Aspects neurochirurgicaux des malformations de la charnière occipitocervicale
(Suite)
Cours de Neurologie
Étude clinique
:
A - Sémiologie clinique globale des malformations de la
charnière cervico-occipitale de l’adulte
:
1- Âge, sexe, antécédents, origine géographique :
L’âge moyen lors du premier signe clinique est de 20-25 ans, celui au moment
de l’intervention est de 30-40 ans et le délai moyen d’évolution est de 14 ans,
sans différence significative en comparant le groupe des hommes (58 %) et
celui des femmes (42 %).
La prédominance masculine est non significative et
liée à la présence d’un contingent de patients originaires d’Afrique du Nord,
quasi exclusivement masculin.
Parmi les principaux antécédents personnels, on retient un traumatisme craniorachidien, un problème lors de l’accouchement (forceps, réanimation
néonatale), une méningite ou méningoencéphalite, une convulsion dans
l’enfance, un trouble du rythme cardiaque, une malformation urologique, une
maladie de von Recklinghausen.
L’existence de forme familiale, soulevant
l’origine génétique de ces pathologies, a été rapportée dans la littérature, mais
seul le père d’un de nos patients pouvait « jongler avec des boules de feu sans
douleur » sans que l’on ait eu de confirmation quant à la réalité d’une
syringomyélie.
2- Circonstances de découverte, facteurs déclenchants
:
Parmi les circonstances de découverte, deux symptômes dominent :
– la douleur, présente dès le début de la maladie dans près de deux tiers des
cas à type de céphalées, de cervicalgies ou de douleur non radiculaire d’un
membre ;
– les troubles sensitifs, le plus souvent dissociés, et les troubles de la
sensibilité thermoalgique, notamment les brûlures indolores qui sont
fréquemment le premier mode de révélation (42 %), comme pour l’une de nos
jeunes patientes âgée de 30 ans qui, pour calmer ses cervicalgies, utilisait un
fer à repasser.
Un trouble moteur d’un membre ou une gêne à la marche sont notés dans
30 %.
Deux principaux facteurs aggravants peuvent être individualisés : les
traumatismes et l’ensemble des facteurs contribuant à l’« hypertension
veineuse ».
Dans quelques cas, une aggravation est survenue au décours
immédiat d’un traumatisme crânien ou rachidien.
Certains patients ont
installé ou aggravé une symptomatologie motrice ou sensitive suspendue à
l’occasion d’un effort de toux.
Une insuffisance respiratoire, une insuffisance
cardiaque et une grossesse ont été des facteurs aggravants.
Si l’on regroupe
les symptômes initiaux, le point d’appel oriente vers une symptomatologie
médullaire dans 53 % des cas, une anomalie de charnière ou de fosse
postérieure pour 33 % des cas et une symptomatologie cervicale dans 20 %
des cas.
3- Étude clinique analytique
:
Par ordre de fréquence, on observe :
– un syndrome pyramidal : principal signe rencontré (75 %), il est en règle
générale non invalidant, responsable d’une gêne à la marche dans 40 % des
cas et prédomine aux membres inférieurs, pouvant réaliser une paraparésie
spasmodique ;
– un déficit moteur : présent dans près de deux tiers des cas, il est le plus
souvent suspendu et prédominant aux membres supérieurs (un membre
supérieur : 34 % ; deux membres supérieurs : 32 %), périphérique ou central
rentrant dans le cadre d’un syndrome lésionnel ou sous-lésionnel de la cavité
syringomyélique ; il peut être présent dans les atteintes isolées de la charnière
et réaliser une hémiparésie (11 %) ou une tétraparésie (9 %) ;
– des troubles de la sensibilité thermoalgique : présents dans 73 % des cas,
d’intensité variable, ils réalisent dans 40 % des cas un syndrome suspendu
dissocié typique ; dans la moitié des cas, ils ne s’accompagnent pas de
troubles de la sensibilité épicritique et profonde ; l’anesthésie intéresse un
secteur plus ou moins étendu du territoire radiculaire cervical, pouvant
déborder vers le haut le territoire du trijumeau, vers le bas les premiers
métamères dorsaux ;
– des troubles trophiques : ils sont présents dans 50 % des cas, associant
diversement des troubles amyotrophiques parfois consécutifs à une
atteinte de la corne antérieure de la moelle, des troubles cutanés ou articulaires
(arthropathie syringomyélique) dont l’origine reste discutée
(dysfonctionnement sympathique réflexe ou troubles sensitifs
thermoalgiques) ;
– des signes cervicaux : la symptomatologie cervicale douloureuse (46 %)
est variable, parfois permanente et invalidante ; elle est le plus souvent
discontinue, réalisant des épisodes transitoires de blocages douloureux de la
nuque, associée fréquemment à des paresthésies du cou, du dos, des membres,
parfois à une impression vertigineuse, des troubles de la déglutition ou une
gêne respiratoire ; l’examen clinique peut mettre en évidence une limitation douloureuse des mouvements cervicaux ; dans notre série, les troubles
morphologiques habituellement rencontrés dans les malformations de
charnière sont plus rares (15 %, alors que certains auteurs les rapportent dans
75 % des cas) : implantation basse des cheveux, cou court, déviation latérale
du cou (latérocolis), hyperlordose ou rétrocolis ;
– un nystagmus : il est licite de l’individualiser du syndrome cérébellovestibulaire étant donné sa fréquence, ses particularités
sémiologiques, l’évolution souvent favorable sous traitement ; il est présent
chez 47 % de nos patients et noté comme étant important pour 27 % ;
– des troubles de la sensibilité épicritique et profonde : présents dans 35 %
des cas, ils accompagnent en général les troubles thermoalgiques, mais
peuvent être isolés ou au premier plan (8 % des cas) ;
– unsyndrome vestibulaire : mis à part le nystagmus, on l’observe dans 30 %
des cas, avec une prédominance de sensations vertigineuses, de troubles de
l’équilibre et d’anomalies des épreuves instrumentales classiques ;
– une atteinte des nerfs mixtes : nous retrouvons, comme dans la plupart des
séries, une atteinte des nerfs mixtes dans un quart des cas, avec une atteinte
préférentielle pour la déglutition (IX et X surtout), mais la réalisation d’une
trachéotomie préopératoire n’a dû être effectuée qu’à deux reprises ;
– une atteinte des autres paires crâniennes : elle est présente chez un malade
sur cinq avec une prédilection pour le trijumeau ; les troubles oculomoteurs
sont beaucoup plus rares, sous la forme d’une diplopie par atteinte du VI,
voire du III ; une souffrance de la région pédonculaire à distance de la
charnière occipitocervicale peut être le fait du soulèvement du clivus par les
déformations osseuses, mais aussi par les remaniements arachnoïdiens ; des
douleurs abdominales pseudo-ulcéreuses ou une hypersécrétion gastrique ont
été rapportées à une atteinte intrabulbaire du vague (Garcin et Eoconomos) ;
– des troubles génitosphinctériens : la fréquence des troubles sphinctériens
est diversement estimée dans la littérature : 6 % pour Saez ; dans notre
série, leur incidence est de 20 %, ce qui correspond à la fréquence des formes
syringomyéliques ; les troubles du sphincter vésical correspondent plus
souvent à une rétention qu’à une incontinence ou une dysurie ; l’existence
d’une souffrance médullaire située plus bas que la charnière, comme dans
l’hypothèse d’une hydromyélie dorsolombaire, peut expliquer l’existence
d’une « vessie automatique » ;
– un syndrome cérébelleux : nous ne l’observons que pour 17 % des
patients ; au travers des données de la littérature, il est souvent associé au
syndrome vestibulaire, mais sa fréquence ne semble pas dépasser 25 % ;
– un signe de Claude Bernard-Horner : il a toujours signé dans notre
expérience l’existence d’une syringo-myélo-bulbie et est observé dans 5 %
des cas.
4- Principaux syndromes neurologiques
:
Un syndrome cérébello-bulbo-médullaire est classiquement l’expression des
impressions basilaires, avec un trouble de l’équilibre au premier plan soit
d’origine vermienne, soit vestibulaire avec un nystagmus, des cervicalgies,
parfois un trouble de déglutition, de la phonation, tandis que l’examen
observe une atteinte pyramidale, des signes d’incoordination des membres,
une paralysie d’une hémilangue atrophiée ou qui fibrille (Garcin et
Eoconomos).
Un syndrome de compression cervicale haute est, d’une façon schématique,
plutôt le fait de l’occipitalisation de l’atlas ; l’atteinte radiculomédullaire est
souvent annoncée par des paresthésies des membres supérieurs puis
inférieurs.
Une paraparésie peut être présente d’emblée et s’étendre aux
membres supérieurs.
Une ataxie ou une incoordination cérébelleuse peut s’y
associer.
Un syndrome syringomyélique peut être complet avec un syndrome sensitif
suspendu dissocié typique prédominant aux membres supérieurs, associé à un
retentissement trophique important, des ulcérations des doigts, une
arthropathie, des brulûres indolores, une amyotrophie thénarienne et
hypothénarienne bilatérale.
Garcin et Eoconomos estiment à un quart des cas
environ d’occipitalisation de l’atlas et un septième des cas d’impression
basilaire ceux qui sont associés à une syringomyélie.
Dans un certain nombre
de cas, le caractère mineur de la malformation osseuse et l’importance de la
cavité syringomyélique permettent de penser qu’il peut s’agir de deux
malformations coordonnées et non interdépendantes.
Un tableau de paraparésie ou de tétraparésie spasmodique peut être
longtemps isolé [ou évoluer par poussées, s’associer à des signes
cérébelleux et labyrinthiques et mimer un processus de démyélinisation.
Une hydrocéphalie et une hypertension intracrânienne sont décrites aussi
bien dans les impressions basilaires que dans les malformations de Chiari à
un stade évolué avec un flou papillaire au fond d’oeil, hormis les formes
associées à une hydrocéphalie congénitale.
D’autres syndromes neurologiques peuvent être associés :
– des crises convulsives généralisées ont été rapportées, leur apparition
pouvant être contemporaine d’accidents neurologiques évolutifs en rapport
avec l’anomalie de la charnière ; dans leur genèse, une hydrocéphalie
ancienne, une insuffisance circulatoire vertébrale, un trouble malformatif
cérébral associé ont été incriminés ;
– un handicap neuropsychologique est rapporté dans de rares cas ;
– un retentissement hypothalamique ou hypophysaire a été décrit, un
syndrome adiposogénital est rapporté par Barraquer-Bordas ; une soif
intense, une impuissance, un faciès acromégaloïde sont exceptionnels.
* Malformation d’Arnold-Chiari et syringomyélie de l’adulte
:
Cette association lésionnelle est la plus fréquente puisque correspondant,
selon les publications, à 40-80 % des cas.
Pour notre série, le pourcentage
élevé de 80 % correspond au recrutement du service axé sur la pathologie
médullaire.
L’étude comparative des différents symptômes observés chez les
patients de notre série, porteurs et non porteurs d’une cavité syringomyélique,
permet de retrouver les trois principaux signes hautement significatifs de la
présence d’une cavité syringomyélique : les troubles de la sensibilité
thermoalgique, les troubles moteurs non pyramidaux (déficit moteur
périphérique) et les troubles trophiques.
L’anesthésie thermoalgique
suspendue prédomine aux membres supérieurs ; brûlures et panaris indolores
des mains s’associent à une amyotrophie de type Aran-Duchenne, une
aréflexie des membres supérieurs, des troubles trophiques ostéoarticulaires
des doigts, un nystagmus.
Des troubles de déglutition, une hémiatrophie
linguale, un signe de Claude Bernard-Horner orientent vers une cavitation
bulbaire.
Dans ces formes de Chiari avec syringomyélie, les syndromes
vestibulaire et cérébelleux sont plus rares.
* Impression basilaire et malformation de Chiari :
Alors que les symptômes plus spécifiquement associés à la malformation de
Chiari isolée sont d’ordre cérébelleux avec une incoordination motrice, une
instabilité à la marche d’ordre vestibulaire et fréquemment une atteinte des
paires crâniennes IX et X, un syndrome pyramidal réflexe ou déficitaire est
constamment observé et associé à des troubles de la sensibilité profonde en
cas d’impression basilaire isolée.
Une atteinte du trijumeau est plus fréquente
avec une hypoesthésie cornéenne, un nystagmus (vertical, horizontal ou
rotatoire) plus souvent noté.
Les principales circonstances de découverte de
l’impression basilaire sont une fatigabilité ou des paresthésies des membres
(85 %).
L’examen clinique observe fréquemment un cou court (78 %), une
asymétrie du crâne ou du crâne et du visage (68 %).
Garcin et Oeconomos
(1953) attachent une grande importance aux anomalies de position de la tête,
à la limitation de mouvements du rachis cervical, à leur caractère douloureux
ou non.
Une anomalie de position du segment céphalique est notée dans 15 %
des cas et une limitation douloureuse des mouvements du rachis cervical dans
53 % des 66 cas rapportés d’impression basilaire et de Chiari.
* Malformation isolée de Chiari de l’adulte sans autre dysraphisme
:
En particulier sans syringomyélie, elles sont rares. Les signes
fonctionnels sont au premier plan une instabilité à la marche (54 %), des
céphalées (52 %) paroxystiques, d’effort, positionnelles ou plus rarement
déclenchées par la toux, des paresthésies d’un membre (48 %), des
cervicalgies (45 %) par compression ou étirement des premières racines
cervicales C2-C3, une impression de vertiges (36 %), des troubles de
déglutition et des fausses routes (28 %), une diplopie intermittente (19 %),
des troubles urinaires (17 %) et une dysphonie (14 %).
Trois signes apparaissent significatifs de la
présence d’une anomalie de Chiari : les céphalées, le syndrome cérébelleux,
le syndrome vestibulaire.
* Arnold-Chiari et myéloméningocèle du nouveau-né
:
Une malformation de la charnière cervico-occipitale est associée à la présence
d’une myéloméningocèle d’une façon quasi constante chez le nouveau-né.
L’existence d’un stridor laryngé est une éventualité rare mais souvent
dramatique, témoin d’un dysfonctionnement précoce de la 10e paire
crânienne.
Les fibres vagales assurant l’abduction des cordes vocales sont
préférentiellement lésées et plus fréquemment touchées que celles
responsables de leur adduction.
La conséquence de la paralysie du muscle cricoaryténoïdien postérieur est la survenue d’un stridor laryngé inspiratoire
pouvant être à l’origine d’un arrêt respiratoire fatal.
La présence de la
malformation de charnière chez ces enfants porteurs d’une myéloméningocèle facilite le développement d’une hydrocéphalie.
B - Mode évolutif
:
Mis à part les formes malformatives associées à une myéloméningocèle ou
une hydrocéphalie congénitale, l’expression clinique des malformations de
la charnière cervico-occipitale est le plus souvent tardive.
Un début précoce dans l’enfance est rare : il peut s’agir d’une diplopie
transitoire, d’un strabisme, d’une dysarthrie, d’une voix nasonnée et d’une
difficulté à uriner, tout d’abord isolés et spontanément résolutifs, puis
réapparaissant conjointement aux autres symptômes.
Un torticolis est parfois
présent depuis la naissance.
L’installation d’une symptomatologie déficitaire
est exceptionnelle dans l’enfance (tétraparésie) et doit faire craindre une
lésion instable comme une luxation atloïdoaxoïdienne.
Une aggravation lentement progressive est habituelle, avec un début
d’accidents neurologiques au cours de la deuxième ou troisième décade de la
vie.
Une aggravation par à-coups peut être le fait d’un traumatisme ou d’une
infection, mais correspondrait souvent à une insuffisance circulatoire à type
d’engorgement veineux rachidien ou à un trouble de la circulation du LCR au
travers des espaces sous-arachnoïdiens ou ventriculaires. Les rémissions
transitoires sont rares.
Quelques cas non exceptionnels de morts subites ont
été rapportés, amenant Garcin à plaider pour une intervention
neurochirurgicale précoce.
Diagnostic différentiel
:
Les impressions basilaires secondaires (non malformative) : plus rares, les
déformations osseuses secondaires de la base du crâne sont moins
fréquemment responsables d’une symptomatologie nerveuse.
Primitivement
décrite dans le rachitisme avec atteinte privilégiée de la base du crâne, la
maladie de Paget peut aboutir de façon isolée à un enfoncement dans la cavité
crânienne du pourtour du trou occipital.
Moreton, dans sa série de 139 cas
d’impressions basilaires, rapporte six cas de Paget qui ne donnaient aucun
signe en rapport avec l’invagination basilaire.
L’osteogenesis imperfecta peut
être exceptionnellement source d’impression basilaire avec atteinte du
système nerveux.
Beaucoup plus rarement, des observations d’invagination
basilaire ont été rapportées dans l’ostéomalacie, l’ostéofibrose kystique, les
lipoïdoses, la dysostose cléidocrânienne, la maladie de Schüller (ostéoporose
circonscrite des os du crâne), la chondro-ostéodystrophie.
Les syringomyélies non malformatives : dans le cadre des syringomyélies
post-traumatiques, la difficulté diagnostique peut venir non pas tant des
cavitations développées au regard d’un foyer de souffrance médullaire
focalisé et associé à une fracture-tassement et recul du mur postérieur de la
vertèbre facilement identifiable, mais plutôt des traumatismes médullaires
répétés sur myélopathies cervicarthrosiques parfois source de formation
syringomyélique.
Les cavitations médullaires d’origine tumorale peuvent
aussi poser des difficultés diagnostiques.
Dans la série des tumeurs intramédullaires de Bicêtre, une association avec une anomalie de charnière
est retrouvée à deux reprises sous la forme d’un Chiari type 1.
L’étude IRM multiséquences et multiplans avec produit de contraste permet un diagnostic
de certitude en montrant une prise de gadolinium murale en un point de la
cavité.
Les syringomyélies postméningitiques peuvent survenir au décours
d’infection tuberculeuse, à Listeria, ou à staphylocoques principalement.
La sclérose en plaques est l’erreur diagnostique classiquement la plus
fréquente, notamment lorsqu’elle est constituée d’une paraplégie
spasmodique, de signes cérébelleux et labyrinthiques chez un patient aux
antécédents lointains de troubles oculaires.
Une étude radiographique et en
IRM attentive de la charnière cervico-occipitale permet facilement de
redresser le diagnostic.
La maladie de Charcot peut être discutée dans les formes motrices et
amyotrophiques.
L’association de troubles bulbaires peut induire en erreur ;
le plus souvent toutefois, un examen clinique attentif permet de noter des
éléments sémiologiques atypiques (céphalées, cervicalgies, nystagmus,
vertiges, signes cérébelleux).
Une tumeur de la fosse postérieure ou du trou occipital doit toujours être
écartée par une étude en IRM attentive avec contraste.
Plus qu’une métastase
de la fosse postérieure ou un astrocytome vermien, c’est surtout un
méningiome du trou occipital et une tumeur gliale du tronc cérébral qui
peuvent être responsables d’un syndrome cérébello-bulbo-médullaire
lentement évolutif.
Il existe souvent une hypertension intracrânienne et
l’étude sagittale en IRM avec gadolinium permet d’obtenir une rapide
confirmation diagnostique.
Une compression tumorale médullaire cervicale haute peut cliniquement être
discutée dans le cadre d’une occipitalisation de l’atlas avec souffrance
médullaire.
Cette compression peut être intra- et extrarachidienne (neurinome
en sablier, névrome plexiforme), intrarachidienne et extradurale (épidurite,
lymphome, sarcome), intradurale et extramédullaire (méningiome,
neurinome) ou le fait d’une tumeur intramédullaire cervicale ou
dorsolombaire fréquemment associée à une cavité syringomyélique dont
l’extension cervicale peut être le seul élément anatomique à être
symptomatique.
Au même titre, les myélopathies cervicales, parfois associées
à des signes sous-lésionnels et à évolution lentement progressive, peuvent être
discutées.
Dans tous les cas, une étude radiologique simple mais attentive et
une étude en IRM de la charnière et de la moelle cervicale permettent d’établir
avec certitude le diagnostic.
D’autres lésions peuvent être source d’erreur : un mal de Pott sous-occipital,
une arachnoïdite de la fosse postérieure, une fracture ancienne méconnue de
l’odontoïde, une hérédodégénérescence spinocérébelleuse.
Examens complémentaires
:
A - Étude radiologique standard
:
Elle doit comporter :
– une étude standard de la charnière avec un profil strict du crâne et de la
colonne cervicale, un cliché de face bouche ouverte centré sur l’axis, une
incidence deWorms pour l’étude du bord postérieur du trou occipital et l’arc
postérieur de l’atlas, une incidence de Hirtz pour l’ensemble de la base ;
– une étude complète du rachis cervical, dorsal, lombaire et sacré, parfois
centrée sur de possibles lésions orthopédiques, souvent complétée par une
étude dynamique du rachis cervical de profil en flexion et extension.
Les clichés de profil permettent d’emblée de rechercher l’existence d’une
impression basilaire avec son hypoplasie du pourtour du trou occipital et son
aspect d’invagination du squelette cervical supérieur dans la cavité crânienne.
Les masses condyliennes de l’occipital et à leur suite le basiocciput sont
soulevées à l’intérieur du crâne ; le plancher de la fosse postérieure décrit un
S italique.
Lorsque l’invagination est modérée, on est d’abord surpris par
l’horizontalité du clivus vers le haut.
Cette incidence permet d’étudier la
position de l’odontoïde par rapport à la base du crâne.
À l’état normal, le
sommet de l’odontoïde, l’atlas et l’axis, restent en moyenne 1 mmau-dessous
de la ligne de Chamberlain qui unit le bord postérieur du palais osseux au bord
postérieur du trou occipital.
La difficulté de situer le bord postérieur du trou
occipital a fait proposer par McGregor de tirer une ligne du bord postérieur
du palais osseux au point le plus déclive de l’occipital.
À l’état pathologique,
on voit l’odontoïde et l’arc antérieur de l’atlas s’élever au-dessus de la ligne
de Chamberlain.
Sept variétés d’invagination basilaire ont été individualisées
(Fisher et Schmidt) : l’invagination basilaire antérieure (hypoplasie
basilaire), l’invagination des condyles occipitaux, l’invagination de l’aire rétrocondylienne, l’invagination de l’aire latérocondylienne, l’invagination
du bord postérieur du trou occipital, l’impression basilaire unilatérale et la
forme complète avec convexobasie.
L’arc postérieur de l’atlas peut s’appliquer sans interligne contre l’occipital
identifiable par son tubercule.
L’assimilation de l’atlas, anomalie fréquente
dans la population générale (1 %), est en effet le plus souvent marquée par
une tendance à l’assimilation de l’arc postérieur.
L’arc antérieur peut aussi
s’appliquer contre le basiocciput : on ne parvient parfois plus à dissocier
l’atlas de la base du crâne ou à l’identifier même sur des tomographies ; une
assimilation complète peut ainsi être réalisée.
Dans certains cas, le complexe atlas-axis peut venir se loger en avant du clivus.
On peut observer des
anomalies de l’odontoïde sous la forme de la persistance de la segmentation
originelle de sa base prenant l’aspect d’un interligne.
Parfois, l’extrémité de
l’odontoïde paraît détachée et il peut s’agir de la persistance de l’ossiculum
terminal ou d’une aplasie de la base avec ossiculum libre.
L’odontoïde peut
être inclinée, le plus souvent en arrière et dans certains cas conserver ses
rapports avec l’arc antérieur de l’atlas.
Les dislocations atloïdoaxoïdiennes
apparaissent le plus souvent sous l’aspect d’un intervalle libre entre l’arc
antérieur de l’atlas et l’apophyse odontoïde.
Normalement, le sommet de
l’odontoïde reste tangent à la ligne basilaire parallèle au clivus et l’espace
interatlanto-odontoïdien mesure 1 à 2 mmchez l’adulte, 5 mm chez l’enfant.
Les clichés de face bouche ouverte, centrés sur l’axis, éventuellement
comparés à une reconstruction bidimensionnelle dans un plan verticofrontal
ou à des tomographies, montrent l’ascension de l’axis vers la base du crâne
par construction géométrique des lignes de Fischgold et de Metzger.
La ligne bimastoïdienne, obtenue en réunissant la pointe des mastoïdes, passe
normalement par les articulations occipitoatloïdiennes et la pointe de
l’odontoïde qui peut la dépasser de 2 mm.
La ligne bidigastrique, obtenue en
réunissant les deux rainures digastriques (union mastoïde et base du crâne),
passe normalement 1,5 cm au-dessus des articulations occipito-atloïdiennes
et du sommet de l’odontoïde.
Le cliché en incidence de Worms (incidence fronto-sous-occipitale) permet
de bien dégager le bord postérieur du trou occipital et de dépister un spina de
l’arc postérieur de l’atlas.
Le cliché en incidence de Hirtz (incidence menton-vertex-plaque) apprécie
également le pourtour du trou occipital et peut montrer une dislocation de
l’axis qui se projette au milieu du trou occipital.
Complément d’étude radiologique : le bilan radiologique rachidien est un des
éléments essentiels de l’exploration de ces patients, surtout lorsqu’un trouble
de la marche est isolé, des troubles sphinctériens sont au premier plan, ou s’il
existe une dissociation des potentiels évoqués normaux aux membres
supérieurs et altérés aux membres inférieurs.
B - Étude en résonance magnétique (IRM)
:
1- IRM morphologique :
Il s’agit de la seconde étape d’investigation neuroradiologique, après la
radiographie standard.
Cette méthode d’investigation permet une étude
globale de la charnière cervico-occipitale (diagnostic de l’anomalie de
Chiari), du contenu de la fosse postérieure, de l’ensemble de l’encéphale, du
cou, de la moelle cervicale, notamment dans le plan sagittal (étude des
rapports entre l’os et le névraxe au niveau de la charnière).
En outre, elle est la
seule à pouvoir déceler des signes de souffrance bulbomédullaire (diagnostic
de syringomyélie).
L’étude comporte au moins une séquence sagittale
en T1 et en T2 et une séquence axiale oblique en T1 et en T2.
L’examen sera
au mieux réalisé avec un complément d’étude, à l’aide d’une antenne de
surface « rachis cervical » avec au mieux une synchronisation au cycle
cardiaque (gating), permettant de réduire les artefacts de flux.
On pourra
éventuellement injecter du gadolinium qui permettra d’apprécier en T1 la
stase veineuse associée et de vérifier l’absence de formation tumorale intramédullaire en cas de formation syringomyélique sans Chiari
(arachnoïdite foraminale).
Lorsque les clichés standards de la charnière et du rachis cervical de profil en
flexion et extension ont montré une instabilité segmentaire, il sera possible
d’effectuer en IRM des séquences sagittales complémentaires dans la position
où apparaît ce déplacement afin de préciser son retentissement sur le névraxe.
Les séquences en T1 apprécient au mieux la morphologie du tronc cérébral,
du V4, de la moelle cervicale, la position des amygdales cérébelleuses,
l’importance de leur déplacement, la descente associée du bulbe et du V4.
Les
éventuelles angulations ou empreintes focalisées sur le névraxe et le cordon
médullaire sont bien visualisées.
L’étude suivant deux plans perpendiculaires
permet de mieux préciser le siège des éléments compressifs.
Le diagnostic de cavité médullaire est en règle aisé, fondé sur la simple
visualisation au sein du cordon médullaire d’une image hyposignal en T1, de
signal égal ou plus souvent légèrement supérieur à celui du LCR.
L’appréciation des limites de la cavité est nécessaire, en particulier
l’identification de son bord supérieur, son degré de tension intrinsèque (aspect
« tendu » de la cavité) et l’existence d’une communication avec les espaces
sous-arachnoïdiens et surtout leV4 (étude de flux).
La cavité syringomyélique
est étendue à la moelle cervicale et à la jonction cervicodorsale sur moins de
5 étages dans 45 % des cas, sur 6 à 10 étages dans 45 % des cas et au-delà de
10 métamères pour 10 % des patients.
Des signes de souffrance médullaire
peuvent apparaître aux extrémités de la cavité sous forme d’hypersignaux sur
le premier et le deuxième échos du T2.
Les hypersignaux peuvent traduire un
oedème médullaire par inflammation, compression, possiblement réversible,
mais le plus souvent correspondent à une souffrance irréversible. Un stade
précoce réversible correspondrait à un hypersignal de toute l’épaisseur de la
moelle en T2, sans anomalie de signal en T1.
Le stade intermédiaire
théoriquement irréversible est associé à un hypersignal kystique de la
substance grise au centre de la moelle.
Il existe un risque de sous-estimation
en T1 et de surestimation en T2 de la sténose canalaire. En T1, il peut être
difficile de différencier les espaces sous-arachnoïdiens des espaces épiduraux,
tous deux en hyposignal par rapport au cordon médullaire.
En T2, les espaces
sous-arachnoïdiens sont en hypersignal, alors que le cordon médullaire et
l’espace épidural sont en hyposignal.
C’est cette séquence qui théoriquement
apprécie le mieux le diamètre du canal rachidien.Avec cette séquence à « effet
myélographique », on objective la sténose de la charnière, l’effacement des
espaces sous-arachnoïdiens par l’impression basilaire ou la descente des
amygdales.
En cas de malformations osseuses complexes, la taille des
éléments compressifs peut en revanche être majorée en T2 par effet de
susceptibilité magnétique et semble-t-il de façon encore plus importante en
écho de gradient qu’en écho de spin.
C’est pourquoi, nous préconisons à
Bicêtre de compléter le bilan en imagerie par un scanner de la charnière sans
et avec injection de produit de contraste. Les niveaux d’étude et de plan de
coupe sont orientés par les radiographies standards et l’IRM.
Dans les années
à venir, les progrès de l’IRM permettront de diminuer les artefacts et donc
d’obtenir une étude mensurative plus précise de la charnière et du canal
rachidien cervical et une étude volumique avec des reconstructions
multiplanes.
2- IRM vélocimétriques :
Chez les témoins sains dans les espaces sous-arachnoïdiens
La courbe vélocimétrique du LCR périmédullaire présente un aspect et une
chronologie stéréotypés quel que soit le segment rachidien étudié.
Cette
courbe biphasique se caractérise par un pic de vitesses craniocaudales
(descendantes négatives) systoliques toujours bien individualisé survenant
dans le premier tiers du cycle cardiaque (21 %).
Ce pic est chronologiquement
postérieur au pic systolique carotidien et précède le pic de vitesse négatif de
la veine jugulaire.
L’intensité de ces vitesses craniocaudales varie d’un sujet
à l’autre et chez un même sujet en fonction du niveau rachidien (moyenne :
-2,7 cm/s), mais leurs pics sont synchrones le long du névraxe.
Les valeurs
maximales des vitesses caudocraniales diastoliques (ascendantes positives)
de LCR sont en valeur absolue moins élevées que les vitesses craniocaudales
maximales.
Chez les patients porteurs de syringomyélies foraminales
Les kystes sont pulsatiles.
La cinétique du contenu liquidien de la cavité est
comparable à celle observée dans les espaces périmédullaires des témoins :
un flux craniocaudal descendant est contemporain de la systole (survenant à
21 % du cycle cardiaque), tandis qu’un flux ascendant caudocranial est
observé pendant les 75 % restants du cycle cardiaque.
Il existe une relative
variabilité des vitesses à l’intérieur d’un même kyste avec, pour certains
volumineux kystes, des vitesses parfois plus faibles (voire inversées) en
périphérie du kyste par rapport à celles observées au centre de celui-ci.
Les
accélérations maximales du liquide intrakystique dans le sens craniocaudal
sont en moyenne supérieures à celles observées dans le sens caudocranial.
La pulsatilité des espaces sous-arachnoïdiens périmédullaires en périphérie
du kyste est conservée.
En comparaison avec les vitesses mesurées dans les
ESA des témoins, l’amplitude est comparable mais le pic systolique est plus
tardif.
Le pic systolique des vitesses craniocaudales survient plus précocement à
l’intérieur du kyste que dans les ESA périmédullaires.
Les vitesses de déplacement du LCR mesurées à la partie inférieure duV4 ont
une faible intensité.
C - Tomodensitométrie
:
Les scanners de dernière génération permettent de réaliser de façon simple et
rapide une étude plus large et plus précise de la charnière et du rachis cervical
avec reconstruction bidimensionnelle coronale, sagittale oblique mais aussi
tridimensionnelle et volumique (faible collimation du rayon, réglage des mAs, temps de pause court...).
Une reconstruction tridimensionnelle permet
une meilleure représentation de la configuration spatiale des formations sténosantes, mais aussi aide au diagnostic de spina postérieur et surtout
antérieur, d’anomalie de forme du trou occipital, d’asymétrie osseuse,
d’occipitalisation incomplète de l’atlas.
Une étude TDM de l’encéphale
complète habituellement le bilan et peut déceler une hydrocéphalie.
D - Bilan neurophysiologique :
Non indispensable, l’étude des potentiels évoqués somesthésiques peut
mettre en évidence des anomalies portant sur la latence ou plus rarement
l’amplitude du potentiel N14, témoin de la souffrance médullaire, voire de
retard du potentiel N20 lors d’une atteinte du tronc cérébral.
Traitement
:
Le traitement chirurgical est la seule modalité thérapeutique permettant
d’obtenir une amélioration clinique appréciable dans le cadre des
complications neurologiques des malformations de la charnière cervicooccipitale.
Le traitement médical conservateur, associant immobilisation
cervicale par collier-minerve et traitement anti-inflammatoire et antalgique,
ne permet pas d’obtenir d’amélioration durable en cas de souffrance
neurologique, tout au plus en cas de cervicalgies isolées.
L’indication du
traitement chirurgical dépend avant tout du degré de souffrance neurologique
et de l’évolutivité des symptômes, bien plus que de l’importance radiologique
des lésions.
Il n’est pas rare d’observer une impression basilaire
radiologiquement importante mais asymptomatique ou de découverte fortuite
pour laquelle une surveillance simple sera instaurée.
Inversement, étant donné
l’évolutivité habituelle des symptômes, un déficit neurologique même
modéré amène à considérer précocement l’indication chirurgicale.
A - Indications et techniques chirurgicales
:
1- Malformations neurologiques de la charnière cervico-occipitale
:
*
Malformation de Chiari isolée de l’adulte
:
Le principe du traitement chirurgical vise à rétablir une circulation de LCR au
niveau du foramen magnum. Plusieurs variantes techniques ont été proposées.
Une craniectomie sous-occipitale avec ouverture large et latérale du trou
occipital peut être effectuée avec une résection possible de l’arc postérieur de
C1, C2 ou plus, selon le degré de descente des amygdales cérébelleuses.
Une
fois la résection osseuse réalisée, la dure-mère est largement ouverte.
Les
éventuelles brides durales ou arachnoïdiennes sont réséquées.
Si certaines
équipes n’explorent le V4 qu’en cas d’hypertension intracrânienne et laissent
la dure-mère ouverte, nous explorons le trou de Magendie en vérifiant
sa perméabilité et en réséquant une éventuelle membrane arachnoïdienne
obstructive ou en positionnant un dispositif de dérivation interne ventriculosous-
arachnoïdienne en cas (rare) d’imperforation du Magendie.
La résection des amygdales cérébelleuses a été préconisée par certaines équipes.
L’objectif du geste opératoire est la décompression du névraxe et la
reconstitution d’une grande citerne de la base permettant un écoulement aisé
du LCR du système ventriculaire vers les citernes de la base, une
communication des espaces sous-arachnoïdiens péricérébraux et
périmédullaires.
Les céphalées ou cervicalgies d’effort ou positionnelles,
l’instabilité répondent généralement bien au traitement chirurgical.
* Malformation de Chiari et hydrosyringomyélie :
Le traitement chirurgical consiste en l’élargissement du trou occipital
en intervenant sur la charnière cervico-occipitale, ce qui permet en règle
générale d’observer une réduction du volume de la cavité médullaire, de son
degré de tension et de son étendue.
Il est alors possible d’observer
cliniquement une amélioration neurologique dans 40 à 60 % des cas, y
compris sur les manifestations sensitives et douloureuses.
L’affaissement de
la cavité syringomyélique après décompression de la charnière est noté dans
plus de 90 % des cas, avec un effondrement des vitesses circulatoires
intrakystiques en IRM.
Les résultats sont stables dans le temps, ce qui met le
patient à l’abri d’une détérioration neurologique ultérieure.
Le drainage direct
de la cavité est parfois discuté par certaines équipes dans un second temps en
cas d’échec, malgré une décompression de charnière anatomiquement
suffisante (contrôle IRM satisfaisant : apparition d’une néociterne de la base
et réascension des amygdales cérébelleuses).
Il est important de préciser
qu’un geste de drainage (dérivation syringopéritonéale par exemple) d’une
cavité syringomyélique d’origine foraminale tend à être abandonné compte
tenu de son risque neurologique (ataxie locomotrice). Une réintervention sur
la charnière doit être mise en avant en cas d’échec d’une première
décompression.
* Malformation de Chiari et hydrocéphalie
:
Lorsque l’anomalie de Chiari est modérée, infraclinique et accompagne une
hydrocéphalie évolutive et symptomatique (hypertension intracrânienne), le
traitement premier de l’hydrocéphalie est la règle.
Lorsque la dilatation
ventriculaire est au second plan et associée à une malformation de charnière
symptomatique, l’étude IRM dans le plan sagittal avec séquences de flux
permet d’établir la perméabilité de l’aqueduc de Sylvius et autorise une
intervention première de décompression portant sur la charnière avec
vérification du V4 (et parfois dérivation entre le V4 et les espaces sousarachnoïdiens
de la base).
* Malformation de Dandy-Walker :
Une décompression postérieure du trou occipital large, latérale et
suffisamment étendue (laminectomie de C1, C2 ou plus) est généralement
associée à une ouverture d’un V4 exclu et sous tension.
Dans les formes avec
hydrocéphalie sus-tentorielle associée et aqueduc perméable, une dérivation
interne a parfois été au préalable mise en place.
En cas d’aggravation
neurologique malgré une dérivation ventriculopéritonéale perméable, une
intervention de décompression de la charnière doit être envisagée.
2- Malformations osseuses et ligamentaires
de la charnière cervico-occipitale :
Il est habituel de distinguer les malformations de la charnière craniospinale
qui sont instables, qui peuvent être réalignées et ne nécessitent qu’une
stabilisation, et les déformations qui sont fixées, qui ne peuvent être réalignées
et imposent une décompression.
* Compressions antérieures et réductibles
de la charnière cervico-occipitale :
Telle la dislocation atloïdo-axoïdienne, ces compressions imposent une
réduction première en général par traction douce et progressive à l’aide d’un
halo.
La période de réduction peut durer plusieurs semaines ou mois.
La
réduction obtenue étant généralement instable, une fusion osseuse par abord
postérieur est effectuée dans un second temps, étendue de C1 à C2 (ou C3) en
cas d’instabilité atloïtoaxoïdienne, ou étendue de l’occiput à C2 en cas
d’instabilité occipitoaxoïdienne.
La fusion osseuse repose habituellement sur
un greffon autologue d’os iliaque corticospongieux et une ostéosynthèse
postérieure et est suivie d’une immobilisation postopératoire.
* Compressions antérieures non réductibles
de la charnière cervico-occipitale :
Il s’agit principalement de l’invagination basilaire, l’assimilation de C1, les
anomalies d’inclinaison de l’odontoïde avec indentation et empreintes
antérieures sur la jonction bulbomédullaire, les formes mixtes et complexes.
Ces lésions relèvent d’une décompression antérieure par voie transorale
, parfois source d’instabilité postopératoire selon le type lésionnel en
cause.
Une traction rachidienne douce et une trachéotomie sont parfois
réalisées en préopératoire. Par cet abord, il est possible de réséquer la partie
caudale du clivus, l’arc antérieur de C1, le corps de C2 et l’odontoïde.
Un
bilan radiotomographique postopératoire avec étude dynamique en flexion et
extension permet d’objectiver une instabilité postopératoire qui rend
nécessaire la réalisation d’une fusion postérieure.
* Compressions postérieures non réductibles
de la charnière cervico-occipitale :
Qu’il s’agisse de formes postérieures d’impression basilaire, d’impression
basilaire modérée et associée à une anomalie de Chiari, de compression de la
jonction cervicobulbaire par l’arc postérieur de C1 dans le cadre de
malformations plus complexes (assimilation de C1, hypoplasie de
l’odontoïde, fusion de C2-C3 et compression postérieure bulbomédullaire),
ces malformations relèvent d’une décompression première par voie
postérieure avec une ouverture large et latérale du trou occipital, une
laminectomie plus ou moins étendue à l’arc postérieur de C1, C2 ou rarement
plus.
Une fusion osseuse est réalisée dans le même temps opératoire en cas
d’instabilité (incomplètement réductible) notamment C1-C2 ou C1-occiput,
ou lorsqu’un geste complémentaire par voie antérieure est envisagé (Chiari
symptomatique et impression basilaire évoluée).
B - Résultats et évolution
:
D’une façon générale, le traitement chirurgical des anomalies de Arnold- Chiari avec ou sans impression basilaire ou autres anomalies osseuses
associées donnent de meilleurs résultats au prix d’une mortalité moindre que
les cas de malformations de charnière sans anomalie de Chiari.
Après intervention lors de malformation de charnière sans syringomyélie,
20 %des patients en moyenne sont asymptomatiques et le restent, 60 % sont
franchement améliorés pour la plupart des symptômes, 8 %sont inchangés et
7 % continuent de s’aggraver progressivement.
La mortalité varie selon les
séries de 2 à 10%(en règle < 3 %).
Les meilleurs résultats fonctionnels sont
corrélés à la reconstitution d’une grande citerne de la base, plus que la réascension des amygdales cérébelleuses que nous avons observée à plusieurs
reprises sur le contrôle IRM à 1 an.
Après décompression de la charnière lors de syringomyélie malformative,
une amélioration est rapidement observée en ce qui concerne les cervicalgies
et céphalées, mais aussi la motricité et la sensibilité des membres.
Les
manifestations douloureuses régressent en règle générale partiellement,
malgré l’affaissement de la cavité médullaire consécutive à la décompression
de charnière.
Il arrive qu’un territoire anesthésié et indolore redevienne
sensible avec souvent l’apparition de phénomènes douloureux nouveaux.
Lors d’une reprise évolutive, un contrôle IRM de la cavité est nécessaire.
Lors de Chiari symptomatique de l’enfant avec ou sans hydrosyringomyélie,
le traitement chirurgical donne de bons résultats avec une disparition
habituelle des phénomènes douloureux, une amélioration des difficultés
motrices et une stabilisation des déformations rachidiennes (scoliose).