Le terme de livedo dérive du mot latin « lividus » correspondant à
des taches bleues.
Dans le langage médical, il est utilisé depuis Hébra et Kaposi pour désigner des marbrures violacées dessinant
un réseau d’origine vasculaire.
Il s’est progressivement imposé
d’où l’abandon de ses anciens synonymes tels que « inflammatio
cutis racemosa », télangiectasies généralisées ou « asphyxia
reticularis multiplex ».
La dénomination de cutis marmorata, encore d’usage
courant pour désigner les livedos du nouveau-né, devrait
être abandonnée dans un souci de simplification de la
nomenclature dermatologique.
Ce terme de cutis marmorata est parfois cependant encore
utilisé dans la littérature anglo-saxonne pour désigner
les livedos physiologiques.
Le livedo est une manifestation cutanée fréquente, le
plus souvent sans aucune signification pathologique.
Ailleurs, il constitue un symptôme qu’il importe de
prendre en considération du fait de ses causes variées,
parfois responsables d’atteintes systémiques graves.
L’interrogatoire et l’examen clinique sont les
éléments-clés du diagnostic étiologique.
Physiopathologie et différents aspects cliniques :
Depuis les travaux de Renaut (1883) et Unna (1896),
l’unité vasculaire fonctionnelle cutanée est considérée
comme une zone en forme de cône dont la base en forme de
cercle ou d’ovale se trouverait à la surface de
l’épiderme et dont le sommet correspondrait à une
artériole nourricière du derme profond.
Entre les différentes unités vasculaires contiguës
existerait un dense réseau anastomotique superficiel et
profond.
La partie centrale du cône à la surface du revêtement
cutané serait la zone de circulation maximale alors que
la périphérie aurait une circulation réduite.
Les mesures de la température cutanée mettent d’ailleurs
en évidence une diminution de 0,1 °C du centre à la
périphérie des cercles en surface.
Le livedo est la traduction clinique d’une
vasodilatation des vaisseaux de surface ; cette
vasodilatation touche de façon prédominante tantôt le
réseau veineux, d’où la teinte érythrocyanique de
certains livedos, ailleurs le versant capillaire, d’où
leur teinte érythémateuse.
Il est classique d’opposer les livedos vasomoteurs
secondaires à des anomalies de la vasoconstriction sans
anomalie pariétale ou endoluminale vasculaire aux autres
livedos comportant une atteinte vasculaire anatomique
pouvant s’accompagner secondairement d’anomalies
vasomotrices de voisinage liées à l’ischémie.
L’atteinte vasculaire anatomique touche principalement
les artérioles du derme profond et/ou de l’hypoderme
mais aussi les vaisseaux de plus petit calibre du derme
superficiel ou moyen, parfois isolément.
Théoriquement, l’atteinte artériolaire touche
principalement l’artère nourricière du cône se projetant
en surface sur la zone apparemment saine entre les
mailles du livedo.
Ainsi, dans le syndrome de Sneddon, les anomalies
anatomopathologiques seraient, d’après certains auteurs,
principalement observées sur les biopsies profondes
prélevées au centre des mailles.
Cette théorie est remise en cause par l’expérience
clinique, notamment dans d’autres dermatoses lorsqu’il
existe des zones infiltrées ou des zones nécrotiques
observées préférentiellement sur les mailles du livedo.
Il est alors préférable de biopsier ces zones infiltrées
ou nécrotiques pour visualiser les vaisseaux
pathologiques.
C’est le cas des livedos de la périartérite noueuse
(PAN) ou des thrombocytémies.
L’aspect du livedo dépend également de son mécanisme
physiopathologique ou de l’extension des lésions
vasculaires.
En présence d’anomalies vasomotrices ou d’atteinte
diffuse artériolaire homogène, le livedo est réticulé
avec des mailles fermées et régulières ; à l’opposé, le
livedo ramifié ou « racemosa » à branches ouvertes, non
fermées, traduit une atteinte artériolaire irrégulière.
Dans la littérature européenne, la distinction entre le
livedo réticulé à mailles fines régulières formant des
cercles complets et le livedo ramifié à mailles
irrégulières formant des ramifications ou des cercles
incomplets est généralement précisée.
En revanche, dans la littérature anglo-saxonne, le même
terme « livedo reticularis » est employé pour tout
livedo pathologique, que ses mailles soient régulières
ou non, d’où les difficultés d’analyse sémiologique de
certains articles.
Quel que soit le type du livedo, il est principalement
visible sur peau blanche et rare sur peau noire.
Diagnostic différentiel :
De nombreuses dermatoses, d’origine non vasculaire,
peuvent prendre un aspect réticulé simulant ainsi un
livedo.
Celles-ci sont en général érythématosquameuses,
purpuriques ou pigmentées alors que le livedo est
érythémateux ou cyanotique disparaissant à la
vitropression.
La plus fréquente dermatose simulatrice de livedo est
l’érythème « a calore », également appelé « pigmentation
des chaufferettes ».
Il se développe sur les zones cutanées, chroniquement
exposées à une source de rayonnement infrarouge.
Initialement, il s’agit d’un érythème réticulé
transitoire, se transformant secondairement en un réseau
à larges travées pigmentées ne s’atténuant que très
lentement après cessation de l’exposition.
La photosensibilisation induite par la quinidine
apparaît 2 à 48 heures après une exposition solaire, se
manifestant par un oedème prurigineux avec une éruption
réticulée gris-bleu devenant purpurique puis pigmentée,
ne s’effaçant pas à la vitropression.
Les lésions sont localisées sur les zones exposées
épargnant relativement le visage et les extrémités.
La dose érythémateuse minimale avec les ultraviolets A
est abaissée.
D’autres dermatoses peuvent prendre un aspect réticulé
telles que la mucinose érythémateuse réticulée de
Steigleder, les poïkilodermies héréditaires ou acquises,
le lichen plan ou d’autres éruptions lichénoïdes, les
lésions lupiques, la mélanose de Riehl, la papillomatose
confluente et réticulée de Gougerot et Carteaud, les
syphilides, l’incontinentia pigmenti, les
eczematide-like purpuras, l’urticaire pigmentaire...
Ces dermatoses sont en règle générale aisément
reconnaissables du fait de leur aspect clinique et de
leurs caractéristiques anatomopathologiques.
Diagnostic étiologique :
Il est orienté par les caractéristiques cliniques du
livedo, la présence d’autres lésions dermatologiques et
le contexte clinique.
Sont à prendre en considération l’âge d’apparition du
livedo, sa topographie sur les membres ou sur le tronc,
voire sur le visage, son caractère déclive ou suspendu,
la présence d’une éventuelle infiltration qui doit être
soigneusement recherchée par la palpation de toutes les
mailles ainsi que son aspect réticulé ou ramifié à
mailles fines ou larges.
Les variations du livedo en fonction de la position
debout ou allongée du sujet ainsi que de la température
sont également importantes à noter en sachant que les
livedos permanents sont toujours pathologiques alors que
les livedos n’apparaissant qu’en position debout ou dans
des conditions thermiques particulières ne sont pas
toujours physiologiques.
En effet, de nombreux livedos pathologiques sont
accentués par la position déclive et le froid.
A priori, tout livedo d’apparition tardive sans perte de
poids importante, de type ramifié, suspendu et/ou
infiltré peut être considéré comme pathologique.
La présence d’autres lésions dermatologiques telles
qu’une zone nécrotique, une ulcération, des lésions
purpuriques, des nodules, des lésions atrophiques ou
cicatricielles, des hémorragies multiples en «
flammèches » sous-unguéales, un orteil pourpre constitue
également un argument de poids en faveur du caractère
pathologique du livedo.
Le contexte clinique est également très important à
connaître dans cette démarche diagnostique.
Aussi seront soigneusement notés les prises
médicamenteuses, tous les antécédents cliniques
personnels ou familiaux, l’interrogatoire étant plus
particulièrement orienté vers les antécédents
cardiovasculaires (hypertension artérielle [HTA],
valvulopathie, athérosclérose...), neurologiques,
oculaires, gynécoobstétricaux (nombre de fausses couches
spontanées), néphrologiques, digestifs... Un examen
clinique complet est indispensable.
En fait, plusieurs mécanismes peuvent être présents
simultanément ; ainsi, les obstructions artériolaires
aiguës peuvent s’accompagner de phénomènes de
vasodilatation réflexe de voisinage par ischémie...
A - LIVEDOS VASOMOTEURS :
Lorsque des anomalies de la vasomotricité sont le
mécanisme physiopathologique principal du livedo, ce
dernier est habituellement réticulé et régulier.
1- Livedo physiologique du nouveau-né :
Appelé également cutis marmorata simple, ce livedo,
surtout visible aux extrémités, apparaît lorsque le
nouveau-né est exposé au froid et disparaît lors du
réchauffement.
Il s’agit d’un phénomène vasculaire physiologique,
fréquent et transitoire, ne s’accompagnant jamais de
troubles trophiques.
2- Livedo idiopathique dit de stase ou physiologique :
Il s’agit d’une cyanose réticulée des membres ; il est
observé préférentiellement chez la femme jeune, favorisé
par le froid et l’orthostatisme (livedo déclive).
Ce livedo est parfois permanent, plus étendu, alors
volontiers associé à une acrocyanose avec hypersudation
et parfois à une anorexie.
Il s’atténue souvent spontanément ou persiste sans
signification pathologique.
3- Livedo et amantadine :
Un livedo réticulé des extrémités est observé chez 30 %
des parkinsoniens traités par amantadine, résultant
d’une vasoconstriction artériolaire secondaire à la
libération neuronale de dopamine et de catécholamines
induite par ce médicament.
Il n’impose pas l’arrêt du médicament et régresse en 4
semaines après la fin du traitement.
Il n’y a pas de parallélisme entre l’amélioration des
signes neurologiques et l’apparition du livedo.
La maladie neurologique n’a d’ailleurs aucune
implication dans l’apparition de ce livedo puisqu’il est
également observé chez les sujets témoins indemnes de
toute affection, prenant de l’amantadine au long cours.
4- Livedo et phéochromocytome :
Il s’agit d’une manifestation exceptionnelle de
phéochromocytome.
Le livedo prédomine sur les extrémités, généralement
associé à une peau moite avec, lors des crises
hypertensives paroxystiques, des sueurs profuses et une
pâleur extrême. Le diagnostic est confirmé par le dosage
des catécholamines et de leurs métabolites urinaires.
5- Livedo et maladies neurologiques :
Un livedo réticulé, probablement par stase, peut être
observé sur un membre dont la mobilité est réduite du
fait d’une atteinte neurologique périphérique ou
centrale.
Ailleurs, les anomalies de la vasomotricité des
vaisseaux cutanés seraient liées à une atteinte
neurologique centrale cérébrale ou médullaire avec
apparition d’un livedo sur des zones non paralysées.
Ce mécanisme physiopathogénique pourrait expliquer
certains livedos constatés au cours de la sclérose en
plaques, de poliomyélites, d’encéphalites, de maladie de
Parkinson ou d’autres atteintes neurologiques centrales.
6- Livedo et bas débit circulatoire :
L’apparition d’un livedo au cours des chocs
cardiogéniques ou hypovolémiques avec un bas débit
circulatoire est généralement de mauvais pronostic.
Il en est de même des marbrures observées au cours des
états de choc toxi-infectieux.
Quant au livedo des pancréatites, il a été
exceptionnellement rapporté au cours de crises de
pancréatite avec douleurs, vomissements abondants et
collapsus.
L’hypothèse d’une action directe des enzymes
pancréatiques sur la paroi des vaisseaux n’a jamais été
démontrée.
B - LIVEDOS SECONDAIRES À UNE OBSTRUCTION VASCULAIRE :
Les livedos secondaires à une perturbation circulatoire
locale obstructive sont associés à des lésions
anatomiques pariétales ou endoluminales des vaisseaux du
derme et/ou de l’hypoderme.
Nous avons schématiquement distingué les vasculites, les
thromboses et les embolies, ces différents mécanismes
pouvant être associés comme dans les embolies de
cristaux de cholestérol (embolie, vasculite, thrombose).
1- Vasculites :
Théoriquement, toutes les vasculites peuvent s’associer
à la présence d’un livedo, quelle qu’en soit la cause.
Celle-ci ne permet pas de préjuger du type de vaisseaux
atteint ; en effet, si elle traduit le plus souvent une
atteinte des artérioles de moyen calibre, elle a
également été rapportée dans les vasculites des veinules
postcapillaires du derme superficiel ou profond.
Au sein du vaste spectre des vasculites, le livedo est
surtout observé au cours de la PAN et des
cryoglobulinémies.
* Périartérite noueuse :
Le livedo de la PAN est ramifié, suspendu, localisé
principalement aux membres inférieurs, parfois aux
membres supérieurs.
Habituellement, la palpation soigneuse permet de repérer
quelques zones infiltrées qui doivent être biopsiées au
bistouri pour mettre en évidence la vasculite nécrosante
des artérioles hypodermiques.
Une vasculite des petits vaisseaux peut être associée,
exceptionnellement isolée.
D’autres manifestations dermatologiques telles que des
nodules en dehors des zones de livedo, des nécroses
cutanées, des ulcérations, un purpura, des oedèmes
segmentaires, témoignent du polymorphisme de
l’expression clinique de cette vasculite.
La prévalence du livedo dans les PAN cutanées isolées
est de l’ordre de 56 à 78 % des cas.
Dans leur grande majorité, ces PAN cutanées ont une
évolution chronique sans risque vital ; l’association à
une neuropathie sensitive très algique ne modifie pas
leur pronostic vital.
Ailleurs, elles peuvent représenter le tableau initial
d’une PAN systémique qui seule justifie une
corticothérapie générale.
La PAN systémique a été récemment démembrée en PAN
classique, caractérisée par une atteinte des artères de
moyen calibre comportant une nécrose fibrinoïde
pariétale et polyangéite microscopique caractérisée par
une atteinte des petits vaisseaux (capillaires, veinules
ou artérioles) avec fréquemment présence d’anticorps
anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles de type
périnucléaire dirigés contre la myéloperoxydase.
Dans les anciennes séries, le livedo était présent dans
seulement moins d’un tiers des cas de PAN systémiques,
le purpura étant ici la plus fréquente des lésions
dermatologiques.
Il est probable que sa prévalence soit plus élevée dans
la PAN classique.
*
Cryoglobulinémies :
Une vasculite est principalement observée au cours des
cryoglobulinémies de type II et III avec présence d’un
livedo respectivement dans 22 et 20 % des cas.
Le livedo est habituellement associé à d’autres
manifestations dermatologiques et en particulier à un
purpura vasculaire, plus rarement à des ulcérations plus
ou moins nécrotiques. Histologiquement, la vasculite
prédomine sur les veinules du derme superficiel ou
profond.
L’évolution en est volontiers chronique avec possibilité
de manifestations articulaires et d’une atteinte
viscérale (rénale ou neurologique).
Ces cryoglobulines peuvent être symptomatiques
d’affections auto-immunes ou d’infections virales.
Il a été récemment démontré que le virus de l’hépatite C
est responsable de plus de la moitié des formes
autrefois considérées comme idiopathiques.
Parfois cependant, aucune cause ne peut être mise en
évidence.
2- Thromboses des vaisseaux cutanés :
Toute thrombose des vaisseaux cutanés peut se manifester
par un livedo, parfois isolé au début, le plus souvent
associé à d’autres lésions dermatologiques, souvent
purpuriques et nécrotiques.
La biopsie du livedo ne révèle qu’inconstamment la
thrombose alors que celle réalisée sur le liseré
purpurique d’une zone nécrotique permet habituellement
de confirmer le diagnostic de thrombose sans préjuger du
diagnostic étiologique.
* Atrophie blanche idiopathique :
L’atrophie blanche idiopathique ou vasculite
hyalinisante segmentaire (livedoid vasculitis des
Anglo-Saxons) est souvent prise à tort pour une
vasculite.
La lésion primitive est purpurique, évoluant vers une
nécrose très douloureuse ; la cicatrisation, lente,
laisse place à des lésions séquellaires, porcelainées et
atrophiques avec une bordure télangiectasique et
pigmentée.
Les lésions sont limitées aux membres inférieurs.
Le livedo est inconstant, uniquement localisé dans les
zones périulcéreuses ou plus diffus, réticulé ou
ramifié, non infiltré.
La biopsie doit porter sur un élément purpurique récent.
Elle permet de visualiser des thrombi hyalins des
vaisseaux dermiques sans infiltrat inflammatoire
notable.
L’immunofluorescence directe est inconstamment positive
avec des dépôts vasculaires de fibrine dans les lésions
récentes et d’immunoglobulines (Ig) M, d’IgG et de C3
dans les lésions plus anciennes.
L’étiopathogénie de l’atrophie blanche reste obscure,
probablement non univoque.
Ont été invoquées une baisse de l’activité
fibrinolytique, une augmentation de l’activité
plaquettaire, des anomalies de la cellule endothéliale
avec diminution de l’expression de la thrombomoduline ou
une anomalie de la coagulation.
Certaines observations ont été intégrées dans le
syndrome des antiphospholipides (SAPL), la prévalence
des anticorps antiphospholipides dans cette affection
demeurant encore inconnue.
Une observation a été décrite en association avec un
déficit hétérozygote en protéine C.
Le traitement n’est pas codifié et reste décevant. Ont
été essayés avec succès, dans des cas isolés ou de
petites séries, l’association héparine, ticlopidine,
aspirine ou dipyridamole, la pentoxifylline, un
activateur tissulaire du plasminogène recombinant à
faible dose en intraveineux (Actilyset), la
prostacycline ou ses analogues, la PUVAthérapie ou le
danazol à 200 mg/j en traitement prolongé.
Il est tout à fait possible que l’efficacité
thérapeutique de tel ou tel médicament dépende du
processus pathogénique en cause.
* Coagulation intravasculaire disséminée :
Un livedo d’apparition aiguë peut annoncer l’apparition
de lésions nécrotiques au cours des coagulations
intravasculaires disséminées, quelle qu’en soit
l’origine.
Il est localisé en amont des lésions purpuriques,
pouvant remonter sur les jambes, le tronc et les
avantbras.
Des tableaux voisins peuvent être induits par des
médicaments administrés par voie buccale ou
intraveineuse.
Ainsi en est-il de la vasopressine, de la terlipressine
ou de l’association diphénhydramine et pyrithyldione....
Une microangiopathie thrombotique peut également être
provoquée par la prise de ciclosporine ou de gemcitabine
au long cours.
*
Déficit en protéines C, S, antithrombine III et
anticoagulants :
Toutes les nécroses cutanées plus ou moins extensives
peuvent être accompagnées d’un livedo aigu entourant
généralement les lésions purpuriques puis nécrotiques.
Ainsi en est-il des nécroses cutanées extensives
néonatales en rapport avec un déficit homozygote en
protéine C et plus rarement en protéine S, des nécroses
cutanées aux antivitamines K associées aux déficits
hétérozygotes ou acquis des protéines C ou S, des
nécroses induites par l’héparine, souvent associées à
une thrombopénie.
Au cours des déficits en protéine C et antithrombine III
ont également été décrits des tableaux de livedo
chronique plus ou moins étendu, sans autre manifestation
dermatologique, associé à des thromboses profondes
notamment cérébrales pouvant simuler un syndrome de
Sneddon.
* Cryopathies :
Les cryopathies sont à l’origine de nécroses cutanées,
de purpura, d’une acrocyanose, d’un syndrome de Raynaud.
Le livedo est présent dans 17 % des cryoglobulinémies de
type I, 10 % des maladies des agglutinines froides et
occasionnellement signalé au cours des
cryofibrinogénémies symptomatiques sporadiques ou
familiales.
Alors que les nécroses siègent préférentiellement sur
les extrémités (pieds, doigts, oreilles, nez), le livedo
prédomine parfois sur les zones découvertes, s’atténuant
à la chaleur ; ailleurs, il est généralisé, ramifié.
* Syndrome des antiphospholipides :
La prévalence du livedo dans le SAPL a été estimée de 4
à 55% lorsque le SAPL est primitif et de 9 à
50%lorsqu’il est associé à un lupus systémique.
Sa prévalence n’est pas significativement différente
dans l’étude européenne multicentrique comparant 58
malades atteints de SAPL primaire et 56 malades atteints
de SAPL associé au lupus.
La fréquente mise en évidence d’anticorps
antiphospholipides chez les malades lupiques avec livedo
avait été signalée par Hughes dès 1983 et confirmée
secondairement.
Le livedo associé au SAPL est habituellement fin,
ramifié, suspendu, étendu ou localisé sur plusieurs
zones non contiguës, isolé sans autre lésion
dermatologique.
Une thrombose des vaisseaux dermiques ou hypodermiques
est alors exceptionnellement objectivée.
L’examen anatomopathologique d’un prélèvement cutané
entre les mailles ou sur les mailles ne met en effet en
évidence le plus souvent qu’une hyperplasie vasculaire
ou des lésions d’endartérite oblitérante non spécifique.
Ailleurs, il peut être localisé entourant une zone
nécrotique ou aux extrémités, d’évolution plus aiguë,
notamment en cas de syndrome catastrophique du SAPL avec
présence d’autres lésions dermatologiques (nécrose,
gangrène, lésions bulleuses ou érythème palmaire) et
objectivation d’une thrombose histologique.
Que le SAPL soit primaire ou associé au lupus, la
présence d’un livedo ramifié est statistiquement
associée non seulement aux accidents thrombotiques
artériels, en particulier aux accidents vasculaires
cérébraux, mais aussi aux valvulopathies et à l’HTA.
L’association livedo-accidents vasculaires cérébraux
pose le problème des relations du syndrome de Sneddon
avec le SAPL.
* Syndromes myéloprolifératifs :
Les thrombocytémies essentielles ou secondaires à un
autre syndrome myéloprolifératif (maladie de Vaquez,
leucémie myéloïde ou splénomégalie myéloïde) sont
parfois à l’origine d’un livedo ramifié douloureux,
symétrique et distal, parfois inaugural.
Il s’y associe souvent d’autres manifestations
dermatologiques : syndrome de Raynaud, érythrocyanose,
érythromélalgie, ulcérations nécrotiques punctiformes
sur les mailles du livedo, voire gangrènes distales.
Les biopsies cutanées sur les mailles du livedo
objectivent le plus souvent des thromboses vasculaires.
L’association à des thromboses profondes, notamment
cérébrales, a pu faire porter à tort le diagnostic de
syndrome de Sneddon dont le livedo est différent du fait
de sa topographie volontiers tronculaire et de l’absence
habituelle d’algies ou de nécrose.
* Calcinoses cutanées :
Les dépôts de calcium dans la peau s’accompagnent
souvent de nécroses cutanées souvent extensives
précédées ou accompagnées d’un livedo d’évolution aiguë.
Ces dépôts peuvent être secondaires à une panniculite ou
à une anomalie du métabolisme phosphocalcique telle
qu’une hyperparathyroïdie primitive ou induite par une
insuffisance rénale chronique.
Les mécanismes physiopathologiques conduisant au livedo
et à la nécrose sont multiples faisant intervenir les
dépôts vasculaires de calcium, des thromboses avec
possibilité d’anomalies acquises de la coagulation, un
spasme vasculaire.
Le diagnostic est généralement évident sur les biopsies
cutanées prélevées de préférence sur les zones indurées
ou nécrotiques.
Le pronostic est encore sombre avec nécessité de
corriger au plus vite un éventuel déséquilibre du bilan
phosphocalcique.
* Oxalose :
L’oxalose est le plus souvent liée à une maladie
métabolique héréditaire autosomique récessive conduisant
à une insuffisance rénale terminale par lithiases
oxaliques récidivantes.
Les sels d’oxalate de calcium peuvent être retrouvés
dans les parois vasculaires et la peau, se manifestant
notamment par une acrocyanose, des gangrènes
périphériques et un livedo des membres inférieurs.
La biopsie sur les mailles révèle la présence de
cristaux biréfringents en lumière polarisée, siégeant
dans le derme et la paroi des vaisseaux souvent
thrombosés.
De nombreuses manifestations sytémiques pouvant simuler
une vasculite témoignent de la diffusion de ces dépôts.
3- Embolies :
Habituellement, c’est le contexte clinique qui fait
évoquer un processus emboligène, notamment en présence
d’une athérosclérose.
Plus rarement, ce contexte est méconnu, le livedo
pouvant être révélateur d’une cardiopathie emboligène,
tel un myxome.
* Embolies de cristaux de cholestérol
:
Les embolies multiples de cristaux de cholestérol ont une expression
cutanée dans 35 à 45 % des cas. Le livedo en est la manifestation la
plus fréquente, présent chez 49 à 90 % des malades avec atteinte
cutanée.
Habituellement, il est ramifié, localisé aux membres
inférieurs, pouvant s’étendre sur les lombes et sur le bas de
l’abdomen, exceptionnellement aux membres supérieurs.
Il peut
n’apparaître qu’en position debout.
Il est généralement associé à
d’autres manifestations cutanées : nécroses sur les mailles ou
à distance, gangrènes, cyanose, ulcérations, purpura, orteils
pourpres.
Ce diagnostic est systématiquement évoqué chez un sujet
athéromateux, et ce d’autant plus qu’il existe un syndrome algique,
des pouls conservés, des manifestations systémiques pouvant
simuler une PAN (atteinte rénale, digestive, altération de l’état
général) et un facteur déclenchant, tels un geste chirurgical
vasculaire, un cathétérisme artériel et/ou la mise en route d’un
traitement anticoagulant (héparine, antivitamines K) ou fibrinolytique.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence des
cristaux de cholestérol au fond d’oeil et surtout dans les artérioles cutanéomusculaires.
Étant donné la localisation des cristaux dans
les artérioles de la jonction dermohypodermique, il est nécessaire de
faire des biopsies cutanées profondes, de préférence sur les zones
infiltrées ou nécrotiques du livedo et de les répéter si elles sont non
contributives.
Le risque de nécrose secondaire à ces biopsies est
minime en l’absence d’atteinte artérielle majeure des gros troncs
jambiers.
Un prélèvement effectué en peau saine n’a pas d’intérêt.
À
l’opposé, une biopsie musculaire quadricipitale à l’aveugle serait
positive dans 92 à 100 % des cas.
En cas d’atteinte rénale, la
rentabilité de la biopsie rénale est également élevée mais non dénuée
de risque.
Quelle que soit l’origine du prélèvement, la mise en
évidence sur une biopsie d’une vasculite ou d’une thrombose isolée
ne doit pas faire rejeter le diagnostic d’emboles de cholestérol du
fait d’une association possible.
L’étendue du spectre clinique des
embolies de cristaux de cholestérol, allant des formes cutanées
isolées aux formes systémiques rapidement mortelles, explique les
difficultés de l’analyse prospective ou rétrospective des traitements.
Il n’existe aucune preuve d’efficacité des traitements médicaux.
Aussi, les traitements sont-ils essentiellement symptomatiques.
Les
formes cutanées limitées s’améliorent souvent spontanément avec
des soins locaux éventuellement associés à une hémodilution, voire
à des dérivés des prostacyclines en cas de nécrose distale pour tenter
de limiter les amputations.
L’HTA est traitée par des inhibiteurs de
l’enzyme de conversion de l’angiotensine.
L’effet bénéfique des
corticoïdes dans les formes systémiques a été signalé avec même
une corticodépendance dans certaines observations.
Théoriquement, les anticoagulants doivent être arrêtés car ils sont
considérés comme des facteurs favorisants.
Or, leur arrêt n’influence
l’évolution des emboles de cristaux que dans des observations
privilégiées.
Leur maintien lorsqu’ils sont indispensables ne
s’accompagne pas systématiquement d’une aggravation du tableau
clinique.
La prudence justifie cet arrêt dans tous les cas où
l’indication n’en est pas impérative.
Les antiagrégants ne semblent
pas avoir les mêmes inconvénients.
La place du traitement
chirurgical est encore controversée.
Dans l’hypothèse d’un anévrisme aortique ou poplité, la découverte de cette anomalie à
l’occasion d’embolies de cristaux ne modifie pas l’indication
chirurgicale habituellement préconisée.
En l’absence d’anévrisme, la
source des embolies reste généralement hypothétique, même en cas
de visualisation de plaques d’athérosclérose, d’ailleurs souvent
multiples, et la chirurgie est souvent plus dangereuse que bénéfique.
* Myxomes
:
Les myxomes cardiaques simulent également parfois une vasculite
systémique, plus rarement un syndrome de Sneddon.
Ils
peuvent se manifester par un livedo, volontiers distal et associé à
d’autres manifestations dermatologiques : syndrome de Raynaud,
éruption papuleuse parfois serpigineuse, papulonodules des
extrémités, lésions purpuriques et nécrotiques, hémorragies en
« flammèches » sous-unguéales.
La biopsie cutanée, faite sur les
mailles et entre les mailles, objective inconstamment les embolies
myxomateuses. Parfois ne sont observées qu’une vasculite ou
des thromboses.
Le rôle de la production d’interleukine 6 par les
cellules myxomateuses ou de l’exceptionnelle présence d’anticorps antiphospholipides est encore hypothétique.
Toutes les
manifestations cliniques régressent après exérèse de la tumeur.
* Dermite livédoïde de Nicolau :
Décrite en 1925 par Nicolau à la suite de l’injection intramusculaire
de sels de bismuth, cette dermatose était initialement considérée
comme secondaire à une injection intra-artérielle accidentelle d’un
produit huileux.
Actuellement, il est admis que toute
intramusculaire peut déclencher une telle dermatose, même en cas
d’injections périartérielles.
L’injection s’accompagne d’une
douleur intense et sévère suivie de l’apparition d’une zone livédoïde
avec une évolution nécrotique.
La physiopathologie fait intervenir
des phénomènes emboliques et thrombotiques associés à un vasospasme d’origine endothéliale ou neurologique.
Les
antiagrégants, anticoagulants et vasodilatateurs n’empêchent pas
toujours l’évolution vers une nécrose plus ou moins étendue.
* Tumeurs métastatiques :
Exceptionnellement, des carcinomes métastatiques peuvent se
manifester par un livedo de mécanisme embolique avec
envahissement des lymphatiques dermiques objectivé sur la biopsie
cutanée.
* Maladie des caissons
:
Au cours de la maladie des caissons existe souvent un livedo plus
ou moins étendu, éphémère, pouvant s’associer à une sensation de
fourmillement localisé ou généralisé, n’ayant pas de signification
pronostique quant à la possibilité de survenue de manifestations
plus graves, notamment cardiopulmonaires, neurosensorielles ou
ostéoarticulaires.
Lié à l’apparition de bulles d’azote dans les
capillaires cutanés, il disparaît spontanément ou après une douche
chaude.
4-
Lymphome angiotrope :
Le lymphome angiotrope, anciennement dénommé angioendothéliomatose
proliférative maligne systématisée, est une entité
anatomoclinique rare touchant préférentiellement l’adulte après
60 ans.
Il s’exprime volontiers au niveau cutané par des nodules angiomateux, des plaques infiltrées, un oedème diffus
sclérodermiforme parsemé de télangiectasies arborescentes, plus
rarement par un livedo localisé infiltré.
Il s’y associe fréquemment
des épisodes neurologiques déficitaires centraux sensitivomoteurs,
une fièvre et une asthénie.
Le diagnostic est histologique avec
présence de cellules lymphoïdes atypiques B ou T dans les vaisseaux
dermiques dilatés.
C - LIVEDOS DE MÉCANISME ENCORE INCERTAIN
:
Dans certaines entités, le mécanisme du livedo reste encore incertain,
possiblement hétérogène.
Il est toutefois probable que le mécanisme
pathogénique prédominant soit des anomalies de la vasomotricité
dans le cutis marmorata telangiectatica et une obstruction vasculaire
inflammatoire ou non inflammatoire dans le syndrome de Sneddon.
1- Cutis marmorata telangiectatica :
Il se présente dès la naissance comme une érythrocyanose réticulée,
persistante après réchauffement contrairement au cutis marmorata
simple.
Il est de siège mono- ou dimélique ou généralisé, avec des
dilatations vasculaires arborisées ou en « taches ».
Sur ce réseau
apparaissent souvent des ulcérations évoluant vers une cicatrice
blanche ou atrophique.
L’évolution est variable.
Les formes limitées
à la naissance régressent fréquemment précocement dans l’enfance.
Les formes généralisées peuvent persister à l’âge adulte.
Le
mécanisme physiopathologique demeure incertain. Une immaturité
du système neurovégétatif a été évoquée, peut-être d’origine
génétique étant donné l’existence de formes familiales. Dans d’autres
formes, l’aspect clinique évoque plus un processus malformatif de
type angiome veineux.
Les associations pathologiques seraient fréquentes dans les formes
persistantes (50 %) concernant principalement le système
cardiovasculaire, le système nerveux central et le système musculosquelettique (Gerritsen MJP, Steijlen PM, Brunner HG,
Rieu P. Cutis marmorata telangiectatica congenita: report of 18 cases.
Br J Dermatol 2000 ; 142 : 366-369).
Dans le syndrome de Van Lohuizen existent des malformations cardiaques avec notamment
persistance du canal artériel.
Le syndrome de Divry-Van Bogaert est
caractérisé par une angiomatose cérébrale.
Certains le
rapprochent du syndrome de Sneddon, les images d’angiomatose
cérébrale pouvant être secondaires aux atteintes vasculaires.
La prédominance masculine et l’existence fréquente de formes
familiales différencient cependant ces deux entités.
2- Syndrome de Sneddon :
*
Historique - Épidémiologie
:
L’association d’un livedo et d’accidents ischémiques cérébraux,
décrite initialement par Champion et Rook en 1960, a été
authentifié par Sneddon en 1965 à propos de six observations.
Plus de 30 ans après sa description initiale, de nombreuses autres
manifestations sont venues enrichir le tableau cutanéoneurologique.
Il s’agit d’une affection rare, diagnostiquée dans 0,26 % des cas d’une
série de 3 006 malades avec accidents vasculaires cérébraux.
Inversement, ce diagnostic a été retenu en Allemagne chez 56 % des
malades avec livedo ramifié.
En Autriche, l’incidence du
syndrome de Sneddon a été estimée à 1 cas par million d’habitants et par an.
Il existe une nette prédominance féminine avec un
sex-ratio H/F de 1/3 à 1/6 selon les études.
L’âge moyen au
moment du diagnostic est variable, le plus souvent entre 30 et
50 ans alors que les premiers symptômes sont généralement présents
depuis de nombreuses années.
La majorité des observations sont
considérées comme sporadiques avec cependant une fréquence
élevée de manifestations vasculaires ou neurologiques dans la
famille.
Les formes familiales sont plus rares avec une
agrégation variable, exceptionnellement suggestive d’une
transmission autosomique dominante.
* Manifestations cutanées
:
Le livedo du syndrome de Sneddon est un livedo ramifié, généralisé
ou étendu à plusieurs territoires non contigus, non déclive.
Il touche
très souvent les fesses et le tronc, les membres, parfois le visage,
associé parfois à une acrocyanose ou à un syndrome de Raynaud.
À
la différence du livedo de la PAN et des autres vasculites, il n’est
pas infiltré.
Dans la large majorité des observations, le livedo est la
seule manifestation dermatologique.
Ailleurs, il est associé à d’autres
lésions : nécrose limitée, ulcération, atrophie blanche, hémorragies sous-unguéales, thrombophlébites superficielles, engelures, etc.
Il
précède habituellement de plusieurs années, voire de décennies,
l’atteinte neurologique ; plus rarement, il apparaît concomitamment
ou plus tardivement.
L’aspect anatomopathologique de ce livedo serait pour Zelger et al
un élément diagnostique notable.
En effet, 12 fois sur 15, une
biopsie de grande taille (2 cm), réalisée au centre des mailles, leur a
permis de visualiser, après réalisation de nombreuses coupes sériées,
des altérations vasculaires touchant électivement les artérioles de la
jonction dermohypodermique qu’ils ont classées en quatre phases
histologiques :
– la phase I ou phase initiale correspondrait à une endothélite avec
détachement des cellules endothéliales et accolement de cellules
mononucléées à leur versant luminal ;
– dans la phase II, l’artériole serait obstruée par des cellules
inflammatoires mononucléées ;
– la phase III serait une phase intermédiaire de prolifération
cellulaire sous-endothéliale ;
– la phase IV correspondrait à une phase tardive de hyalinisation et
de fibroatrophie de la paroi du vaisseau lésé.
A priori, il est difficile de retenir ces différents aspects
anatomopathologiques comme un critère diagnostique pour les
raisons suivantes.
Dans la littérature, les phases initiales (I, II) n’ont
jamais été retrouvées ; quant aux phases III et IV, elles sont certes
plus fréquemment observées, présentes chez 21 % des malades dans
notre expérience, mais encore moins spécifiques, pouvant être
observées après toute obstruction vasculaire, signalées notamment
dans diverses atteintes cutanées, rénales et cérébrales du SAPL.
* Manifestations neurologiques
:
L’atteinte neurologique est définie par la présence d’accidents
ischémiques constitués ou transitoires.
Lorsqu’ils sont constitués, ces
accidents vasculaires ont généralement un meilleur pronostic
immédiat que les autres accidents vasculaires du sujet jeune du fait
de l’atteinte préférentielle des artérioles de moyen calibre.
Lorsqu’ils
sont transitoires, le diagnostic différentiel avec certaines migraines
ophtalmiques peut être très difficile, d’autant plus que des migraines
peuvent parfois être associées et que les accidents vasculaires
cérébraux ont fréquemment une localisation occipitale.
La répétition
des accidents, parfois infracliniques, peut conduire à long terme à
des déficits notables ou à une détérioration intellectuelle, voire à
une démence vasculaire. Une épilepsie secondaire est possible
comme des accidents hémorragiques, notamment en cas
d’anticoagulation.
Une chorée est notée dans quelques
observations.
Les techniques modernes d’imagerie,
tomodensitométrie et résonance magnétique, visualisent sans peine
les infarctus cérébraux de grande et moyenne tailles.
La résonance
magnétique révèle également des lésions anoxiques de petite taille
(hypersignaux intenses) et des lésions ischémiques hypoxiques
(plages confluentes d’hypersignal) prédominant dans les régions
cérébrales postérieures avec atteinte du cervelet et des noyaux gris
centraux dans les formes évoluées.
L’artériographie cérébrale ou
l’imagerie vasculaire non invasive est normale dans près de la moitié
des cas ; ailleurs, elles montrent des sténoses ou des obstructions
des artères intracérébrales de moyen calibre avec possibilité de
développement d’un réseau capillaire en « volutes de fumée ».
Des microemboles ont été dépistés par monitoring de l’artère
cérébrale moyenne avec un doppler transcrânien. L’examen du
liquide céphalorachidien est sans particularité.
L’électromyogramme
systématique des membres inférieurs peut objectiver une
neuropathie axonale périphérique généralement totalement
asymptomatique.
Les rares études histologiques cérébrales
retrouvent une vasculopathie oblitérante non inflammatoire et des
thromboses.
Dans un cas a été notée une infiltration granulomateuse sans tropisme vasculaire.
* Autres manifestations :
Une HTA est présente dans plus de 60 % des cas, habituellement
modérée, sans relation avec la précocité ni la gravité de l’atteinte
neurologique.
Le mécanisme de cette hypertension est le plus
souvent inconnu.
Une cause rénovasculaire a été toutefois mise en
évidence dans des observations privilégiées avec anticorps
antiphospholipides.
La prévalence des valvulopathies semble élevée, mise en évidence
dans près de la moitié des cas des séries avec échographie
systématique.
Celles-ci se traduisent par un épaississement
valvulaire, parfois sans retentissement fonctionnel alors uniquement
dépisté en échographie.
Leur mécanisme est inconnu, pouvant
résulter du même processus pathologique que l’atteinte endothéliale
artériolaire.
Dans certaines observations, une origine infectieuse est
évoquée du fait de la précession par un rhumatisme articulaire
aigu.
Les autres manifestations témoignent de la diffusion de l’atteinte
vasculaire : artériopathie des membres, de l’oeil, du coeur,
des reins.
Les manifestations thrombotiques veineuses sont
moins fréquentes, signalées cependant dans plus de 15 % des cas.
* Manifestations biologiques :
Le bilan biologique standard est habituellement normal en dehors
d’une inconstante augmentation de la vitesse de
sédimentation lors
des épisodes neurologiques et d’une possible thrombopénie.
L’étude de l’hémostase standard et de la fibrinolyse est
habituellement normale.
Dans des cas isolés ont été rapportés une
hyperréactivité ou une hyperagrégabilité plaquettaire, une
augmentation de la b-thromboglobuline témoignant d’une activation
plaquettaire, des anomalies du rapport activateur tissulaire du
plasminogène-inhibiteur de l’activateur tissulaire du plasminogène, un déficit en antithrombine III, ou une résistance à la
protéine C activée.
Du fait de la rareté des observations, il est
vraisemblable que l’association entre le syndrome de Sneddon et
ces anomalies soit fortuite.
La recherche d’anticorps antinucléaires
est occasionnellement positive, généralement à des taux bas.
La
présence d’anticorps antiacide désoxyribonucléique (ADN) pose le
problème des limites nosologiques du syndrome de Sneddon avec
le lupus.
Il n’y a généralement pas de facteur rhumatoïde,
d’anticorps anti-SSA, anti-SSB ou antiribonucléoprotéines (RNP).
Dans quelques observations a été notée une cryoglobulinémie.
La
prévalence des anticorps antiphospholipides varie selon les séries
de 0 à 85% des cas ; elle est de 41 % dans notre expérience.
Du fait de la grande variation de fréquence des anticorps anti-b2
glycoprotéine 1 suivant les techniques utilisées, la signification
de la présence isolée de ces anticorps reste encore incertaine.
Quant
aux anticorps anticellules endothéliales, retrouvés chez 35 % des
malades, leur signification reste également à déterminer.
La comparaison des malades avec ou sans anticorps antiphospholipides met en évidence une plus grande fréquence d’épilepsie et de thrombopénie chez les malades avec anticorps
antiphospholipides.
Les malades sans anticorps antiphospholipides
ont fréquemment un livedo à mailles plus larges et mieux
visible que ceux avec anticorps antiphospholipides.
* Traitement
:
Étant donné la rareté des grandes séries de syndrome de Sneddon,
il n’existe pas d’étude contrôlée permettant de conclure à l’efficacité
ou à l’inefficacité des divers traitements.
De plus, le délai parfois de
plusieurs années entre deux accidents ischémiques cérébraux
consécutifs rend difficile l’appréciation des résultats thérapeutiques.
L’utilisation de corticoïdes ou d’immunosuppresseurs sans anticoagulation n’a pas empêché la survenue de nouvelles atteintes
neurologiques ; ces traitements auraient même un effet délétère
dans quelques cas.
Les antiagrégants ou les anticoagulants au
long cours pourraient avoir un effet bénéfique.
Dans le SAPL, une
forte anticoagulation aurait un meilleur effet préventif des récidives
thrombotiques que l’aspirine avec cependant des effets secondaires
plus importants.
Aussi paraît-il licite de traiter les syndromes de Sneddon avec anticorps antiphospholipides par les anticoagulants.
Quant aux syndromes de Sneddon sans anticorps antiphospholipides,
un traitement antiagrégant peut être proposé
initialement ; le traitement anticoagulant n’étant préconisé que
secondairement en cas d’apparition d’un événement clinique
neurologique ou de détérioration de l’aspect neuro-imagerique.
Tous ces traitements n’ont aucun effet sur le livedo qui peut
apparaître sous anticoagulant.
Dans tous les cas, il est logique de
tenter d’éradiquer les facteurs de risque vasculaires associés tels
qu’une HTA, un tabagisme ou la prise d’oestroprogestatifs.
Conclusion :
Il est impossible de proposer un arbre décisionnel de conduite devant un
livedo car le bilan paraclinique dépend essentiellement des
caractéristiques du livedo et du contexte clinique.
Un livedo
physiologique ne justifie d’aucun examen.