Aspects cliniques et thérapeutiques de la maladie de Parkinson
(Suite)
Cours de Neurologie
D - CONCEPTIONS PHYSIOPATHOLOGIQUES :
D’une manière très simplifiée, la physiopathologie de la maladie de
Parkinson peut être résumée par le constat du lien de causalité entre,
d’une part, la déplétion en dopamine du striatum (putamen surtout
et noyau caudé à un moindre degré) résultant du processus de mort
progressive des neurones dopaminergiques et d’autre part,
l’apparition de manifestations cliniques (en deçà d’un niveau de
neurones restants d’environ 30 %), dont la triade classique
(tremblement, rigidité, akinésie) donne une description privilégiant
des aspects exclusivement moteurs.
La réalité est en fait beaucoup plus complexe, et les conceptions
physiopathologiques actuelles sur la maladie de Parkinson doivent
prendre en compte non seulement l’évolution récente des
connaissances sur l’organisation fonctionnelle du système des
ganglions de la base (trop longtemps considéré comme les
« fondations obscures » du cerveau), mais aussi la multidimensionnalité
des comportements (y compris dans le champ
restreint des activités motrices) dont l’analyse phénoménologique ne
peut être isolée du contexte de leur réalisation.
1- Organisation fonctionnelle des ganglions de la base
:
La circuiterie fonctionnelle du système des ganglions de la base a
été décrite à partir des données morphologiques, l’électrophysiologie
confirmant ensuite la réalité des voies anatomiques en en précisant
le rôle fonctionnel.
Ainsi, le système comporte une entrée principale
représentée par la projection corticostriatale glutamatergique
excitatrice.
Cette entrée corticostriatale est modulée par une
influence complexe liée à la dualité fonctionnelle de l’afférence
dopaminergique nigrostriée, à laquelle répond une dualité de la
population des neurones épineux de taille moyenne qui constitue
l’efférence striatale GABAergique inhibitrice.
Un premier contingent
de ces neurones striataux efférents, contenant aussi de la substance
P et recevant une influence dopaminergique excitatrice médiée par
des récepteurs de type D1, inhibe directement les structures de sortie
du système que sont le pallidum interne (GPi) et la SN réticulaire
(SNr), tandis qu’un deuxième contingent, contenant de l’enképhaline
et recevant une influence dopaminergique inhibitrice médiée par des
récepteurs de type D2, exerce une action indirecte sur ces mêmes
structures de sortie (GPi, SNr) passant par l’inhibition des neurones
GABAergiques du pallidum externe (GPe) qui inhibent eux-mêmes
le noyau sous-thalamique (NST), lequel exerce une influence finale
excitatrice par sa projection glutamatergique sur l’ensemble GPi-
SNr.
La sortie principale du système correspond aux neurones GABAergiques inhibiteurs pallidothalamiques et nigrothalamiques.
Ainsi, le modèle global de projection cortico-striato-pallidonigrothalamo-
corticale se caractérise, au niveau de son étage striatopallido-
nigral, par le fonctionnement en parallèle de deux voies
: une voie directe qui focalise, par le mécanisme d’une
désinhibition sélective, la commande sélectionnée à l’entrée
corticostriatale, et une voie indirecte dont la finalité serait d’atténuer
les signaux adjacents « parasites » au niveau de l’efférent
thalamocortical ; cet ensemble permettrait de focaliser les
informations émises à partir de l’entrée corticostriatale à la manière
de l’« inhibition latérale » décrite pour les systèmes sensoriels et, sur
un tel système, la dopamine renforcerait cette focalisation de
l’information.
Au cours des dernières années, ce modèle a été
critiqué, à la suite notamment de la mise en évidence de projections
nouvelles du GPe vers le GPi et le striatum, et d’influences
dopaminergiques s’exerçant plus largement sur le GPe et le NST ;
de plus, la prise en compte du rôle, négligé jusque-là, d’autres
structures comme le complexe centre médian-noyau parafasciculaire
(Cm-Pf) du thalamus et comme le noyau pédonculopontin a suggéré
l’hypothèse de l’existence, autour de l’information transmise par la
voie directe, d’une multiplicité d’étages de contrôle, eux-mêmes
régulés par l’influence dopaminergique et dont le mécanisme de
fonctionnement serait l’inhibition latérale. Dans ce contexte, la
connaissance électrophysiologique approfondie des relations entre
le GPe et le NST a conduit à suggérer que ce sous ensemble
fonctionnel, placé sur la voie indirecte, jouerait le rôle d’un
générateur de rythmes permettant le contrôle de « fenêtres
temporelles » pendant lesquelles la voie directe transmettrait son
information.
2- Ganglions de la base et contrôle moteur :
Situés dans une position de boucle fonctionnelle entre le cortex
associatif (où serait conçue l’idée de mouvement) et le cortex moteur
(qui en assure l’exécution), les ganglions de la base se sont vus
attribuer traditionnellement un rôle dans la planification et la
programmation du mouvement.
La prise en compte des dimensions
motivationnelle et cognitive de l’activité motrice, avec la fonction
des structures limbiques dont l’interface avec les ganglions de la
base correspond au striatum ventral (noyau accumbens) et la
position privilégiée de l’aire motrice supplémentaire qui représente
la cible corticale principale de ces mêmes ganglions de la base, a
précisé le contenu de ce rôle, notamment par la mise en exergue
d’une forme de mémoire dite procédurale (ou sensorimotrice dans
un sens plus restrictif), entendue comme l’aptitude à acquérir, par
apprentissage, des éléments de « savoir-faire » (voire des
automatismes) en vue de la programmation d’activités motrices :
au-delà d’une vision figée de la notion de programme moteur, un
tel processus d’apprentissage, dont on peut considérer qu’il se
manifeste de façon continue à des degrés divers au cours des
expériences sensorimotrices de la vie quotidienne, introduit une
dimension plus dynamique avec le concept de planification
motrice.
Ainsi, la planification motrice serait initiée par une idée
interne ou par un stimulus déclencheur externe, après confrontation
avec l’ensemble du contexte sensorimoteur et perception adéquate
des buts de l’action.
Le plan moteur proprement dit correspondrait
alors à une modélisation globale de l’action motrice obtenue après
apprentissage, par l’assemblage, selon une organisation
chronologique précise, d’un certain nombre de programmes moteurs
élémentaires qui seront ensuite exécutés de manière simultanée ou séquentielle en vue d’accomplir précisément cette action motrice
: le plan moteur est donc distinct des programmes moteurs
qui le constituent, et, selon Marsden, les ganglions de la base sont
chargés de l’« exécution automatique des plans moteurs appris ».
Une telle fonction a été considérée comme atteinte de façon précoce
et spécifique dans la maladie de Parkinson, la désorganisation
progressive de la structure des plans moteurs appris s’appliquant
particulièrement bien à un symptôme comme l’akinésie ; en effet,
l’akinésie, maître-symptôme de la maladie de Parkinson et de plus
très bien corrélée avec le déficit en dopamine striatale, peut se
présenter sous différents aspects phénoménologiques pouvant
s’associer : aspects psychomoteurs, aspects moteurs.
Les différentes
modalités d’expression de l’akinésie parkinsonienne pourraient
représenter la traduction comportementale de déficits affectant les
différentes étapes de l’activité motrice.
Schématiquement,
l’akinésie psychique refléterait le déficit motivationnel pouvant
comporter lui-même un trouble de l’attention sélective à des stimuli
externes ou internes et/ou une perte d’intérêt pour la réalisation de
certains mouvements, tandis que l’akinésie motrice résulterait d’un
déficit de réglage instantané de la force musculaire avec dégradation
de l’organisation des plans moteurs conduisant progressivement à
un ralentissement du mouvement (bradykinésie) et/ou à une
réduction d’amplitude du mouvement (hypokinésie).
Aspects cliniques : diagnostic
de la maladie de Parkinson
L’histoire naturelle de la phase symptomatique de la maladie de
Parkinson, déclinée initialement au travers des cinq stades évolutifs
de Hoehn et Yahr décrits avant la L-dopa ne peut maintenant se
concevoir sans tenir compte de l’influence considérable des
traitements dopaminergiques : ainsi la pratique neurologique
actuelle conduit à distinguer trois étapes évolutives principales au
cours desquelles les manifestations cliniques, la démarche
diagnostique et le contexte de prise en charge seront différents.
Ces étapes d’une évolution qui reste progressive et dont
les frontières gardent une définition nécessairement floue,
correspondent d’abord à la période de début, dite « de novo » (qui
va se prolonger insensiblement en période dite « de lune de miel »),
puis à la période de maladie installée (qui va se caractériser par le
développement progressif de signes axiaux d’une part et de
symptômes liés au traitement d’autre part), et enfin à la période de
maladie avancée, dite de « déclin » (qui correspond à une perte
d’autonomie et à l’émergence de complications invalidantes).
A - SYMPTÔMES DE LA MALADIE AU DÉBUT
:
Les premiers signes apparaissent souvent de façon insidieuse, se
manifestant de façon intermittente, ce qui rend difficile de dater avec
précision le début réel de la phase symptomatique : le tremblement
reste le motif de consultation initiale le plus fréquent, les
manifestations douloureuses (crampes musculaires, dystonies) ou anxiodépressives n’étant pas exceptionnelles.
L’objectif de l’examen
neurologique, au cours de cette étape, va être de faire un inventaire
précis des signes moteurs et non moteurs observables au début de
la maladie de Parkinson.
Au cours de cette période, qui recouvre
approximativement les stades I et II de Hoehn et Yahr, le diagnostic
initialement évoqué se trouve progressivement confirmé dès lors que
la bonne qualité de la réponse des symptômes au traitement médical
laisse se profiler une évolution relativement maîtrisée, correspondant
à la « lune de miel » thérapeutique.
1- Signes moteurs :
* Tremblement :
Il s’agit d’un tremblement de « demi-repos » n’apparaissant, lorsqu’il
est discret et intermittent, que dans certaines postures de
relâchement musculaire partiel (main posée sur la cuisse, doigts en
légère flexion), voire après sensibilisation (calcul mental) ou encore
pendant la marche.
La contraction musculaire volontaire le fait en
général disparaître, même si dans certains cas il peut exister une
composante « posturale » associée à la composante de « demirepos
» : de même, le tremblement disparaît dans le relâchement
musculaire complet (signe dit « du fauteuil colonial ») et dans le
sommeil.
À l’inverse, le tremblement est aggravé par le stress.
Sa
répartition topographique initiale la plus typique est unilatérale (ou
du moins asymétrique avec nette prédominance d’un côté), siégeant
aux extrémités (main le plus souvent, mais aussi pied et région
péribuccale : lèvres, menton, langue) : lorsque le tremblement est
plus proximal, il revêt souvent un caractère plus ample et invalidant,
conservant fréquemment une composante « posturale ».
L’analyse électrophysiologique confirme la fréquence « lente », entre
quatre et six cycles par seconde, du phénomène oscillatoire (par
enregistrement accélérométrique du déplacement du segment
atteint) et de la contraction alternée des muscles agoniste et
antagoniste (dont le signal électromyographique comporte la
succession rythmique de bouffées d’activités groupées alternant avec
des phases de silence électrique).
* Rigidité :
Également asymétrique au début, elle prédomine à l’extrémité où
siège le tremblement.
Rarement isolée, elle prédomine sur les
groupes musculaires fléchisseurs, donnant des postures parfois
dystoniques, notamment au niveau du pied.
Elle correspond à une
augmentation du tonus musculaire et se traduit par une résistance
accrue ressentie par l’examinateur effectuant la mobilisation du
segment atteint : cette résistance est en règle homogène et continue,
évoquant celle d’un tuyau de plomb, sauf si la coexistence d’un
tremblement de repos la fait céder par à-coups, réalisant un
phénomène de « roue dentée ».
Lorsque la rigidité est discrète, la
manoeuvre de sensibilisation classique consiste à demander au
patient, pendant la mobilisation de son poignet, de se pencher en
avant pour prendre un objet avec son autre main ou bien d’effectuer
des mouvements amples de l’épaule opposée : l’augmentation de la
résistance à la mobilisation du poignet au cours du mouvement
volontaire effectué par le patient correspond au signe de Froment,
encore appelé signe du « poignet figé » ou « signe du comptoir ».
Tout comme le tremblement, la rigidité est accrue par le stress et
peut disparaître pendant le sommeil : au cours d’un examen
prolongé, elle peut varier légèrement en fonction de l’état de
relaxation générale du patient.
*
Akinésie :
Elle s’évalue en observant tous les mouvements du patient,
notamment des extrémités (mouvement de pronosupination alternée
des mains, taper rythmique du talon au sol), en recherchant : les
difficultés à initier le mouvement (akinésie proprement dite), le
ralentissement et la réduction d’amplitude des gestes (bradykinésie,
hypokinésie), ainsi que la réduction des mouvements associés et
automatiques (mimique faciale, ballant du bras à la marche).
Cette
akinésie contraste avec la vivacité des réflexes ostéotendineux et la
constance d’un réflexe nasopalpébral inépuisable.
* Troubles de la posture et de la coordination posture-mouvement
:
+ Modifications posturales
:
Elles résultent pour l’essentiel de l’hypertonie qui prédomine sur
les groupes musculaires fléchisseurs.
Ainsi, lors de la station debout,
la tête et le tronc sont inclinés en avant, les épaules en antéposition,
les avant-bras en demi-flexion et pronation, les coudes légèrement
écartés et les hanches et les genoux légèrement fléchis.
Les
réactions posturales correctrices après perturbation peuvent être
réduites ou retardées.
+ Troubles de la coordination posture-mouvement :
Ils sont en général peu marqués à la période de début, à l’exception
de l’écriture, surtout si le côté atteint correspond à la main
« dominante ».
L’écriture est alors typiquement micrographique,
s’accentuant au fur et à mesure du tracé, mais restant souvent lisible
malgré son rétrécissement ; la maladie est parfois révélée par une
contracture douloureuse des muscles de l’avant-bras au cours de
l’écriture, similaire à une dystonie de fonction.
La parole peut être
monotone avec une intensité plus faible et un débit irrégulier, mais
elle reste en général audible ; cependant, la gestuelle du visage et
des membres supérieurs associée à la communication se révèle souvent précocement réduite.
La marche peut être marquée par
quelques perturbations : hésitations au démarrage et au demi-tour,
réduction modérée de l’amplitude du pas.
2- Signes non moteurs :
* Phénomènes sensitifs et douloureux :
Souvent liés à l’hypertonie musculaire localisée, les phénomènes
sensitifs s’expriment sous la forme de paresthésies, de sensations de
serrement ou de « tremblement intérieur », voire même de douleurs
musculaires revêtant soit un mode paroxystique assez localisé à type
de crampes, soit un mode plus diffus et continu.
Intéressant plus
souvent le membre inférieur que le membre supérieur, ces
phénomènes douloureux sont responsables d’une présentation
« pseudorhumatologique » de la maladie au début, rendant son
diagnostic d’autant plus difficile à évoquer que le tremblement peut
être absent.
Un phénomène du type du syndrome des « jambes sans
repos » est parfois inaugural, caractérisé par sa survenue nocturne.
Un déficit de la perception olfactive a été retrouvé très fréquemment
au début de la maladie, mais il constitue encore rarement un
signal d’appel.
* Troubles psychiques
:
Les troubles psychiques observés au début de la maladie se limitent
essentiellement à l’anxiété et à la dépression.
Peu spécifique,
l’anxiété se manifeste par épisodes, avec attaques de panique, mais
aussi, d’une façon plus permanente, associée souvent à la
dépression.
La fréquence moyenne de la dépression a été estimée à
50 % dans une méta-analyse : dans le contexte des signes moteurs
initiaux de la maladie (notamment de l’akinésie), la dépression,
associant humeur triste, perturbations de l’appétit et du sommeil,
tension nerveuse et perte de motivation, s’avère difficile à séparer
de la bradyphrénie, qui correspond à l’expression de troubles
cognitifs mineurs (ralentissement de la pensée, diminution de
l’attention).
Considérée, au moins en partie, comme réactionnelle au
handicap lié à la maladie de Parkinson, la survenue de la
dépression plusieurs années avant les signes moteurs a été
récemment démontrée dans des études cas-témoins rétrospectives
, mais également dans une étude prospective utilisant l’échelle
de dépression de Beck, ce qui lui confère aussi le statut de
symptôme précoce et indépendant de l’état moteur.
B - SYMPTÔMES DE LA MALADIE INSTALLÉE :
Cette étape évolutive se caractérise par l’émergence progressive de
signes dits « axiaux » (instabilité posturale, troubles plus complexes
de la marche et de la voix), ainsi que de manifestations
dysautonomiques et de troubles des fonctions exécutives, l’ensemble
étant moins bien corrigé par le traitement médical ; en outre, cette
période voit se développer des symptômes nouveaux liés au
traitement lui-même, qui peuvent être qualifiés d’effets secondaires
indésirables en raison de leur place de plus en plus envahissante,
non seulement dans le domaine moteur (fluctuations d’efficacité,
mouvements anormaux involontaires), mais aussi dans les domaines
neurovégétatifs et psychiques.
Au cours de cette période, la gêne
fonctionnelle s’accentue plus nettement, affectant à des degrés
variables selon les patients la vie socioprofessionnelle et familiale,
ce qui recouvre approximativement les stades III et IV de Hoehn et
Yahr : en fait, le niveau de handicap devient très variable en raison
de l’instabilité de la réponse thérapeutique au cours de la journée,
qui va faire alterner des intervalles de bonne mobilité (périodes on)
avec d’autres intervalles de mobilité réduite (périodes off) ou d’état
moteur intermédiaire (périodes in-between).
1- Symptômes propres à la maladie :
* Signes moteurs
:
Les troubles posturaux tendent à se développer, exagérant l’attitude
générale en semi-flexion à la station debout et favorisant l’émergence
de déformations articulaires pseudorhumatismales au niveau de
la main (« main d’écrivain », « main de fakir ») ou du pied (pied
varus équin, orteils en « griffe », extension tonique du gros orteil) :
des atteintes rachidiennes sont possibles avec cyphoses ou inflexions
latérales en position debout ou assise.
Les troubles de la marche et de la parole deviennent plus complexes,
notamment avec l’apparition du phénomène de freezing, encore
appelé « enrayage cinétique » (peut-être en référence au phénomène
de slipping-clutch décrit en 1956 par Denny-Brown) ou « blocage
moteur ».
Initialement décrit au cours de l’initiation de la marche,
le freezing correspond à l’absence du déclenchement du premier pas
(pieds collés au sol) ou à l’ébauche de ce déclenchement interrompu
par une sorte de piétinement (abasie trépidante) : le freezing peut
survenir aussi pendant la marche (franchissement d’une porte,
changement de direction ou demi-tour).
La marche elle-même se
caractérise, après un démarrage lent, par une réduction nette de la
longueur du pas ou de l’enjambée : l’attitude générale du
patient, le corps penché en déséquilibre axial vers l’avant pour
accélérer son centre de gravité et provoquer un pas destiné à
rattraper son équilibre, réalise l’aspect typique de la démarche festinante où le patient donne l’image de « courir après son centre
de gravité ».
À l’instar de ce qui est observé pour la marche, la
production vocale, tout comme l’écriture, peuvent être perturbées
par le phénomène de freezing et par la réduction d’amplitude de
l’activité motrice produite (baisse du volume vocal, micrographie)
avec en outre, pour la parole, des altérations de la prosodie
(réduction de l’étendue de la gamme tonale aux dépens de la
gamme haute et accélération du débit, correspondant respectivement
aux aspects de parole monotone et de tachyphémie paroxystique.
* Signes non moteurs :
La dysautonomie reste en règle très discrète au cours de la maladie
de Parkinson, ce qui permet de la différencier de l’atrophie
plurisystématisée.
Cependant, des désordres spécifiques du système
nerveux autonome peuvent s’observer dans d’authentiques maladies
de Parkinson, touchant notamment aux fonctions digestive et
cardiovasculaire : ainsi, les troubles digestifs les plus fréquents sont
l’hypersialorrhée, qui serait plutôt le signal précoce d’une difficulté
de déglutition infraclinique que le résultat d’une production
excessive de salive, et la constipation, qui résulterait à la fois d’un
ralentissement du péristaltisme colique et d’un dysfonctionnement
de l’exonération rectale ; les troubles cardiovasculaires sont dominés
par l’hypotension orthostatique et postprandiale qui s’avère
rarement invalidante, sauf si elle est aggravée par les traitements
dopaminergiques.
D’autres manifestations dysautonomiques
(troubles vésicosphinctériens à type d’urgences mictionnelles,
hypersudation brutale) peuvent se révéler et devenir invalidantes,
notamment au cours des périodes off, le dysfonctionnement
pharmacologique éventuellement sous-jacent restant encore mal
élucidé : ce type de symptôme est souvent responsable d’une
altération de la qualité du sommeil nocturne.
Les troubles psychiques propres à la maladie de Parkinson en
dehors de l’anxiété et de la dépression (qui apparaissent dès le début
de la maladie) et de la démence (qui reste de survenue tardive, sauf
à faire évoquer le diagnostic de maladie à corps de Lewy), se
résument à la notion de troubles cognitifs mineurs, dominés par
deux rubriques : les troubles du rappel mnésique et les troubles des
fonctions exécutives.
Ces troubles n’affectent pas de façon
significative le comportement du patient et peuvent être mis en
évidence à l’aide de tests neuropsychologiques : ainsi le test de Grober et Buschke montre une normalisation par le rappel indicé
du déficit d’évocation mnésique en rappel libre ; de nombreux
autres tests centrés sur l’évaluation des fonctions exécutives
(génération de concepts, changement ou maintien d’attitudes
mentales, résolution de problèmes), contribuent à mettre en évidence
le syndrome dysexécutif sous-corticofrontal.
2- Symptômes liés au traitement :
* Signes moteurs :
+ Fluctuations d’efficacité
:
Définies comme la réapparition intermittente des symptômes de la
maladie de Parkinson, elles se répartissent en fluctuations
prévisibles et imprévisibles selon qu’elles apparaissent ou non liées
aux prises médicamenteuses. Par convention, l’akinésie restant
considérée comme le symptôme le plus typiquement dopasensible,
les vocables « fluctuation » et « akinésie » sont fréquemment
assimilés.
Les fluctuations prévisibles sont les premières à apparaître et
peuvent rester longtemps isolées : elles sont caractérisées par une
liaison chronologique régulière avec les prises médicamenteuses.
Il
est classique de distinguer l’akinésie de fin de dose (wearing-off), qui
réapparaît avant la prise suivante, et l’akinésie nocturne, avec
l’akinésie du réveil ou du petit matin, qui résultent de l’absence de
prise depuis la veille au soir.
Ces fluctuations prévisibles seraient
globalement la conséquence de la perte progressive de la capacité
de stockage de la L-dopa exogène par les terminaisons
dopaminergiques striatales en raison de la progression de la
maladie, ou alternativement, le résultat de la progression du
déficit dopaminergique qui rendrait plus élevé le seuil d’efficacité
clinique de la L-dopa.
Cette perte d’effet « tampon » (ou cette
élévation de seuil) entraîne une disparition de la réponse
pharmacologique « à long terme » (dépendant du cumul des prises
successives) et une réduction de durée de la réponse « à court
terme » (strictement liée à chaque prise).
Les fluctuations imprévisibles apparaissent plus tardivement et
s’opposent aux précédentes par leur absence de relation avec les
prises médicamenteuses.
Souvent situées en début d’après midi
(akinésie postprandiale) ou en fin d’après midi, elles tendent à
adopter un horaire fixe dans la journée malgré les adaptations de
prises médicamenteuses (akinésie circadienne ou nycthémérale,
akinésie résistante).
L’akinésie paradoxale, survenant après une
prise, a été considérée comme une variante retardée de l’akinésie de
fin de dose, mais elle semble avoir une existence réelle assimilable
en partie à un retard d’efficacité (delay-on).
Enfin, des fluctuations
soudaines (effet on-off), d’observation plus rare et d’apparition plus
tardive, correspondent à des changements brutaux de l’état moteur
en quelques minutes, voire en quelques secondes.
Ces fluctuations
imprévisibles sont encore mal expliquées : les hypothèses en cours
font intervenir soit une altération de la vidange gastrique, soit une
compétition avec les acides aminés alimentaires au niveau
pharmacodynamique, soit encore des variations des niveaux
d’affinité des récepteurs dopaminergiques.
+ Mouvements anormaux involontaires
:
Encore appelés dyskinésies, ils peuvent revêtir tous les aspects
cliniques, allant de postures dystoniques soutenues jusqu’à des
mouvements violents pseudoballiques, en passant par toute une
gamme de mouvements choréiformes plus ou moins répétitifs,
touchant toutes les parties du corps, mais prédominant plutôt dans
le territoire où la maladie de Parkinson a débuté.
Selon le niveau de
la stimulation dopaminergique, on distingue les dyskinésies de
milieu de dose (qui correspondent à un niveau supraliminaire) et
les dyskinésies de début et de fin de dose (qui coïncident avec un
niveau plutôt infraliminaire) : les dystonies de période off
s’observent lorsque l’activité dopaminergique est au plus bas.
Les dyskinésies de milieu de dose (ou de « pic de dose ») peuvent
apparaître précocement : elles sont souvent discrètes et bien tolérées
selon un modèle relativement stable chez un même patient.
À
l’inverse, les dyskinésies de début et de fin de dose (ou
« biphasiques »), qui sont de survenue plus tardive, sont beaucoup
plus violentes et mal tolérées, revêtant soit l’aspect de mouvements
alternatifs répétitifs, soit l’aspect de postures dystoniques
douloureuses.
L’analyse chronologique des dyskinésies sur
document vidéo, après administration en test aigu de L-dopa, a
permis de décrire, chez certains patients, la succession de
dyskinésies de début de dose à caractère soit dystonique, soit
répétitif, puis de dyskinésies de milieu de dose choréiformes.
La
pathogénie des dyskinésies a été récemment éclairée par la mise en
évidence du phénomène de priming, qui peut être assimilé à une
sensibilisation pharmacologique durable (ou tolérance inverse)
s’exprimant par une susceptibilité accrue à développer des
dyskinésies dopa-induites et semblant provoquée après seulement
quelques jours de traitement par L-dopa sur un modèle animal de
dénervation dopaminergique : le caractère « pulsatile » de la
stimulation dopaminergique initiale sur un striatum préalablement
dénervé est présumé entraîner des modifications durables, soit de
l’équilibre fonctionnel entre les sous-populations de neurones
striataux effecteurs influencés par la dopamine via les récepteurs D1
et D2, soit de l’état de phosphorylation des récepteurs glutamatergiques
assurant la transmission corticostriatale sous le contrôle
de la dopamine.
Les dystonies de période off sont parfois précoces (surtout dans les
formes juvéniles de la maladie) et s’expriment surtout le matin,
prédominant au membre inférieur avec contracture du mollet et pied
en varus équin du côté initialement atteint.
Les myoclonies surviennent aux membres inférieurs, dans le
décubitus et le plus souvent la nuit.
Elles peuvent être observées en
l’absence de traitement dopaminergique et leur pathogénie reste
inconnue.
+ Histoire naturelle des fluctuations et dyskinésies :
Les fluctuations prévisibles sont les plus précoces (akinésie du petit
matin ou de fin de dose), suivies par les dyskinésies de milieu de
dose, les fluctuations imprévisibles et les dyskinésies biphasiques
étant les plus tardives.
Leur apparition est influencée par l’âge de
début de la maladie de Parkinson, les formes juvéniles (début avant
40 ans) montrant le plus souvent des dystonies de période off très
précoces et ensuite des dyskinésies biphasiques.
À l’inverse, lorsque
l’âge de début est plus élevé, et surtout lorsque le tremblement reste
le symptôme dominant, les fluctuations et dyskinésies apparaissent
plus tardivement.
Un modèle chronologique probabiliste de cette
histoire naturelle peut être extrapolé à partir de données
épidémiologiques diverses de la littérature : une corrélation
a été retrouvée entre l’apparition plus précoce des fluctuations et
dyskinésies et la posologie plus élevée de L-dopa, mais, dans la
mesure où les doses les plus élevées de L-dopa correspondent aux
maladies de Parkinson les plus évolutives, il est encore difficile de
conclure sur l’influence des stratégies thérapeutiques initiales.
* Signes non moteurs :
Les phénomènes non moteurs peuvent se manifester spécifiquement
au cours des périodes off, réalisant de véritables « fluctuations non
motrices », qui peuvent comporter des douleurs abdominales, des mictions impérieuses, voire des bouffées vasomotrices avec poussées tensionnelles ou encore des modifications nettes de l’humeur.
Cependant, le traitement antiparkinsonien semble bien souvent
jouer un rôle direct dans l’apparition des manifestations non
motrices avec une relation effet-dose bien visible (mécanisme
dopaminergique présumé), même s’il peut ne s’agir que de la
révélation d’un état pathologique sous-jacent (lésions non
dopaminergiques possibles ou pathologies associées).
+
Troubles neurovégétatifs
:
Les manifestations cardiovasculaires sont dominées par
l’hypotension orthostatique.
Définie comme l’existence, au décours
immédiat d’une mise en orthostatisme, d’une réduction d’au moins
20 mmHg de la pression artérielle systolique, éventuellement
associée à des symptômes et corrigée par le retour en clinostatisme,
l’hypotension orthostatique a une prévalence supérieure à 50 % dans
la maladie de Parkinson : le plus souvent liée au traitement
dopaminergique par un mécanisme pharmacologique de type
central encore mal élucidé, l’hypotension orthostatique voit sa
prévalence augmenter avec l’âge et avec la préexistence d’une
hypertension artérielle (HTA) systolique ; elle est fréquemment
accentuée dans la période postprandiale.
Les nausées sont plus fréquentes au début du traitement
dopaminergique et ont en général tendance à disparaître avec le
développement plus ou moins rapide d’une tolérance
pharmacologique.
Elles peuvent rarement persister de façon
épisodique et s’associer à des troubles du transit intestinal
(constipation habituellement, mais parfois épisodes diarrhéiques).
Les troubles urinaires sont très souvent présents, s’agissant
essentiellement d’urgences mictionnelles d’autant plus invalidantes
que le patient a du mal à se déplacer : la cystomanométrie met en
évidence une hyperactivité du détrusor à l’origine de la pollakiurie ;
l’intrication fréquente de ces troubles avec une pathologie
urologique sous-jacente (adénome prostatique chez l’homme,
prolapsus vésical chez la femme) doit être soulignée.
Les anomalies du comportement sexuel ne doivent pas être sousestimées
puisque la prévalence de l’insatisfaction sexuelle a été
retrouvée supérieure à 50 % des couples dont un conjoint est
parkinsonien : celle-ci a été attribuée plutôt au contexte général de
la maladie, notamment si l’origine est d’ordre psychologique.
Dans
les cas où une origine organique est suspectée, il est judicieux de
rechercher un mécanisme iatrogène ou une pathologie associée sousjacente.
Le traitement dopaminergique a été plus spécifiquement
mis en cause dans des manifestations (et comportements)
d’hypersexualité qui restent cependant assez rares.
Les troubles du sommeil peuvent revêtir des présentations
multiples.
La plus fréquente est l’altération de la qualité du
sommeil nocturne ressentie comme une insomnie chez 75 % des
patients concernés, celle-ci pouvant résulter de réveils itératifs en
raison d’une pollakiurie nocturne, de périodes off douloureuses,
d’apnées du sommeil ou encore d’un état anxiodépressif : une
somnolence diurne excessive, souvent attribuée (peut-être à tort) au
traitement dopaminergique, pourrait en être la simple conséquence.
Cependant, des études récentes ont analysé de façon plus précise
certains troubles du sommeil en relation plus spécifique avec le
traitement : il s’agit d’une part des troubles du comportement avec
vécu onirique (voire hallucinatoire) liés au sommeil paradoxal et,
d’autre part, des « attaques de sommeil » initialement rapportées à
la prise d’un médicament agoniste dopaminergique dont la mise
en cause reste discutée, ce phénomène étant attribué
potentiellement à l’ensemble des médicaments à action
dopaminergique.
+ Troubles psychiques :
Les hallucinations sont retrouvées avec une prévalence entre 25 et
40 %, selon la prise en compte des manifestations mineures,
comme les « sentiments ou illusions de présence », qui sont rarement
rapportées spontanément.
Dans leur modalité plus élaborée ou plus
complexe, les hallucinations sont surtout visuelles (personnages,
animaux) et plus rarement auditives : d’horaire plutôt vespéral ou
nocturne (et favorisées par l’atténuation des contrastes), ces
hallucinations restent critiquées le plus souvent par le patient.
À
côté d’une hyperactivité dopaminergique argumentée par le rôle
révélateur fréquent des traitements dopaminergiques, notamment
des agonistes de la dopamine, et consacrée par le concept de
« psychose dopaminergique », la possibilité d’une hyperactivité sérotoninergique a été envisagée : cependant, le rôle d’une
hypoactivité cholinergique ne peut être ignoré en raison du rôle
favorisant des médicaments anticholinergiques et surtout de
l’existence d’un déficit cholinergique sous-corticofrontal dans la
démence à corps de Lewy, affection caractérisée par la précocité des
hallucinations.
Des épisodes confusionnels, se manifestant de façon plus brutale,
sont parfois associés à des phénomènes hallucinatoires complexes,
non critiqués, et entraînent des troubles sévères du
comportement : souvent déclenchés par un événement
intercurrent (traumatisme, infection, intervention chirurgicale), ils
évoluent en règle de façon régressive mais restent révélateurs d’un
processus de détérioration cognitive sous-jacent. L’âge est un facteur
prédisposant, ainsi que les médicaments anticholinergiques et
agonistes dopaminergiques.
Des troubles cognitifs ont été attribués notamment à l’effet délétère
des anticholinergiques sur les capacités attentionnelles et
mnésiques : la notion de l’émergence progressive, au cours de la
maladie de Parkinson, de lésions non dopaminergiques et la mise
en évidence du rôle prédicteur, dans l’apparition d’un processus de
détérioration des performances mentales, d’un âge de début plus
élevé et d’une réduction des performances à certains tests, tels que
fluence verbale et Stroop, suggèrent la notion d’un continuum
entre les troubles cognitifs sous-corticofrontaux caractérisés par un
déficit croissant des fonctions exécutives et ce qu’il est convenu
d’appeler la « démence parkinsonienne », qui doit être différenciée
de la démence à corps de Lewy et de la maladie d’Alzheimer.
C - SYMPTÔMES DE LA MALADIE AVANCÉE
:
Au cours de cette période dite « du déclin », les troubles liés à
l’évolution propre de la maladie et les complications dues au
traitement se confondent progressivement et s’accompagnent d’un
handicap accru, caractérisé par la perte d’autonomie (stades IV et V
de Hoehn et Yahr).
En effet, les actions combinées de l’âge et de
l’évolution de la maladie, ainsi que l’altération progressive du
rapport efficacité/tolérance des médicaments antiparkinsoniens qui
en résulte, concourent à l’accentuation des signes « axiaux » et de
leur « doparésistance » : ce processus conduit concrètement à la
réduction de la durée des périodes on, mais aussi à la détérioration
du score de réponse à la L-dopa (obtenu par la différence entre les
scores moteurs en période off et en période on, dont les niveaux de
handicap correspondant s’aggravent).
Le déclin concerne à la fois
les activités motrices et cognitives et les fonctions neurovégétatives
dont les désordres cumulés sont responsables de complications
diverses (chutes avec traumatismes, fausses routes avec
pneumopathies, accès confusionnels aigus), elles-mêmes facteurs de
décompensation par épisodes pouvant mettre en jeu le pronostic
vital, d’autant que le patient, devenu plus âgé, se trouve dans un
état général plus précaire.
1- Déclin moteur :
Les troubles de l’équilibre et de la posture deviennent prévalents :
l’instabilité à la station debout nécessite un soutien plus fréquent,
tandis que le lever d’une chaise ou d’un fauteuil doit être assisté.
Ces difficultés traduisent la détérioration des réactions posturales
correctrices qui sont indispensables au maintien de la posture
debout stabilisée, ainsi que la perte des coordinations entre
posture et mouvement.
L’aggravation des déformations articulaires
au niveau des extrémités (mains et pieds) et surtout au niveau de
l’axe rachidien, qui peut présenter des angulations déformantes
majeures du type de la camptocormie, accentue encore les
difficultés du contrôle postural.
Les troubles de la marche sont particulièrement invalidants,
combinant les phénomènes de freezing et de festination avec
propulsions et rétropulsions qui témoignent de la perturbation des
coordinations posturocinétiques : lorsque la marche reste possible
sans soutien, le risque de chute devient majeur en raison de
l’insuffisance des réactions de rattrapage.
Les troubles de la parole rendent la voix à peine audible en raison de
l’hypophonie, des troubles articulatoires avec accélération du débit
et réduction de la gamme tonale : la communication avec les
proches et les soignants se réduit considérablement, d’autant que
l’écriture est devenue depuis longtemps impraticable.
Les troubles de la déglutition complètent ces difficultés avec une
altération des temps buccal (défaut de continence labiale et de
formation du bolus) et surtout pharyngé (retard au déclenchement
et insuffisance du processus de propulsion, déficit de protection des
voies aériennes avec risque de fausse route immédiate ou primaire,
stase pharyngée dans les vallécules et sinus piriformes avec risque
de fausse route différée ou secondaire).
2- Déclin cognitif
:
Parallèlement aux troubles moteurs tardifs, le déclin cognitif affecte
de plus en plus la vie de relation du malade parkinsonien en
réduisant les interactions avec les proches et les soignants.
La
« démence » parkinsonienne devient moins spécifique et plus
difficile à catégoriser, représentant un facteur limitant
considérablement l’efficacité de la prise en charge thérapeutique.
3- Déclin neurovégétatif
:
S’ajoutant aux perturbations liées au déclin moteur et cognitif, il se
manifeste sous les aspects suivants : troubles de la régulation tensionnelle responsables de manifestations syncopales, troubles du
contrôle sphinctérien urinaire émaillés d’épisodes infectieux,
troubles de l’évacuation intestinale avec risques d’épisodes
subocclusifs, amaigrissement parfois sévère résultant de troubles de
la déglutition mais aussi d’un déséquilibre nutritionnel
4- Complications
:
Les chutes sont particulièrement fréquentes aux stades avancés de la
maladie et influencent gravement le pronostic en raison de leurs
conséquences traumatiques (fractures avec hospitalisation et
alitement) et psychologiques (attitude phobique de la part du
patient, mais aussi de son entourage, aggravant encore les difficultés posturocinétiques).
Leur mécanisme est polymorphe, soit
accidentel et favorisé par l’instabilité posturale, soit déclenché par
une hypotension orthostatique ou par les phénomènes de freezing et
de festination à la marche.
Les complications viscérales, à type de bronchopneumopathies
secondaires à des fausses routes alimentaires avec surinfection,
d’épisodes subocclusifs et d’infections urinaires liées à l’alitement,
représentent potentiellement la menace la plus directe pour le
pronostic vital.
D - CRITÈRES DE DIAGNOSTIC CLINIQUE
:
Les manifestations cliniques, nécessairement présentes dès le début
de la phase dite symptomatique de la maladie de Parkinson
idiopathique (MPi), représentent une information aisément
disponible, dont l’imprécision inhérente à la subjectivité du clinicien
peut être atténuée grâce à l’utilisation de procédures standardisées
et exhaustives dont la mise en oeuvre doit rester la plus simple
possible : ces procédures peuvent éventuellement être complétées
par des enregistrements vidéo permettant de recueillir l’avis d’autres
observateurs.
Selon une proposition récente, la conduite pratique
de l’examen neurologique d’un patient parkinsonien pourrait être
décomposée en quatre temps et 20 items.
Le premier temps concerne
les données de l’interrogatoire (quatre items) : âge, date de début de
la maladie, nature et localisation du symptôme initial, antécédents
familiaux éventuels de maladie de Parkinson.
Le second temps (trois
items) est consacré à la mise en évidence de la triade caractéristique
(tremblement, rigidité, akinésie) en observant notamment la marche
et l’écriture.
Le troisième temps (quatre items) évalue la réponse au
traitement dopaminergique (dont l’efficacité est exprimée par le taux
d’amélioration ressentie) et recense les effets indésirables éventuels
(dyskinésies, fluctuations d’efficacité, troubles psychiques).
Le
quatrième et dernier temps (neuf items) consiste en un inventaire
systématique des signes « axiaux » éventuellement présents :
anomalies de la posture, instabilité posturale, troubles de la marche,
dysarthrie, dysphagie, rigidité nucale, anomalies oculomotrices,
troubles cognitifs et troubles sphinctériens.
Dans le contexte habituel de l’examen d’un patient parkinsonien (sur
la base des seuls symptômes cliniques), l’exigence de spécificité dans
le diagnostic de la MPi va imposer, dans une démarche de
diagnostic différentiel, d’écarter les autres syndromes parkinsoniens
dits secondaires et atypiques, dont les particularités cliniques,
notamment à la phase initiale de la maladie, peuvent être difficiles à
discerner.
Dans des séries autopsiques récentes, le taux de
confirmation anatomopathologique du diagnostic clinique de MPi
n’a été retrouvé qu’à 76 % correspondant à 24 % d’erreurs par excès
(faux positifs), pour l’essentiel aux dépens de syndromes
parkinsoniens atypiques.
Ainsi, sur la base méthodologique de la
confrontation anatomoclinique, les critères cliniques de MPi ont dû
être systématiquement analysés en vue d’établir leurs valeurs
prédictives positives (VPP) respectives. Un processus de
hiérarchisation de ces critères en fonction des étapes évolutives de
la MPi a pu conduire ensuite à une approche opérationnelle de type
probabiliste du diagnostic de MPi.
1- Analyse des critères cliniques
:
Considérant le taux d’erreur par excès d’environ 25 % pour le
diagnostic de MPi, une telle étude clinicopathologique a été conduite
sur 100 cas consécutifs de MPi diagnostiqués cliniquement et n’a
obtenu de confirmation neuropathologique du diagnostic de MPi
que dans 76 de ces cas.
Conformément à une démarche classique
en matière de raisonnement médical, la procédure utilisée par la
banque de cerveaux de la Société britannique de la maladie de
Parkinson (UKPDSBB) pour établir le diagnostic clinique de MPi
comportait trois étapes : la première étape formulait le
diagnostic positif initial de syndrome parkinsonien, la deuxième
étape effectuait le diagnostic différentiel en écartant les syndromes
parkinsoniens autres que la MPi et la troisième étape confirmait le
diagnostic positif de MPi.
Parmi les critères cliniques ainsi énumérés,
la comparaison entre les 76 cas de MPi confirmée et les 24 cas de
diagnostic autres que la MPi a permis de retrouver les VPP les plus
élevées pour le tremblement, l’asymétrie des symptômes, la réponse
nette au traitement par L-dopa (amélioration clinique supérieure à
50 % et présence de fluctuations et dyskinésies), et surtout pour la
combinaison des trois signes cardinaux (tremblement, rigidité,
akinésie) avec un début asymétrique en l’absence de symptômes
atypiques ou d’étiologie en faveur d’un autre diagnostic.
D’autres études clinicopathologiques ont confirmé les VPP
particulièrement élevées du tremblement de repos, de l’asymétrie
des symptômes au début et de la réponse marquée à la L-dopa ;
une durée d’évolution supérieure à 5 ans a été en outre considérée
comme un critère supplémentaire en faveur du diagnostic de
MPi.
2- Approche opérationnelle du diagnostic
:
Dans une première approche globale, il est possible de considérer
comme critères cliniques nécessaires au diagnostic de MPi les trois
signes cardinaux (tremblement de repos, bradykinésie, rigidité)
auxquels s’ajoutent l’asymétrie, l’absence de signes atypiques,
l’absence d’autres étiologies et une réponse marquée à la L-dopa.
Toutefois, la mise en oeuvre pratique de critères diagnostiques se
doit d’être adaptée aux étapes successives de l’évolution de la
maladie qui placent le neurologue dans des situations différentes.
Ainsi, au début de la phase symptomatique (situation dite « de
novo »), le critère de la réponse à la L-dopa n’est pas disponible. Se basant sur les critères de VPP élevée (tremblement de repos distal,
début asymétrique), la démarche diagnostique s’attache à écarter les
autres syndromes parkinsoniens par un examen neurologique précis
(vérifiant l’absence de signes atypiques) et par un interrogatoire
exhaustif concernant l’anamnèse (contrôlant l’absence d’étiologie en
faveur d’un syndrome parkinsonien secondaire) ; ce n’est qu’en cas
de doute diagnostique que des examens complémentaires sont
nécessaires.
Lorsque la maladie est installée, après un délai de quelques années
au cours duquel le traitement dopaminergique a été mis en place et
stabilisé, la réponse pharmacologique devient un critère utilisable et
pertinent dont la VPP pour le diagnostic de MPi est élevée si
l’amélioration clinique est supérieure à 50 %.
L’objectif reste centré
sur l’évaluation de la réponse à la L-dopa et la recherche de signes
atypiques pour écarter les autres syndromes parkinsoniens
dégénératifs, tout en utilisant le recul évolutif pour éliminer les
syndromes parkinsoniens secondaires.
Enfin, aux stades plus avancés de l’évolution, la réponse
pharmacologique s’est confirmée avec l’apparition fréquente des
dyskinésies et des fluctuations d’efficacité : cependant, le
développement progressif des signes « axiaux » vient à nouveau
poser des difficultés diagnostiques, justifiant une évaluation clinique
et neuropsychologique soigneuse, destinée à écarter certaines formes
prolongées de syndromes parkinsoniens atypiques (notamment la
démence à corps de Lewy diffus).
Dans tous les cas, au terme de l’évolution clinique de la MPi,
l’examen neuropathologique de l’encéphale, éclairé par la
confrontation avec une observation neurologique soigneusement
documentée, apporte le critère diagnostique de certitude par la mise
en évidence de corps de Lewy très prédominants dans les
formations pigmentées du tronc cérébral et par la prévalence de la
dénervation dopaminergique de la SN avec réaction microgliale en
l’absence d’autres anomalies systématisées spécifiques d’une entité
pathologique reconnue autre que la MPi.
Les différentes
propositions de critères diagnostiques de la MPi publiées dans la
littérature, s’inspirent
de cette démarche pragmatique prenant en compte d’une part la
relative variabilité du phénotype clinique de la MPi qui conduit à
privilégier les critères dont la VPP est la plus élevée, et d’autre part
l’évolution du niveau de probabilité diagnostique au cours du
déroulement de l’histoire naturelle de la MPi.
E - PLACE DES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES :
Dans la mesure où le diagnostic de la maladie de Parkinson repose
essentiellement sur des critères cliniques, les examens
complémentaires voient leur place limitée aux situations de doute
diagnostique, soit au début de la maladie (devant des signes
atypiques), soit au cours de son évolution (devant une aggravation
rapide ou une dégradation de la réponse à la L-dopa faisant
suspecter un diagnostic autre que la MPi).
Cependant, à côté de leur
contribution essentielle au diagnostic différentiel de la MPi,
principalement avec les autres syndromes parkinsoniens
dégénératifs (Parkinson « plus »), mais aussi avec les syndromes parkinsoniens secondaires, les examens complémentaires peuvent
être utiles à une meilleure évaluation ou à une description plus
précise des symptômes cliniques et de leurs conséquences,
contribuant de plus à la compréhension de leurs mécanismes
physiopathologiques dans un objectif de « recherche ».
Enfin,
certains examens complémentaires de mise en place très récente et
d’usage encore confidentiel, soit pour des raisons de coût excessif
ou d’accessibilité insuffisante, soit parce que leur impact réel dans la
prise en charge de la MPi reste encore mal défini, peuvent être
considérés comme des outils potentiels dont les limites du champ
d’application doivent être précisées.
1- Examens utiles au diagnostic différentiel
:
* Biologie :
Il reste traditionnel et consensuel d’éliminer, chez les patients
débutant un syndrome parkinsonien avant 45 ans, une maladie de
Wilson par le bilan cuprique (plasmatique et urinaire) et le dosage
de la coeruléoplasmine plasmatique : plus anecdotiquement, il peut
être justifié, toujours chez des sujets jeunes, d’écarter les hypothèses
d’une neuroacanthocytose de présentation atypique par la recherche
d’hématies déformées au test de Ham-Dacie ou d’un syndrome de
Fahr par la recherche d’une hypoparathyroïdie.
Le champ
d’application de la génétique au diagnostic différentiel reste
potentiel : toute hypothèse diagnostique (maladie de Huntington,
dystonie dopasensible) doit s’appuyer sur une enquête familiale
exhaustive après information du patient et avec son consentement.
*
Imagerie morphologique
:
L’utilisation de la scanographie cérébrale (scanner X) sert à éliminer
des lésions focales (tumeurs, localisations infectieuses) ou des lésions
plus diffuses (traumatiques, vasculaires, hydrocéphalie) dont le
développement éventuellement progressif peut prendre une allure pseudoparkinsonienne avec même, dans certains cas, une réponse à
la L-dopa suffisamment nette pour être trompeuse : toutefois, les
situations bien documentées de ce type restent plutôt rares.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) encéphalique apporte
une contribution de plus en plus reconnue au diagnostic des
Parkinson « plus » : des aspects évocateurs ont été, en effet,
décrits récemment pour les atrophies multisystématisées de forme
cérébelleuse (atrophie du pont et du cervelet avec signal
hyperintense linéaire bordant le putamen sur un fond hypo-intense
du putamen postérolatéral en séquence T2), pour la paralysie
supranucléaire progressive (atrophie à prédominance
mésencéphalique de la région tectale périacqueducale avec signal
hyperintense en T2) et pour la dégénérescence corticobasale
(atrophie corticale frontopariétale asymétrique aux dépens du côté
controlatéral à celui de l’atteinte clinique).
* Électrophysiologie
:
L’électroencéphalogramme (EEG) peut contribuer au diagnostic
différentiel avec une démence à corps de Lewy diffus dans laquelle
est souvent observé un ralentissement diffus de l’activité de fond
avec ondes lentes frontotemporales.
La polysomnographie peut
contribuer à caractériser les troubles du sommeil, notamment ceux
associés au sommeil paradoxal.
L’électromyographie (notamment périnéale), couplée à
l’urodynamique, garde une utilité confirmée pour le diagnostic
différentiel avec les atrophies multisystématisées, caractérisées par
une hypoactivité du détrusor et une dénervation marquée des
sphincters urétral et anal.
La caractérisation de la dysautonomie par la mesure de variabilité
de l’intervalle R-R sur l’électrocardiogramme (ECG) au cours de la
manoeuvre de Valsalva et l’évaluation précise de l’hypotension
induite par le passage en orthostatisme (soit actif, soit inclinaison
passive sur table basculante) peuvent aider à différencier les
atrophies multisystématisées et d’authentiques MPi avec
dysautonomie marquée.
L’électroculographie permet, de façon non invasive, de mettre en
évidence des anomalies de réalisation des saccades, notamment
verticales, ainsi que des erreurs persévératives dans le test des
antisaccades qui caractérisent la paralysie supranucléaire
progressive.
+ Tests neuropsychologiques
:
L’évaluation et la caractérisation des troubles cognitifs dans la
maladie de Parkinson et les syndromes parkinsoniens s’appuient sur
des batteries de tests dont le but est de faire un inventaire des
capacités mnésiques et attentionnelles, de l’atteinte éventuelle des
fonctions instrumentales (praxie, voire langage) et surtout des
troubles des fonctions exécutives.
Une batterie associant les tests
suivants : échelle de Mattis pour évaluation globale de la
« démence », test de Grober et Buschke pour mémoire immédiate et
rappel, tests de Wisconsin, de Stroop, de fluence verbale et de trail
making pour les fonctions exécutives, recherche des comportements
de préhension, d’utilisation et d’imitation, a été proposée dans une
démarche de diagnostic différentiel.
2- Examens de « recherche » :
* Biologie :
Il s’agit pour l’essentiel des dosages de L-dopa plasmatique (par
méthode de chromatographie liquide à haute performance) : ces
dosages ne se conçoivent que de façon répétée à intervalles précis
suivant la prise d’une dose de L-dopa pour en « dessiner » la
cinétique plasmatique représentative du processus d’absorption
digestive puis de son élimination progressive du milieu sanguin.
La concentration maximale (Cmax) est très variable d’un patient à
l’autre (taux plasmatiques « efficaces », en moyenne entre 1 000 et
3 000 ng/mL) : la cinétique d’absorption (temps de montée jusqu’au
pic, Tmax) est également très variable (en moyenne entre 60 et
90 minutes), ces données concernant une forme galénique standard
de lévodopa, avec une demi-vie plasmatique très courte (en
moyenne 120 min).