Archétype de la maladie auto-immune non spécifique d’organe, le lupus érythémateux systémique (LES) est
un syndrome caractérisé cliniquement par l’association de manifestations protéiformes et biologiquement
par la présence presque constante d’anticorps dirigés contre divers constituants du noyau (anticorps antinucléaires).
Introduction
:
La maladie touche les femmes jeunes sept à neuf
fois sur dix.
La prévalence du LES est de 15-20 cas
pour 100 000 habitants.
Tout médecin a donc des
chances d’en rencontrer plusieurs cas au cours de
son exercice.
Signes cliniques et éléments
du diagnostic
:
Les atteintes organiques sont multiples.
Des critères de classification diagnostiques ont
été élaborés en 1982 par l’Association américaine de rhumatologie.
Il ne s’agit toutefois que d’une analyse
statistique établie à partir d’un recrutement rhumatologique et
certains critères ont été certainement surévalués aux dépens
d’autres.
Cette analyse peut donc ne pas s’appliquer à un
patient donné et le sens clinique du médecin doit toujours
prévaloir.
La présence simultanée ou successive d’au moins
quatre de ces critères permet de poser le diagnostic de LES.
Schématiquement, le praticien fait face à deux
types de situations :
– devant un symptôme ou une anomalie biologique
évocateurs, il convient alors de rechercher les autres éléments du
diagnostic ;
– devant un tableau clinique évocateur, il faut
confirmer le diagnostic de LES.
Dans les deux cas, une bonne connaissance des
manifestations cliniques et biologiques du LES est fondamentale.
De façon non
exceptionnelle, le praticien fait face à des signes
cliniques moins évocateurs, qu’ils soient cliniques,
comme des ulcérations buccales récurrentes, une
alopécie, un antécédent de fausses couches
répétées, une polyadénoapthie périphérique avec fièvre, ou bien biologiques,
comme une leucopénie, une lymphopénie, une anémie, une thrombopénie
ou une élévation de la vitesse de sédimentation avec protéine C
réactive normale.
Traitement :
A - Principes généraux du traitement :
Le lupus évolue par poussées entrecoupées de
rémission.
Ces notions doivent toujours être présentes à
l’esprit pour déterminer la prise en charge thérapeutique du patient
lupique.
Le caractère aigu de la maladie, lié à une
atteinte organique précise et qui peut avoir des conséquences
graves, nécessite une intervention thérapeutique rapide et
spécifique afin de contrôler la poussée de la maladie (par exemple :
atteinte du système nerveux central se traduisant par des crises
comitiales).
Le caractère chronique du lupus nécessite
l’éducation du patient, des évaluations régulières et la
reconnaissance précoce des signes d’évolutivité.
Des modifications adaptées du traitement
permettront ainsi de prévenir ou de contrôler les poussées
évolutives à des stades très précoces (par exemple, protection
solaire, contraception adaptée).
B - Schémas thérapeutiques :
Même si les indications sont à adapter à chaque
cas, il est possible de dégager des grandes lignes thérapeutiques.
C -
Éducation du patient lupique
:
Souvent négligée à tort, l’éducation du malade et
de sa famille est un élément important de la prise en
charge thérapeutique. Le malade doit pouvoir
reconnaître seul les signes cliniques avant-coureurs
de la poussée évolutive et consulter.
L’Association
française des lupiques (25, rue des Charmettes,
69100 Villeurbanne) organise des réunions d’information destinées aux malades et édite des
brochures explicatives.
On insistera sur les risques
d’un arrêt intempestif du traitement et sur la
nécessité d’une surveillance médicale régulière, y
compris en période de rémission clinique.
1-
Protection solaire :
La patiente est mise en garde sur les risques d’une
exposition prolongée au soleil.
Le port d’un chapeau
à bords larges, de lunettes teintées, l’application de
crème écran total à répéter toutes les 4 heures sur les
parties exposées seront conseillés.
Le médecin
généraliste doit participer à l’éducation et vérifier le
respect des « règles éducatives » de la patiente
lupique.
2- Éviter les médicaments inducteurs :
Le risque de poussée déclenchée par certaines
prises médicamenteuses sera expliqué au patient
afin d’exclure tout médicament non indispensable.
Le généraliste doit connaître et pouvoir fournir à la
patiente la liste des médicaments inducteurs.
3- Grossesse et contraception :
Le problème de la grossesse et de la
contraception doit être très rapidement envisagé
avec la patiente, en collaboration étroite avec un
gynécologue averti.
La grossesse devra être
programmée et sera « autorisée » si la maladie est
restée quiescente au cours de l’année précédente et
en l’absence de prise de médicaments tératogènes.
Une contraception efficace sera mise en route en
prenant soin d’éviter les oestroprogestatifs.
L’acétate
de cyprotérone (Androcurt) analogue synthétique
de la progestérone avec un puissant effet
antioestrogène est intéressant dans cette indication
car outre son effet contraceptif, il diminue le nombre
de poussées.
En raison du risque infectieux, la pose
d’un dispositif intra-utérin est contre-indiquée.
4- Surveillance clinique et biologique du lupus
:
Le médecin généraliste, par sa connaissance de la
symptomatologie lupique, devra reconnaître les
signes avant-coureurs d’une poussée lupique
(arthralgies, éruption …) ce qui permettra d’intervenir
précocement.
La surveillance biologique se fera par
un bilan minimum régulier (NFS, VS, protéinurie).
Le praticien devra connaître les effets indésirables
des traitements.
Nous insisterons sur la surveillance
ophtalmologique annuelle nécessaire lors de la
prescription d’antipaludéens de synthèse et sur le
rôle de la corticothérapie prolongée dans
l’accélération de l’athérogénèse car le pronostic
lointain du lupus est en grande partie conditionné
par le risque vasculaire.
Conclusions
:
Le lupus n’est plus une maladie mortelle puisque
la survie à 20 ans dépasse maintenant 90 %.
Dans
l’immense majorité des cas, il s’agit d’une affection
bénigne permettant une vie normale au prix d’un
modeste traitement d’entretien.
Le rôle du médecin
généraliste est primordial, au côté du médecin
interniste, dans la prise en charge de la maladie
lupique.
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