Initialement dénommée « angiokératome corporel diffus », la maladie de
Fabry (ou d’Anderson-Fabry, car le premier cas observé par Anderson en
Angleterre fut communiqué par lui-même à Fabry) est bien connue des
dermatologues.
Elle a été décrite indépendamment par Fabry et Anderson en
1898.
Les lésions cutanées étaient primitivement dénommées par Fabry
« purpura papuleux hémorragique de Hebra ».
Il s’agit d’une maladie lysosomiale de surcharge appartenant au groupe des sphingolipidoses,
conduisant à l’accumulation dans divers organes de céramide trihexoside
(galactosylgalactosylglucosylcéramide) par déficit en alpha-galactosidase A.
Sa
transmission est récessive, liée à l’X ; les mutations surviennent sur un gène
situé en Xq22.
Les manifestations cliniques de la maladie de Fabry
résultent des dépôts de glycosphingolipides dans les cellules endothéliales et
musculaires lisses.
Les atteintes sont cardiaques, rénales, cornéennes,
neurologiques et musculaires. Une forme purement cardiaque est décrite et
est de meilleur pronostic.
Le diagnostic biologique, autrefois fondé sur le
dosage de l’activité alpha-galactosidase A et sur les biopsies rénales ou nerveuses,
se fait aujourd’hui précocement grâce à la biologie moléculaire, qui est
également une aide au conseil génétique.
Par ailleurs, la mise en évidence de
différentes mutations sur le gène codant pour l’alpha-galactosidase A classe la
maladie parmi les candidates à la thérapie génique.
Cette maladie est rare.
Son
incidence est de 1/40 000.
Manifestations cliniques
:
A - Forme commune :
La maladie débute habituellement à l’adolescence par des troubles sensitifs périphériques.
Tous les organes peuvent être atteints et les manifestations sont
très diverses.
1- Manifestations neurologiques :
Il peut s’agir aussi bien d’atteinte du système nerveux périphérique ou autonome,
ou encore du système nerveux central par complications cérébrovasculaires.
La
doléance la plus fréquente est chez un garçon ou un homme jeune, la sensation de
brûlures intenses des mains et des extrémités inférieures.
* Douleurs :
Elles surviennent par crises, les crises de Fabry, ou peuvent être permanentes.
Débutant dans l’enfance ou l’adolescence, elles sont parfois le seul signe de la maladie.
Elles atteignent les membres.
Des paumes des mains et des plantes
des pieds, ces accès hyperalgiques de paresthésies et de brûlures irradient vers
les racines.
Ou bien il s’agit de douleurs abdominales qui évoquent un tableau
chirurgical (appendicite, colique néphrétique).
Il peut également s’agir de
myalgies ou d’arthralgies.
Lorsqu’elles sont permanentes, ces douleurs sont à type de brûlures et de
paresthésies, parfois assez intenses pour empêcher la marche et pour
nécessiter un fauteuil roulant.
Habituellement déclenchées par la fatigue, l’exercice physique, le stress, les
variations thermiques ou hygrométriques, elles s’associent à des poussées de
fièvre accompagnant les acroparesthésies et à un syndrome inflammatoire.
Cette symptomatologie oriente à tort vers une érythromélalgie, ou une atteinte
rhumatismale, ou encore vers une intolérance à l’exercice physique ou même
vers des troubles purement fonctionnels.
Ces douleurs sont en corrélation avec les lésions nerveuses, notamment la
diminution du nombre des petites fibres non myélinisées.
L’atteinte du système nerveux autonome se manifeste entre autres par une
hypotension orthostatique.
* Complications cérébrovasculaires :
Elles sont liées à une occlusion des artères de petit et moyen calibre due à
l’accumulation de glycolipides dans la couche élastique et la couche
musculaire lisse.
Les symptômes les plus fréquents sont les déficits hémicorporels, les vertiges,
la diplopie, la dysarthrie, le nystagmus, les nausées et vomissements, les
céphalées ou l’ataxie dans la forme homozygote.
Chez les hétérozygotes, les
manifestations sont plus tardives, à type de trouble de la mémoire,
d’instabilité, d’ataxie, d’hémiparésie, ou de perte de conscience.
Une
authentique démence vasculaire survient au cours de la maladie de Fabry ;
cette cause devrait être systématiquement recherchée chez les patients
déments de moins de 65 ans.
Des psychoses ainsi que des troubles progressifs de la personnalité sont
décrits.
L’imagerie cérébrale, normale chez 25 % des patients homozygotes et 40 %
des hétérozygotes, montre, dans les autre cas, des infarctus, des hémorragies
intracérébrales, des dilatations ventriculaires et une artère basilaire ectasique.
La plupart des patients symptomatiques le sont par une atteinte ischémique vertébrobasilaire.
Le mécanisme physiopathologique de cette localisation
préférentielle est incomplètement élucidé, puisque l’enzymopathie devrait
atteindre les vaisseaux de façon uniforme.
Des anomalies vestibulaires ont
été décrites.
2-
Manifestations cutanées :
Les premières descriptions de maladie de Fabry sont dues à des
dermatologues.
Souvent, ces manifestations cutanées survenant dans
l’enfance conduisent au diagnostic.
Au début, ce sont des rashes maculopapuleux disposés en « caleçon ».
L’aspect le plus typique est celui
d’angiokératomes corporels diffus et de télangiectasies se développant
lentement. Les angiomes prennent une couleur rouge-noir ou bleu-noir.
Ils ne
s’effacent pas à la vitropression et s’accompagnent souvent d’une
hyperkératose.
On les trouve sur l’abdomen, en périombilical, le périnée, le pénis, le scrotum,
les membres, le dos et les fesses.
L’atteinte des muqueuses buccale et
conjonctivale et des zones sous-unguéales est possible.
S’y associent très
souvent une hypohidrose ou une anhidrose.
Si une biopsie cutanée est
réalisée, elle montre des angiokératomes typiques.
Quelquefois, ces lésions
cutanées sont mal visibles mais doivent être systématiquement recherchées.
Des lésions similaires ont été décrites au cours d’autre maladies lysosomiales
telles que le déficit en bêtamannosidase ou les formes juvéniles de
fucosidose.
2- Manifestations rénales
:
Une atteinte rénale progressive, grevant souvent le pronostic vital, est due à
des dépôts de lipides dans les glomérules et les tubules.
Elle se manifeste par
une protéinurie décelable dès l’adolescence, en rapport avec une atteinte
glomérulaire, avec ou sans syndrome néphrotique, qui, lorsqu’il est présent,
est le plus souvent impur.
On retrouve également une hématurie et une
protéinurie isolée.
Des corps gras nommés « cellules de Mulberry »
s’observent dans le sédiment urinaire.
On décrit également un diabète insipide
et une acidose tubulaire.
L’insuffisance rénale est progressive, aboutissant
vers la quatrième décennie au stade de la dialyse.
3- Manifestations oculaires :
La cornée, le cristallin, la conjonctive et la rétine peuvent être atteints.
Les
manifestations oculaires n’entravent en principe pas la vision.
Elles sont
souvent une aide au diagnostic.
L’atteinte cornéenne est la plus fréquente, et
concerne aussi bien les sujets hétérozygotes qu’homozygotes.
Une étude
portant sur 37 hommes hémizygotes et 25 femmes hétérozygotes signale une
dystrophie cornéenne, dite cornée verticillée, chez la plupart des patients, plus
grave cependant chez les hétérozygotes.
Le diagnostic différentiel de ces
anomalies cornéennes doit faire rechercher la prise de quinine, d’amiodarone,
ou une autre fucosidose.
L’atteinte cristallinienne est probablement plus
spécifique.
Une opacité postérieure est la plus précoce des lésions.
Chez un
tiers des homozygotes, des dépôts blanchâtres de la capsule antérieure du
cristallin pouvant prendre un aspect en hélice sont mentionnés.
On ne les
retrouve pas chez les hétérozygotes.
On observe également une tortuosité des
vaisseaux conjonctivaux et rétiniens.
Un oedème papillaire est présent.
La perte totale de la vue peut survenir par occlusion de l’artère centrale de la
rétine.
4- Autres manifestations
:
Une atteinte pulmonaire est possible ; elle se manifeste par une dyspnée,
une toux, un wheezing répondant aux bronchodilatateurs.
La radiographie est
le plus souvent normale.
Les épreuves fonctionnelles respiratoires sont en
faveur d’un syndrome obstructif.
L’atteinte vasculaire est également le reflet de l’accumulation de glycosphingolipides dans les vaisseaux lymphatiques, et peut ainsi être
responsable d’oedèmes et de varices des membres inférieurs.
L’incidence des thromboses est importante et touche aussi bien les
homozygotes que les hétérozygotes.
Au plan digestif, la maladie de Fabry s’accompagne également de
malabsorption, de diarrhée, de vomissements.
Un cas de maladie coeliaque
associée a été décrit. Il a également été rapporté une maladie de Fabry
compliquée par une perforation digestive sur une diverticulose jéjunale.
B - Forme cardiaque pure
:
L’atteinte cardiaque, au même titre que l’atteinte rénale, grève le pronostic.
Von Sheidt et Desnick signalent des formes purement cardiaques de la
maladie de Fabry.
L’âge de découverte est plus tardif, de même que l’âge de
survenue du décès.
Il n’y a pas de manifestation neurologique,
ophtalmologique ou cutanée.
Une protéinurie modérée est parfois présente.
Une étude menée en 1995 dénombrait, sur 230 hommes présentant une
hypertrophie ventriculaire gauche, sept maladies de Fabry.
En l’absence
d’autres éléments cliniques évocateurs, c’est la biopsie myocardique qui a fait
le diagnostic chez cinq d’entre eux.
Les mutations géniques sont, dans ces formes variantes cardiaques pures, très
spécifiques (de même que dans les atteintes rénales isolées).
Les différentes manifestations cardiaques de la maladie de Fabry sont
estimées à 30 % des cas.
Histologiquement, elles sont constantes.
Toutes
les structures vasculaires peuvent être touchées, à l’exception du péricarde.
L’insuffisance cardiaque est le risque évolutif majeur, soit par
cardiomyopathie hypertrophique, parfois obstructive, soit par
cardiomyopathie dilatée.
Sur l’appareil valvulaire, on rencontre des
insuffisances ou des rétrécissements mitraux, ou encore un prolapsus
valvulaire mitral.
L’atteinte des valves aortiques ou tricuspidiennes est plus
rare.
Tous les types de troubles du rythme sont décrits (fibrillation auriculaire, bloc
de branche, et plus rarement bloc atrioventriculaire). Un PR court est signalé
dans 20 % des cas.
C
- Manifestations cliniques chez les hétérozygotes
:
Les hétérozygotes peuvent présenter des manifestations diverses.
Souvent, ils
se plaignent de névralgies survenant tardivement. Parfois, ils ont des opacités
cornéennes et des troubles cardiaques.
Des manifestations rénales sont
possibles, mais il est rare qu’elles aboutissent à une grande insuffisance
rénale.
Évolution
:
La mort survient habituellement entre 40 et 50 ans par accident vasculaire
cérébral, ischémique ou hémorragique, insuffisance cardiaque ou rénale.
Physiopathologie
:
La maladie de Fabry appartient aux maladies lysosomiales d’accumulation.
Les organes cibles sont déterminés par le site de dégradation des
macromolécules et les symptômes sont dus à la détérioration provoquée par
la substance accumulée.
L’alpha-galactosidase est représentée par deux isoenzymes, distinctes par
leurs caractéristiques physicochimiques (point isoélectrique différent).
Les
gènes de ces deux enzymes sont distincts, et seule l’alpha-galactosidase A est
déficiente dans la maladie de Fabry.
C’est une structure homodimérique de 101 kDa.
Le déficit en alpha-galactosidase A entraîne l’accumulation de
globotriasylcéramide, un trihexoside.
La maladie de Fabry, caractérisée par le dépôt de glycosphingolipides dans
différents organes, est donc une maladie multisystémique.
Seul le foie semble
respecté.
Les glycosphingolipides qui s’accumulent dans le système artériel
sont le globotriasylcéramide et le galabiosylcéramide.
Ils s’accumulent
préférentiellement dans les lysosomes des cellules endothéliales et périthéliales, dans les fibres musculaires lisses, ainsi que dans les histiocytes.
L’origine de cette accumulation est peu claire.
Il existe très certainement une
part endogène, notamment dans les organes non vascularisés tels que la
cornée et les neurones.
Au rein, les lésions concernent essentiellement le
néphron plus que les vaisseaux, dont l’atteinte est souvent plus progressive et
tardive.
Le diabète insipide, parfois observé, serait dû à une insensibilité du
tubule à l’hormone antidiurétique.
Les angiokératomes seraient faits de
dépôts progressifs de lipides dans les cellules endothéliales et périthéliales des
vaisseaux cutanés, surtout artériels.
Pour les nerfs périphériques, la surcharge
en lipides du périnerve entraîne une diminution des vitesses de conduction
nerveuse et des latences distales.
L’origine de cette accumulation est obscure.
Une production endogène neuronale est probable, de même qu’une
absorption à partir du sang ou du liquide céphalorachidien.
Les douleurs des
membres sont dues à la neuropathie avec atteinte du corps cellulaire des
racines dorsales ou à une neuropathie des petites fibres.
L’atteinte
sympathique serait la cause de l’anhidrose et peut-être des crises
douloureuses.
Les lésions oculaires comportent des dépôts de lipides dans
les vaisseaux artériels, dans la cornée.
Des dilatations anévrismales et des
tortuosités rétiniennes sont fréquentes.
Les dépôts lipides dans le système nerveux central concernent le noyau
basal de l’amygdale et les noyaux supraoptiques et paraventriculaires de
l’hypothalamus.
La corrélation entre les manifestations cliniques et les lésions
neurologiques observées est le fait des infarctus vasculaires et des dépôts
lipidiques dans les systèmes nerveux central et périphérique.
L’atteinte
cardiaque relève de l’accumulation des glycosphingolipides dans les cellules
myocardiques et les fibrocytes du système valvulaire, notamment mitral et
tricuspidien.
Une étude post mortem des anomalies valvulaires présentes
dans deux cas de maladie de Fabry a trouvé une insuffisance mitrale par amincissement des feuillets valvulaires.
Les mêmes anomalies étaient
constatées sur les tricuspides.
Aucune atteinte des valves pulmonaires n’a été
décrite, cependant, des dépôts lipidiques dans les lysosomes de ces valves ont
parfois été mentionnés.
La microscopie électronique révèle de nombreux
lysosomes contenant des inclusions lipidiques concentriques mesurant de 0,1
à 10 í m de diamètre.
Les études biochimiques trouvent des concentrations
élevées de trihexocylcéramide dans les valves et les autres tissus cardiaques.
Les plus grandes concentrations sont présentes dans les valves mitrales et le
myocarde du ventricule gauche.
L’atteinte prédominante de ces structures est
due pour une part à l’accumulation de glycosphingolipides, mais également à
d’autres facteurs tels que les forces hémodynamiques s’exerçant à ce niveau.
Les trihexocylcéramides, qui s’accumulent dans le plasma des sujets
homozygotes et hétérozygotes, atteignent l’endothélium vasculaire par
diffusion ou par endocytose et expliquent l’atteinte vasculaire.
Cette
accumulation prédomine dans les vaisseaux pulmonaires, l’aorte et les artères
coronaires.
Enfin, de nombreux autres tissus, tels que les glandes surrénaliennes, le
placenta, le pancréas, la prostate, les testicules, la thyroïde, la vessie, le
poumon peuvent être le siège de l’accumulation des glycosphingolipides.
Le priapisme parfois observé serait dû à la fois à une atteinte du système
nerveux autonome et aux dépôts de glycosphingolipides.
Diagnostic
:
Les manifestations cliniques orientent très souvent vers le diagnostic,
notamment dans la forme homozygote.
Le diagnostic de certitude bénéficie
souvent de l’aide des biopsies et notamment de la biopsie rénale. Le
diagnostic biologique par dosage de l’activité enzymatique de l’alpha-galactosidase A est également une aide.
À l’heure actuelle, la biologie
moléculaire permet un diagnostic fiable et un conseil génétique.
A - Dosage de l’activité enzymatique :
Chez tous les patients suspects de maladie de Fabry, un dosage de l’activité
enzymatique de l’alpha-galactosidase A oriente le diagnostic.
Ce dosage est
d’autant plus utile que certaines formes sont peu symptomatiques.
Un déficit
de l’activité de l’alpha-galactosidase dans les leucocytes a été décrit dès 1970
chez les patients mais aussi chez les femmes porteuses.
Ce déficit se trouve
également dans le plasma, le sérum, les biopsies tissulaires ou les cultures de
fibroblastes.
Chez les patients homozygotes, cette activité est comprise entre 0 et 25 %de
la valeur normale.
Par ailleurs, elles est thermostable et n’est pas inhibée par
le myo-inositol.
Une activité de 5 à 35% est fréquente dans la variante
cardiaque.
Il peut exister une dissociation entre le dosage sérique et l’activité tissulaire.
En 1982, était souligné l’intérêt du dosage urinaire des trihexosides par
chromatographie liquide de haute performance (HPLC) pour le dépistage des
porteurs hétérozygotes.
L’intérêt du dosage urinaire est lié au fait que le
dosage enzymatique leucocytaire n’est pas toujours le reflet de l’activité
métabolique rénale.
Chez les femmes hétérozygotes, une activité intermédiaire est détectable.
Quelquefois, les follicules des cheveux sont analysés.
Pour le diagnostic
néonatal, l’activité de l’alpha-galactosidase A peut être dosée dans les villosités
chorioniques ou dans les cultures de cellules amniotiques.
B - Biopsie nerveuse
:
Des aspects morphologiques et biochimiques particuliers sont visibles.
Des inclusions pléiomorphes lipidiques des fibres musculaires, des
fibroblastes et des vaisseaux capillaires endomysiaux sont présentes.
L’isoenzyme A de l’alpha-galactosidase est indécelable.
Sur les nerfs, des
inclusions caractéristiques glycolipidiques, concentriques, lamellaires,
épaisses de 140 à 210 nm sont visibles dans les cellules périneurales des
fibroblastes, les cellules endothéliales et périthéliales des capillaires
endoneuraux et non dans les cellules de Schwann.
L’absence d’inclusions
dans les cellules de Schwann diffère de ce que l’on observe dans d’autres
maladies de surcharge avec neuropathie telles que la maladie de Krabbe,
l’adrénoleucodystrophie et la leucodystrophie métachromatique.
On peut
également trouver une diminution du nombre des petites fibres myélinisées
et plus rarement des fibres de plus grand calibre.
Les fibres non myélinisées
sont généralement diminuées en nombre et en diamètre.
Les axones
peuvent être le siège d’un oedème, d’une raréfaction de l’axoplasme et d’une
perte des organelles.
C - Biopsie rénale :
La biopsie rénale, souvent très utile au diagnostic, montre des vacuoles
lipidiques au sein des cellules glomérulaires donnant un aspect « mousseux ».
Le noyau est souvent excentré, « poussé » par les vacuoles lipidiques.
Ce
matériel lipidique se retrouve dans les cellules de la capsule de Bowman, du
tube contourné distal et proximal, et l’interstitium.
Ces dépôts sont PAS
(Periodic acid Schiff) positifs.
On observe également un amincissement de la
paroi des capillaires, une fibrose irrégulière périglomérulaire et des infiltrats
de cellules mononucléées.
À la lumière polarisée, ces dépôts lipidiques
prennent un aspect biréfringent, et forment les « croix de Malte ».
Ils ont une
forte affinité pour le noir Soudan B et Luxol fast blue.
En microscopie électronique, des corps denses sont présents dans les
cellules épithéliales et endothéliales des capillaires glomérulaires.
Ces
cellules contiennent des corps larges, irréguliers, d’allure stratifiée, pouvant
prendre un aspect proche de la myéline, alors que les cellules endothéliales
contiennent des corps plus petits, sans aspect lamellaire.
Les concentrations de dihexoside et de trihexoside dans le tissu rénal donnent
le diagnostic.
Elles sont généralement à des taux dix fois supérieurs à la
normale.
D - Diagnostic génétique :
Des progrès dans la compréhension de la maladie de Fabry et du déficit en
alpha-galactosidaseAsont apportés par la découverte des séquences génomiques
de l’acide désoxyribonucléique (ADN) codant pour cette enzyme.
Des techniques d’hybridation in situ, de restriction fragment length
polymorphism (RFLP) ont montré que des anomalies (mutations, délétions,
codons non sens) de la région q22 du chromosome X étaient à l’origine du
déficit en alpha-galactosidase A.
Ces découvertes ont à la fois un intérêt
diagnostique et thérapeutique mais permettent également un conseil
génétique.
Le gène Gla, mis en évidence dans la région q22 du chromosome X, mesure
12 kb et contient sept exons codant pour une protéine de 429 acides aminés.
Ce gène a été entièrement codé en 1989 ; la séquence d’intron/exon a été
caractérisée ainsi que les régions codantes en 5-prime et 3-prime. Un grand
polymorphisme a été mis en évidence dans la région 5-prime.
De nombreuses anomalies ont été mentionnées pouvant conduire à
l’expression d’une protéine anormale.
Par exemple, en 1995, Novo met en
évidence par une technique de RT-PCR (reverse transcriptase-polymerase
chain reaction) une modification d’un nucléotide en position 118, codant pour
une substitution dans la région C-terminale (phe396 en Tyr).
Une nouvelle
mutation a été découverte une année plus tard, modifiant une tyrosine en
365 conduisant à un codon stop.
De nombreux variants alléliques sont répertoriés à ce jour. Dans la forme
cardiaque pure, il est trouvé une mutation de la guanine en adénine (G-A)
dans l’exon 6, entraînant un remplacement d’un résidu arginine par un résidu
glutamine. Une autre mutation est décrite au nucléotide 886 de l’exon 6.
Les sujets homozygotes ont des réarrangements nombreux du gène Gla ; à
l’inverse, ces réarrangements sont plus petits chez les homozygotes.
Toutefois, aucune corrélation ne peut être faite entre le phénotype et le
génotype des malades.
Traitement
:
A - Traitement symptomatique
:
Les manifestations les plus précoces sont les crises douloureuses qui
nécessitent une prise en charge précoce en raison de leur sévérité et de la
chronicité de l’évolution.
De nombreux traitements ont été testés afin de
diminuer l’intensité et la fréquence des crises.
Les antalgiques usuels ne sont
pas d’une grande efficacité.
L’utilisation de la diphénylhydantoïne apparaît
intéressante en association ou non avec la carbamazépine.
Les manifestations cutanées justifient, si le préjudice esthétique est important,
la chirurgie ou un traitement par laser.
Les manifestations pulmonaires d’insuffisance respiratoire obstructive sont
très sensibles aux bronchodilatateurs.
L’insuffisance cardiaque peut également être traitée spécifiquement ; enfin,
un traitement anticoagulant est parfois préconisé, afin d’éviter les
manifestations thrombotiques.
B - Dialyse et transplantation rénale
:
L’insuffisance rénale terminale est l’évolution de la maladie.
La mortalité
était précoce avant les progrès de la dialyse et surtout la banalisation des
greffes rénales.
C - Substitution enzymatique
:
L’administration de l’enzyme déficitaire permet la correction des taux de globotriaosylcéramide.
Des doses faibles sont suffisantes pour corriger le
déficit et donc améliorer la symptomatologie.
Ces techniques tendent à disparaître en raison des possibilités de thérapie
génique.
D - Thérapie génique
:
Le déficit en alpha-galactosidase A est récessif lié au sexe et codé par un gène
situé en Xq22.
Différentes techniques de thérapie génique ont donc été testées
afin de traiter les patients homozygotes utilisant des vecteurs rétroviraux mutidrug resistant.