Lésions pseudotumorales Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Un certain nombre de lésions osseuses et périosseuses d’étiologie
connue infectieuse, hormonale, métabolique, hématologique ou
d’étiologie inconnue sont susceptibles de simuler un syndrome
tumoral clinique et/ou radiologique.
C’est ainsi que l’on est amené
à discuter et à diagnostiquer une lésion pseudotumorale devant un
cliché radiologique qui peut présenter les aspects suivants :
– images de condensation ;
– images lacunaires ;
– images d’ostéolyse ;
– images d’ossifications du périoste ou des parties molles.
Nous renvoyons aux chapitres appropriés pour l’étude de certaines
autres lésions pseudotumorales, telles que le kyste osseux essentiel,
le kyste anévrismal, l’histiocytose langerhansienne, le granulome
éosinophile.
Le diagnostic des lésions pseudotumorales comme celui
des tumeurs est difficile et repose nécessairement sur un ensemble
d’arguments cliniques, biologiques, radiographiques et
histologiques.
La biopsie, que l’on peut d’ailleurs être amené à
répéter, constitue le dernier examen complémentaire souvent
indispensable pour établir le diagnostic.
Images d’ostéocondensation :
A -
ÎLOT CORTICAL
:
Il s’agit d’une lésion bénigne et asymptomatique caractérisée par
une image radiographique à type de condensation osseuse arrondie
bien limitée, généralement mais pas toujours unique, dont le
substratum anatomique est une zone d’os compact mature de type
cortical située au sein de l’os spongieux normal.
Elle est bien connue
des collègues radiologues qui la découvrent chez 1 % environ des
patients radiographiés.
Après Stieda qui décrivit le premier les « îlots corticaux compacts », plusieurs termes ont été proposés pour désigner la lésion : îlot
osseux, îlot osseux condensant, îlot osseux condensant bénin, îlot
osseux bénin solitaire, îlot compact, endostéome, ostéome médullaire
et énostose.
Les auteurs anglo-saxons la dénomment communément enostosis ou bone island.
Son étiologie n’est pas connue mais on l’a observée avec une
fréquence particulière chez les patients porteurs de certaines formes
de lèpre.
1- Localisations :
Tous les os, sauf le crâne ; préférentiellement, la région métaphysoépiphysaire des os longs accolée à la corticale et les os
plats : os iliaque, côtes, mandibule au niveau de la première
molaire, le rachis (surtout le corps vertébral) et le sacrum
sur le pourtour d’un foramen, les petits os tubulaires.
2- Étude radiologique
:
Radiologie standard : os compact situé en plein territoire spongieux,
la lésion revêt un aspect caractéristique sous la forme d’un îlot
arrondi ou ovalaire de forte densité, bien délimité du fait de la
relative transparence du tissu spongieux.
Ses bords nets sont
finement hérissés, dentelés ou spiculés en raison de la structure
trabéculaire de l’os spongieux environnant.
Le scanner, souvent superflu, apporte à l’imagerie la précision et
l’exacte topographie.
Formes radiographiques : les localisations uniques sont plus
fréquentes que les localisations multiples.
La grande majorité des
îlots corticaux mesurent entre 10 et 30 mm mais ils peuvent dépasser
cette taille de sorte qu’on les qualifie alors d’îlots corticaux géants ;
un cas d’îlot cortical fémoral de 10,5 cm de longueur a été publié.
3- Scintigraphie :
La réponse à la scintigraphie n’est pas univoque.
Généralement, il
n’y a pas d’hyperfixation ; cependant, une hyperfixation modérée
ou discrète est possible.
Il ne semble pas y avoir de relation entre la
fixation scintigraphique et la taille ou ses variations.
Certains auteurs
attachent beaucoup plus d’importance aux caractères
morphologiques et topographiques de la lésion qu’à son
comportement scintigraphique.
4- Anatomie pathologique :
La structure histologique est identique à celle des lésions de
l’ostéopoecilie, constituée de travées osseuses lamellaires aboutissant
à une organisation corticale haversienne avec apposition ostéoïde
modérée, surtout en périphérie, témoignant d’un remodelage actif.
Celui-ci est probablement responsable de la variabilité des lésions
dans le temps.
5- Évolution
:
Certains îlots corticaux restent stables pendant longtemps alors que
d’autres plus labiles se modifient.
Ils peuvent disparaître, diminuer
ou augmenter de taille, voire devenir géants.
Les variations
radiologiques et les constatations histologiques indiquent que la
lésion pseudotumorale est tributaire des mêmes influences
métaboliques que l’os normal.
Dans une observation d’îlot cortical
associé à un hyperparathyroïdisme, on a observé la disparition de la
lésion au moment de la poussée d’hyperparathyroïdie et sa
réapparition après l’exérèse de l’adénome.
6- Diagnostic :
Il repose sur le faisceau d’arguments suivants : absence de signe
clinique d’appel, découverte fortuite d’une image de condensation
osseuse arrondie ou ovalaire, bien limitée, à bords dentelés ou spiculés, siégeant préférentiellement sur les os plats, la région
métaphysoépiphysaire des os longs, le rachis.
Ces lésions ne
nécessitent aucun traitement, ni surveillance particulière.
La biopsie
n’est le plus souvent pas justifiée, sauf dans les îlots corticaux géants
pour éliminer un ostéosarcome ou une métastase dans leur forme condensante.
B - INFARCTUS OSSEUX :
L’infarctus osseux correspond à une nécrose intramédullaire, de
siège métaphysaire, se traduisant par des images radiographiques
d’ostéocondensation assez évocatrices.
Il peut être isolé, unique, et
poser des problèmes de diagnostic différentiel avec l’enchondrome
ou le chondrosarcome ; il peut aussi être multiple, associé à des
lésions de nécrose épiphysaire, et faire partie d’un syndrome plus
général (lupus, maladie de Gaucher, drépanocytose, traitements
cortisonés, maladie des plongeurs, etc).
Sur le plan pathogénique,
l’infarctus osseux est la signature de l’anoxie cellulaire provoquée
par une interruption circulatoire dans la moelle osseuse et adipeuse
métaphysaire.
1- Siège
:
Le siège est classiquement métaphysaire mais la lésion peut
déborder sur le versant diaphysaire.
Les localisations fémorales
inférieures ou tibiales supérieures représentent les trois quarts des
cas.
La stase veineuse à l’origine de la nécrose serait plus fréquente
dans les segments osseux à moelle osseuse contenant beaucoup de
graisse et à corticale très dense comme le fémur distal ou l’humérus
proximal, expliquant ces localisations préférentielles.
La lésion
est unique dans la moitié des cas.
2- Clinique :
Le plus souvent, la lésion est totalement asymptomatique et la
découverte en est purement fortuite.
Parfois, au stade de constitution
de l’infarctus et comme on l’observe à la phase aiguë des ostéonécroses épiphysaires, une période douloureuse de début
brutal a pu être notée.
3- Radiologie
:
Radiographie standard : typiquement, l’infarctus osseux se présente
sous la forme d’une opacité irrégulière, plus ou moins homogène,
aux contours bien tranchés par rapport à l’os spongieux
environnant, réalisant l’aspect classique en « volutes de fumée ».
Un
liseré périphérique calcifié plus dense est parfois clairement visible.
Il n’existe pas d’ostéolyse, pas d’atteinte corticale, pas de réaction périostée.
Typiquement, les calcifications, plus hautes que
larges, restent à distance de la surface endostée.
Scanner : il ne fait que préciser l’aspect radiographique standard,
affirmer l’absence de lésion corticale.
Il permet toutefois de faire
clairement la différence entre les calcifications de la matrice
cartilagineuse de l’enchondrome et le liseré de calcification
périlésionnelle de l’infarctus.
Imagerie par résonance magnétique (IRM) : l’atteinte est assez
spécifique et voisine de celle observée dans les ostéonécroses
épiphysaires.
En T1, la lésion est entourée d’une zone en hyposignal ; en séquences T2, cette zone d’hyposignal est elle-même
doublée d’une zone en hypersignal, réalisant la classique image de
double liseré.
Le chondrome donne des images différentes, avec
l’hyposignal en séquences pondérées T1 et l’hypersignal lobulé
alternant avec des plages en hyposignal sur les séquences T2.
4- Scintigraphie :
L’hyperfixation est modérée et inconstante, traduisant les
modifications du remaniement osseux en fonction du stade évolutif.
Elle est moins importante que celle de l’enchondrome.
5- Diagnostic différentiel
:
Dans sa forme multiple et associée à des ostéonécroses épiphysaires,
le diagnostic de l’infarctus osseux est en général facile.
Dans sa
forme isolée, idiopathique, le diagnostic est plus difficile et peut
prêter à confusion, tant avec l’enchondrome bénin qu’avec le
chondrosarcome central.
En faveur de l’enchondrome, on retient l’existence de calcifications
centrales, correspondant à des calcifications punctiformes au sein
des lobules cartilagineux ; en faveur de l’infarctus osseux, on retient
une calcification en liseré périphérique, signant un processus de
réparation osseuse au pourtour de la fibrose cicatricielle de la zone
nécrosée.
L’aspect scanographique et IRM permet le plus souvent
de faire la différence avec suffisamment de certitude pour se
dispenser de la biopsie.
Le chondrosarcome central sans ostéolyse endostée ni réaction
périostée peut être difficile à reconnaître, au moins sur les
radiographies standards.
Le diagnostic avec un ostéosarcome peut même, dans certains cas,
se poser.
6- Anatomie pathologique :
L’infarcissement osseux se traduit par la vacuité des logettes
ostéocytaires et la présence d’un tissu fibrohyalin remplissant les
espaces médullaires.
En périphérie de la lésion, on observe la
constitution d’un processus de réparation classique avec bourgeon conjonctivovasculaire, destruction ostéoclastique et front de
réparation ostéoblastique.
7- Évolution et traitement :
Outre les stades évolutifs déjà décrits, la transformation sarcomateuse
d’un infarctus osseux a été rapportée.
Elle reste exceptionnelle et
peut être évoquée devant l’apparition de douleurs inhabituelles, sauf
au stade de début de l’infarctus.
L’apparition de zones d’ostéolyse
sur le plan radiographique et histologique associée à l’existence
d’atypies cellulaires permet le diagnostic.
En dehors de cette évolution
rarissime, la totale innocuité et le caractère asymptomatique de cette
lésion ne justifient aucun traitement spécifique.
Le plus souvent, la
biopsie n’est même pas indispensable à condition que l’imagerie
moderne apporte suffisamment d’arguments.
C - OSTÉOSCLÉROSE INTRAMÉDULLAIRE
:
Cette entité, individualisée en 1988, doit rester un diagnostic
d’exclusion.
Ce remaniement intraosseux est responsable de
douleurs favorisées par l’exercice ou la marche prolongée.
Radiologiquement, une condensation intramédullaire, étendue
volontiers à la partie moyenne de la diaphyse tibiale, peut faire
évoquer en premier lieu un ostéome ostéoïde ou une ostéomyélite.
Il n’y a pas d’argument en faveur d’une lésion agressive, les
contours sont assez nets et il n’y a pas d’atteinte corticale, mais il
peut y avoir une réaction périostée condensante.
L’atteinte est
uni- ou bilatérale et peut survenir à tout âge.
Il s’agit d’une affection
sporadique, sans notion familiale ou héréditaire.
Elle entre dans le cadre des dysplasies osseuses condensantes au
même titre que l’ostéopoecilie, la maladie de Maroteaux-Lamy, la
dysplasie progressive diaphysaire, la dysplasie diaphysaire multiple,
l’hyperostose corticale généralisée, la dysplasie métaphysaire
(maladie de Pyle) ou la mélorhéostose (maladie de Léri) ; elle s’en
différencie par l’absence de notion héréditaire ou constitutionnelle.
Sur le plan anatomopathologique, aucune anomalie spécifique n’est
décrite : le pathologiste recherche sans succès l’ostéomyélite ou un nidus ; des foyers de nécrose peuvent être focalement retrouvés au
sein d’une production ostéoïde.
Dans notre observation, les phénomènes douloureux semblent
s’être amendés après la deuxième biopsie étagée, mais il n’y a pas
de traitement spécifique.
D - OSTÉOMYÉLITE ET OSTÉITES CHRONIQUES
:
Dans ses formes chroniques d’emblée, où domine le syndrome
douloureux souvent nocturne alors que la fièvre est absente et les
tests de l’inflammation subnormaux, l’infection osseuse engendre des images radiographiques qui peuvent être inquiétantes.
La
condensation d’une corticale ou d’un segment diaphysaire en est la
composante principale à laquelle s’associe souvent une touche
d’ostéolyse réalisant, soit un aspect mité, soit une configuration faite
d’une ou plusieurs zones claires irrégulières, parfois arrondies,
entourées de territoires condensés avec ou sans réaction périostée.
Pareilles images font suspecter le sarcome d’Ewing, l’ostéosarcome,
le lymphome, l’ostéoblastome et l’ostéome ostéoïde.
La biopsie et
les prélèvements bactériologiques doivent être résolument dirigés
sur les réactions périostées, les cavités corticales et le canal
médullaire en s’aidant du forage et de la trépanation pour
démasquer le pus.
Ces examens aboutissent le plus souvent au
diagnostic d’ostéite.
Plus rarement, le pathologiste, aidé par les
données cliniques et paracliniques, est amené à discuter et à
reconnaître l’ostéomyélite xanthogranulomateuse, l’ostéomyélite à
plasmocytes dont le diagnostic différentiel est le plasmocytome
solitaire, les ostéites spécifiques du pian, de la syphilis et de la
tuberculose, ainsi que les localisations osseuses parasitaires comme
l’hydatidose.
Pour ce qui concerne l’abcès de Brodie (1832), le
diagnostic est à discuter avec celui de l’ostéome ostéoïde et de
l’ostéoblastome ; pour Mirra, il repose exclusivement sur l’étude
histologique et bactériologique de la partie centrale de la lésion
parce que la zone périphérique réactionnelle n’a rien de spécifique.
Dans les formes particulièrement condensantes et rares comme
l’ostéomyélite chronique sclérosante de Garré, l’histologie
permet d’éliminer un processus tumoral parmi ceux déjà évoqués
mais peut avoir des difficultés à préciser la nature infectieuse de la
sclérose massive qui épaissit et condense le segment osseux en
l’absence de fistulisation ou de séquestration et de positivité des
cultures bactériologiques.
Images lacunaires :
A - KYSTES MUCOÏDES INTRAOSSEUX
:
Les kystes mucoïdes intraosseux sont des lésions kystiques le plus
souvent développées dans l’os spongieux sous-chondral, parfois
sous-périostées, plus rarement intraosseuses en pleine diaphyse.
Ils
prêtent rarement à confusion avec une tumeur osseuse tant leurs
contours réguliers, leur situation typique au voisinage d’une
articulation sont évocateurs. Dans certains cas, cependant, leur taille,
leurs contours irréguliers, leur tendance agressive vis-à-vis de la
corticale peuvent légitimement inquiéter.
Leur nature n’est pas clairement définie, ce qui explique une certaine
dispersion dans la terminologie : subchondral bone cyst ou
intraosseous ganglion dans la littérature anglaise, inclusion
capsulosynoviale, kyste sous-chondral, géode intraosseuse
dans la littérature francophone.
L’étiologie de ces kystes souschondraux
n’est pas élucidée : inclusion synoviale par perforation
corticale ou cartilagineuse, métaplasie synoviale intraosseuse ou
dégénérescence mucoïde d’une prolifération fibreuse, phénomène
ischémique ont leurs adeptes.
1- Localisation :
Le dôme astragalien, la malléole interne, le plateau tibial sont les
localisations préférentielles des kystes sous-chondraux.
À la
main, les géodes intraosseuses touchent surtout le scaphoïde et le
lunatum.
Les lésions bilatérales ne sont pas rares.
2- Diagnostic :
La lésion peut être totalement asymptomatique et sa découverte
fortuite à l’occasion de radiographies.
La douleur est, dans les autres
cas, le mode de découverte habituel.
L’examen clinique est en
général pauvre, même si une hydarthrose est possible pour les
localisations au genou. Une fracture pathologique sur kyste intraosseux du scaphoïde est possible.
La radiographie révèle une image lacunaire, le plus souvent de
petite taille, de l’ordre du centimètre, bien délimitée par un liseré de
condensation.
La matrice lésionnelle des kystes intraspongieux est
homogène, sans calcification.
Parfois, la lésion est plus
volumineuse, polycyclique ; au genou, les lésions sont volontiers
plus étendues, avec des érosions corticales, un aspect polycyclique.
L’arthroscanner, s’il est demandé, ne montre en général
pas de communication avec la cavité articulaire.
Les kystes sous-périostés associent une érosion de la corticale
externe, un décollement périosté matérialisé par un liseré calcique,
la présence de bulles de gaz intralésionnelles.
3- Anatomie pathologique
:
Macroscopiquement, le contenu de ces kystes est gélatineux,
transparent ; les parois sont tapissées par une membrane fibreuse blanchâtre.
Histologiquement, le kyste intraosseux, avec ses zones
fibroblastiques et son contenu mucoïde, se différencie nettement
d’un kyste synovial.
4- Diagnostic différentiel
:
Il se pose avec l’ostéome ostéoïde ou l’ostéomyélite lacunaire dont
les aspects radiologiques et la topographie peuvent être voisins,
mais la douleur est souvent plus intense.
L’enchondrome, surtout à la main, se discute même s’il est volontiers
plus lytique et parfois responsable d’une fracture pathologique.
Le chondroblastome est éliminé par la présence de calcifications au
scanner, la tumeur à cellules géantes sur son architecture en IRM.
La géode arthrosique, ou kyste d’hyperpression, est en fait le
diagnostic le plus délicat.
L’absence de signe d’arthrose sur
l’interligne articulaire voisin, la localisation à la cheville ou aux os
de la main et du poignet orientent vers le kyste sous-chondral.
Pour Diard, un kyste juxta-articulaire ou sous-chondral en regard d’un
interligne articulaire normal est a priori un kyste mucoïde.
La distinction avec le kyste synovial, souvent difficile sur le plan
histologique, n’a en fait aucun intérêt clinique.
5- Traitement
:
Le traitement chirurgical ne saurait être envisagé qu’en cas de
douleurs persistantes rebelles au traitement médical ; un curetagecomblement
est alors indiqué, même si la récidive n’est pas à exclure
puisqu’elle se produit dans 10 à 20 % des cas.
B - OSTÉOMYÉLITE SUBAIGUË PSEUDOTUMORALE
:
Si la description originale de l’abcès de Brodie remonte à plus de
150 ans, l’ostéomyélite subaiguë pseudotumorale est maintenant une
entité bien individualisée qui se distingue de l’ostéomyélite aiguë
classique par la longueur de l’évolution, l’absence de signes
généraux, la discrétion des signes locaux.
Le caractère
subaigu de l’affection est attribué à une moindre virulence du germe
ou à la résistance de l’individu.
1- Diagnostic
:
Le début est souvent insidieux et progressif ; le signe clinique
essentiel est l’apparition d’une douleur d’intensité croissante,
nocturne une fois sur deux, parfois bien soulagée par la prise
d’aspirine, souvent isolée sans signes généraux.
La température
est généralement normale, l’état général bien conservé.
Localement,
les signes inflammatoires sont discrets, voire absents.
La biologie est peu contributive : discrète élévation de la vitesse de
sédimentation ou de la C reactive protein (CRP), leucocytose normale
ou légèrement augmentée, hémocultures stériles.
Sur le plan radiologique, l’ostéolyse métaphysaire de type géodique,
avec parfois une condensation périphérique, est classique chez
l’enfant ; l’ostéocondensation périphérique est plus fréquente chez
l’adulte.
L’aspect radiologique trompeur peut être une ostéolyse
entourée d’une zone d’ostéocondensation dans 50 % des cas, une
ostéolyse mal limitée dans 35 % des cas, une réaction périostée
lamellaire rarement.
La ponction ou la biopsie chirurgicale permettent la mise en culture
et l’identification du germe dans 75 à 90 % des cas seulement ;
le plus souvent, un staphylocoque doré.
Dans les cas où la
bactériologie reste négative, c’est l’aspect histologique avec son
infiltration lymphoplasmocytaire et l’ostéogenèse réactionnelle qui
permet le diagnostic.
2- Topographie :
La géode métaphysaire est la présentation la plus classique et la plus
évocatrice ; elle peut être centrale ou au contraire périphérique,
érodant la corticale.
Une localisation épiphysaire, voire
diaphysaire, est également possible, comme dans notre observation
où l’ostéolyse s’étendait à la quasi-totalité de la diaphyse.
3- Diagnostic différentiel
:
Les erreurs diagnostiques sont classiques, surtout avec l’ostéome ostéoïde ou l’ostéosarcome, mais un chondroblastome, un sarcome
d’Ewing, une tumeur à cellules géantes, un fibrosarcome, un
granulome éosinophile peuvent également être évoqués.
4- Traitement :
Le curetage associé à une antibiothérapie et une immobilisation
permet la guérison complète.
Parfois, le traitement antibiotique
n’est même pas nécessaire, en particulier dans les cas où le germe
n’a pu être identifié par la bactériologie.
La guérison est la
règle.
Images d’ostéolyse :
A - ASPECTS PSEUDOTUMORAUX
DES FRACTURES DE CONTRAINTE
:
1- Généralités :
Sur le plan histologique, les difficultés diagnostiques entre
l’ostéogenèse réactionnelle d’une tumeur ostéoformatrice et le cal
réparateur d’une fracture sont majeures.
Selon Tomeno et Forest,
elles varient en fonction du stade évolutif du processus de
réparation fracturaire.
Elles prédominent au cours des deuxième et
troisième semaines parce que la cellularité du cal est considérable
de sorte qu’à ce stade, l’aspect histologique peut simuler un
ostéosarcome.
Au-delà de la troisième semaine, l’architecture apparaît organoïde et les erreurs sont moins fréquentes.
Cependant,
au sein d’un cal osseux, les plages cartilagineuses peuvent en
imposer pour un chondrosarcome.
Aux contingences histologiques peut s’ajouter le fait que l’épisode fracturaire passe inaperçu comme dans les fractures de contrainte.
Celles-ci sont le résultat d’une rupture d’équilibre entre la
sollicitation mécanique et la résistance de la pièce osseuse.
Les
fractures de fatigue surviennent sur un os normal soumis à des
contraintes répétitives chez des sujets jeunes et sportifs.
Les fractures
par insuffisance osseuse résultent, elles, de contraintes plutôt
négligeables s’exerçant sur un os fragilisé par le vieillissement ou
par l’irradiation thérapeutique de voisinage chez des sujets plus
âgés.
Parmi les fractures de fatigue, celles des métatarsiens sont connues ;
toutefois, du fait d’une anamnèse négligée ou difficile à préciser, la
mise en évidence d’une réaction périostée inhomogène d’allure
spontanée devenue douloureuse peut faire craindre une tumeur
maligne et conduire à la biopsie.
D’autres fractures de fatigue sont
moins connues comme le rappellent Wybier et al : ce sont les
fractures longitudinales du tibia et du fémur.
La douleur précède les
signes radiographiques de réaction périostée alors que la
scintigraphie met en évidence une hyperfixation longitudinale
diaphysaire.
Au tibia, le scanner révèle l’orientation radiaire du trait
de fracture, la réaction périostée et endostée.
Au fémur, le trait n’est
pas radiaire mais concentrique à la corticale fémorale médiale soustrochantérienne,
zone de contrainte en compression.
Le cal
réparateur de ces fractures peut simuler un sarcome d’Ewing.
2- Syndrome des ostéolyses pubiennes
:
Parmi les fractures par insuffisance osseuse, celles qui touchent
l’anneau pelvien représentent une entité radioanatomique
particulière.
* Définition :
C’est une lésion bénigne pseudotumorale correspondant à un
granulome réparateur exhubérant qui se traduit par des images
d’ostéolyse inquiétantes sur les branches ilio- et/ou ischiopubiennes
chez des personnes âgées.
La première description semble être due
à Goergen, suivie par celles de Hall, McGuigan, Jaffres,
An, Sibillia.
* Épidémiologie :
L’affection n’est pas fréquente et touche électivement les femmes
après la ménopause.
La notion de traumatisme vrai tel qu’une chute
est inconstante : elle existait pour trois des six observations de
McCarthy, trois des quatre observations de Hall, aucun des
trois cas de Sibillia.
De plus, parmi les six traumatismes
reconnus, les clichés initiaux mettaient deux fois seulement en
évidence une fracture.
La fréquence des fractures par insuffisance
osseuse des sujets âgés est évaluée à 1,4 % par Gaucher ; 85% se
situent autour de la symphyse pubienne, les autres intéressant le
sacrum de façon isolée ou associée à celles du cadre obturateur.
Parmi les facteurs étiologiques, l’ostéoporose postménopausique est
plus fréquente que la fragilisation postradique, la
corticothérapie, le traitement fluoré.
Pourquoi le cal réparateur est-il exhubérant et long à aboutir comme
dans un retard de consolidation ?
L’immobilisation inadéquate,
une excessive rigidité de l’anneau pelvien empêchant la compression interfragmentaire, une ostéolyse de type algodystrophique ont
été évoqués.
* Étude clinique et évolution :
Des douleurs de topographie inguinale, fessière ou pubienne,
d’allure mécanique, associées à une impotence fonctionnelle plus ou
moins marquée, s’installent de façon progressive ou brusquée : elles
surviennent, soit spontanément, soit à la suite d’une chute banale,
soit à la faveur de modifications de l’activité physique comme au
décours d’une arthroplastie totale de hanche.
La mobilisation des
hanches est possible ; la palpation appuyée de la région symphysaire
est douloureuse sans masse palpable.
Le soulèvement du talon du
plan du lit est sensible, voire impossible.
Les douleurs peuvent
s’atténuer mais aussi se prolonger plusieurs semaines ou mois et
inquiéter.
* Étude radiologique :
Au début, la fracture n’est pas visible sur les clichés standards, sauf
dans les rares cas traumatiques. Habituellement, les signes
apparaissent avec un retard de 2 à 4 semaines.
La scintigraphie
osseuse révèle l’hyperfixation localisée juxtasymphysaire verticale.
Elle met en évidence d’autres localisations fracturaires, en particulier
au sacrum sous la forme d’une hyperfixation en « H »
caractéristique.
À la période d’état, les radiographies montrent des images de
remaniement osseux dans lesquels prédomine l’ostéolyse
progressive et extensive. Les bords peuvent être condensants ou non.
Le scanner visualise la solution de continuité fracturaire, l’oedème
périlésionnel, un pseudoenvahissement des parties molles avec ou
sans calcifications.
Lorsque l’ostéolyse touche les quatre branches du cadre obturateur
et l’une des sacro-iliaques, on peut observer une déformation
majeure de l’anneau pelvien, ressemblant à un cal vicieux
post-traumatique.
Le granulome réparateur exhubérant évolue lentement vers la
consolidation et l’ostéosclérose sans qu’il y ait restitutio ad integrum
des structures osseuses.
* Anatomie pathologique
:
À la période floride, l’histologie est celle d’un cal exhubérant et
inopérant.
Il comporte des plages de métaplasie osseuse avec
production abondante d’os immature, des plages de métaplasie
cartilagineuse avec une forte cellularité, des plages myxoïdes qui
pourraient prêter à confusion avec un syndrome tumoral malin.
La
structure du tissu de granulation est angiomateuse ; on peut
observer des fragments d’os nécrotique et des débris cartilagineux issus de la fragmentation du foyer de fracture.
Il n’y a pas de cellules
inflammatoires en faveur d’un processus infectieux.
* Diagnostic différentiel :
Les images d’ostéolyse destructrice, de solution de continuité et
d’éventuelles calcifications font discuter la fracture pathologique et
l’infection.
L’ostéite de la symphyse pubienne présente un tableau
clinique et biologique différent, survenant souvent dans le contexte
d’une chirurgie de la prostate et de la vessie chez l’homme,
gynécologique chez la femme.
La ponction-biopsie à l’aiguille, si
nécessaire, découvre sinon du pus, du moins un tissu de granulation
inflammatoire.
La biopsie chirurgicale à la recherche d’un syndrome tumoral risque
d’induire en erreur et de faussement conduire au diagnostic de
chondrosarcome comme ce fut le cas pour quatre des six
observations de McCarthy et dans une observation personnelle.
Une relecture attentive des lames à la lumière de toutes les
données de l’anamnèse est indispensable pour éviter ce piège.
Le
chondrosarcome touche plutôt des hommes d’âge mûr, et la
localisation autour du pubis est inférieure à 2 % alors que la
fréquence est de 15 % à l’aile iliaque et de 7 % autour de
l’acétabulum.
De fait, l’anamnèse, le sexe féminin, l’âge avancé,
les facteurs prédisposants, ostéoporose ou irradiation, sont les
éléments importants du diagnostic.
En cas de doute, la biopsie à
l’aiguille sous scanner avec prélèvements multiples orientés dans
différents secteurs lésionnels serait sans doute utile pour exclure un
chondrosarcome, un ostéosarcome ou une métastase.
* Traitement
:
Il est résolument conservateur, médical, symptomatique et prolongé
pendant plusieurs semaines ou mois.
Des erreurs diagnostiques, en
particulier avec le chondrosarcome, ont conduit à des résections
segmentaires injustifiées, comme dans une observation de
McCarthy et la nôtre.
B - OSTÉOLYSE PSEUDOTUMORALE PÉRIPROTHÉTIQUE
:
Elle résulte d’un granulome inflammatoire géant à corps étrangers,
réactionnel aux composants prothétiques et aux débris d’usure des
surfaces articulaires et des interfaces.
Elle aboutit à une importante
perte de substance osseuse qui pose de difficiles problèmes
techniques de révision.
1- Fréquence. Étiologie
:
Les débris provenant du ciment, du polyéthylène, des alliages
métalliques, de la céramique sont phagocytés par les
macrophages qui libèrent des cytokines, lesquelles stimulent les
ostéoclastes.
L’ostéolyse est la complication habituelle qui émaille
l’évolution des arthroplasties totales.
Certaines lésions restent stables
tandis que d’autres, dans une proportion comprise entre 40 et 70 %,
augmentent de volume selon une progression lente estimée à
0,89 mm/an ; moins de 10 % de ces ostéolyses deviennent
massives.
2- Localisations :
– Dans les prothèses totales de hanche (que la pièce fémorale soit ou
non descellée, que l’implant cotyloïdien soit cimenté ou
non, les ostéolyses extensives ou massives siègent, soit dans
l’aile iliaque autour du cotyle, soit à la partie proximale du fémur,
soit aux deux endroits comme dans l’observation rapportée par Jeanrot et al, soit encore à la partie distale de l’implant fémoral
ou bien un peu en dessous.
– Dans les arthroplasties totales du genou, le siège de l’ostéolyse est
le fémur distal, chondylien ou suprachondylien.
3- Étude clinique
:
Les ostéolyses extensives du cotyle peuvent être assez longtemps
asymptomatiques jusqu’à ce que la cupule bascule et que
l’acétabulum se fracture ; les ostéolyses massives iliaques
périacétabulaires et celles du fémur proximal se traduisent
respectivement par une tuméfaction palpable de la fesse, de la fosse
iliaque externe et de la racine de la cuisse, associée à des douleurs et
à une impotence fonctionnelle plus ou moins complète.
La
compression des organes pelviens est possible comme par exemple
celle de la vessie.
Les fractures pathologiques peuvent toucher l’acétabulum et le
fémur distal en dessous de la tige d’une prothèse totale de hanche
ou au-dessus d’une prothèse totale de genou.
4- Étude radiologique :
Les images sont univoques, représentant des zones d’ostéolyse plus
ou moins vastes dans l’aile iliaque et au-dessus du cotyle.
Dans
l’observation remarquable de Jeanrot, le scanner met en évidence
une masse homogène de 25 cm de diamètre occupant l’hémibassin
entre les muscles obliques de la paroi antérieure et le grand fessier
en arrière, l’aile iliaque étant totalement résorbée.
L’ostéolyse du
fémur distal est, soit localisée et d’allure kystique, soit étendue à
tout le canal médullaire avec des secteurs de corticale très amincis
conduisant à la fracture pathologique.
5- Anatomie pathologique
:
Sur le plan macroscopique, ces pseudotumeurs pelviennes ont une
capsule fibropériostée et sont constituées de cavités remplies de
matériel caséeux jaunâtre, mêlé dans certains cas à des caillots
témoignant d’une expansion rapide des lésions.
Sur le plan histologique, il s’agit d’un granulome inflammatoire
chronique avec un tissu fibreux dense, de nombreux histiocytes et
des cellules géantes multinucléées, et selon les cas des particules de
polyéthylène, de méthylméthacrylate, de métal ou de céramique.
6- Diagnostic différentiel
:
La coexistence d’une arthroplastie totale et d’une ostéolyse massive
à son contact conduit logiquement à envisager le diagnostic
d’ostéolyse pseudotumorale périprothétique.
Toutefois, il est
prudent d’éliminer l’infection, le kyste anévrismal, l’ostéolyse
idiopathique, la métastase par la ponction à visée bactériologique et
histologique après s’être assuré de la topographie exacte des lésions
par le scanner ou l’IRM.
Les métastases des cancers à cellules claires
du rein sont particulièrement ostéolytiques et siègent volontiers dans
la région sus-cotyloïdienne.
7- Traitement :
Le traitement des pseudotumeurs périprothétiques installées est très
difficile compte tenu de l’importance de la perte de substance
osseuse et nécessite le recours à des artifices techniques qui ne permettent pas toujours de sauver le membre.
Le traitement doit
donc être préventif.
Seul l’examen radiologique standard annuel est
à même de diagnostiquer l’ostéolyse, d’en mesurer l’évolutivité et
de poser l’indication de révision en temps utile : il convient alors
d’expliquer la situation au patient et d’obtenir son consentement,
même en l’absence de symptômes cliniques.
C - PSEUDOTUMEURS DE L’HYPERPARATHYROÏDISME
PRIMAIRE
:
Les lésions ostéolytiques de l’hyperparathyroïdisme primaire sont
induites par l’hypersécrétion de parathormone, liée soit à un ou
plusieurs adénomes, soit à une hyperplasie primitive, soit de façon
exceptionnelle à un carcinome sécrétant (maladie osseuse de von
Recklinghausen, 1891 ; ostéite ou ostéose fibrokystique ; ostéose
parathyroïdienne : Lièvre, 1931).
La fréquence serait de l’ordre de 1 ‰ chez l’adulte entre 20 et 60
ans, de sexe féminin, avec un sex-ratio de 3/1.
À l’heure actuelle, le
diagnostic de la maladie est posé plus précocement qu’autrefois, de
sorte que les formes osseuses sévères avec déformations et
pseudotumeurs sont moins fréquentes.
Les lésions osseuses sont
symptomatiques dans seulement 10 à 25 % des cas.
1- Étude clinique
:
L’adénome parathyroïdien n’est pratiquement jamais palpable.
Il est
mis en évidence par l’échographie, la scintigraphie thyroïdienne ou
parathyroïdienne, l’IRM et la biopsie.
Les signes généraux sont primordiaux car ils conduisent à suspecter
le dysfonctionnement hormonal : asthénie musculaire et psychique,
voire syndrome dépressif, altération de l’état général avec anorexie,
constipation, polyurie, polydipsie, parfois amaigrissement.
Des
manifestations rénales (lithiases) et digestives (ulcères) sont
possibles.
Les symptômes squelettiques sont représentés par des douleurs
musculaires, articulaires et osseuses uniques ou multiples, rarement
par une fracture pathologique ou une tuméfaction osseuse
superficielle palpable.
2- Biologie :
Les examens biologiques mettent en évidence l’hypercalcémie,
l’hypercalciurie, l’hypophosphorémie, l’augmentation des
phosphatases alcalines et surtout l’augmentation du taux de
parathormone plasmatique.
3- Étude radiologique :
La résorption ostéoclastique induite par l’hypersécrétion de
parathormone entraîne, d’une part une déminéralisation diffuse du
squelette, d’autre part, dans les zones où la résorption est la plus
active, des lésions kystiques ou lacunaires qui pourraient en imposer
pour des tumeurs osseuses.
On observe ainsi deux types d’images :
– la résorption sous-périostée qui peut être plurifocale mais qui
touche préférentiellement la phalange moyenne et la houppe de la
troisième phalange des doigts, la métaphyse et la diaphyse des os
longs, les articulations acromio- et sternoclaviculaires, les sacroiliaques
et la symphyse pubienne ;
– les géodes et les lacunes des « tumeurs brunes » qui sont des aires
ostéolytiques arrondies ou à contours polycycliques.
L’ostéolyse est
centrale ou excentrée pouvant amincir la corticale, l’effacer plus ou
moins complètement, voire l’interrompre et faire craindre une
fracture pathologique.
Les contours de l’ostéolyse sont nets ou bien
flous ; il n’y a pas d’envahissement des tissus mous et
habituellement pas de réaction périostée.
Elles siègent aux métaépiphyses des os longs, au bassin, aux maxillaires, au crâne et
aux côtes, plus rarement au rachis.
4- Anatomie pathologique :
La couleur des « tumeurs brunes » s’explique par le dépôt des
pigments d’hémosidérine.
Ces pseudotumeurs réalisent une perte
de substance osseuse comblée par un tissu rouge brunâtre
hémorragique parfois kystisé, comme dans les tumeurs à cellules
géantes.
À la biopsie, on observe, d’après Forest, l’agencement
suivant : des plages fibreuses porteuses d’extravasations hématiques
et d’hémosidérine, un contingent cellulaire fibrokystique associé à
des cellules géantes de distribution hétérogène, un remodelage
osseux focal, des sites de résorption ostéoclastique accrus en nombre
et en taille.
5- Diagnostic différentiel
:
Sur le plan clinique et biologique, il convient d’éliminer les autres
causes d’hypercalcémie : les hypercalcémies des ostéolyses malignes
(myélome, métastases osseuses des cancers primitifs, syndromes
paranéoplasiques), les hypercalcémies de l’hypervitaminose D, des
buveurs de lait et d’alcalins.
Sur la plan radiologique, il s’agit d’évoquer les ostéolyses
multifocales : métastases, tumeurs à cellules géantes
multicentriques ou métastatiques osseuses.
Sur le plan anatomopathologique, le diagnostic est très difficile dans
les formes unifocales avec la tumeur maligne à cellules géantes de
bas grade, la tumeur bénigne à cellules géantes, les réactions à
cellules géantes, le kyste anévrismal, voire le kyste osseux essentiel.
C’est dire, une fois de plus, combien les informations cliniques,
biologiques et radiologiques sont indispensables pour aboutir au
diagnostic exact.
Toute hypercalcémie doit faire évoquer le
diagnostic de tumeur brune.
6- Évolution, pronostic et traitement
:
Le traitement de l’hyperparathyroïdisme primaire et de ses lésions
pseudotumorales réside dans l’ablation chirurgicale du ou des
adénomes, et en cas d’hyperplasie de trois des quatre parathyroïdes
hyperplasiques.
Dès lors, les lésions osseuses sont lentement
réversibles, la reconstruction commençant 4 à 6 mois après
l’intervention et se poursuivant pendant 1 à 2 ans.
Une contention orthopédique peut s’avérer indispensable pour
prévenir l’imminence d’une fracture.
En cas de fracture diaphysaire
ou du col fémoral, l’ostéosynthèse ou l’arthroplastie sont à discuter,
sachant que le risque opératoire est élevé en raison de l’instabilité
de l’équilibre hydroélectrolytique de ces patients ; autant que faire
se peut, la priorité est donnée à l’ablation de l’adénome.
D - OSTÉOLYSE IDIOPATHIQUE OU MALADIE DE GORHAM
:
Maladie très rare, non héréditaire, connue depuis les descriptions
de Jackson et de Gorham et Stout, elle est caractérisée par
l’apparition spontanée ou post-traumatique d’une ostéolyse
touchant un ou plusieurs os d’une même région anatomique, voire
plusieurs régions anatomiques contiguës.
L’évolution en est
lentement progressive mais elle finit par se stabiliser, parfois après
plusieurs années.
Elle est appelée dans la littérature française « ostéolyse idiopathique
régionale », « maladie des os fantômes », ou encore « syndrome de Gorham-Stout » ; dans la littérature anglo-saxonne, elle porte les
appellations suivantes : massive osteolysis, disappearing or vanishing
bone disease, acute spontaneous bone disease, phantom bone, Gorham’s
massive osteolysis.
1- Fréquence :
Elle est très rare : 175 observations sont répertoriées. La maladie
survient à tous les âges mais plutôt chez les adolescents et les
adultes jeunes sans prédilection pour le sexe et la race. Son étiologie
est inconnue.
2- Localisations
:
Tous les os peuvent être concernés, y compris les os du crâne, avec
une prédominance des ceintures pelvienne et scapulaire mais aussi
les côtes, la mandibule, les os longs et le rachis cervicodorsal.