Kyste osseux essentiel Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
A - DÉFINITION :
Le kyste osseux essentiel (KOE) est une dystrophie de croissance
bénigne et non une véritable néoformation osseuse.
C’est une lésion
lytique, qui se situe aux métaphyses, à proximité d’un cartilage de
croissance fertile.
B - ÉPIDÉMIOLOGIE :
– Fréquence : le KOE est la
troisième lésion osseuse par ordre de fréquence durant la période de croissance, après les fibromes non ossifiants et les exostoses ostéogéniques ; il représente 3 % de toutes
les tumeurs et dystrophies osseuses de l’enfant.
– Âge : la majorité des KOE sont découverts entre 5 et 15 ans (60 %),
10 % avant 5 ans ; certains KOE (7 %) sont des lésions séquellaires
découvertes à l’âge adulte.
– Sexe : les KOE touchent les deux sexes et sont deux à trois fois
plus fréquents chez les garçons.
C - ÉTIOPATHOGÉNIE :
Elle reste très mal connue.
De nombreuses théories ont été
proposées.
Pour certains, le kyste osseux serait la conséquence d’un trouble de
drainage par obstruction veineuse, la pression intrakystique étant
particulièrement élevée.
Ceci est en contradiction avec les
constatations faites lors des kystographies, où le drainage veineux
de KOE actifs est important.
Pour d’autres, il s’agit d’une lésion très précoce du cartilage de
croissance qui réalise une véritable vésicule qui va s’autonomiser et
se développer pour son propre compte.
Enfin, Lefranc a émis l’hypothèse de la formation des kystes
osseux par la réunion de bulles ostéolytiques, en s’appuyant sur des
radiographies faites avant l’apparition d’un KOE.
Les kystes osseux ont en fait toutes les caractéristiques d’un
déséquilibre entre la destruction et la reconstruction osseuse, où
l’ostéolyse prédomine sur la reconstruction (quantité importante
d’enzymes lysosomiaux, présence de prostaglandines 2 [PGE2] en
grande quantité...), dont le point de départ se situe dans une zone
de croissance active.
Les récents développements de la biologie osseuse et la place
prépondérante des facteurs de croissance dans l’équilibre entre
l’élaboration du tissu osseux et sa résorption n’ont pas été exploités.
Ils pourraient peut-être permettre de comprendre l’origine et
l’évolution des KOE.
Localisations
:
Le KOE est une lésion locale ; les localisations multiples sont
exceptionnelles et ne semblent pas avoir de particularité
évolutive.
La très grande majorité des KOE se situe dans la métaphyse
supérieure de l’humérus (50,2 %) et à l’extrémité supérieure du
fémur (28,1 %).
L’analyse de la littérature a permis de regrouper
1 385 cas de KOE, et d’obtenir ainsi la répartition notée sur la figure
1, où seules les localisations les plus fréquentes ont été prises en
compte.
La somme des KOE localisés à l’ensemble de l’humérus et
du fémur représente 88,4 % de l’ensemble des kystes.
Les localisations sur les os courts (métacarpiens, métatarsiens,
phalanges) et les os plats (scapula, ilion) sont beaucoup moins
fréquentes (moins de 1 % des cas pour chaque localisation).
Les localisations diaphysaires représentent 6,4 % à l’humérus, 2 %
au fémur et 0,2 % sur le tibia et la fibula.
Certaines localisations peuvent être découvertes tardivement car
elles sont peu symptomatiques.
Il s’agit essentiellement des KOE
« cachés », comme sur le bassin.
Étude clinique :
A - FORME HABITUELLE :
Durant leur évolution, beaucoup de KOE ne sont pas
symptomatiques. Ils peuvent devenir douloureux lorsqu’il
se produit des microfractures dues à une surcharge mécanique car
le KOE est une lésion qui fragilise le tissu osseux.
Il peut aussi être
découvert lors d’une véritable fracture à la suite d’un traumatisme
qui pourrait paraître banal.
En fait, les circonstances de découverte
sont différentes selon la localisation ; les KOE qui se situent sur un
segment osseux où les contraintes sont peu importantes, comme
l’humérus, peuvent rester asymptomatiques ou se révéler lors d’une
fracture pathologique (95 % des KOE de l’extrémité supérieure de
l’humérus pour Kaelin).
Sur un segment osseux portant comme l’extrémité supérieure du
fémur, les KOE sont plus fréquemment douloureux ou à l’origine
d’une boiterie.
De ce fait, les fractures sont beaucoup moins
souvent révélatrices (50 %).
B - EXAMENS BIOLOGIQUES :
Ils n’apportent pas d’éléments particuliers.
C - FORMES PARTICULIÈRES :
1- Extrémité supérieure de l’humérus
:
C’est la localisation la plus fréquente du KOE.
Il se développe à
partir du cartilage de croissance de la tête humérale.
Il reste très
longtemps asymptomatique, n’est pratiquement jamais douloureux,
sauf lors des fractures qui sont souvent révélatrices.
2- Extrémité supérieure du fémur
:
C’est la deuxième localisation en fréquence (28 %).
Trois formes
existent en fonction du cartilage de croissance d’origine :
– le KOE provenant du cartilage de croissance épiphysométaphysaire
se situe dans le col fémoral et expose au risque de
fracture, avec un risque également élevé de nécrose céphalique lors
d’une fracture déplacée ;
– le KOE provenant du cartilage de croissance du petit trochanter
peut également être volumineux et fragiliser l’arche interne de
l’extrémité supérieure du fémur ; le risque fracturaire est important,
avec possibilité d’évolution vers une coxa vara ;
– le KOE provenant du grand trochanter est probablement celui qui
expose le moins au risque de fracture ; c’est aussi le plus fréquent ;
il peut néanmoins s’étendre de manière importante et fragiliser
l’arche interne.
3- Extrémité supérieure du tibia
:
Les KOE peuvent avoir comme origine le cartilage de croissance
tibial supérieur, mais également celui de la tubérosité antérieure.
L’extension vers la plaque de croissance épiphysaire
est alors possible.
4- Calcanéus :
Le kyste osseux du calcanéus est fréquent (2,5 % de notre analyse
bibliographique), peut parfois être douloureux, mais se fracture exceptionnellement.
Il se présente comme une lésion ostéolytique
sans trabéculation, avec une limite corticale finement cerclée.
Deux lésions peuvent être confondues avec lui :
– le faux kyste du calcanéus n’est pas pathologique ; il s’agit
uniquement d’une image radiologique obtenue par la disposition
des travées osseuses qui délimitent une zone de moindre densité
sous la surface articulaire de l’articulation sous-astragalienne
antérieure ; les limites de cette lésion sont beaucoup moins nettes
que sur un KOE ;
– le lipome du calcanéus est radiologiquement très semblable au
KOE ; le contenu graisseux peut facilement être mis en évidence par
l’imagerie par résonance magnétique (IRM).
Le traitement chirurgical des authentiques KOE est souvent
nécessaire, car les injections de corticoïdes sont peu efficaces à ce
niveau.
5- Bassin :
Les KOE localisés au bassin sont très rares (1,3 % sur l’ensemble des
KOE regroupés).
Ils sont asymptomatiques, peuvent prendre des
volumes considérables et être alors pris pour des kystes
anévrismaux ou des lésions malignes ostéolytiques.
6- Adulte
:
Les KOE découverts à l’âge adulte sont toujours des kystes osseux
anciens qui ont progressivement migré ; ils se localisent à la
diaphyse et n’ont plus tendance à augmenter.
Parfois, ils restent
volumineux et fragilisent l’os.
Un traitement par injections peut alors
tout à fait se justifier, ce d’autant que la réponse est souvent
satisfaisante.
Diagnostic radiologique :
A - FORME HABITUELLE :
L’aspect radiologique habituel est celui d’une lacune métaphysaire
centrale, située à proximité d’un cartilage de croissance.
Le grand
axe de la lésion est celui de la métaphyse atteinte.
La forme globale
du kyste est souvent ovoïde, avec une paroi plus épaisse du côté
diaphysaire, finement calcifiée, réalisant l’image en « fond de
coquetier ».
La cavité kystique paraît très claire et peut être
parcourue par de fines travées qui sont soit de fines densifications
de la paroi du kyste, soit de véritables cloisons qui délimitent
plusieurs cavités à l’intérieur du kyste (aspect mutiloculaire).
Une
fine ligne dense en limite la paroi.
La corticale est amincie et parfois
légèrement soufflée sur tout son contour, sans réaction périostée en
l’absence de fracture.
Il n’y a jamais d’envahissement des parties
molles.
B - ASPECTS RADIOGRAPHIQUES LORS D’UNE FRACTURE
:
Les fractures sont souvent peu déplacées, rompent une corticale en
tassant les travées osseuses.
La cicatrisation périostée est
normale.
Le saignement à l’intérieur du kyste favorise l’apparition
de travées intrakystiques, réalisant un aspect multiloculaire. Parfois,
lors d’une fracture, un fragment cortical se détache et flotte dans le
liquide kystique, réalisant l’aspect caractéristique de « fragment
tombé » (fallen fragment sign).
C - INTÉRÊT DES AUTRES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES
:
Dans la très grande majorité des cas, l’aspect radiographique est
suffisamment typique pour se passer de tout examen
complémentaire, comme la scintigraphie, la tomodensitométrie
(TDM), la résonance magnétique nucléaire. Ils doivent être réservés
aux cas atypiques dans leur localisation, leur aspect ou leur
évolution.
1- Scintigraphie
:
La scintigraphie n’a pratiquement pas d’indication dans ce cadre.
Elle montre une zone globalement hypo- ou normofixiante.
Après
une fracture, il y a une hyperfixation aspécifique qui n’est d’aucune
aide au diagnostic.
2- Tomodensitométrie :
Elle peut aider au diagnostic différentiel entre KOE et kyste
anévrismal.
Le KOE a un aspect homogène, avec ou sans trabéculation.
Le kyste
anévrismal présente souvent des niveaux liquides à l’intérieur de la
cavité.
Ce sont les limites entre le sang frais et le sang sédimenté.
Mais cet aspect peut être également rencontré lors de la fracture d’un KOE.
3- Résonance magnétique nucléaire
:
Elle n’apporte pas d’éléments supplémentaires par rapport à la TDM
et n’est pas capable de différencier le liquide d’un KOE du sang
d’un kyste anévrismal.
TDM et IRM peuvent donc aider au
diagnostic en dehors de contexte fracturaire.
Dans les suites d’une
fracture, aucun de ces examens n’est utile.
D - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL RADIOLOGIQUE
:
C’est celui des lésions ostéolytiques métaphysaires.
Dans la très
grande majorité des cas, il ne pose pas de problème.
L’aspect, et
surtout la localisation, sont typiques.
Il faut être beaucoup plus
prudent lorsque la localisation est inhabituelle.
Différents diagnostics peuvent être évoqués :
– le fibrome non ossifiant est facilement écarté car il part toujours
de la corticale et n’est jamais central ; ses limites sont beaucoup plus
nettes ; les travées intralésionnelles sont beaucoup plus denses ; il se
modifie peu avec le temps ;
– le granulome éosinophile isolé peut prêter à confusion, mais la
forme de l’ostéolyse y est plus irrégulière, avec des limites floues ;
la présence d’autres images ostéolytiques sur le squelette (crâne,
rachis...) doit faire évoquer le diagnostic d’hystiocytose
langerhansienne ;
– la forme monostotique d’une dysplasie fibreuse peut se localiser
au même endroit que les KOE, mais les limites en sont beaucoup
plus floues ; le contenu est beaucoup plus dense, d’aspect délavé ;
l’IRM montre qu’il s’agit d’un tissu qui répond en hyposignal T1 et
T2 ;
– les pseudokystes post-traumatiques sont rares ; ils se situent le
plus souvent à l’extrémité inférieure du radius après une fracture en
« motte de beurre » et sont totalement asymptomatiques ; le contenu
graisseux est facilement mis en évidence par l’IRM si un doute
diagnostique persiste après l’analyse de la radiographie simple qui
montre une lésion ronde, en pleine métaphyse et mal limitée ;
– le kyste anévrismal est en fait le diagnostic différentiel le plus
souvent évoqué et le plus difficile sur la radiographie standard ; l’excentration du kyste anévrismal est caractéristique, mais
ne se voit que lorsqu’il est encore de petite taille et qu’il n’a pas
envahi l’ensemble de la métaphyse ; il est de forme plus irrégulière
que le kyste osseux avec un aspect soufflant beaucoup plus
constant ; l’IRM met en évidence le caractère liquidien du contenu
de la lésion, mais ne peut faire la différence entre le liquide clair du KOE et le sang contenu dans un kyste anévrismal.
Lorsque l’on découvre une lésion lytique diaphysaire chez un
adulte, le diagnostic de KOE est plus difficile.
L’absence
d’antécédents de kyste osseux doit rendre très prudent et conduire
parfois à la ponction ou la biopsie.
Ponction et kystographie.
Intérêt
diagnostique et thérapeutique :
A - PONCTION :
Lorsque l’aspect radiologique n’est pas caractéristique, le diagnostic
de KOE peut être fait sur le simple aspect du liquide contenu dans
le kyste : un liquide citrin fait le diagnostic de KOE, un liquide
sanglant est plus en faveur d’un kyste anévrismal, encore faut-il que
cette ponction soit faite de manière correcte, sous anesthésie et
contrôle radiographique.
Deux aiguilles fines à mandrin doivent être introduites dans le kyste,
là où la corticale est la plus mince de manière à fragiliser le moins
possible la paroi du kyste.
Le mandrin est nécessaire pour éviter de
boucher l’aiguille par un fragment osseux lors de la perforation de
la paroi du kyste.
Il ne faut pas aspirer les premières gouttes de liquide, car cela risque
de faire saigner la paroi du kyste et de rendre l’analyse
macroscopique impossible.
Il faut alors attendre le résultat de
l’analyse cytologique de celui-ci.
La ponction ne peut être utile que si elle est typique : un liquide
sanglant peut correspondre à un KOE fissuré.
B - KYSTOGRAPHIE :
La kystographie est pour nous systématique lorsqu’il est prévu
d’injecter une substance quelconque dans ce kyste.
Elle peut être faite par les deux aiguilles mises en place
précédemment.
Une kystographie faite avec une seule aiguille risque
de faire augmenter la pression à l’intérieur du kyste lors de
l’injection et de montrer alors des passages vasculaires non
physiologiques.
Quelques millilitres de liquide de contraste sont
injectés et suivis immédiatement en scopie, car un passage vasculaire
rapide est très fréquent.
Cela est essentiel à repérer avant toute
injection intrakystique.
Les kystes ayant un gros drainage veineux
sont en phase active.
La kystographie permet également de visualiser la totalité du kyste
s’il est uniloculaire.
S’il existe un cloisonnement de ce kyste, elle
permet de montrer l’absence d’opacification d’une partie de la lésion
et donc de conduire à la mise en place d’une nouvelle aiguille de
manière à traiter la totalité du kyste (la non-vérification de l’aspect
uniloculaire du kyste explique certains échecs des traitements par
injection).
C - BIOPSIE CHIRURGICALE :
Une biopsie n’a d’indication que si la ponction ne permet pas le
diagnostic.
Ceci peut se produire lorsque la ponction ne ramène pas de liquide et qu’il s’agit alors d’une tumeur solide (fibrome non
ossifiant, dysplasie fibreuse) qu’il faut alors biopsier.
Elle peut
également être indiquée lorsqu’il existe une forte probabilité qu’il
s’agisse d’un kyste anévrismal et que la ponction n’a pas permis de
faire le diagnostic, car l’injection de corticoïdes dans un kyste
anévrismal pourrait accélérer son évolution.
Les localisations atypiques de KOE doivent être analysées avec une
grande prudence.
La biopsie y est très souvent indispensable.
Anatomie pathologique :
A - ASPECT MACROSCOPIQUE
:
Les parties molles autour de la lésion sont toujours normales.
Le
périoste est intact, mais la corticale est souvent très amincie, fragile.
Lorsque l’on effondre la paroi du kyste, un liquide citrin s’évacue
en l’absence de fracture récente.
Les parois intrakystiques sont
tapissées d’une fine couche de tissu conjonctif.
Le pôle diaphysaire
du kyste peut être comblé par une fine lamelle osseuse, ce qui
correspond à l’image radiologique de « fond de coquetier ».
À un
stade tardif, l’accumulation de dépôts fibrineux dus à la cicatrisation
peut poser des problèmes diagnostiques avec une dysplasie fibreuse.
B - ASPECT MICROSCOPIQUE
:
L’étude microscopique d’un KOE est peu spécifique.
La paroi intrakystique est faite d’os néoformé d’origine périostée.
La
membrane qui tapisse les parois du kyste est composée d’un tissu
conjonctif lâche, avec quelques dépôts d’hémosidérine, des corps
gras et de rares ostéoclastes.
Certains auteurs ont retrouvé des pseudoépithéliums proches d’un
revêtement synovial.
Lorsque le kyste est en voie de cicatrisation, il se comble d’un tissu
fibreux, puis osseux, de réparation.
En pratique, il ne faut pas faire une biopsie dans l’idée d’avoir un
diagnostic de certitude de KOE, mais plutôt pour éliminer une autre
étiologie dont l’histologie est plus spécifique (kyste anévrismal, par
exemple).
L’analyse du liquide n’est pas très spécifique et est assez proche d’un
transsudat plasmatique, avec des taux de calcium et de protéines
peu différents.
On retrouve dans sa composition de nombreux
facteurs qui sont en fait les témoins d’une lyse osseuse localisée
(taux d’enzymes lysosomiaux, de lacticodéshydrogénase et de PGE2
élevés).
Évolution et pronostic :
A - ÉVOLUTION NATURELLE :
Les KOE sont d’autant plus actifs que le patient est jeune.
Leur
activité dépend également de leur localisation par rapport au
cartilage de croissance.
Lorsque le KOE est accolé ou proche du
cartilage de croissance, il a tendance à augmenter de volume.
La croissance différentielle entre le kyste et l’os fait que,
progressivement, le KOE va se détacher du cartilage de croissance.
Il va alors perdre sa tendance expansive.
D’autres éléments sont des critères d’activité d’un KOE :
– l’amincissement des corticales ;
– la grande taille du kyste ;
– la résorption du cal après une fracture ;
– le caractère multiloculaire du kyste.
Les fractures ont tendance à aider à la guérison du KOE pendant la
croissance.
Ce n’est pas le cas pour les volumineux kystes
diaphysaires de l’adulte.
Les fractures favorisent également le
cloisonnement du kyste qui d’uniloculaire va devenir multiloculaire.
Lorsqu’un kyste est en phase très active, il peut résorber le cal
osseux et poursuivre son évolution.
En fait, l’influence des fractures
sur l’évolution du kyste est directement fonction de son évolutivité
propre ; si le kyste est très actif, elles l’influencent peu, s’il est en
phase peu active, elles participent à sa cicatrisation.
Le risque fracturaire reste difficile à évaluer. La plupart des auteurs
l’associent avec l’évolutivité du kyste, ce qui n’est pas toujours exact.
Kaelin a défini un index fracturaire, basé sur le calcul de la
surface du kyste sur la radiographie de face ou de profil (la position
centrale du kyste fait que les surfaces sont superposables sur ces
deux incidences), rapportée au carré du diamètre du fût diaphysaire.
Un kyste dont l’index kystique est inférieur à 3 et dont les corticales
sont supérieures à 2 mm a un risque fracturaire élevé.
Les fractures
de l’extrémité supérieure de l’humérus se sont produites pour des
index kystiques de 6,12 et, à l’extrémité supérieure du fémur, pour
des index de 4,75.
B - COMPLICATIONS :
1- Fractures
:
Elles sont souvent révélatrices du kyste osseux.
L’os est fragilisé et
le déplacement est dans la majorité des cas minime, au moins pour
les os non portants.
La consolidation se fait dans des délais normaux
et rend le kyste plus résistant pour un certain temps.
Elles peuvent
survenir également à l’âge adulte, sur un KOE de grande taille, alors
qu’il n’est plus évolutif.
Les fractures tiennent une place importante dans l’histoire évolutive
des KOE, mais elle n’est pas univoque et semble directement liée à
l’activité propre du kyste.
Dans 30 % des cas, la fracture aide
à la guérison du kyste ou transforme un kyste uniloculaire en kyste
multiloculaire.
Mais si le kyste est très actif, la régénération osseuse
peut être détruite.
La récidive des fractures peut être à l’origine de
déformations osseuses ou de troubles de croissance.
Chez l’adulte, il ne faut pas compter sur une fracture pour obtenir
la guérison de cette lésion.
2- Extension à l’épiphyse
:
L’extension se fait dans moins de 1 % des cas vers l’épiphyse,
plus souvent à l’extrémité supérieure de l’humérus.
Certaines se
produisent après des interventions de curetage et sont probablement
en rapport avec des lésions iatrogènes du cartilage de croissance.
D’autres apparaissent sans intervention chirurgicale et sont donc
d’authentiques extensions épiphysaires.
Elles doivent faire remettre
en cause le diagnostic.
La recherche par IRM de telle extension
nous paraît inutile étant donné leur faible fréquence et l’absence de
conséquences thérapeutiques immédiates.
Les troubles de croissance qui peuvent se voir sont la conséquence
des fractures et éventuellement de leurs traitements ; les extensions épiphysaires ne semblent pas en être responsables.
3- Transformation maligne
:
Quelques rares cas de transformation maligne de KOE ont été
rapportés dans la littérature. Ils doivent être interprétés avec
circonspection et ne pas faire remettre en cause le caractère toujours
bénin de l’authentique KOE.
Orientation thérapeutique :
A - TRAITEMENT DU KYSTE :
Le KOE est une lésion bénigne, rarement douloureuse ou
handicapante. En fait, le traitement du kyste lui-même n’a comme
seul but que d’éviter les fractures.
Il doit donc être le plus simple et le moins délabrant possible ; les
résections carcinologiques proposées par McNamee sont tout à
fait excessives et n’ont pas de justification.
Lorsqu’on décide d’un
traitement chirurgical avec abord de la lésion, il faut être très
prudent vis-à-vis du cartilage de croissance adjacent qu’il ne faut
absolument pas endommager (risque d’extension épiphysaire ou
d’épiphysiodèse).
1- Traitements chirurgicaux
:
Le principe général est le même dans tous les cas : abord chirurgical
de la lésion, curetage, ostéosynthèse, avec ou sans comblement.
Différents moyens thérapeutiques ont été proposés :
– curetage simple ;
– curetage suivi de comblement par de l’os spongieux prélevé au
niveau de la crête iliaque ;
– résection subtotale des parois kystiques sans greffe ;
– résection subtotale des parois kystiques suivie d’une greffe corticospongieuse ;
– résection sous-périostée des deux tiers de la circonférence des
parois kystiques avec réalisation d’une tranchée osseuse à cheval
entre la zone kystique et la zone corticale diaphysaire saine pour
favoriser la régénération osseuse, avec ostéosynthèse systématique
et greffe accessoire ;
– résection des parois kystiques ne conservant que la paroi
postérieure et comblement par un lambeau musculaire dans le but
d’augmenter l’apport vasculaire.
2- Injections :
Scaglietti a proposé dès 1979 d’injecter les KOE avec des
corticoïdes à effet prolongé : l’acétate de méthylprednisolone (AMP).
Ce choix fait de manière empirique, par analogie entre la
composition du liquide kystique et celui de certains épanchements
articulaires qui réagissent à ces produits, a été conforté par les
travaux de Yu qui a montré, sur des cultures de cellules
synoviales, que l’AMP diminuait la sécrétion de liquide synovial et
augmentait la duplication cellulaire, et par ceux de Shindell qui a
montré que les corticoïdes diminuaient le taux élevé de PGE2
présentes dans les KOE, eux-mêmes activateurs des ostéoclastes.
Scaglietti propose d’injecter les kystes osseux avec 40 à 200 mg
d’AMP, la dose étant choisie en fonction de la taille du kyste, après
lavage de la cavité.
Les patients ne sont pas immobilisés et sont
ensuite suivis cliniquement et radiologiquement tous les 2 ou 3 mois.
Lorsque l’évolution n’est pas rapidement favorable, il réinjecte ces
kystes, sans toutefois préciser le nombre d’injections.
D’autres produits ont été proposés dans le traitement par injection
des KOE.
Différentes équipes injectent actuellement dans les kystes de la
moelle osseuse du patient prélevée au niveau du bassin, avec des
résultats encourageants.
L’Éthibloct est un produit de viscosité importante dont les propriétés
fibrosantes peuvent être utilisées pour le traitement des kystes
anévrismaux et également pour les KOE.
La viscosité importante
de ce produit évite théoriquement le passage dans la circulation
générale en cas de drainage vasculaire important.
Des réactions
inflammatoires locales sont fréquentes, s’accompagnant parfois d’une
hyperthermie. Pour les promoteurs de la méthode, une injection est
suffisante pour obtenir la guérison du kyste.
Ils réservent leurs
indications aux KOE résistant aux injections de corticoïdes.
Actuellement, l’utilisation des biomatériaux ostéoconducteurs
(phosphates tricalciques, hydroxyapatite, bioverres) est en cours
d’évaluation.
Killian a rapporté une série de 11 patients traités
par injection de matrice osseuse déminéralisée. Neuf kystes ont
cicatrisé avec une seule injection en moyenne dans un délai de
4 mois et demi.
Nous n’avons pas retrouvé de série rapportant une expérience
similaire avec d’autres biomatériaux ostéoconducteurs ou ostéoinducteurs
(bone morphogenetic protein [BMP]).
Les espoirs placés
dans la possibilité prochaine d’utiliser de la BMP doivent être
tempérés, car ce produit est très souvent d’origine animale (risque
de transmission d’affections virales ou autres), son coût reste
actuellement très élevé et les quantités nécessaires pour obtenir un
effet bénéfique restent importantes.
On n’en connaît pas pour
l’instant toutes les conséquences (surstimulation des lignées
mésenchymateuses responsables de transformation maligne ?).
3- Indications thérapeutiques et résultats
:
Les indications dépendent directement des résultats de chaque
technique rapportés dans la littérature.
Ils restent très difficilement
interprétables, car le résultat d’un traitement quelconque dépend
très directement du stade évolutif du kyste et des critères de
guérison choisis.
Les injections de corticoïdes permettent d’obtenir 55 % de guérison
toutes localisations confondues en fin de croissance.
Les
kystes qui réagissent le moins bien aux injections de corticoïdes sont
ceux qui se situent au contact du cartilage de croissance, chez des
enfants de moins de 10 ans.
De même, une surface projetée
supérieure à 21 cm2 est de mauvais pronostic.
Seuls deux auteurs ont comparé des patients traités chirurgicalement
et par des injections de corticoïdes :
– Oppenheim obtient globalement 75 % de cicatrisation avec les
injections de corticoïdes contre 62 % avec le traitement chirurgical ;
les résultats sont moins bons chez les moins de 10 ans qui réagissent
mieux au traitement chirurgical ; en revanche, il n’a pas trouvé de
différence significative entre les kystes actifs ou latents traités par
injections de corticoïdes ;
– Campanacci obtient, avec le traitement chirurgical (curetage et
comblement par des greffons corticospongieux), 46 % de guérison primaire et 31 % de reprise chirurgicale ; avec les injections de
corticoïdes, 50 % des KOE guérissent totalement, 25 % diminuent de
taille (guérison partielle), 10 % résistent et 15 % récidivent.
Globalement, les résultats des deux types de traitement sont
équivalents sur la guérison du KOE.
La simplicité du traitement par
injection plaide en sa faveur.
La simple surveillance est tout à fait justifiée devant un kyste peu
fragilisant.
Cela permet surtout de se faire une idée de son potentiel
évolutif et donc de décider d’un traitement actif avec des arguments
supplémentaires.
Pour les os non portants, les indications
chirurgicales sont rares.
Les kystes de l’extrémité supérieure du fémur à haut risque fracturaire
doivent être ostéosynthésés.
Lors de l’abord, un curetage du kyste est
fait avec ou sans comblement.
On pourrait imaginer, en cas
de résistance à ce traitement, de compléter par des injections.
Lorsque les kystes sont proches du cartilage de croissance cervicocéphalique, une ostéosynthèse solide est difficile à réaliser
sans prendre le risque de léser le cartilage de croissance.
B - TRAITEMENT DES FRACTURES
:
À l’extrémité supérieure de l’humérus : le traitement des fractures à
ce niveau doit être orthopédique dans la très grande majorité des
cas, car la plupart des fractures sont incomplètes et consolident dans
des délais normaux, avec une simple immobilisation de 3 à 6
semaines.
En cas de fracture déplacée ou récidivante, une ostéosynthèse par
embrochage centromédullaire élastique stable est tout à fait justifiée,
ce d’autant que la perforation du kyste par les broches et la mise en
communication du canal médullaire avec le kyste semblent favoriser
la guérison du kyste.
Ceci est parfois réalisé au prix d’une
perforation du cartilage de croissance par les broches, avec un risque
(certes minime) d’épiphysiodèse et également d’extension
épiphysaire du kyste.
À l’extrémité supérieure du fémur : les problèmes sont ici très
différents, car les fractures se font plus souvent avec des
déplacements plus importants.
Le risque de nécrose épiphysaire
justifie une ostéosynthèse solide qui permette la consolidation de la
fracture et protège contre le risque de récidive.
Une surveillance régulière doit être faite, car la croissance peut
rapidement rendre inefficace une ostéosynthèse.
Conclusion
:
Le KOE est une lésion bénigne dont le diagnostic est facilement fait à la
radiographie standard dans la majorité des cas.
Les examens
radiologiques complémentaires sont peu utiles, surtout en cas de
fracture associée.
La biopsie ne doit être faite qu’en cas de doute
diagnostique (aspect radiographique et/ou localisation inhabituelle).
La
ponction permet de faire le diagnostic lorsqu’elle ramène un liquide
citrin.
La kystographie montre un éventuel drainage veineux important
qui est une contre-indication à l’injection de tout autre produit.
Elle
visualise également l’aspect uni- ou multiloculaire du kyste.
Le kyste accolé au cartilage de croissance au début va progressivement
migrer et perdre ainsi de son activité.
Les transformations malignes
sont tout à fait exceptionnelles et le seul vrai risque évolutif est la
survenue de fracture.
Le traitement a pour but essentiel de prévenir
celles-ci.
Il doit être le moins délabrant possible.
Les localisations humérales doivent être traitées par injection de
corticoïdes ou de moelle osseuse (ou autre).
Seules les localisations à
l’extrémité supérieure du fémur conservent une indication chirurgicale,
de curetage et ostéosynthèse du col, pour prévenir le risque de fracture.