QUELQUES DEFINITIONS :
Le caractère inflammatoire d'une articulation est déterminé par
:
* des signes locaux, traduisant une inflammation de la
synoviale:
- chaleur locale augmentée (mieux perçue par la palpation avec
le dos de la main de l'examinateur).
- rougeur et dilatation veineuse (inconstantes).
- tuméfaction.
* des douleurs, entraînant une impotence fonctionnelle variable,
et dont la recrudescence nocturne, notamment dans la seconde
partie de nuit, est assez caractéristique.
* l'existence d'un dérouillage matinal décrit par le patient,
dont il faut noter la durée, et qui correspond à la période
d'enraidissement douloureux des articulations concernées. Cette
raideur cède plus ou moins complètement après la mise en
mouvement articulaire (quelques minutes à plusieurs heures).
* l'analyse du liquide de ponction articulaire,
chaque fois que cela est possible, montrant par définition en
cas d'arthrite plus de 1500 éléments par mm3 et/ou plus de 500
PNN/mm3, avec une concentration protidique supérieure à 30g/l. LA DÉMARCHE DIAGNOSTIQUE :
La difficulté diagnostique posée par une oligoarthrite ou une
polyarthrite récente tient au fait que les hypothèses
étiologiques sont nombreuses.
Une oligoarthrite ou une polyarthrite peuvent ainsi initier une
pathologie infectieuse, métabolique ou un des rhumatismes
inflammatoires chroniques (spondylarthropathie, polyarthrite
rhumatoïde).
Les modalités évolutives sont variables: ces arthrites peuvent
récidiver, ne se reproduisant pas forcément selon la même
topographie. Des manifestations extra-articulaires peuvent
apparaître, simultanément ou à distance de l'épisode articulaire
initial, parfois après plusieurs mois ou années.
Dans certains cas, le diagnostic ne pourra ainsi être porté
qu'après plusieurs années. Enfin, quelques unes de ces arthrites
resteront sans diagnostic étiologique.
Ce large éventail évolutif impose une démarche diagnostique
systématique et rigoureuse, basée sur un interrogatoire
"policier", un examen clinique complet et la demande d'examens
complémentaires orientés.
Diagnostic positif :
CLINIQUE :
Interrogatoire :
Description de la symptomatologie
L'interrogatoire permettra d'établir:
- la durée d'évolution des arthrites.
- le mode d'apparition brutal ou progressif des symptômes.
- la topographie des arthrites (aux membres supérieurs et/ou
inférieurs), leur caractère fixe ou migrateur.
- l'association à des douleurs dites "axiales", rachidiennes ou
fessières (articulations sacro-iliaques), à des talalgies, à des
douleurs chondro-costales.
- le nombre de réveils nocturnes.
- la durée du dérouillage matinal.
- les traitements déjà utilisés et leur efficacité: antalgiques
usuels, anti-inflammatoires non stéroïdiens dont il faut
préciser le délai d'action.
- la notion d'épisodes fébriles, de sueurs, de frissons. la
prise éventuelle d'antibiotiques (en précisant lesquels, à
quelle dose et pendant combien de temps).
Il faudra rechercher une altération de l'état général (asthénie,
anorexie, amaigrissement).
Antécédents
L'interrogatoire doit également porter sur les antécédents
personnels du patient, en orientant les questions dans deux
directions principales:
* les arguments en faveur d'une spondylarthropathie:
- des douleurs axiales inflammatoires.
- des talalgies.
- des troubles digestifs à type de diarrhée chronique
glairosanglante.
- des manifestations oculaires (conjonctivite, uvéite).
- des manifestations uro-génitales (urétrite, balanite).
- des manifestations cutanéo-muqueuses (psoriasis, pustulose
palmo-plantaire).
* les éléments évocateurs de manifestations extra-articulaires
d'une polyarthrite:
- un syndrome sec oculaire ou buccal.
- un syndrome de Raynaud.
- des fausses couches.
- une ou plusieurs phlébites.
- une alopécie.
- des aphtes.
- une éruption solaire (photosensibilité).
Nous verrons ci-dessous quelles pathologies peuvent être
évoquées en présence de telles manifestations.
Enfin, il faut rechercher des antécédents familiaux de psoriasis
ou de pathologies du groupe des spondylarthropathies, de
rhumatismes inflammatoires ou de connectivites.
Examen clinique :
L'examen clinique est complet et note en particulier:
- l'existence d'une fièvre.
- la topographie des arthrites: caractère grossièrement
symétrique ou non, rhizomélique (c'est-à-dire à proximité des
ceintures pelvienne et scapulaire) ou distal.
- examen du rachis et des articulations sacro-iliaques.
- l'existence de talalgies, de ténosynovites.
- la recherche de manifestations extra-articulaires
cardiologiques (souffle, péricardite), pneumologiques
(épanchement pleural), digestives (diarrhée), uro-génitales
(aphtes, infection), cutanéo-muqueuses, d'une
hépato-splénomégalie, d'adénopathies, de manifestations
neurologiques.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Examens biologiques :
Ponction articulaire
La ponction articulaire est primordiale et doit être tentée sans
délai pour analyse biochimique, bactériologique et recherche de
cristaux.
Autres examens biologiques
En ce qui concerne les autres examens complémentaires
biologiques, ils devront être envisagés en fonction des données
de l'interrogatoire et de l'examen clinique:
* si l'on s'oriente vers une spondylarthropathie débutante, un
typage HLA B27 sera nécessaire ainsi que des sérologies de
Yersinia, Chlamydia, Mycoplasma, Shigella et Salmonella, parfois
une coloscopie avec biopsies.
* en cas d'arguments en faveur d'une polyarthrite rhumatoïde
débutante, il faudra demander une recherche de facteur
rhumatoïde (tests au latex et de Waaler-Rose), des anticorps
antipérinucléaire et antikératine, un typage HLA DR4.
* en présence de manifestations lupiques, les facteurs
antinucléaires et les anticorps anti-DNA natifs ainsi que les
fractions du complément, une protéinurie des 24 heures
compléteront le bilan.
* en l'absence d'argument en faveur d'un rhumatisme
inflammatoire chronique débutant, des sérologies de l'hépatite B
et du Parvovirus B19 pouront orienter le diagnostic.
Ces quelques exemples montrent bien qu'il n'existe pas de "bilan
standard" s'adaptant à n'importe quel tableau d'oligoarthrite ou
de polyarthrite récente et que l'orientation clinique est
primordiale dans le choix des examens complémentaires.
Examens radiologiques :
Les clichés radiographiques porteront:
* sur les articulations symptomatiques.
* et comporteront systématiquement:
- un cliché de thorax.
- et des radiographies des mains et des poignets de face.
- des pieds de face.
- ainsi qu'un cliché de De Sèze, permettant de visualiser
notamment les articulations sacro-iliaques et la charnière
dorso-lombaire.
Diagnostic différentiel :
Le diagnostic différentiel ne doit pas résister à un bon examen
clinique qui éliminera une inflammation péri-articulaire
(tendinite, bursite, enthésopathie) et des douleurs osseuses
para-articulaires (ostéonécrose, métastases osseuses).
Diagnostic étiologique :
Dans la démarche diagnostique d'une oligoarthrite ou d'une
polyarthrite récente, la première étape est la recherche d'une
étiologie infectieuse, qui peut constituer une urgence
thérapeutique.
ORIGINE INFECTIEUSE BACTÉRIENNE :
Arthrite septique à pyogène :
L'arthrite septique à pyogène:
* réalise en général un tableau de monoarthrite aiguë, mais
l'éventualité d'une oligoarthrite ou polyarthrite subaiguë est
possible, souvent sur un terrain immunodéprimé favorisant
(corticothérapie au long cours, traitement immunosupresseur,
infection à VIH, diabète, héroïnomanie, alcoolisme). Le tableau
clinique peut être décapité par une antibiothérapie prescrite à
l'aveugle sans identification préalable du germe.
* le mécanisme est celui d'une septicémie avec localisations
septiques articulaires:
- il faudra rechercher un foyer infectieux à distance (cutané,
ORL, dentaire, urinaire ou génital, digestif).
- les germes les plus fréquemment retrouvés sont les
staphylocoques, les streptocoques et les bacilles à Gram négatif
ainsi que les gonocoques.
* les éléments évocateurs de cette étiologie sont:
- un syndrome septicémique (fièvre et surtout frissons).
- une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles.
- un liquide articulaire macroscopiquement louche ou purulent
dont
l'analyse confirmera le caractère très inflammatoire (parfois
100 000 éléments
par mm3), et la mise en culture permettra l'identification du
germe. L'examen direct réalisé systématiquement met en fait
rarement de germe en évidence, mais cela ne doit en rien récuser
le diagnostic et retarder la mise en route du traitement
antibiotique.
- les hémocultures doivent être répétées avant antibiothérapie.
Endocardite d'Osler :
L'endocartite d'Osler comportera les mêmes éléments
sémiologiques que précédemment, complétés de l'existence d'un
souffle cardiaque à l'auscultation.
D'autres signes cliniques auront une valeur d'orientation:
pétéchies des membres, faux panaris, splénomégalie.
Les hémocultures seront répétées et une échographie cardiaque
transthoracique, mais surtout transœsophagienne, est indiquée en
urgence pour confirmer le diagnostique (visualisation de
végétations valvulaires, retentissement sur la fonction
cardiaque). Le traitement est basé sur une antibiothérapie
massive par voie veineuse.
Brucellose :
La brucelloseest évoquée sur une notion de contage (ingestion de
fromage de chèvre de fabrication artisanale) ou de profession
exposée (vétérinaire, boucher, agriculteur).
Les arthrites sont présentes à la phase aiguë septicémique de la
brucellose. Il existe alors un contexte myalgique et fébrile
évocateur (fièvre sudoro-algique).
Ces arguments seront confirmés par la positivité du
sérodiagnostic de Wright, la présence du germe dans le liquide
articulaire et dans les hémocultures.
Polyarthrite gonococcique :
La polyarthrite gonococcique doit être évoquée systématiquement
chez le sujet jeune. Le caractère symptomatique de l'urétrite
chez l'homme sera un élément d'orientation important. chez la
femme, la cervicite étant plus volontiers asymptomatique,
l'interrogatoire sera pauvre.
Les prélèvements génitaux seront systématiques.
L'association à des ténosynovites et à des lésions pustuleuses
purulentes (qu'il faut prélever), des mains et des pieds, est
très évocatrice.
Maladie de Lyme :
La maladie de Lyme est causée par une infection à Borrelia
burgdorferi à la suite d'une piqûre de tique. Elle est plus
fréquente dans les régions boisées. cependant, des cas ont été
décrits partout en France. Il faut donc toujours évoquer ce
diagnostic et rechercher la notion d'une piqûre de tique, de
manifestations cutanées (erythema chronicum migrans).
Les manisfestations articulaires surviennent quelques semaines à
quelques mois après la phase d'infection. Les manifestations
cutanées sont très inconstantes et la piqûre de tique n'est
identifiée que dans 40% des cas.
Le sérodiagnostic permettra alors d'orienter le diagnostic.
A noter, la survenue possible de manifestations neurologiques
(méningo-radiculite) et cardiologiques (troubles de conduction).
Arthrites syphilitiques :
Les arthrites syphilitiques sont devenues exceptionnelles.
Elles peuvent survenir à la phase secondaire sous la forme de
polyarthrites subaiguës fébriles, migratrices, accompagnées de
la roséole cutanée. On recherchera une cicatrice de chancre.
Les sérologies syphilitiques réalisées seront fortement
positives à ce stade évolutif.
ORIGINE INFECTIEUSE VIRALE :
Parvovirus B19 :
L'infection à Parvovirus B19 peut s'accompagner d'une
monoarthrite, d'une oligoarthrite ou d'une polyarthrite aiguë,
subaiguë, voire chronique. Ce tableau polymorphe doit faire
évoquer le diagnostic de façon systématique.
Les éléments d'orientation seront une notion de contage
("cinquième maladie" de l'enfant), d'une profession exposée
(institutrice), d'une éruption cutanée récente.
Le diagnostic est confirmé par la positivité du sérodiagnostic
en IgM, sa positivité en IgG étant banale, stigmate d'une
infection ancienne, souvent passée inaperçue.
Rubéole, oreillons, mononucléose infectieuse et grippe :
La rubéole, les oreillons, la mononucléose infectieuse et la
grippe sont des infections virales s'accompagnant fréquemment de
polyarthralgies inflammatoires, plus rarement d'une polyarthrite
d'évolution spontanément favorable en quelques jours.
De même, la vacination antirubéolique peut entraîner, après 1 à
6 semaines, des polyarthralgies inflammatoires.
VIH
L'infection à VIH est une étiologie qui pourra être évoquée
devant une polyarthrite ou des polyarthralgies dans un contexte
fébrile ou subfébrile, associé à des myalgies. Le contexte peut
orienter le diagnostic (antécédent de transfusion sanguine,
toxicomanie).
A noter que les arthrites réactionnelles, le rhumatisme
psoriasique et la spondylarthrite ankylosante ont été
fréquemment décrits chez les patients séropositifs pour le VIH.
Il faudra demander une sérologie du VIH devant toute arthrite
inexpliquée.
Hépatites virales B et C :
Les arthrites, volontiers distales, bilatérales et symétriques,
apparaissent à la phase pré-ictérique de l'hépatite B (durée de
5 à 15 jours) avec des signes d'accompagnement évocateurs mais
inconstants (urticaire, céphalées, arthrite de la triade de
Caroli: asthénie, nausées, douleurs abdominales).
Le diagnostic sera confirmé par le dosage des transaminases et
la réalisation des sérologies HBV (positivité de l'antigène
Hbs).
L'hépatite C est parfois associée à des arthralgies, plus
rarement à des arthrites, cela notamment lors des associations
avec un syndrome de Goujerot-Sjögren ou à une cryoglobulinémie.
OLIGOARTHRITES OU POLYARTHRITES RECENTES DU SUJET AGE :
Pseudo-polyarthrite rhizomélique :
La pseudo-polyarthrite rhizomélique est une atteinte
inflammatoire symétrique des ceintures scapulaire et pelvienne,
parfois associée à une atteinte cervicale, touchant le sujet
âgé, en règle de plus de 60 ans.
La raideur est maximale le matin au lever avec un dérouillage
plus ou moins prolongé.
On note parfois une altération de l'état général, des myalgies,
une fébricule à 38 °C.
Il faut systématiquement rechercher une maladie de Horton, par
l'interrogatoire et l'examen clinique (céphalées, claudication
intermittente de la mâchoire, troubles visuels, abolition
caractéristique du pouls temporal). Elle est coexistante dans
25% des cas.
Biologiquement, la vitesse de sédimentation et surtout la
protéine C réactive, constamment élevées, sont un critère
diagnostique, de même que l'extrême sensibilité des douleurs aux
corticoïdes.
Chondrocalcinose :
La chondrocalcinose correspond à un dépôt articulaire de
cristaux de pyrophosphate de calcium. Sa fréquence augmente avec
l'âge (50% des sujets de plus de 80 ans), touchant l'homme et
surtout la femme. Les arthrites touchent essentiellement les
grosses articulations (genoux, poignets, épaules).
Le diagnostic est orienté par la réalisation de radiographies
des genoux, des poignets et des hanches qui montrent de façon
caractéristique un liséré calcique incrustant les cartilages ou
les fibrocartilages (ligament triangulaire du carpe, ménisques).
L'analyse du liquide articulaire recherche des cristaux de
pyrophosphate de calcium.
A noter l'existence de formes secondaires de chondrocalcinose
liée à l'hémochromatose ou à l'hyperparathyroïdie et dépistées
par un bilan phosphocalcique et ferrique (fer sérique,
ferritinémie).
Goutte polyarticulaire :
La précipitation intra-articulaire de cristaux d'urate de sodium
conduit à une crise de goutte. Elle concerne de façon
caractéristique l'homme de 40 à 60 ans, parfois pléthorique,
dont la consommation d'alcool peut être excessive et chez lequel
on cherchera des antécédents articulaires similaires et des
crises de coliques néphrétiques.
Les arthrites prédominent aux membres inférieurs (genoux,
pieds).
L'analyse du liquide articulaire recherchera des cristaux
d'urate de sodium libres ou phagocytés par des polynucléaires
neutrophiles.
Biologiquement, l'uricémie inconstamment élevée au moment de la
crise de goutte peut orienter le diagnostic.
Enfin, l'efficacité de la colchicine dans cette affection
constitue un test diagnostic et thérapeutique.
Polyarthrite rhumatoïde du sujet âgé :
La présentation clinique de la polyarthrite rhumatoïde du sujet
âgé est superposable à celle du sujet plus jeune, décrite plus
loin.
OLIGOARTHRITES ET POLYARTHRITES CONCERNANT PREFERENTIELLEMENT LE
SUJET JEUNE :
Rhumatismes du groupe des spondylarthropathies :
Sont regroupés sous le terme de spondylarthropathies, la
spondylarthrite ankylosante, le rhumatisme psoriasique, les
arthrites réactionnelles, le rhumatisme des entérocolopathies
inflammatoires.
Ce regroupement nosologique est né de l'observation au cours de
ces différentes pathologies:
- de manifestations cliniques communes (uvéites, atteinte
axiale, enthésopathie).
- sur terrain génétique identique (présence fréquente de
l'antigène tissulaire d'histocompatibilité HLA B27).
- et avec des atteintes radiologiques comparables
(syndesmophytes, sacro-iliite).
Spondylarthrite ankylosante
La spondyarthrite ankylosante est un rhumatisme inflammatoire
chronique qui touche plus fréquemment l'homme jeune, bien que
les formes féminines sont actuellement rapportées dans plus de
30% des cas.
* L'atteinte axiale caractéristique peut être précédée
d'arthrites périphériques, surtout des membres inférieurs.
* Les arguments diagnostiques sont:
- des antécédents personnels ou familiaux de pathologies du
groupe des spondylarthropathies (uvéite, psoriasis,
entérocolopathie inflammatoire).
- douleurs fessières ou talalgies associées actuelles ou
passées.
- présence de l'antigène tissulaire HLA B27(présent dans 90% des
spondylarthrites ankylosantes et dans 6% de la population
générale).
- l'existence de syndesmophytes rachidiens (charnière
dorso-lombaire) ou d'irrégularités des articulations
sacro-iliaques.
Rhumatisme psoriasique
Le rhumatisme psoriasique est un autre rhumatisme inflammatoire
du groupe des spondylarthropathies dont le diagnostic sera
facilement évoqué en présence d'un psoriasis cutané connu ou
contemporain des arthrites.
L'interrogatoire recherchera également la notion de psoriasis
familial.
Dans 10% des cas, les manifestations articulaires précèdent
l'apparition des signes cutanés, parfois de plusieurs années,
rendant le diagnostic difficile.
L'orientation diagnostique reposera alors:
- sur l'atteinte caractéristique des interphalangiennes
distales:
- l'association possible à une atteinte axiale.
- les antécédents personnels ou familiaux du groupe des
spondylarthropathies.
- et la présence, plus rare que dans la spondylarthrite
ankylosante, de l'antigène tissulaire HLA B27.
Arthrite réactionnelle
Dans sa forme complète, l'arthrite réactionnelle ou syndrome de
Fiessinger-Leroy-Reiter comporte des manifestations oculaires
(conjonctivite), urétrales infectieuses non gonococciques et des
arthrites, en général oligoarticulaires et prédominant aux
membres inférieurs. Cette forme clinique est en réalité
exceptionnelle et l'on observe plus fréquemment des
manifestations articulaires inflammatoires secondaires à une
diarrhée infectieuse.
Les germes mis en cause dans le déclenchement des arthrites
réactionnelles sont:
- Chlamydia et Mycoplasma dans les infections du tractus
uro-génital.
- Yersinia enterocolitica ou Yersinia pseudotuberculosis,
Shigella et Salmonella dans les infections digestives.
L'évolution de ces arthrites se fait dans la majorité des cas
vers la guérison, après une ou plusieurs récidives.
Dans 20% des cas, l'évolution se fait vers une spondylarthrite
ankylosante avec des manifestations axiales. Cette dernière
évolution est plus fréquente en présence de l'antigène
tissulaire HLA B27.
Rhumatisme des entérocolopathies inflammatoires
Il s'agit des manifestations inflammatoires articulaires
satellites de la maladie de Crohn ou de la recto-colite
hémorragique. L'atteinte peut être périphérique ou axiale, sur
un terrain génétique commun aux autres spondylarthropathies
(présence de l'antigène tissulaire HLA B27 dans 60% des cas).
Polyarthrite rhumatoïde :
La polyarthrite rhumatoïde est le rhumatisme inflammatoire
chronique le plus fréquent avec une prévalence proche de 1%,
touchant préférentiellement la femme, entre 20 et 50 ans.
* Au début de l'évolution, on observera une oligoarthrite
distale, touchant surtout les membres supérieurs. Les récidives
ultérieures conduiront à une atteinte bilatérale et symétrique
avec des déformations caractéristiques.
* Les arguments cliniques en faveur de ce diagnostic sont:
- le terrain (femme, antécédents familiaux, présence de
l'antigène tissulaire HLA DR4).
- arthrites distales (mains, poignets) bilatérales et
symétriques.
- l'association possible à des ténosynovites des fléchisseurs ou
des extenseurs.
* Radiologiquement, les signes peuvent être absents
initialement. On recherchera:
- une déminéralisation en bande périarticulaire.
- des érosions marginales épiphysaires des métacarpiens ou des
phalanges.
- des géodes du carpe ou typiquement de la tête du cinquième
métatarsien.
- un pincement articulaire.
* Biologiquement, la positivité de la sérologie rhumatoïde
(tests au latex et de Waaler-Rose) a une valeur d'orientation
mais est souvent négative en début d'évolution. Elle peut
d'ailleurs ne jamais se positiver (15% des polyarthrites
rhumatoïdes). La validité d'autres anticorps est en cours
d'évaluation pour leur réalisation en routine (anticorps
antikératine et antipérinucléaire).
* La biopsie synoviale d'une articulation atteinte peut montrer
une synovite rhumatoïde ou être aspécifique.
En fait, elle n'est pas indiquée à visée diagnostique dans la
polyarthrite rhumatoïde mais garde un intérêt pratique pour
éliminer une arthrite septique.
En fait, les signes en début d'évolution sont non spécifiques et
bien souvent c'est l'évolution dans le temps qui permettra de
porter le diagnostic avec certitude, avec l'apparition de
manifestations cliniques, radiologiques et biologiques
caractéristiques.
OLIGOARTHRITES ET POLYARTHRITES ASSOCIEES AUX MALADIES
SYSTEMIQUES :
Lupus érythémateux disséminé :
Les manifestations articulaires et cutanées sont révélatrices
d'un lupus érythémateux disséminé dans plus de 80% des cas. Une
grande variété de manifestations extra-articulaires peuvent
accompagner ou succéder aux atteintes articulaires et
dermatologiques, nécessitant un examen clinique rigoureux. La
particularité des arthrites au cours du lupus est de ne pas
s'accompagner d'anomalies radiologiques et de ne pas conduire à
des déformations articulaires.
La positivité des facteurs antinucléaires et en particulier des
anticorps anti-ADN natifs est caractéristique de cette
pathologie.
D'autres anomalies du bilan immunologique sont parfois présentes
(positivité des anticorps anti-Sm, diminution des fractions C3
ou C4 du complément) et ont également valeur d'orientation.
Syndrome de Goujerot-Sjögren :
Le syndrome de Goujerot-Sjögren est caractérisé par une
sécheresse buccale et oculaire et peut s'accompagner de
manifestations articulaires inflammatoires.
Le diagnostic évoqué cliniquement est confirmé par un examen
anatomopathologique d'une biopsie des glandes salivaires
accessoires.
Ce syndrome peut être primitif ou bien accompagner une
polyarthrite rhumatoïde (15 à 20% des cas) ou une autre
connectivite.
Sarcoïdose :
La sarcoïdose, notamment sous la forme du syndrome de Löfgren
(érythème noueux et adénopathies médiastinales), s'accompagne
souvent d'oligoarthrite ou d'une polyarthrite asymétrique.
La négativation des réactions tuberculiniques et l'élévation de
l'enzyme de conversion de l'angiotensine orienteront le
diagnostic.
Maladie de Behçet :
La maladie de Behçet touche préférentiellement les sujets du
bassin méditerranéen, avec une prédominance masculine.
* L'atteinte articulaire, lorsqu'elle existe, se présente sous
la forme d'une oligoarthrite ou d'une polyarthrite asymétrique.
* Les atteintes extra-articulaires caractéristiques de cette
pathologie et qui permettent de poser le diagnostic sont:
- une aphtose bipolaire (buccale et génitale).
- une pseudo-folliculite nécrotique.
- une hypersensibilité cutanée aux points de piqûre.
- les uvéites.
- les manifestations vasculaires (phlébites).
Autres connectivites :
La sclérodermie systémique, la dermatomyosite, la polymyosite,
la polychondrite atrophiante, la périartérite noueuse, la
maladie de Wegener sont d'autres connectivites variablement
associées à des atteintes articulaires inflammatoires qui
peuvent être révélatrices.
Ce sont les manifestations extra-articulaires et les anomalies
du bilan immunologique qui orienteront le diagnostic.
Conclusion :
Ainsi, au terme du bilan initial clinique puis biologique et
radiologique, il est en général possible d'orienter le
diagnostic étiologique et donc d'instituer un traitement adapté.
Dans certain cas, il est impossible de proposer un cadre
diagnostique et l'on parlera alors d'"arthrite inclassée". Le
traitement sera alors anti-inflammatoire non spécifique. Le
patient sera suivi en centre spécialisé de façon régulière,
d'autres manifestations cliniques ou biologiques venant parfois
compléter le tableau initial permettent de préciser le
diagnostic.
Nombre d'affichage de la page 434 |