Lavage bronchoalvéolaire d'exploration
Cours de pneumologie
Introduction
:
Le LBA constitue un moyen peu invasif d’exploration du poumon distal,
permettant le recueil du matériel cellulaire libre et du matériel acellulaire
présents dans l’alvéole.
On estime à 1-3 % du volume pulmonaire et à
1 million d’alvéoles environ le territoire exploré par un LBA classique.
Cet examen a transformé l’abord diagnostique d’un certain nombre d’affections
pulmonaires, permettant ainsi fréquemment de surseoir aux biopsies à thorax
ouvert.
Cette contribution porte essentiellement sur le diagnostic des
infections, en particulier opportunistes.
D’un autre côté, la diversité des types
cellulaires accessibles au LBA étant relativement restreinte, il est clair
qu’aucun profil cytologique ne peut être considéré comme spécifique, à
l’exception des cas où le LBA retrouve des cellules anormales.
De ce fait,
l’intérêt s’est porté vers la caractérisation phénotypique et fonctionnelle de
ces populations cellulaires.
À l’heure actuelle, la plupart des études
fournissent des données plus physiopathologiques que diagnostiques.
Il est
concevable cependant que la caractérisation de la spécificité antigénique des
cellules immunocompétentes alvéolaires puisse un jour comporter une valeur
diagnostique, comme par exemple dans les pneumopathies au béryllium.
De
même, l’étude d’un certain nombre de fonctions cellulaires au cours d’une
pneumopathie permettra peut-être d’en établir les caractéristiques évolutives,
et éventuellement d’en déduire des indices pronostiques.
Réalisation pratique du
lavage bronchoalvéolaire :
Le LBA est réalisé au cours de la fibroscopie bronchique, dont le premier
temps est l’appréciation macroscopique endobronchique, qui peut parfois
contre-indiquer le lavage (présence de pus en grande quantité).
L’anesthésie locale repose sur l’emploi de la lidocaïne, en spray pour les voies aériennes
supérieures et en instillation directe par le canal du fibroscope pour la trachée,
la carène et les bronches.
Tout surplus sera réaspiré avant la pratique du LBA
pour faciliter sa réalisation et conserver une viabilité maximale des cellules
alvéolaires récupérées.
Le LBA peut être, si nécessaire, réalisé sous anesthésie
générale, voire au cours d’une ventilation assistée.
Pour une récupération
optimale du liquide, le fibroscope doit être placé dans une bronche soussegmentaire
permettant d’occlure la lumière bronchique.
A - Incidents, contre-indications
:
Le LBA est un examen en règle dénué de risque.
Une prémédication par
atropine peut être proposée, évitant les réactions vagales et réduisant les
sécrétions bronchiques.
Les effets secondaires sont mineurs, à savoir fièvre et
frissons survenant quelques heures après le LBA, bien prévenus par l’emploi
d’antipyrétiques.
Une chute de la PaO2 (pression partielle en oxygène du sang
artériel) de 5 à 10mm de mercure est usuelle, nécessitant chez les patients
hypoxémiques de pratiquer l’examen sous oxygénothérapie et sous
surveillance constante de la saturation oxygénée.
Les contre-indications
classiques du LBA, que constituent un volume expiratoire maximal seconde
(VEMS) inférieur à 1 000 mL, une PaO2 inférieure à 60 mm de mercure, un
antécédent d’infarctus du myocarde récent, d’angor instable ou d’insuffisance
cardiaque, doivent être nuancées en fonction du risque relatif lié à cet examen
par rapport au bénéfice escompté.
Il n’existe pas de contre-indication absolue
à le réaliser chez les patients présentant une hyperréactivité bronchique ; il
est alors recommandé de pratiquer cet examen sous couvert de l’utilisation
d’un bronchodilatateur inhalé.
Le LBAentraîne une réduction transitoire des
paramètres ventilatoires ainsi qu’un infiltrat alvéolaire visible sur la
radiographie pulmonaire standard et la tomodensitométrie (TDM), et qui peut
persister de 48 à 72 heures après l’examen.
Ceci souligne la nécessité de
réaliser ces examens préalablement au LBA pour ne pas en modifier
l’interprétation.
B - Site du lavage :
Chez le sujet normal, il existe une bonne corrélation entre les données
cellulaires obtenues à partir des différents lobes.
Dans les pathologies
interstitielles diffuses avec répartition relativement homogène des anomalies
radiologiques, il est recommandé de pratiquer le LBAdans le lobe moyen car
le rendement y est optimal.
Quand les anomalies sont inhomogènes, le site du LBA dépend des objectifs du clinicien.
Lorsque le problème est
l’identification d’une pathologie tumorale ou infectieuse, il est impératif de
pratiquer le lavage au site des anomalies maximales.
En revanche, lorsqu’il
s’agit de caractériser le profil cellulaire alvéolaire, d’une fibrose pulmonaire
par exemple, afin d’en tirer si possible des arguments pronostiques, il est
souhaitable de réaliser le LBA dans les zones où les lésions ne semblent pas
irréversibles.
L’apport de la TDM est ici essentiel, guidant le LBA vers les
zones dites en « verre dépoli », sièges de l’alvéolite inflammatoire.
C - Technique du lavage bronchoalvéolaire :
Le liquide instillé est du sérum physiologique stérile, réchauffé idéalement à
37 °C, ce qui en assure une meilleure tolérance. Un volume total de 150 à
300 mL doit être instillé afin d’en récupérer 50 à 60 % au moins, soit un
minimum de 100 mL, nécessaires à une interprétation correcte des données
cellulaires.
Ce volume sera instillé par fractions successives de 40 à 60 mL
qui seront récupérées au fur et à mesure par aspiration douce pour limiter le
risque de collapsus bronchique et d’hémorragie traumatique.
La récupération
se fait au mieux dans un flacon siliconé posé sur de la glace pour éviter
l’adhérence des macrophages aux parois.
Le lavage doit être transporté dans les meilleurs délais au laboratoire où sera
réalisé l’examen, en sachant que si l’analyse cytologique peut souffrir un délai
de 24 heures si le liquide est conservé à 4 °C, la mise en évidence de virus
(Cytomégalovirus [CMV], herpès) ne sera, elle, possible que sur un liquide
mis en culture immédiatement.
Au laboratoire
:
A - Techniques de routine
:
L’aspect macroscopique du liquide est consigné par écrit : aspect
hémorragique ou lactescent (protéinose alvéolaire).
Le volume total du
liquide récupéré doit être mesuré, puis ce dernier est homogénéisé par
agitation douce et filtré à travers une compresse stérile afin d’éliminer le
mucus, sauf lorsque l’on suspecte une pneumocystose ou une pathologie
tumorale (pour les raisons que nous détaillerons ultérieurement).
Les cellules
sont ensuite comptées à l’aide d’un hémocytomètre qui permet d’apprécier la
densité cellulaire et la répartition entre grandes cellules (macrophages) et
petites cellules (lymphocytes, polynucléaires mais aussi petits macrophages),
mais qui ne permet pas de distinguer clairement leur nature.
Des pastilles de cytocentrifugation sont ensuite réalisées avec
de 1 à 2·105
cellules par lame, permettant d’établir la formule cellulaire
différentielle après coloration appropriée, par comptage d’un
minimum de 500 cellules.
Ce résultat peut être
habituellement obtenu en 1 heure environ, en fonction des différentes
techniques de coloration utilisées.
La coloration de Diff-Quick est une
technique rapide qui doit toujours être confirmée par celle de May-Grünwald-
Giemsa (MGG) en raison de sa meilleure fiabilité.
Un certain nombre de
lames non colorées, séchées à l’air ou fixées, doivent être conservées à
température ambiante pour colorations ultérieures si nécessaire, en sachant
que de la technique de fixation peuvent dépendre des modifications de la
formule cellulaire.
Enfin, des lames pourront être congelées à -20 °C en
prévision d’éventuels immunomarquages, et le culot cellulaire pourra être
fixé et inclus en paraffine pour permettre des études ultérieures sur coupes
sériées (colorations spéciales, immunohistochimie, hybridation in situ).
Dès
que les cellules nécessaires au comptage ont été prélevées, cellules et
surnageant doivent être immédiatement séparés par centrifugation afin
d’éviter tout risque d’interaction entre ces différents éléments (relargage de
médiateurs par les cellules, par exemple) et d’en permettre l’analyse de
manière fiable.
B - Colorations spéciales
:
Elles sont réalisées en fonction du contexte clinique sur la pastille de cytocentrifugation ou sur le culot cellulaire inclus en paraffine.
Cette dernière
technique s’applique particulièrement à la recherche de cellules à inclusions
virales ou de cellules tumorales, ainsi qu’aux études immunocytochimiques,
en pleine expansion.
Les principales colorations utilisables sont rapportées dans les paragraphes
correspondant aux différentes pathologies considérées.
C - Études phénotypiques :
Elles permettent d’identifier en routine les populations lymphocytaires
alvéolaires et leurs différentes sous-populations en détectant les protéines
membranaires qui les caractérisent.
La fixation de l’anticorps spécifique est
révélée par différentes méthodes, immunochimiques ou immunofluorescentes.
Cette étape utilise soit un microscope optique pour les
techniques d’immunochimie, soit un microscope équipé pour la fluorescence,
soit plus couramment de nos jours un cytofluoromètre.
Ces techniques ont été largement développées pour l’identification des
populations lymphocytaires B (CD19, CD20, CD79a, immunoglobulines
membranaires), T (CD3) et de leurs sous-populations CD4 et CD8
habituellement mutuellement exclusives, voire NK (natural killer) (CD56,
CD57, CD16).
Par ailleurs, un certain nombre de marqueurs d’activation T
ont été plus récemment caractérisés et classés en CD69 (très précoces), CD25
(chaîne alpha du récepteur de l’interleukine 2 [IL2]) et CD27 (précoces), HLA-DR (tardifs) et VLA-1 (très tardifs), en fonction de leur expression
chronologique au cours de l’activation cellulaire. D’une manière plus
générale, les lymphocytes T-CD4+ sont classés en CD45+, dits « naïfs », et
CD29+, dits « mémoires ».
D’autres phénotypes sont habituellement associés
à des fonctions.
Ainsi, parmi les lymphocytes CD8, classiquement
suppresseurs/cytotoxiques, les CD8+ CD11b+ seraient suppresseurs, et les
CD8+ CD28+ cytotoxiques.
Enfin, sortant du cadre diagnostique mais fort
utile aux études physiopathogéniques, on peut utiliser la caractérisation
phénotypique des molécules d’adhésion présentes à la surface des leucocytes
et gouvernant en partie le trafic cellulaire dans le poumon (LFA-1,
CD11a/CD18 et CD11c/CD18 en particulier).
D’introduction plus récente, l’étude phénotypique des récepteurs T et B
permet, dans certains cas, d’affirmer la mono- ou l’oligoclonalité d’une
population lymphocytaire retrouvée au LBA.
Cela peut comporter un intérêt
diagnostique majeur en cas de population monoclonale B par exemple,
argument de poids à l’appui d’un diagnostic de lymphome pulmonaire.
L’intérêt de la recherche d’une clonalité du récepteur T est d’ordre plutôt
physiopathologique dans l’étude du répertoire antigénique de ces cellules.
D - Études moléculaires :
Elles visent à mettre en évidence des réarrangements géniques au niveau de
l’ADN codant pour les récepteurs T et B, en utilisant des sondes marquées
spécifiques des séquences recherchées.
Là encore, la démonstration d’une
population lymphocytaire monoclonale B au sein du LBA constitue un
argument de poids en faveur d’un lymphome pulmonaire dans un contexte
radioclinique compatible.
De la même manière, si l’analyse moléculaire
du récepteur des lymphocytes T alvéolaires peut être utile à de rares
diagnostics, elle s’applique surtout à certaines problématiques de
recherche.
E - Microscopie électronique :
Cette technique a été largement supplantée par les méthodes immunohistochimiques, en particulier pour la granulomatose pulmonaire à
cellules de Langerhans (histiocytose X), qui en était encore l’indication de
choix il y a quelques années.
L’étude ultrastructurale n’est jamais réalisée en
routine et n’est effectuée que dans des centres très spécialisés car elle
demande, tant pour la technique que pour l’analyse des résultats, un temps et
une expérience considérables.
De plus, contrairement à l’analyse en
microscopie optique, elle ne permet d’analyser qu’un tout petit contingent
cellulaire du fait de la petite taille des échantillons pouvant être déposés sur
les grilles d’analyse.
Quoi qu’il en soit, cette étude demeure intéressante pour
la confirmation, par exemple d’une histiocytose X, par la mise en évidence de
« corps X » dont un premier dépistage est toujours réalisé par le marquage en
immunohistochimie des cellules alvéolaires par l’anticorps anti-CD1a.
La
microscopie électronique peut être également utile à l’identification de
certaines populations cellulaires comme les pneumocytes II, ou les cellules
neuroendocrines dans le cadre de la pathologie tumorale, ainsi qu’à la
caractérisation de matériel intracellulaire, dans les thésaurismoses, ou
extracellulaire, comme dans la protéinose alvéolaire.
Dans tous les cas, si l’indication en est posée, un culot cellulaire d’au moins
5·106 cellules devra être fixé dans le glutaraldéhyde, postfixé, déshydraté, puis
inclus en résine.
F - Minéralogie
:
Compte tenu de la lourdeur d’une analyse minéralogique complète, celle-ci
ne saurait être ni systématique ni exhaustive ; elle ne sera réalisée que sur des
arguments précis, après détermination par un interrogatoire rigoureux du type
de l’exposition potentielle.
Un minéral se définit à la fois par sa structure
cristalline et sa composition chimique, aussi l’analyse minéralogique
nécessite-t-elle d’adresser à un laboratoire spécialisé (Laboratoire d’étude des
particules inhalées), parallèlement au laboratoire d’anatomopathologie, au
moins 20 mL de LBA non filtré sur formol dépoussiéré. Le deuxième aliquot
du LBA apparaît le plus rentable pour cette analyse.
L’examen en microscopie optique du culot cellulaire de LBA inclus en
paraffine reste la méthode la plus utilisée en routine pour repérer les
poussières minérales.
Il ne caractérise cependant que les grosses particules,
en particulier les corps ferrugineux ou pseudoferrugineux intramacrophagiques
orientant dès leur aspect vers une nature asbestosique ou
non.
Les corps ferrugineux, de forme régulière, segmentés, avec une fibre
centrale fine transparente, fibre d’amiante dans 95 %des cas, correspondent à
des corps asbestosiques (CA).
Les corps pseudoferrugineux sont formés sur
d’autres fibres plus fines ou irrégulières correspondant à du talc, des fibres de
verre, du kaolin, du charbon.
L’observation de particules inertes libres intramacrophagiques hautement réfringentes suggère une exposition à des
particules telles que la silice, le charbon, les métaux durs, l’aluminium ou les
alliages utilisés en dentisterie.
L’analyse minéralogique : en routine clinique, lorsque des particules
empoussiérées sont observées en microscopie optique, l’interrogatoire du
patient est souvent suffisant pour préciser l’histoire de l’exposition.
Dans les
cas sans exposition retrouvée ou pour clarifier la situation des cas d’exposition
mixte, souvent à des fins médicolégales, une analyse minéralogique beaucoup
plus longue et délicate s’impose.
L’aliquot de LBA frais est traité avec un
volume égal d’hypochlorite de sodium pour digérer la matière organique, puis
filtré, permettant d’obtenir un échantillon de particules minérales
représentatif de la charge endoalvéolaire, et de fournir des résultats
quantitatifs.
L’échantillon peut être analysé directement (par dosage d’un
élément chimique) ou reconcentré par centrifugation ou par microfiltration
sur une membrane compatible avec la méthode analytique choisie.
La
microscopie électronique couplée à la spectrométrie dispersive en énergie des
rayons X avec étude de la microdiffraction permet d’associer à l’examen
morphologique l’analyse chimique élémentaire, particule par particule.
L’analyse des fibres nues ou de la partie centrale des corps ferrugineux peut
être ainsi faite en analysant simultanément les éléments dont le numéro
atomique est supérieur à 8.
Ces techniques couplées permettent également
l’analyse de particules non fibreuses (talc, silice, métaux durs).
L’analyse de
l’activation des neutrons, technique très spécifique mais très lourde, est
spécialement utilisée dans la détection de traces de métaux durs dans la phase
acellulaire du LBA (tungstène, tantale, cobalt).
L’analyse quantitative des CA dans le LBA est hautement corrélée à la
quantification tissulaire obtenue par biopsie.
Il a pu être établi par exemple
qu’une charge de 1 CA/mL de lavage était tout à fait prédictive d’une
concentration supérieure à 1 000 CA/g de tissu sec.
Cependant, la mise en
évidence de particules minérales dans le poumon témoigne de la réalité d’une
exposition à ces contaminants mais n’est pas synonyme de pathologie
environnementale.
Cette mise en évidence peut être néanmoins très utile à
l’argumentation d’un dossier de maladie professionnelle si l’exposition
demeurait jusque-là incertaine.
Il faut d’ailleurs souligner que les CA
peuvent persister dans le poumon plus de 20 ans après l’arrêt de l’exposition,
mais qu’à l’inverse, ils peuvent ne pas être détectés au LBA malgré
l’exposition certaine des patients.
L’appréciation d’une exposition antérieure aux particules non fibreuses
s’appuie non seulement sur le nombre total de particules retrouvées mais aussi
sur leur nature et leur abondance relative ; en effet, 90 % des LBA
contiennent de la silice et des oxydes de fer, mais moins de 30 %contiennent
du cobalt ou du tungstène.
C’est l’identité même d’une particule minérale au
sein d’un mélange de poussières qui sera le plus souvent traceur d’une
exposition, là encore sans évidence de maladie.
G - Microbiologie :
Le LBA à visée microbiologique n’est pas l’examen de choix dans
l’exploration d’un foyer localisé, le plus souvent d’origine bactérienne, ou en
cas de suppuration bronchique.
Il est alors plus indiqué de réaliser un examen
de l’expectoration pour recherche de bacilles acidoalcoolorésistants (BAAR)
ou de légionnelles, voire un examen protégé perendoscopique.
La meilleure
indication du LBA à titre infectieux est l’exploration d’une pneumopathie
alvéolo-interstitielle diffuse, voire d’un aspect de miliaire.
Différents agents pathogènes peuvent être mis en évidence dans le liquide de
lavage, soit à l’examen direct sur colorations standards ou spéciales, soit après
mise en culture, soit par utilisation d’anticorps monoclonaux (Pneumocystis
carinii, Toxoplasma gondii, Legionella pneumophila, CMV, herpès,
adénovirus).
Les recherches de virus nécessitent que le liquide de lavage soit
transporté au plus vite au laboratoire, si possible dans un milieu spécial.
Le
volume optimal pour la recherche d’agent pathogène n’est pas clairement
défini, mais en pratique on adresse de 10 à 15 mL dans chaque laboratoire
concerné (bactériologie, virologie, anatomopathologie, mycoparasitologie).
H - Biochimie :
La détermination des composés non cellulaires du liquide de lavage
(immunoglobulines, albumine, enzymes, phospholipides, prostaglandines,
par exemple) se heurte à certaines difficultés techniques non résolues, ce qui
en fait un examen sortant du cadre de la routine.
L’objectif est d’analyser les
éléments du film alvéolaire.
Il est capital de séparer rapidement cellules et
surnageant pour éviter le relargage de certaines substances par les cellules.
Il
semble par ailleurs souhaitable de ne pas utiliser le premier aliquot récupéré.
La dilution considérable de ces éléments induite par l’instillation du sérum
physiologique en rend l’interprétation délicate.
Pour résoudre ce problème,
certains ont proposé de rapporter la concentration de la substance à doser à
celle d’un élément de référence qui n’est pas synthétisé par le poumon et dont
la concentration serait stable.
Parmi les nombreuses substances utilisées à ces
fins (inuline, urée, potassium, glucose, albumine), l’albumine répondrait le
mieux à ces exigences.
Par ailleurs, les faibles concentrations des
substances retrouvées in vivo dans le liquide alvéolaire, jointes à l’effet de
dilution dont nous avons parlé, impliquent une concentration préalable du
liquide de lavage ainsi que l’utilisation de méthodes de dosage plus sensibles
que celles utilisées habituellement pour les composés sériques.
En réalité,
aucune de ces techniques de concentration n’a fait la preuve de sa fiabilité et
de sa reproductibilité.
Elles sont donc dans l’ensemble réservées à des
problématiques de recherche.
Avant d’aborder les résultats que l’on peut attendre de l’examen direct du LBA, il faut savoir qu’il est possible, sur indication particulière des cliniciens,
d’en congeler les différents éléments.
Le surnageant peut être conservé à
-20 °C, voire à -80 °C (optimal pour la conservation des protéines).
Les
cellules doivent être préalablement traitées dans un milieu propre à la
congélation, puis placées dans de l’azote liquide, ce qui en assure une bonne
conservation morphologique, en particulier pour les lymphocytes ; la
conservation des fonctions cellulaires est plus contestable.
Résultats chez les sujets normaux :
La quantité de liquide récupéré est de 50 à 70 % du volume instillé.
En deçà
de ce pourcentage, l’interprétation des résultats est sujette à caution.
A - Composés cellulaires :
La quantification de chaque population cellulaire (macrophages, lymphocytes
et polynucléaires neutrophiles [PNN]) est exprimée soit en nombre absolu par
millilitres, soit en pourcentage des cellules récupérées.
Ces chiffres, établis
chez des sujets normaux non fumeurs.
Les autres types cellulaires représentent habituellement moins de 1 % des
cellules récupérées, à savoir polynucléaires éosinophiles (PNE), basophiles,
plasmocytes et mastocytes.
De plus, des hématies ainsi que des cellules
bronchiques et alvéolaires peuvent être retrouvées.
Une récupération de plus
de 5 % de cellules bronchiques et de plus de 10 % de PNN chez ces sujets
normaux plaide pour une qualité médiocre du lavage (bronchique plus
qu’alvéolaire) ou pour un tabagisme.
Les facteurs perturbant la récupération
du lavage sont essentiellement la toux et tout syndrome obstructif.
La cellularité observée chez un sujet fumeur est globalement augmentée,
essentiellement par augmentation des macrophages et des polynucléaires, et
à un moindre degré des lymphocytes.
Âge, ethnie, sexe, poids et volume
pulmonaire n’influencent pas ces résultats.
B - Caractéristiques phénotypiques :
Il est à noter que le rapport CD4/CD8 pulmonaire est en règle identique
à celui des cellules sanguines.
Le tabagisme s’accompagne habituellement
d’une augmentation des CD8, avec comme conséquence une diminution du
rapport CD4/CD8.
Apport du lavage bronchoalvéolaire
en pathologie
:
Le LBAassure un diagnostic dans la plupart des pathologies infectieuses, en
permettant d’identifier les agents pathogènes responsables, ou dans certaines
affections d’origine non infectieuse mais s’accompagnant de cellules
anormales au LBA ou de matériel extracellulaire.
Dans toutes les autres
situations, le LBAa essentiellement une valeur d’orientation diagnostique et
de suivi thérapeutique, fondée sur le profil cellulaire observé et les
caractéristiques morphologiques et phénotypiques de ces cellules.
C’est à dessein que nous n’aborderons ici que les affections dans lesquelles le LBA
est d’un apport certain au diagnostic et non pas uniquement à l’exploration
des mécanismes physiopathologiques.
A - Diagnostic assuré par lavage bronchoalvéolaire :
L’intérêt majeur du LBA dans toutes ces circonstances est d’avoir
considérablement réduit les indications de la biopsie pulmonaire à thorax
ouvert.
1- Pathologies infectieuses :
Le LBAa trouvé une indication particulière dans l’exploration des infections
survenant chez les patients immunodéprimés (receveurs d’allogreffe ou sujets
infectés par le virus de l’immunodéficience humaine [VIH]).
En cas de
négativité d’un premier examen et de l’échec d’un traitement antibiotique
probabiliste, la répétition du LBA couplé à des biopsies transbronchiques
dans les zones radiologiquement pathologiques permet d’optimiser le
rendement diagnostique.
La découverte d’un agent opportuniste dans le LBA est par définition pathologique.
* Pneumocystose :
La sensibilité du LBApour le diagnostic de pneumocystose est actuellement
de plus de 95 % en l’absence de prophylaxie par aérosols de pentamidine,
à condition de respecter certains impératifs : non-filtration du LBA, importante
concentration cellulaire par lame (supérieure à 2·105
cellules/lame), colorations spéciales, d’où la nécessité d’une
demande précise et orientée du clinicien.
La coloration de Diff-Quick, très sensible pour les
formes végétatives de P carinii, ne dispense pas des colorations de référence
que sont le Gomori-Grocott et le Gram-Weigert à la recherche de formes
kystiques du pathogène.
La négativité de cette recherche n’exclut pas
le diagnostic, en particulier chez les patients sous prophylaxie par aérosols de pentamidine où la sensibilité duLBAréalisé dans le lobe moyen chute à 65 %.
Dans cette situation, il est recommandé d’effectuer un LBA dans deux
segments (par exemple lobes moyen et supérieur) pour retrouver une
sensibilité supérieure à 90 %.
De même, l’utilisation d’anticorps
monoclonaux permettrait pour certains d’optimiser le rendement
diagnostique.
Si l’amplification génique par PCR (polymerase chain
reaction) semble prometteuse, elle est à réserver aux résultats négatifs ou
discordants des deux précédentes méthodes.
Enfin, l’étude de la cellularité
du LBA permet d’apprécier le degré d’inflammation de l’interstitium, qui
reflète la gravité du tableau clinique ; en particulier, le pourcentage de PNN
est bien corrélé à la PaO2 et au taux de lacticodéshydrogénase (LDH)
sériques.
La pratique d’un lavage de contrôle en cas de guérison clinique
est inutile car la persistance du parasite au-delà de 21 jours de traitement est
démontrée.
En l’absence d’amélioration de la symptomatologie sous
traitement, un second LBA peut objectiver l’existence d’un autre pathogène
ou la présence isolée du pneumocyste, à interpréter en fonction du contexte
comme un échec thérapeutique.
* Toxoplasmose :
La toxoplasmose est de diagnostic plus difficile en raison de son faible
parasitisme.
La détection du toxoplasme est possible sur la coloration de MGGmais réclame une recherche très soigneuse par un lecteur expérimenté.
Sa mise en évidence bénéficie donc de l’apport des anticorps monoclonaux,
de la possibilité de cultures et actuellement de l’amplification génique par PCR.
* Aspergillose :
Le diagnostic d’aspergillose pulmonaire invasive reste difficile et souvent
tardif avec les méthodes classiques (examen direct après colorations
spécifiques et culture).
La PCR et la détection d’antigènes aspergillaires dans le LBA ont été développées récemment.
Si cette dernière
témoigne d’une bonne spécificité en méthode Elisa, car positive en phase de
multiplication du champignon, sa sensibilité semble décevante car moindre
et souvent retardée par rapport à la détection de l’antigénémie sérique.
L’apport de la PCR apparaît également modeste : la sensibilité est de 55 %et
la valeur prédictive positive de 25 %.
Elle doit donc être interprétée avec
grande prudence chez les sujets à risque de colonisation bronchique aspergillaire (corticothérapie au long cours, bronchopneumopathie chronique
obstructive [BPCO]...).
D’autres agents opportunistes, comme Nocardia
, Cryptococcus, Cryptosporidium et Histoplasma, par exemple,
peuvent également être retrouvés par le lavage.
* Tuberculose
:
Le LBA, s’il ne dispense pas des prélèvements habituels, est de bonne
sensibilité, notamment chez l’immunodéprimé.
La découverte d’une
mycobactérie atypique au LBA pose les mêmes problèmes d’interprétation
quant à son caractère pathogène que sa découverte dans les sécrétions
bronchiques, particulièrement au cours de l’infection par le VIH.
* Pneumopathie bactérienne
:
Le LBA est d’une grande rentabilité dans le diagnostic de pneumopathie
bactérienne survenant chez les patients ventilés.
La quantification des
bactéries intracellulaires (de 3 à 5 % des cellules du LBA selon les auteurs)
par la coloration de Gram a une bonne sensibilité diagnostique, de l’ordre de
85 %.
De plus, les résultats de l’examen direct (morphologie et coloration des
bactéries) sont bien corrélés à ceux des cultures, permettant une
antibiothérapie précoce optimale.
La culture quantitative du LBA est utilisée
par différentes équipes bien qu’il n’y ait pas de consensus sur la définition du
seuil de positivité (de 104 à 105
cfu/mL).
* Pneumopathies virales :
La découverte de CMV ou du virus de l’herpès dans un LBA ne peut, à elle
seule, en affirmer le rôle pathogène, en particulier au cours de l’infection à
VIH.
Malgré l’apport de l’immunofluorescence, des cultures rapides et de
l’amplification par PCR, le diagnostic repose, devant un tableau radioclinique
compatible, sur l’absence d’autres pathogènes et sur la présence de stigmates
histologiques d’infection tissulaire (cellules à inclusions).
Au
décours d’une allogreffe de moelle ou après transplantation pulmonaire, la
situation est différente en raison de la fréquence et de la gravité d’une
pneumopathie à CMV.
La détection précoce de CMV dans le sang et/ou le
LBA est suffisante pour instituer un traitement antiviral.
2- Pathologie tumorale :
L’intérêt du LBA dans le diagnostic des tumeurs pulmonaires à localisation
périphérique est probablement sous-estimé.
Sa sensibilité dépend du
type histologique et de la présentation radiologique.
Il faut en effet
différencier les formes localisées nodulaires et les formes diffuses
correspondant soit à un carcinome bronchioloalvéolaire primitif, soit à une
lymphangite carcinomateuse secondaire.
La meilleure rentabilité
diagnostique concerne les formes diffuses.
Il a été montré
en effet que le LBA fournit le diagnostic dans 93 % des carcinomes
bronchioloalvéolaires et dans 89 % des lymphangites carcinomateuses,
contre 45 % dans les nodules périphériques isolés.
Les cellules anormales à
caractère tumoral sont isolées, ou le plus souvent regroupées en petits amas pseudopapillaires, et sont identifiables sur les colorations standards de MGG
et de Papanicolaou.
Pour préciser le type histologique, l’inclusion du
culot cellulaire permet d’effectuer des coupes sériées, des colorations
spéciales et une étude immunohistochimique.
Dans le cas de tumeur
secondaire, l’utilisation d’anticorps monoclonaux spécifiques de certains
types cellulaires peut permettre de préciser le site de la tumeur primitive
(exemple : antithyroglobuline pour la thyroïde, PSA [prostate specific
antigen] pour la prostate ou HMB45 (human melanoma B45) pour les
mélanomes).
Le diagnostic différentiel avec certaines pathologies bénignes reste toutefois
souvent difficile.
En effet, certaines atypies cellulaires ainsi qu’une
hyperplasie des pneumocytes II peuvent s’observer chez 40 % des sujets
immunodéprimés, chez les patients traités par chimio- ou radiothérapie, ainsi
qu’au cours de détresses respiratoires aiguës entraînant des dommages
alvéolaires diffus.
Une grande prudence est donc de rigueur dans
l’interprétation des résultats qui devront toujours être confrontés au contexte
clinique.
Il n’existe en effet aucun marqueur spécifique de la malignité.
Pour le diagnostic des lymphomes malins non hodgkiniens à localisation
pulmonaire, la sensibilité du LBA paraît se situer autour de 67 %.
Le
diagnostic repose sur la mise en évidence de cellules d’aspect lymphoïde,
morphologiquement anormales, ou d’un nombre anormalement élevé d’une
population cellulaire clonale définie par ses phénotypes membranaires.
Il
s’agit en pratique le plus souvent de lymphome de phénotype B.
Chez les
sujets normaux, les lymphocytes B représentent moins de 1 % des
lymphocytes recueillis par le LBA. Dans les lymphomes, ce pourcentage peut
s’élever jusqu’à 40 %.
Ce diagnostic peut être également évoqué sur la mise
en évidence d’un pic monoclonal à l’immunoélectrophorèse des protéines
alvéolaires, comparée à l’immunoélectrophorèse sérique.
La sensibilité du LBA tombe à 33 % dans le diagnostic de lymphomes hodgkiniens
pulmonaires, probablement du fait du caractère nodulaire des lésions.
3- Granulomatose pulmonaire à cellules de Langerhans (histiocytose X)
:
Le LBA est en général hypercellulaire puisque la plupart des sujets sont
fumeurs, mais il n’existe pas de profil cytologique type ; seul le pourcentage des PNE est parfois augmenté.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence
d’un nombre anormalement élevé (> 5 %) de cellules de Langerhans,
identifiées en immunohistochimie grâce à l’anticorps monoclonal anti-CD1a.
Celui-ci est dirigé contre un épitope de la cellule de Langerhans résistant à la
fixation, et donc utilisable sur coupes semi-sériées du culot d’inclusion
cellulaire.
Les cellules de Langerhans peuvent cependant être
observées en petit nombre chez les sujets fumeurs ainsi qu’au cours de
certaines pneumopathies interstitielles avec fibrose, ou de processus
tumoraux comme les carcinomes bronchioloalvéolaires.
Ce n’est que dans un
contexte évocateur, si le nombre de ces cellules est supérieur à 5 %, que le
diagnostic peut être considéré comme probable.
À l’inverse, la négativité de
cette recherche n’exclut nullement le diagnostic.
Enfin, une étude ultrastructurale complémentaire de la recherche des structures
caractéristiques intracytoplasmiques linéaires pentalaminaires aux extrémités
renflées en « raquettes », pourra confirmer le diagnostic.
4- Protéinose alvéolaire
:
Le diagnostic de lipoprotéinose alvéolaire est établi sur la constatation
macroscopique d’un liquide opaque ou lactescent, avec un abondant précipité
granuleux.
En microscopie optique, on observe une réduction du nombre des
macrophages alvéolaires qui ont un cytoplasme spumeux, vacuolisé, riche en
phospholipides, siégeant au sein d’un matériel extracellulaire amorphe, très
abondant, organisé en corps éosinophiles.
Ce matériel granuleux, protéinacé,
déjà visible sur une coloration standard de MGG, est surtout bien mis en
évidence par la coloration de PAS (acide périodique Schiff), ainsi qu’en
microscopie électronique du fait de son aspect lamellaire caractéristique
.
De plus, ce matériel est fortement marqué par les anticorps antisurfactants dans les protéinoses alvéolaires primitives.
Dans tous les
cas, il conviendra d’éliminer devant toute protéinose alvéolaire une
pathologie associée en recherchant avec soin des particules biréfringentes en
lumière polarisée, pouvant orienter vers une silicose, des agents pathogènes
(P carinii ou Nocardia) ou des cellules tumorales.
5- Hémorragie alvéolaire :
Le diagnostic est facilement affirmé si le LBA retrouve des hématies en grand
nombre dans tous les aliquots récupérés, alors que la fibroscopie n’a pas été
traumatique et qu’il n’existe pas d’anomalie endobronchique.
Il peut s’agir
d’une hémorragie récente, qu’il faudra intégrer dans un contexte clinique de
syndrome de Goodpasture ou de maladie de Wegener par exemple.
Le plus
souvent, le diagnostic d’hémorragie alvéolaire repose sur la constatation de sidérophages qui sont des macrophages contenant de l’hémosidérine. Des
études expérimentales ont montré qu’ils apparaissaient 48 à 72 heures après
un saignement.
L’intensité d’une hémorragie alvéolaire peut donc être
quantifiée soit par le pourcentage de sidérophages retrouvés dans le lavage, soit par l’indice de Golde.
Il s’agit d’un indice colorimétrique établi sur
l’intensité de la coloration de Perls qui teinte en bleu les dépôts ferriques.
Une hémorragie alvéolaire peut être affirmée s’il existe pour
certains auteurs plus de 20 % de sidérophages, pour d’autres un indice de
Golde supérieur à 100.
6- Lipidoses :
Il existe des lipidoses exogènes par inhalation d’huiles minérales utilisées
comme laxatifs ou en gouttes nasales, et des lipidoses endogènes par
thésaurismose ou embolie graisseuse.
Les premières se caractérisent par un
aspect huileux du liquide de lavage et l’existence de vacuoles intramacrophagiques.
La nature des lipides peut être déterminée par les
colorations appropriées et par HPLC.
Les thésaurismoses phospholipidiques,
quant à elles, donnent un aspect évocateur aux macrophages qui apparaissent
spumeux, contenant des inclusions colorables par le noir Soudan en
microscopie optique et présentant une structure lamellaire en microscopie
électronique.
B - Diagnostic non assuré par liquide bronchoalvéolaire :
Dans un certain nombre d’affections pulmonaires, le LBA ne peut avoir
qu’une valeur d’orientation diagnostique, fondée sur la caractérisation des
profils cellulaires récupérés, voire une valeur pronostique et de suivi
thérapeutique.
1- Sarcoïdose
:
Bien que cette affection ait donné lieu à de multiples études, aucune n’a
permis jusqu’à présent de tirer du LBA des arguments formels sur les plans
diagnostique, pronostique, ni même physiopathogénique.
Cependant,
l’association de plusieurs critères dans un contexte radioclinique évocateur
peut orienter vers le diagnostic de sarcoïdose, tels qu’une hyperlymphocytose
alvéolaire ne dépassant pas en règle 40 à 50 % des cellules, de phénotype
essentiellement CD3+ CD4+, avec un rapport CD4/CD8 pouvant atteindre 8 à
10. Beaucoup plus rarement, l’alvéolite lymphocytaire est à prédominance
CD8.
La persistance de l’alvéolite au-delà de 1 an, beaucoup plus que
l’intensité de l’alvéolite initiale, a pu constituer pour certains un indice de
mauvais pronostic.
La plupart des auteurs dénient cependant à l’heure
actuelle toute valeur pronostique à ces critères.
Des études ont également
porté sur le dosage de certains composés solubles présents dans le liquide de LBA tels que fibronectine, activateur du plasminogène, acide hyaluronique,
peptide III du collagène, enzyme de conversion de l’angiotensine, lysozyme
et collagénase.
Cela dit, aucun de ces éléments n’a fait la preuve de sa valeur
pronostique, encore que des travaux récents aient montré que l’intensité
de l’activité sécrétoire des cellules composant l’alvéolite sarcoïdienne (IL2,
IL6, IL8) était corrélée à un mauvais profil évolutif.
En revanche, l’étude
du LBA a largement contribué à une meilleure connaissance de la
physiopathogénie de la sarcoïdose.
Les macrophages alvéolaires y
apparaissent très activés, capables de sécréter « spontanément » de l’enzyme
de conversion de l’angiotensine et du calcitriol par exemple.
Ils produisent
également nombre de cytokines intervenant dans le recrutement et la
prolifération des lymphocytes T, et donc dans l’entretien de l’alvéolite, telles
que l’IL1, l’IL6, le TNF alpha (tumour necrosis factor), mais aussi l’IL12
et l’IL15.
Les lymphocytes alvéolaires de la sarcoïdose sont quant à eux
également très activés, de phénotype CD4+ HLA-DR+ CD25+.
Il y existe une
expansion particulière de cellules CD29+ (mémoires), de même que de
cellules CD3+ LFA-1+, particulièrement chez les patients présentant des
anomalies radiologiques thoraciques.
Leur profil sécrétoire est de type
TH1, avec une expression marquée aussi bien des ARNm (acide
ribonucléique messager) que des protéines IL2 et IFNç (interféron).
Enfin,
plusieurs études se sont intéressées au répertoire du récepteur T dans cette
affection, à la recherche d’arguments en faveur de la nature de l’antigène
déclenchant et/ou entretenant la maladie.
Elles ont conclu dans l’ensemble à
l’existence d’une expansion oligoclonale
2-
Pneumopathies d’hypersensibilité
:
Les données du LBA dépendent ici largement du délai écoulé entre l’examen
et la dernière exposition à l’antigène incriminé.
Si celle-ci est très récente
(< 24 heures), la cellularité sera dominée par une forte augmentation des
PNN, accompagnée d’un afflux d’autres cellules inflammatoires comme
PNE, mastocytes et lymphocytes.
Si la dernière exposition remonte de 2 à 7
jours, elle sera marquée par une forte alvéolite lymphocytaire, de type
essentiellement CD8+, avec rapport CD4/CD8 < 1. On constate de plus à ce
stade des taux élevés d’immunoglobulines G,AetMdans le fluide deLBA.
Le contexte cellulaire est en règle très évocateur, avec, outre les éléments susdécrits,
le caractère spumeux des macrophages.
Les lymphocytes sont
morphologiquement et phénotypiquement très activés (HLADR+
et CD25+).
On retrouve également un nombre anormalement élevé
de cellules NK dans ces lavages.
Les meilleurs éléments diagnostiques
tirés du LBA seraient l’intensité de l’hyperlymphocytose à CD8, la
mastocytose (< 1 %) et la normalisation des phénotypes après éviction de
l’antigène.
Plusieurs études se sont attachées à rechercher une valeur
prédictive auLBAdans ce contexte, en particulier quant à l’évolution possible
vers la fibrose.
Il semble qu’aucun des marqueurs de fibrose présents dans le LBA de ces patients (acide hyaluronique, procollagène de type III,
fibronectine, facteur de croissance des fibroblastes) ne puisse être corrélé à
une telle évolution.
Par ailleurs, des anomalies à peu près similaires à celles
que nous venons de décrire ont été retrouvées chez des sujets exposés aux
mêmes antigènes, mais ne développant pas de pneumopathie.
La
lymphocytose y est cependant en règle moins intense.
Enfin, outre son apport important au diagnostic des pneumopathies
d’hypersensibilité, le LBA comporte une valeur essentielle pour l’étude de
leur physiopathologie.
C’est ainsi qu’on a pu démontrer le rôle de certaines
cytokines d’origine macrophagique (MIP-1a [macrophage inflammatory
protein] et IL8) dans l’attraction locale des lymphocytes CD8+ et des PNN.
C’est ainsi également qu’on a pu faire la preuve de l’expansion intrapulmonaire de certains clones de cellules CD8+, en rapport avec la nature
de l’antigène en cause, comme en atteste la restriction du répertoire de leur
récepteur T lors de la phase aiguë de l’affection avec normalisation de ce
profil à distance.
3- Fibrose idiopathique diffuse (FID) :
Le LBA permet ici non tant d’assurer le diagnostic que d’apporter des
éléments pronostiques, initiaux d’une part et au cours de l’évolution d’autre
part.
Il n’existe pas d’arguments cytologiques spécifiques en faveur d’une FID, mais le profil cellulaire alvéolaire peut être évocateur s’il associe dans
un contexte clinicoradiologique compatible une augmentation variable des
PNN et des PNE.
Il faut savoir que ce profil varie de manière conséquente
selon le territoire où est effectué le LBA, d’où l’importance de faire précéder
l’examen d’une TDM thoracique afin de repérer le siège le plus vraisemblable
de l’alvéolite inflammatoire.
Il est plus rare d’observer une augmentation
du nombre des lymphocytes et du rapport CD4/CD8, contrairement à ce qui
est retrouvé dans les fibroses pulmonaires associées aux collagénoses.
Il n’y
a pas de consensus sur la valeur du LBA comme élément pronostique et
indicatif de la réponse au traitement.
Une élévation préférentielle des
lymphocytes est souvent corrélée à une meilleure sensibilité aux stéroïdes.
En revanche, l’élévation des PNN et des PNE est en règle associée à un
pronostic plus sombre, avec mauvaise réponse au traitement.
Une étude plus
récente a montré une relation négative entre la survie des patients et le seul
nombre des PNE au LBA, à l’exclusion de tous les autres types cellulaires
présents dans le LBA.
Là encore, le LBA a permis, parmi d’autres modes
plus invasifs d’exploration du poumon, de participer très largement aux
études physiopathologiques portant sur les FID.
On incrimine ainsi une
quantité de médiateurs d’origine macrophagique dans la genèse de la fibrose
pulmonaire.
L’activation de ces cellules, et leur relargage de
prostaglandines E2 (PGE2) en particulier, serait de mauvais pronostic.
L’élucidation des mécanismes de la fibrogenèse pulmonaire n’est pas d’ordre
purement théorique mais permet d’élaborer de nouveaux concepts
thérapeutiques, fondés par exemple sur l’utilisation d’antiprotéases,
d’inhibiteurs des cytokines ou des facteurs de croissance des
fibroblastes.
4- Connectivites :
L’alvéolite inflammatoire associée à ces affections est en règle comparable à
celle de la FID, avec accumulation intra-alvéolaire de PNN, de macrophages,
et parfois de lymphocytes.
Aucun profil cellulaire n’est pathognomonique de
l’une, quelconque, de ces affections, et la cellularité peut varier en fonction du
type de connectivite, de l’existence ou non d’une atteinte pulmonaire
radiologique et de son profil évolutif.
Le LBA permet d’étudier le degré
d’activation des cellules alvéolaires, montrant par exemple dans le lupus
érythémateux disséminé la présence d’un nombre élevé de lymphocytes CD4+
et CD8+ HLA-DR+.
Globalement, les macrophages sont également très
activés, libérant des ions superoxydes, des facteurs chimiotactiques pour les
neutrophiles, de la fibronectine, des facteurs de croissance pour les
fibroblastes, du TNF alpha.
Dans ce contexte, il faut noter la présence
particulièrement importante de médiateurs fibrosants dans le LBA des patients
atteints de sclérodermie.
Plus qu’au diagnostic étiologique précis des
localisations pulmonaires de chacune de ces affections, leLBAest surtout utile
au diagnostic de leurs complications (infections, pneumopathie iatrogène,
hémorragie alvéolaire).
Il comporte de plus une valeur pronostique, en règle
péjorative lors de la prédominance ou de l’apparition de PNN et PNE.
5- Pneumoconioses :
L’intérêt du LBA ici est principalement d’exclure devant un tableau de
pneumopathie interstitielle les autres étiologies possibles, ou de documenter
un tel diagnostic chez des patients pouvant méconnaître leur exposition aux
poussières minérales et les risques qui en découlent.
Nous avons déjà
mentionné l’intérêt du LBA dans l’identification minéralogique.
Il
faut toutefois rappeler :
– que la démonstration de poussières minérales dans le LBA est indicative
d’une exposition mais n’est pas synonyme de maladie ;
– qu’il n’existe pas de seuil de concentration de particules au-delà duquel le
développement de la maladie est inéluctable.
Néanmoins, la concentration de
CA est plus importante en cas d’asbestose qu’en cas de pathologie pleurale
liée à l’amiante ;
– qu’une alvéolite macrophagique, lymphocytaire ou à polynucléaires peut
être associée à la pneumoconiose, mais également à la simple exposition aux
silicates, sans signification clinique particulière.
En revanche, la bérylliose est la seule pneumoconiose où les données du LBA
pourraient être utilisées à des fins diagnostiques, montrant des anomalies
proches de celles observées dans la sarcoïdose active avec
hyperlymphocytose à CD4 activés (CD4+ DR+).
6- Pneumopathie à éosinophiles :
Étant donné l’absence habituelle d’éosinophiles dans le LBA, toute
éosinophilie alvéolaire est pathologique.
L’intensité de celle-ci est
très variable.
Elle peut ne témoigner que d’une réaction inflammatoire non
spécifique et ne dépasse alors habituellement pas 5 %, comme dans les
collagénoses, l’histiocytose X, la sarcoïdose, certaines pneumopathies
médicamenteuses, les pneumopathies d’hypersensibilité aux antigènes
organiques ou la fibrose pulmonaire idiopathique.
Il est classique par ailleurs
d’observer, si le LBA est réalisé chez les asthmatiques en état stable, une
éosinophilie alvéolaire de l’ordre de 5 %.
Les tests de provocation
allergénique conduiraient à un afflux local d’éosinophiles.
Dans le cadre du
poumon éosinophilique tropical, ce chiffre peut dépasser 30 à 40 %.
Il est
utile, dans ces cas, d’interpréter les résultats en fonction de l’existence ou non
d’une hyperéosinophilie sanguine associée.
C’est dans la pneumopathie
idiopathique à éosinophiles (maladie de Carrington) que l’élévation la plus
franche est observée, pouvant atteindre 90 %.
Le contexte radioclinique est
en règle très évocateur, et la rentabilité habituelle du LBA permet d’en
affirmer le diagnostic, sans recours nécessaire à la biopsie pulmonaire chirurgicale.
La normalisation du profil cytologique de cette affection sous
stéroïdes rend compte de sa grande sensibilité au traitement, et peut constituer
un argument diagnostique rétrospectif supplémentaire.
Enfin, une franche
éosinophilie au LBA doit faire évoquer de principe une vascularite de type
Churg et Strauss.
Les arguments cliniques et anatomopathologiques
trancheront.
Le LBA permet une approche physiopathogénique des lésions pulmonaires
liées aux éosinophiles eux-mêmes.
Il a été montré en effet que ces cellules
pouvaient sécréter des protéases neutres et des radicaux libres de l’oxygène,
ainsi que certaines protéines (major basic protein et cationic protein) qui
seraient impliquées dans la genèse possible d’une fibrose.
7- Pneumopathies iatrogènes :
Le nombre de médicaments impliqués dans le développement d’une toxicité
pulmonaire ne cesse de croître.
Le diagnostic de ce type d’atteinte est
souvent délicat, car il se doit d’avoir éliminé d’abord toute localisation
pulmonaire de la maladie en cause, de même qu’une infection chez un patient
immunodéprimé.
Le LBA constitue dans ce contexte, joint à la réflexion
clinique, la clé de voûte de la stratégie diagnostique, dans des situations
cliniques parfois très aiguës.
Le LBA peut être normal ou témoigner d’une alvéolite globale. Plus
classiquement, trois types essentiels d’alvéolite sont retrouvés selon le type
cellulaire le plus manifestement affecté, PNN, PNE ou lymphocytes.
L’alvéolite à éosinophiles est rare, parfois intense (> 40 %), particulière à
certains antibiotiques comme la minocycline, et souvent associée à des
signes extrathoraciques immunoallergiques.
L’alvéolite à PNN non altérés
peut atteindre 40 à 60 % des cellules récupérées lors de la phase très précoce
d’une pneumopathie d’hypersensibilité ; moins marquée (5 à 30 %), elle
traduirait le développement d’une fibrose pulmonaire.
C’est dans ces cas que
l’imputabilité du médicament est le plus difficile à affirmer.
L’alvéolite à
lymphocytes T est la plus fréquente, pouvant atteindre 20 à 70 %des cellules
alvéolaires.
Elle est rarement pure, mais le plus souvent associée à un
petit pourcentage de PNE, basophiles, mastocytes, voire de plasmocytes,
contexte cellulaire hautement évocateur d’une pneumopathie
d’hypersensibilité.
L’étude des marqueurs phénotypiques montre en
règle générale une augmentation nette de la population CD8+ avec diminution
du rapport CD4/CD8 souvent inférieur à 0,5.
Cette inversion a parfois même
pu être constatée en l’absence de toute alvéolite.
Dans certains cas plus rares
(nitrofurantoïne, méthotrexate, BCG intravésical), l’hyperlymphocytose est
essentiellement constituée de cellules CD4+.
Les caractéristiques
morphologiques des cellules alvéolaires peuvent également contribuer au
faisceau diagnostique.
En cas de thésaurismose par exemple, les macrophages
alvéolaires ont un aspect spumeux lié aux vacuoles lipidiques
intracytoplasmiques, dont les colorations appropriées, ainsi que l’aspect en
microscopie électronique (particulièrement en cas de
phospholipidose), permettront d’apprécier la nature.
Les données desLBA
itératifs peuvent constituer un argument de poids au diagnostic rétrospectif
lorsqu’elles témoignent de la résolution plus ou moins complète de l’alvéolite
après arrêt de la drogue incriminée ou de la normalisation des caractéristiques
phénotypiques de la lymphocytose.
Ces deux éléments peuvent cependant
être temporairement dissociés.
L’épreuve de réintroduction du médicament
n’est pas anodine, et à ce titre-là ne sera jamais systématique.
Elle a pu
néanmoins se pratiquer soit à titre diagnostique en milieu hospitalier, soit par
inadvertance. Le LBAy est alors fondamental, en montrant une réapparition
rapide de l’hyperlymphocytose.
En pratique, le LBA permet dans un
contexte clinique non univoque tel qu’une pathologie maligne intrathoracique
ayant nécessité radiothérapie et chimiothérapie, d’éliminer infection et
hémorragie alvéolaire et d’a
Enfin, comme dans les autres pneumopathies interstitielles, le LBA a
grandement contribué à élucider, au moins en partie, la physiopathologie de
ces pneumopathies iatrogènes.
En effet, il a permis d’apporter des
arguments soit expérimentaux, soit tirés de l’étude des données récupérées
chez l’homme, en faveur de plusieurs types de mécanismes pathologiques,
comme la toxicité directe de la drogue (bléomycine), la thésaurismose
associée à des réactions inflammatoires (amiodarone), les réactions
immunitaires spécifiques (minocycline, BCG) et les mécanismes toxiques
d’expression immunologique (pneumopathies radiques).
Au terme de cet exposé, il apparaît que le LBA a considérablement
modifié les méthodes d’exploration de la pathologie pulmonaire.
Il en
représente une technique d’investigation peu invasive, généralement
dénuée de risque et permettant de restreindre considérablement les
indications de la biopsie pulmonaire chirurgicale.
L’apport du LBAdans
ces dernières années a été spectaculaire dans le diagnostic des
infections pulmonaires, en particulier chez le patient immunodéprimé.
Dans la pathologie interstitielle non infectieuse, à l’opposé, la
contribution diagnostique du LBA est limitée par l’absence de
spécificité des profils cellulaires observés.
Il est de ce fait
vraisemblable que le développement de cette technique portera
essentiellement sur deux points.
Le premier de ces points est d’une
part le démembrement des phénomènes élémentaires constituant la
réponse immune et inflammatoire du poumon à des agressions aussi
diverses qu’agents infectieux, médicaments ou situation de rejet de
greffe, et d’autre part une meilleure appréhension des mécanismes
régissant les relations entre alvéole et bronche par exemple, voire
entre poumon et organes extrathoraciques.
Le second point porte sur
la définition d’indices pronostiques, fondée non tant sur la simple
cytologie alvéolaire que sur les modifications d’un ensemble de
marqueurs phénotypiques et fonctionnels.
Ce dernier point bénéficie à
l’heure actuelle de l’apport des techniques utilisées en biologie
fondamentale.
Celles-ci doivent cependant et impérativement être
validées en pathologie pulmonaire avant de faire la preuve de leur
utilité en pratique clinique.