Lésions pseudotumorales (Suite) Cours de l'appareil locomoteur
3- Étude clinique
:
La lésion pseudotumorale est parfois découverte fortuitement lors
d’un examen radiographique.
Dans environ un tiers des
observations, la douleur et le gonflement des parties molles
représentent les signes d’appel tandis que dans un quart des cas,
une fracture pathologique inaugure le tableau clinique.
Ailleurs, un
épanchement pleural récidivant, chyleux ou hémorragique avec
dyspnée, traduit l’extension à la cage thoracique des formes situées
initialement à la ceinture scapulaire, aux côtes ou au rachis.
Les examens biologiques sont normaux en dehors d’une possible
augmentation des phosphatases alcalines sériques.
4- Étude radiologique
:
Radiographie standard : au début, la cavité médullaire se raréfie
tandis que la corticale des os longs est amincie à sa face endomédullaire par des lacunes qui confluent, progressent, peuvent
entraîner une fracture et finalement aboutissent à la disparition plus
ou moins complète du segment osseux intéressé.
La fracture,
quand elle survient, ne s’accompagne pas de cal de réparation et on
n’observe pas de réaction périostée ni de remaniement de la trame
osseuse saine adjacente.
IRM : hyposignal en T1, hypersignal en T2 ou en T1 après injection
de gadolinium.
5- Anatomie pathologique
:
À la phase floride, on observe une importante angiogenèse et une
intense résorption ostéoclastique qui peuvent déborder le
compartiment osseux et intéresser les parties molles de voisinage.
À
une phase plus tardive, l’os résorbé est remplacé par un tissu fibreux
dense parsemé d’espaces anastomosés remplis de sang.
La présence
d’ostéoclastes en nombre plus ou moins variable pour certains
auteurs, leur absence pour d’autres, constituent une contradiction ;
celle-ci n’est sans doute qu’apparente si l’on tient compte, d’une part
des phases évolutives de la maladie et d’autre part de la rareté
de l’affection qui rend l’observation complète difficile.
6- Diagnostic différentiel
:
Le diagnostic de maladie de Gorham, ostéolyse idiopathique non
héréditaire, est un diagnostic d’exclusion.
À la phase de début se
discute le syndrome neuroalgodystrophique.
À la phase d’état, on
recherche avant tout les ostéolyses secondaires d’étiologie
infectieuse, inflammatoire, métabolique, tumorale ou immunitaire et
plus rarement les ostéolyses héréditaires qui se localisent aux pieds
et aux mains.
7- Évolution et pronostic
:
L’état général est conservé et le pronostic est bon en dehors des
atteintes thoraciques et rachidiennes qui représentent la principale cause de décès : le traitement des épanchements récidivants chyleux
et hémorragiques est en effet difficile et aléatoire.
L’évolution
lentement progressive aboutit à une phase de quiescence après un
laps de temps plus ou moins long sans que l’on assiste à la
réparation des lésions de résorption osseuse.
Cependant,
l’évolution spontanée peut aboutir à la restauration osseuse comme
dans l’observation de Campbell.
8- Traitement
:
L’administration de biphosphonates ou de calcitonine au début de
la maladie a été proposée par certains auteurs.
L’intérêt de la radiothérapie est discuté ; des succès, dont certains
relatifs, mais aussi des échecs ont été rapportés.
La réparation par greffe osseuse et ostéosynthèse n’est pas indiquée
quand la maladie est dans sa phase active ostéolytique car elle a
toutes les chances d’échouer.
Dans les localisations rachidiennes
où l’ostéolyse corporéale peut devenir menaçante et n’autorise pas
l’attente, l’ostéosynthèse postérieure étendue en zone saine semble
le traitement de choix.
Quand la maladie est parvenue à sa phase
quiescente de stabilisation, la réparation chirurgicale est possible,
soit par prothèse, soit par ostéosynthèse et greffe osseuse comme
dans l’observation de Picault où la reconstruction chirurgicale
de la hanche et de la partie proximale du fémur résorbées ne fut
entreprise que 8 ans après le début de la maladie.
E - PSEUDOTUMEURS HÉMOPHILIQUES
:
Les pseudotumeurs hémophiliques sont des collections hématiques
chroniques, encapsulées, induites par des hémorragies extraarticulaires
récidivantes, soit autour des os, soit dans les muscles,
ayant tendance à augmenter de volume, à résorber les structures
avoisinantes, y compris le tissu osseux, et à conduire
progressivement à des pertes de substance importantes.
1- Fréquence
:
Complication très rare (150 publications rapportées en 1995) des
hémophilies A et B et autres coagulopathies dont la maladie de
Willebrand, sa fréquence est comprise entre 1 et 2 %.
Magallon et
al, reprenant les dossiers de 1 831 patients atteints d’une
coagulopathie congénitale diagnostiquée en Espagne entre 1955 et 1990,
dénombrent 21 malades présentant une pseudotumeur hémophilique
avec un âge médian de 40 ans.
Ces lésions deviennent plus rares
du fait des progrès thérapeutiques.
En effet, l’utilisation de
produits de substitution d’origine humaine hautement purifiés ou
de facteurs recombinants obtenus par génie génétique a permis
d’employer plus largement ces produits, à la fois comme
traitement des épisodes hémorragiques et à titre prophylactique.
Le traitement prophylactique est
de plus en plus utilisé dès le jeune âge et permet de réduire
l’incidence des complications hémorragiques articulaires,
musculaires et osseuses.
2- Étiologie
:
L’origine de la formation des hématomes profonds est controversée.
Pour de Valderrama et Matthews, le saignement premier est souspériosté
et l’hématome devient secondairement agressif vis-à-vis de
l’os par compression.
Pour ces mêmes auteurs, l’hémorragie initiale
peut se faire dans un muscle de la cuisse ou de la jambe et donner lieu à un hématome des parties molles qui évolue pour son propre
compte sans être nécessairement dommageable pour l’os.
L’hémorragie dans le psoas iliaque pourrait expliquer la genèse des
pseudotumeurs iliaques.
Pour ce qui concerne les pseudotumeurs
développées autour du poignet et des chevilles chez les enfants et
les adolescents, on semble privilégier le saignement intraosseux.
3- Localisations
:
Parmi les 21 pseudotumeurs rapportées par Magallon et al, 43%
concernent les parties molles et 57 % les parties molles et les
structures osseuses.
Chez l’adulte sont habituellement touchés la cuisse et/ou le fémur,
le muscle psoas iliaque et l’os iliaque, plus rarement le tibia, le
radius et le péroné ; de façon inhabituelle, la voûte du crâne, la
mandibule et les phalanges.
Chez l’enfant, les localisations sont plus distales, préférentiellement
autour de la cheville, plus rarement autour du poignet.
4- Symptômes cliniques et évolution spontanée
:
À la phase d’installation, le patient présente une tuméfaction
indolore, souvent polylobée, ferme, non sensible à la palpation, non
mobilisable, adhérente aux plans profonds.
À la période d’état, après une phase quiescente qui peut atteindre
une vingtaine d’années, la pseudotumeur augmente de volume,
devient douloureuse spontanément ou à la palpation et provoque,
selon la localisation, une gêne à la marche et des phénomènes de
compression nerveuse ou vasculaire.
Des complications sont possibles : les pseudotumeurs iliaques
peuvent soit éroder les téguments du dedans vers le dehors avec
fistulisation spontanée inguinale et surinfection pouvant entraîner
le décès par septicémie, soit être à l’origine d’une perforation colique
et de la paroi abdominale comme dans une observation.
La
fracture pathologique constitue la complication essentielle des
localisations périphériques, principalement au membre inférieur et
au fémur.
5- Étude radiologique
:
Les pseudotumeurs des parties molles sont souvent situées à la
cuisse ; la radiographie standard montre des calcifications des
parties molles.
Le scanner met en évidence la pseudotumeur, les
calcifications, précise les rapports avec les capsules articulaires et le
refoulement des vaisseaux.
Les lésions osseuses sont parfaitement visibles sur les radiographies
standards des os longs (fémur, tibia, humérus, radius) sous forme
de lacunes ostéolytiques étendues avec disparition segmentaire de
la corticale à l’origine d’inévitables fractures pathologiques.
Les localisations iliaques sont non moins caractéristiques ; la
radiographie montre une image lytique polykystique de tout ou
partie de l’aile iliaque avec ou sans calcifications dans les parties
molles autour de la crête.
Le scanner confirme l’existence
d’une masse importante de basse densité, entourée d’une épaisse
capsule, refoulant les vaisseaux et les organes pelviens, l’os iliaque
étant partiellement ou totalement résorbé.
Les pseudotumeurs des extrémités se présentent sous la forme de
lésions kystiques plus ou moins destructrices, touchant
préférentiellement le calcanéus, le talus, les métatarsiens.
Les
atteintes des petits os de la main sont plus rares.
6- Anatomie pathologique
:
L’hématome, à divers stades d’organisation et de kystisation, est
contenu par une capsule fibreuse épaisse qui est fortement adhérente
aux tissus environnants.
7- Diagnostic différentiel
:
Indépendamment du contexte, les images lytiques polykystiques
font discuter le kyste anévrismal, la tumeur à cellules géantes, voire
la métastase.
Une tumeur maligne comme un fibrosarcome,
un sarcome d’Ewing ou un chondrosarcome peut être associée
à une pseudotumeur hémophilique.
Le diagnostic en est très
difficile : bien que la ponction soit contre-indiquée en raison du
risque de fistulisation, il faut prendre le risque, si un doute existe,
de réaliser une drill biopsie sous scanner dans une zone charnue
présumée tumorale.
8- Traitement
:
Le traitement substitutif prophylactique de plus en plus utilisé dès
le jeune âge est le seul qui permette de réduire l’incidence des
pseudotumeurs hémophiliques.
Une fois la tumeur installée, le
traitement substitutif ne permet pas d’envisager la guérison mais
peut conduire à des améliorations.
La radiothérapie a été
proposée pour les localisations distales, ou bien quand les
facteurs inhibiteurs de la coagulation étaient présents.
La chirurgie est indiquée après échec des traitements substitutifs et
dans les circonstances suivantes : majoration des douleurs,
fistulisation spontanée ou après ponction, risque fracturaire ou
masse très volumineuse.
Elle consiste dans l’excision la plus
complète possible de la pseudotumeur, sous couvert d’un traitement
médical pré-, per- et postopératoire.
Il s’agit d’une chirurgie majeure
du fait des adhérences générées par la pseudotumeur.
Dans les
localisations iliaques, le principal problème est celui du comblement des espaces morts issus de l’excision ; la meilleure solution consiste
à utiliser des lambeaux musculaires pédiculés.
Le traitement
des fractures pathologiques réside dans l’excision de la
pseudotumeur, l’enclouage verrouillé et le comblement par greffe
de la perte de substance osseuse.
La mortalité du traitement chirurgical est de 20 %.
Le siège de la
tumeur au bassin ou à la cuisse, l’âge au-dessus de 40 ans sont des
facteurs péjoratifs.
F - RÉACTIONS À CELLULES GÉANTES
:
Ce sont des lésions rares souvent méconnues, constituées de tissu
fibreux, de cellules géantes et d’une ostéogenèse réactionnelle,
situées préférentiellement aux petits os des extrémités, et posant de
réelles difficultés diagnostiques.
La description originale à la
mandibule revient à Jaffe et aux petits os tubulaires de la main à Ackerman et Sput.
Ils les dénomment respectivement giant cell
reparative granuloma et giant cell reaction ou giant cell reparative
granuloma of extragnathic sites.
On les appelle aussi en français
granulome réparateur à cellules géantes.
1- Épidémiologie
:
Cette pathologie rare concerne l’adulte jeune des deuxième et
troisième décennies avec une incidence sensiblement égale dans les
deux sexes. Son étiologie est inconnue.
2- Localisation :
– la mandibule et le maxillaire ;
– les phalanges, les métacarpiens ;
– plus rarement les os du poignet et du tarse ;
– quelques localisations ont été rapportées aux os longs, aux côtes
et au rachis selon Forest.
Comme pour les tumeurs à cellules géantes, des localisations
multicentriques ont été décrites.
3- Symptômes cliniques
:
Ils sont représentés par le classique syndrome tumoral douleurtuméfaction-fracture pathologique, mais certains patients sont
asymptomatiques et les lésions découvertes fortuitement.
4- Étude radiologique
:
Ces pseudotumeurs se présentent sous la forme soit de géodes
circonscrites, soit de lésions lytiques nettement expansives
avec soufflure de la corticale. Réaction périostée et
extension aux parties molles sont possibles.
Leur siège est
métaphysaire mais l’ostéolyse peut s’étendre à l’ensemble d’un os
court comme une phalange ou un métacarpien.
La forme sous-périostée décrite aux os longs se présente autrement :
c’est une image d’érosion tangentielle de la corticale avec
surélévation du périoste.
Il s’agirait au départ d’une hémorragie sous-périostée traumatique ou non traumatique qui guérit en
s’ossifiant.
Plusieurs localisations chez le même malade et sur le même site
anatomique sont possibles.
5- Anatomie pathologique
:
Macroscopiquement, le tissu pseudotumoral est de couleur brune
ou grise ; sa consistance est friable et grumeleuse ; il peut être
parsemé d’espaces kystiques.
Les données histologiques, selon Forest, sont les suivantes :
– « contingent cellulaire fibroblastique prédominant à différents
stades de différenciation, parfois d’agencement storiforme.
La
densité cellulaire peut être importante, mais il n’existe aucune atypie
nucléaire et les mitoses sont rares et normales ; certains de ces
éléments sont, au plan ultrastructural, porteurs de glycogène et
d’hémosidérine ;
– cellules géantes éparses de distribution hétérogène, parfois en
relation avec les hémorragies ;
– rares macrophages et lymphocytes ;
– abondance du collagène et d’une ostéogenèse réactionnelle métaplasique ou lamellaire située au centre ou en périphérie de la
lésion ;
– vascularisation parfois abondante ou ectasies anévrismales. »
6- Diagnostic différentiel :
Radiographiquement, le diagnostic différentiel est difficile, voire
impossible avec une tumeur à cellules géantes dont la localisation distale est possible, avec une tumeur brune, avec un kyste
anévrismal ; il est un peu plus facile pour un chondrome ou un
chondroblastome lorsque existent des calcifications intratumorales.
Histologiquement, la tumeur brune de l’hyperparathyroïdisme
primaire a un aspect superposable mais la biologie permet de
redresser le diagnostic.
Le diagnostic différentiel est aléatoire avec
les tumeurs à cellules géantes et les kystes anévrismaux.
7- Traitement :
Il est chirurgical et repose sur le curetage et le comblement par greffe
osseuse.
Comme dans les tumeurs à cellules géantes, ce traitement
est compliqué d’un taux de récidives compris entre 30 et 50 %.
L’association au curetage d’adjuvants physiques comme l’azote
liquide, le ciment acrylique, ou chimiques comme le phénol devrait
contribuer à abaisser la fréquence des récidives.
Images d’ossification du périoste
et des parties molles :
A - MYOSITE OSSIFIANTE :
Cette pseudotumeur est caractérisée par une prolifération de tissu
fibreux, de cartilage et d’os non néoplasique dans les tissus mous.
Cette affection porte mal son nom, pourtant identique dans la
littérature francophone et anglo-saxonne, et ce pour deux raisons
principales : il ne s’agit ni d’une pathologie inflammatoire, ni d’une
pathologie d’origine musculaire.
Elle pourrait plus exactement
s’appeler pseudotumeur ossifiante des parties molles ou ossification
hétérotopique centripète des tissus mous.
Elle est finalement très proche de la myosite ossifiante généralisée,
ou maladie de Münchmeyer, affection congénitale à transmission
autosomique dominante, et des myosites ossifiantes d’origine
neurologique, traumatique ou infectieuse ; cette forme
d’ossification hétérotopique primitive est cependant beaucoup plus
rare que les formes secondaires bien classiques.
1- Étiologie :
C’est une affection très rare puisque les cas publiés sont de l’ordre
de la centaine.
Rare chez l’enfant, elle a été décrite aussi chez le
nouveau-né.
Il s’agit surtout d’une affection de l’adulte jeune,
préférentiellement de sexe masculin, de la deuxième ou troisième
décennie.
Son étiologie précise est inconnue ; toutefois, même si le
traumatisme causal n’est pas toujours retrouvé, la nature posttraumatique
de l’affection est retenue comme la plus plausible par
certains, éliminée par d’autres.
Des microtraumatismes répétés
sont une cause possible chez le sportif.
2- Localisation :
La myosite ossifiante circonscrite touche les gros muscles des
membres, principalement ceux de la cuisse ; elle peut également
siéger aux phalanges proximales des mains, ou à l’éminence
hypothénar, aux pieds, au cou, à l’épaule.
Elle peut être
bilatérale.
3- Diagnostic
:
L’évolution de la myosite ossifiante circonscrite se fait en plusieurs
phases pendant lesquelles le diagnostic est plus ou moins difficile.
La phase de début est marquée par l’apparition d’une masse
douloureuse qui grossit rapidement ; l’état général est bien conservé.
La radiographie est normale ou montre simplement un
épaississement des parties molles.
C’est à ce stade que le diagnostic
est le plus difficile, l’affection pouvant en imposer pour une tumeur
maligne ; la rapidité d’installation et d’évolution est un argument en
faveur de la myosite ossifiante circonscrite.
À cette phase d’installation, qui dure 2 à 3 semaines, succède une
phase d’état où la masse n’augmente plus de volume, la douleur
ayant tendance à diminuer.
Cette phase qui dure plusieurs mois
correspond à la maturation de la myosite par ossification centripète.
La radiographie révèle alors les calcifications diffuses dans les
parties molles, beaucoup plus nettes au scanner.
L’évolution ultérieure peut aller jusqu’à la disparition spontanée.
4- Aspects radiologiques
:
L’échographie est utile au stade précoce : elle peut révéler la masse
en voie de calcification dans les tissus mous, séparée de l’os
adjacent.
La radiographie standard n’est contributive qu’au bout de 2 à
3 semaines d’évolution ; les opacités floconneuses apparaissent entre
le 11e et le 30e jour après le début.
Les réactions périostées, voire les
érosions corticales, sont possibles.
L’ossification périphérique peut
être complète jusqu’à former une couronne qui encercle une zone
fibreuse, réalisant un aspect en « cocarde ».
Le plus souvent, la myosite reste à distance de l’os et la persistance
d’un espace clair est importante à rechercher dans le cadre du
diagnostic différentiel avec une tumeur maligne.
Le scanner montre, plus précocement que la radiologie standard, les
calcifications nuageuses et même la couronne périphérique à son
début.
L’IRM permet le diagnostic précoce de l’affection montrant un
oedème extensif des parties molles et de la moelle osseuse.
Cette
atteinte osseuse précoce pourrait indiquer que la myosite ossifiante
circonscrite n’est pas qu’une pathologie des tissus mous mais
qu’il pourrait se constituer également une périostite ossifiante.
5- Anatomie pathologique :
La phase initiale se traduit par une prolifération des fibroblastes et
une production de collagène. Les mitoses normales sont
nombreuses.
Des foyers myxoïdes sont également possibles, pouvant
en imposer pour une fasciite nodulaire.
Apparaissent ensuite les
ostéoblastes au sein d’une matrice ostéoïde ; une ossification
enchondrale est parfois notée.
À la phase de maturation, on observe une zone centrale constituée
d’une prolifération fibroblastique, sans atypie cellulaire ni mitose
anormale, avec parfois des foyers de nécrose hémorragique, une
zone intermédiaire constituée de tissu ostéoïde et dans certains cas
de petits îlots cartilagineux, et enfin une zone périphérique
constituée d’os lamellaire mature.
Des ostéoclastes sont possibles
en périphérie.
Des fibres musculaires intactes peuvent être retrouvées au sein de
ces trois zones, mais il n’est pas retrouvé de signe d’hémorragie
ancienne ni de dépôt d’hémosidérine.
6- Diagnostic différentiel :
Tout d’abord, il convient d’éliminer ce qui n’est pas une myosite ossifiante circonscrite : ce diagnostic différentiel varie en fait en
fonction du stade évolutif de l’affection.
Au début, il convient
d’éliminer une tumeur maligne devant le début soudain, la
croissance trop rapide, les aspects évocateurs au scanner et en IRM,
mais aussi une ostéomyélite devant la normalité des tests
inflammatoires.
L’aspect trompeur de la phase de début explique
que des traitements carcinologiques aient pu être employés dans
20 % des cas rapportés par Ogilvie-Harris.
À la phase de
maturation, la régression spontanée des phénomènes douloureux,
l’aspect en « cocarde », la séparation d’avec l’os adjacent doivent
permettre d’éliminer l’ostéosarcome et le sarcome ostéogène juxtacortical.
Ensuite se discutent les autres myosites :
– les myosites d’origine neurologique (paraplégies, coma prolongé,
poliomyélite, tétanos) ;
– les myosites infectieuses ;
– les myosites post-traumatiques consécutives à une contusion, à
un syndrome des loges ;
– la myosite ossifiante généralisée, ou maladie de Münchmeyer,
affection congénitale à transmission autosomique dominante, qui
peut se présenter au début sous une forme localisée, mais est
généralement associée à des malformations des orteils, surtout au
premier rayon.
7- Évolution, pronostic et traitement
:
L’évolution spontanée se fait, soit vers la stabilisation, soit vers la
disparition progressive et totale en 2 à 3 ans de la masse calcifiée.
Une récidive après exérèse chirugicale est possible ainsi que l’ont
rapporté certains.
La dégénérescence de la myosite ossifiante circonscrite, dont
quelques cas ont été rapportés, est niée par plusieurs auteurs.
L’exérèse est réalisée à titre de biopsie en cas de doute diagnostique,
ou en cas de gêne fonctionnelle.
Comme pour les ossifications
hétérotopiques neurologiques ou traumatiques, il semble qu’il faille
attendre le stade de maturité avant de proposer l’exérèse, ceci afin
de limiter le risque de récidive.
Un traitement médical par diphosphonates a été proposé sur la base
d’une observation où une régression a pu être obtenue.
B - RÉACTIONS PÉRIOSTÉES
ET ENTÉSOPATHIES CALCIFIANTES :
Les myopériostites, les entésopathies calcifiantes peuvent simuler
une tumeur osseuse juxtacorticale ou périostée.
La périostite ossifiante a été décrite par Spjut et Dorfman en
1981.
L’affection touche surtout les adolescents et les adultes
jeunes ; ces ossifications d’origine capsulaire ou périostée siègent aux
os tubulaires de la main ou du pied. Histologiquement, il existe une
prolifération de fibroblastes fusiformes, du tissu ostéoïde et des
plages myxoïdes ; les mitoses sont nombreuses mais normales ; les
cellules géantes multinucléées et des cellules inflammatoires sont
fréquentes.
Si ces aspects peuvent faire évoquer tout aussi bien un
ostéosarcome, l’absence de cellule et de mitose anormale permet de
rectifier le diagnostic dans le sens de la bénignité.
Plus récemment,
une lésion similaire a été décrite au tibia et son aspect en IRM
précisé.
Les irrégularités corticales au fémur distal sont bien connues.
Craigen en rapporte sept cas chez l’enfant.
Elles touchaient le
condyle fémoral interne, étaient responsables d’une tuméfaction
douloureuse, et avaient conduit dans près de la moitié des cas à une
biopsie.
La responsabilité du grand adducteur dans cette localisation
est évidente ; les lésions osseuses sont vraisemblablement la
conséquence d’arrachements tendinopériostés passés inaperçus.
Des
érosions corticales ont également été décrites à l’insertion fémorale
du gastrocnémien médial.
L’apport de l’IRM dans le diagnostic de
ces lésions est confirmé par l’étude de Suh.
La périostite tibiale est suffisamment stéréotypée pour ne pas prêter
à confusion.
Liée à une hypersollicitation du bord postéromédial du
tibia par le muscle soléaire, survenant chez le sujet sportif,
responsable de douleurs d’effort disparaissant avec le repos, elle se
traduit sur le plan radiologique par une réaction périostée
d’apparition tardive, pouvant évoluer vers la véritable apposition
périostée.
L’IRM avec son hypersignal en bande typique, plaqué
contre le périoste, visible sur les séquences T2, traduit la réaction
oedémateuse et inflammatoire localisée.
Le principal diagnostic
différentiel est la fracture de contrainte du tibia, qui donne une
hyperfixation scintigraphique différente.
C - MÉLORHÉOSTOSE :
Il s’agit d’une affection bénigne rare, congénitale, non héréditaire,
liée à une anomalie de développement du mésoderme touchant de
façon segmentaire et progressive le squelette (ostéopathie
condensante), les tissus mous (ossifications) et la peau
(sclérodermie).
Léri et Johanny ont fait la première description des
lésions osseuses et ont donné son nom à la maladie (du grec melos
pour membre et rhein pour coulée) en 1922.
1- Épidémiologie :
L’incidence de cette maladie rare est estimée à 0,9 cas par million
d’habitants/année.
Elle est découverte le plus souvent pendant
l’enfance, voire à la naissance, de façon équivalente dans les deux
sexes.
Elle a été décrite comme pouvant être associée aux dysplasies
lymphatiques et artérioveineuses, voire à la fibromatose agressive.
Son étiologie est inconnue.
Il est probable qu’elle soit initiée par des
anomalies précoces du développement embryonnaire avant
l’apparition des bourgeons des membres.
2- Localisations :
La distribution squelettique, rarement polyostotique, est
habituellement monomélique, intéressant plus souvent le membre
inférieur que le membre supérieur, touchant les os longs et les petits
os du pied et de la main.
L’atteinte du crâne, du massif facial, des
côtes et du rachis est rare.
La topographie segmentaire et linéaire
des lésions osseuses et des parties molles est tout à fait remarquable.
S’inspirant des sclérotomes, zones d’innervation osseuse assurée par
un nerf spinal sensitif propre, décrits par Inman et Sanders,
Murray et McCredie ont démontré qu’il existe une corrélation
entre la localisation des lésions osseuses et la topographie d’un ou
de plusieurs sclérotomes.
Il en va de même pour ce qui
concerne la localisation des lésions des parties molles par rapport
aux dermatomes et myotomes.
3- Étude clinique
:
Chez l’enfant, ce sont l’inégalité de longueur des membres et les
déformations par rétraction des parties molles qui prédominent alors
que les douleurs sont inconstantes et jamais importantes.
Chez l’adulte, et selon le mode évolutif, les douleurs peuvent être
absentes, modérées et de type mécanique, plus intenses et de type
neurologique lorsque s’installent les déformations.
Des difficultés de
chaussage ou un déficit de mobilité articulaire provoqués par
l’apparition des tuméfactions dures des parties molles peuvent être
un motif de consultation, comme dans notre observation.
4- Étude radiologique et évolution
:
Les images standards, qui donnent l’impression d’une « coulée de
cire de bougie » le long d’un seul os ou de plusieurs os de façon
linéaire, sont caractéristiques ; l’hyperostose sous-périostée est
excentrique, irrégulière, « bavante », tandis que l’hyperostose
endostée oblitère partiellement ou complètement le canal médullaire.
Les ossifications des tissus mous ont une topographie paraarticulaire
et se présentent, soit sous forme d’un aspect nuageux
autour de la hanche et en arrière du genou, soit sous forme
d’opacités arrondies allongées en « chapelet » à la face postérieure
du genou ou sur le dos du pied.
Le scanner précise la topographie des ossifications extra-articulaires
tandis que l’os condensé et les ossifications des parties molles sont
en hyposignal en résonance magnétique.
Les lésions évoluent progressivement et lentement, aussi bien dans
le sens transversal que longitudinal, pouvant envahir et oblitérer les
articulations interphalangiennes ou réaliser une ankylose extraarticulaire
et finalement aboutir à des déformations invalidantes.
5- Anatomie pathologique
:
Les signes histologiques se caractérisent par leur absence de
spécificité ; l’os condensé est scléreux, les travées lamellaires sont
épaissies et oblitèrent les canaux de Havers.
Les ossifications des parties molles apparaissent constituées par des
nodules ostéocartilagineux assez comparables à ceux observés dans
les ostéochondromatoses synoviales.
6- Diagnostic différentiel
:
Les images osseuses segmentaires et linéaires de la mélorhéostose
sont caractéristiques.
Les calcifications des tissus mous et les
ossifications juxta-articulaires ressemblent à des pseudotumeurs et
font discuter l’ostéochondromatose, les ossifications hétérotopiques,
voire les paraostéoarthropathies.
Dans les formes frustes, la biopsie est nécessaire pour faire la
différence avec la myosite ossifiante et l’ostéosarcome paraostéal.
La survenue d’un ostéosarcome et d’un histiocytofibrosarcome
a été rapportée au cours de la mélorhéostose.
Une telle éventualité
de lésion bénigne préexistante est classique en ce qui concerne la
maladie de Paget et l’infarctus osseux, mais elle a aussi été rapportée
pour l’ostéogenèse imparfaite et l’ostéopoecilie.
L’apparition d’un symptôme nouveau, douleur et/ou tuméfaction,
survenant chez un patient atteint de mélorhéostose connue, doit
retenir l’attention et faire pratiquer un cliché standard à la recherche
d’une ostéolyse, une scintigraphie, un scanner et au moindre doute
une biopsie dirigée.
7- Traitement :
Nombre de mélorhéostoses sont peu symptomatiques et de ce fait
ne nécessitent aucun traitement.
Parfois, déformations et tuméfactions peuvent être gênantes.
Chez
l’enfant, on peut alors discuter une libération des parties molles, une
ostéotomie, une épiphysiodèse, très exceptionnellement une
amputation.
Chez l’adulte, il s’agit d’une chirurgie au « coup par coup », visant à
pratiquer l’exérèse de pseudotumeurs devenues gênantes.
Dans de très rares cas, la sévérité des déformations et l’importance
des douleurs ont pu faire proposer l’amputation.