Génétique des maladies du système nerveux périphérique
(Suite)
Cours de Neurologie
Maladies héréditaires avec atteinte du système
nerveux périphérique
:
Nous allons passer en revue les atteintes du sytème nerveux périphérique qui
surviennent au cours de pathologies héréditaires touchant d’autres organes,
en particulier le système nerveux central.
Nous insisterons plus sur les
affections qui peuvent être rencontrées dans la pratique du neurologue, en
particulier les neuropathies amyloïdes, les cytopathies mitochondriales, les
ataxies cérébelleuses...
Les pathologies qui sont très rares ou pour lesquelles
la neuropathie a un caractère très secondaire, voire anecdotique, ne seront pas
envisagées dans cette partie.
A - Neuropathies périphériques dans le cadre de maladies
héréditaires plurisystémiques :
1-
Neuropathies amyloïdes familiales
:
* Introduction :
Les neuropathies amyloïdes familiales sont provoquées par des dépôts
extracellulaires endoneuraux de substance amyloïde.
Ces dépôts se
constituent à partir de protéines mutées dont la forme sauvage est
normalement présente dans la circulation.
Différents types de substance
amyloïde ont été identifiés, qui se distinguent par leur constituant protéique principal.
Trois protéines ont été à ce jour impliquées dans la survenue de cette
affection.
Il s’agit de la transthyrétine, de la gelsoline, et de l’apolipoprotéine
A1.
Les neuropathies amyloïdes familiales sont hétérogènes à la fois au plan
clinique et génétique, mais sont toutes transmises selon un mode autosomique
dominant.
Plusieurs classifications ont été proposées, dont celle de Holt et
al qui tient compte du foyer géographique principal, de l’âge de début et
du tableau clinique.
Elles ont en commun une neuropathie sévère
sensitive, motrice et dysautonomique.
Une atteinte plurisystémique est
possible. En particulier, une cardiomyopathie hypertrophique et une
néphropathie peuvent être associées à la neuropathie.
* Aspects cliniques
:
L’âge de début est très variable. Dans les formes familiales portugaises et
japonaises, l’âge de début se situe autour de la troisième ou quatrième
décennie.
Dans d’autres formes, il peut être plus tardif, jusqu’à la
sixième décennie.
Le sex ratio est proche de 1.
Des troubles sensitifs
subjectifs distaux des membres inférieurs (paresthésies, brûlures, anesthésie thermoalgique) ou des signes de dysautonomie constituent les premières
manifestations, plus rarement des troubles trophiques, comme des ulcères
plantaires non douloureux, ou un amaigrissement.
Il peut s’agir également
d’un syndrome du canal carpien.
L’examen clinique met en évidence des
déficits sensitifs symétriques affectant plus sélectivement la sensibilité thermoalgique à la partie distale des membres inférieurs.
Lors de la
progression de la maladie, la partie distale des membres supérieurs est
également touchée et les autres modalités sensitives sont altérées.
L’atteinte
motrice est retardée par rapport à l’atteinte sensitive, mais progresse selon la
même topographie. Les réflexes ostéotendineux sont abolis aux stades tardifs.
L’amyotrophie est parallèle à la dénervation motrice. Une atteinte des nerfs
crâniens est possible, en particulier dans la forme finlandaise.
La dysautonomie, fréquente et parfois inaugurale, comporte des troubles
digestifs (diarrhée ou constipation), des troubles sphinctériens, une
impuissance, une hypotension orthostatique, des troubles de la sudation, des
anomalies pupillaires.
Les atteintes viscérales associées, liées à la diffusion
des dépôts d’amylose, sont de sévérité variable.
Elles concernent surtout le
coeur, le rein et l’oeil, plus rarement le système digestif, la thyroïde ou la
langue.
L’examen électrophysiologique met en évidence une neuropathie
axonale sensitivomotrice, dont la sévérité est corrélée au stade d’évolution de
la maladie.
La présence sur la biopsie nerveuse de dépôts endoneuraux de
substance amyloïde, visibles grâce à la coloration par le rouge Congo et
présentant une biréfringence en lumière polarisée, permet d’affirmer la
neuropathie amyloïde, mais ils ne sont pas toujours présents.
La biopsie
nerveuse n’est pas indispensable dans les formes familiales où la recherche
de mutations peut être directement réalisée.
L’évolution est généralement
sévère, en particulier dans les formes portugaises, pour lesquelles la durée de
survie est en moyenne de 10 ans.
Le traitement est symptomatique.
Depuis le
début des années 1990, la transplantation hépatique chez les patients avec
neuropathie amyloïde familiale et mutation de la transthyrétine a démontré
une efficacité, en particulier sur l’état général, la reprise de poids et les
troubles gastro-intestinaux.
* Génétique moléculaire
:
Les mutations de la transthyrétine sont le plus souvent en cause dans la
survenue des neuropathies amyloïdes familiales de type I (FAP type I).
La
TTRmet30 (Val30met), qui a été la première identifiée, est la plus
commune.
Elles sont retrouvées dans les familles portugaises, mais également
dans des familles japonaises, américaines et européennes.
La transthyrétine
est une protéine sérique tétramérique, composée de quatre monomères de 14
kD.
Elle est synthétisée principalement au niveau du foie, mais également au
niveau des plexus choroïdes et de la rétine.
C’est la protéine de transport de la
thyroxine et du rétinol. Le gène codant pour la transthyrétine est situé sur le
chromosome 18.
La protéine sauvage a une conformation bêta plissée, qui prédispose à la formation de substance amyloïde, cette prédisposition étant
renforcée par la survenue de mutations ponctuelles, dont une soixantaine ont
été décrites.
La mutation TTR met30 est la plus commune et semble être
retrouvée de façon ubiquitaire.
Au plan pratique, le gène codant pour la transthyrétine comprend quatre exons de petite taille, ce qui permet un
diagnostic direct par identification des mutations.
L’apolipoprotéine A1 a été mise en cause dans une famille de l’Iowa,
rapportée par Van Allen et al, en 1969.
Le phénotype est alors particulier,
avec l’association à la polyneuropathie d’une néphropathie et d’ulcères
gastriques sévères (FAP type III).
En 1990, Nichols et al ont identifié la
mutation Gly26Arg dans le gène de l’apolipoprotéine A1, qui est une
lipoprotéine de haute densité.
Cette mutation renforce le caractère amyloïdogène de l’apolipoprotéine A1.
La gelsoline est impliquée dans certaines familles finlandaises,
hollandaises, danoises, japonaises et américaines qui présentent
une neuropathie amyloïde de type IV (amylose familiale de type finlandais).
Le phénotype se distingue par l’association à la neuropathie d’une atteinte des
nerfs crâniens, d’une dystrophie cornéenne et de signes cutanés.
Deux
mutations du gène de la gelsoline touchant le même codon 187 (Asp187Asn
et Asp187Tyr) ont été identifiées.
Nous observons qu’il semble exister une corrélation entre le phénotype et le
gène impliqué.
* Limites des corrélations phénotype/génotype
:
Les études concernant la mutation TTR met30, qui est la mutation la plus
fréquente, ont permis de mettre en évidence une grande variabilité
phénotypique.
La pénétrance est variable, proche de 100 % à l’âge adulte dans
les familles portugaises, tandis qu’elle est très faible dans la population
suédoise où pourtant la fréquence de cette mutation est très élevée. Cette
différence de pénétrance résulte certainement de facteurs génétiques et
environnementaux, encore non identifiés.
Elle explique la découverte de
mutations chez d’apparents cas sporadiques.
L’âge de début est lui aussi très
variable, allant de la troisième décennie dans les familles portugaises et
japonaises, à des âges de début plus tardifs, de 56,7 ans en moyenne dans les
familles suédoises, voire dans la septième décennie.
Cette variabilité
de l’âge de début a été assimilée dans certaines publications récentes à une
anticipation dans des familles porteuses de la mutation TTR met30, en
particulier japonaises, mais ceci reste à démontrer.
Ainsi, la variabilité de la présentation clinique pour une mutation identique,
parfois même parmi les individus d’une même famille, ou, à l’inverse,
l’observation d’un phénotype proche dans des familles porteuses de
mutations différentes, ont mis en échec les tentatives de corrélations phénotype-mutation.
2- Neuropathies au cours des porphyries
:
Les troubles du métabolisme des porphyrines représentent une cause rare de
neuropathies périphériques.
Les porphyrines sont des métabolites
intermédiaires de la synthèse de l’hème, qui sont synthétisés dans deux tissus
principaux, le foie et la moelle osseuse.
Des neuropathies sont observées
exclusivement au cours des déficits de la synthèse hépatique de l’hème.
Cela
concerne trois variétés de porphyries, transmises sur le mode autosomique
dominant : la porphyrie aiguë intermittente, la coproporphyrie héréditaire et
la porphyrie variegata.
Les manifestations aiguës sont identiques au cours de
ces trois maladies et peuvent être précipitées par certains médicaments, des
modifications hormonales, le jeûne, un stress important.
Elles comprennent
des douleurs abdominales, des troubles psychiatriques et une neuropathie.
Les
douleurs abdominales sont de survenue aiguë et peuvent simuler une urgence
chirurgicale.
Si la maladie n’est pas connue, les signes se majorent par
l’injection de drogues anesthésiques.
Les signes psychiatriques surviennent
dans ce contexte, à type d’agitation, de cauchemars au début, puis de troubles
psychotiques francs.
Des crises comitiales, un coma peuvent s’installer.
La
neuropathie survient généralement 2 à 3 jours après le début, mimant une
polyradiculonévrite aiguë.
Le tableau débute souvent par des douleurs du dos
ou des membres.
Le déficit moteur, touchant aussi bien les muscles distaux
que proximaux, est généralement symétrique et peut affecter initialement les
membres supérieurs ou les nerfs crâniens.
Les troubles sensitifs se limitent à
quelques dysesthésies, avec, à l’examen, une hypoesthésie distale « en gants
et en chaussettes ».
Les réflexes sont diminués en fonction de l’importance du
déficit moteur. Les signes dysautonomiques sont très francs (dilatation
pupillaire, hypertension, dysurie, constipation).
Le maximum des déficits
survient en quelques jours, parfois en quelques semaines.
Le tableau moteur
peut être très sévère et aller jusqu’à une paralysie des muscles respiratoires.
L’examen électrophysiologique montre des anomalies 5 à 10 jours après le
début des symptômes, en faveur d’une axonopathie, avec diminution de
l’amplitude des potentiels évoqués moteurs et signes de dénervation à la
détection.
La conduction sensitive est plus ou moins altérée, selon l’atteinte
sensitive clinique.
Le diagnostic est facile si la porphyrie est connue, sinon il
repose sur des antécédents de photosensibilité (celle-ci n’est présente que
dans la coproporphyrie héréditaire et dans la porphyrie variegata), de
modification de la couleur des urines à la lumière et à la température ambiante,
et, bien entendu, sur la mesure des taux sanguins et urinaires des précurseurs
de l’hème et la mesure des activités enzymatiques.
Le traitement préventif des
épisodes aigus repose sur l’éviction des facteurs précipitants, en premier lieu
les médicaments inappropriés.
Pendant les crises, le traitement est à la fois
symptomatique (agitation, crises comitiales, douleurs, infection…) et curatif,
par l’injection intraveineuse d’hématine.
B - Neuropathies périphériques dans le cadre de maladies
héréditaires avec atteinte du système nerveux central :
Les ataxies cérébelleuses sont des affections autosomiques dominantes
hétérogènes aux plans clinique, neuropathologique et génétique. Leur
prévalence est de 1/30 000.
Elles sont caractérisées sur le plan clinique par
une ataxie cérébelleuse progressive, statique et cinétique, qui s’associe de
façon variable à d’autres signes tels que atrophie optique, ophtalmoplégie,
syndrome pyramidal, syndrome extrapyramidal, troubles de la déglutition,
troubles sphinctériens, démence et atteinte du système nerveux périphérique.
Une classification prenant en compte les signes cliniques accompagnant
l’ataxie cérébelleuse a été proposée par Harding en 1993 : elle séparait les ADCA en trois types.
La découverte, au cours de ces dernières années, des
gènes impliqués dans ces ADCA a souligné l’hétérogénéité génétique de ce
groupe de pathologies. Actuellement, sept gènes ont été localisés : SCA1,
SCA2, SCA3 (ou maladie de Machado-Joseph), SCA4, SCA5, SCA6 et
SCA7 (SCA pour spinal cerebellar ataxia), respectivement sur les
chromosomes 6p22-p23, 12q23-24.1, 14q24.3, 16q22.1, 11, 19p13 et 3p12.3.
Les gènes correspondants ont été identifiés, à l’exception de SCA4 et SCA5.
Les mutations responsables sont des expansions de motifs CAG instables.
Les polyneuropathies observées au cours des ADCA sont peu parlantes
cliniquement : les troubles sensitifs subjectifs, les douleurs ou les crampes
sont rarement rencontrés.
Des anomalies évocatrices d’une atteinte du
système nerveux périphérique (troubles de la sensibilité superficielle et
profonde, diminution ou abolition des réflexes, amyotrophie, diminution de
la force musculaire) sont constatées à l’examen clinique chez 30 à 54 % des
patients selon les séries.
L’atteinte du système nerveux périphérique
passe souvent au second plan derrière l’atteinte centrale.
L’examen électrophysiologique, cependant, met en évidence une polyneuropathie
axonale sensitive ou sensitivomotrice, avec une fréquence variable selon la
mutation en cause.
L’étude électrophysiologique systématique de 40 patients
présentant des mutations SCA1 (12), SCA2 (10), SCA3 (13), SCA7 (5) par
Kubis et al (soumis à publication) montre que la moitié des patients ont une
polyneuropathie sensitive, ou, le plus souvent, sensitivomotrice.
La fréquence
de la neuropathie varie selon le type de mutation : présente chez 42 % des
patients SCA1 et chez 41 % des patients SCA3, elle est retrouvée chez 80 %
des patients SCA2.
En revanche, elle n’a jamais été observée chez les patients
SCA7.
La présence d’une polyneuropathie ne semble pas liée à la durée
d’évolution de la maladie, alors que cela est souvent le cas pour les autres
symptômes associés à l’ataxie cérébelleuse.
2- Neuropathie à axones géants :
Cette affection autosomique récessive rare se manifeste dans les
3 premières années de la vie, après une acquisition de la marche normale, par
une maladresse de la marche et un déficit moteur distal progressif, affectant
d’abord les membres inférieurs puis les membres supérieurs.
Les troubles
sensitifs touchent préférentiellement la sensibilité proprioceptive.
À côté de
cette neuropathie se développent également des signes d’atteinte du système
nerveux central : perte des acquisitions avec détérioration intellectuelle,
syndrome pyramidal objectivé par un signe de Babinski, crises comitiales.
Des signes de dysmorphie (petite taille, cheveux anormalement fins et frisés)
et des déformations (pieds creux ou pieds plats, scoliose) complètent le
tableau clinique. Le pronostic de la maladie est sévère.
Le déficit
sensitivomoteur confine les patients au fauteuil roulant et entraîne le décès de
la plupart d’entre eux au cours de la deuxième décennie.
L’examen électrophysiologique met en évidence une neuropathie axonale avec
potentiels sensitifs habituellement absents et des vitesses de conduction
motrice peu diminuées.
La biopsie nerveuse montre une perte axonale et des
anomalies caractéristiques à type de gonflements axonaux, autour desquels la
myéline est anormalement fine.
Ces gonflements axonaux sont liés à
l’accumulation de neurofilaments visibles en microscopie électronique.
À
l’autopsie, les axones géants sont aussi retrouvés au niveau du système
nerveux central.
Récemment, une localisation en 16q24 a été identifiée dans
cinq familles consanguines.
La région candidate est large de 3 cM entre les
marqueurs D16S3073 et D16S505.
3- Neuropathie dans le cadre des maladies mitochondriales
:
Une neuropathie est fréquemment observée au cours des affections
mitochondriales chez environ 30 % des patients.
Elle est le plus souvent
peu ou non symptomatique, se limitant à des troubles sensitifs distaux,
bilatéraux, symétriques et prédominant aux membres inférieurs.
Les réflexes ostéotendineux peuvent être abolis.
Un déficit moteur franc n’est que
rarement observé.
La formule électrophysiologique est le plus souvent celle
d’une neuropathie axonale, avec des altérations plus marquées aux membres
inférieurs.
Une neuropathie démyélinisante a été rapportée par certains
auteurs.
Pour certaines affections mitochondriales individualisées au cours
de ces 10 dernières années, la neuropathie constitue un des signes cardinaux.
Il s’agit des syndromes suivants :
– NARP associant neuropathie, ataxie et rétinite pigmentaire, causé par une
mutation ponctuelle, Leu156Arg, dans le gène mitochondrial codant pour la
sous-unité 6 de l’ATPase ; la neuropathie est axonale ; le phénotype est
d’autant plus sévère que le pourcentage d’ADN mitochondrial muté est
important ; ainsi, aux signes cliniques précédents peuvent s’ajouter des crises
comitiales, un déficit moteur proximal, une démence, un retard de
développement ; les anomalies morphologiques évocatrices d’une myopathie
mitochondriale sont rarement observées à la biopsie musculaire ;
– MNGIE associant ophtalmoparésie, neuropathie périphérique,
leucoencéphalopathie, troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements,
diarrhée, malabsorption, épisodes de pseudo-obstruction intestinale,
diverticulose) ; la transmission de la maladie suit le mode autosomique
récessif ; les symptômes débutent pour la majorité des patients avant l’âge de
20 ans ; les manifestations gastro-intestinales sont constantes et le plus
souvent inaugurales, dans près de 70 % des cas ; viennent ensuite les signes
oculaires (ophtalmoplégie externe, ptôsis, rétinite pigmentaire) qui peuvent
être révélateurs dans 13 % des cas ; le tableau clinique comprend
fréquemment une hypoacousie, une petite taille ; la neuropathie est
sensitivomotrice, avec des aspects mixtes de démyélinisation (diminution des
vitesses de conduction motrice, allongement de la latence des ondes F) et
d’axonopathie (diminution de l’amplitude des potentiels moteurs et
sensitifs) ; l’imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale montre une
leucoencéphalopathie ; des aspects histologiques évocateurs d’anomalies
mitochondriales sont le plus souvent observés à la biopsie musculaire ; les
études de l’ADN mitochondrial réalisées chez quelques-uns de ces patients
mettent en évidence des délétions multiples dont la signification reste à
préciser ;
– le SANDO, récemment individualisé par Fadic et al, comporte une
neuropathie ataxiante sévère, une dysarthrie et une ophtalmoparésie ; les
quatre cas rapportés sont sporadiques et débutent à des âges variables, parfois
dès l’âge de 10 ans, par une neuropathie se manifestant par des troubles de
l’équilibre d’aggravation très progressive, tandis que la dysarthrie,
l’ophtalmoplégie externe bilatérale associée à un ptôsis apparaissent
secondairement ; l’examen clinique met en évidence une abolition des
réflexes ostéotendineux, une marche ataxique, un signe de Romberg, des
troubles de la sensibilité proprioceptive et, dans une moindre mesure, de la
sensibilité superficielle ; l’examen électrophysiologique est en faveur d’une
ganglionopathie sensitive avec des potentiels sensitifs très altérés ou absents,
tandis que les anomalies motrices restent très discrètes ; les anomalies de
l’ADN mitochondrial retrouvées chez ces patients sont également des
délétions multiples.
4- Neuropathies périphériques au cours des déficits enzymatiques
:
* Maladie de Refsum :
C’est une maladie à transmission autosomique récessive.
Le début varie de la
petite enfance à la troisième ou quatrième décade.
La plupart des patients ont
les premiers symptômes vers l’âge de 20 ans.
L’héméralopie est le signe le
plus précoce.
Témoin de la rétinite pigmentaire débutante, il peut apparaître
plusieurs années avant les autres manifestations cliniques.
Sans traitement,
l’évolution se fait vers une aggravation progressive, parfois interrompue par
de longues périodes de rémission, ou précipitée par des facteurs déclenchants
comme des poussées fébriles, une intervention chirurgicale ou une grossesse.
Les signes cliniques comprennent :
– des signes ophtalmologiques ; la rétinite pigmentaire est constante,
précédée par l’héméralopie, puis un rétrécissement concentrique du champ
visuel ; une atrophie optique, une cataracte, des opacités vitréennes peuvent
participer au déficit visuel ;
– une atteinte des nerfs crâniens ; hyposmie ou anosmie, surdité d’origine
cochléaire sont fréquentes et précoces ;
– une polyneuropathie ; elle survient de façon plus ou moins précoce au cours
de l’évolution ; il s’agit d’une polyneuropathie sensitivomotrice
démyélinisante qui, dans sa présentation, peut mimer un CMT : amyotrophie
distale et déficit moteur à l’origine d’un steppage, symétriques, avec abolition
des réflexes ostéotendineux ; les troubles de la sensibilité sont également de
topographie distale et prédominent sur la sensibilité proprioceptive ; il peut y
avoir une hypertrophie nerveuse ;
– d’autres manifestations : cardiomyopathies pouvant être responsables de
mort subite, malformations squelettiques (raccourcissement ou allongement
bilatéral des métatarsiens, dysplasie épiphysaire, pieds creux, orteils en
marteau), modifications cutanées (sécheresse cutanée, ichtyose).
Le diagnostic est retenu sur une élévation du taux sanguin d’acide phytanique
consécutif à une perte d’activité phytanoyl-coA hydroxylase.
Des mutations
du gène codant pour la phytanoyl-coA hydroxylase, enzyme peroxysomale
catalysant la première étape d’alpha-oxydation de l’acide phytanique, sont bien
responsables de la maladie de Refsum.
Mais dans des familles pour
lesquelles le gène avait été localisé en 10q, ce sont des mutations dans le
gène PAHX qui provoquent la maladie.
La protéine correspondante est elle
aussi peroxysomale et présente une activité phytanoyl-coA hydroxylase.
Le traitement consiste en un régime alimentaire pauvre en acide phytanique,
qui permet une stabilisation des symptômes.
* Adrénoleucodystrophie :
Une atteinte du système nerveux périphérique a minima peut se rencontrer au
cours des adrénoleucodystrophies liées à l’X, dans la forme adulte associant
paraparésie spastique, troubles sphinctériens, troubles sensitifs et atteinte des
surrénales (adrénomyéloneuropathie).
Les vitesses de conduction motrice
peuvent être abaissées.
L’IRM cérébrale montre des hypersignaux de la
substance blanche.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence d’une
élévation du taux sanguin ou sur culture de fibroblastes cutanés des acides
gras à très longue chaîne.
Cette pathologie est provoquée par un déficit de la bêta-oxydation des acides gras à très longue chaîne qui est causé par des
mutations d’un transporteur peroxysomal (ATP binding cassette
transporter).
* Leucodystrophie métachromatique
:
C’est une affection démyélinisante touchant le système nerveux central et
périphérique, dont la transmission est autosomique récessive.
Plusieurs
formes cliniques sont rencontrées, en fonction de l’âge de début des
premiers signes.
Le début est le plus souvent infantile, avec l’apparition,
à la fin de la première année de vie, d’une régression des acquisitions
motrices, d’une démence et d’un syndrome pyramidal.
Le décès survient
en quelques mois à quelques années.
La forme juvénile débute entre 5 et
10 ans et associe une détérioration des fonctions supérieures, une
comitialité et des mouvements anormaux, dont l’évolution est fatale en
quelques années.
La forme de l’adulte est proche, avec un âge de début et
une durée d’évolution très variables.
Le diagnostic est retenu devant un
déficit en arylsulfatase de typeAdans le sang et sur fibroblastes en culture.
Des dépôts métachromatiques dans les cellules de Schwann et les
macrophages sont caractéristiques et constants sur la biopsie nerveuse.
L’atteinte du système nerveux périphérique est très variable, parfois
inaugurale, souvent limitée, à l’examen clinique, à une abolition des
réflexes achilléens.
Un cas se présentant avec une neuropathie démyélinisante de façon isolée a été rapporté.
Les anomalies
électriques sont plus fréquentes, caractérisées par une diminution des
vitesses de conduction motrice et des anomalies des potentiels sensitifs.
Des mutations du gène de l’arylsufatase A, situé en 22q13, sont
responsables de la maladie.
* Maladie de Krabbe :
Il peut exister une neuropathie démyélinisante sensitivomotrice dans cette
affection autosomique récessive due à un déficit en galactosylcéramide bêta-
galactosidase.
Le tableau clinique est celui d’une encéphalopathie débutant
vers l’âge de 3 à 6 mois, après une phase de développement néonatal normal.
Le début, marqué par une irritabilité, des épisodes de cris, une hypersensibilité
aux stimulations sensorielles, des crises convulsives, des vomissements et
fièvres inexpliqués, se poursuit par une régression psychomotrice avec
hypertonie et exagération des réflexes.
Le décès survient dans un délai de
2 ans après le début de la maladie.
Les réflexes peuvent parfois être diminués,
seuls témoins de l’atteinte du système nerveux périphérique.
Le début peut
être plus tardif, entre 2 et 6 ans, associant détérioration intellectuelle, signes
pyramidaux et atrophie optique.
Enfin, de rares formes de l’adulte ont été
décrites. Le diagnostic est porté sur la mesure de l’activité de la galactosylcéramide bêta-galactosidase, qui est très réduite dans les tissus.
Ainsi,
le diagnostic prénatal peut être réalisé sur un prélèvement de villosités
choriales à la neuvième ou dixième semaine de gestation.
La diminution
du taux n’est pas corrélée à l’évolution clinique, en particulier à l’âge de
début.
Plus de 40 mutations différentes ont été identifiées dans le gène codant
pour la galactosylcéramide bêta-galactosidase.
* Maladie de Tangier :
Autre maladie récessive autosomique très rare, elle est liée à un déficit en
lipoprotéines de haute densité, avec taux de cholestérol bas et triglycérides
normaux ou augmentés.
L’atteinte du système nerveux périphérique peut se manifester sous la forme d’une neuropathie sensitivomotrice multifocale à
rechute ou sous forme pseudosyringomyélique avec déficit sensitif
thermoalgique de la face, du cou et des membres supérieurs.
Les VCN sont
diminuées.
* Maladie de Bassen-Kornzweig :
C’est une affection autosomique récessive rare caractérisée par l’absence
d’apolipoprotéine B, et par des taux sériques très faibles de cholestérol,
triglycérides, vitamines E et A.
Des hématies de forme anormale
(acanthocytes) sont présentes dans le sang dès la naissance.
L’atteinte
neurologique se manifeste sous la forme d’une neuropathie ataxiante avec
aréflexie ostéotendineuse et, à l’examen électrophysiogique, potentiels
sensitifs diminués ou absents.
* Maladie de Fabry
:
Transmise sur le mode récessif lié à l’X, elle est due à des mutations variées
dans le gène codant pour l’alpha-galactosidase A.
L’atteinte nerveuse
périphérique consiste en des accès douloureux ou des dysesthésies des
extrémités intermittents, déclenchés par la fièvre, la chaleur, les efforts.
Ces
manifestations sont liées à des dépôts intra- et périneuraux de trihéxosyl
céramide.