Surfaces articulaires :
Les surfaces articulaires ne sont que peu congruentes.
- Les condyles fémoraux convexes s'articulent avec les glènes
tibiales.
- La glène tibiale interne est concave alors que la glène
tibiale externe présente une légère convexité sagittale.
- La congruence articulaire est améliorée par les ménisques
interne et externe. Il s'agit de fibro-cartilages semi-lunaires
prismatiques, triangulaires à la coupe.
- Enfin, la trochlée fémorale répond à la surface articulaire
postérieure de la rotule qui appartient à l'appareil extenseur
du genou.
Système capsulo-ligamentaire :
Le système capsulo-ligamentaire est composé de ligaments croisés
et latéraux.
Ligaments croisés
Les ligaments croisés, au nombre de deux: le ligament croisé
antérieur (LCA) et le ligament croisé postérieur (LCP) sont des
ligaments fondamentalement différents dans leur structure et
leur fonction.
* Le LCA:
- s'insère sur la face axiale du condyle externe, au niveau de
son tiers postérieur.
- et se termine sur la surface préspinale du tibia.
* Le LCP:
- est un ligament beaucoup plus volumineux et plus résistant que
le LCA.
- il s'insère sur la face axiale du condyle interne au niveau de
son tiers antérieur.
- et se termine sur la surface rétrospinale du tibia.
Les ligaments latéraux sont constitués par les plans
ligamentaires interne et externe.
Plan ligamentaire interne
Le plan ligamentaire interne est constitué par les deux plans du
ligament latéral interne (LLI) et par le point d'angle
postéro-interne (PAPI):
* le LLI est constitué de deux plans, un plan profond
fémoro-ménisco-tibial et un plan superficiel fémoro-tibial. Le
LLI est représenté sous la forme d'un ruban aplati.
* le PAPI est une zone complexe située entre le bord postérieur
du LLI et les coques condyliennes:
- il s'agit d'un renforcement capsulaire où se croisent les
expansions du muscle demi-membraneux et du LLI.
- le demi-membraneux vient renforcer cette capsule par la
terminaison de son tendon réfléchi et par des expansions des
tendons direct et récurrent.
- la corne postérieure du ménisque interne (MI) y adhère
fortement.
Plan ligamentaire externe
Le plan ligamentaire externe a une constitution différente de
celle du plan ligamentaire interne:
* le ligament latéral externe (LLE):
- est plus court et plus mince que le LLI.
- s'insère sur la face externe du condyle externe et se termine
sur la tête du péroné.
- est oblique en bas et en arrière.
* le point d'angle postéro-externe (PAPE):
- situé en arrière du LLE, le PAPE est une zone capsulaire
renforcée par les trois tendons d'insertion du muscle poplité
qui se réunissent à la face profonde du LLE pour former le
ligament poplité arqué.
- la corne postérieure du ménisque externe renforce cette zone,
amarrée par les ligaments de Humphrey et Wrisberg.
- de même, le tendon terminal du biceps sur la tête du péroné
renforce cette zone.
- la bandelette de Maissiat, terminaison sur le tubercule de
Gerdy du fascia lata, représente un élément supplémentaire de
renforcement du plan ligamentaire externe.
Capsule articulaire
La capsule articulaire:
* est un manchon fibreux qui s'étend de l'extrémité inférieure
du fémur à l'extrémité supérieure du tibia.
* présente une solution de continuité répondant à la face
articulaire de la rotule.
* a une consistance et une résistance inégales:
- est relativement lâche et mince en avant et au contraire très
épaisse en arrière, coiffant ainsi les condyles d'une coque
fibreuse: les coques condyliennes.
- ces coques sont le siège de lésions dans les laxités
chroniques évoluées.
Appareil extenseur du genou :
L'appareil extenseur du genou est un système actif permettant
l'extension du tibia, qui vient renforcer les éléments de
contrôle passif représentés par le système ligamentaire.
Le quadriceps fémoral forme avec la rotule et le tendon rotulien
cet appareil extenseur du genou:
- il s'insère en haut sur l'os coxal par le muscle droit
antérieur, sur le fémur par les muscles vaste interne et externe
et par le crural.
- il se termine par un épais tendon qui s'insère sur le bord
supérieur de la rotule: le tendon quadricipital.
- il se continue par le tendon rotulien qui se termine sur la
tubérosité tibiale antérieure.
L'entrecroisement des différentes fibres à la face antérieure de
la rotule réalisant le surtout fibreux prérotulien.
PHYSIOLOGIE :
Dans le genou, il existe un jeu articulaire physiologique.
Une rupture ligamentaire a pour conséquence l'existence d'un jeu
articulaire anormal ou laxité.
L'existence d'une laxité traduit une rupture ligamentaire.
Contrôle de la translation tibiale antérieure :
* Physiologiquement, il existe une translation tibiale
antérieure de l'ordre de 3mm en moyenne mais variable d'un
individu à l'autre ( 0 à 10mm). Cette translation est symétrique
d'un genou à l'autre (différentielle inférieure à 2mm),
c'est-à-dire comparative (translation du genou lésé soustraite à
la translation du genou sain).
- La rupture du LCA s'accompagne d'une augmentation de cette
translation tibiale antérieure absolue et surtout différentielle
(supérieure à 2mm).
- Le LCA constitue le frein principal à cette translation.
* En charge, le quadriceps se contracte, les forces sont
transmises par l'intermédiaire du tendon rotulien au tibia, le
point d'application de cette force résultante étant la
tubérosité tibiale antérieure.
- Cette force résultante peut être décomposée en une force de
translation tibiale antérieure et une force de coaptation
fémoro-tibiale.
- Le LCA est la première structure qui est mise en tension et
qui s'oppose à cette force de translation tibiale antérieure,
c'est le frein primaire.
- Si le LCA est rompu, c'est alors la corne postérieure du
ménisque interne et les formations postéro-internes (PAPI) qui
s'opposent à cette translation tibiale antérieure: c'est le
frein secondaire.
* Il est important de noter que:
- la simple mobilisation du genou en flexion-extension ne
modifie pas le centre instantané de rotation. la cicatrisation
des formations périphériques est alors possible sans le LCA, à
condition que le LCP soit sain.
- en revanche, si le genou est en charge, une translation
tibiale excessive se produit, qui peut être à l'origine d'une
modification du centre instantané de rotation.
* Peu à peu les sollicitations répétées des "freins
secondaires", entraînées par les contractions violentes du
quadriceps (saut, réception de saut), finissent par entraîner
une lésion méniscale : lésion de la corne postérieure du
ménisque interne qui est chevauchée par le condyle interne:
- cette lésion est très caractéristique, fente périphérique,
verticale en zone vasculaire du ménisque interne.
- cette lésion méniscale est un tournant évolutif car la
translation tibiale antérieure s'en trouve considérablement
augmentée.
* Cette laxité croissante se manifeste par des accidents
d'instabilité successifs. Il peut se produire un déboîtement, le
patient décrit très bien ce phénomène du "genou qui se déboîte".
* Les mouvements de translation tibiale antérieure en
subluxation, puis de réduction, qui accompagnent contraction et
décontraction du quadriceps sont à l'origine de forces de
cisaillement, principalement à la partie postérieure du
compartiment fémoro-tibial interne. Le cartilage articulaire est
progressivement dépoli: c'est la préarthrose.
* Lorsque l'usure cartilagineuse est en miroir, intéressant
condyle et tibia, c'est le stade de l'arthrose, arthrose
fémoro-tibiale interne. Cette arthrose n'apparaît le plus
souvent qu'en une trentaine d'années.
Lors du premier accident, outre la rupture du LCA, si l'énergie
du traumatisme n'est pas épuisée, il peut se produire des
lésions concomitantes des ménisques, des formations
capsulo-ligamentaires périphériques ou des lésions chondrales
d'emblée.
Contrôle de la translation tibiale postérieure :
En flexion
La seule formation qui permet le contrôle de la translation
tibiale postérieure est le LCP:
- il assure en effet 90% de ce contrôle.
- sa rupture s'accompagne d'un tiroir postérieur d'au moins 1cm.
- les lésions des formations postéro-externes augmentent cette
translation postérieure.
En extension
Les coques condyliennes sont tendues et participent au contrôle
de la translation postérieure:
* sur le plan physiopathologique, on retrouve parfaitement ce
phénomène lorsqu'un sujet descend l'escalier où le genou fléchit
de 0° à plus de 90° (en général 120°). Il existe alors une
sensation de cisaillement liée au recul du tibia.
* en extension, le quadriceps est contracté:
- la translation tibiale postérieure est contrôlée, les sauts,
réception de sauts sont possibles.
- cela explique l'absence de sensation d'instabilité importante
lors des activités sportives. En effet, lors des sauts et de la
réception de sauts, le genou est proche de l'extension (entre 0°
et 40°).
Contrôle du varus et du valgus tibial :
* Schématiquement, c'est le LLI qui s'oppose au bâillement
interne lors des mouvements en valgus. Les formations
postéro-internes sont sollicitées lors des mouvements de
rotation externe.
* Le LLE s'oppose au bâillement externe lors des mouvements en
varus.
* Les coques condyliennes s'opposent au mouvement de recurvatum.
Il existe fréquemment un recurvatum physiologique. s'il est
asymétrique, il est pathologique.
MECANISMES LESIONNELS ET CLASSIFICATION :
Les entorses du genou sont consécutives à des mécanismes très
différents: certains sont appuyés, d'autres non.
En fonction du mécanisme lésionnel et de la violence de
celui-ci, nous aurons un ou plusieurs éléments ligamentaires
lésés.
Les traumatismes non appuyés :
Les traumatismes non appuyés sont à l'origine de lésions isolées
du LCA.
La contraction du quadriceps est la condition nécessaire à la
rupture du LCA.
La rupture de LCA survient alors:
- lors d'une rotation interne tibiale ou plus exactement
rotation externe fémorale puisque le pied est fixé au sol. C'est
un accident classique lors de la pratique du ski ou du football.
- lors d'une hyperextension active, c'est le cas du "shoot dans
le vide".
- lors du relèvement d'une position hyperfléchie par contraction
isolée du quadriceps. C'est la position "à cul" des skieurs de
compétition. Il s'agit là d'un mécanisme exceptionnel.
Les traumatismes appuyés :
Les traumatismes appuyés sont à l'origine de la majorité des
entorses. Ils peuvent donner des lésions isolées des ligaments
mais surtout combinées.
Le tableau concernant les lésions provoquées par les
traumatismes appuyés nous résume l'ensemble des lésions obtenues
par les traumatismes appuyés. si le traumatisme est de faible
violence, une seule structure ligamentaire sera lésée. si, en
revanche, le traumatisme est à haute énergie, nous obtiendrons
une lésion plus complexe comme une triade ou une pentade.
Nous distinguons donc différents tableaux.
* L'entorse du LLI secondaire à une contrainte en valgus soit en
flexion à 30°, soit en extension.
* La triade antéro-interne secondaire à un mécanisme de valgus
soit en flexion, soit en extension:
- le LLI va se rompre en premier puis secondairement le LCA et
enfin le PAPI avec le ménisque interne.
- cette lésion fréquente est l'apanage des sports avec contact.
- le mécanisme associe un mouvement de rotation externe au
mouvement de flexion et valgus.
* La triade antéro-externe (de Don O'Donoghue) rétroligamentaire
est une lésion rare (5%) secondaire à un traumatisme en varus:
- dans ce type de mécanisme, il y a toujours une rupture du LCA
et jamais des formations externes isolément, elles sont toujours
associées. Le LCA se rompt en premier, puis le PAPE et le
ménisque externe, parfois le LLE.
- la contrainte en varus se produit dans un mouvement proche de
l'extension.
* La rupture isolée du LCP survient après un choc direct au
niveau de la tubérosité tibiale antérieure du genou fléchi à
90°:
- c'est le classique syndrome du tableau de bord.
- une chute à genoux peut être responsable d'une telle lésion.
- l'hyperflexion passive est rarement observée.
* La triade postéro-externe associe la rupture du LCP avec celle
du PAPE et du LLE. Elle peut survenir en fait de deux façons
différentes:
- mécanisme de recurvatum rotation externe par traumatisme
appuyé sur un genou en extension.
- choc antérieur sur genou fléchi, pied en rotation externe,
avec rupture associée du poplité.
* La triade postéro-interne:
- c'est dans une position proche de l'extension que va s'exercer
la contrainte en valgus à l'origine de cette lésion.
- les formations internes sont lésées ainsi que le LCP.
* Les pentades:
- lorsque les mêmes forces surviennent avec une plus grande
violence et surtout dans un mouvement proche de l'extension, il
va se produire une lésion des deux croisés et des formations
périphériques.
- c'est la pentade interne si la contrainte initiale est en
valgus ou la pentade externe si la contrainte initiale est en
varus.
* Les luxations:
- au stade ultime, il peut se produire une luxation complète du
genou. Celle-ci s'est parfois spontanément réduite.
- la luxation du genou s'accompagne fréquemment de lésions
vasculaires (poplitées) ou nerveuses (sciatique poplitée
externe).
- au moindre doute, une artériographie sera pratiquée.
Facteurs favorisants :
* Dans certains cas (16%), il existe des ruptures bilatérales du
ligament croisé antérieur qui surviennent chez des patients de
moins de 25 ans:
- ces ruptures surviennent dans un intervalle de 2 ans.
- il a été remarqué dans ces cas une étroitesse de l'échancrure
intercondylienne. Dans ces cas une plastie d'agrandissement de
celle-là est nécessaire.
* Il est certain que les activités sportives nombreuses et
variées sont à l'origine de la majorité des entorses du genou,
en particulier des ruptures du ligament croisé antérieur:
- les sports avec pivot et contact tels que le football, le
handball, le basket-ball, le rugby sont des grands pourvoyeurs
d'entorses du genou.
- le ski à lui seul a vu augmenter la proportion des entorses du
genou aux dépens des fractures de jambe en raison des
modifications du matériel: chaussures plus hautes.
- les sports de combat: judo, karaté sont responsables aussi
d'entorses du genou.
* Enfin, les accidents de la voie publique, voiture, moto sont
responsables des lésions les plus graves: rupture du LCP,
pentade, luxation du genou. Les accidents du travail sont
responsables eux aussi de lésions graves.
Entorse du LLI :
DIAGNOSTIC :
Clinique :
L'histoire clinique est classique: il s'agit le plus souvent
d'un jeune patient sportif décrivant un mouvement brutal et
forcé survenu sur son genou en valgus.
Signes fonctionnels
Les signes fonctionnels observés sont:
- une violente douleur interne syncopale, qui peut s'atténuer
pour permettre la reprise de l'appui.
- une impotence du membre inférieur parfois totale, tantôt
partielle (reprise de l'activité en cours).
- une attitude du genou en flexum, antalgique le plus souvent.
Signes physiques
* L'inspection recherche:
- l'attitude antalgique en légère flexion.
- une hydarthrose modérée du genou.
- des ecchymoses internes, parfois déjà apparentes.
* La palpation révèle:
- un point douloureux sur le trajet du LLI, le plus souvent sur
son insertion fémorale, parfois sur l'insertion tibiale.
- un choc rotulien est parfois présent mais modéré, témoin d'une
hydro-hémarthrose.
* Le test des laxités:
- le test en valgus imprime une contrainte latérale en valgus au
genou: la réalisation de ce test réveille la douleur. il
retrouve un discret bâillement interne. cette laxité sera
retrouvée en flexion à 30°. elle sera absente en extension.
- l'examen sera comparatif.
* Le reste de l'examen est normal, il n'existe pas de signe de
rupture du LCA: arrêt dur lors de la manœuvre de
Lachman-Trillat, absence de ressaut (voir plus loin).
Examens complémentaires :
* Les radiographies à réaliser auront pour incidence:
- face et profil du genou.
- vue axiale à 30° de flexion.
* Ces radiographies:
- s'assureront de l'absence de lésions osseuses, arrachements
osseux, fractures ostéochondrales.
- élimineront une luxation de rotule, par l'absence des signes
radiologiques: dysplasie de trochlée. fracture ostéochondrale.
ÉVOLUTION ET PRINCIPE DU TRAITEMENT :
L'évolution est en général bénigne, car les entorses du LLI ont
une tendance naturelle à la cicatrisation.
Traitement orthopédique
Les principes du traitement sont assez simples, il s'agit d'un
traitement orthopédique:
- gouttière plâtrée postérieure ou attelle baleinée amovible
pendant 3 semaines, avec marche en appui dès que l'indolence le
permet.
- une rééducation immédiate sera réalisée dans le but de
récupérer toutes les amplitudes articulaires: cette rééducation
permettra une mobilisation douce. elle commencera par des
contractions statiques du quadriceps, elle ne comportera pas de
massage et se poursuivra par une récupération de la
proprioception.
- traitement anti-inflammatoire, antalgique.
- glace localement.
- traitement anticoagulant préventif jusqu'à la reprise de
l'appui.
- l'évolution sera rapidement favorable en 3 à 6 semaines.
Troubles trophiques
Ces entorses peuvent parfois donner lieu à des troubles
trophiques si elles sont négligées:
* syndrome de Pelligrini-Stieda:
- il se caractérise par une limitation de la flexion et
l'existence d'une douleur sur l'insertion fémorale du LLI qui
est tuméfiée.
- la radiographie révèle souvent une ossification à ce niveau.
* syndrome secondaire des entorses:
- sa réalité est discutée.
- il est caractérisé par la présence d'un flexum passif.
- en fait cela cache souvent une rupture du LCA en battant de
cloche interposé dans l'échancrure, empêchant l'extension du
genou.
- l'arthroscopie redresse le diagnostic et permet de lever
l'interposition.
Rupture isolée du LCA :
La rupture isolée du LCA est la lésion la plus fréquente: 65%
des entorses.
DIAGNOSTIC :
Histoire clinique et signes fonctionnels :
Le tableau de rupture du LCA est caractéristique,
l'interrogatoire retrouve tous les éléments du diagnostic.
Il s'agit le plus souvent d'un jeune sportif, skieur ou
footballeur victime d'une chute.
On retrouve à l'interrogatoire:
* un craquement audible par le patient et par l'entourage dans
la majorité des cas. Ce craquement s'explique par la rupture
brutale du LCA mis en tension comme une corde de guitare par la
contraction du quadriceps.
* une incapacité à reprendre le sport immédiatement avec sortie
de terrain ou évacuation en traîneau: le patient a parfois une
impression de "patte folle" qui est le témoin de la gravité de
la lésion ou du genou qui s'est déboîté.
* une douleur très variable, souvent vive lors de l'accident,
elle s'atténue rapidement pouvant permettre parfois la reprise
des activités.
* dans la majorité des cas, l'interrogatoire permet de suspecter
fortement le diagnostic. L'examen clinique va le confirmer.
Signes physiques :
L'examen clinique sera facilité après l'évacuation de
l'hémarthrose. Celle-ci soulagera le malade et permettra
l'obtention d'un diagnostic lésionnel plus précis.
Inspection
L'inspection recherchera:
- des ecchymoses, exceptionnelles si l'examen est très précoce.
- un flexum passif témoin d'une lésion méniscale interne, ou
plus souvent d'une lésion en "battant de cloche" du LCA. Il
s'agit du moignon du LCA qui va s'interposer à la partie
antérieure de l'échancrure.
Palpation
La palpation recherchera:
- des points douloureux méniscaux.
- des points douloureux ligamentaires périphériques.
- un choc rotulien témoin de l'hémarthrose.
Test de Lachman-Trillat
* Le test de Lachman-Trillat en translation tibiale proche de
l'extension, genou déverrouillé permettra d'affirmer la rupture
du LCA:
- normalement, cette translation se trouve arrêtée brusquement
par la mise en tension des fibres du LCA. Cet arrêt brutal
ressenti par le malade correspond à l'arrêt dur.
- en cas de rupture du LCA, il n'existe pas d'arrêt dur mais un
arrêt mou, lié à la mise en tension progressive des formations
périphériques. Ce test est pathognomonique de la rupture du LCA.
- parfois, il y a un arrêt dur mais celui-ci est retardé. Il
peut alors s'agir d'une rupture partielle du LCA. Mais nous
verrons plus tard que cet arrêt dur retardé peut avoir aussi une
autre signification (rupture du LCP).
* la mesure de bitranslation tibiale, lors de cette manœuvre,
peut s'effectuer au moyen d'un appareil portable en
consultation, appelé arthromètre.
Tests dynamiques
* Le ressaut en extension ou test de Dejour:
- le pied calé sous l'aisselle de l'examinateur, l'action
opposée des deux mains induit une translation tibiale antérieure
possible si le LCA est rompu, tout en exerçant une pression
axiale (compression) et un valgus avec son tronc, l'examinateur
fléchit le genou du patient.
- lorsqu'il existe une rupture du LCA, il se produit une
réduction brutale des deux plateaux vers l'arrière perçue comme
un ressaut par le malade et l'examinateur.
- ce test est aussi pathognomonique de la rupture du LCA.
* Il existe d'autres tests dynamiques: le "jerk-test", le
"pivot-shift". Ils se recherchent dans les 20 premiers degrés de
flexion et lors d'un mouvement d'extension-flexion, on imprime
au tibia une triple contrainte en rotation interne, valgus et
antépulsion.
* Tous ces tests dynamiques nécessitent un bon relâchement
musculaire et sont douloureux au moment de l'accident initial.
Il sera par conséquent difficile de réaliser ceux-ci pendant
cette phase aiguë.
Examens complémentaires :
* La radiographie simple est indispensable, de face, de profil,
avec si possible un cliché en vue axiale à 30°:
- il faudra vérifier sur ces clichés les épines tibiales, les
insertions osseuses des ligaments latéraux et rechercher la
fracture de Segond par arrachement de la capsule antéro-externe.
- elle permet d'éliminer une luxation de rotule, principal
diagnostic différentiel.
* Des radiographies dynamiques (Lachman actifs) permettent de
mesurer précisément la translation bibiale antérieure
différentielle. Ces clichés sont réalisés sur un genou dégonflé
et indolore, en dehors de la phase aiguë, le plus souvent
pendant la période préopératoire.
* Une IRM ne sera qu'exceptionnellement demandée en cas de doute
diagnostique et, de toute façon, jamais lors de la phase aiguë.
ÉVOLUTION ET PRINCIPE DU TRAITEMENT :
A la phase aiguë
* Avant d'envisager le traitement chirurgical qui s'avère
nécessaire dans la majorité des cas, il faut redonner au genou
une bonne mobilité par une rééducation appropriée avec un
traitement AINS, antalgique et glace, une attelle amovible et
marche en appui autorisée. Le traitement de la phase aiguë est
donc purement orthopédique et fonctionnel .
* Une arthroscopie ne sera réalisée pendant cette phase qu'en
cas de persistance d'un flexum:
- soit pour réaliser une résection du moignon du LCA en battant
de cloche.
- rarement pour réduire une lésion méniscale en blocage.
Traitement chirurgical
* Les sutures du LCA ont été abandonnées en raison d'un taux
d'échec important expliqué par la déformation plastique du
ligament croisé avant la rupture. _ Le plus souvent, une greffe du LCA sera
réalisée dans un délai de 2 à
9 mois. Le tiers moyen du tendon rotulien sera utilisé dans la
majorité des cas. L'intervention se fera soit sous contrôle
arthroscopique, soit par arthrotomie.
* Une rééducation sera nécessaire dans les suites: rééducation
spécifique. La reprise du sport sera alors possible dans un
délai de 1 an.
Evolution d'une rupture isolée du LCA non traitée
* Un certain nombre de cas peuvent évoluer favorablement sans
traitement avec reprise possible du sport. Après une période de
quelques jours, le genou diminue de volume et récupère sa
mobilité. Le patient ne se souviendra pas de son accident.
* Néanmoins 80% des patients seront gênés pendant leur vie
sportive avec, après un intervalle libre tout à fait variable,
un nouvel accident d'instabilité qui va précipiter l'évolution
vers la laxité antérieure chronique évoluée.
* 70% des patients présentent une lésion du ménisque interne
dans les 5 ans qui suivent la rupture du ligament croisé
antérieur non opérée, si le patient poursuit ses activités
sportives. C'est le tournant évolutif.
* 80% des patients ne sont pas gênés dans leur vie quotidienne.
* seulement 10% des sportifs dont le LCA est rompu ont pu
reprendre le même sport au même niveau.
Un cas particulier, la rupture cicatrisation partielle
* Le LCA a été incomplètement rompu mais toutes les fibres ont
subi une déformation plastique, ce qui le rend "insuffisant" sur
le plan fonctionnel.
* Parfois, la rupture a été totale mais le ligament a cicatrisé
en mauvaise position sur le ligament croisé postérieur: c'est la
cicatrisation en nourrice d'Albert Trillat.
* Les signes douloureux sont souvent au premier plan, plus que
l'instabilité.
* A l'examen clinique, le patient présente un test de
Lachman-Trillat à arrêt dur retardé, témoin de l'allongement des
fibres du LCA. Le ressaut est absent ou seulement ébauché
(ressaut "bâtard").
* L'évolution se fait vers la rupture complète si le patient
poursuit ses activités sportives.
Triade antéro-interne :
DIAGNOSTIC :
Histoire clinique et signes fonctionnels :
La triade antéro-interne est une lésion plus rare: 30% pour Don
O'Donoghue.
Nous retrouvons les mêmes étiologies que dans les ruptures
isolées du LCA. Il s'agit de sujets jeunes sportifs.
Le tableau clinique est plus grave que précédemment:
- la douleur est plus importante.
- l'impotence fonctionnelle du membre inférieur est totale, la
sortie du terrain est immédiate, l'appui est impossible.
- le craquement est retrouvé.
Signes physiques :
Palpation
Nous retrouvons:
* une hémarthrose moins importante, du fait de la rupture
capsulaire qui permet une fuite de l'épanchement.
* une ecchymose interne.
* un point douloureux sur les insertions du LLI, fémoral ou
tibial.
* un point douloureux méniscal:
- dont la recherche sera faite par la palpation soigneuse de
l'interligne articulaire d'avant en arrière.
- il sera différencié du point douloureux ligamentaire.
Test de laxité
* Il existe une laxité latérale à 30° de flexion : VALFE: laxité
en valgus, flexion et rotation externe. Cette manœuvre:
- va réveiller une douleur importante.
- et signe la lésion des formations périphériques internes.
* La laxité interne est également présente, genou en extension,
témoignant des lésions concomitantes du LLI et du LCA.
* Un arrêt mou au test de Lachman-Trillat est retrouvé.
* Le ressaut est difficile à obtenir en raison de la douleur.
Examens complémentaires :
On pratiquera des radiographies de face et de profil du genou,
une vue axiale à 30° de flexion. Ces radios permettent
d'éliminer une fracture ou une luxation de la rotule.
Les clichés dynamiques seront effectués secondairement.
ÉVOLUTION ET PRINCIPE DU TRAITEMENT :
* Dans l'immédiat:
- l'immobilisation par attelle à 30° de flexion pendant 6
semaines sans appui, une rééducation sans massage pour la
récupération complète des amplitudes articulaires, l'emploi de
glace, d'AINS, d'antalgiques, les anticoagulants préventifs,
permettent la cicatrisation des lésions périphériques.
- la suppression de l'appui évite la translation tibiale
antérieure liée à la rupture du LCA et qui conduirait à une
cicatrisation incomplète des lésions périphériques.
* Dans un second temps (2 à 6 mois après l'accident initial), il
faudra procéder à la greffe du LCA.
* Si le patient est d'âge supérieur à 40 ans, non sportif,
sédentaire:
- un traitement orthopédique fonctionnel est réalisé avec
rééducation proprioceptive du genou lorsque les formations
périphériques auront cicatrisé.
- le quadriceps ne sera jamais rééduqué isolément pour ne pas
augmenter la translation tibiale antérieure.
* Il n'y a pas d'indication d'arthroscopie en urgence en raison
de la rupture capsulaire, car il pourrait se produire une
extravasation du liquide d'arthroscopie dans les tissus
péri-articulaires.
* L'évolution non opérée se fait vers la laxité antérieure
chronique.
Triade antéro-interne rétroligamentaire :
DIAGNOSTIC :
La triade antéro-externe rétroligamentaire est une entorse rare:
moins de 5% des cas d'entorses du genou.
Elle se produit lors d'accidents de sport chez le sujet jeune.
Il existe une atteinte du LLE, du PAPE et du LCA d'emblée, par
un mécanisme d'extension active, varus et rotation interne
tibiale.
Signes fonctionnels :
Le tableau clinique est grave avec:
- impotence fonctionnelle totale du membre inférieur, marche
impossible.
- douleur.
- épanchement intra-articulaire.
Signes physiques :
Parmi les signes physiques, on retrouvera:
* hémarthrose.
* douleur à la palpation LLE-interligne externe.
* douleur lors du test des laxités:
- VARFI: laxité latérale à 30° de flexion. Cette manœuvre
douloureuse retrouve une laxité du LLE.
- cette laxité peut aussi se voir en extension.
- test de Lachman-Trillat: arrêt mou.
- le ressaut est difficile à obtenir car la manœuvre est
douloureuse.
- on note la présence d'un recurvatum asymétrique (recurvatum
test), d'une hyperrotation externe.
Examens complémentaires :
Les radiographies de face et de profil du genou et les vues
axiales des rotules à 30° de flexion sont indispensables au
diagnostic de lésions associées.
Les clichés dynamiques seront effectués secondairement.
ÉVOLUTION ET PRINCIPE DU TRAITEMENT :
* Le traitement est chirurgical par greffe du LCA après
obtention de la cicatrisation des lésions périphériques, par
immobilisation pendant 6 semaines et rééducation.
* L'évolution non traitée aboutit à une laxité antéro-externe
rétroligamentaire chronique qui associe:
- bascule en appui monopodal en varus.
- évolution plus rapide vers l'arthrose.
- gêne dans la vie quotidienne, pas de reprise de sport.
Laxités postérieures :
DIAGNOSTIC :
Histoire clinique et signes fonctionnels :
ans la majorité des cas, les ruptures du LCP sont secondaires à
un accident de la voie publique : accident de moto, accident de
voiture par choc direct sur la tubérosité tibiale antérieure
(syndrome du tableau de bord). Il s'agit d'accidents survenus
avec une grande violence.
* Le diagnostic est parfois facile lorsqu'il s'agit d'une
rupture isolée du LCP survenue à la suite d'un accident de moto.
* Le diagnostic est difficile chez un polytraumatisé:
- c'est le contexte qui doit y faire penser car, dans 10% des
cas, la rupture du LCP est associée à une fracture diaphysaire
du fémur.
- il faut penser à rechercher systématiquement un tiroir
postérieur, une fois l'ostéosynthèse réalisée en fin
d'intervention.
Signes physiques :
L'hémarthrose est présente et son évacuation par ponction est
nécessaire pour permettre l'examen.
Inspection et palpation
* L'inspection recherchera:
- des ecchymoses prérotuliennes, prétibiales.
- des plaies prérotuliennes, prétibiales.
* La palpation recherchera des points douloureux méniscaux,
ligamentaires.
* L'inspection et la palpation permettent de reconnaître
l'avalement de la tubérosité tibiale antérieure (TTA):
- lorsque les deux genoux sont fléchis à 70-90°, du fait d'un
tiroir postérieur (TP) spontané, le quadriceps étant relâché, la
TTA du côté du membre blessé s'efface par rapport au côté
controlatéral.
- ce signe est pathognomonique d'une lésion du LCP mais n'est
pas constamment retrouvé.
Recherche du tiroir postérieur
* La recherche du tiroir postérieur est l'élément majeur du
diagnostic. Elle s'effectue le genou fléchi entre 70 et 90°:
- l'examinateur pousse sur le tibia au niveau de son extrémité
supérieure.
- en cas de rupture du LCP, il se produit un recul anormal des
plateaux tibiaux par rapport aux condyles fémoraux.
- cette recherche nécessite une attention particulière car, du
fait d'un tiroir postérieur spontané (avalement), l'examinateur
trouvera une impression de tiroir antérieur qui ne sera en fait
que la réduction du tiroir postérieur.
* ce tiroir peut être absent dans 15 à 20% des cas.
Test de Lachman-Trillat
Le test de Lachman-Trillat mettra en évidence un arrêt dur
retardé du fait de la réduction du tiroir postérieur.
Examens complémentaires :
* Un bilan radiographique simple comprenant un cliché de face et
de profil du genou, des vues axiales à 30° permet:
- de rechercher des lésions osseuses associées: fractures de
rotule, fractures ostéochondrales.
- de reconnaître un arrachement osseux rétrospinal du LCP qui
peut être monobloc ou polyfragmentaire.
* Un tiroir postérieur radiologique comparatif permettra de
mesurer la translation tibiale postérieure différentielle (de
l'ordre de 10mm).
* L'IRM est un examen utile au stade aigu quand il existe un
doute diagnostique. Sa fiabilité est de 95%. Elle permet aussi
de faire le bilan des lésions associées.
ÉVOLUTION ET PRINCIPE DU TRAITEMENT :
Évolution traitée :
En cas de rupture isolée du LCP:
* s'il existe un bloc osseux, sa fixation par voie postérieure
permettra la guérison.
* en cas de rupture intraligamentaire en urgence, une suture
plus une plastie d'addition par le demi-tendineux (Lindeman
postérieur) ou un renfort synthétique.
* un traitement fonctionnel peut être réalisé en dehors du
traitement chirurgical:
- celui-ci vise à renforcer le quadriceps qui lutte contre la
translation tibiale postérieure.
- une adaptation fonctionnelle de 6 à 18 mois est nécessaire.
* dans 80% des cas, la reprise des activités sportives complète
est possible. Néanmoins, la translation tibiale postérieure
reste de 10 et 15mm en flexion.
Évolution non traitée :
* Une phase de tolérance qui peut durer plusieurs années va
s'installer:
- la reprise du sport est effective.
- néanmoins, il persiste un certain nombre de troubles
fonctionnels: douleur antéro-interne, syndrome rotulien ou
hydarthrose à répétition.
* L'évolution, peu à peu, va se faire vers l'arthrose
fémoro-tibiale et fémoro-patellaire. C'est pourquoi, si la gêne
fonctionnelle initiale est importante, une greffe du LCP peut
être proposée avant le stade de l'arthrose.
Avec lésions périphériques :
Il faut obtenir une bonne cicatrisation des lésions
périphériques. cela est impossible si le genou possède une
translation tibiale postérieure.
* Une intervention chirurgicale peut être proposée pour traiter
la rupture du LCP (suture + renfort).
* Une immobilisation plâtrée en extension peut être réalisée
pour obtenir la cicatrisation des lésions périphériques en bonne
position tout en sachant bien que le LCP ne cicatrise pas.
Pentades interne et externe :
Les lésions intéressent les deux ligaments croisés antérieur et
postérieur ainsi que les deux formations périphériques.
DIAGNOSTIC :
Histoire clinique et signes fonctionnels :
Il s'agit d'accidents graves de la voie publique, d'avalanches,
du travail, rarement d'accidents de sport.
Il existe deux situations cliniques différentes, mais dans tous
les cas, le traumatisme causal a été très violent. Il s'agissait
d'un traumatisme appuyé:
* polytraumatisés ou polyfracturés parfois inconscients et c'est
la mobilité très anormale du genou, qui est gonflé et tuméfié,
qui attire l'attention.
* il s'agit d'un patient conscient dont le genou est douloureux
et tuméfié et qui ne peut pas mobiliser son membre inférieur.
Signes physiques :
* L'examen clinique sera extrêmement prudent et doux du fait des
douleurs réveillées lors de la mobilisation du genou. Il sera au
mieux réalisé sous anesthésie.
* Cet examen a pour objectif :
- d’évaluer l'existence d'une laxité antéro-postérieure.
- de déterminer le caractère interne ou externe des lésions
périphériques.
* Cependant un certain nombre de points doivent être précisés:
- recherche de l'absence de lésion vasculaire (poplité).
- recherche de l'absence de lésion nerveuse (SPE).
Examens complémentaires :
* Les radiographies simples du genou objectiveront les
arrachements osseux ainsi que l'existence d'un bâillement
interne ou externe.
* L'IRM, à ce stade, permet d'apporter des informations
extrêmement précises sur les lésions du LCP (95% de fiabilité),
du LCA (90% de fiabilité), tandis que l'analyse des lésions
périphériques reste moins fiable.
* Le plus souvent on a recours à un examen sous anesthésie qui
permet de classer ces lésions:
- cet examen sera clinique et radiologique.
- on peut opposer ainsi la pentade interne à la pentade externe.
PENTADE INTERNE :
Ce terme a été utilisé par A. Trillat par analogie au terme de
triade décrit par Don O'Donoghue, pour décrire des lésions
intéressant cinq formations anatomiques: LCA, LCP, MI, LLI et
formation capsulaire postéro-interne.
Survenant après un traumatisme en valgus forcé, le plan interne
casse en premier, puis le LCA et enfin le LCP. Parfois lorsque
le traumatisme survient genou en extension, la rupture du LCP
précède celle du LCA.
Cette rupture survient en règle chez le sujet jeune (chez le
sujet âgé, on observe plus fréquemment une fracture du plateau
tibial externe).
Clinique
Sur le plan clinique, on retrouve dans la pentade interne:
- un genou tuméfié avec installation rapide d'une ecchymose du
fait des brèches capsulaires.
- la manœuvre de Lachman retrouve un arrêt mou.
- il existe un TP à 90° de flexion.
- surtout, il existe un bâillement interne lors de la recherche
des laxités à 30° de flexion, supérieur à 10°.
- il existe une laxité interne en extension.
Examens complémentaires
* Radiographies sous anesthésie, les clichés permettent de
quantifier les laxités:
- translation tibiale antérieure à 20° de flexion.
- ou tiroir antérieur à 90°.
- tiroir postérieur.
- varus et valgus forcé.
* La mesure de la translation tibiale antérieure par méthode
instrumentale ("arthrometer") n'est pas d'une grande utilité.
Traitement
Le plus souvent, le traitement est chirurgical.
* La suture du LCP est généralement proposée en urgence
(première semaine):
- cette suture est généralement renforcée par une plastie
ligamentaire utilisant le demi-tendineux (Lindeman postérieur)
ou le tiers moyen du tendon rotulien.
- la suture du plan ligamentaire interne est réalisée dans le
même temps opératoire.
* L'attitude concernant le LCA est plus discutée:
- la rupture est négligée dans un premier temps: parfois
traitement orthopédique, en particulier chez le sujet plus âgé
ou dans le cadre d'un polytraumatisme. Le genou doit alors être
immobilisé en extension.
- une radiographie de contrôle doit s'assurer de l'absence de
déplacement antéro-postérieur ou de bâillement dans le plan
frontal.
- correctement traitée, l'évolution est en général favorable
(85% des cas). Cependant, la rééducation est longue et
difficile, et une vie quotidienne normale est possible entre 6
et 12 mois après l'accident. Une reprise des activités sportives
de loisirs est parfois possible.
Séquelles
Les séquelles sont à type de raideur, douleur, et l'évolution
vers l'arthrose est lente (20 ans après l'accident initial).
Pentade interne non traitée
Non traitée, la cicatrisation des formations périphériques se
fait en position vicieuse. le LCA et le LCP ne cicatrisent pas.
Le genou est alors très laxe dans tous les plans, constituant le
genou de "polichinelle".
PENTADE EXTERNE :
Un certain nombre de points sont caractéristiques de la pentade
externe:
- les lésions intéressant le LCA, le LCP, le LLE, le PAPE, le
ME.
- les lésions importantes sont surtout postéro-externes et
intéressent le ligament arqué.
- le SPE est souvent lésé.
L'évolution est moins favorable que dans les pentades internes
puisqu'il n'existe que 50% de bons résultats.
Les contraintes en varus et la distension du compartiment
externe imposent souvent la réalisation d'une ostéotomie tibiale
de valgisation.
HYPEREXTENSION :
C'est au cours d'un traumatisme appuyé, recurvatum forcé, que se
produisent les lésions des coques condyliennes, du LCP et du
LCA:
- cette lésion est très rare.
- l'examen clinique va montrer, en plus des signes de pentade,
un recurvatum.
- les lésions vasculaires sont fréquentes.
Luxations :
Les luxations relèvent en fait du même mécanisme que celui des
pentades. La violence du mécanisme est telle qu'il se produit
une perte de contact totale et permanente des surfaces
articulaires.
Complications
Deux complications au moins sont à redouter:
* complications artérielles, qui se présentent sous deux formes:
- ischémie aiguë.
- atteinte latente avec lésion de l'intima. l'expression de
cette lésion intimale, souvent secondaire, doit être dépistée
par une angiographie numérisée.
* une rupture du système extenseur, en particulier du tendon
rotulien, méconnue, serait à l'origine d'une perte de
l'extension active du genou.
Traitement
Les principes thérapeutiques sont identiques à ceux d'une
pentade. La rupture du tendon rotulien doit être suturée, les
lésions artérielles réparées.
Laxités antérieures chroniques évoluées :
Cette entité correspond à l'évolution vers la chronicité de la
laxité antérieure.
Il est indispensable de connaître cette évolution, pour en faire
le diagnostic précocement et adapter le traitement.
DIAGNOSTIC :
Histoire clinique et signes fonctionnels :
* Il s'agit d'un patient qui a présenté, il y a plusieurs
années, une entorse du genou:
- le diagnostic n'a pas été porté avec précision.
- ce patient a repris ses activités sportives.
- l'évolution va être caractérisée par l'apparition de nombreux
accidents d'instabilité ou pseudo-entorse.
* Le patient se plaint:
- de dérobement du genou.
- d'hydarthrose à répétition.
- de blocage méniscal.
* Peu à peu il abandonne ses activités sportives.
Signes physiques :
Parmi les signes physiques on retrouve:
- une hydarthrose avec présence d'un choc rotulien.
- des points douloureux méniscaux internes.
- un test de Lachman-Trillat à arrêt mou.
- un ressaut positif, facilement retrouvé quand le patient est
bien décontracté.
- un tiroir antérieur direct et en rotation externe. Ces tiroirs
sont recherchés à 90° de flexion et témoignent d'une lésion des
formations capsulo-ligamentaires postéro-internes et du ménisque
interne.
Examens complémentaires :
Des radiographies de face et de profil en appui monopodal sont
indispensables:
- de face, on recherche un pincement interne, une décoaptation
externe, une modification des épines tibiales (cornes de
taureau).
- de profil, on mesurera la translation tibiale antérieure
différentielle. Elle sera importante, supérieure à 5mm dans les
laxités évoluées. On constatera une disparition du triangle
clair postérieur, ce qui témoigne d'une lésion de la corne
postérieure du ménisque interne.
- les vues axiales ne nous donneront que peu de renseignements.
- des clichés dynamiques, Lachman actif, permettront de
quantifier cette translation tibiale antérieure.
ÉVOLUTION ET PRINCIPE DU TRAITEMENT :
Évolution
D'un point de vue anatomique, c'est la translation antérieure en
appui qui sera responsable des lésions méniscales et
cartilagineuses:
* l'évolution se fait vers la rupture postérieure verticale très
périphérique du ménisque interne réalisant une véritable
désinsertion de la corne postérieure du ménisque interne
jusqu'au bord postérieur du LLI.
* sur le plan clinique, il se produit des épisodes de blocage.
* peu à peu, il se produit des lésions cartilagineuses
aboutissant à la préarthrose puis à l'arthrose fémoro-tibiale
interne.
Traitement
Le traitement au stade de laxité antérieure chronique évoluée
doit être effectué pour éviter cette évolution:
* une greffe du LCA sera réalisée:
- celle-ci sera associée à une plastie antéro-externe au fascia
lata (Lemaire) ou au demi-tendineux par exemple.
- des gestes de plastie postéro-interne peuvent être proposés
pour retendre cette distension du PAPI.
* le ménisque interne sera conservé et réinséré dès que
possible. Une méniscectomie interne sera proposée dans le cas de
lésions non réinsérables.
* le résultat clinique sera moins bon et l'évolution vers
l'arthrose plus rapide.
* une ostéotomie tibiale sera proposée en cas de décoaptation
externe ou de préarthrose.
Complications du traitement
Les complications du traitement sont: raideur du genou, douleurs
persistantes, algodystrophie, infection. Ces complications sont
d'autant plus fréquentes que le patient est âgé.
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