Lésions ligamentaires récentes du genou (Suite) Cours de l'appareil locomoteur
Classification et associations
lésionnelles
:
A - LÉSIONS ISOLÉES :
Une lésion est considérée isolée même si elle est accompagnée
d’autres lésions ligamentaires, si celles-ci n’expriment pas de laxité
clinique, par exemple rupture du LCA avec ecchymose des
structures internes sans laxité interne.
Il en est de même pour le
LCP, pour les lésions des coques condyliennes, à condition que le
tiroir postérieur ne soit pas augmenté en rotation interne ou externe
du tibia.
La lésion isolée du LCA est l’apanage du sujet jeune entre 20 et 25
ans mais peut cependant survenir à tout âge.
La lésion isolée du LCP est beaucoup plus rare que celle des autres
ligaments.
La lésion isolée du LLI : le plus souvent rupture de la portion
superficielle de ce ligament n’entraînant pas ou peu de laxité.
La
rupture isolée des deux faisceaux du LLI est exceptionnelle.
La lésion isolée du LLE : très rare, elle est le plus souvent
associée à des lésions du PAPE et ne serait que partielle en l’absence
de lésion d’au moins un ligament croisé.
La lésion isolée du poplité est possible lors d’accidents en rotation
externe pure, genou en flexion.
B - TRIADES :
Le mécanisme de survenue va créer successivement triade, pentade,
puis luxation.
On peut parfois hésiter entre pentade et luxation, mais
triade et luxation sont deux entités très distinctes.
– Antéro-interne : associant rupture du LCA, du LLI, et du PAPI,
conséquence d’un accident en VALFE, lésion la plus fréquente avec
la rupture isolée du LCA. Le LLI est la première structure rompue
avant le LCA.
Cette lésion est aussi appelée triade malheureuse de
Don O’Donoghue.
Cette association lésionnelle a été remise en
cause par Shelbourne, qui a retrouvé plus de lésions méniscales
externes en association avec les lésions du ligament latéral interne
et du ligament croisé antérieur à propos de 60 greffes de LCA
précoces.
– Postéro-interne : associe rupture du LCP, LLI et PAPI.
Elle est
causée par un accident en valgus forcé genou proche de l’extension,
voire par un choc antéropostérieur sur la partie supérieure du tibia
genou en flexion rotation interne.
Elle est environ 10 fois moins
fréquente que la triade antéro-interne.
Il faut savoir évoquer une
atteinte du LCP devant une laxité interne en extension sans atteinte
du LCA.
– Antéroexterne rétroligamentaire : associant rupture du LCA, LLE
et PAPE.
Elle est due à un accident en varus dans une position
proche de l’extension.
Elle ne représenterait que 2 % environ des
lésions ligamentaires sévères du genou.
– Postéroexterne : associant rupture du LCP, LLE et PAPE.
C’est la
triade la moins fréquente (moins de 1 %).
– Postérieure : associe lésion du PAPI, du PAPE et du LCP.
Elle
survient lors d’accident en hyperextension appuyée, et si le
mouvement se poursuit, le LCA se rompt et il s’agit d’une pentade
postérieure.
C - PENTADES :
Le mécanisme des pentades et des luxations est le plus souvent
difficile à déterminer, mais il s’agit le plus souvent d’un
enchaînement logique des lésions.
– Interne : associe rupture des LCA, LCP, LLI et PAPI.
Elle est causée
par les mêmes accidents que les triades internes, mais plus violents
d’autant plus que le genou est en extension.
Elle est la pentade la
plus fréquente, représentant environ 5 % des lésions ligamentaires
graves du genou.
Les deux faisceaux du LLI peuvent être rompus à
deux niveaux, ou au même niveau.
Le faisceau profond peut
s’incarcérer dans l’espace fémorotibial, empêchant la réduction.
Il
ne faut par ailleurs pas s’arrêter au diagnostic de triade interne
devant une laxité antéro-interne, et savoir tester le LCP.
– Externe : associant lésion des LCA, LCP, LLE et PAPE plus rare,
causée par les mêmes accidents que les triades externes, d’autant
plus que le genou est en extension.
La rupture du LCA précède celle
du LCP. Lorsque l’hyperextension passive prédomine, le LCP se
rompt d’abord.
– Postérieure : associant lésions des LCP, PAPI, PAPE et LCA
causées par les accidents en récurvatum.
Les lésions bicroisées (LCA et LCP) rentrent le plus souvent dans le
cadre des pentades, car elles sont associées à des lésions des
formations périphériques dans 35 % des cas, et à des lésions
méniscales dans 73 % des cas.
La présence de lésions
périphériques par décollement qui cicatrisent spontanément,
peut faire rentrer ces lésions dans le cadre de lésions bicroisées
isolées du fait de l’absence de laxité périphérique.
D - LUXATIONS DU GENOU
:
La position du tibia définit le sens de la luxation.
Les luxations
antérieure et postérieure sont les plus fréquentes (60 à 80 %).
Ce
sont les luxations par translation dites « pures », alors que la
luxation externe, un peu moins fréquente (15 à 20 %) et la luxation
interne, exceptionnelle sont les luxations dites « complexes » par
bâillement.
Les luxations « exposées » présentent des lésions
cutanées consécutives à la luxation à différencier des lésions
cutanées créées par l’impact.
– Luxation antérieure : le tibia est luxé vers l’avant, les deux
ligaments croisés sont rompus ainsi que les points d’angle.
En
revanche, les ligaments latéraux peuvent être rompus ou être en
continuité au sein d’un décollement capsulopériosté partant de
l’épiphyse et se prolongeant plus ou moins haut sur la métaphyse,
expliquant parfois l’absence de laxité frontale une fois la luxation
réduite.
L’hyperextension passive est le mécanisme principal de la
luxation antérieure entraînant d’abord une triade postérieure (LCP,
PAPI, PAPE) puis une pentade (rupture du LCA), puis la luxation.
L’artère poplitée est lésée si l’hyperextension dépasse 50°.
L’effondrement de la partie antérieure des plateaux limiterait cette hyperextension, et ainsi protègerait le paquet vasculonerveux
postérieur.
D’authentiques luxations ont été décrites, avec un
ligament croisé postérieur intact et fonctionnel.
– Luxation postérieure : le tibia est luxé vers l’arrière lors d’un
accident antéropostérieur par choc direct sur la partie supérieure du
tibia genou fléchi.
Les structures rompues sont les mêmes que dans
les luxations antérieures, avec une rupture vraie des structures
internes et externes plus fréquentes.
Le PAPI et le PAPE sont
également lésés, simultanément si le pied est en rotation neutre lors
de l’accident.
Il faut insister sur la possibilité de lésions artérielles
poplitées et de lésions du système extenseur.
– Luxation externe : associant une rupture de tous les ligaments,
principalement causée par un accident en valgus forcé violent.
Les
structures externes peuvent être désinsérées en bloc sur le versant
fémoral, permettant un cicatrisation une fois la luxation réduite.
– Luxation interne : la plus rare, conséquence d’accidents en varus
forcé, provoquant un décollement fémoral des structures internes et
non une rupture.
Elle fait suite à la pentade interne lorsque l’énergie
n’est pas épuisée.
Le risque de lésion du nerf sciatique poplité
externe est important lors du bâillement externe.
Cette classification en pentades et luxations est artificielle et mal
comprise des Anglo-Saxons.
La terminologie lésion bicroisée paraît
plus adaptée désormais.
Traitement :
A - RUPTURES ISOLÉES DU LCA
:
1- Ruptures partielles
:
La rupture partielle du LCA (10 à 28 % des lésions du LCA),
concernant différents contingents de fibres selon la position du
genou lors de l’accident, peut aboutir secondairement à une rupture
complète lors d’un traumatisme itératif, ou causée par une nécrose
du LCA.
Les ruptures partielles, étant donné la très bonne tolérance de cellesci,
doivent être traitées de façon fonctionnelle.
L’appui est repris
d’emblée, l’immobilisation uniquement antalgique est temporaire.
Les principes de la rééducation rejoignent ceux du LCA opéré
(mobilisation précoce, rééducation en cocontraction en chaîne
fermée, renforcement des chaînes postérieures) avec une reprise
progressive des activités sportives 3 mois après le traumatisme.
La tolérance clinique de ces ruptures partielles est bonne, d’autant
qu’il existe une diminution des activités sportives. Cette
tolérance n’est pas en relation avec l’importance de la rupture.
En
revanche, les ruptures se complètent proportionnellement à
l’importance de la rupture initiale (neuf ruptures sur 10 si 75 % des
fibres sont rompues).
Le taux de rupture complète secondaire est
également proportionnel à la translation tibiale antérieure.
2- Ruptures complètes intraligamentaires
:
*
Techniques
:
+ Sutures
:
Il s’agissait de la technique de référence utilisée dans les années
1970. Nous utilisions la technique de Marshall (suture par fils en U
étagés).
Qu’il s’agisse d’une suture pour une rupture intraligamentaire, une désinsertion au plancher ou au plafond du
LCA, la suture ou la réinsertion ligamentaire était utilisée de façon
isolée.
Les différentes études de la littérature montrent des résultats
médiocres.
Du fait de ces résultats, cette technique doit être proscrite
actuellement.
+ Suture avec plastie d’addition
:
Elle consiste en une suture du ligament associée à une plastie de
renforcement intra-articulaire (ligament autologue ou ligament
synthétique).
La plastie d’addition utilise un tendon de la patte
d’oie, le tendon rotulien, le fascia lata.
Le but de ces renforts était de permettre une rééducation précoce
ainsi qu’un apport collagénique, afin de permettre une meilleure
cicatrisation.
Les résultats à moyen terme font progressivement abandonner cette
technique, ainsi que les renforts avec des ligaments synthétiques.
La plastie d’addition extra-articulaire réalisée d’emblée (Lemaire),
associée à la suture du LCA, ne doit pas être pratiquée en raison de la
fréquence des lésions périphériques associées, et du risque de
fixer le tibia en rotation interne.
+ Ligamentoplastie d’emblée
:
Il s’agit des mêmes techniques utilisées pour les laxités chroniques
du genou.
La plastie de référence est le KJ (Kenneth Jones) utilisant
le tiers moyen du tendon rotulien. L’alternative est la greffe utilisant
les tendons de la patte d’oie (DI-DT).
Il s’agit d’une ligamentoplastie
sans conservation du moignon de LCA. Cette technique donne des
résultats équivalents voire meilleurs aux plasties chroniques
concernant le contrôle de la laxité.
En revanche, ces plasties, réalisées
sur des genoux traumatisés récents, s’accompagnent d’une
rééducation plus difficile avec un taux de raideur postopératoire
plus important.
* Indications :
Les fractures déplacées du massif des épines tibiales doivent être
opérées sans délai par laçage métallique ou vissage rétrograde en
cas de gros fragment, pour permettre une rééducation d’emblée,
sans appui 45 jours.
Il faut creuser une logette pour remettre en
tension le ligament, du fait de la déformation plastique de celui-ci avant la rupture.
Les fractures non déplacées peuvent être traitées orthopédiquement (immobilisation cruromalléolaire à 20° de flexion
sans appui 45 jours), mais le traitement chirurgical est préférable,
afin de remettre en tension le ligament croisé antérieur et débuter la
rééducation.
Pour les ruptures intraligamentaires isolées du LCA, l’indication
dépend du statut socioprofessionnel et sportif du patient.
S’il existe
des impératifs professionnels ou s’il ne s’agit pas d’un sportif
professionnel ou de haut niveau, la rééducation est débutée
(mobilisation, travail musculaire et proprioceptif), et
l’immobilisation temporaire assurée par une attelle antalgique
quelques jours.
L’appui pourra être différé de 21 jours s’il existe
une pente tibiale importante.
L’indication de ligamentoplastie est
discutée secondairement en fonction des symptômes cliniques, de
l’âge du patient et de ses activités socioprofessionnelles et sportives
(low risk life style).
Il faut souligner que la mise en route du
traitement fonctionnel, temporaire ou définitif, décidée par le
chirurgien et le patient, ne constitue pas un abandon thérapeutique.
Les patients doivent être informés des avantages et des
complications possibles à moyen et long termes.
La cicatrisation
en nourrice du LCA (Trillat), apporte de façon inconstante une
stabilité satisfaisante du genou.
Pour les sportifs professionnels ou de haut niveau, une
ligamentoplastie est envisagée d’emblée de façon isolée.
Il n’y a pas
lieu de réaliser de suture avec ou sans plastie d’addition, étant
donné les résultats insuffisants de ces techniques.
Avant d’entreprendre un traitement orthopédique ou chirurgical, il
faut réaliser un bilan clinique complet, afin de confirmer le
diagnostic de rupture de LCA et rechercher des lésions associées qui
incitent au geste chirurgical.
Un flexum d’emblée doit faire éliminer
une anse de seau du ménisque interne, devant faire discuter une
plastie d’emblée associée à une suture méniscale. Un flexum
secondaire évoquera un battant de cloche du LCA, devant être
confirmé par IRM et traité par arthrolyse.
La ligamentoplastie peut
être faite d’emblée s’il n’existe pas de raideur associée en flexion.
Cette option est controversée, car elle s’accompagne fréquemment
de problème itératif d’extension après la ligamentoplastie.
L’examen
clinique doit rechercher par ailleurs des lésions capsuloligamentaires
associées que nous reverrons plus loin.
B - TRIADE ANTÉRO-INTERNE :
En cas de traitement orthopédique, l’immobilisation doit être assurée
par une gouttière cruromalléolaire.
L’appui n’est pas autorisé
pendant 45 jours, car celui-ci favorise la translation tibiale antérieure,
pénalisant ainsi la cicatrisation du LLI.
La mobilisation passive peut
être débutée rapidement, car elle ne modifie pas le centre instantané
du genou, permettant et favorisant ainsi la cicatrisation des
formations périphériques.
La place du traitement chirurgical en urgence dans le cadre des
triades antéro-internes reste discutée. Un geste sur les formations
internes devra toujours être associé à une stabilisation du pivot
central.
Hormis les lésions jonctionnelles du ligament latéral interne
(avulsion, arrachement osseux), il n’y a pas lieu de réaliser de geste
de suture pour les lésions interstitielles du LLI.
La ligamentoplastie
isolée d’emblée permet de stabiliser le genou dans le sens
antéropostérieur, et permet également la cicatrisation du LLI dans
de bonnes conditions tout en permettant une rééducation précoce.
S’il existe une laxité interne en extension et en flexion à 20°
signant une lésion du LLI et du PAPI, une ligamentoplastie associée
à une suture du LLI et du PAPI donne de bons résultats sur le
contrôle de la laxité antérieure et interne. En cas de lésion du
LCA et du LLI, les résultats sont identiques avec ou sans geste sur
le LLI.
La ligamentoplastie d’emblée a l’inconvénient d’être
suivie d’une rééducation plus difficile avec plus de raideur
postopératoire.
L’association à une suture de la partie
proximale du LLI s’accompagne souvent de difficultés de
récupération des amplitudes articulaires postopératoires.
En bref : la persistance dans certains cas d’une laxité interne après
traitement orthopédique des triades antéro-internes doit faire
discuter le traitement chirurgical d’emblée, car le traitement des
lésions internes chroniques donne des résultats inconstants.
Une ligamentoplastie d’emblée peut être réalisée, permettant une
rééducation précoce.
En dehors des lésions jonctionnelles osseuses
pour lesquelles le fragment osseux doit être refixé, il n’y a pas lieu
de réaliser de geste interne asssocié à la greffe de LCA.
C - TRIADE ANTÉROEXTERNE PRÉLIGAMENTAIRE
:
Le traitement rejoint celui des lésions isolées du ligament croisé
antérieur.
Un arrachement capsulaire antéroexterne (fracture de Segond)
pourra justifier d’une réinsertion osseuse.
D - TRIADE ANTÉROEXTERNE RÉTROLIGAMENTAIRE
:
Ces lésions doivent être traitées chirurgicalement, car les laxités
chroniques résiduelles antéroexternes rétroligamentaires sont
difficiles à traiter.
Toutes les lésions doivent être prises en charge : suture du ménisque
externe, réinsertion ou suture du popliteus, suture du biceps
femoris, suture ou réinsertion du LLE.
Les lésions postéroexternes
sont d’autant plus favorables qu’il existe un arrachement osseux
réinsérable.
Cette réparation postéroexterne est difficile en urgence.
Les
différentes plasties (Helfet, Slocum…) doivent être réservées aux
lésions chroniques.
La réparation du plan externe doit être associée à une ligamentoplastie du LCA.
Nous privilégions la technique utilisant le
tendon rotulien.
À noter que la réparation arthroscopique du pivot
central permet d’explorer les formations externes (poplité intraarticulaire,
ménisque externe).
Les gestes osseux (ostéotomies) ne
sont jamais indiqués en urgence, mais justifiés à la phase chronique,
notamment en cas de varus associé.
La rééducation doit être entreprise d’emblée, en entretenant un flexum de 15° le premier mois postopératoire.
Il faut proscrire dans
ce type de lésion une plastie antéroexterne de renfort de type
Lemaire (déstabilisation des formations externes).
En bref : le traitement fonctionnel des ruptures partielles du LCA est indiqué, avec une rééducation semblable à celle d’une
ligamentoplastie.
Les ruptures complètes isolées sont traitées
initialement fonctionnellement.
Il n’y a pas de place pour les sutures
avec ou sans plastie d’addition.
La ligamentoplastie réalisée le plus
souvent secondairement chez les patients jeunes et actifs se discute
d’emblée chez les sportifs de haut niveau, et en cas de lésion
méniscale associée ou de triade antéro-interne.
Les indications
chirurgicales formelles sont les entorses antéroexternes
rétroligamentaires (ligamentoplastie et réparation périphérique), la
présence d’une anse de seau méniscale (ligamentoplastie et suture
méniscale), les fractures de la surface préspinale déplacées (laçage),
un battant de cloche du LCA (arthrolyse ± ligamentoplastie).
E - LÉSIONS ISOLÉES DU LIGAMENT LATÉRAL INTERNE
:
1- Traitement orthopédique :
Un traitement fonctionnel est institué pour les lésions isolées de
premier degré.
Il consiste en une mobilisation précoce avec
appui autorisé, associée à un traitement médical (antalgiques, antiinflammatoires
et glaçage).
L’immobilisation sera de courte durée, à
titre antalgique.
Les lésions isolées de deuxième et troisième degrés de même que
les avulsions osseuses avec peu de déplacement sont immobilisées
dans une attelle cruromalléolaire pendant 6 semaines, avec appui
autorisé et mobilisation précoce sans contrainte dans le plan
frontal.
Le traitement orthopédique est donc indiqué dans les lésions
interstitielles isolées, quels que soit leur stade et les lésions jonctionnelles non déplacées.
2- Traitement chirurgical :
Le traitement chirurgical ne se discute, pour les lésions stade 3
(suture par des points simples, en U, en X, ou en paletot) que s’il
existe une rupture du pivot central, et d’autant plus s’il existe une
lésion associée du PAPI.
Les sutures renforcées par une plastie de
type Kirchmayr-Kessler (points simples et points en cadre), une
plastie au semitendinosus (Bosworth), ou au tendon rotulien
(slocum) n’ont pas de place dans les lésions aiguës.
Les lésions jonctionnelles déplacées sont traitées par ostéosynthèse
du fragment osseux (vis, agrafes).
Les avulsions ligamentaires sont
réinsérées par des points transosseux, des ancres, ou des vissages
avec rondelle.
En bref : hormis les lésions jonctionnelles avec avulsion osseuse
déplacée,
Il n’y a pas d’indication chirurgicale dans les lésions
isolées du LLI.
Le traitement fonctionnel consiste en une
mobilisation précoce avec appui, et une immobilisation temporaire
de 4 à 6 semaines entre les séances de rééducation.
Il est capital de
ne pas méconnaître des lésions associées notamment du pivot
central.
F - LÉSIONS ISOLÉES DES FORMATIONS EXTERNES
:
Les lésions isolées du ligament latéral externe n’existent pas.
Les
lésions associées des formations postéroexternes doivent être
recherchées attentivement. Celles-ci peuvent exister de façon isolée.
Les examens complémentaires, avec notamment l’IRM, ont ici un
rôle diagnostique essentiel.
Il faut s’attacher également à rechercher
des lésions associées du pivot central.
Le traitement des lésions postéroexternes est chirurgical.
G - LÉSIONS ISOLÉES DU LCP :
1- Fractures de la surface rétrospinale
:
Les fractures non déplacées sont traitées orthopédiquement par
plâtre cruromalléolaire en extension 45 jours.
Les fractures déplacées
doivent être opérées, en réalisant une ostéosynthèse directe par voie
postérieure de Trickey.
On réalise un vissage si le fragment est
volumineux, sinon un agrafage ou une suture transosseuse.
Le
résultat peut être imparfait du fait de la déformation plastique du
ligament, ainsi que de la présence de lésions étagées méconnues
nécessitant la fixation du fragment osseux plus bas.
L’essentiel
est de ne pas méconnaître ce type de lésion, notamment dans le
cadre d’un polytraumatisme.
2- Avulsion au plafond
:
L’IRM permet actuellement de localiser le site de la rupture dans le
cadre d’une laxité postérieure récente du genou, sans avoir recours
à l’arthroscopie, qui doit être pratiquée uniquement pour le
traitement des lésions méniscales associées (10 % des cas), ou
pour la reconstruction ligamentaire.
Les avulsions au plafond sont réinsérées par des points transosseux.
Cette réinsertion doit être associée à un renfort comme pour les
lésions intraligamentaires, car les sutures isolées aboutissent à un
échec anatomique.
3- Ruptures intraligamentaires
:
Le traitement chirurgical comprend une suture associée à un renfort
biologique (tendon rotulien, tendon quadricipital, tendons de la
patte d’oie), ou synthétique.
L’olécranisation de la rotule
proposée par Grammont peut être source de douleurs
fémoropatellaires résiduelles, elle permet une rééducation entre
30 et 70°.
L’immobilisation en extension permet un bon contrôle de
la translation postérieure, mais expose au risque de rotule basse.
4- Indications :
Les fractures déplacées de la surface rétrospinale doivent être
ostéosynthésées, alors que les fractures non déplacées sont traitées
orthopédiquement.
Les ruptures partielles du LCP (grades 1 et 2) sont traitées de façon
fonctionnelle (appui partiel, renforcement du quadriceps, reprise des
activités sportives à 1 mois).
Ce traitement donne 80 % de
satisfaction chez des athlètes.
Le taux de satisfaction serait corrélé
à la récupération du quadriceps femoris.
Le traitement orthopédique (grade 3) comprend une immobilisation
en extension complète pendant 1 mois afin de réduire la translation
postérieure, une reprise progressive de l’appui après la
2e semaine. Le sport est repris au 3e mois.
La rééducation est
entreprise d’emblée, avec travail isométrique en extension du
quadriceps femoris, mobilisation en décubitus ventral (0-60°) afin
de supprimer les contraintes postérieures dues à la pesanteur.
L’incertitude concerne les ruptures par avulsion au plafond et les
ruptures intraligamentaires complètes (grade 3).
Les facteurs
influençant la décision sont l’âge, les ambitions sportives du patient,
le délai par rapport au traumatisme et l’existence de lésions
périphériques associées.
Le traitement orthopédique doit être envisagé après 35 ans.
Avant
35 ans, le traitement chirurgical est licite chez le sportif compétiteur.
Cependant, un traitement orthopédique peut être entrepris avec un
très bon résultat le plus souvent, et la possibilité de réaliser
une chirurgie secondaire en cas de laxité postérieure clinique
symptomatique, donnant cependant de moins bons résultats.
La
phase d’adaptation fonctionnelle pour une laxité postérieure isolée
dure entre 3 et 18 mois, puis fait place à une phase de tolérance
fonctionnelle qui dure environ 15 ans, pour faire place à l’arthrose.
Ainsi, la tolérance fonctionnelle après traitement orthopédique ne
doit pas être évaluée trop précocement.
En cas de laxité postéroexterne, la tolérance fonctionnelle est beaucoup moins bonne
et évolue plus rapidement vers l’arthrose.
La chirurgie à la phase aiguë doit être conduite le plus tôt possible
après le traumatisme.
La présence d’un polytraumatisme ou de
lésions cutanées oriente parfois vers un traitement orthopédique
exclusif.
La présence de lésions périphériques est une indication à la
réparation aiguë, du fait de la difficulté que posent les laxités
périphériques à la phase chronique.
En bref : les fractures déplacées de la surface rétrospinale doivent
être opérées.
En cas de rupture complète intraligamentaire du LCP
chez les patients jeunes et actifs, la ligamentoplastie d’emblée doit
être discutée, car elle donne de meilleurs résultats qu’à la phase
chronique.
Le traitement fonctionnel des ruptures isolées du LCP
doit obéir à un protocole précis de rééducation.
Le résultat est le
plus souvent favorable mais imprévisible.
Les lésions intraligamentaires complètes chez les sportifs de haut niveau sont le
plus souvent traitées par suture associée à une ligamentoplastie de
renforcement.
H - TRIADES POSTÉRIEURES :
La réparation du LCP dans les triades postéro-internes permet la
cicatrisation du plan interne.
Hormis les désinsertions avec
avulsions osseuses qui doivent être réinsérées, la suture primaire
des formations internes n’est pas indispensable.
Les triades postéro-postéro-externes, plus fréquentes, répondent
mal au traitement orthopédique (immobilisation en extension,
broche d’olécranisation), laissant constamment persister une
instabilité chronique invalidante.
Un geste isolé sur le LCP conduira à une surcharge et une distension
de celui-ci si l’on ne répare pas les formations externes.
La réparation du LCP corrige le tiroir postérieur et doit précéder les
gestes périphériques.
L’arthroscopie sous pression contrôlée permet
l’exploration des lésions externes et des ménisques, ainsi que le
traitement éventuel des lésions méniscales.
Les gestes externes sont
les mêmes que ceux décrits dans le cadre des pentades et luxations.
Les ruptures intraligamentaires sont traitées par suture directe.
Les
cas les plus favorables représentent les avulsions osseuses qui sont
vissées, agrafées, ou réinsérées par ancres.
Le recours à des plasties
au biceps, au fascia lata, afin de reconstituer le LLE est
exceptionnel à la phase aiguë. Il n’y pas de place à ce stade pour les
ostéotomies.
I - LUXATIONS DU GENOU
:
La prise en charge doit répondre à des priorités qui sont le dépistage
et la prise en charge des complications, et doit également répondre
aux objectifs concernant le traitement des lésions ligamentaires
proprement dites.
1- Traitement en urgence
:
La recherche de complications immédiates, notamment vasculaires
(pédicule poplité) est fondamentale, et va déterminer l’arbre
décisionnel en urgence du patient. Cette prise en charge est
multidisciplinaire entre chirurgiens orthopédiste et vasculaire d’une
part, et médecin radiologue d’autre part.
Après réduction par manoeuvres externes et contention du membre,
la prise des pouls tibial postérieur et pédieux est impérative.
L’existence d’un syndrome hémorragique (extériorisé dans les
lésions exposées, ou sous forme d’hématome), ou ischémique
complet (associant douleur, pâleur, paralysie, absence de pouls), ou
partiel (tétrade de Griffith incomplète) du membre inférieur doit
conduire à la réalisation d’une artériographie sans délai sur table au
bloc opératoire.
L’artériographie, systématique, est réalisée
dans le service de radiologie en cas de tableau clinique douteux ou d’un examen vasculaire normal.
Elle permet de dépister des lésions intimales initialement asymptomatiques. L’angio-IRM, permettant
de réaliser un bilan complet vasculaire et ligamentaire, n’est
malheureusement que très rarement disponible en urgence.
Le traitement des lésions vasculaires doit primer sur les autres
traitements, et doit être entrepris dès la luxation réduite.
La
stabilisation est assurée par une broche d’olécranisation ou par un
fixateur externe si la luxation est exposée.
La suture ou le pontage
vasculaire sont suivis d’une quadruple aponévrotomie.
Un traitement chirurgical en urgence doit être conduit également en
cas d’irréductibilité (surtout luxations postérieures), d’incoercibilité,
ou de luxation exposée.
Les ruptures de l’appareil extenseur et les fractures articulaires
représentent des urgences différées.
En cas de luxation « simple » du genou, le traitement orthopédique
isolé en urgence est recommandé par certaines équipes.
2- Traitement des complications
:
La présence d’une ou de plusieurs complications implique leur
traitement en urgence.
* Luxation irréductible :
En cas de luxation postérieure, l’effraction du condyle interne à
travers la capsule antéro-interne rend toute réduction par
manoeuvres externes impossible.
L’abord chirurgical et
l’ouverture de la capsule sont alors indispensables à la réduction.
* Rupture de l’appareil extenseur
:
Le traitement chirurgical est impératif. Les fractures de rotule sont ostéosynthésées.
Une réinsertion transosseuse du tendon
quadricipital ou du ligament patellaire est nécessaire en cas
d’avulsion. Une fracture-arrachement de la tubérosité tibiale
antérieure nécessite une fixation par vis ou agrafes.
Les ruptures
interstitielles du ligament patellaire sont traitées par suture directe
et renforcement, à l’aide de matériel résorbable plutôt que de
cadrage métallique.
* Fractures articulaires :
La réduction, du fait du potentiel arthrosique surajouté par les
lésions ligamentaires, doit être la plus anatomique possible.
* Ouverture cutanée :
La fermeture cutanée doit être réalisée après lavage abondant et
mise en place d’un drainage.
Elle ne pose en principe pas de
problème.
* Complications neurologiques :
Elles comprennent les atteintes des nerfs sciatiques poplités interne
(SPI) et externe (SPE).
Elles doivent être traitées secondairement
après un délai de 3 mois environ, par réalisation de greffes
nerveuses.
La récupération peut être tardive, jusqu’à 2 ans après
la réparation chirurgicale.
La réparation chirurgicale du SPE est
contre-indiquée en cas de déficit de la flexion dorsale du pied
(indication d’arthrodèse) ou de lésion vasculaire initiale (indication
de transfert tendineux).
En cas d’atteinte des deux troncs nerveux et
d’une dévascularisation de la jambe, une amputation peut être
indiquée.
3- Traitement des lésions ligamentaires
:
* Pivot central :
La rupture du ligament croisé postérieur implique une modification
du centre de rotation du genou à partir de 30° de flexion (translation
tibiale postérieure), empêchant la cicatrisation en bonne position des
formations périphériques.
La réparation du ligament croisé postérieur est la seule indiquée
pour ces lésions bicroisées, et obéit aux mêmes principes que la
rupture isolée du LCP.
On situe le point d’équilibre antéropostérieur
par l’alignement plateau interne et condyle interne.
La réparation
du LCA doit se discuter uniquement s’il existe une fracture de la
surface préspinale.
Dans les autres cas, s’il existe une laxité
antérieure chronique, une instabilité importante et gênante chez un
sujet jeune, une plastie du ligament croisé antérieur peut être
proposée.
Le tableau clinique à la phase chronique est cependant
dominé par la douleur plus que par l’instabilité.
À noter qu’une broche d’olécranisation n’est pas efficace dans le
cadre des luxations antérieures (pas de frein à la translation
antérieure), et il faut savoir utiliser dans ce cas une broche
fémorotibiale.
* Formations périphériques :
À partir du moment où le ligament croisé postérieur est réparé et
que la position d’équilibre est trouvée, la cicatrisation des formations
périphériques peut se produire en bonne position.
Pour les lésions par décollement, il y a peu de laxité après réduction,
contrairement aux lésions par bâillement qui s’accompagnent d’une
solution de continuité ligamentaire.
Les arrachements osseux doivent être refixés (vis, ancres, agrafes,
haubans).
Les lésions intraligamentaires sont suturées par
affrontement. L’interposition du faisceau profond du LLI est une
indication chirurgicale.
Les plasties ligamentaires périphériques ne
sont pas réalisées en urgence.
Il faut reconstruire en priorité le LLE et le point d’angle
postéroexterne et réinsérer, en cas de lésion, le popliteus, le biceps
femoris, voire le fascia lata car le traitement au stade chronique
donne de mauvais résultats.
Une plastie au biceps femoris peut
exceptionnellement être réalisée en cas de dilacération du LLE.
Si l’on décide un traitement orthopédique exclusif recommandé par
certaines équipes, le membre doit être immobilisé en flexion en
cas de luxation antérieure, et en extension en cas de luxation
postérieure.
Le traitement chirurgical (hormis le traitement en urgence des
complications), s’il est décidé, doit être fait rapidement sous peine
de voir apparaître un oedème important ainsi que des complications
thromboemboliques faisant différer l’intervention.
Les radiographies après traitement orthopédique ou chirurgical
doivent montrer une bonne congruence articulaire, l’absence de
bâillement interne ou externe, et une correction de la translation
postérieure de profil.
En bref : la luxation du genou est une urgence chirurgicale.
La
fréquence des lésions vasculaires impose un examen clinique
rigoureux après réduction, ainsi qu’une artériographie systématique.
La prise en charge des lésions vasculaires est une priorité absolue.
Certaines situations imposent un geste orthopédique en urgence
(irréductibilité, incoercibilité, ouverture cutanée), ou différé (fracture
articulaire, rupture de l’appareil extenseur).
Dans les autres cas, la
réparation du LCP ainsi que des lésions périphériques doit être
envisagée.
La prise en charge chirurgicale nécessite des mains
expertes dans la chirurgie du genou, et doit être mise en balance
avec le traitement orthopédique prôné par certaines équipes.
J - LÉSIONS LIGAMENTAIRES DE L’ENFANT
:
1- Fracture-avulsion du massif des épines tibiales
:
Les fractures de stade I (non déplacées) sont traitées orthopédiquement par un plâtre en flexion à 20° pendant 6
semaines.
Certaines équipes entreprennent la mobilisation d’emblée,
avec des risques de déplacement secondaire et de pseudarthrose
inutiles, car il n’y a en principe pas de raideur séquellaire chez
l’enfant après ce type de lésion.
Les fractures de stade II (bec de
canard) sont immobilisées en hyperextension.
On réalise sous
anesthésie une évacuation de l’hémarthrose, une réduction en hyperextension sous amplificateur de brillance (réduction par le toit
de l’échancrure).
Le traitement chirurgical est indiqué si la réduction n’est pas
anatomique, ou si la fracture n’est pas réductible du fait d’une
incarcération de la corne antérieure du ménisque interne.
Le
traitement chirurgical dans les stades II est indiqué par certaines
équipes, afin de retendre le LCA qui subit une distension
intraligamentaire préfracturaire pendant l’accident.
La tendance
actuelle est d’opérer toutes les fractures déplacées.
Ceci permet un
bilan articulaire complet (arthroscopie) et une retension du LCA
(creusement d’une logette).
Les fractures de stades III et IV doivent être réinsérées.
On réalise le
plus souvent un laçage au fil métallique transphysaire par
arthrotomie ou sous arthroscopie, à l’aide de viseurs. Le
risque d’épiphysiodèse est très faible avec cette technique.
Certains
réalisent une réinsertion par broches pour éviter de transfixier la
plaque épiphysaire.
2- Rupture intraligamentaire :
Le traitement fonctionnel attentiste de ces lésions prévalait il y a
quelques années du fait de la bonne tolérance fonctionnelle, et de la
rareté des évaluations objectives de la laxité résiduelle.
Depuis
l’évaluation précise de la laxité montrant l’importance de la laxité
résiduelle, ainsi que le nombre de lésions méniscales et
cartilagineuses secondaires, l’attitude est résolument plus
chirurgicale.
Cette attitude se défend d’autant plus que l’activité des
enfants est difficile à contrôler, et que les accidents d’instabilité sont
en fait fréquents.
Les ruptures partielles doivent être traitées de façon fonctionnelle,
avec une courte période d’immobilisation, puis une reprise des
activités sportives sans orthèse.
Il faut avertir les patients de
l’évolution possible vers une rupture complète, et revoir l’enfant
après un épisode d’instabilité.
En cas de rupture complète, le traitement fonctionnel comprend le
port d’une orthèse lors du sport, en interdisant les sports avec pivot
et contact.
Les sutures chirurgicales sont décevantes et ne sont plus indiquées
actuellement, de même que les plasties extra-articulaires isolées.
Les enfants ayant moins de 1 cm de croissance résiduelle sont
traités comme les adultes.
Lorsqu’il y a plus de 1 cm de croissance
résiduelle, on peut réaliser des techniques transphysaires avec des
transplants plus isométriques, mais avec un risque d’épiphysiodèse
secondaire.
Ces techniques doivent utiliser des tunnels de moins de
8 mm de diamètre (patte d’oie, fascia lata), éviter les transplants
avec baguette osseuse et la fixation par vis d’interférence.
Les
procédés extraphysaires peuvent également troubler la
croissance (dégât de la virole périchondrale).
Le technique
« tomato stake » de Bergfeld utilisant le tendon rotulien respecte la
plaque de croissance mais, comme la technique de Clocheville, n’est
pas isométrique.
L’attitude thérapeutique doit être plus chirurgicale face aux ruptures intraligamentaires du LCA chez l’enfant.
La ligamentoplastie en
urgence différée doit se discuter en présence de lésions méniscales.
Elle est suivie d’une immobilisation plâtrée.
S’il s’agit d’une
désinsertion périphérique de la corne postérieure du ménisque
interne, l’attitude peut être attentiste, étant donné le potentiel de
cicatrisation.
En cas de désinsertion plus étendue, l’option
chirurgicale (ligamentoplastie et suture méniscale) doit être
retenue.
En l’absence de lésion méniscale, un traitement
fonctionnel d’attente est débuté, la ligamentoplastie doit être
discutée secondairement, en cas d’accidents d’instabilité ou de laxité
supérieure à 8-9 mm.
En bref : les fractures des épines tibiales de stade II avec une
réduction non anatomique en extension, et les fractures de stades III
et IV doivent être traitées par laçage.
Les ruptures intraligamentaires avec un potentiel de croissance de
moins de 1 cm seront traitées comme chez l’adulte.
S’il existe plus
de 1 cm de potentiel de croissance, la présence d’une lésion
méniscale étendue nécessite une ligamentoplastie intra-articulaire
associée à une suture méniscale en urgence différée.
Conclusion
:
Rationalité, sens des priorités et sagesse doivent être quelques principes
pour la prise en charge des lésions ligamentaires récentes du genou.
Rationalité, car la prise en charge, quel que soit le tableau clinique, doit
comprendre un examen clinique complet, systématique, qui sous-entend
une parfaite connaissance de l’anatomie, des mécanismes et des
associations lésionnelles possibles.
Un bilan radiographique minimum
doit toujours être réalisé, les autres examens paracliniques, avec au
premier plan l’IRM, sont demandés selon les cas.
Sens des priorités, car certains tests cliniques sont essentiels.
Ils
permettent de dépister des complications vasculonerveuses dans le
cadre des lésions complexes (pentades et luxations), ou de tester des
structures ligamentaires spécifiques qui impliquent un geste chirurgical
à la phase aiguë.
Sagesse, car il vaut mieux entreprendre un traitement orthopédique
temporaire ou définitif bien conduit, ou savoir différer une intervention,
plutôt que de réaliser un geste chirurgical imparfait pouvant aggraver
les lésions initiales.
Cette sagesse ne doit pas faire oublier que certaines
lésions doivent être traitées orthopédiquement, alors que d’autres
représentent des indications chirurgicales formelles.
L’analyse clinique et paraclinique initiale, l’évaluation des différents
résultats et notamment des échecs, doivent permettre d’affiner les
indications et les méthodes thérapeutiques, afin d’améliorer le pronostic
et l’évolution de ces lésions.