaisses.
De plus, une
surcharge en cytosomes est déjà visible dans le cytoplasme des
cellules gliales, neuronales et méningées.
Dans les viscères, les lésions surrénaliennes et rénales sont présentes
chez le foetus, chez qui les kystes rénaux superficiels sont bien
identifiables.
* Biochimie
:
La déficience en peroxysomes est objectivée par l’absence de
l’activité catalase, détectable en histochimie dans le foie et le rein,
encore qu’il existe une activité faible en catalase dans le cytoplasme.
Il y a un taux très bas de plasmalogènes (phospholipides avec liaison
vinyl-éther).
Il existe un déficit de la bêtaoxydation dans les tissus,
avec une augmentation de l’acide gras hexacosanoïque (C26:0).
* Biologie moléculaire
:
De nombreux gènes semblent impliqués dans la biogenèse des peroxysomes.
Ces gènes s’appellent PEX et codent pour des
peroxines. D’abord décrits chez la levure, il y a de nombreux
homologues chez l’homme.
Il n’est pas possible d’établir de relation
claire entre le syndrome clinique et le gène en cause.
Il y a au moins
12 gènes impliqués dans les défauts de biogenèse peroxysomale.
* Conseil génétique :
Le diagnostic prénatal est possible par l’étude sur villosités choriales
ou cellules amniotiques de la biosynthèse des plasmalogènes et par
l’étude des AGTLC.
On ne peut détecter les hétérozygotes.
2- Syndromes apparentés au syndrome de Zellweger :
Un déficit généralisé des fonctions peroxysomales, associé à une
réduction importante du nombre des peroxysomes ou à leur
absence, a été découvert chez des patients dont les symptômes, les
signes et les lésions anatomopathologiques étaient moins complets
que ceux du syndrome de Zellweger.
À l’heure actuelle, il est
impossible d’affirmer que ces syndromes sont des entités distinctes
et qu’il ne s’agit pas de variantes phénotypiques d’une même
maladie.
* Adrénoleucodystrophie néonatale
:
Il s’agit d’une maladie autosomique récessive. Certains signes sont
communs au syndrome de Zellweger : hypotonie, retard mental,
rétinopathie avec ERG éteint et surdité, hépatomégalie.
Il n’y a pas
de calcifications patellaires.
À l’opposé de l’ALD classique, il n’y a
pas ou peu de signes d’insuffisance surrénalienne, mais, au test à
l’ACTH, la réponse du cortisol est réduite.
La forme habituelle est
létale avant l’âge de 1 an.
Il existe des formes d’évolution plus
prolongée (de 2 à 4 ans).
Comme dans le syndrome de Zellweger, la surcharge concerne :
– dans les tissus nerveux, les macrophages de la substance blanche
cérébrale, et les cellules de Schwann et les fibroblastes des nerfs
périphériques ;
– dans les tissus non nerveux, les cellules corticales surrénaliennes,
mais également quelques rares macrophages dans les organes
lymphoïdes ainsi que dans les hépatocytes.
Le cerveau peut être augmenté de volume, mais les troubles de la gyration sont beaucoup moins importants que dans le syndrome de
Zellweger : il existe une polymicrogyrie du cortex insulaire,
quelques nodules neuronaux hétérotopiques sont visibles dans le
télencéphale et le cervelet, mais la gyration olivaire est normale.
En
fait, dans l’ALD néonatale, ce sont les lésions de la substance
blanche qui priment, sous la forme de démyélinisation, avec
surcharge lipidique des macrophages de la substance blanche qui se
regroupent en manchons périvasculaires et intense gliose réactive.
Dans la rétine, il existe une dégénérescence des cellules
ganglionnaires et des photorécepteurs, ainsi qu’une raréfaction des
fibres nerveuses.
Dans le nerf périphérique, les gaines de myéline sont trop minces,
comparées aux témoins.
Les surrénales sont atrophiques et elles contiennent de volumineuses
cellules corticales striées au contenu biréfringent.
L’atteinte
hépatique est moins marquée que dans le syndrome de Zellweger et
peut aller de la cirrhose micronodulaire à l’absence de lésions.
Cependant, les peroxysomes sont absents ou en nombre insuffisant
dans les hépatocytes ; il n’y a pas d’atteinte rénale.
On observe en revanche la présence de macrophages PAS positifs
dans les organes lymphoïdes (foie, rate, thymus, ganglions).
* Syndrome de Refsum infantile
:
Ce syndrome n’a qu’une ressemblance superficielle avec la maladie
de l’adulte qui porte le même nom.
Il existe cependant une élévation
importante du taux d’acide phytanique dans le sérum et les urines.
Ce syndrome atteint volontiers les sujets masculins. Son mode de
transmission est mal connu.
Le diagnostic est évoqué devant un retard psychomoteur avec
hypotonie, troubles digestifs, hépatomégalie, troubles visuels avec
une rétinite pigmentaire survenant entre 6 mois et 1 an.
Il y a un
syndrome cérébelleux.
Il peut y avoir des troubles de l’audition. Le
tableau se complète d’un syndrome dysmorphique prédominant au
visage, proche du syndome de Zellweger.
Le pronostic est cependant
plus favorable que celui du syndrome de Zellweger, certains sujets
pouvant dépasser l’âge de 10 ans, au prix de troubles
comportementaux et d’un retard intellectuel sévère.
Sur le plan biochimique, il y a une augmentation du taux d’acide phytanique dans le sérum et les urines.
Les anomalies biochimiques
sont les mêmes que celles de l’ALD néonatale et du syndrome de
Zellweger.
Une hypocholestérolémie peut être présente ; une absence de peroxysomes à la biopsie hépatique complète le tableau.
La surcharge peut être observée :
– dans les macrophages des tissus lymphoïdes (foie, rate, ganglions)
sous la forme de dépôts PAS positifs, autofluorescents et
biréfringents, ce qui correspond à l’échelon ultrastructural à des
inclusions trilamellaires organisées en faisceaux ;
– dans de rares hépatocytes.
Le cerveau est d’aspect normal et il n’existe notamment ni anomalie
de la gyration, ni anomalie de la substance blanche, mis à part un
amincissement du corps calleux et une atrophie cérébelleuse.
Au
plan histologique ne sont pas retrouvés les éléments caractéristiques
des deux autres formes, à savoir des troubles de la migration, des
signes de démyélinisation et une surcharge lipidique intramacrophagique.
Seuls sont décrits des cellules de Purkinje en
position ectopique dans la couche moléculaire (trouble de la
migration ?) et des macrophages dans la substance blanche, mais
sans signe de surcharge.
Les surrénales sont atrophiques mais ne
contiennent pas de cellules surchargées.
* Acidémie hyperpipécolique :
Cette entité ne paraît pas bien individualisée.
Ses parentés cliniques
et biologiques avec le syndrome de Zellweger sont importantes.
Le tableau clinique se compose d’une hypotonie avec retard
psychomoteur, hépatomégalie et dégénérescence rétinienne.
La surcharge existe :
– dans les macrophages des tissus lymphoïdes (foie, rate, ganglions)
sous la forme de dépôts PAS positifs, autofluorescents et
biréfringents, ce qui correspond à l’échelon ultrastructural à des
inclusions trilamellaires organisées en faisceaux ;
– dans de rares hépatocytes.
Les cerveaux sont augmentés de volume sans anomalie de la gyration, mais, dans un cas, il a été rapporté une leucodystrophie
soudanophile avec gliose et démyélinisation sous-tentorielle.
Dans les cellules gliales de la substance blanche ont été décrits
plusieurs types de dépôts : des inclusions trilamellaires ou des
granules PAS positifs, ces derniers correspondant à des
accumulations de vésicules membranaires.
Les surrénales sont de taille et de morphologie normales, et il
n’existe pas de lésion kystique rénale.
Des vésicules membranaires
sont retrouvées dans les hépatocytes, alors que les peroxysomes sont
en nombre et de morphologie normaux.
C - PATHOLOGIES PEROXYSOMALES ISOLÉES :
Ce sont les situations où le déficit ne touche qu’une seule fonction
peroxysomale.
Leurs expressions clinique et neuropathologique sont
parfois identiques à celles rencontrées dans le groupe précédent,
mais les peroxysomes sont identifiables sur la biopsie de foie et le
déficit métabolique est isolé : ce sont les formes « pseudo ».
D’autres formes ont une expression propre, comme la
chondrodysplasie ponctuée et l’ALD liée à l’X.
1- Pseudoperoxysomopathies généralisées
:
* Pseudosyndrome de Zellweger :
Les aspects cliniques et pathologiques (cerveau, rein, surrénale) sont
ceux d’un syndrome de Zellweger, mais les peroxysomes hépatiques
sont présents.
En fait, il s’agit d’un déficit enzymatique isolé et il
existe une surcharge musculaire striée importante en lipides.
* Pseudoadrénoleucodystrophie néonatale
:
Il s’agit d’un tableau néonatal de NALD, avec hypotonie,
convulsions, retard mental, surdité et dégénérescence
tapétorétinienne, et augmentation des AGTLC, mais les
peroxysomes dans la biopsie de foie sont en nombre normal, voire
augmenté.
Il existe une surcharge lipidique des hépatocytes et du
muscle strié.
Le déficit enzymatique est isolé : déficit en acylCoA
oxydase.
*
Déficit en enzyme bifonctionnelle :
Le tableau clinique est à début néonatal avec hypotonie, convulsions
et macrocéphalie.
Le tableau neuropathologique et pathologique (surrénales, foie, rein)
est proche de celui du syndrome de Zellweger.
Les peroxysomes
sont présents ; il s’agit d’un déficit isolé en protéine bifonctionnelle.
* Chondrodysplasie ponctuée :
Il s’agit d’une pathologie à étiologies multiples, mais qui est
d’origine peroxysomale quand elle est liée à l’X ; son phénotype est
celui du syndrome de Zellweger, mises à part les anomalies des
membres : atteinte distale et ichtyose.
Les peroxysomes sont absents
dans certains hépatocytes, mais sont de trop grande taille dans
d’autres.
* Adrénoleucodystrophie liée à l’X
:
Il s’agit du syndrome anciennement nommé syndrome de Schilder
avec insuffisance surrénalienne.
Le terme d’ALD est réservé à la
forme pédiatrique (signes neurologiques précédant le plus souvent
les signes d’insuffisance surrénalienne, détérioration intellectuelle
rapidement progressive avec pertes visuelle et auditive,
démyélinisation massive), tandis que la forme adulte (insuffisance
surrénalienne précédant les signes neurologiques, paraparésie
spastique progressive, polyneuropathie) porte plutôt le nom
d’adrénomyéloneuropathie (AMN).
Entre ces deux formes
cliniques, il existe de nombreux phénotypes qui ont en commun
l’augmentation des AGTLC.
Il s’agit d’une leucodystrophie liée au chromosome X, associée à une
insuffisance surrénale qui n’est parfois que fonctionnelle.
La
principale caractéristique biochimique est l’accumulation d’AGTLC
saturés, dont les taux sont trouvés en excès dans l’organisme.
+ Clinique
:
Des aspects cliniques différents tant par l’âge de début que par la
symptomatologie peuvent s’observer dans les mêmes fratries.
La forme cérébrale infantile est la plus classique.
Les signes
neurologiques constituent dans 74 % des cas la première
manifestation de la maladie.
Il s’agit le plus souvent de troubles du
comportement et d’un déclin scolaire, apparaissant chez un jeune
garçon dont le développement avait été jusque-là parfaitement
normal.
Des crises convulsives peuvent aussi être inaugurales, ainsi
que des troubles de la marche, une cécité corticale.
D’après Moser,
une insuffisance surrénale est contemporaine des troubles
neurologiques dans 85 % des cas.
Ce déficit endocrinien peut rester infraclinique, mais une décompensation aiguë est cependant
possible.
Toute insuffisance surrénale primitive de l’enfant doit faire
rechercher une ALD.
L’évolution se fait vers la mort au bout d’environ 3 ans, des signes
pyramidaux et cérébelleux accompagnant un état démentiel.
La forme cérébrale de l’adulte est nettement plus exceptionnelle.
Le
tableau initial est le plus souvent psychiatrique, avec l’apparition de
troubles psychotiques ou d’une démence.
La présentation peut être
d’emblée neurologique (syndrome cérébelleux, paraplégie
spastique).
L’insuffisance surrénale peut être inaugurale ou
découverte lors du bilan de la maladie.
L’évolution est plus longue
que chez les enfants ou les adolescents, en particulier dans les
formes où le début s’effectue par des troubles neurologiques.
L’AMN est la forme classique de l’adulte qui n’a pas la gravité de la
forme cérébrale.
Elle se traduit par une paraplégie spastique avec
des troubles sensitifs, des troubles vésicosphinctériens et des signes
de neuropathie périphérique qui peuvent n’être qu’électriques.
Ils
peuvent cependant manquer.
L’insuffisance corticosurrénalienne est
inconstante mais peut être au premier plan.
L’évolution est plus progressive, s’étalant sur au moins une dizaine d’années.
Ce
phénotype a longtemps été considéré comme purement spinal, mais
la description de cas d’atteinte cérébelleuse, optique ou
neuropsychologique a entraîné une extension de la définition de
l’AMN.
Il est désormais plus exact de parler d’une variante d’ALD
dont la symptomatologie est à prédominance médullaire, ce qui
n’exclut en aucun cas la possibilité d’une atteinte supramédullaire
associée.
On retiendra aussi l’existence de formes très atypiques
d’AMN, se présentant comme une dégénérescence spinocérébelleuse
ou encore comme une atrophie olivo-ponto-cérébelleuse.
L’insuffisance corticosurrénale isolée peut être une manifestation de
l’ALD.
Si elle complète la plupart des formes phénotypiques de
l’ALD, apparaissant précocement ou au cours de l’évolution, des
cas d’ALD peuvent se résumer à une insuffisance surrénale.
Les hétérozygotes peuvent être symptomatiques du fait de l’inactivation
d’un des deux chromosomes X dans les cellules.
De ce fait, l’X
portant la mutation peut s’exprimer de manière aléatoire.
Les signes
neurologiques sont donc extrêmement variables. Il peut s’agir de
paraplégie spastique, de troubles sphinctériens et sensitifs dont
l’intensité est variable, parfois même sévère.
Classiquement, il n’y a
pas d’insuffisance surrénale, mais il y a des exceptions.
Une atteinte
cérébrale comparable à celle de l’homme a été rapportée, débutant
par des troubles du comportement évoluant comme une démence
d’aggravation rapide et entraînant le décès.
Les hémizygotes asymptomatiques : il existe des cas porteurs de
l’anomalie génétique et biochimique dépistés dans le cadre d’une
enquête familiale, qui demeurent exempts de manifestations
cliniques au-delà de 60 ans.
À ce stade, il est difficile de tracer une
frontière entre le statut de présymptomatique et celui
d’asymptomatique, mais ceci souligne encore un peu plus la
diversité dans la sévérité et le mode d’expression de la maladie, ainsi
que l’existence sous-jacente de facteurs physiopathologiques
modulant l’expression d’une même anomalie biochimique et
génétique d’un patient à l’autre.
+ Examens complémentaires
:
L’insuffisance surrénalienne doit être systématiquement recherchée,
parce qu’elle peut n’être que fonctionnelle.
La cortisolémie peut être
basse. Le déficit ne peut parfois s’objectiver que par le test à l’ACTH.
Le dosage des AGTLC permet de faire le diagnostic.
Il est effectué
dans le sérum (ou le plasma) et dans les fibroblastes cultivés après
biopsie de peau.
On détecte un taux anormal d’acides gras saturés à
26 atomes de carbone (C26:0) et un rapport anormalement élevé des
acides gras C26:0 par rapport aux acides gras à 22 atomes de carbone
saturés (C22:0).
Le rapport des acides gras saturés C24:0 sur C22:0
est également augmenté. Les AGTLC mono- ou polyinsaturés sont
normaux.
Chez les patients hétérozygotes, l’existence de faux
négatifs n’est pas négligeable, puisqu’elle est évaluée à 15 % sur les
seuls résultats du dosage plasmatique et à 7 % environ sur les
résultats conjoints du dosage dans les fibroblastes et dans le plasma.
À l’EMG, il existe dans la plupart des cas un ralentissement des
vitesses de conduction nerveuse sensitive et motrice.
L’IRM dans les
formes cérébrales montre une démyélinisation bilatérale et
symétrique diffuse, qui débute par le pourtour des cornes
occipitales.
Dans les formes médullaires, il n’existe pas de lésion
focale ou étendue de la substance blanche.
La signification de
l’aspect en « verre dépoli » parfois retrouvé reste incertaine.
La
spectroscopie IRM montre une augmentation non spécifique du pic
de choline.
Les potentiels évoqués visuels sont allongés
précocement.
Les autres potentiels évoqués ne sont pas modifiés de
façon identique dans les différentes études.
Le LCR montre une
hyperprotéinorachie isolée ou un liquide inflammatoire avec un
profil oligoclonal des gammaglobulines, mais ces anomalies sont
inconstantes dans l’AMN.
+ Anatomopathologie
:
Neuropathologie :
À l’analyse macroscopique, il n’y a pas d’anomalie de volume ni de gyration cérébrale ; cependant, dès la coupe, la substance blanche
apparaît pathologique avec un aspect ferme et grisâtre signant une
anomalie de la myéline et une gliose sous-jacentes.
L’atteinte est
bilatérale, symétrique et plus sévère dans les régions temporopariéto-
occipitales que frontales.
Dans les formes pédiatriques, l’anomalie de la myéline épargne
relativement les fibres sous-corticales (fibres en U) ainsi que les
faisceaux situés dans les structures du tronc cérébral et de la moelle,
à l’exception des faisceaux pyramidaux.
À l’inverse, dans les formes
adultes, l’atteinte myélinique prédomine dans le tronc cérébral et le
cervelet.
Au plan histologique, il s’agit d’une leucodystrophie, dans le sens
où la relative préservation des axones dépourvus de myéline évoque
une atteinte myélinique primitive ; la présence de produits de
dégradation de la myéline au sein des macrophages indique un
processus de démyélinisation.
L’évolution se fait vers une gliose
intense dans des aires où la démyélinisation est totale, les axones
démyélinisés dégénèrent, les produits de dégradation de la myéline
ont disparu et les oligodendrocytes sont peu nombreux.
Le
processus de démyélinisation dans l’ALD a deux particularités :
– la présence d’infiltrats inflammatoires dans les zones de
démyélinisation active, ce qui suggère l’intervention de processus
auto-immuns ;
– la diminution du nombre d’oligodendrocytes, dont on sait qu’ils
disparaissent par processus d’apoptose, peut-être parce que la
composition de leur membrane, trop riche en AGTLC, les rend plus
sensibles à des processus délétères possiblement médiés par les
cellules inflammatoires.
Produit de surcharge
:
Il est observé en microscopie optique, après coloration par l’ORO et
le noir Soudan, dans les macrophages cérébraux dans les zones de
démyélinisation active, dans les astrocytes et dans des tissus non
nerveux : les cellules corticales surrénaliennes, les cellules de Leydig
dans le testicule.
Il est constitué d’esters d’AGTLC qui, en
microscopie électronique, ont l’aspect de formations allongées
trilamellaires et multilamellaires, également retrouvées dans les
macrophages de la muqueuse rectale ou dans des biopsies de peau
et de nerf (cellules de Schwann myélinisantes).
Pathologie extracérébrale :
Les surrénales sont très atrophiques, il existe de nombreuses cellules
surchargées avec un cytoplasme d’aspect ballonisé et strié dans le
cortex, biréfringentes et soudanophiles.
Les biopsies de peau peuvent aider au diagnostic.
Pathologie foetale
:
L’étude des cellules amniotiques en culture a pu être utilisée pour le
diagnostic anténatal, ce qui a permis d’étudier les lésions foetales.
Les foetus atteints n’ont pas d’expression clinique, mais, au plan
histologique, la surcharge est identifiable à l’échelon ultrastructural
dans les surrénales et le testicule.
En revanche, il n’existe pas
d’atteinte cérébrale.
+ Neurochimie
:
Les AGTLC s’accumulent dans les Xol-e et les gangliosides, mais
également dans la sphingomyéline et certains glycérophospholipides.
La bêtaoxydation des AGTLC, qui est diminuée dans
cette affection, a lieu dans les peroxysomes sous la dépendance
d’une enzyme, l’acylCoA synthétase spécifique des AGTLC, qui
permet l’activation des AGTLC en leurs dérivés acylCoA.
Cette
enzyme qui a été isolée et clonée n’est pas responsable de l’ALD.
Le
gène responsable code pour une protéine de membrane du peroxysome ; c’est l’adrenoleukodystrophy protein (ALDP) appartenant
à la famille des ATP-binding cassette transporters (ABC transporters)
c’est-à-dire des transporteurs transmembranaires se liant à l’ATP.
La
membrane du peroxysome contient d’autres protéines de cette
famille : la peroxisomal membrane protein (PMP70), la PMP70-related
protein (PMP70-R) et l’ALD-related protein (ALDR).
Les protéines de
la famille ABC fonctionnent en dimères ; pour être fonctionnelle,
l’ALDP, qui est un monomère, doit se lier à une autre molécule d’ALDP ou encore à une PMP70 ou à une ALDR.
L’existence de tels
dimères, d’ALDP-PMP70 et d’ALDP-ALDR a été démontrée en
immunoprécipitation et cette caractéristique pourrait intervenir dans
la physiopathologie de la maladie.
La relation entre l’ALDP et la
bêtaoxydation des AGTLC demeure actuellement méconnue.
On
peut évaluer l’activité de l’ALDP par immunofluorescence sur les
cultures de fibroblastes des patientes chez lesquelles on recherche
une hétérozygotie ; les femmes hétérozygotes peuvent présenter une
immunoréactivité mixte, en rapport avec des fibroblastes normaux
et déficitaires en ALDP du fait de l’inactivation aléatoire du
chromosome X.
+ Biologie moléculaire
:
Le gène a été localisé sur le chromosome Xq-28.
Le gène qui code
pour l’ALDP a été cloné. La plupart des mutations sont privées.
On en dénombre actuellement plus de 200.
Il n’y a pas de corrélation
entre la nature de la mutation et l’expression phénotypique, ou
encore avec l’âge de survenue de la maladie au sein d’une
population d’AMN.
+ Conseil génétique
:
Le dosage des AGTLC est le test le plus courant de dépistage de
l’affection chez un patient et chez 90 % des hétérozygotes.
On peut
le coupler à l’étude immunohistochimique de l’ALDP sur les
fibroblastes en culture et dans les leucocytes.
Ce test peut être utilisé pour le diagnostic prénatal sur les cultures
de cellules de liquide amniotique ou de villosités choriales.
Des
erreurs diagnostiques ont été rapportées avec cette technique, mais
elles sont exceptionnelles.
La biologie moléculaire conduit à un
diagnostic de certitude.
+ Traitement :
La transplantation de moelle osseuse semble avoir un grand intérêt
à un stade très précoce de la maladie.
Un régime pauvre en acides gras saturés à très longues chaînes,
supplémenté par des acides gras mono-insaturés (triglycéryl oléate
et triglycéryl érucate) n’a pas apporté la preuve de son efficacité
dans les formes infantiles.
Chez l’adulte, il n’y a pas encore de
conclusion définitive. Lorsqu’une insuffisance surrénale a été
diagnostiquée, il est indispensable de la traiter.
2- Maladie de Refsum :
La maladie de Refsum est une maladie autosomique récessive qui
est liée à un déficit en alphaoxydation de l’acide phytanique, un
acide gras apporté par l’alimentation.
Le résultat est
l’accumulation de cette substance dans le système nerveux central
et dans d’autres tissus.
Cette accumulation est liée à un défaut
génétique en une alphaoxydase qui dégrade normalement l’acide
phytanique en acide pristanique et lui permet ensuite d’être
catabolisé par des bêtaoxydations successives.
* Clinique
:
Le début apparaît dans la deuxième ou troisième décade de la vie.
Le premier signe est visuel : une héméralopie (baisse de la vision
nocturne).
Une polyneuropathie chronique distale essentiellement
motrice, survenant par poussées, complète rapidement le tableau
clinique. Une ataxie cérébelleuse peut s’y associer avec dyssynergie,
tremblement intentionnel, nystagmus.
Une hypoacousie ou une
surdité est observée dans deux tiers des cas.
L’intelligence est
habituellement normale.
Au cours de l’évolution, le tableau peut
s’enrichir de manifestations cutanées (ichtyose), de dysplasies polyépiphysaires et surtout de troubles cardiaques (troubles de la
conduction auriculoventriculaire ou de la repolarisation).
Le
pronostic dépend avant tout de l’atteinte cardiaque et du risque de
mort subite.
* Examens complémentaires
:
L’examen oculaire montre une rétinite pigmentaire.
L’ERG est éteint.
Il y a une hyperprotéinorachie isolée. L’EMG montre une diminution
de la vitesse de conduction nerveuse.
La biopsie du nerf
périphérique met en évidence une démyélinisation avec un aspect
en « bulbe d’oignon », ce qui traduit une prolifération
schwannienne.
Le diagnostic est affirmé par la découverte d’acide phytanique dans le plasma et dans les urines.
L’IRM peut mettre en
évidence une démyélinisation du tronc cérébral et du cervelet.
*
Anatomopathologie :
Il y a essentiellement une atteinte du système nerveux périphérique
à type de neuropathie démyélinisante segmentaire, s’accompagnant
d’une hypertrophie schwannienne en bulbe d’oignon.
Des inclusions
lipidiques osmiophiles polymorphes ou cristallines sont visibles
dans les cellules de Schwann.
Une dégénérescence des cordons
postérieurs de la moelle a été signalée.
La présence de lipides soudanophiles dans les leptoméninges, les plexus choroïdes,
l’épendyme, les cellules gliales du globe pâle et de la substance
noire, et parfois dans les neurones, a été décrite.
* Neurochimie
:
La présence d’acide phytanique est constatée dans les
phospholipides des principaux tissus.
Dans le système nerveux,
l’accumulation est plus importante dans le nerf périphérique.
Dans
le système nerveux central, la substance blanche est plus atteinte
que ne l’est la substance grise.
L’accumulation de cet acide gras
anormal entraîne une démyélinisation.
L’enzyme déficiente est en
fait la phytanoylCoA hydroxylase, enzyme de la première étape de
dégradation de l’acide phytanique.
Cette enzyme est localisée dans
le peroxysome.
* Biologie moléculaire
:
Le gène de la phytanoylCoA hydroxylase a été cloné.
Des
mutations de ce gène sont responsables de l’accumulation de l’acide phytanique dans le plasma et les tissus.
Il y a de nombreuses
mutations, dont beaucoup semblent privées.
* Conseil génétique
:
Les hétérozygotes ont une réduction de 50 % de l’oxydation de
l’acide phytanique en culture fibroblastique.
Ils n’accumulent pas
l’acide phytanique et restent asymptomatiques.
* Traitement :
Il existe un traitement diététique efficace, qui consiste à priver le
sujet de l’essentiel des sources d’acide phytanique (beurre, légumes
verts etc).
Le régime entraîne un arrêt de la progression de la
maladie, voire une régression de certains signes cliniques
neurologiques, témoignant d’une remyélinisation.
Lorsque les
symptômes visuels, auditifs et cardiaques sont installés, l’effet du
traitement est moins apparent.
Maladies mitochondriales
:
Elles sont secondaires à un défaut primaire du métabolisme des
mitochondries.
Elles peuvent se traduire par une myopathie et/ou
une encéphalopathie.
On peut les diviser en quatre groupes
principaux :
– les anomalies de transport mitochondrial qui perturbent le
transport énergétique ;
– les déficits enzymatiques qui compromettent l’utilisation des
substrats énergétiques ;
– les défauts de la phosphorylation oxydative ;
– les défauts de la chaîne de transport des électrons.
S’il y a une lipidose liée à l’accumulation de TG dans le cytoplasme
cellulaire, elle est essentiellement musculaire.
Elle ne sera pas traitée
ici.
Nous ne traitons dans ce chapitre que la xanthomatose cérébrotendineuse.
XANTHOMATOSE CÉRÉBROTENDINEUSE :
La xanthomatose cérébrotendineuse est une maladie rare
neurométabolique à transmission récessive autosomique.
Elle est
due à un déficit de la synthèse des acides biliaires, secondaire à une
perte d’activité de l’enzyme mitochondriale hépatique, la stérol 27- hydroxylase.
Il en résulte une augmentation du cholestanol, dérivé
du cholestérol.
* Clinique :
Les manifestations cliniques les plus spécifiques apparaissent dans
l’adolescence ou plus tard. Les plus communes sont les xanthomes
tendineux, portant particulièrement sur les tendons d’Achille et du
quadriceps, et la cataracte.
Durant la deuxième ou la troisième
décade, des problèmes neurologiques apparaissent : ataxie
cérébelleuse, paraparésie spastique, tétraparésie, polyneuropathie,
avec des troubles de la sensibilité profonde.
Les réflexes ostéotendineux sont très vifs.
Les pieds creux sont souvent notés.
Quarante pour cent des patients développent une épilepsie
généralisée tonicoclonique.
Un déclin des fonctions mentales peut
survenir dans la troisième décade, plus ou moins rapidement.
Une
altération de la personnalité et des problèmes psychiatriques
peuvent être présents. Une athérosclérose prématurée (pouvant
donner lieu à une angine de poitrine, un infarctus du myocarde,
une défaillance cardiaque) est possible.
Il est moins habituel
d’observer des myoclonies pharyngées et palatines, une parésie
bulbaire et pseudobulbaire, une atrophie optique, un parkinsonisme,
des fractures des os dues à une ostéoporose, un dysfonctionnement
endocrinien.
Dans les cas non traités, la mort survient entre la
cinquième et la sixième décade.
* Examens complémentaires
:
Le diagnostic repose sur les résultats suivants : baisse du cholestérol
plasmatique, augmentation du cholestanol dans le plasma et les
tissus (biopsie tendineuse), absence d’acide chénodésoxycholique
dans la bile, taux élevé de cholestanol et d’apolipoprotéine B dans le
LCR.
Il y a une augmentation des alcools précurseurs des acides
biliaires et de leurs produits d’excrétion (glucuronides) dans la bile,
l’urine et le plasma.
Si ces résultats ne sont pas probants, il faut
utiliser un test de stimulation de la synthèse des acides biliaires par
la cholestérylamine.
Le diagnostic peut être confirmé par l’absence
d’activité de la stérol 27-hydroxylase dans les fibroblastes cutanés.
Les anomalies biochimiques précèdent l’apparition des signes
neurologiques, et doivent donc être recherchées dans les familles de
sujets à risque.
L’IRM montre une démyélinisation, spécialement
dans le cervelet et le tronc cérébral, une atrophie du cervelet, du
tronc cérébral et de la moelle, et d’autres anomalies focales en
relation avec des dépôts de xanthomes dans le parenchyme cérébral.
L’EEG peut montrer des altérations non spécifiques mais des signes
de comitialité.
L’EMG met en évidence une neuropathie
périphérique chronique démyélinisante (augmentation de la vitesse
de conduction nerveuse).
Les potentiels évoqués sont altérés.
* Anatomopathologie
:
Les dépôts xanthomateux sont présents dans de nombreux
organes.
Ils consistent essentiellement en cellules spumeuses et
en structures cristallines (en « paquets d’aiguilles ») extracellulaires.
Ces divers éléments sont entourés d’une réaction inflammatoire avec
cellules géantes à corps étrangers.
Dans le système nerveux central, on observe des lésions de la
substance blanche avec démyélinisation et nécrose cavitaire
prédominant dans l’album cérébelleux et les pédoncules cérébelleux
supérieurs.
Des histiocytes chargés de graisses et de corps étrangers
entourent les vaisseaux.
Une perte de fibres myélinisées s’observe
aussi dans les colonnes latérales et postérieures de la moelle, dans le
faisceau pyramidal, les fibres transverses de la protubérance.
La biopsie du nerf périphérique met en évidence une neuropathie démyélinisante avec des formations en « bulbes d’oignons ».
* Neurochimie
:
Les lipides stockés dans le cerveau et dans les xanthomes sont
constitués de cholestanol, libre et estérifié, et de cholestérol.
Le cholestanol libre est trouvé non seulement dans les aires cérébrales
affectées, mais aussi dans le parenchyme apparemment normal.
Le cholestanol est non seulement trouvé dans la myéline mais dans
toutes les structures membranaires du cerveau, y compris dans les
membranes des structures subcellulaires.
La concentration du
cholestérol non estérifié est normale ou peu abaissée.
Dans les aires
démyélinisées, la concentration de cholestanol estérifié et de
cholestérol est élevée.
La stérol 27-hydroxylase est nécessaire aux
réactions oxydatives qui conduisent à la synthèse des acides
biliaires.
Il existe de ce fait une absence d’acide chénodésoxycholique
dans la bile.
L’enzyme est présente dans le système nerveux central,
le foie, le poumon, le duodénum et les cellules endothéliales.
* Biologie moléculaire :
Le gène de la stérol 27-hydroxylase a été localisé sur le chromosome
2q33-qter 4.
Il s’agit d’un gène qui code pour une enzyme
mitochondriale de la famille des cytochromes P450 d’abord cloné
chez le lapin.
La structure génomique a été élucidée en 1993. De
nombreuses mutations ont été mises en évidence, sans qu’on puisse
établir de corrélations génotype/phénotype.
* Traitement :
Le traitement par l’acide chénodésoxycholique durant toute la vie
peut prévenir ou réduire les manifestations neurologiques,
psychiatriques et viscérales.
Déficits en lipoprotéines
:
Il ne s’agit pas de neurolipidoses au sens strict du terme.
Cependant,
ils perturbent le métabolisme des lipides.
Le déficit en vitamine E
peut être responsable des signes neurologiques et ophtalmologiques.
De ce fait, nous avons jugé utile de les inclure dans les neurolipidoses.
A - ABÊTALIPOPROTÉINÉMIE OU MALADIE
DE BASSEN-KORNZWEIG OU ACANTHOCYTOSE :
L’abêtalipoprotéinémie est une maladie récessive autosomique
caractérisée par l’absence de l’apolipoprotéine B, qui est nécessaire
au transport des lipides dans le foie et les muqueuses intestinales.
Elle est caractérisée par une incapacité à produire des chylomicrons
et des VLDL dans l’intestin et le foie.
Il en résulte un taux bas du
cholestérol et des TG plasmatiques, une composition anormale des
lipides et des protéines membranaires.
Ce syndrome de
malabsorption entraîne également un déficit en vitamines
liposolubles, en particulier en vitamines A et E.
La microsomal transfer protein (MTP) est nécessaire à l’assemblage
des lipoprotéines qui contiennent de l’apolipoprotéine B, c’est-àdire
des VLDL et des chylomicrons.
L’association de
l’apolipoprotéine B aux lipides nécessite aux temps précoces la
présence de MTP pour permettre une structure et une activité
correctes.
La MTP est une protéine de transfert lipidique qui est dimérique et
qui comporte une protéine disulfide isomérase et une sous-unité de
97 kDa.
C’est cette dernière qui est impliquée et qui entraîne de ce
fait une absence des lipoprotéines précitées.
Ce sont des mutations
résultant du gène de la protéine de 97 kDa qui provoquent
l’abêtalipoprotéinémie.
Ce ne sont pas des mutations des isoformes
de l’apolipoprotéine B qui sont en cause.
* Clinique
:
Les manifestations cliniques apparaissent classiquement dès les
premières années de la vie.
La diarrhée et la stéatorrhée font évoquer
une maladie coeliaque.
Il y a une perte de croissance staturopondérale.
Si le diagnostic n’est pas effectué à ce stade et qu’un
régime approprié pauvre en graisses n’est pas instauré, un retard
mental et une altération progressive du système nerveux et de la rétine se développent.
Le tableau clinique est alors très proche de
celui de la maladie de Friedreich.
Il apparaît une ataxie, avec
incoordination de la marche, dysarthrie, signes cérébelleux, un
syndrome cordonnal postérieur avec aréflexie et troubles de la
sensibilité proprioceptive, et possiblement un signe de Babinski.
Une
amyotrophie distale et un syndrome neurogène périphérique avec
hypoesthésie ont été observés.
Des paralysies des muscles
oculomoteurs avec ptosis, une paralysie faciale et une amyotrophie
de la langue ont été notées.
Il peut exister une myopathie avec
présence de pigments céroïdes dans les fibres musculaires.
Elle peut
être masquée par la neuropathie. Les pieds creux et la cyphoscoliose
sont habituels.
Certains cas peuvent ne se révéler qu’à l’adolescence
ou à l’âge adulte.
Les difficultés motrices sont alors au premier plan.
L’évolution est de durée variable, quelques patients décédant dans
l’enfance, d’autres pouvant vivre quatre décades.
La défaillance
cardiaque et les troubles du rythme cardiaque sont les causes de
décès de ces maladies.
Certains cas peuvent ne se révéler qu’à l’adolescence ou à l’âge
adulte et les signes neurologiques peuvent être au premier plan.
* Examens complémentaires
:
L’élément fondamental pour le diagnostic est la découverte d’une
hypocholestérolémie plasmatique et d’une hypotriglycéridémie :
absence de VLDL et de LDL dans le plasma, absence de
chylomicrons et baisse des vitamines liposolubles A, E et K.
La
biopsie jéjunale montre une muqueuse pâle et infiltrée de graisse.
Il
n’y a pas d’atrophies villositaires.
On observe des cellules
spumeuses dans la muqueuse rectale et intestinale.
Les études électrocliniques montrent une réduction de la vitesse de conduction
nerveuse dans le nerf musculocutané externe et une atrophie
musculaire par dénervation.
Les potentiels évoqués sensoriels sont
toujours réduits. Les hématies sur une préparation de sang frais
dans une solution de Dacie ont un aspect épineux (acanthocyte).
Le LCR est normal. Les anomalies électrocardiographiques sont celles
que l’on trouve dans la maladie de Friedreich (troubles du rythme
cardiaque, signes de coronaropathie).
Il existe par ailleurs une
dégénérescence rétinienne visible au fond d’oeil. L’ERG, initialement
normal, s’éteint au cours de l’évolution.
* Anatomopathologie
:
Dans le système nerveux central, il existe une dégénérescence des
cordons postérieurs et des faisceaux spinocérébelleux, ainsi qu’une
raréfaction des cellules de Purkinje du cervelet et des neurones de la
corne antérieure de la moelle.
Le nerf périphérique est le siège d’une
démyélinisation segmentaire.
Il existe des dépôts de céroïdes dans
le muscle et une rétinite pigmentaire.
À la biopsie du grêle, la
muqueuse apparaît pâle et infiltrée de graisses.
Il n’y a pas
d’atrophie villositaire.
On observe des cellules spumeuses dans la
muqueuse rectale et intestinale.
Les cellules épithéliales des villosités
intestinales sont chargées de lipides, avant tout de TG.
Les
hépatocytes contiennent également des vacuoles chargées de
graisses.
* Biochimie
:
L’essentiel de la biochimie a été décrit.
L’absence de LDL
conduit à un trouble du transport de la vitamine E (tocophérol).
La
baisse du cholestérol peut avoir un retentissement sur la synthèse
des stéroïdes.
Les études biochimiques et génétiques montrent que ni le gène de
l’apolipoprotéine B ni ceux de la biosynthèse des lipides ne sont
impliqués dans la genèse de la maladie.
* Biologie moléculaire :
La MTP est responsable de l’abêtalipoprotéinémie.
Le gène a été
cloné.
Plusieurs mutations de cette protéine de 97 kDa ont été
décrites, mais peu de familles ont été analysées.
B - HYPOBÊTALIPOPROTÉINÉMIE :
Il existe des formes d’hypobêtalipoprotéinémie comportant des
signes cliniques très voisins de l’abêtalipoprotéinémie, mais moins
importants.
Le déficit affecte le métabolisme de l’apolipoprotéine B.
À l’état homozygote, on retrouve des signes neurologiques,
musculaires, oculaires, digestifs et des signes hématologiques, qui
sont les mêmes que ceux de l’abêtalipoprotéinémie.
Chez les
hétérozygotes, la symptomatologie se limite à une rétinopathie et à
une ataxie avec aréflexie.
C - HYPOALPHALIPOPROTÉINÉMIE FAMILIALE
OU MALADIE DE TANGIER :
Cette maladie est liée à un déficit sévère en HDL dans le plasma et à
un stockage de Xol-e dans la plupart des tissus.
Le gène qui a été
cloné code pour l’ABC1.
Cette protéine permet le transport du
cholestérol hors de la cellule et son incorporation dans des particules
d’apolipoprotéine A1 pauvres en lipides, et la formation d’HDL.
* Clinique
:
La neuropathie périphérique distale et asymétrique est le premier
signe de la maladie.
Elle apparaît dans l’enfance ou l’adolescence.
Elle débute aux membres inférieurs et évolue par poussées.
Le plus
souvent, l’atteinte motrice est associée à une anesthésie, mais dans
quelques cas on trouve de plus une abolition de la sensibilité au
chaud et au froid aux bras et au visage.
C’est un tableau clinique
comparable à celui d’une syringomyélie.
Il peut s’y associer une
atteinte des muscles de la face et des membres supérieurs.
Les
réflexes ostéotendineux sont diminués ou absents.
Le tableau
clinique peut être celui d’une mononévrite multiple.
Les paires
crâniennes peuvent à l’occasion être intéressées.
Les dépôts de Xol-e sur les amygdales et la muqueuse oropharyngée
leur donnent une coloration orangée.
C’est un signe spécifique.
La
splénomégalie avec thrombocytopénie est inconstante.
On observe
rarement une hépatomégalie et des adénopathies.
Les fonctions
intestinales sont normales.
Des anomalies oculaires ont été
rapportées : opacités cornéennes diffuses, rétinite pigmentaire.
L’évolution est relativement bénigne. Le danger est la coronopathie
à un âge avancé.
* Examens complémentaires
:
L’électrophorèse des lipoprotéines montre une absence des HDL.
L’apolipoprotéine A1 est toujours basse.
Le cholestérol total
plasmatique est bas.
Le niveau des TG est normal ou élevé. Il n’y a
pas d’acanthocytose.
Les altérations de la vitesse de conduction
nerveuse à l’EMG sont variables.
La protéinorachie est élevée.
La
biopsie d’un nerf musculocutané révèle des vacuoles dans les
cellules de Schwann et surtout dans les fibres non myélinisées.
*
Anatomopathologie :
On observe une accumulation de cellules spongieuses surchargées
en cholestérol dans la moelle osseuse, la muqueuse rectale, le foie,
les ganglions lymphatiques et la rate.
À l’examen du nerf
périphérique, on trouve des processus de démyélinisation et de remyélinisation. Une raréfaction axonale, une fibrose endoneurale et
l’accumulation de matériel soudanophile dans les cellules de
Schwann ont aussi été rapportées.
* Biochimie :
En l’absence de la protéine ABC1, les apolipoprotéines A1
demeurent pauvres en lipides ; elles ne peuvent acquérir des lipides
cellulaires et sont rapidement éliminées.
On observe de ce fait une
baisse du LDL cholestérol et un enrichissement en TG des LDL.
On ne sait pourquoi ce sont les lipides d’origine cellulaire qui sont
nécessaires à la formation des HDL.
On ignore le mécanisme
physiopathologique de la neuropathie périphérique.
* Biologie moléculaire :
Le locus de la maladie de Tangier est en 9q31 et le gène ABC1 a été
localisé au même site.
Cette protéine a aussi été appelée cholesterol
efflux regulatory protein.
Trois équipes ont décrit simultanément le
gène impliqué dans la maladie de Tangier.
Plusieurs
mutations ont été identifiées.
* Conseil génétique
:
Les hétérozygotes dans les familles ont des taux bas d’HDL.
Le
conseil génétique est facilité par l’identification de la mutation.
Conclusion. Stratégie diagnostique
:
Chez l’enfant, le caractère familial de l’affection est loin d’être constant.
La plupart de ces maladies sont récessives autosomiques.
Dans la
plupart des cas, la maladie apparaît après un intervalle libre après la
naissance, qui doit faire évoquer le diagnostic, mais retarde le conseil
génétique.
Les signes cliniques dépendent davantage de l’âge auquel se
manifeste l’affection que de sa nature propre.
L’évolution de la maladie
est toujours progressive et entraîne chez le tout-petit une perte des
acquisitions avant la régression. L’aboutissement inévitable de tous ces
cas est un état démentiel avec rigidité de décérébration.
Ce n’est que depuis peu que l’attention a été attirée par la révélation
tardive, chez l’adolescent et l’adulte, de maladies neurogénétiques, dues,
entre autres, à l’altération d’enzymes présentes dans des organites de la
cellule (lysosome, peroxysome, mitochondrie) ou dans son cytoplasme.
Leur présentation clinique et leur évolutivité sont différentes de celles
de l’enfant.
Chez l’enfant, l’atteinte est souvent diffuse et l’évolution
rapidement mortelle.
Chez l’adulte, cette pathologie est lentement
évolutive et la présentation clinique correspond, selon la maladie, à un
syndrome particulier très systématisé : ataxie spinocérébelleuse,
cérébelleuse, paraplégie spastique, amyotrophie spinale, dystonie,
ophtalmoplégie, troubles cognitifs allant jusqu’à la démence.
Certaines
affections se présentent sous forme d’un accident vasculaire du sujet
jeune.
La maladie peut parfois être responsable d’un tableau
psychiatrique qui reste longtemps isolé, sans signes neurologiques ; de
ce fait, la relation avec la maladie métabolique reste longtemps difficile à
établir.
Certaines de ces affections, chez l’enfant ou chez l’adulte, sont
cantonnées au système nerveux et d’autres ont un retentissement polyviscéral et osseux.
Le diagnostic de ces différentes affections repose sur la biochimie.