Aspects cliniques et thérapeutiques de la maladie de Parkinson
Cours de Neurologie
Historique de la maladie de Parkinson
des origines à nos jours
:
A - « AN ESSAY ON THE SHAKING PALSY » (1817)
:
Par définition, la première référence explicite à la maladie de
Parkinson est constituée par la monographie de 1817 intitulée An essay on the shaking palsy.
La description princeps placée en tête
de l’ouvrage caractérise la maladie par la conjonction apparente de
deux symptômes précis, le tremblement de repos et la démarche
festinante, survenant dans le contexte d’une réduction de la force
musculaire et en l’absence de déficit intellectuel.
Les données
antérieures concernant éventuellement cette maladie sont rapportées
presque exclusivement par Parkinson lui-même dans son
développement consacré d’une part au tremblement de repos
(tremor coactus) et d’autre part à la démarche festinante (scelotyrbe
festinans).
En fait, les allusions les plus anciennes au tremblement
de repos ont été retrouvées dans l’ancien système médical hindou
(dit ayurveda qui signifie « science de vie » en sanscrit) datant de
l’an 1000 avant J-C, sous le nom de kampavata, bien avant celles
des écrits de Galien (129-199).
Selon Parkinson, l’individualisation
du tremblement de repos doit être attribuée à Sylvius de la Boë
(1680), la description de la démarche festinante revenant à Gaubius
(1758) et sa confirmation explicite à Boissier de Sauvages (1768).
La
contribution capitale de James Parkinson reste donc d’avoir affirmé que la coïncidence de ces deux symptômes avec un déficit
musculaire pouvait correspondre à une entité nosologique qu’il a
nommée, en un raccourci saisissant, « la paralysie agitante ».
Son
argumentation se base sur la description clinique de six cas dont un
seul fut suivi sur une longue période, les cinq autres (dont deux
rencontrés dans la rue et un observé à distance) ne donnant lieu
qu’à de brèves présentations.
Malgré ces constatations presque
anecdotiques, l’histoire naturelle de la paralysie agitante est
magistralement décrite en quelques pages dont ces extraits
significatifs illustrent les étapes évolutives : « Le début insidieux
d’une sensation de gêne avec tremblement, le plus souvent localisé
à un membre supérieur et diffusant en quelques mois à d’autres
parties du corps.
La difficulté à maintenir une posture redressée,
surtout à la marche, associée à une grande difficulté à faire des
mouvements précis (écriture).
La survenue de chutes par
déséquilibre à la marche et festination incontrôlable conduisant à
l’état grabataire avec hypersalivation, troubles de la déglutition et
incontinence sphinctérienne. »
Évoquant les aspects thérapeutiques
de cette nouvelle maladie, Parkinson formule un constat quelque
peu décourageant : « La maladie est généralement considérée
comme l’expression d’une diminution irrémédiable de l’influx
nerveux résultant du vieillissement. »
Cependant, il tempère ce
pessimisme en soumettant au lecteur le cas d’un patient souffrant
de symptômes rappelant la paralysie agitante et qui fut soulagé par
l’application de vésicatoires et l’administration de sels de mercure à
visée purgative, ce résultat suggérant la prise en considération
« d’une influence mystérieuse du système sympathique ».
B - ÉVOLUTION DES IDÉES APRÈS 1817
:
L’évolution des idées s’est construite par grandes vagues successives
dont on peut considérer que le but commun fut de concourir à
l’identification la plus précise possible du processus pathologique et donc de la cause de la maladie, de manière à pouvoir en définir le
traitement.
Historiquement, en effet, le développement des
disciplines neuroscientifiques s’est effectué selon une chronologie
discontinue qui a particulièrement marqué l’évolution des concepts
concernant la maladie de Parkinson.
On peut ainsi grossièrement
distinguer plusieurs périodes qui se sont recouvertes et complétées
successivement et qui ont correspondu au développement respectif
des disciplines clinique et anatomopathologique dans un premier
temps, suivi de l’apparition plus récente des approches biochimique
et pharmacologique.
1- Approche clinique
:
Après Parkinson, la paralysie agitante fut reconnue et citée dans de
nombreux traités médicaux, sans contribution innovante jusqu’à
Trousseau et Charcot.
Dans sa 15e leçon de clinique médicale (1868),
Trousseau présenta une analyse clinique enrichie : on lui doit en
particulier une description explicite de la rigidité, une explication
de la démarche festinante (« Comme son centre de gravité est
déplacé en avant, le malade doit courir après lui-même. ») et la
constatation d’un ralentissement progressif dans l’épreuve
d’ouverture-fermeture répétée de la main.
La contribution de
Charcot est encore mieux connue dans ses écrits communs avec
Vulpian et sa cinquième leçon sur les maladies du système nerveux
(1872) : on lui attribue habituellement l’identification de la rigidité
musculaire et la dénomination de « maladie de Parkinson » ; l’oeuvre
de Charcot a été enrichie des nombreuses illustrations de Paul
Richer mettant en évidence les troubles posturaux.
Par la suite,
d’autres études cliniques exhaustives furent publiées précisant
l’histoire naturelle de la maladie (modes de début, variabilité
évolutive et cause du décès).
L’épidémie d’encéphalite léthargique
eut en Europe un impact considérable à partir des années 1920
puisqu’un grand nombre des survivants développa un
parkinsonisme séquellaire, renforçant l’intérêt pour les travaux
cliniques avec la description de la perte des mouvements associés
(par Foerster), du ralentissement du mouvement (par Cruchet) et
des kinésies paradoxales (par Babinski).
Dans cette évocation
chronologique, l’importante contribution de Wilson (1925) doit être
soulignée en raison de sa description explicite de l’akinésie,
reconnue depuis comme le symptôme le plus spécifique de la
maladie de Parkinson : observée dans l’écriture et les mouvements
répétitifs, l’akinésie comportait également la difficulté à commencer
le mouvement, mise en évidence par un allongement des temps de
réaction chez les malades parkinsoniens, dont Wilson évoquait la
réduction du besoin ou de l’impulsion à faire des mouvements :
« Ainsi, leur motivation à agir est altérée. »
Plus récemment, la
définition clinique de Purdon Martin (1967) s’est imposée avec deux
symptômes positifs, le tremblement et la rigidité, et deux
symptômes négatifs, l’akinésie et la perte des réflexes posturaux.
Les
revues cliniques actuelles reprennent en général cette conception des
symptômes moteurs en y adjoignant les autres symptômes non
moteurs plus récemment documentés (dysautonomie, troubles
sensitifs et désordres psychiques).
2- Approche anatomopathologique
:
Comme le pressentait Parkinson, l’anatomie pathologique a
largement contribué à préciser le processus lésionnel responsable de
la maladie qu’il avait décrite. Historiquement, il semble que le locus niger de Soemmering, ou substance noire (SN), fut la première
structure suspectée par Brissaud en 1895 à propos d’une observation
rapportée par Blocq et Marinesco en 1893, concernant un patient
porteur d’un tuberculome situé dans la SN et affecté d’un
tremblement parkinsonien de l’hémicorps contralatéral ; ces auteurs
avaient eu le soin de noter que le faisceau pyramidal et le bras
conjonctif de part et d’autre de la lésion nigrique ne contenaient
aucune fibre en dégénérescence.
En fait c’est Tretiakoff (1919) qui,
dans sa thèse, démontra le rôle déterminant des lésions nigriques en
se basant sur l’examen anatomique du cerveau de neuf cas de
maladie de Parkinson et d’un cas d’hémiparkinsonisme : dans ce
dernier cas, il mit en évidence le processus lésionnel
(dépigmentation, perte neuronale et gliose) dans la SN contralatérale
au côté cliniquement atteint, ce qui le conduisit à incriminer cette
structure dans le contrôle du tonus musculaire.
Cependant,
d’autres auteurs, se basant sur l’examen de cerveaux de malades
porteurs de lésions vasculaires diffuses du striatum et du pallidum
(« états criblés ») qui avaient présenté des symptômes de type
parkinsonien, proposaient à l’époque un point de vue différent
situant l’essentiel des lésions dans les noyaux gris centraux et plus
particulièrement dans le globe pâle : la controversa culmina, avec le
rapport de Souques, en 1921, consacré aux syndromes parkinsoniens
dans la Revue neurologique.
L’étude détaillée de Foix et Nicolesco
(1925) remit définitivement en valeur le rôle prédominant des lésions
du locus niger, qui fut ensuite confirmé par les travaux ultérieurs
décrivant en outre des lésions dans les autres formations pigmentées
du tronc cérébral (locus coeruleus, noyau dorsal du vague).
En fait,
le problème de l’unicité du mécanisme lésionnel dans le cadre du
parkinsonisme s’est trouvé très vite soulevé par les neuropathologistes : après le syndrome parkinsonien
postencéphalitique, d’autres entités ont été peu à peu séparées de la
maladie de Parkinson, telles que le parkinsonisme athéroscléreux
avec ses lésions diffuses des noyaux gris, les parkinsonismes
toxiques dans lesquels les lésions prédominent dans le pallidum et
les autres syndromes parkinsoniens dégénératifs.
Ces descriptions
successives ont abouti à un démembrement partiel de la « paralysie
agitante », dans le cadre duquel la maladie de Parkinson
idiopathique (MPi), ou primitive, est séparée des syndromes
parkinsoniens secondaires (infectieux, toxiques, traumatiques,
vasculaires, tumoraux) et des syndromes parkinsoniens dégénératifs
(atrophies plurisystématisées, paralysie supranucléaire progressive,
syndromes Parkinson-démence), ainsi qu’en témoignent des revues
neuropathologiques récentes ; Jellinger (1987), se basant sur
520 cas autopsiés, retrouvait les proportions suivantes : MPi (74 %), syndromes parkinsoniens secondaires (16,5 %), syndromes
parkinsoniens dégénératifs (7,5 %), non classés (2 %).
Les progrès de l’histologie ont conduit, au-delà de la répartition
topographique des lésions, à mettre en évidence des aspects
morphologiques évocateurs, voire spécifiques, d’une maladie
donnée. Ainsi, dans la maladie de Parkinson, cette démarche a été
inaugurée par la description dès 1912 des corps de Lewy : inclusions
éosinophiles intraneuronales arrondies avec une zone centrale dense
acidophile, entourée d’un halo périphérique, au niveau du noyau
basal de Meynert.
Ces inclusions furent ensuite retrouvées dans la
SN et considérées d’emblée comme un marqueur anatomique
évocateur de la maladie de Parkinson.
Décrits ultérieurement dans
les formations pigmentées du tronc cérébral, mais aussi dans des
structures non pigmentées, les corps de Lewy apparaissent, du point
de vue ultrastructural, composés de filaments de 8 à 10 nm de
diamètre, disposés de façon compacte au centre de l’inclusion et de
façon plus lâche à sa périphérie.
Après avoir été considéré comme
le marqueur spécifique de la MPi, le corps de Lewy a vu
remettre en question son caractère pathognomonique en raison de
la description de plus en plus fréquente d’observations
anatomocliniques de démence progressive avec parkinsonisme dans
lesquelles des corps de Lewy étaient retrouvés avec une répartition
diffuse, non seulement dans les structures sous-corticales, mais aussi
dans le cortex ; cependant, l’aspect morphologique des corps de
Lewy corticaux est plus homogène, dépourvu de centre dense.
L’apport récent des techniques immunocytochimiques, par
l’utilisation d’anticorps monoclonaux marquant spécifiquement des
protéines du cytosquelette contenues dans le matériel
neurofilamentaire (ubiquitine, puis alphasynucléine), a largement
fait évoluer les conceptions neuropathologiques en créant, parmi
l’ensemble des syndromes parkinsoniens dégénératifs, une nouvelle
ligne de partage séparant le groupe des « synucléinopathies »
(maladie de Parkinson, maladie à corps de Lewy diffus, atrophie
plurisystématisée) des autres entités (paralysie supranucléaire
progressive, dégénérescence corticobasale) qui rejoignent la
constellation des « taupathies ».
3- Approche biochimique
:
Le chaînon manquant dans la relation de cause à effet entre les
lésions neuropathologiques et les symptômes cliniques de la maladie
de Parkinson résidait dans la notion de médiation chimique qui
émergea avec les travaux de Dale en 1914, puis de Loewi en 1921,
permettant l’identification de l’acétylcholine et de son rôle dans la
transmission neuromusculaire.
Cependant, la présence de messagers
chimiques au niveau du système nerveux central (SNC) demeurait
encore hypothétique. Initialement, c’est von Euler en 1946 qui
démontra la présence dans le tissu cérébral d’une substance qu’il
appela « sympathine », dont les propriétés étaient proches de celles
de la noradrénaline.
Dans la même période, Raab et Gigee en 1951
décrivent, sous le nom d’« encéphaline », une amine
sympathicomimétique considérée comme différente de la
sympathine et retrouvée à des concentrations élevées dans les
ganglions de la base de cerveaux humains : en fait, selon Fahn
(1989), Raab et Gigee auraient été les premiers à démontrer la
présence de la dopamine dans le cerveau, dans la mesure où ils
mirent en évidence que, parmi plusieurs substances testées, seule la
L 3-4-dihydrophénylalanine (L-dopa), synthétisée par Guggenheim
en 1913, pouvait augmenter la concentration cérébrale de
l’« encéphaline ».
Cependant, la littérature classique attribue
généralement la découverte de la 3-hydroxytyramine, ou dopamine,
dans le cerveau humain, à Carlsson en 1958.
Des travaux ultérieurs
montrèrent que la dopamine se trouvait concentrée à 80 % dans le striatum et, grâce à la mise au point des techniques
d’immunofluorescence, identifièrent la voie nigrostriée.
La
découverte chez des malades parkinsoniens d’une réduction
considérable du contenu en dopamine du striatum et de la SN à
l’examen du cerveau post mortem d’une part, et une diminution de
l’excrétion urinaire de dopamine d’autre part, confirma l’idée
émergente d’un rôle majeur de la dopamine dans la pathogénie de
la maladie de Parkinson.
À partir de ces données de base, les
20 dernières années ont vu un développement très fécond de la
pathologie biochimique, notamment celle consacrée à la maladie de
Parkinson.
Les résultats ont été obtenus par différentes techniques
reflétant l’activité de systèmes biochimiques : taux endogène du
neurotransmetteur lui-même, activité d’enzymes de synthèse ou de
dégradation, taux de produits du métabolisme du neurotransmetteur,
capacité de liaison (densité) des récepteurs avec des
ligands spécifiques.
Ainsi, les systèmes dopaminergiques se sont
révélés très sélectivement atteints dans la maladie de Parkinson,
avec un déficit en dopamine prédominant au sein de la voie nigrostriatale, où il est supérieur à 80 %, par rapport aux systèmes
mésocorticolimbique et hypothalamique, qui sont affectés dans des
proportions moindres, de l’ordre de 50 à 60 %.
Les autres systèmes
biochimiques sont également atteints dans la maladie de Parkinson
mais de façon moins constante et moins marquée : il en est ainsi des
voies noradrénergiques (projetant du locus coeruleus vers le
néocortex et le cortex limbique), des voies sérotoninergiques
(projections du raphé du tronc cérébral vers le cortex d’une part et
la moelle épinière d’autre part), des voies cholinergiques souscorticocorticales
(projection septohippocampique et système
ascendant du noyau basal de Meynert et du noyau pédonculopontin
vers le cortex frontal et limbique), et aussi de systèmes
GABAergiques glutamatergiques et peptidergiques dont les
dysfonctionnements éventuels se sont révélés beaucoup plus
complexes à définir.
La confrontation de cette biochimie cérébrale
post mortem avec les données cliniques a suggéré l’idée que la
maladie de Parkinson se caractérise par un déficit dopaminergique
pur, progressivement complété au cours de son évolution par
l’apparition d’atteintes, en parallèle ou en série, d’autres systèmes
de neurotransmission.
Le développement récent de l’imagerie
cérébrale, réalisant une approche biochimique « in vivo »
(tomographies par émission de positons et par émission monophotonique), a permis de commencer à vérifier cette hypothèse
en suivant notamment l’évolution du déficit dopaminergique au
cours de la maladie de Parkinson et en évaluant son taux moyen de
progression.
À côté de l’étude des neurotransmetteurs,
l’approche biochimique s’est récemment consacrée à élucider les
mécanismes de la disparition des neurones dopaminergiques : ainsi,
la notion d’une augmentation du contenu total en fer de la SN a été
confirmée in vitro sur du matériel autopsique ; d’autres anomalies
du métabolisme oxydatif y ont aussi été inventoriées telles que
l’augmentation de la peroxydation des lipides et le déficit de
l’activité du complexe I de la chaîne respiratoire mitochondriale.
4- Approche pharmacologique
:
Il a fallu attendre un demi-siècle après Parkinson pour qu’émergent
de l’empirisme les premières thérapeutiques préconisant l’usage des alcaloïdes naturels de la belladone (scopolamine, hyoscyamine ou
chanvre indien) sur la base de leur activité sympathicolytique et ceci
jusqu’aux années 1940.
L’identification de l’acétylcholine comme
neuromédiateur dans le SNC conduisit ensuite rapidement au
développement de substances anticholinergiques de synthèse, dès
1949 avec le trihexyphénidyle suivi de beaucoup d’autres, leur
mécanisme d’action reposant sur leur capacité à se fixer sur les
récepteurs cholinergiques de type muscarinique qui prédominent
dans le SNC.
Dans la même période, après des tentatives de section
du système corticospinal visant à interrompre le tremblement mais
au prix d’une hémiparésie, la neurochirurgie se dirigea vers les
ganglions de la base pour y détruire le pallidum interne et la région
de l’anse lenticulaire : utilisant ensuite la méthode stéréotaxique qui
permettait de réduire le traumatisme chirurgical et d’améliorer la
précision du repérage de la cible, la recherche de l’efficacité
thérapeutique sur le tremblement fit évoluer progressivement la
cible vers le noyau ventral intermédiaire (VIM) du thalamus.
L’apparition de la dopathérapie au début des années 1960 a
fondamentalement et durablement modifié la thérapeutique de la
maladie de Parkinson malgré des étapes préliminaires difficiles,
l’évolution des idées dans ce domaine se confondant avec l’histoire
de la L-dopa.
La lévodopa est un acide aminé aromatique neutre
qui constitue un intermédiaire naturel dans la voie de synthèse des
catécholamines à partir de la L-tyrosine d’origine alimentaire.
Normalement produite dans les neurones dopaminergiques grâce à
l’action de la tyrosine-hydroxylase, la lévodopa est transformée en
dopamine sous l’action de la dopadécarboxylase.
La dopamine est
ensuite métabolisée sous les actions conjuguées de la monoamineoxydase
(MAO) et de la catécho-O-méthyltransférase (COMT).
Ainsi,
les premiers résultats de l’administration de D-L-dopa (mélange
racémique) dans la maladie de Parkinson se révélèrent
encourageants dans la mesure où un bénéfice clinique fut observé à
petites doses (150-200 mg) par voie veineuse.
Cependant, des études
ultérieures n’ont pu confirmer ces impressions initiales, introduisant
le doute sur leur caractère occasionnel et transitoire ; dans ce
contexte très critique, l’intérêt fut relancé par la publication de
nouveaux résultats positifs obtenus par l’administration orale de D-L-dopa à fortes doses (12 g/j et plus), ces posologies étant
atteintes progressivement pour faciliter la tolérance digestive.
Dès
lors, l’évidence des bénéfices thérapeutiques apportés par la L-dopa
(la forme lévogyre s’étant révélée plus efficace que le mélange
racémique) fut démontrée. Une étape importante fut ensuite
franchie grâce à l’administration simultanée, avec la L-dopa,
d’inhibiteurs périphériques de la dopadécarboxylase (benzérazide,
carbidopa) qui, ne franchissant pas eux-mêmes la barrière
hématoencéphalique, ont permis d’augmenter considérablement la
biodisponibilité de la L-dopa, et donc d’en diminuer la dose utile de
80 %, réduisant ainsi les effets indésirables gastro-intestinaux et
cardiovasculaires en même proportion.
Un autre aspect important
de la pharmacologie de la L-dopa apparut au cours de
l’administration chronique : il s’agissait de l’influence du
franchissement de la paroi intestinale d’une part et de la barrière hématoencéphalique d’autre part sur la biodisponibilité de la L-dopa.
En effet, ces franchissements se sont avérés dépendre de
systèmes de transport actifs saturables, hautement spécifiques pour
les acides aminés aromatiques neutres : il en résultait que la
biodisponibilité de L-dopa pouvait être réduite par un mécanisme
de compétition, soit par un apport massif de protéines d’origine
alimentaire, soit par l’accumulation de 3-O-méthyldopa (3OMD),
produite sous l’action de la COMT hépatique et érythrocytaire.
Les
stratégies proposées pour faire face à ces difficultés ont connu des
fortunes diverses : en effet, les régimes appauvris en protéines se
sont révélés difficilement applicables et d’efficacité pharmacologique
modeste ; à l’inverse, l’introduction récente d’inhibiteurs de la COMT (tolcapone, entacapone) a montré une efficacité indiscutable
sur la biodisponibilité de la L-dopa.
Une fois délivrée au niveau du striatum, la L-dopa est transformée en dopamine et peut exercer son
action biologique en se fixant sur les récepteurs dopaminergiques.
Une question importante concernait la localisation de l’activité
dopadécarboxylase, et parallèlement le stockage de la L-dopa au
niveau du striatum.
En effet, si cette activité dopadécarboxylase était
retrouvée à 90 % dans les terminaisons nigrostriales
dopaminergiques, d’autres terminaisons monoaminergiques, ainsi
que des neurones striataux intrinsèques et même des cellules de
soutien, pouvaient participer à la décarboxylation de la L-dopa
exogène.
Une autre question avait trait à la nature des récepteurs
dopaminergiques au niveau du striatum ; sur la base de critères
biochimiques et pharmacologiques, deux familles de récepteurs de
la dopamine ont été décrits : il s’agit de récepteurs couplés à
une protéine G. Le type D1, de localisation postsynaptique, est lié
positivement à l’adénylate-cyclase (second messager), tandis que le
type D2, de localisation pré- et postsynaptique, y est lié
négativement.
L’expression complète de l’activité biologique de la
dopamine nécessite l’activation simultanée et synergique de ces
deux types de récepteurs striataux d’ailleurs localisés sur des
sous-groupes différents de neurones striataux.
Ainsi la L-dopa, transformée en dopamine, s’est avérée très efficace
sur l’akinésie et la rigidité dans la maladie de Parkinson : chez la
majorité des patients, après une période plus ou moins longue
d’efficacité remarquable correspondant à la période dite de « lune
de miel », une détérioration de la réponse thérapeutique conduisant
progressivement à la période dite de « déclin moteur » a été
observée.
Les mécanismes de cette détérioration ont été et
restent controversés : perte continue des terminaisons
dopaminergiques striatales réduisant la capacité à décarboxyler
et/ou à stocker la L-dopa exogène, réduction (ou mise en état de
basse affinité par désensibilisation) des récepteurs dopaminergiques,
principalement de type D2.
Cette émergence progressive des
problèmes liés à l’utilisation de le L-dopa au long cours, s’agissant
notamment des fluctuations d’efficacité et des mouvements
anormaux involontaires attribués plus particulièrement à la demivie
courte de la L-dopa responsable d’une stimulation trop
« pulsatile » des récepteurs striataux, a amené à remettre en cause
les principes de son administration, malgré l’importante avancée
pharmacologique qu’elle a représentée.
Pour maintenir l’efficacité
thérapeutique de la stimulation dopaminergique, différentes
solutions alternatives ont été et font encore l’objet d’études
actuellement : l’introduction de formes galéniques à libération
prolongée (LP) de la L-dopa sous une forme soluble (par voies
intraveineuse ou duodénale) et surtout le développement des
substances agonistes de la dopamine qui a constitué une autre étape majeure dans l’approche pharmacologique de la maladie de
Parkinson.
Les agonistes mixtes des récepteurs D1 et D2 tels que
l’amantadine et l’apomorphine ont été les premiers utilisés, puis sont
tombés dans l’oubli pendant quelques années avant de connaître à
nouveau un regain d’intérêt pour des raisons différentes.
L’amantadine s’est vue reconnaître récemment une action
antagoniste glutamatergique qui lui confère une efficacité
significative sur les mouvements anormaux dopa-induits ;
l’apomorphine a bénéficié de l’utilisation simultanée de la
dompéridone (qui annule ses effets indésirables digestifs), ce qui
permet son administration par voie sous-cutanée, soit de façon
intermittente (par stylo-injecteur), soit de façon continue (par
minipompe programmable).
Les autres agonistes de la dopamine qui
ont été successivement développés ont en commun la propriété de
se lier plus sélectivement aux récepteurs D2 : il s’agit du piribédil,
de la bromocriptine, du lisuride, du pergolide et du ropinirole, ce
dernier n’étant pas dérivé de l’ergot de seigle.
Leur demi-vie
biologique, plus longue que celle de la L-dopa, a conduit à proposer
leur utilisation soit en association à la L-dopa (permettant de réduire
les doses efficaces de cette dernière), soit en substitution à la L-dopa
(mais souvent au prix de l’efficacité thérapeutique, notamment pour
les agonistes les plus sélectifs des récepteurs D2).
C - MALADIE DE PARKINSON EN L’AN 2000 :
Le constat actuel d’une évolution très rapide des connaissances
concernant la maladie de Parkinson avec un impact considérable
sur le comportement des patients et de leurs familles à propos des
modalités de leur prise en charge clinique et thérapeutique, a
favorisé la prise de conscience de la nécessité d’une réflexion
professionnelle approfondie à ce sujet.
L’initiative de la Fédération
française de neurologie pour la tenue d’une conférence de consensus
a rencontré une large audience et abouti à la publication de
l’ensemble des textes étudiés (revues bibliographiques commentées,
prises de position argumentées par des experts) et des
recommandations formulées par le jury (texte court et texte long)
dans la Revue neurologique.
Aspects étiopathogéniques :
hypothèses actuelles
En l’état actuel des connaissances sur la maladie de Parkinson, il
semble nécessaire que toute hypothèse étiologique qui se voudrait
globale soit compatible avec les prérequis suivants : atteinte sélective
de certains individus au sein d’une population, âge de début assez
tardif et évolution clinique progressive venant après une période
préclinique prolongée et correspondant à un processus de mort
cellulaire touchant de façon très préférentielle les neurones
dopaminergiques dans les formations pigmentées du mésencéphale.
Ces prérequis font référence aux caractéristiques épidémiologiques
de la maladie de Parkinson (prévalence, histoire naturelle du
processus lésionnel et de son expression clinique).
A - CARACTÉRISTIQUES ÉPIDÉMIOLOGIQUES :
1- Prévalence :
Dans une revue récente, les estimations de prévalence de la
maladie de Parkinson se sont avérées très variables (entre 0,1 et
4/1 000) d’une étude à l’autre.
Les facteurs qui peuvent influencer
les résultats sont notamment la stratégie de recherche des cas
(enquêtes porte-à-porte, tri initial par téléphone, études en milieu
institutionnel), les critères de diagnostic utilisés (dont la spécificité
peut varier au prix inverse de leur sensibilité) et finalement
l’exhaustivité de l’enquête par rapport à la population cible.
Le
chiffre global, et considéré jusqu’à preuve du contraire comme une
référence moyenne fiable, est de 1/1 000 avec un sex-ratio de 1.
L’étude collaborative Europarkinson s’est efforcée de maîtriser au
mieux les facteurs de variations et de différencier les cas de maladie
de Parkinson des autres parkinsonismes : les résultats confirment
que la prévalence de la maladie de Parkinson augmente avec l’âge
après 50 ans, représentant globalement 1,5 % de la population de
plus de 60 ans d’âge.
L’analyse par décennies d’âge suggère une
augmentation d’allure exponentielle passant de 1,5 (entre 50 et
59 ans) à 6/1 000 (entre 60 et 69 ans), puis à 1,5 % (entre 70 et 79 ans)
et à 3 % (entre 80 et 89 ans).
2- Histoire naturelle :
* Déroulement du processus pathologique et de son expression
clinique :
La phase symptomatique correspond à l’évolution progressive du
handicap moteur décrite en cinq stades d’invalidité croissante par Hoehn et Yahr en 1967.
Ce travail pionnier sur l’histoire naturelle
clinique de la maladie de Parkinson garde tout son intérêt
actuellement dans la mesure où il a été effectué sur une population
de 672 patients atteints de la maladie de Parkinson et suivis de 1949
à 1964 avant l’utilisation de la L-dopa.
L’âge moyen de début de
cette phase symptomatique a été estimé à 55 ans, la durée moyenne
des stades évolutifs étant évaluée à 3 ans pour les stades I et II, 1 an
pour le stade III et 2 ans pour le stade IV, soit 9 ans pour arriver au
stade V.
Ces résultats ont été comparés dans une revue récente à
ceux obtenus par Martilla et Rinne en 1977 dans une étude
finlandaise.
La phase présymptomatique est une notion qui a émergé
récemment, compte tenu des progrès des connaissances sur le
processus de dénervation dopaminergique et son déroulement.
Son début est mal défini dans le temps et correspond au
moment où survient une accélération du processus physiologique
de perte des neurones dopaminergiques.
Sa fin (qui correspond au
début de la phase symptomatique) est tout aussi mal définie dans le
temps, le début de l’expression clinique dépendant de la perception
subjective d’une gêne fonctionnelle par le patient.
L’existence de
symptômes discrets (troubles de l’olfaction, modifications de
l’humeur) comme marqueurs précoces de la maladie de Parkinson a
été suggérée, mais leur spécificité reste insuffisante.
La
confirmation de l’existence de cette phase présymptomatique a été
apportée par l’imagerie en tomographie par émission de positrons
(TEP) retrouvant chez des sujets encore asymptomatiques (dont
l’évolution ultérieure montre qu’ils développent les signes de la
maladie) un déficit significatif de la captation striatale de
fluorodopa : par extrapolation à partir d’évaluations
longitudinales, la TEP a permis d’estimer la durée moyenne de la
phase présymptomatique à environ 7 ans, laissant cependant
suspecter une grande variabilité interindividuelle.
D’autres estimations de la durée de la phase présymptomatique ont été
effectuées sur la base de la recherche de symptômes non spécifiques
(anxiété, surmenage) motivant une consommation médicale ou
par extrapolation à partir des lésions neuropathologiques.
* Spécificité du processus lésionnel
:
Le début de la dégénérescence des neurones dopaminergiques chez
les patients ne peut pas être daté avec précision, mais le processus
s’étend sur plusieurs décades.
Les neurones meurent de manière
asynchrone mais pas aléatoire : en effet, le processus est hétérogène
avec une perte neuronale massive (70-80 %) dans la SN compacte
(SNpc ou A9), intermédiaire (40-50 %) dans les régions de l’aire
tegmentoventrale (A10) et de l’aire rétro- et périrubrale (A8) et quasi
nulle dans la substance grise périaqueducale.
La distribution dans
le temps montre que le processus débute dans la partie caudale et ventrolatérale de la SNpc et s’étend ensuite progressivement vers
les régions rostrale, médiale et dorsale du mésencéphale au
niveau de zones faiblement marquées par la calbindine appelées
nigrosomes.
La mortalité différentielle des neurones
dopaminergiques semble être corrélée à leur contenu en mélanine
(facteur d’aggravation) mais inversement corrélée à la présence d’un
environnement astrocytaire dense (facteur de protection).
B - HYPOTHÈSES ÉTIOLOGIQUES :
1- Rôle du vieillissement du système dopaminergique
:
Ce vieillissement est une réalité confirmée par la mise en évidence
d’une réduction de la dopamine striatale en fonction de l’âge
et estimée à 5 % de perte neuronale par décennie.
Son rôle dans
la maladie de Parkinson ne peut cependant être considéré que
comme marginal, ainsi que le suggèrent des études anatomiques
et en imagerie TEP, montrant une topographie des lésions
dopaminergiques (prédominance dans la partie dorsale de la SN)
très différente de celle observée dans la maladie de Parkinson.
Par
ailleurs, une étude anatomique récente suggère que la perte
neuronale peut rester très discrète, y compris chez des sujets
normaux très âgés.
2- Rôle des facteurs environnementaux :
Parmi ces facteurs, seuls les agents toxiques constituent une piste
largement étudiée sur la base d’arguments épidémiologiques
confirmés et d’hypothèses biochimiques cohérentes avec les données
de modèles expérimentaux.
L’hypothèse virale et/ou immunitaire
ne repose actuellement sur aucun argument tangible et le rôle des
traumatismes crâniens au sens large reste controversé.
* Intoxication par le 1-méthyl-4-phényl-1,2,3,6-tétrahydropyridine
(MPTP) :
Synthétisé dès 1947 et même utilisé dans des essais chez l’animal
comme agent antiparkinsonien au cours des années 1950, le MPTP
avait montré des effets particulièrement désastreux qui avaient fait
abandonner l’idée que ce produit puisse être un agent
thérapeutique.
Cependant, peu de temps plus tard, une molécule
très voisine, la mépéridine (MPPP), commença à être synthétisée
clandestinement dans un but d’usage illicite, ce produit ayant des
propriétés narcotiques et étant relativement facile à fabriquer.
Le
premier cas de parkinsonisme induit fut observé chez un jeune
étudiant de 23 ans qui avait consommé du MPPP par voie
intraveineuse comme substitut de l’héroïne durant 6 mois en 1976 ;
à la suite d’une accélération accidentelle de la procédure de
synthèse, la drogue se trouva contaminée par du MPTP ce qui
détermina l’apparition rapide, chez ce sujet jeune, d’un syndrome
parkinsonien sévère, le décès survenant 2 ans plus tard et l’autopsie
montrant une perte neuronale limitée à la SN.
Un autre cas de sujet
jeune et toxicomane ayant synthétisé du MPPP contaminé par le
MPTP et l’ayant consommé par voie nasale, fut observé en 1980 à
Vancouver : ce sujet devint également parkinsonien et décéda 2 ans
plus tard.
Dans ces deux observations initiales, le mécanisme de
l’intoxication n’avait pas été clairement prouvé, ce qui explique que,
dans le courant de l’été 1982, la fabrication et la vente illicite du MPPP comme substitut synthétique de l’héroïne se développèrent à
grande échelle dans le Nord de la Californie, multipliant le risque
de doses contaminées par le MPTP.
De fait, au cours des mois
suivants, plusieurs jeunes toxicomanes furent hospitalisés dans cette
région pour syndrome parkinsonien sévère dans la genèse duquel le MPTP fut rapidement incriminé. À la suite de cette dernière
publication qui regroupait sept observations, la révélation du cas
d’un chimiste travaillant dans l’industrie pharmaceutique sur le
MPTP, utilisé comme intermédiaire chimique dans la synthèse de
produits analgésiques, et qui avait développé une maladie de
Parkinson à l’âge de 38 ans, suggéra l’hypothèse du rôle du MPTP
comme facteur environnemental de la maladie de Parkinson.
Le
suivi ultérieur d’un groupe de 40 personnes remplissant les critères
d’une exposition certaine au produit (utilisation du produit suspect
en Californie du Nord entre janvier et août 1982, sensation de
brûlure au point d’injection et présence de symptômes de la série
parkinsonienne de façon transitoire au cours des jours suivant
l’injection), a permis de confirmer de nombreuses similitudes
cliniques et pharmacologiques avec la maladie de Parkinson, la
moitié du groupe ayant commencé à présenter des symptômes
progressifs évocateurs après 2 ans de période asymptomatique ; chez
trois d’entre eux, décédés après avoir développé un parkinsonisme
sévère, l’examen neuropathologique, publié très récemment, a
retrouvé des lésions très proches de celles de la maladie de
Parkinson avec toutefois les particularités suivantes : absence de
corps de Lewy, atteinte sélective de la SN épargnant le locus
coeruleus et importante prolifération microgliale avec accumulation
extracellulaire de neuromélanine.
Durant les années suivantes, des
étapes importantes ont été franchies dans la connaissance du
mécanisme d’action du MPTP grâce à l’utilisation de modèles
animaux (rongeurs, primates).
Ainsi, il a été démontré qu’après
administration systémique, le MPTP doit franchir la barrière
hématoencéphalique pour être transformé sous l’action de la MAOB intracérébrale en MPP+, qui représente la véritable neurotoxine.
Le MPP+ est ensuite introduit dans les neurones dopaminergiques
grâce au système de recapture sélective de la dopamine et se lie
avec la neuromélanine qui le libère ensuite progressivement : capté
par les mitochondries, le MPP+ va exercer son action toxique en
bloquant le complexe I de la chaîne respiratoire et en provoquant la
production de radicaux libres (notion de « stress oxydatif »).
Un
autre modèle animal, utilisant un insecticide inhibiteur du complexe
I, la roténone, administré de façon systémique et dont le processus
de recapture n’est pas spécifique du transporteur de dopamine, est
actuellement en cours de développement chez le rongeur et le
primate.
* Pesticides
:
À l’exemple de ce qu’a montré le MPTP, la recherche d’une toxine
environnementale responsable de la maladie de Parkinson a
privilégié soit l’analogie structurale avec le MPP+ (paraquat), soit
plus récemment l’analogie fonctionnelle avec l’action du MPP+ sur
le complexe I mitochondrial (roténone).
Des enquêtes
épidémiologiques se sont multipliées, donnant parfois des
résultats contradictoires mais retrouvant de façon répétée une
prévalence augmentée de la maladie de Parkinson dans des régions
hautement industrialisées (industries chimiques) ou d’agriculture
intensive (pesticides, herbicides) : la consommation d’eau de puits,
supposée concentrer les toxiques contenus dans les eaux de
ruissellement, a été retrouvée, corrélée à une prévalence plus élevée
de maladie de Parkinson sans que les analyses de l’eau ne
permettent d’identifier un toxique suspect.
3- Génétique et maladie de Parkinson
:
L’occurrence familiale dans la maladie de Parkinson est
généralement estimée à 10 %.
L’approche génétique s’est basée sur
trois catégories d’études : des études épidémiologiques pour les
petits agrégats familiaux, des études du taux de concordance pour
les jumeaux monozygotes et dizygotes et enfin des études de liaison
génétique par coségrégation entre marqueurs chromosomiques et
phénotypes parkinsoniens dans les grandes familles multigénérationnelles
à mode de transmission dominant et dans des
familles plus limitées à mode de transmission récessif d’une maladie
de Parkinson à début précoce.
* Épidémiologie des agrégats familiaux :
À la suite du travail pionnier de Mjönes en 1949, de nombreuses
critiques avaient été soulevées concernant l’imprécision des données
cliniques, en raison des frontières mal définies de la maladie de
Parkinson proprement dite, avec les tremblements isolés d’une part
et avec les cas présentant des troubles mentaux d’autre part :
d’autres critiques avaient été formulées à propos de biais de
sélection des cas-index et de l’incertitude du diagnostic des cas
secondaires rarement examinés.
Des études épidémiologiques
contrôlées plus récentes ont cependant plutôt confirmé que les
phénotypes cliniques observés dans les agrégats familiaux de
maladie de Parkinson n’étaient pas significativement différents du
phénotype clinique moyen de la maladie de Parkinson sporadique.
De plus, l’exploration en TEP a retrouvé une réduction de la fixation striatale de 18-fluorodopa, chez des sujets asymptomatiques ou
présentant un tremblement postural isolé, apparentés à des malades
parkinsoniens.
Enfin, le risque de développer une maladie de
Parkinson a été retrouvé plus élevé chez les sujets apparentés à un
patient parkinsonien avec une prédominance de transmission
verticale unilatérale.
Ces données ont permis de conclure que le
phénotype parkinsonien pourrait se transmettre par ségrégation de
gènes dominants avec une pénétrance incomplète.
* Études de jumeaux
:
Une première étude sur 65 paires de jumeaux et une fratrie de
quadruplés (19 monozygotes, 48 dizygotes), mettant en évidence des
taux de concordance très faibles identiques chez les monozygotes et
les dizygotes, avait contribué à écarter l’hypothèse génétique dans
la maladie de Parkinson, à l’instar de ce qui était conclu dans une
autre série ; cependant, la possibilité de détecter des formes précliniques de la dénervation dopaminergique striatale par les
études en TEP et la précision accrue des données cliniques
concernant les cas-index ont permis de retrouver ultérieurement des
taux de concordance plus élevés chez ces paires de jumeaux, mais
sans augmentation significative chez les monozygotes. Les résultats
de ces études sont en définitive réputés compatibles avec une
contribution génétique dans l’étiologie de la maladie de Parkinson,
mais ils confirment l’importance de facteurs non génétiques.
Ce
constat a été encore renforcé par une nouvelle étude de 161 paires
de jumeaux (71 monozygotes, 90 dizygotes) dont le taux de
concordance est plus élevé chez les monozygotes, en considérant
uniquement les cas ayant débuté avant 50 ans : ainsi,
l’importance des facteurs génétiques semble prévaloir d’autant plus
que la maladie de Parkinson a un début plus précoce.
* Études de liaison génétique
:
+ Transmission autosomique dominante
:
Les grandes familles multigénérationnelles sont exceptionnelles et
leurs similitudes phénotypiques, relativement au phénotype moyen
de la maladie de Parkinson sporadique ou à celui des agrégats
familiaux de maladie de Parkinson, restent controversées.
Elles ont
cependant apporté la possibilité d’études de liaison génétique avec
des marqueurs chromosomiques de dimensions de plus en plus
réduites, bénéficiant des progrès dans la connaissance du génome
humain.
La grande famille italo-américaine, originaire de la ville de Contursi, dans la province de Salerne en Italie du Sud, comporte
592 membres identifiés dont 60 présentent un phénotype de type
parkinsonien avec toutefois la particularité d’un âge moyen de début
inférieur et une durée d’évolution réduite en comparaison de ce qui
est observé dans la maladie de Parkinson sporadique ; sur le plan
clinique, la triade classique (tremblement, akinésie, rigidité) et la sensibilité à la L-dopa sont associées fréquemment à des troubles
mentaux sévères ; enfin, les données neuropathologiques retrouvant
une dégénérescence des neurones de la SN avec corps de Lewy ne
sont disponibles que chez deux sujets.
Une autre famille grécoaméricaine
a été également décrite dans l’état du Nebraska avec des
données cliniques et neuropathologiques assez comparables à celles
de la maladie de Parkinson sporadique.
La mise en évidence, dans
la famille de Contursi, d’une liaison génétique avec un marqueur
chromosomique situé sur le chromosome 4 dans la région 4 q21-q23,
a représenté une avancée importante dans le contexte de l’hypothèse
génétique, suivie de l’identification d’une mutation ponctuelle
(Ala53Thr) sur le gène de l’alphasynucléine : cette même
mutation a été retrouvée chez six autres familles d’origine grecque,
une autre mutation (Ala30Pro) du même gène étant décrite dans
une famille allemande. Une autre mutation (Ile93Met) affectant le
métabolisme de l’ubiquitine sur le gène de l’hydrolase de la partie
C terminale de l’ubiquitine (UCH-L1) a été également rapportée ; de
plus, deux autres loci ont été récemment impliqués dans ce type de
famille et sont situés respectivement sur les chromosomes 2p13
et 4p15.
Cependant, ces résultats ne concernent qu’un nombre réduit
de maladies de Parkinson familiales, ces différentes mutations
n’ayant pas été retrouvées dans les maladies de Parkinson
sporadiques ni dans les petits agrégats familiaux.
+ Transmission autosomique récessive
:
D’autres anomalies génétiques concernant la région chromosomique
6q25.2-q27 ont été retrouvées de façon nettement plus fréquentes
dans de plus petites familles dans lesquelles la maladie de
Parkinson, transmise sur un mode récessif, comporte un âge de
début très précoce avec peut-être une évolution plus lente.
Ces
anomalies sont des mutations ponctuelles ou des délétions situées
sur différents exons du gène de la parkine.
Elles ont été observées
dans des familles japonaises mais aussi dans des familles
européennes et nord-africaines : récemment, des délétions sur les
exons du gène de parkine ont été observées dans des familles
européennes présentant un phénotype de dystonie dopasensible,
reposant ainsi le problème déjà connu des limites entre maladie de
Parkinson juvénile et dystonie dopasensible.
4- Interaction génétique-environnement :
À l’instar de beaucoup de maladies chroniques dont la prévalence
augmente avec l’âge, la maladie de Parkinson a une étiologie
multifactorielle, dans laquelle les facteurs génétiques et
environnementaux contribuent dans des proportions variables selon
les individus.
Lorsque l’âge de début est précoce, les facteurs
génétiques sont considérés comme prévalents, ce qui a été confirmé
par l’élévation significative du taux de concordance chez les
monozygotes par rapport aux dizygotes, observée dans une étude
de jumeaux pour les cas ayant un âge de début inférieur à 50
ans ; la mise en évidence très récente d’anomalies du gène de la parkine dans des cas sporadiques de maladie de Parkinson illustre
ce point de façon encore plus nette dans la mesure où des mutations
ont été retrouvées chez 77 % des cas débutant avant 20 ans et 26 %
des cas avant 30 ans mais chez seulement 3 % des cas ayant débuté
entre 31 et 45 ans. Cependant, dans l’immense majorité des cas,
l’âge de début de la maladie de Parkinson est plutôt tardif (après
60 ans) ; de plus, la plupart des études cas-témoins concernant
l’exposition à des toxiques environnementaux ou la possible
intervention de facteurs endogènes ou exogènes, suggèrent
fortement une interaction génétique-environnement.
L’hypothèse de
base d’une telle interaction repose sur la notion de polymorphisme
des gènes de certaines enzymes intervenant dans le métabolisme de
substances environnementales potentiellement toxiques : les allèles
associés à un phénotype d’activité métabolique détoxifiante lente ou
incomplète exposeraient à un risque accru de maladie de Parkinson.
Les premiers travaux dans ce domaine ont porté sur l’hydroxylation
de la débrisoquine par le cytochrome P450 : les résultats des
nombreuses études concernant notamment le polymorphisme du
CYP2D6 sont variables, les méta-analyses ne permettant pas de
conclure à une association formelle entre la fréquence de l’allèle B et
un risque accru de maladie de Parkinson sporadique ou familiale ; à
ce jour, l’étude de différents gènes candidats à ces rôles de facteur
de susceptibilité ou de protection (gènes 2D6 et 1A1 du cytochrome
P450, gènes de la nacétyltransférase 2, du site transporteur de la
dopamine et de la glutathion-S-transférase M1) reste négative.
Enfin, d’autres études cas-témoins ont suggéré une corrélation
inverse entre la consommation de tabac, et plus récemment de
café, et le risque de maladie de Parkinson : en l’absence
d’explication métabolique, ce résultat a pu être rapproché de la
personnalité prémorbide des futurs parkinsoniens auxquels le déficit
asymptomatique en dopamine pourrait conférer une moindre
susceptibilité à des comportements de type addictif.
C - MÉCANISMES DE LA MORT DES NEURONES
DOPAMINERGIQUES :
1- Rôle du stress oxydatif
:
Le métabolisme oxydatif de la dopamine (action de la MAO, autooxydation)
et le fonctionnement énergétique de la chaîne respiratoire
mitochondriale sont susceptibles de produire des « radicaux libres »,
agents potentiellement cytotoxiques en raison de leur instabilité
électrochimique (peroxydation des lipides membranaires,
fragmentation de l’acide désoxyribonucléique [ADN]).
* Radicaux libres cytotoxiques
:
Il s’agit de l’anion superoxyde (O–
2), du peroxyde d’hydrogène
(H2O2) et du radical hydroxyl (•OH), ce dernier, particulièrement
toxique, étant produit à partir de H2O2 en présence d’ion ferreux
(Fe2+) par la réaction de Fenton.
* Systèmes enzymatiques de protection :
Il s’agit de la superoxyde dismutase (SOD) qui transforme O–
2 en
H2O2 et dont l’action doit être coordonnée avec les deux autres
enzymes détoxifiantes (qui neutralisent le H2O2 en eau), d’une part
la catalase qui se révèle peu efficace au niveau cérébral et d’autre
part la glutathion peroxydase dont l’action est primordiale et qui se
trouve strictement localisée dans la glie astrocytaire.
* Neurones dopaminergiques et stress oxydatif
:
Les neurones dopaminergiques de la SN sont d’autant plus
susceptibles au stress oxydatif qu’ils sont riches en mitochondries (risque accru de production d’O–
2) et qu’ils contiennent de la neuromélanine (témoin de l’auto-oxydation de la dopamine), des
concentrations élevées de SOD (témoin de la présence importante
de radicaux libres) et une grande quantité de fer ; de plus, ces
neurones sont d’autant moins résistants au stress oxydatif que leur
environnement astroglial (contenant la glutathion peroxydase) est
plus réduit.
* Maladie de Parkinson et stress oxydatif :
Des indices de stress oxydatif ont été observés dans la SN des
malades parkinsoniens : augmentation de la peroxydation des
lipides et du taux de fer, diminution du glutathion réduit et déficit
spécifique de l’activité du complexe I mitochondrial (dont on sait,
par ailleurs, qu’il peut être inhibé par des toxiques comme le MPP+
ou la roténone).
Les lésions des neurones dopaminergiques prédominent dans les
régions nigrales les plus pauvres en environnement astroglial, mais
aussi les plus riches en neuromélanine et en mitochondries.
2- Place du processus apoptotique :
Des modifications caractéristiques de mort par apoptose ont été
observées dans la SN de patients atteints de maladie de Parkinson.
Le processus apoptotique serait initié par l’activation, par
l’intermédiaire de cytokines telles que le tumor necrosis factor (TNF)
alpha, d’une voie de signalisation intracellulaire qui clive la
sphingomyéline membranaire en céramide.
L’activation de cette voie
conduit à la translocation du facteur nucléaire kappa B (NFKB) dans
le noyau où il stimule l’expression de gènes, conduisant à terme à la
« mort cellulaire programmée ».
Les cytokines, initiatrices
présumées du processus, seraient produites à partir de la
prolifération microgliale dont la présence a été démontrée au sein
des régions nigrales en dégénérescence : cependant, la
signification pathogénique de l’apoptose dans la maladie de
Parkinson reste encore controversée.