Indications de l’analyse
des chromosomes
:
Les anomalies chromosomiques sont responsables d’un
nombre important de pathologies humaines
et les indications du caryotype peuvent être classées en
fonction des situations suivantes : diagnostic prénatal
cytogénétique, en période néonatale, chez l’enfant, chez
l’adulte, en hématologie.
A - Diagnostic prénatal cytogénétique
:
Le caryotype foetal peut être réalisé de différentes
manières : sur les cellules des villosités choriales (ou
trophoblastes) obtenues par ponction transabdominale
réalisée vers 11 à 12 semaines d’aménorrhée (SA), sur
les cellules du liquide amniotique obtenues par amniocentèse
vers 16-17 semaines d’aménorrhée ; sur les
lymphocytes obtenus par ponction du sang foetal au
cordon ombilical à partir de 22 semaines d’aménorrhée.
Le recours à ces différentes méthodes varie selon les
indications du caryotype, l’âge de la grossesse et le
degré d’urgence de la situation.
Le caryotype foetal est
proposé et pris en charge financièrement
1- Âge de la femme égal ou supérieur à 38 ans
à la date du prélèvement :
Le risque de non-disjonction des chromosomes au
cours de la méiose féminine et par conséquent celui d’avoir un
foetus trisomique augmente avec l’âge maternel.
2- Antécédent pour le couple de grossesse(s)
avec caryotype anormal :
Quand un couple a eu un enfant avec une aberration
chromosomique, le risque de récidive pour chaque future
grossesse se situe aux alentours de 1 %.
Cela justifie de
proposer systématiquement un caryotype (par amniocentèse
ou ponction de trophoblaste) pour la surveillance
des grossesses ultérieures.
En revanche, ce risque ne
concerne que les parents de l’enfant atteint et non les
membres plus éloignés de la famille.
3- Anomalie chromosomique parentale :
La présence chez l’un des membres du couple d’une
translocation réciproque équilibrée ou d’une translocation robertsonienne augmente considérablement le risque
d’avoir un enfant malformé en raison de la possible transmission
d’une anomalie chromosomique déséquilibrée.
La translocation équilibrée chez l’un des parents peut
être découverte dans les circonstances suivantes : à la
naissance d’un enfant avec un phénotype anormal ; dans
un bilan familial, après la découverte chez un apparenté
d’une anomalie de ce type ; dans le bilan de fausses
couches à répétition ou de mort foetale tardive ; dans le
bilan d’une infertilité ou d’une hypofertilité.
4- Diagnostic de sexe pour les maladies liées
au chromosome X :
La détermination du sexe foetal est le préliminaire indispensable
pour les examens de biologie moléculaire réalisés
dans le cadre des affections liées au chromosome
X.
Par exemple, pour le diagnostic prénatal (DPN) de la
myopathie de Duchenne, l’étude de l’ADN n’est réalisée
que si le foetus est de sexe masculin (XY).
5- Découverte d’une anomalie morphologique
à l’échographie :
Les foetus porteurs d’anomalies chromosomiques ont
souvent des anomalies morphologiques dépistables à
l’échographie.
Deux échographies sont particulièrement
importantes pour le dépistage de ces signes d’appel :
celle pratiquée à 12 semaines d’aménorrhée et celle pratiquée
à 22 semaines d’aménorrhée (que l’on appelle
également échographie morphologique).
Au cours de
l’échographie précoce à 12 semaines d’aménorrhée, le
signe le plus évocateur d’une anomalie chromosomique
est l’épaisseur anormale de la nuque foetale.
Les signes
d’appel découverts lors de l’échographie de 22 semaines
d’aménorrhée sont très nombreux (malformations des
organes, retard de croissance intra-utérin, anomalies de
quantité du liquide amniotique…).
Ces signes sont
d’autant plus évocateurs de la présence d’une anomalie
chromosomique qu’ils sont associés entre eux.
En fonction de la date de découverte des signes d’appel
et de leur gravité, le caryotype est réalisé sur villosités
choriales, sur liquide amniotique ou sur sang foetal.
Une
anomalie chromosomique est trouvée dans 10 à 20%
des grossesses où sont mis en évidence des signes d’appel
échographiques.
6- Anomalies des marqueurs sériques maternels :
Les marqueurs sériques sont des dosages biochimiques
sanguins proposés aux femmes enceintes entre 15 et
18 semaines d’aménorrhée.
Il existe, en effet, une corrélation
entre les taux sanguins de ces marqueurs et le
risque de trisomie 21.
Il ne s’agit cependant que d’une
méthode de dépistage des grossesses à haut risque et
non d’une méthode de diagnostic direct de la trisomie
21.
En pratique, on dose la β-hCG (human chorionic
gonadotropin) et l’α-foetoprotéine auxquelles on ajoute
parfois l’oestriol libre.
Le résultat est rendu en tenant
compte de différents paramètres maternels intervenant
dans la détermination du risque de trisomie 21 (âge
maternel, poids, tabagisme, diabète…).
Ces résultats
sont exprimés sous forme d’une évaluation du risque et
le caryotype foetal est proposé si le risque de trisomie 21
dépasse 1 sur 250.
B - En période néonatale
:
En période néonatale, on est amené à réaliser un caryotype
dans les circonstances suivantes :
• quand un nouveau-né a des signes dysmorphiques
évocateurs ou non d’une anomalie chromosomique
connue.
Le cas le plus fréquent est, par exemple, la
suspicion d’une trisomie 21 ;
• devant un nouveau-né polymalformé : la présence de
malformations multiples impose la réalisation d’un
caryotype dans le bilan étiologique et pronostique de
l’affection dont est atteint le nouveau-né ;
• devant une mort périnatale inexpliquée ;
• devant une ambiguïté sexuelle : c’est une indication
majeure et urgente de réalisation du caryotype.
La
connaissance du sexe chromosomique oriente souvent
le diagnostic de l’affection causant l’ambiguïté
sexuelle et guide la prise en charge thérapeutique.
C - Dans l’enfance :
Au cours de cette période, un caryotype peut être
demandé dans les circonstances suivantes :
• en présence de signes dysmorphiques (comme précédemment)
;
• devant un retard des acquisitions psychomotrices et
un retard mental : la découverte d’un retard des
acquisitions psychomotrices sans explication évidente,
et a fortiori s’il s’accompagne de signes dysmorphiques,
doit faire pratiquer au minimum 2 examens
complémentaires : un caryotype et une recherche en
biologie moléculaire du syndrome de l’X fragile ;
• devant un retard statural chez une fille, on doit rechercher
une monosomie X (ou syndrome de Turner) ;
• devant un retard pubertaire, à la recherche, chez la
fille, d’un syndrome de Turner ; chez le garçon, d’un
syndrome de Klinefelter.
D - À l’âge adulte
:
On peut retrouver les situations précédentes (retard
mental, hypogénitalisme, petite taille) mais les indications
les plus spécifiques, chez l’adulte, sont en rapport avec
les échecs de la reproduction :
• fausses couches à répétition : le caryotype est indiqué,
pour la femme et l’homme, après 3 fausses couches ;
• infertilité du couple : en particulier si le bilan a montré
qu’il existait une azoospermie ou une oligospermie
chez l’homme.
E - Pour le diagnostic des affections acquises
en hématologie :
Le caryotype est demandé dans le bilan des affections
hématologiques malignes, mais ce n’est pas le moyen
direct d’en faire le diagnostic. Par exemple, la mise en
évidence d’une translocation 9-22 (chromosome Philadelphie)
confirme le diagnostic clinique et cytologique
d’une leucémie myéloïde chronique et permet d’en
suivre l’évolution.
F - Indication de méthodes particulières
de cytogénétique :
1- Hybridation in situ :
L’indication principale de ces méthodes est le diagnostic
des syndromes avec microdélétion chromosomique tels
que le syndrome de Prader-Willi, celui d’Angelman, la
microdélétion du chromosome 22q11, le syndrome de
Williams, et celui de Smith-Magenis.
2- Diagnostic de maladies avec instabilité
chromosomique :
Certaines maladies sont dues à des anomalies de la réparation
de l’ADN et peuvent donner des anomalies cytogénétiques
témoignant de l’instabilité et de la fragilité
des chromosomes.
C’est le cas, par exemple, de l’anémie
de Fanconi, du syndrome de Bloom, de l’ataxietélangiectasie.
G - Situations pour lesquelles un caryotype
n’est pas indiqué :
Il s’agit des maladies monogéniques et des unions
consanguines.
Indications des analyses de l’ADN
(biologie moléculaire) :
A - Confirmer ou faire
le diagnostic des affections monogéniques
constitutionnelles
:
1- Confirmer le diagnostic
:
Pour beaucoup d’affections monogéniques, l’étude de
l’ADN n’est pas utilisée pour faire directement le diagnostic.
En général, les données cliniques et les examens
complémentaires classiques suffisent.
Par
exemple, le diagnostic de la mucoviscidose n’est pas fait
par l’étude du gène CFTR mais par la clinique et le
dosage du chlore sudoral.
Cependant, l’étude du gène
responsable de l’affection est souvent indispensable
pour confirmer la maladie ou surtout pour envisager un
conseil génétique pour les
parents ou la famille.
2- Faire le diagnostic
:
Dans d’autres situations, l’étude moléculaire va être
demandée de première intention pour faire le diagnostic
de l’affection.
On peut citer les exemples suivants :
diagnostic précoce du syndrome de l’X fragile qui doit
être envisagé devant tout retard mental sans diagnostic
précis chez un garçon ou une fille ; diagnostic du
syndrome de Prader-Willi et du syndrome d’Angelman ;
de l’amyotrophie spinale infantile ; de la maladie de
Steinert.
B - Connaître le statut d’un individu
pour le conseil génétique :
Cette situation est fréquente, elle intéresse surtout les
maladies autosomiques récessives et celles liées au
chromosome X ; il s’agit de dépister les sujets hétérozygotes
à risque de transmettre la maladie.
• Pour les maladies récessives, cette indication est de
pratique courante pour la mucoviscidose, les pathologies
de l’hémoglobine (drépanocytoses, thalassémies).
• Pour les maladies liées à l’X (X fragile, myopathie de
Duchenne, hémophilie A et B…), le diagnostic des
femmes hétérozygotes encore appelées conductrices de
la maladie est essentiel en raison du risque direct de
transmission et des possibilités éventuelles de diagnostic
prénatal.
C - Faire un diagnostic prénatal
:
Le diagnostic prénatal par la biologie moléculaire est
disponible pour un grand nombre d’affections monogéniques.
L’étude de l’ADN se fait en général
à partir des cellules du trophoblaste prélevées entre 11 et
12 semaines d’aménorrhée.
Le principe est de déterminer
le statut du foetus vis-à-vis de la maladie génétique
connue dans la famille.
Le diagnostic peut être direct par
détection de la mutation dans le gène en cause si celle-ci
a été déterminée au préalable par l’étude d’un sujet
malade.
Dans le cas contraire, on peut avoir recours à un
diagnostic indirect.
D - Faire le diagnostic présymptomatique
ou prédictif d’une maladie familiale
:
Certaines maladies génétique peuvent être diagnostiquées
par étude de l’ADN avant que les signes cliniques
n’apparaissent.
On distingue :
• les tests présymptomatiques : si le test est positif, l’individu
a une très forte probabilité de déclarer la maladie;
• les tests prédictifs qui dépistent uniquement une susceptibilité
de développer la maladie, un facteur de
risque génétique mais ne donnent pas de certitude.
Les indications de ces examens doivent être pesées avec
soin et sont en général données après une ou plusieurs
consultations spécialisées pour ce type de maladie.
Cela
concerne essentiellement une affection neurologique à
révélation tardive (la chorée de Huntington) et des prédispositions
au cancer [la polypose colique familiale, les
formes familiales de cancer du sein, les formes familiales
de cancer du côlon (en dehors de la polypose)].
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