RAPPEL ANATOMIQUE ET FONCTIONNEL :
Articulation du genou :
* Le genou est composé de deux articulations:
- l'articulation fémoro-tibiale: les condyles fémoraux s'articulent
avec les glènes tibiales et la congruence de l'articulation est
améliorée par la présence des ménisques (fibrocartilages insérés sur
la capsule).
- l'articulation fémoro-patellaire: la face articulaire de la rotule
s'articule avec les joues de la trochlée fémorale en avant.
* Sur le plan fonctionnel:
- c'est une articulation "trochléenne" à un degré de liberté
(flexion-extension), travaillant en compression sous l'action de la
pesanteur.
- il existe un second degré de liberté (rotation) uniquement dans le
genou en flexion, permettant l'adaptation aux inégalités de terrain.
La flexion est la position de plus grande instabilité. En extension,
le verrouillage articulaire renforce la stabilité du genou.
- l'axe de la diaphyse fémorale forme avec l'axe du squelette
jambier un angle ouvert de 170 à 175° correspondant au valgus
physiologique.
- les centres articulaires de la hanche, du genou et de la cheville
sont alignés, constituant l'axe mécanique du membre inférieur. Il
forme un angle de 3° en dedans avec la verticale.
* Anomalies des axes:
- genu valgum: l'angle de valgus physiologique se referme (moins de
170°). Le centre du genou est déporté en dedans par rapport à l'axe
mécanique.
- genu varum: l'angle de valgus physiologique s'ouvre (plus de
170°). Le centre du genou est déporté en dehors par rapport à l'axe
mécanique.
Stabilité du genou :
La stabilité du genou est assurée par:
* stabilité latérale dans le genou en extension: ligaments latéraux
interne et externe.
* stabilité transversale:
- ligament latéral interne et tendons de la patte d'oie (couturier,
demi-tendineux, droit interne).
- ligament latéral externe et bandelette de Maissiat (tenseur du
fascia lata).
- expansions directes et croisées du tendon quadricipital.
* stabilité antéropostérieure:
- muscle extenseur: quadriceps.
- ligament croisé antérieur.
- éléments capsulo-ligamentaires postérieurs: coques condyliennes,
ligament poplité arqué, ligament poplité oblique (faisceau récurrent
du demi-membraneux), ligament croisé postérieur, ligaments latéraux.
- muscles fléchisseurs: patte d'oie, biceps et jumeaux.
* stabilité rotatoire du genou en extension:
- ligaments croisés antérieur et postérieur.
- ligaments latéraux.
Mouvements physiologiques :
* L'axe de la jambe étant dans l'axe de la cuisse, on obtient:
- extension normale de 0 à 10°. si extension supérieure à 10°: genu
recurvatum. si extension inférieure à 0°: genu flessum.
- la flexion à 160°. L'évaluation de la flexion se fait en clinique
par la mesure de la distance talon-fesse en centimètres.
* La flexion du genou s'accompagne d'une rotation interne
automatique de 20° du tibia sous le fémur, liée à un recul
prédominant du condyle fémoral externe au cours de la flexion.
Liquide synovial normal :
Le liquide synovial normal assure la nutrition du cartilage et
lubrifie l'articulation.
Présent en très petite quantité dans l'articulation, il contient 200
éléments nucléés par mm3, à prédominance macrophagique.
Examen clinique :
Une douleur du genou sans anomalie à l'examen articulaire doit faire
rechercher une douleur irradiée de l'articulation coxo-fémorale ou
une cruralgie par l'examen systématique de la hanche, du rachis
lombaire et neurologique segmentaire des membres inférieurs.
SIGNES FONCTIONNELS :
Douleur
Il faut préciser les caractéristiques de la douleur:
* sa localisation: antérieure, postérieure, latérale.
* son mode d'installation: spontané, traumatique, augmentation
récente de l'activité physique normale du sujet.
* son horaire:
- mécanique: douleur augmentée par l'activité et améliorée par le
repos.
- inflammatoire: douleur maximale en fin de nuit et pouvant
réveiller le sujet, avec dérouillage matinal au début de la journée,
non modifiée par le repos.
* l'évolution spontanée.
* la réponse aux traitements généraux ou locaux.
Handicap fonctionnel
* Boiterie.
* Limitation de la marche:
- en terrain plat: périmètre de marche, marche avec ou sans canne.
- dans la montée ou la descente des escaliers.
Signes d'accompagnement
- Gonflement articulaire.
- Sensation de dérobement à la marche, liée à une insuffisance
quadricipitale.
- Blocage: genou bloqué en flexion avec extension impossible,
douleur spontanée aux tentatives de réduction.
Contexte
- Profession.
- Sports pratiqués.
- Antécédent de traumatisme ou de chirurgie sur le membre inférieur.
- Poids.
SIGNES PHYSIQUES :
Les signes physiques sont recherchés par un examen comparatif des
deux genoux.
Marche
- Boiterie (le buste balance du côté sain).
- Aide à la marche (canne).
- Verrouillage du quadriceps.
Sujet en position debout
Axe des membres inférieurs: genu valgum ou genu varum, axe des
articulations sus-jacentes et sous-jacentes.
Sujet en position couchée
- Augmentation de volume du genou: choc rotulien, palpation du creux
poplité à la recherche d'un kyste associé.
- Aspect de la peau et chaleur cutanée en regard.
- Examen de la rotule: toucher rotulien (facette articulaire
externe) et contraction contrariée du quadriceps sont douloureux
dans le syndrome fémoro-patellaire, le signe du rabot est la
perception de craquements sous la main posée à la face antérieure du
genou lors de la flexion.
- Palpation des interlignes fémoro-tibiaux interne et externe, des
structures ligamentaires et tendineuses, des surfaces osseuses
épiphyso-métaphysaires.
- Mobilisation active en flexion-extension.
- Mobilisation passive en flexion (distance talon-fesse en
centimètres) et extension.
- Laxité latérale sur un genou en extension.
- Tiroirs antérieur et postérieur sur un genou demi-fléchi.
- Test de Lachman explorant le ligament croisé antérieur.
- Manoeuvres méniscales ("grinding test") douloureuses en cas de
lésion: le pied étant en rotation interne ou externe, l'examinateur
appuie sur le pied dans l'axe de la jambe et porte le genou en
flexion.
- Evaluation du volume quadricipital (mesure du périmètre à 15cm du
sommet de la rotule).
Examen général
- Signes généraux (fièvre, altération de l'état général).
- Autres articulations atteintes.
Examens complémentaires :
BIOLOGIE :
Ponction articulaire :
Une ponction articulaire est réalisée devant tout épanchement
articulaire dans des conditions parfaitement aseptiques.
La ponction doit évacuer le maximum de liquide, afin de soulager le
malade.
Analyse:
- cytologie (compte et formule cellulaire).
- bactériologie (milieux usuels et Löwenstein systématiquement).
- recherche de microcristaux (pyrophosphate de calcium ou urate de
sodium).
* Liquide inflammatoire:
- fluide.
- citrin, trouble ou puriforme.
- comptant plus de 2 000 éléments nucléés par mm3.
* Liquide mécanique:
- visqueux.
- pâle ou citrin.
- comptant moins de 1 000 éléments nucléés par mm3.
Bilan sanguin :
En fonction de l'orientation diagnostique: NFS, VS, CRP, uricémie,
calcémie, phosphorémie, calciurie, hémocultures, bilan
immunologique.
IMAGERIE :
Radiographies standards :
Radiographies standards comparatives en charge.
Radiographies de face, de profil, en schuss (de face, genoux à 20°
en flexion) et fémoro-patellaire.
Explorations complémentaires :
Explorations complémentaires à réaliser en cas de radiographies
normales.
* Suspicion d'algodystrophie: scintigraphie osseuse au Tc99m.
* Suspicion de lésion méniscale ou des ligaments croisés: IRM,
arthrographie ou arthroscanner.
* Suspicion de lésion osseuse (ostéonécrose, fracture de fatigue):
IRM.
* Suspicion de corps étranger intra-articulaire
(ostéochondromatose): arthroscanner.
Orientation diagnostique :
DOULEUR D'HORAIRE MECANIQUE :
Douleur post-traumatique à radiographies normales :
Lésions méniscales ou des ligaments croisés.
Douleur spontanée, brutale ou rapide :
Ostéonécrose, fracture de fatigue ou poussée arthrosique.
Douleur spontanée progressive :
Sujet jeune
* Syndrome fémoro-patellaire lié à une subluxation de la rotule ou à
une chondropathie rotulienne.
* Ostéochondromatose:
- blocages et limitation articulaires.
- radiographie: élargissement de l'interligne articulaire, corps
étrangers visibles quand ils sont calcifiés.
Sujet au-delà de 50 ans
* Arthrose fémoro-patellaire:
- prédominance féminine.
- douleur antérieure à la montée et descente des escaliers, en
position assise prolongée.
- syndrome fémoro-patellaire à l'examen.
- radiographie en incidence fémoro-patellaire: pincement,
condensation sous-chondrale et ostéophytose.
* Arthrose fémoro-tibiale:
- douleur en terrain plat avec périmètre de marche à déterminer,
gonflement articulaire et douleur à la palpation de l'interligne
fémoro-tibial.
- radiographie de face: pincement articulaire prédominant souvent
sur le compartiment interne, condensation sous-chondrale et
ostéophytose latérale.
* Pathologie méniscale dégénérative: blocages itératifs.
* Tendinopathie de la patte d'oie:
- douleur à la partie interne du genou.
- reproduite de façon exquise à la palpation de l'insertion des
tendons de la patte d'oie, augmentée par la flexion contrariée de la
jambe.
- possible cellulalgie d'accompagnement: douleur à la palpation plus
étendue du pannicule adipeux de la face interne des deux genoux.
Quel que soit l'âge
Algoneurodystrophie: la radiographie montre une déminéralisation
pommelée à partir de la 4e semaine d'évolution.
DOULEUR D'HORAIRE INFLAMMATOIRE :
Arthrite septique :
L'arthrite septique est à évoquer et éliminer de principe, quelle
que soit l'allure clinique de la monoarthrite:
- genou chaud, douloureux, augmenté de volume.
- signes généraux: fièvre, altération de l'état général.
- antécédent récent de ponction ou d'infiltration à rechercher
systématiquement. La réaction inflammatoire liée aux corticoïdes
injectés survient dans les
48 premières heures tandis que l'arthrite infectieuse iatrogène
survient après la 48ème heure.
- VS accélérée et CRP élevée, hyperleucocytose à polynucléaires
neutrophiles.
- radiographies normales en début d'évolution.
- ponction articulaire: l'examen direct et la mise en culture
permettent d'identifier le germe et d'obtenir l'antibiogramme. Le
germe le plus fréquent est le staphylocoque.
- compléter par la réalisation systématique d'hémocultures, la
recherche de la porte d'entrée et de localisations septiques
secondaires (valvulopathies).
Monoarthrites aigues :
Toutes les monoarthrites aigues peuvent s'accompagner de fièvre. Le
syndrome inflammatoire biologique est constant (VS accélérée, CRP
élevée et parfois hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles).
Après avoir éliminé l'arthrite septique, on évoque les cas suivants.
Arthrite goutteuse
- Homme au-delà de 35 ans.
- Fièvre sans altération de l'état général.
- Rechercher des antécédents familiaux ou personnels de goutte, de
lithiase rénale.
- Rechercher des dépôts sous-cutanés ou intratendineux de cristaux
d'urate (tophus) au niveau du pavillon de l'oreille, aux faces
d'extension des coudes, des genoux, au niveau des pieds et des
mains.
- Hyperuricémie le plus souvent supérieure à 90 mg/l (720 mmol/l).
- Ponction articulaire: liquide inflammatoire stérile à prédominance
de polynucléaires neutrophiles, avec présence de microcristaux
d'urate de sodium.
- Radiographies: normales ou arthropathie goutteuse associant géodes
épiphysaires, pincement articulaire et ostéophytose.
- Réponse rapide et massive à la colchicine ou aux AINS.
Chondrocalcinose articulaire
- Sujet âgé.
- Fièvre sans altération de l'état général.
- Antécédent personnel de chondrocalcinose.
- Radiographies: liséré de calcification au niveau du cartilage
hyalin de l'articulation fémoro-tibiale et des ménisques, à
rechercher aussi au niveau de la symphyse pubienne et du ligament
triangulaire du carpe.
- Ponction articulaire: liquide inflammatoire stérile à prédominance
de polynucléaires neutrophiles, avec présence de microcristaux de
pyrophosphate de calcium.
- Réponse rapide aux AINS.
Arthrite de spondylarthropathie
Spondylarthrite ankylosante, arthrite réactionnelle, rhumatisme
psoriasique, arthrite des colites inflammatoires,
spondylarthropathie non classée.
- Antécédent familial de spondylarthrite ankylosante ou antécédent
personnel d'uvéite antérieure.
- Antécédent personnel récent de diarrhée, de conjonctivite,
d'urétrite ou d'infection génitale.
- Antécédent personnel ou familial de psoriasis cutané.
- Présence de l'antigène HLA B27.
- Sacro-iliite radiologique.
Arthrite gonococcique
- Sujet jeune.
- Notion de contage ou infection génitale associée.
- Fièvre, frissons et altération de l'état général.
- Localisations cutanées (pustules)
- Isolement du gonocoque dans les différents prélèvements (liquide
articulaire, pustules, prélèvements génitaux et pharyngés).
Arthrite du genou dans le cadre d'une atteinte polyarticulaire :
Polyarthrite rhumatoïde
- Femme aux alentours de 50 ans.
- Atteinte bilatérale et symétrique touchant les mains et les
poignets.
- Radiographies: pincement articulaire, déminéralisation et érosions
épiphysaires.
- Présence de facteur rhumatoïde (réactions au latex et de
Waaler-Rose)
Polyarthrite gonococcique
Polyarthrites entrant dans le cadre d'une connectivite
- Lupus érythémateux systémique.
- Syndrome de Gougerot-Sjögren.
- Sclérodermie systémique.
- Sarcoïdose, etc.
Polyarthrites virales
Hépatite B, infection à Parvovirus B19, rubéole, etc.
Monoarthrite subaigue ou chronique :
- Arthrite de spondylarthropathie.
- Arthrite infectieuse décapitée par une antibiothérapie.
- Arthrite tuberculeuse.
- Arthrite de chondrocalcinose.
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