On distingue:
- les lombalgies communes, les plus fréquentes, qui sont liées à
des phénomènes de dégénérescence disco-vertébrale.
- les lombalgies symptomatiques, révélatrices d'une affection
rachidienne ou extra-rachidienne et de nature extrêmement
variée.
Elles peuvent être:
- aigues, c'est-à-dire d'installation brutale.
- chroniques et alors d'installation plus insidieuse et de durée
plus prolongée.
RAPPEL ANATOMIQUE :
* Les cinq vertèbres lombaires (L1-L5) sont les vertèbres les
plus volumineuses du rachis. Elles sont plus étendues dans le
sens latéral que dans le sens antéro-postérieur.
- Les pédicules sont courts et massifs et naissent de la partie
postéro-latérale supérieure de la vertèbre.
- Les lames sont également courtes et se réunissent en arrière
pour former le canal rachidien.
- Les apophyses articulaires naissent à la jonction des
pédicules et des lames vers le haut et vers le bas et permettent
l'articulation avec les vertèbres sus-jacentes et sous-jacentes.
Cette articulation permet essentiellement des mouvements de
flexion-extension plus que des mouvements de rotation.
- Les apophyses transverses naissent à partir du pédicule et
s'étendent latéralement.
* Entre les vertèbres se trouvent les disques intervertébraux,
fibro-cartilages hyalins qui permettent une certaine souplesse
et une élasticité. Ils sont plus larges qu'au rachis dorsal.
Avec l'âge, ils subissent une dégénérescence par diminution de
l'hydratation du nucleus pulposus. Les constituants du disque
intervertébral auraient des terminaisons nerveuses nociceptives,
potentiellement source de douleurs. Cependant, le ligament
vertébral commun postérieur et l'annulus fibrosus sont les deux
tissus principalement responsables de la douleur d'origine
discale.
ORIENTATION DIAGNOSTIQUE :
L'orientation diagnostique reposera sur un examen clinique
précis.
Interrogatoire :
* L'interrogatoire comprend six points clés:
- les antécédents lombalgiques.
- la date et le mode de début des douleurs (brutal ou plus
insidieux).
- le mode d'évolution des douleurs.
- le siège et l'irradiation de la douleur (existence ou non
d'une radiculalgie, douleurs à la toux, aux éternuements, à la
défécation, qui évoquent une origine discale).
- le rythme de la douleur (horaire inflammatoire: douleur la
plus forte dans la deuxième partie de nuit ou le matin. horaire
mécanique: douleur alors aggravée par les mouvements et maximale
en fin de journée).
- l'influence des sollicitations mécaniques (mouvements).
* Il recherchera également l'existence d'antécédents de
traumatisme rachidien, l'âge, les activités professionnelles et
sportives du patient, les antécédents médicaux et chirurgicaux,
l'existence de signes généraux (anorexie, amaigrissement,
asthénie) et d'autres signes fonctionnels.
Examen physique :
* L'examen comprend également six temps:
- la recherche d'un trouble de la statique rachidienne. dans le
plan sagittal: hyperlordose lombaire ou cyphose lombaire. dans
le plan frontal: scoliose ou attitude scoliotique (après avoir
éliminé une inégalité de longueur des membres inférieurs).
- l'étude de la mobilité du rachis.
- la recherche de contractures musculaires paravertébrales et de
points douloureux à la palpation.
- la recherche de signes neurologiques (en particulier
déficitaires), la recherche de cellulomyalgies.
- l'étude des mobilités articulaires coxo-fémorales et d'une
éventuelle souffrance sacro-iliaque.
- l'examen général.
* L'étude de la mobilité du rachis explore les quatre principaux
secteurs de mobilité du rachis lombaire:
- la mobilité en flexion: malade debout, membres inférieurs en
extension, en lui demandant de se pencher en avant jusqu'à
toucher le sol avec ses doigts (distance mains-sol). malade
debout, membres inférieurs en extension, en repérant la dernière
épineuse lombaire sur laquelle on trace un premier trait
horizontal, en mesurant 10cm verticalement au-dessus de celui-ci
et en traçant un second trait. Le malade se penche alors en
avant et on mesure à nouveau la distance entre les deux traits.
on parle de raideur pour une mobilité inférieure à 10+3cm (test
de Schšber):
- la mobilité en extension qui a une certaine valeur
sémiologique puisqu'elle explore en particulier les articulaires
postérieures.
- la mobilité en inclinaisons latérales.
- la mobilité en rotation qui s'explore en position assise.
* La topographie des points douloureux devra être très
soigneusement notée (épineuses, espaces interépineux, zones
paravertébrales). les contractures peuvent avoir une valeur
localisatrice.
A l'issue de l'examen clinique :
A l'issue de cet examen clinique, les radiographies standard
(cliché du rachis lombaire de profil et cliché de De Sèze
[dorso-lombo-pelvi-fémoral]) et parfois une vitesse de
sédimentation globulaire (VS) permettent d'orienter le contexte
nosologique.
On sépare classiquement les lombalgies mécaniques des lombalgies
inflammatoires, ces dernières recouvrant habituellement les
affections les plus sévères pour lesquelles il faudra adapter un
traitement spécifique.
Cependant, cette distinction ne nous permet pas d'obtenir des
groupes distincts. Il existe des recoupements entre les
lombalgies de caractère mécanique et les lombalgies de caractère
inflammatoire qui peuvent constituer de nombreux pièges
diagnostiques.
Lombalgies symptomatiques :
Nous avons vu que les lombalgies symptomatiques sont par
définition opposées aux lombalgies communes.
Elles sont accompagnées le plus souvent de douleurs de rythme
inflammatoire, donc réveillant le patient pendant la deuxième
partie de la nuit, maximales la nuit ou le matin au réveil et
s'améliorant au cours de la journée.
Les lombalgies peuvent avoir dans certains cas un rythme
mécanique en particulier dans les lombalgies symptomatiques par
déminéralisation osseuse.
En fonction des résultats de l'examen clinique, on se trouve
face à deux situations.
ABSENCE DE SYNDROME RACHIDIEN CLINIQUE :
S'il n'existe pas de syndrome rachidien clinique (pas de douleur
à la palpation ou à la mobilisation, pas de raideur lombaire),
on s'oriente plutôt vers des lombalgies d'origine
extra-rachidienne. Elles ne sont pas fréquentes. La présence de
signes généraux ou de signes cliniques spécifiques permet
d'orienter le diagnostic.
On éliminera ainsi les diagnostics différentiels des lombalgies:
- fissuration d'anévrisme de l'aorte abdominale.
- dissection aortique.
- tumeurs rénales ou pelviennes.
- pyélonéphrite.
- pancréatite.
- hématome du psoas.
- adénopathies malignes (lymphome hodgkinien ou non hodgkinien)
ou infectieuses prévertébrales.
- fibrose rétropéritonéale.
On orientera ainsi la prescription des examens complémentaires.
En cas de normalité des touchers pelviens, de la palpation
abdomino-pelvienne et de l'auscultation, c'est souvent le
scanner abdomino-pelvien qui permet de poser le diagnostic
positif.
PRESENCE D'UN SYNDROME RACHIDIEN CLINIQUE :
S'il existe un syndrome rachidien clinique, on doit alors
éliminer deux types d'affection dont le retard diagnostique peut
être extrêmement grave en termes de pronostic fonctionnel, voire
vital.
Les infections :
Les infections surviennent habituellement sur un terrain de
prédilection (opération ou accouchement récents, patients
diabétiques, transplantés ou immunodéprimés).
* Il s'agit le plus souvent:
- d'une spondylodiscite.
- d'une spondylite.
- d'une épidurite infectieuse.
* L'installation de la lombalgie est souvent brutale, la raideur
est intense, la fièvre bien qu'inconstante est très fréquente.
* Les examens biologiques montrent une hyperleucocytose avec
polynucléose, une élévation de la VS ou de la protéine C
réactive (CRP).
* Les radiographies peuvent être normales ou montrer à un stade
plus tardif des érosions des plateaux vertébraux et un pincement
discal.
* La scintigraphie osseuse avec clichés précoces (pyrophosphate
de technétium) peut montrer une hyperfixation qui précède en
règle le pincement discal.
* L'IRM est l'examen de choix. Elle peut mettre en évidence:
- un hyposignal du disque et des plateaux adjacents en séquence
T1 se rehaussant après injection de gadolinium et un hypersignal
discal en séquence T2.
- éventuellement, des abcès des parties molles en avant ou en
arrière du disque.
* Le germe le plus souvent en cause identifié après
ponction-biopsie disco-vertébrale est le staphylocoque doré.
Cependant, la tuberculose et la brucellose ne doivent pas être
oubliées.
Lombalgies en fonction de l'âge :
D'autres étiologies seront évoquées en fonction de l'âge.
Sujet de plus de 50 ans
La métastase vertébrale ou le myélome doivent être évoqués quand
il s'agit d'un sujet âgé (de plus de 50 ans).
- Le diagnostic est le plus souvent radiologique (lésion
ostéolytique habituellement, lésions ostéocondensantes en cas de
cancer prostatique ou parfois mammaire) et est confirmé au mieux
par le scanner ou l'IRM lombaire qui apprécient essentiellement
les rapports de la lésion avec le canal rachidien.
- La VS est habituellement élevée. une hypercalcémie sera
systématiquement recherchée.
Sujet de moins de 50 ans
Les lombalgies inflammatoires du sujet plus jeune devront faire
évoquer surtout trois étiologies:
* une spondylarthropathie, évoquée devant des fessalgies à
bascule sensibles aux AINS chez un homme jeune avec une
importante raideur rachidienne souvent plus étendue au rachis
dorsal voire cervical et, enfin, des antécédents
extra-articulaires (talalgies, uvéite et conjonctivite,
urétrite, psoriasis, diarrhée en rapport avec une
entéro-colopathie) sur un terrain HLA B27 dans un nombre
important de cas.
* un neurinome devant d'intenses douleurs nocturnes, une grande
raideur rachidienne et l'absence de signe radiologique. Le
diagnostic de la lésion intracanalaire est posé à l'IRM.
* d'autres tumeurs du sujet jeune, plus rares (ostéome ostéoïde,
ostéoblastome ou lymphome).
* un hématorachis spontané.
* une maladie de Lyme peut se révéler par une lombalgie
inflammatoire avec une imagerie normale:
- l'examen du liquide céphalo-rachidien (LCR) après ponction
lombaire montre une réaction méningée lymphocytaire et une
sérologie de la maladie de Lyme positive à IgM et IgG dans le
sérum et le LCR.
- les signes extra-neurologiques (morsure de tique, érythème
chronique, Larva migrans) doivent être recherchés par un
interrogatoire bien mené.
Lombalgies d'aspect mécanique :
Enfin certaines lombalgies symptomatiques prendront un caractère
plutôt mécanique:
* les lombalgies d'origine ostéoporotique qui surviennent chez
les sujets âgés, plutôt de sexe féminin et évoluent sous la
forme d'épisodes aigus de survenue brutale, parfois à l'occasion
d'un facteur déclenchant même minime:
- correspondent à des tassements vertébraux.
- on constate une diminution progressive de la taille de ces
patientes.
- le diagnostic repose sur les radiographies lombaires (à
compléter par des radiographies du rachis dorsal pour apprécier
le nombre de tassements vertébraux). Cette étiologie est la plus
fréquente chez le sujet âgé.
* les lombalgies liées à la maladie osseuse de Paget surviennent
également chez le sujet âgé et prennent un caractère chronique.
Le diagnostic est radiologique et parfois scintigraphique.
Lombalgies communes :
Les lombalgies communes ont les caractéristiques des lombalgies
mécaniques. On ne trouve aucun élément clinique inquiétant.
On peut distinguer les lombalgies aigues, dont le début est
brutal et l'intensité souvent importante, et les lombalgies
chroniques.
LOMBALGIES AIGUES :
Les lombalgies aigues surviennent le plus souvent sans
substratum organique. On distingue le lumbago aigu et les
"à-coups" douloureux lombaires.
Lumbago aigu
Le lumbago aigu apparaît brutalement chez un sujet jeune après
un effort de soulèvement, un faux mouvement voire un geste
anodin de la vie quotidienne. On recherche la sensation d'un
blocage rachidien.
- La douleur est vive, impulsive, majorée par le moindre effort
et calmée par le repos.
- L'examen clinique constate une attitude antalgique fréquente
et une raideur lombaire.
- Les radiographies ne seront réalisées qu'en cas de doute
diagnostique.
- La guérison est obtenue en moins de 1 semaine sous traitement
médical associant repos, antalgiques et parfois AINS.
"A-coups" douloureux lombaires
Les "à-coups" douloureux lombaires surviennent sur un terrain de
fond douloureux chronique et sont caractérisés par des douleurs
vives en coups de poignard, clouant le patient sur place et
d'évolution courte (de quelques secondes à quelques heures). Le
rythme de ces épisodes est souvent irrégulier et les
radiographies révèlent des discopathies dégénératives.
LOMBALGIES CHRONIQUES :
Les lombalgies chroniques sont extrêmement fréquentes et posent
un véritable problème de santé publique.
Dans plus de la moitié des cas, aucun diagnostic lésionnel
précis ne peut être porté.
On distingue les cas cités ci-après.
Syndrome des articulaires postérieures
* Les arguments en faveur du diagnostic de syndrome de
l'articulaire postérieure sont:
- l'absence de signes discaux évidents.
- l'aggravation des douleurs en hyperextension.
- l'absence d'impulsivité à la toux.
- l'amélioration par le décubitus.
- et une arthrose interapophysaire postérieure radiologique ou
tomodensitométrique.
* Les infiltrations articulaires postérieures souvent
radioguidées avec des dérivés cortisoniques permettent souvent
d'obtenir de bons résultats.
Syndrome de Maigne
Dans la compression du rameau postérieur de D12 (syndrome de
Maigne), il existe un point douloureux paravertébral à la
hauteur de D12 et on trouve une douleur provoquée à la crête
iliaque et des cellulalgies entre jonction dorso-lombaire et
crête iliaque.
Syndrome de Baastrup
Dans l'arthrose interépineuse ou syndrome de Baastrup, les
lombalgies sont liées au contact interépineux.
Les radiographies authentifient ce contact et montrent des
signes de condensation osseuse.
Spondylolisthésis *Spondylolisthésis par lyse isthmique: la lyse se fait chez
l'enfant vers
12-13 ans et est favorisée par la pratique de certains sports
(plongeon, gymnastique, danse). Cette lyse peut n'être
symptomatique que plusieurs années après sa constitution, voire
rester totalement asymptomatique. Des formes post-traumatiques
sont possibles.
* Spondylolisthésis dégénératif: il s'agit du glissement
antérieur d'une vertèbre par rapport à la vertèbre sous-jacente
sans lyse isthmique. Il survient chez un sujet plus âgé à la
faveur d'une arthrose interapophysaire postérieure.
Scolioses sévères et évolutives
Les scolioses sévères et évolutives peuvent être source de
lombalgies.
Lombalgies après nucléolyse ou chirurgie
Pour les lombalgies après nucléolyse ou chirurgie, certaines
étiologies sont plus contestées. Il s'agit de l'instabilité
lombaire, de la sclérose vertébrale idiopathique et de
l'hyperostose vertébrale engainante (maladie de Forestier).
Ces diverses composantes anatomiques peuvent s'associer avec les
discopathies dégénératives. Elles expliquent le caractère
protéiforme des lombalgies chroniques. La douleur d'origine
musculo-ligamentaire accompagne souvent les attitudes
antalgiques ou les déviations rachidiennes acquises et ne doit
pas être oubliée.
Lombalgies fonctionnelles
Le caractère fonctionnel de certaines lombalgies est possible
mais reste difficile à affirmer.
Le diagnostic sera orienté par:
- le contexte clinique (douleurs de siège imprécis, variables
dans le temps).
- l'existence d'un syndrome anxiodépressif ou le contexte d'un
accident du travail.
- le retentissement fonctionnel et psychologique familial.
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