Les luxations traumatiques du coude sont des lésions fréquentes représentant
10 % des traumatismes du coude survenant lors d’accidents sportifs
chez les sujets jeunes, ou bien lors de chutes pour les sujets de plus de 50
ans.
Elles posent peu de problèmes diagnostiques, et sont réduites par
des manoeuvres orthopédiques simples.
Néanmoins, cette apparente bénignité des luxations du coude ne doit pas faire
méconnaître certaines formes anatomiques où l’association fréquente à une
fracture doit être reconnue pour adapter le traitement aux lésions, ou bien
lorsqu’une complication immédiate impose la prudence des traitements à
mettre en place.
Par ailleurs, la prise en compte récente des symptômes chroniques pouvant se
développer sur des coudes précédemment traumatisés, a conduit vers des
études anatomophysiologiques qui ont démembré les structures anatomiques
du coude, notamment dans leurs composantes ligamentaires.
Une meilleure
analyse sémiologique des luxations du coude permet désormais d’effectuer
un bilan précis du coude traumatique, soit en urgence, soit à distance.
Le cadre nosologique des luxations récidivantes s’enrichit de formes mineures entrant
dans la définition des instabilités.
Traiter les luxations du coude revient donc à recenser les luxations pures, mais
aussi les autres lésions, fracturaires ou non, associées à ces luxations et à
préciser les diagnostics des lésions séquellaires.
Pour comprendre les lésions
ainsi définies, il convient de rappeler l’anatomie articulaire et ligamentaire du
coude, articulation complexe et indispensable à la fonction du membre
supérieur.
Anatomie et biomécanique :
A - Anatomie articulaire et mobilité
:
L’articulation du coude est composée de trois articulations jointes :
L’articulation principale de la flexion-extension du coude est l’articulation
huméro-ulnaire réalisée entre la trochlée humérale et la grande cavité
sigmoïde de l’ulna.
Les mouvements autorisés sont la flexion et l’extension
autour d’un axe frontal oblique en bas et en dedans.
L’aspect des surfaces articulaires empêche les mouvements de latéralité.
L’articulation huméroradiale entre le condyle huméral et la cupule radiale est
une articulation passive lors de la flexion-extension.
Elle suit le mouvement
de la grande cavité sigmoïde de l’ulna autour de la trochlée.
L’articulation radio-ulnaire supérieure est l’une des articulations principales
de la pronosupination.
L’axe de rotation unit le centre de la cupule radiale à l’extrémité supérieure de l’ulna.
L’articulation huméroradiale peut suivre
passivement ces mouvements en raison de sa forme condylienne.
Ainsi, la flexion-extension, possible en théorie de 0 à 180°, se fait dans
l’articulation huméro-ulnaire, la pronosupination possible de 0 à 150° se fait
dans l’articulation radio-ulnaire supérieure.
Il n’y a pas de mouvement frontal
possible, ni de translation antéropostérieure du fait des surfaces
articulaires.
La morphologie articulaire impose un mouvement autour
d’un axe fixe ou presque, frontal, passant par le centre des surfaces
articulaires de l’extrémité inférieure de l’humérus.
La mobilité articulaire est
donc uniaxiale.
B - Anatomie ligamentaire et stabilité
:
La fonction de l’articulation du coude est rendue possible par les stabilités
antéropostérieure et frontale présentes dans l’articulation huméro-ulnaire.
La stabilité en flexion-extension est assurée notamment par la forme des
surfaces articulaires humérale et ulnaire.
Les contraintes imposées par
la morphologie épiphysaire de ces deux os produisent une charnière, assurant la stabilité en flexion-extension.
Cette stabilité est
accrue par le maintien en tension des structures ligamentaires latérales
et le tonus des muscles périarticulaires qui augmentent la coaptation axiale.
Le rôle essentiel assuré par les ligaments latéraux justifie une description
complète.
Le ligament latéral interne ou ligament collatéral médial est
composé de trois faisceaux (antérieur, postérieur et transverse), tendus de
l’épitrochlée à l’extrémité supérieure de l’ulna : le
faisceau antérieur est le plus volumineux et le plus épais.
Il est tendu de
l’épitrochlée, où il s’insère à la face inférieure de l’épitrochlée, sur le versant
profond des muscles épitrochléens, en avant du plan de la palette.
Il ne prend
pas d’insertion sur la face médiale de la trochlée humérale.
Ce faisceau se
dirige en bas et en avant, s’élargissant en triangle et se termine à la face
médiale de l’apophyse coronoïde.
Ce faisceau est tendu tant en flexion, qu’en
extension ; le faisceau postérieur, ou ligament de Bardinet, plus fin, s’étale en
éventail depuis la face inférieure de l’épitrochlée où se situe son sommet,
jusqu’à la face médiale de l’olécrâne.
Ce faisceau se tend en flexion ; le
faisceau transverse, ou ligament de Cooper, participe peu à la stabilité du
coude, ne pontant pas l’articulation, car tendu de la face médiale de l’olécrâne
à la face médiale de l’apophyse coronoïde.
Le ligament latéral externe ou
ligament collatéral radial est aussi composé de trois
faisceaux : un faisceau antérieur tendu entre la partie antéro-inférieure de l’épicondyle et le ligament annulaire, disposé en éventail
à base inférieure, un faisceau moyen huméro-ulnaire, ou faisceau ulnaire du
ligament collatéral radial dont l’insertion haute se situe sur l’épicondyle, à la
face profonde des muscles épicondyliens.
Ce faisceau, épais et tendu, tant en
flexion qu’en extension, se dirige en bas et en avant, passant en pont audessus
du ligament annulaire et s’insère sur la crête supinatrice de l’ulna.
Il
limite la translation en rotation externe de l’extrémité supérieure du radius ;
un faisceau postérieur, simple épaississement capsulaire, ne participe pas à la
stabilité de l’article.
La stabilité frontale de l’articulation huméro-ulnaire est assurée de façon
combinée par les structures osseuses et ligamentaires.
L’olécrâne et
l’apophyse coronoïde assurent la stabilité principale en varus tant en
flexion qu’en extension, le ligament collatéral radial assurant une stabilité
secondaire du varus, son rôle augmentant au cours de la flexion.
La stabilité en valgus est plus controversée, la part respective de l’extrémité
supérieure de l’ulna, du radius et du ligament collatéral médial n’étant pas
consensuelle.
D’après les travaux de Hotchkiss, An,
Morrey, King, O’Driscoll, Fuss et Schwab, il ressort
que la stabilité première est assurée par le ligament collatéral médial dont
certaines fibres sont toujours sous tension quel que soit le degré de flexionextension
du coude et dont la section crée une laxité franche.
La
structure secondaire de stabilité du coude est assurée par l’extrémité
supérieure du radius, son rôle devenant essentiel en cas de
lésion du ligament collatéral médial.
Enfin, l’extrémité supérieure de l’ulna
n’intervient que de façon accessoire dans cette stabilité en valgus.
Seule une
résection de tout l’olécrâne produit une laxité en valgus.
La stabilité du compartiment huméroradial est d’étude beaucoup plus
récente.
Le rôle du faisceau ulnaire ou postérieur du
ligament collatéral radial dans la stabilité de ce compartiment a été démontré.
Sa lésion provoque une laxité postérolatérale avec instabilité sans que la part
respective dans cette laxité des lésions du faisceau ulnaire du ligament
collatéral radial et du ligament annulaire ait été analysée.
Une étude
récente semble démontrer une participation équivalente de ces deux
structures.
Le coude a donc une stabilité antéropostérieure assurée avant tout par la forme
des surfaces articulaires humérale inférieure et ulnaire supérieure
responsables d’une articulation de type charnière.
La stabilité frontale en varus-valgus, tant en flexion qu’en extension, est assurée par une combinaison
des structures osseuses et ligamentaires, ligament collatéral médial puis tête
radiale pour le valgus ; olécrâne, apophyse coronoïde, puis ligament collatéral
radial pour le varus.
La morphologie de l’articulation du coude nécessite aussi le maintien d’une
limitation de la stabilité rotatoire le long de l’axe de l’ulna (en
pronosupination), dont le facteur principal est la rotation externe de
l’articulation huméroradiale peu contrainte.
Cette stabilité est assurée par le
complexe ligamentaire latéral composé du ligament annulaire et des
différents faisceaux du ligament collatéral radial dont le faisceau ulnaire ou
moyen semble le plus important.
À cette stabilité passive de l’articulation du coude se surajoute une stabilité
active assurée par la tension des muscles pontant l’articulation du coude qui
augmente la coaptation articulaire et, par ce biais, sa stabilité.
Les muscles
biceps et triceps sont les plus importants de ces stabilisateurs actifs, mais le
brachial antérieur, le brachioradial, l’extenseur radial du carpe et l’anconé
participent aussi à cette stabilisation.
Formes anatomocliniques
et mécanisme lésionnel
:
Le mécanisme lésionnel varie en fonction du type de luxation.
Dans les cas les plus fréquents, le traumatisme se produit par chute sur la main
ou le poignet, le membre supérieur étant en extension, et le coude proche de
l’extension complète.
L’association d’une extension et d’un valgus
est presque constante.
L’ordre de survenue du valgus et de l’extension est
controversée.
Il semble cependant que le mécanisme lésionnel principal soit
l’extension du coude avec déchirure du plan capsulomusculaire antérieur.
Puis le bec olécrânien réalise un levier sur la fossette olécrânienne, entraînant
la coronoïde en arrière.
Le mouvement de valgus pourrait ne pas être lié au
traumatisme mais à la position du bras lors de la chute qui, en s’écartant de
l’axe du corps produit un valgus qui traumatise le ligament collatéral médial
et la tête radiale.
Dans d’autres cas, le mécanisme est imprécis et comporte un traumatisme
appuyé avec impact sur la région postérieure de l’avant-bras, à un niveau plus
ou moins apical et sur un coude fléchi.
Ces mécanismes lésionnels différents
expliquent la survenue de formes anatomiques variées de luxations du coude.
Différentes classifications ont été proposées, la plupart étant fondées sur la
position des segments antébrachiaux par rapport à l’humérus après le
traumatisme.
Les traumatismes en extension sont responsables des luxations
postérieures.
L’importance de la composante traumatique frontale
(notamment le valgus) peut conduire à des déplacements frontaux associés et
se définiront en luxation postéroexterne et postéro-interne.
Dans tous les cas,
les rapports radio-ulnaires supérieurs sont conservés d’où le nom parfois
utilisé de luxations convergentes.
Les traumatismes avec point d’impact antébrachial postérieur sont responsables des luxations antérieures.
La compréhension du mécanisme de la luxation permet d’appréhender les
lésions des différentes structures composant l’articulation du coude.
Ainsi un
mécanisme d’extension, associé ou non à un valgus, provoque une lésion
capsulaire antérieure, une lésion du ligament collatéral médial ou de
l’épitrochlée, et une lésion de la tête radiale.
Ce bilan lésionnel est à
rechercher dans les luxations postérieures et postéroexternes du coude, de loin
les plus fréquentes.
À l’inverse, un traumatisme avec point d’impact antébrachial postérieur au voisinage de l’extrémité supérieure de l’ulna est
responsable de lésions complexes avec fracture de l’extrémité supérieure de
l’ulna dans sa portion articulaire, lésions ostéochondrales plus ou moins
importantes de l’extrémité inférieure de l’humérus, sans lésion ligamentaire
majeure.
Ce bilan lésionnel est à rechercher dans les luxations antérieures
exceptionnelles et dans les fractures-luxations antérieures dites
transolécrâniennes.
Un autre type de mécanisme lésionnel serait responsable de luxations
rotatoires par mécanisme de supination forcée.
Déjà évoqué par les travaux
d’Osborne et Cotterill puis deWitvoet etTayon, ce mécanisme présente
un regain d’intérêt depuis les travaux portant sur l’instabilité postérolatérale
du coude.
Le mécanisme lésionnel se ferait en supination
maximale sur un coude en position demi-fléchie.
Le bilan lésionnel au cours
de ce mécanisme associe une rupture première du ligament collatéral radial et
notamment de son faisceau huméro-ulnaire, une luxation postérieure de la tête
radiale puis, par entraînement, une luxation de l’ulna.
Les autres mécanismes lésionnels, extrêmement rares, sont responsables des
autres formes de luxation du coude que sont les luxations divergentes,
les luxations médiales et les luxations latérales pures.
Sur la base des données fournies par l’anatomopathologie, il est possible de
distinguer plusieurs formes cliniques dans les traumatismes récents : les
luxations postérieures, les luxations antérieures, les luxations divergentes, les
luxations de la tête radiale.
Luxations récentes
:
A - Luxations postérieures :
Ce sont les plus fréquentes des luxations du coude (90 %).
Elles se
différencient en luxations postérieures pures et luxations postéroexternes.
Différentes séries publiées rapportent leur caractère fréquent, le mécanisme
prédominant d’une hyperextension, leur bénignité à moyen et long termes à
la condition d’un traitement orthopédique en urgence et d’une rééducation
bien conduite.
1- Diagnostic
:
Le diagnostic clinique est évident dans la luxation typique.
Le patient se
présente avec le coude en demi-flexion, le membre blessé porté par l’autre
main saine.
Il est douloureux et l’impotence fonctionnelle est totale.
Les
repères anatomiques du coude représentés par l’épitrochlée, l’olécrâne et
l’épicondyle qui, sur un coude fléchi, devraient réaliser un triangle isocèle
(triangle de Nélaton), ne sont pas retrouvés.
On note un raccourcissement du
squelette de l’avant-bras et une déformation du coude de profil avec saillie
postérieure, correspondant à l’olécrâne.
La palpation retrouve ce « coup de
hache », cette saillie postérieure osseuse, et la dépression rétrohumérale
(signe d’Ombredanne).
L’olécrâne est « ascensionné » par rapport à la ligne épitrochlée-épicondyle. La tête du radius est perçue en dehors de l’olécrâne.
En avant, la saillie mousse de l’épiphyse humérale complète le tableau
clinique.
À ce stade, le diagnostic de luxation est fait, permettant de la différencier
d’une fracture de l’extrémité inférieure de l’humérus.
Le reste de l’examen
clinique recherche une fracture associée, ou une complication.
Ces données
sont aisées à retrouver en cas de lésion récente.
Si le patient est vu
tardivement, l’oedème fait disparaître les contours osseux et la radiologie
seule fera le diagnostic des lésions fracturaires associées.
Dans tous les cas, il
faut rechercher une complication qui, tout en étant rare, nécessite une attitude
thérapeutique urgente et adaptée.
La complication vasculaire par lésion de
l’artère humérale est la plus grave.
Elle peut être secondaire à un traumatisme
en valgus sévère provoquant son étirement puis sa rupture.
Elle
s’associe donc à un traumatisme majeur du plan capsuloligamentaire médial.
Elle est plus fréquente dans les luxations ouvertes.
Le diagnostic est surtout
fait devant l’abolition des pouls radial et cubital, plus rarement en raison de
l’existence d’une froideur du segment antébrachial et de la main, voire d’un
hématome volumineux à la face médiale du tiers distal du bras.
Plus
tardivement, l’impotence fonctionnelle et l’anesthésie témoignent d’une
ischémie d’aval.
Les complications nerveuses intéressent le nerf ulnaire et le nerf
médian.
Ces deux troncs peuvent être lésés au cours du
traumatisme par étirement ou après réduction de la luxation par incarcération.
La constatation d’une atteinte nerveuse impose une réduction orthopédique
en urgence lorsque la paralysie est contemporaine du traumatisme, et une
exploration chirurgicale si elle survient au décours de la réduction.
2- Radiologie
:
Le bilan radiologique comportant deux incidences orthogonales (face et
profil), au besoin comparatives, est indispensable.
Il permet d’affirmer
la luxation et de préciser le type postérieur pur ou postéroexterne.
Dans
certains cas, il met en évidence une forme particulière déjà suspectée sur la
clinique : luxation médiale pure, luxation latérale pure.
Le bilan radiologique
permet en outre le diagnostic des fractures associées : fracture de la tête
radiale, fracture de l’épitrochlée, fracture de la coronoïde.
Les fractures
doivent être analysées en appréciant leur importance, leur déplacement car
elles peuvent, à elles seules, modifier le protocole thérapeutique.
Des
tomographies frontales ou sagittales réalisées directement, ou à partir de
reconstructions tomodensitométriques, peuvent être nécessaires pour faire le
bilan des fractures associées de petit volume.
3- Traitement :
Dans tous les cas, le traitement est avant tout orthopédique et à réaliser en
urgence.
La réduction de la luxation postérieure ou postéroexterne du coude a justifié
de nombreuses méthodes.
Quelques notions doivent être
retenues, car communes aux différentes techniques :
– la réduction doit être douce, et le moins traumatique possible.
Aucun geste
brutal ne doit être exercé ;
– elle doit être réalisée en milieu chirurgical. Une anesthésie de courte durée
est possible, plutôt à type d ’anesthésie générale pour permettre de tester
l’activité motrice au réveil du blessé, ce que n’autorise pas une anesthésie
locorégionale tronculaire ;
– l’hyperextension du coude, pour « désenclaver » l’apophyse coronoïde,
doit être proscrite.
Elle est responsable d’incarcération nerveuse ;
– la réduction associe une traction dans l’axe du membre supérieur et une
correction de la translation frontale.
L’importance respective de ces
manoeuvres dépend du type de déplacement ;
– un contre-appui sur la face antérieure de l’épiphyse humérale inférieure est
indispensable.
Il peut être réalisé par un aide en décubitus dorsal ou par le bord
de la table si le blessé est en décubitus ventral ;
– après distraction progressive de l’articulation, le coude est mis en flexion
et la réintégration olécrânienne guidée manuellement par appui supérieur ou
latéral en fonction du déplacement de l’olécrâne.
La réduction peut être réalisée en décubitus dorsal.
Dès lors, le membre
supérieur est tenu par l’opérateur qui assure une traction permanente, douce,
dans l’axe de l’avant-bras, celui-ci étant en supination. Un aide assure le contre-appui antérieur huméral pour s’opposer à l’ascension verticale de l’os.
De son autre main, l’opérateur guide la translation frontale et sa réduction progessive.
Nous préférons la technique de réduction en décubitus ventral inspirée
d’A Paré et reprise par Meyn.
La position en décubitus ventral permet une
levée partielle de la contracture musculaire, toujours présente en décubitus
dorsal du fait de la douleur spontanée, et facilite la réduction qui peut être
réalisée, au besoin, sous sédation légère.
En ventral, l’avant-bras tombe du
fait de la gravité.
Le contre-appui antérieur huméral distal est assuré, soit de
façon active par un aide qui maintient le segment brachial à l’horizontal, soit
de façon passive par le bord de la table opératoire sur laquelle le patient est
allongé.
L’opérateur tracte lentement le segment antébrachial vers le sol en
agissant au niveau du poignet.
L’autre main dirige la réduction de la
translation frontale et la réintégration olécrânienne.
Ce temps important est
rendu aisé par le contrôle visuel direct qui permet une adaptation du geste à
l’efficacité souhaitée.
Un ressaut signe la réintégration articulaire.
Un cliché
radiographique confirme la réduction et vérifie l’absence de fragment
incarcéré dans les interlignes huméro-ulnaire ou huméroradial.
Les
critères de réduction doivent être recherchés, notamment de profil, avec un
interligne huméro-ulnaire homogène d’avant en arrière, et un prolongement
de l’axe du radius croisant le centre du condyle huméral.
Les radiographies
de face et de profil vérifient le recentrage du coude avec un espace articulaire huméro-ulnaire de même importance sur toutes les incidences.
Le traitement chirurgical a pu être proposé pour réparer les structures
ligamentaires lésées.
La difficulté d’une réparation exacte des faisceaux
ligamentaires, liée à leur caractère polymorphe, rend la réparation anatomique
très difficile.
L’immobilisation plâtrée indispensable en postopératoire
jusqu’à cicatrisation ligamentaire, provoque une difficulté à la récupération
de l’extension du coude.
Une seule série comparative n’a pas démontré de
supériorité du traitement chirurgical par rapport au traitement orthopédique.
Le traitement chirurgical reste désormais réservé aux luxations irréductibles
ou incoercibles, souvent secondaires à une interposition intra-articulaire qu’il
faut lever, ou à une fracture associée, source de l’instabilité qu’il faut fixer
(coronoïde, épitrochlée, olécrâne, tête radiale).
Lorsqu’elle est réalisée, la
réparation chirurgicale se fait par deux voies médiale et latérale, chacune
d’elles permettant de réparer les structures ligamentaires respectives dont la
rupture se produit le plus souvent à l’insertion humérale.
Il existe
souvent une rupture des muscles s’insérant sur l’épicondyle ou
l’épitrochlée.
Leur réparation doit être associée à la réparation ligamentaire.
Après traitement chirurgical, le coude est maintenu dans une attelle plâtrée
postérieure immobilisant le coude à 90° de flexion.
L’attelle est conservée
3 semaines.
À partir du 15e jour, une rééducation active douce, sous
couverture de l’attelle, est débutée.
4- Soins postopératoires, rééducation et évolution
:
Dans les cas les plus fréquents où seule une réduction orthopédique est
nécessaire, une immobilisation plâtrée pour 10 jours par attelle postérieure à
90-100° de flexion est réalisée, après avoir testé la stabilité de l’articulation
en frontal et en antéropostérieur.
La rééducation est débutée à cette date après
réalisation d’un bilan radiologique de contrôle permettant de s’assurer de la
persistance de la réduction.
Si le coude était stable lors du testing initial, l’attelle peut être ôtée dès le 10e
jour et la rééducation conduite de façon libre ; si le coude était instable,
l’attelle est maintenue entre les séances de rééducation.
Certains auteurs
proposent la modification de l’attelle postérieure avec immobilisation à 45°
de flexion à partir du début de la rééducation pour diminuer le risque de déficit
d’extension.
L’attelle est définitivement enlevée à la troisième semaine.
En respectant les principes d’une rééducation précoce et douce, excluant tout
mouvement passif et toute manipulation douloureuse, la récupération d’une
bonne fonction du coude peut être garantie.
Deux études à long terme
ont démontré que 60 % des patients conservaient à distance un symptôme
mineur, mais qu’aucun n’avait consulté pour une séquelle de sa luxation du
coude.
Il peut persister un déficit d’extension d’environ 10° et des douleurs
occasionnelles.
La radiographie de contrôle peut retrouver quelques
ossifications para-articulaires sans conséquence sur la fonction, en dehors
d’un déficit d’extension déjà mentionné.
Les résultats sont
optimaux entre le troisième et le sixième mois de la luxation.
Lorsque le
traumatisme a été sévère la récupération peut nécessiter 1 an.
5- Complications vasculaires
:
Elles sont classiques mais rares (23 cas mondiaux) et concernent plus l’artère
humérale que ses branches.
La lésion anatomique peut être un spasme
vasculaire, une lésion intimale, une thrombose aiguë ou une rupture artérielle.
Elles sont plus fréquentes en cas de lésion ouverte mais la survenue
d’une luxation fermée habituelle ne doit pas les faire méconnaître.
Elles se
traduisent par une disparition des pouls radial et cubital d’aval, sans que la
vascularisation distale ne soit toujours menacée en raison d’anastomoses
nombreuses dans la région du coude.
Parfois, le tableau clinique est celui
d’une ischémie aiguë.
Elles surviennent lors de traumatismes sévères car elles
sont associées à des brèches capsulaires antérieures importantes ou à des
coudes instables après réduction des luxations.
L’importance de
l’hyperextension dans la genèse de ces complications est démontrée,
produisant simultanément une rupture des anastomoses vasculaires
antérieures et périarticulaires.
La disparition du seul pouls radial doit faire
évoquer le diagnostic, impose la réduction de la luxation en urgence et la
réalisation d’une artériographie, au besoin en salle d’opération.
En cas de nonréapparition
du pouls d’aval, ou d’obstacle à l’artériographie, l’exploration
chirurgicale s’impose, pour réparer ces lésions, par greffe veineuse, en
y associant la réparation chirurgicale des structures capsuloligamentaires
antéro-internes.
Si cette forme clinique typique est la plus fréquente, il faut être attentif aux
formes plus discrètes avec conservation d’un pouls.
Il faut rechercher des
signes précoces d’un syndrome de loge, notamment l’existence de douleur à
l’extension passive des doigts.
Si la lésion se confirme à l’artériographie, il
faut associer aux thérapeutiques déjà citées une aponévrotomie brachiale et
antébrachiale.
6- Complications nerveuses
:
Elles restent rares, 5 %des cas, si l’on exclut les simples dysesthésies dans
le territoire du nerf ulnaire sur coude luxé.
– Lenerf ulnaire reste le plus exposé lors du traumatisme surtout lorsque le
déplacement en valgus prédomine.
Il convient de se garder des
mouvements forcés de réduction afin d’éviter l’incarcération du nerf et la
persistance d’un déficit sensitif et/ou moteur dans le territoire du nerf ulnaire.
– Le nerf médian peut parfois être lésé.
Cette notion est moins connue que
l’atteinte du nerf ulnaire et peut passer inaperçue.
Trois types d’incarcération
du nerf médian sont possibles.
La plus fréquente semble être
l’incarcération intraosseuse du nerf lors d’une luxation avec fracture de
l’épitrochlée chez l’enfant.
Le diagnostic n’est fait qu’après la consolidation,
devant une amyotrophie des muscles de l’avant-bras innervés par le médian,
la persistance d’une douleur et la constatation d’une hypoesthésie de la pulpe
du pouce ou de l’index.
Le bilan radiologique retrouve soit une dépression
au-dessus de l’épitrochlée, soit une ligne de condensation scléreuse sur les
bords du canal où s’engage le nerf.
D’autres mécanismes sont possibles,
l’ensemble ayant été décrit par Hallet.
En cas de lésion nerveuse,
une exploration systématique est justifiée si la réinnervation ne se produit pas,
ou si l’électromyogramme (EMG) retrouve des signes de souffrance.
Dans
tous les cas, le délai entre le traumatisme et la neurolyse ne doit pas dépasser
2 mois, au risque de grever les possibilités techniques (greffe nerveuse)
et les chances de récupération.
– Lenerf interosseux antérieur peut aussi être lésé au cours des luxations du
coude.
B - Fractures associées :
La fréquence des fractures associées a été bien analysée par une étude
d’incidence.
Elles surviennent dans près de 25 %des luxations du coude
et sont représentées essentiellement par les fractures de l’épitrochlée (40 %),
les fractures de la tête radiale (30 %), les fractures de l’apophyse coronoïde
(10 %).
Il faut mentionner aussi les fractures de l’épicondyle, du condyle
latéral et de l’olécrâne.
1- Fractures de l’épitrochlée (épicondyle médial)
:
Elles représentent une particularité des luxations du coude de l’enfant ou
de l’adolescent chez qui elles se rencontrent plus particulièrement.
Elles sont
responsables des cas de luxations irréductibles ou incoercibles, par
incarcération du fragment épitrochléen fracturé et déplacé dans l’espace
articulaire huméro-ulnaire.
Elles témoignent d’une instabilité en valgus car
elles associent à la rupture du ligament collatéral médial une désinsertion des épitrochléens.
Elles nécessitent un abord chirurgical et une ostéosynthèse par
vis, ou broches pour les petits fragments, avec restitution anatomique du versant médial de l’articulation du coude, autorisant une
rééducation précoce.
L’important est d’évoquer cette lésion devant une
luxation incoercible du coude, surtout si la palette humérale de face présente
un aspect symétrique inhabituel comme l’a souligné Martini.
2- Fractures de la tête radiale
:
Il s’agit de la lésion associée dont la fréquence est la plus importante chez
l’adulte.
Elle peut exister également chez l’enfant. Le diagnostic est posé
sur le bilan radiologique initial et surtout après réduction de la luxation.
Des
incidences radiographiques de trois quarts (déroulé de tête radiale) ou des
tomographies sont parfois nécessaires.
La fréquence relative des luxations du
coude associées aux fractures de la tête radiale a conduit Broberg et Morrey
à les distinguer sous le terme de fractures de type IV dans la classification de
Mason.
Le traitement de ces lésions dépend cependant des caractéristiques
propres des fractures de la tête radiale. Le rôle important joué par la tête
radiale dans la stabilité frontale et rotatoire du coude
est désormais démontré.
Dans les fractures non déplacées (Mason type I), la
luxation réduite, le contrôle radiographique postopératoire vérifie la
restitution anatomique du profil articulaire du coude et l’absence de
déplacement de la fracture du radius.
Les fractures déplacées avec séparation
(Mason type II) justifient d’un abord chirurgical après réduction de la
luxation.
L’ostéosynthèse est indispensable pour rétablir ad integrum
l’anatomie du compartiment latéral du coude.
Le pronostic de cette fractureluxation
doit être réservé en raison du risque important d’ossifications.
Les fractures-tassements de la tête radiale génèrent plus de complications.
La
raison en est leur méconnaissance initiale, fréquente lors du traumatisme.
La luxation est réduite, mais la fracture non traitée. Un cal vicieux articulaire
se développe, générateur d’arthrose. Lorsqu’elles sont diagnostiquées, le
traitement en reste difficile.
Le relèvement du tassement est souvent incomplet, au prix d’une agression chirurgicale importante.
Le risque
d’ossifications articulaires est important, source de raideur ultérieure.
À l’opposé, les fractures comminutives (Mason type III) de la tête radiale ne
permettent plus la conservation de la tête et la résection est indispensable.
Le devenir à long terme des résections isolées de la tête radiale
a démontré la stabilité du résultat sans laxité secondaire.
Cette
situation n’est pas rencontrée en cas d’association d’une luxation du coude à
une résection de la tête radiale, où se pose le problème de la stabilité articulaire
immédiate.
Pour certains auteurs, la nécessité de protéger le ligament
collatéral médial rompu, justifie la mise en place d’une prothèse en
silicone ou en titane.
Ce choix thérapeutique permet une mobilisation
précoce du coude garant d’une récupération fonctionnelle satisfaisante avec
stabilité articulaire.
Pour Morrey, la résection précoce permet d’éviter
la survenue d’ossification, suivie d’une immobilisation de 3 semaines.
La
stabilité du coude reste précaire et la survenue d’un cubitus valgus posttraumatique
a été décrite.
Notre préférence va vers la mobilisation la plus
précoce possible du coude dans toutes les luxations, y compris les fracturesluxations
avec fracture Mason type III de la tête radiale.
La résection avec
remplacement prothétique immédiat semble l’intervention à conseiller.
3- Fractures de la coronoïde :
L’apophyse coronoïde est une structure essentielle de la stabilité antéropostérieur
de l’articulation du coude.
La constatation d’une fracture à ce
niveau impose une analyse précise de la stabilité de l’articulation traumatisée.
Lorsque le fragment est de petite taille (type I de Morrey)
l’articulation est stable et le traitement orthopédique usuel s’impose.
En cas
de fragment volumineux intéressant la base de la coroné (type III de Morrey),
le coude est instable, souvent incoercible avec reproduction de la luxation,
parfois irréductible par interposition du fragment.
Dans ces cas,
l’ostéosynthèse est indispensable.
Cette ostéosynthèse est au mieux
réalisée par une voie interne avec vissage d’avant en arrière.
Si le fragment
est très volumineux, un vissage d’arrière en avant (en rappel) peut être
envisagé.
La stabilité du montage doit être parfaite pour autoriser une
mobilisation immédiate.
En cas de fracture intermédiaire (type II de Morrey),
le coude doit être testé après réduction.
Si l’instabilité n’autorise pas une
rééducation précoce, le fragment coronoïdien doit être fixé pour permettre la
mobilisation postopératoire immédiate.
C - Luxations antérieures :
1- Luxations pures
:
Elles sont exceptionnelles et favorisées par une aplasie olécrânienne ou
une hyperlaxité ligamentaire.
Le mécanisme lésionnel est identique à
celui des luxations postérieures mais l’hyperextension est constante.
Le bec
olécrânien glisse sous la palette humérale et l’ensemble du squelette antébrachial vient se placer soit sous l’humérus (stade I), soit en avant de lui
(stade II).
Cliniquement, le coude est en extension quasi complète et en
supination de l’avant-bras, raccourci, avec palpation postérieure de la palette
humérale et disparition du relief de l’olécrâne.
Le tendon du biceps saille sous
la peau en avant.
Les complications sont fréquentes avec lésion de l’artère
humérale, atteinte du nerf ulnaire ou rupture du triceps.
Le traitement
orthopédique permet en général une réduction facile, sous anesthésie, par
traction axiale pour désenclaver l’olécrâne.
L’immobilisation puis la
rééducation sont similaires au traitement de la luxation postérieure, en dehors
des cas de rupture de triceps nécessitant une réinsertion transosseuse de cette
structure.
2- Fractures-luxations :
Elles sont beaucoup plus fréquentes et ont été décrites de façon précise sous
le terme de luxation transolécrânienne par Biga et Thomine,
fractures-luxations conjointes antérieures, ou fractures épiphysaires pures
à déplacement antérieur (type II de Beaufils).
Dans tous les cas, il existe
une fracture de l’olécrâne qui autorise la fuite en avant des deux os de l’avantbras.
Les rapports radio-ulnaires supérieurs sont conservés d’où le terme de
fracture-luxation conjointe utilisé par Marotte.
Le mécanisme causal est
un traumatisme direct avec impact sur la crête ulnaire, coude fléchi à 90°.
Ces
luxations transolécrâniennes sont divisées en deux types : les luxations de
type I présentent un trait olécrânien simple, oblique en haut et en avant, qui
atteint la grande cavité sigmoïde de l’ulna au niveau de son tiers distal.
Le
fragment supérieur est important, d’une seule tenue, solide et non déplacé.
L’apophyse coronoïde est solidaire du fragment diaphysaire.
Le mécanisme
spécifique responsable de ce type de lésion est un cisaillement.
Les luxations
de type II correspondent à un éclatement de l’olécrâne.
Il est cependant
possible de distinguer deux traits principaux : un trait distal qui atteint la
grande cavité sigmoïde à sa partie moyenne.
Une portion de la surface
articulaire olécrânienne reste solidaire du coroné.
Cette relative intégrité peut
permettre la conservation de la stabilité du coude.
Un second trait transversal
touche l’olécrâne au tiers proximal de la grande cavité sigmoïde et l’extrémité
supérieure de l’olécrâne est attirée en haut et en arrière.
L’importante comminution du troisième fragment intermédiaire situé entre ces deux traits
est notable.
La luxation dépend de la violence, souvent importante, du
traumatisme.
Dans tous les cas, l’intervention chirurgicale est nécessaire avec
ostéosynthèse après réduction de la luxation.
Si l’instabilité caractérise les
types I, l’ostéosynthèse des types II est particulièrement difficile. Les
séquelles sont fréquentes à type d’ossifications et de raideur articulaire.
D - Fractures-luxations complexes
:
Leur individualisation semble se justifier par le caractère aléatoire du
déplacement, soit vers l’avant, soit vers l’arrière contrairement aux formes
exposées précédemment qui se déplacent exclusivement en arrière ou en
avant.
Elles se caractérisent par l’association, à la luxation du coude, d’une fracture
de l’olécrâne et surtout de l’apophyse coronoïde absente dans les luxations transolécrâniennes.
L’éclatement de l’extrémité supérieure de l’ulna conduit
à une lésion composée de trois fragments principaux : l’olécrâne, l’apophyse
coronoïde et le fragment diaphysaire.
L’importance du fragment
olécrânien dicte sa migration.
Si le fragment proximal est de petite taille, il se
rétracte en haut et en arrière sous l’action du muscle triceps.
L’apophyse
coronoïde peut emporter une partie de la petite cavité sigmoïde, être refendue
ou comminutive.
Le fragment diaphysaire conserve à son extrémité
proximale une portion des petite et grande cavités sigmoïdes.
Ce segment peut
se déplacer en arrière, responsable d’une fracture-luxation conjointe
postérieure de type II avec luxation simultanée vers l’arrière de la tête
radiale.
Si la luxation se produit vers l’avant, il s’agit des fractures métaphysoépiphysaires à déplacement antérieure de type IV.
Il s’agit de
lésions sévères, témoignant d’un traumatisme violent, imposant une réduction
et une stabilisation chirurgicale.
La stabilité est assurée par la fixation après
réduction de la coroné, au mieux réalisée par un abord interne.
L’artifice
technique d’une voie médiale avec ostéotomie de l’épitrochlée est utile
dans les fractures comminutives de la coroné où il est possible de fixer
l’épitrochlée en lieu et place de l’apophyse coronoïde.
E - Luxations atypiques
:
1- Luxation divergente des deux os de l’avant-bras
:
Affection exceptionnelle, elle traduit une atteinte combinée des articulations huméroantébrachiales et radio-ulnaires proximales.
Elle se distingue des
lésions précédentes par la rupture constante du ligament annulaire et du
ligament carré de Dénucé.
L’efficacité du traitement orthopédique est
inconstante, même si la réduction est possible.
La stabilité de l’articulation
reste, ensuite, la principale lésion à traiter.
Après réduction, outre un cliché
radiographique de face, des incidences de profil en position standard, en
pronation et en supination sont indispensables.
Si le profil articulaire des trois
articulations concernées n’est pas restitué de façon anatomique, une
réparation chirurgicale des structures ligamentaires est nécessaire.
2- Luxation croisée des deux os de l’avant-bras
:
Encore plus exceptionnelle que la précédente, elle reste décrite.
Son
identification nécessite une lecture attentive de l’incidence de face retrouvant
une inversion des rapports radio-ulnaires avec la trochlée.
L’intervention
chirurgicale est nécessaire pour libérer et reposer la tête radiale, fixée en
position luxée en dedans de l’ulna par le muscle brachial antérieur.
3- Luxations médiales ou latérales pures
:
Leur description est classique mais leur fréquence rare.
Cliniquement, elles
s’individualisent par un élargissement de l’articulation de face, alors que les
longueurs respectives du bras et de l’avant-bras restent conservées en
comparaison avec le côté opposé.
Le bilan radiographique met en évidence
une translation latérale ou médiale de l’ulna qui reste dans le plan de la palette
humérale.
La grande cavité sigmoïde peut répondre, en fonction du
déplacement, au condyle huméral ou à l’épicondyle en cas de luxation latérale
ou siéger à cheval sur l’épitrochlée en cas de luxation médiale.
La réduction par manoeuvres externes frontales pures associées à une traction
pour désenclaver l’ulna, permet le plus souvent la réintégration en évitant
d’aggraver les lésions des parties molles, les structures antérieures ou
postérieures pouvant être respectées.
Parfois, l’incoercibilité nécessite la
réduction chirurgicale avec libération du muscle de l’anconé, le plus souvent
responsable de la reproduction de la luxation.
F - Luxations isolées de la tête radiale
:
Elles sont exceptionnelles chez l’adulte et semblent pouvoir être
provoquées par un traumatisme en semi-flexion et pronation forcée.
Elles se
rencontrent plus souvent chez l’enfant où elles restent rares, et leur
diagnostic, en dehors des formes congénitales, doit faire évoquer une fracture
de Monteggia pour laquelle la lésion ulnaire se limite à une incurvation
majorée de la diaphyse.
Le diagnostic est fait sur l’incidence de profil du coude démontrant l’absence
d’alignement entre le centre du condyle latéral et l’axe de la tête et du col du
radius.
Le traitement est avant tout orthopédique par réduction à foyer fermé,
en mettant l’avant-bras en varus et en supination.
La pronation douloureuse de Broca du petit enfant en serait une forme
mineure.
Elle concerne l’enfant entre 1 et 4 ans que l’on relève en le tirant par
la main, bras à la verticale source de traction en pronation.
On doit évoquer ce
diagnostic après ce type de traumatisme devant un enfant ne se servant plus
de son membre supérieur, bras en rotation interne, coude étendu et en
pronation.
La mobilisation douce permet de confirmer que la douleur siège au
coude.
La radiographie n’apporte aucune précision diagnostique.
La mise en
supination progressive de l’avant-bras associée à une flexion du coude et à
une pression sur la tête radiale permet d’obtenir un ressaut perceptible et
audible qui signe la réintégration.
L’enfant reprend le jeu et utilise à nouveau
son membre supérieur traumatisé, preuve de la réduction anatomique.
Luxations récidivantes et instabilités
:
Les luxations récidivantes du coude sont des affections rares dont
l’identification, lors de leur description initiale, se faisait devant un coude luxé
en huméroradial et huméro-ulnaire.
Désormais, les luxations récidivantes du coude sont vues à un stade précoce
correspondant plus à une instabilité de l’articulation du coude.
Identifier
l’instabilité et la traiter permet d’éviter l’apparition d’une luxation récidivante
du coude intéressant toutes les articulations huméroantébrachiales.
En
fonction des lésions constatées plusieurs types d’instabilité ont pu être
recensés.
A - Instabilité postérolatérale
:
Il s’agit de l’instabilité la plus étudiée à ce jour, notamment par les travaux de
O’Driscoll et Morrey.
Sa description initiale en revient, en fait, à
Osborne et Cotteril dès 1966, puis Witvoet et Tayon.
Les lésions
caractéristiques sont déjà décrites par ces auteurs : poche capsulosynoviale
de décollement postérolatéral, subluxation postérieure et inférieure de la tête
radiale, éculement du bord antérieur de la tête radiale en supination, et de la
partie postérieure du condyle huméral.
L’importance des lésions autorise
l’apparition d’une véritable luxation postérolatérale.
O’Driscoll a défini
les stades préalables à cette luxation vraie sous le terme d’instabilité
postérolatérale
L’histoire clinique des patients retrouve des accidents de subluxation ou
d’instabilité du coude, à distance d’une luxation vraie. Dans certains cas,
une véritable luxation récidivante peut être constatée.
En dehors de ces cas
où il existe une preuve évidente d’instabilité, peu de signes physiques
permettent d’identifier l’instabilité.
O’Driscoll et Morrey ont décrit un
test dynamique d’instabilité permettant d’objectiver la laxité.
Il s’agit du
ressaut rotatoire postérolatéral du coude, ou pivot-shift test du coude.
Le test se réalise sur un patient en décubitus dorsal, l’examinateur se situant
face à lui ou à sa tête. Nous préférons la deuxième méthode qui est plus facile
et détecte mieux les instabilités mineures.
Ainsi, l’examinateur situé à la tête
du patient, prend le membre supérieur en flexion du bras, flexion de l’avantbras
de telle sorte que le membre supérieur du patient se trouve au-dessus de
sa tête.
L’avant-bras est en supination et l’examinateur va réaliser
un mouvement de valgus, compression axiale, supination forcée.
Nous
potentialisons la luxation de la tête radiale par un mouvement direct de
translation postérieure de la tête radiale par la main assurant un contre-appui
au coude.
Le test d’instabilité se fait de l’extension du coude vers la flexion.
Vers 40° de flexion, la saillie postérolatérale du radius est maximale, c’est-àdire
que la luxation huméroradiale est majeure.
À ce stade, l’examinateur peut
voir une saillie osseuse postérieure correspondant à la tête radiale surmontée
d’une dépression cutanée postérolatérale qui signe la luxation huméroradiale.
La poursuite de la mise en flexion produit une réintégration des extrémités
supérieures du radius et de l’ulna et la disparition des signes physiques.
Le
test peut reproduire également les symptômes douloureux des accidents
d’instabilité.
Parfois, le test est limité par une appréhension et ne peut
reproduire la subluxation huméroradiale.
Cependant, l’existence de ce signe
d’appréhension est un critère positif de l’instabilité postérolatérale.
Dans la
plupart des cas cliniques, le test doit être reproduit sous anesthésie.
Un bilan
radiographique au cours du test confirme les données fournies par la clinique.
Dans la position de demi-flexion, supination forcée et compression axiale, on
recherche sur la radiographie de profil la disparition de l’alignement de l’axe
du radius et du centre du capitellum.
Ce bilan affirme, par ailleurs, la qualité
du test par l’augmentation de l’espace huméro-ulnaire.
Le reste de l’examen
clinique est proche de la normale, notamment la recherche d’une laxité en
varus et en valgus qui, dans les stades précoces, n’est pas présente.
À partir des constatations cliniques et radiographiques plusieurs stades ont
été individualisés :
– stade I : instabilité rotatoire postérolatérale.
À ce stade, seul le faisceau
moyen du ligament collatéral radial (ou faisceau ulnaire du ligament collatéral
radial) est rompu.
Cliniquement, le ressaut rotatoire postérolatéral est
présent et le bilan radiographique retrouve, de façon inconstante, une
subluxation postérieure de la tête radiale ;
– stade II : subluxation postérolatérale.
Les lésions associent une atteinte de
l’ensemble des faisceaux antérieur et moyen du ligament collatéral du coude
et une rupture de la capsule tant antérieure que postérieure.
Le ressaut
rotatoire est patent, pouvant conduire à une luxation vraie.
Le déplacement
reste faible et la réduction est facile.
Le bilan radiographique en position de
stress révèle une subluxation des articulations huméroradiale et huméroulnaire.
Seul le versant médial de l’articulation huméro-ulnaire reste
congruent ;
– stade III : luxation récidivante postérolatérale.
Il correspond au stade
ultime de l’instabilité avec luxation récidivante fréquente.
Sur le plan anatomopathologique, s’associe aux lésions déjà exposées une rupture du
ligament collatéral médial soit avec respect du puissant faisceau antérieur
(stade III A), soit avec lésion de tous ses faisceaux (stade III B).
Ces lésions
rares ont été décrites il y a de nombreuses années par Osborne et Cotteril,
Witvoet et Tayon.
Leurs caractéristiques cliniques sont celles de luxations
à répétitions survenant pour des traumatismes de plus en plus minimes.
Les
bilans radiographiques objectivent les luxations, leur réduction et les lésions fracturaires associées.
L’anatomopathologie révèle de façon constante une
poche de décollement postérolatérale dont la mise en évidence peut se faire
par arthrographie, arthroscanner voire imagerie par résonance
magnétique (IRM).
L’existence des lésions de stade I reste très controversée et la distinction
entre les stades I et II correspondrait à la conservation des structures
musculaires latérales (épicondyliens) ou à leur rupture en association avec le
ligament collatéral radial.
Le seul traitement de l’instabilité postérolatérale est chirurgical consistant soit
à effectuer un resanglage capsuloligamentaire latéral selon la technique
d’Osborne, soit à réaliser une ligamentoplastie de proximité.
B - Instabilités en valgus :
Ce diagnostic lésionnel a été surtout décrit par Jobe.
Il s’agit d’un
syndrome d’hyperutilisation et de microtraumatismes touchant les sujets
sportifs réalisant des lancers, notamment les joueurs de base-ball.
Le
diagnostic est effectué sur les données cliniques, à l’interrogatoire de sportifs
réalisant de façon répétitive des mouvements de lancer.
L’examen retrouve
une douleur localisée sur le versant médial du coude soit à l’effort, soit
spontanément.
Des paresthésies dans le territoire du nerf ulnaire peuvent
accompagner les symptômes douloureux. L’examen local objective une
douleur provoquée à la palpation de l’épitrochlée et sur le trajet du ligament
collatéral médial.
Des signes d’irritation du nerf ulnaire peuvent être associés.
Un testing en valgus du coude à 20-30° de flexion recherche une douleur
provoquée ou exacerbée, un oedème ou une laxité.
Le seul diagnostic
différentiel à éliminer est l’épitrochléite.
Un bilan radiographique peut
confirmer l’existence d’une laxité pathologique en valgus, mais l’absence de
signe radiologique n’écarte pas le diagnostic.
Au besoin, des clichés
dynamiques orientent le diagnostic positif. Le traitement est avant tout
médical avec mise au repos, anti-inflammatoires, et attelle de maintien.
Dans
certains cas, notamment de récidive, une stabilisation interne peut être
nécessaire.
Luxations anciennes ou négligées :
Elles sont devenues exceptionnelles par le développement de la prise en
charge sanitaire.
Leur diagnostic ne pose pas de problème devant un coude
enraidi et déformé chez un patient dont l’interrogatoire retrouve le
traumatisme causal.
Un bilan radiologique permet de différencier la
luxation négligée pure de la luxation associée à diverses fractures notamment
du radius et de l’ulna.
L’indication opératoire dépend de plusieurs facteurs :
l’ancienneté du traumatisme, la position de la raideur, le secteur fonctionnel
conservé.
L’abstention chirurgicale est recommandée devant une luxation
de plus de 6 mois, enraidie en flexion, avec secteur fonctionnel autour de 90°.
L’intervention chirurgicale se justifie dans une luxation négligée de moins de
6 mois, enraidie en extension et dont le secteur fonctionnel est loin de 90°, car
aucune adaptation n’est à espérer.
Les techniques chirurgicales comprennent les repositions sanglantes par
voie postérieure ou deux voies latérales avec ou sans allongement du triceps,
et les résections humérales avec arthroplastie modelante.
Dans tous les cas,
les résultats sont peu prévisibles et le pronostic doit être réservé.
Raideurs du coude après luxation :
Elles ne sont pas rares.
Leurs causes en sont multiples, qu’il s’agisse d’un
traumatisme à haute énergie, d’importantes lésions associées capsuloligamentaires ou osseuses (fractures de la tête radiale, du condyle
huméral, ou autre fracture articulaire), d’une luxation réduite tardivement,
d’une immobilisation trop prolongée ou d’une rééducation trop active.
Leur traduction clinique en est une limitation des mouvements de flexionextension
et/ou de la pronosupination.
Pour de nombreux auteurs, la perte de quelques degrés d’extension est habituelle
dans les suites de luxation du coude.
Au-delà de 10° de déficit d’extension, il
est usuel de parler de raideur.
Le bilan clinique de cette diminution de la
mobilité comprend l’analyse du retentissement de la raideur.
Une raideur en
flexion est handicapante pour se lever d’un fauteuil, une raideur en extension
empêche l’alimentation avec ce membre supérieur.
Le secteur de mobilité est quantifié.
Au maximum, la raideur est totale, réalisant une ankylose en flexion
ou en extension.
Le bilan radiographique de face et de profil précise la
position des calcifications périarticulaires.
Il est complété par des
tomographies, de profil surtout, et un examen tomodensitométrique avec
reconstructions sagittales et frontales.
L’utilité d’un bilan scintigraphique est
discuté.
À l’issue de cet examen, la raideur peut être rapportée à l’existence
de butées osseuses, notamment au niveau des fossettes olécrâniennes et coronoïdiennes, dont l’exérèse est nécessaire pour récupérer une mobilité
meilleure.
En l’absence de construction osseuse, la raideur est due à une
rétraction des structures capsuloligamentaires réalisant des freins à la
mobilisation.
Leur libération est nécessaire pour améliorer l’amplitude
articulaire.
L’arthrolyse du coude est nécessaire chez les sujets actifs dont la
raideur du coude retentit sur les activités professionnelles, domestiques, voire
sportives.
Dans les autres cas, l’indication dépend du retentissement de la
raideur, du bénéfice à attendre de la libération et de la participation prévisible
du patient à la rééducation.
L’arthrolyse comprend la libération de l’interligne huméroradial et radio-ulnaire proximal par résection de la tête radiale et
libération capsuloligamentaire latérale, et la libération de l’interligne huméroulnaire
avec excisions des ossifications situées dans les fossettes, libération
capsulaire antérieure, postérieure et du plan ligamentaire médial.
Chez
l’enfant, la fréquence d’une incarcération de l’épitrochlée dans la genèse de
la raideur a été soulignée.
Les luxations du coude sont des pathologies fréquentes, courantes, ne
posant en cas de luxation pure récente que peu de problèmes
diagnostiques ou thérapeutiques.
Cependant, une immobilisation
insuffisante ou des lésions associées méconnues peuvent conduire à
des séquelles importantes à type de raideur ou d’instabilité.
Une meilleure compréhension des mécanismes et des lésions
anatomopathologiques permet de préciser la sémiologie des
différentes affections satellites ou secondaires des luxations du coude.