Kyste anévrismal des os Cours de l'appareil locomoteur
Généralités, définitions
:
On distingue quatre types principaux de kystes anévrismaux :
– les kystes anévrismaux classiques, qui représentent une entité
particulière, possédant des aspects cliniques, radiographiques et
pronostiques particuliers qui sont décrits plus loin ;
– les kystes anévrismaux secondaires qui peuvent apparaître à la
suite de traumatismes ou de fractures ou se surajouter à des lésions
préexistantes (kyste osseux essentiel, dysplasie fibreuse, tumeur
brune d’une hyperparathyroïdie primitive), à des tumeurs osseuses
bénignes (tumeur à cellules géantes, chondroblastome,
ostéoblastome, fibrome histiocytaire géant) ou, enfin, à des tumeurs
malignes (hémangioendothéliome, ostéosarcome télangiectasique).
Campanacci estimait que cette terminologie était incorrecte et que
le diagnostic de kyste anévrismal ne devait être posé que lorsque
toute autre pathologie concomitante ou préexistante pouvait être
exclue.
En outre, il conseillait de ne plus utiliser les termes de « kyste
anévrismal secondaire à un ostéoblastome » (chondroblastome, etc)
et de les remplacer par « ostéoblastome avec aspects kystiques et
hémorragiques » ;
– les kystes anévrismaux solides (ou granulomes de réparation à
cellules géantes) qui ne se différencient des formes classiques que
par un aspect macroscopique plus compact alors que les autres
caractéristiques cliniques (distribution selon le sexe, l’âge, la position
et le siège), le tableau radiologique, le traitement et le pronostic sont
superposables à ceux des formes classiques ;
– les kystes anévrismaux des parties molles.
Ils peuvent se
développer dans les muscles, les espaces périvasculaires,
le creux sus-claviculaire ou inguinal, et ceci sans atteinte de
l’os.
Le tissu présent à l’intérieur de la lésion a les mêmes
caractéristiques histologiques que les kystes anévrismaux, alors que
l’aspect radiologique peut rappeler, ou être identique, à celui de la
myosite ossifiante (masse radiotransparente située dans les parties
molles, bordée par un liseré d’os scléreux).
Épidémiologie :
En 1950, Lichtenstein a été le premier à décrire le kyste anévrismal
comme une entité nosologique particulière, rejetant l’hypothèse
précédente selon laquelle il s’agissait d’une tumeur à cellules
géantes ou d’un angiome atypique de l’os.
Le kyste anévrismal de l’os est une lésion rare, dont l’incidence est
de 0,14 pour 100 000 habitants.
Il représente 1 % des tumeurs
osseuses ; il est deux fois moins fréquent que la tumeur à cellules
géantes, et quatre à sept fois plus rare que l’ostéosarcome.
Il
existe une légère prédominance chez la femme et le kyste apparaît
habituellement (90 % des cas) avant l’âge de 30 ans.
Les cas
familiaux (père et fils) sont exceptionnels.
Physiopathologie :
Le kyste anévrismal est un processus hyperplasique, réactif à une
hémorragie sous-périostée ou intraosseuse.
Il s’agit donc d’une
lésion pseudotumorale provoquée par des altérations hémodynamiques.
On suppose qu’une augmentation de la pression
intraveineuse d’origine encore inconnue provoquerait une
hémorragie locale qui, à son tour, stimulerait la prolifération d’un
tissu réactif avec activation ostéoclastique.
La résorption osseuse qui
s’ensuit serait cause d’une nouvelle hémorragie qui pérennise le
processus.
Ce phénomène peut progresser de manière continue
(menant à une lésion rapidement invasive et hautement destructrice)
ou alors disparaître progressivement, aboutissant à une ossification
des parois de la cavité.
Cette régression, parfois spontanée, fait plus
souvent suite à des agressions mineures (biopsie), à une irradiation,
à la normalisation des pressions intrakystiques après embolisation,
ou à l’injection de substances ostéo-inductrices.
Un mécanisme analogue (hémorragie avec activation consécutive de
tissu réactif ostéolytique) peut être à l’origine de kystes anévrismaux
secondaires survenant sur des lésions dysplasiques ou tumorales.
Les rares études immunogénétiques effectuées sur le tissu du kyste
anévrismal n’apportent pas d’élément déterminant : des anomalies
cytogénétiques sont rapportées par certains, exclues par
d’autres, alors qu’une augmentation de l’activité télomérasique
serait fréquemment observée.
Récemment, des études angiographiques et immunohistochimiques
ont montré, d’une part l’absence de malformation artérielle ou
de shunt artérioveineux, d’autre part la présence de vaisseaux
veineux efférents tortueux et dilatés, visibles au cours de la phase
veineuse tardive, qui seraient la cause d’une augmentation des
résistances veineuses périphériques.
Symptomatologie :
La douleur et surtout la tuméfaction sont des symptômes principaux
non spécifiques.
Souvent (30 % des cas), on relève un traumatisme
comme élément déclenchant.
Il a été décrit des cas exceptionnels
apparus après rupture du ligament croisé ou après nécrose épiphysaire de l’enfant.
Parfois, les symptômes apparaissent ou
s’aggravent au cours de la grossesse, ce qui est compréhensible étant
donné la nature hyperhémique de la lésion.
Bien que le kyste soit
ostéolytique et souvent amincisse les corticales, les fractures des os
longs sont assez rares.
Au rachis au contraire, les tassements
vertébraux et les symptômes neurologiques qui en découlent
(compression médullaire ou radiculaire) sont fréquents (45 % des
cas).
Parfois, les kystes peuvent atteindre des dimensions
considérables et prendre l’allure d’une tumeur maligne.
Localisations :
A - DONNÉES GLOBALES :
Il s’agit habituellement d’une lésion unique.
Les localisations
successives ou bilatérales sont rarissimes : dans de telles
situations, il faut s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un hémangioendothéliome
multifocal, d’un ostéosarcome télangiectasique
métastatique et/ou d’une hyperparathyroïdie.
Selon les données de la littérature, le siège le plus fréquent se
situe aux os longs du membre inférieur (366 cas sur 897), puis sur le
squelette axial (205 cas/897) et les os longs des membres supérieurs
(144 cas).
Le tibia est le siège de prédilection (157 cas), suivi du
fémur (143 cas), du bassin (104 cas), du rachis dans son ensemble
(101 cas).
Une fréquence non négligeable est également observée au
péroné (66 cas).
Les localisations aux mains (42 cas) et aux pieds
(57 cas) sont rares et presque toujours limitées aux os tubulaires. Le
bassin représente la localisation préférentielle en ce qui concerne les
os plats (61 cas).
B - OS LONGS :
Le kyste anévrismal des os longs siège habituellement à la
métaphyse (45 à 56 % des cas) ou la zone métaphysodiaphysaire
(40 à 28 % des cas), rarement à la diaphyse et jamais à l’épiphyse,
du moins isolément.
Il peut, en revanche, s’étendre de la
métaphyse vers l’épiphyse.
Chez l’enfant, les kystes anévrismaux juxtaépiphysaires des os longs peuvent franchir le cartilage de
croissance, envahir l’épiphyse et provoquer des troubles de
croissance.
L’envahissement épiphysaire est plus fréquent (70 %)
chez les patients âgés de plus de 13 ans, alors qu’il est plus rare
(7 %) chez les enfants très jeunes. Le phénomène se produit
surtout pour les kystes de type II agressifs.
Ceci a été confirmé
par d’autres auteurs qui ont observé un franchissement du
cartilage de croissance chez 23 % des jeunes patients dont le cartilage
était encore ouvert et chez 68 % des patients à cartilage déjà fermé.
C - COLONNE VERTÉBRALE :
À la colonne vertébrale, les segments cervicaux et thoraciques sont
les plus affectés, suivis par le sacrum puis par le rachis lombaire.
Le
kyste anévrismal de localisation vertébrale touche presque
constamment l’arc postérieur et s’étend très souvent (deux tiers des
cas) au corps vertébral.
Les lames sont les éléments
postérieurs le plus fréquemment touchés (80 %) suivis des pédicules
(59 %) et plus rarement des apophyses épineuses, des transverses et
des facettes articulaires (22 %).
Les localisations isolées du corps
vertébral sont rares.
Parfois (15 %), on peut observer une
extension du processus à une ou plusieurs vertèbres contiguës (15-
40 % des cas), probablement par l’intermédiaire des facettes
articulaires (dont la surface cartilagineuse ne constituerait pas une
barrière), alors que le disque vertébral est en général préservé.
D - PELVIS :
Au pelvis, le kyste se localise habituellement sur le cadre obturateur
(branche iliopubienne, ischion) et de là peut s’étendre jusqu’à
l’acétabulum (50 % des cas) ou plus rarement jusqu’à l’aile iliaque
(20 %) ou sur tout un hémipelvis.
Tous les cas de kystes
anévrismaux rapportés par Vergel étaient au voisinage du
cartilage en « Y » : lorsque cette structure est encore ouverte, elle est
franchie dans 33 % des cas ; après sa fermeture, elle est franchie dans
75 % des cas.
Au pelvis, le kyste anévrismal peut parfois prendre un
aspect agressif pseudomalin.
E - SACRUM
:
Au sacrum, contrairement au rachis mobile, on observe presque
toujours une atteinte antérieure et postérieure, et constamment
l’atteinte de plusieurs pièces sacrées.
En cas de localisation à l’aileron
sacré, le cartilage de l’articulation sacro-iliaque ne représente pas
toujours une barrière et peut donc être dépassé, le kyste envahissant
alors le bassin.
Aspects radiologiques :
A - PHASES ÉVOLUTIVES :
Le kyste anévrismal présente plusieurs phases évolutives aux
caractéristiques différentes :
– à la phase initiale, il apparaît sous la forme d’une lésion purement
ostéolytique de siège souvent excentré ou même sous-périosté, et
donc rarement intramédullaire.
La corticale peut être amincie ou
détruite.
Le périoste peut être décollé et repoussé vers les parties
molles sans présenter de réaction d’ostéogenèse.
Les limites entre
kyste et parties molles ne sont pas visibles.
Le bord interne de la
cavité est irrégulier, peu net, simulant parfois une lésion maligne.
Cette phase est définie « agressive » et appelée « stade 3 de Enneking
» ;
– à la phase intermédiaire, est observée une réaction ostéoformatrice
du périoste qui souligne le contour du kyste sous forme d’un fin
liseré d’os néoformé d’aspect initialement discontinu, puis de plus
en plus net.
Du côté diaphysaire du décollement périosté, on peut
voir se constituer un triangle de Codman.
Les limites intraosseuses
de la lésion sont assez nettes, présentant un fin liseré d’os
réactionnel ; par la suite apparaissent de fins septa ou crêtes
pariétales endo-osseuses.
Le kyste peut atteindre un volume
considérable, soufflant et déformant la pièce osseuse.
Cette phase
est dite « active » ou stade 2 de Enneking ;
– à la phase tardive ou de réparation, les bords de la lésion et les septa endo-osseux deviennent de plus en plus scléreux et épais.
Les
contours sont nets et bien individualisés, avec une bordure dense
vers l’intérieur de l’os et un fourreau osseux périosté en direction
des parties molles.
Le kyste peut partiellement s’ossifier, formant un
os trabéculaire immature (frosted glass) et/ou diminuer lentement
de dimensions.
Cette phase est dite « inactive » ou « latente » ou
stade 1 de Enneking ; elle est observée dans les rares cas de guérison
spontanée ou bien à la suite d’un traitement radiothérapique, d’une
embolisation ou de stimuli ostéo-inducteurs.
B - CLASSIFICATION :
En 1985, Capanna et al ont proposé une classification, utilisée
ensuite par d’autres auteurs, basée sur cinq types
morphologiques différents.
– Type I : le kyste occupe la partie centrale de l’os, la corticale est
normale ou légèrement soufflée mais non rompue.
Ce type est
habituellement observé aux métaphyses ou aux zones métaphysodiaphysaires des os longs ; c’est la forme la plus
habituelle dans l’os spongieux.
– Type II : la lésion intéresse tout un segment osseux qui est le siège
d’une importante tuméfaction avec corticale amincie.
Cette variété
se voit en général aux métaphyses ou aux zones métaphysodiaphysaires des os longs de petit calibre (péroné, radius,
cubitus) ou des os tubulaires (métacarpes, métatarses), endroits où
le kyste peut concerner rapidement toute la largeur de l’os.
C’est
aussi le type le plus fréquemment observé sur les os plats.
– Type III : ce sont des kystes excentrés, habituellement de siège
métaphysaire, beaucoup plus rarement métaphysodiaphysaire, qui ne touchent qu’une seule corticale, en ne provoquant en général que
peu de modifications du contour osseux.
Dans de tels cas, on ne peut exclure l’hypothèse que le kyste soit né
en zone sous-périostée, et que par la suite il détruise la fine corticale
osseuse et le spongieux sous-jacent.
Ultérieurement, le périoste (qui
ne se décolle pas facilement de la corticale dans de telles régions du
fait de la présence d’insertions capsulotendineuses) reforme un
fourreau osseux qui peut donner une fausse impression d’origine
centrale du kyste.
– Type IV : ce sont des formes rares, d’origine clairement souspériostée,
qui érodent la face superficielle de la corticale.
Initialement, le soulèvement périosté n’est visible qu’à
l’angiographie ou à l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Par
la suite, il va s’ossifier.
Cette variété est presque exclusivement
observée dans les rares formes diaphysaires, là où le périoste se
décolle facilement et où la corticale est relativement épaisse.
– Type V : il s’agit encore de kystes sous-périostés mais qui
s’expandent vers les parties molles ou vers l’intérieur de l’os en
détruisant la corticale.
Cette variante s’observe dans les zones métaphysodiaphysaires, là où le périoste est facilement décollable
mais où la corticale est fine.
Commentaire :
Dans notre expérience, les types I, II, III et V ont à
peu près la même fréquence (23 %), alors que la forme IV est
nettement plus rare (5 %).
Vergel et al rapportent 23 % de lésions
centromédullaires, 58 % de lésions médullaires excentrées, 12 % de
lésions corticales (comparables au type V) et 7 % de lésions
superficielles (superposables au type IV).
C -
ANGIOGRAPHIE :
Elle ne montre pas d’importants pédicules vasculaires mais plutôt
un fin réseau de petits vaisseaux avec blush uptake diffus et
persistance prolongée du produit de contraste à l’intérieur du kyste.
Il n’y a jamais de malformation artérielle ou de shunt artérioveineux,
mais on a rapporté des anomalies veineuses lors de la phase
tardive.
D - TOMODENSITOMÉTRIE (TDM)
:
Elle montre souvent des niveaux liquides intrakystiques : le sérum
(du fait de sa basse densité) se sépare des cellules sanguines (plus
denses).
Mieux qu’en radiologie conventionnelle, on peut ici
visualiser le décollement périosté, l’apparition d’une fine ossification
périostée néoformée, le liseré de sclérose intraosseuse, l’éventuelle
destruction de la corticale.
E - IMAGERIE PAR RÉSONANCE MAGNÉTIQUE
:
Elle montre les septa intrakystiques, avec leur aspect en « bulle de
savon », bien mis en relief par la fixation du gadolinium. On peut
repérer les niveaux liquides.
Le sang à l’intérieur des lacunes
kystiques est détecté par un fort signal en T2.
Les niveaux
liquides ne sont pas spécifiques du kyste anévrismal, pouvant aussi
être observés dans d’autres tumeurs à forte composante vasculaire
(ostéosarcome télangiectasique, kystes anévrismaux secondaires).
Selon certains auteurs, ils sont mieux évalués par l’échographie que par la TDM.
Les niveaux liquides sont fréquemment observés
lors de la phase intermédiaire ou finale (88 % des cas), alors qu’ils
sont habituellement absents au stade initial ou lorsque le kyste a été
remanié par des biopsies ou de précédentes interventions
chirurgicales.
F - SCINTIGRAPHIE OSSEUSE AU TECHNÉTIUM
:
Elle montre une fixation forte en périphérie de la lésion, tandis que
la zone centrale est peu ou pas fixante.
Anatomie pathologique :
A - ASPECTS MACROSCOPIQUES :
Contrairement au tableau radioclinique parfois agressif et
pseudomalin, l’aspect macroscopique d’un kyste anévrismal est
plutôt rassurant.
Les tissus mous avoisinants, même s’ils sont
refoulés par le kyste et un peu adhérents au périoste, ne sont jamais
envahis : le kyste est entouré d’un périoste continu.
Il peut parfois
se présenter sous la forme d’un « sac fibreux » de consistance molle
et de couleur bleuâtre (contenu sanguin visible à travers un périoste
aminci et translucide).
Le périoste peut être le siège d’une
ostéogenèse réactionnelle.
Lorsque, en cours d’intervention, on ouvre un kyste anévrismal, on
constate souvent une abondante hémorragie de sang veineux.
Cette
hémorragie persiste pendant tout le temps du curetage du tissu intrakystique.
Elle ne cesse qu’après son exérèse complète.
La cavité est occupée par un tissu d’aspect spongieux contenant
d’épais septa de couleur gris rougeâtre (plus rarement blanchâtre)
qui délimitent des lacunes remplies de sang parfois coagulé.
Ce sang
n’est pas en connexion avec la circulation corporelle ; il est « filtré »
à travers les parois de la cavité.
Le tissu intrakystique se détache
facilement des parois osseuses, laissant apparaître une surface bien
nette d’os cortical ou spongieux.
Dans les formes inactives du kyste anévrismal, le contenu liquide
est parfois plus séreux que sanglant et son contenu « solide » est
réduit à quelques cloisons fibreuses.
Dans certains cas, le kyste anévrismal est rempli d’un tissu charnu
(ayant les caractéristiques précédemment décrites) mais d’aspect
plus compact, c’est-à-dire sans septum ni lacune.
C’est le kyste
anévrismal dit « solide » (ou granulome de réparation à cellules
géantes).
B - ASPECTS MICROSCOPIQUES :
Au faible grossissement, on a affaire à une structure spongieuse
contenant des cavités (distendues par du sang si le kyste a été
réséqué en « monobloc », collabées et réduites à des fentes si la lésion a été enlevée par curetage).
Ces cavités ne présentent pas de
paroi vasculaire ou de revêtement endothélial propre.
Dans les kystes actifs, le contenu est formé d’un tissu richement
cellulaire, de type fibroblastique avec des cellules géantes
plurinucléées, associé à un riche réseau capillaire dans lequel
peuvent être observées quelques fines travées osseuses.
Dans les
kystes quiescents, les septa et les cloisons se transforment en tissu
fibrohyalin ou en fibrocollagène dense, contenant peu de fibroblastes
et de fibrocytes, mais beaucoup d’hémosidérine.
Diagnostic différentiel :
A - KYSTE OSSEUX ESSENTIEL :
Les éléments utiles au diagnostic différentiel sont la localisation, le
type de liquide intracavitaire (clair ou sanglant), l’aspect
radiologique et IRM, le mode de croissance et l’évolution clinique.
L’examen anatomopathologique permet de trancher dans
les cas douteux.
B - FIBROME CHONDROMYXOÏDE :
C’est une lésion lytique métaphysaire excentrée pouvant simuler un
kyste anévrismal, d’autant qu’il survient dans la même tranche
d’âge.
Cependant, cette tumeur, qui détruit parfois la corticale sans
la souffler, a souvent des limites polycycliques et des cloisonnements
d’aspect bulleux.
L’ IRM montre l’absence de cloison et de contenu
liquide.
L’anatomie pathologique permet facilement de distinguer
les deux entités.
C - TUMEUR À CELLULES GÉANTES
:
Les critères du diagnostic différentiel sont :
– l’âge des patients : toutes les lésions ostéolytiques métaphysaires
au contact du cartilage de croissance sont, sauf cas exceptionnel, des
kystes anévrismaux ou des fibromes histiocytaires ;
– l’aspect macroscopique : la tumeur à cellules géantes est plus
molle que le kyste anévrismal (qui est plus riche en stroma
collagène) ; elle se laisse mal détacher des parois de la cavité ;
– l’aspect anatomopathologique : il met en évidence, dans la tumeur
à cellules géantes, des zones charnues contenant des cellules mononucléées typiques, des cellules géantes multinucléées sur un
fond de tissu fibreux peu abondant.
Un tel aspect est d’ailleurs
présent dans les kystes anévrismaux solides (dits aussi « granulomes
de réparation à cellules géantes »).
D - OSTÉOSARCOME TÉLANGIECTASIQUE
:
Le diagnostic est difficile sur les seules données cliniques et
radiographiques, notamment en cas de kyste anévrismal agressif.
En effet, les deux formes touchent la même tranche d’âge, les mêmes
régions squelettiques, et peuvent avoir le même tableau radiologique
(ostéolyse intense, avec réaction périostée modérée ou absente,
refoulement et interruption de la corticale) ; la confusion persiste lors
de l’examen IRM (présence de septa et contenu liquide sanguin avec
niveaux de densité différents).
Le diagnostic différentiel est uniquement possible lors de l’examen
anatomopathologique qui révèle, dans l’ostéosarcome télangiectasique, des cellules de haut grade de malignité et des zones
de nécrose.
Le diagnostic reste parfois difficile dans les cas
d’ostéosarcome télangiectasique présentant de vastes cavités
kystiques et une faible composante cellulaire néoplasique (celle-ci
doit donc être recherchée avec soin et attention sur toute la
préparation) ou encore dans certains cas, heureusement
exceptionnels, d’ostéosarcomes télangiectasiques de bas grade dans
lesquels les cellules néoplasiques sont difficiles à mettre en évidence.
Dans une revue de la littérature sur les « soi-disant kystes
anévrismaux à évolution maligne », il a été démontré que la majorité
des cas étaient dès le départ des ostéosarcomes télangiectasiques de
bas grade méconnus, pris pour des kystes anévrismaux.
Traitement et résultats :
A - GUÉRISON SPONTANÉE :
Des cas de guérison spontanée ont été rapportés.
Cette éventualité
ne représente pas plus de 3 % des cas (cinq sur 198 observations).
Cette guérison spontanée fait souvent suite à un acte chirurgical
minime (biopsie).
Elle est plus fréquente chez l’ adulte et dans
les localisations pelviennes (branches ilio- et ischiopubienne).
On assiste au remplacement progressif de l’ostéolyse par un tissu
osseux trabéculaire amorphe (ayant un aspect en « verre dépoli »)
tandis que le volume apparent de la lésion s’atténue.
Cette évolution
peut également être observée après radiothérapie.
B - RADIOTHÉRAPIE :
Même à des doses moyennes ou basses (20-40 G) ce traitement est
efficace.
En 1968, Nobler et al soulignent le faible
pourcentage de récidives locales après irradiation (9 %).
Ces
résultats positifs ont été confirmés par d’autres auteurs qui ont
insisté sur l’importance d’un traitement par mégavoltage en haute
énergie et avec de faibles doses ; l’intérêt d’une injection directe
de phosphate chromique 32P colloïdal a aussi été mentionné.
Cependant, dans les grandes séries historiques, l’irradiation (seule
ou à titre d’adjuvant postopératoire) n’était pas apparue comme
aussi efficace.
Le pourcentage de récidives oscillait entre 22 et 17 %.
Les complications postradiothérapiques ont été nombreuses :
tassements vertébraux, destruction du cartilage de croissance avec
les déformations squelettiques consécutives que l’on connaît,
altérations gonadiques, ostéonécrose de l’épiphyse fémorale,
ankylose de hanche, paralysie du quadriceps ou du psoasiliaque
pour les localisations pelviennes.
La complication la plus grave de l’irradiation reste le sarcome radioinduit
: au moins 13 cas de sarcomes sur des kystes anévrismaux
irradiés ont été observés de 2 à 28 ans après l’irradiation.
En raison du nombre élevé des complications et du risque de tumeur radio-induite, le traitement par radiothérapie ne devrait garder que
d’exceptionnelles indications.
C - EMBOLISATION CLASSIQUE
:
L’embolisation sélective est de plus en plus souvent utilisée dans le
traitement des kystes anévrismaux, surtout dans des zones d’accès
opératoire difficile (pelvis, vertèbres, sacrum) ou de zones où il n’est
pas possible de contrôler les pertes sanguines au moyen d’un garrot
(ceinture scapulohumérale, fémur proximal).
Certains auteurs ne l’utilisent que comme traitement
préopératoire pour diminuer le saignement pendant le curetage et
permettre ainsi une ablation plus complète et plus précise de la
lésion.
D’autres, au contraire, considèrent que l’embolisation peut être le
seul traitement.
L’embolisation aurait, à elle seule, la faculté de rendre le kyste inactif
(bloquant sa croissance et éliminant sa symptomatologie
douloureuse dans 90 % des cas) ; elle semble bien induire des
phénomènes de réparation (avec ossification progressive des septa
et des parois osseuses chez 58 % des patients) pour finalement
permettre un remodelage osseux (avec nette diminution du volume
dans 16 % des cas).
Les signes de reconstruction osseuse
débutent au bout de 2 à 4 mois et se terminent au bout de 8 à
12 mois, mais les phénomènes de remodelage sont en fait incomplets
et très lents (quelques années).
Globalement, l’évolution des kystes
après embolisation rappelle celle des kystes irradiés.
Cet effet de
réparation est particulièrement utile et souhaitable dans les kystes
qui soufflent l’os (type II) en phase agressive : même en cas de
réponse partielle, l’apparition d’une ossification périphérique facilite
une chirurgie ultérieure, rendant alors praticable une intervention
de curetage plutôt qu’une résection.
Souvent (chez 70 % des patients), l’embolisation doit être répétée
(de deux à quatre fois) avant de pouvoir constater un début de
réponse. Une absence de réponse est observée chez 10 % des patients
embolisés.
Il faut cependant préciser que l’embolisation n’est pas
toujours praticable, soit en raison de l’absence de mise en évidence
des vaisseaux afférents (dans les lésions vertébrales), soit parce que
le vaisseau afférent du kyste est également un vaisseau nourricier
de la moelle épinière.
Cette éventualité limite l’application de la
méthode à 80 % des kystes traités.
Le risque majeur des embolisations sélectives est l’ischémie de structures vitales
(viscérales et surtout nerveuses).
Pour cette raison, mais aussi afin
de prévenir des lésions neurologiques liées à une éventuelle
occlusion des vasa nervorum, il est conseillé d’évaluer les potentiels
évoqués somatosensitifs avant de pratiquer l’embolisation.
Il est
aussi recommandé d’effectuer l’embolisation périphérique avec des
particules fines (polyvinyl alcool) plutôt qu’avec des spirales de
Gianturco, ces dernières rendant difficile ou impossible la répétition
des embolisations.
D - EMBOLISATION PERCUTANÉE
:
Déjà largement appliquée avec succès dans le traitement des
malformations veineuses des parties molles, cette technique a été
récemment appliquée aux kystes anévrismaux du fait des analogies
histologiques, angiographiques et pathogéniques des deux maladies.
La substance utilisée est une solution alcoolique d’une protéine du
blé dénommée zéine (Ethibloct).
Celle-ci se comporte comme un
puissant agent sclérosant qui induit localement une thrombose intravasculaire accompagnée d’une réaction inflammatoire locale
importante, suivie à distance d’une intense fibrose puis de processus
de réparation ostéogénique.
Cette substance est introduite sous contrôle TDM (dans les
localisations pelviennes principalement) ou mieux encore sous
contrôle radioscopique : la viscosité élevée du produit et sa
radio-opacité permettent de contrôler le bon remplissage du kyste et d’éviter le passage du produit dans la circulation.
Il est bon,
pendant l’injection du produit, d’effectuer, lorsque cela est possible,
une compression manuelle des gros vaisseaux veineux en amont de
la lésion.
Avant l’injection du produit sclérosant, il faut injecter un liquide de
contraste habituel et non toxique ; si on constate un franc passage
du produit dans la grande circulation, il faut renoncer à
l’embolisation car des cas exceptionnels d’embolies pulmonaires ont
été décrits.
Si le remplissage du kyste n’est pas complet, il faut parfois effectuer
des injections séparées pour atteindre les différentes zones, en
contrôlant chaque fois au préalable l’importance et les modalités des
fuites intraveineuses.
Après l’injection apparaît une intense réaction inflammatoire locale
avec douleur et parfois de la fièvre. Des cas exceptionnels ont été
rapportés dans lesquels la réaction a été si violente qu’elle a imposé
l’ablation chirurgicale de la substance.
La réponse radiologique ne peut être évaluée qu’après 6 mois ; à
cette période, si l’évolution n’est pas en bonne voie, il faut discuter,
soit d’effectuer une autre injection (réponse partielle), soit d’attendre
6 mois de plus pour que se complètent les manifestations
ostéogéniques de réparation (elles peuvent demander plus de 1 an
pour se constituer).
Dans une grande série rapportée par Guibaud, une régression totale a été obtenue dans 87 % des cas,
et une régression partielle dans les 13 % restants, ceci sans aucune
récidive.
E - CHIRURGIE
:
Elle représente actuellement le traitement de choix.
Dans les plus
grandes séries, le pourcentage de récidives locales après curetage
conventionnel est de 20 % environ.
Mais certains auteurs
rapportent des pourcentages nettement supérieurs (entre 37 et 59 %)
et conseillent l’association d’adjuvants locaux ou le recours, lorsque
cela est possible, à des interventions plus agressives (hémirésection
ou résection totale sous-périostée).
Dans une importante revue de la littérature de 771 cas, les
pourcentages suivants de récidives ont été rapportés :
– 30,8 % (149 cas sur 484) après curetage simple ;
– 14,2 % (5 cas sur 35) après curetage et irradiation ;
– 12,8 % (10 cas sur 78) après curetage associé à une cryothérapie ;
– 7,4 % (6 cas sur 81) après résection marginale ;
– 0 % (0 cas sur 59) après résection large ;
– 11,8 % (4 cas sur 34) après irradiation isolée.
Les récidives apparaissent dans les 2 ans qui suivent l’intervention
et dépendent de différents facteurs :
– l’âge du patient : le risque est trois fois plus élevé chez les patients
jeunes (moins de 15 ans ou avec cartilages de croissance ouverts) ;
– le siège : les variétés « centromédullaires » (types I et II) récidivent
beaucoup plus souvent (cinq fois plus) que les formes souspériostées
(types III, IV, V) ;
– le stade : les récidives se voient uniquement dans les formes
actives ou agressives, jamais dans les formes inactives ;
– un indice mitotique élevé ;
– des indications opératoires incorrectes et des techniques
opératoires insuffisantes (curetage par un abord étroit, nonutilisation
d’adjuvants locaux).
En 1986 a été proposé un protocole, actuellement encore parfaitement
valable, pour un traitement différencié des kystes anévrismaux ; il intègre
les facteurs de risque cités plus haut.
Ses principaux
éléments sont les suivants :
– le curetage économique à travers un orifice osseux étroit n’est
indiqué que pour les kystes centraux ou excentrés (type I ou III), de
stade 1 ou inactif ;
– le curetage doit être plus extensif et réalisé par une large ouverture
corticale (véritable « saucérisation ») dans tous les kystes de types I et II, de stade évolutif ou agressif.
Il est important de pratiquer
l’exérèse complète de tous les septa et crêtes osseuses internes à la
cavité avec avivement des parois à la fraise rotative à haute vitesse
(qui à elle seule réduit le risque de récidive à 12 %).
Il est de plus
fondamental de compléter le curetage par utilisation d’un adjuvant
local (phénol, ciment, ou azote liquide) ;
– dans les kystes sous-périostés (type IV ou V), il faut pratiquer une
hémirésection de la paroi périphérique du kyste, bien cureter son
versant cortical (type IV) ou médullaire (type V) et se servir
éventuellement des adjuvants locaux (selon l’activité du kyste) ;
– la résection totale sous-périostée du kyste représente le traitement
de choix des zones « accessoires » — os « sacrifiable (péroné
proximal, cubitus distal, côtes, branches ilio-ischio-pubiennes) — ».
Ce traitement peut également être envisagé pour des sites
fonctionnellement plus importants dans les rares cas où le kyste est
extrêmement destructeur et agressif (type II).
En ce qui concerne les adjuvants locaux, plusieurs alternatives
peuvent être envisagées.
– Utilisation du phénol concentré (à 80 %), neutralisé par la suite avec
de l’alcool absolu, par application au tampon sur des parois
osseuses, application qui est répétée au moins trois fois.
Le phénol
est un agent cytotoxique non sélectif qui n’agit que par contact et
qui ne pénètre pas à l’intérieur de la paroi osseuse.
Il représente
donc un adjuvant local d’efficacité modeste capable cependant
d’abaisser le pourcentage de récidives locales à 12-20 %.
Ce
produit présente l’avantage de prévenir d’éventuelles infections (car
c’est aussi un désinfectant), de ne pas avoir d’action mécanique
nocive sur l’os ou les cartilages (articulaires ou de croissance), et de
pouvoir être associé à d’autres adjuvants.
– Cautérisation au bistouri électrique.
Cette technique, surtout
effectuée sous argon, associe un bon effet hémostatique à une
pénétration peu importante (1 mm).
– Utilisation de ciment en tablant sur l’effet thermique et toxique de
la polymérisation :
– l’effet thermique dépend de différents facteurs :
– la quantité de ciment utilisée : la production de chaleur est
peu importante pour une cavité inférieure à 1 cm de diamètre ;
elle est efficace pour des cavités supérieures à 3 cm ;
– la conductivité de l’os à la chaleur et la possibilité de
pressurisation du ciment entre les trabécules : c’est de cela que
dépend le « halo » de nécrose qui est plus important dans l’os
spongieux (2-3 mm) que dans l’os cortical (0,5 mm) ;
– la vitesse de dissipation de la chaleur, variable, influencée par
la vascularisation de l’os, l’effet étant plus important si le flux
sanguin est interrompu par l’utilisation d’un garrot ;
– l’effet toxique dépend de la libération in situ du monomère et
est d’autant plus importante que la préparation du ciment est
effectuée avec des méthodes non sophistiquées ne permettant pas
d’aspirer et d’éliminer le monomère.
Ozaki et al rapportent un
pourcentage de récidives locales nettement plus bas dans les
kystes anévrismaux traités par curetage et ciment (17 %) que dans
ceux traités par curetage et greffe osseuse (37 %).
D’autres auteurs
nient l’effet adjuvant du ciment car, dans des modèles
expérimentaux, ils auraient trouvé, à l’interface os/ciment, une
température (48 °C) bien inférieure à celle nécessaire pour induire
un effet cytodestructeur (60 ou 50 °C pendant au moins
6 minutes), alors qu’histologiquement et au marquage par la
tétracycline, aucune ostéonécrose trabéculaire n’a été observée.
D’autres remarques sont à formuler à propos de cette technique :
– le ciment garantit indéniablement un remplissage parfait de la
cavité, offre une bonne fiabilité structurale (renforçant
l’ostéosynthèse et la tenue mécanique des vis), permet la mise en
charge immédiate et un dépistage précoce d’éventuelles récidives
locales ;
– le ciment, s’il est mis au contact des cartilages (de croissance ou
articulaires), peut être cause d’éventuels dommages par effet
thermique, par augmentation de la rigidité de l’os sous-chondral,
par les rapports étroits qu’il peut contracter avec ces structures,
ce qui rend difficile ultérieurement son ablation.
C’est pour ces
raisons que l’on préfère généralement éviter le ciment dans les
kystes anévrismaux qui sont au contact des cartilages, à moins
que l’on prenne certaines précautions comme interposer entre
ciment et cartilage un greffon osseux ou un fragment
aponévrotique (fascia cryoconservé) ;
– certains auteurs conseillent d’enlever le ciment au bout de
quelques mois ou années et de le remplacer par une greffe
osseuse : ce procédé n’est, à notre avis, pas nécessaire et de toute façon ne doit pas être effectué avant au moins 2 ans, période qui
représente la phase la plus critique pour l’apparition des récidives.
Cryochirurgie à l’azote liquide
:
Une nécrose cellulaire peut être obtenue en abaissant la température
tissulaire entre –21 et –60 °C.
Elle est due au choc thermique, à la
déshydratation et aux altérations électrolytiques qui s’ensuivent, à
la formation de cristaux intracellulaires, à la rupture des membranes,
à la dénaturation des protéines cellulaires et à l’oblitération de la
microcirculation.
L’efficacité du traitement dépend de différents facteurs parmi
lesquels le type de cellules traitées, la densité et la vascularisation
du tissu, la présence de molécules cryoprotectrices, la vitesse de
refroidissement et de réchauffement utilisée, la température absolue
de refroidissement atteinte et la durée d’application.
Le meilleur
effet destructeur est obtenu par congélation rapide suivie d’un
réchauffement lent (l’effet est moindre en cas de congélation lente
avec réchauffement rapide).
Dans la première éventualité, les
nombreux cristaux intracellulaires (dus à la congélation rapide)
recristallisent sous forme d’un petit nombre de cristaux de grande
dimension, qui rompent les membranes et provoquent la mort
cellulaire et ceci ne se produit que si le réchauffement est lent.
Ce
cycle de congélation-décongélation doit être répété plusieurs fois (au
moins trois) pour obtenir une nécrose totale : en effet, la
microcirculation de l’os (et donc ses capacités de thermodéperdition)
s’altère progressivement et chaque cycle devient chaque fois plus
efficace que le précédent.
La nécrose osseuse ainsi obtenue peut
s’étendre sur 7-12 mm autour de la zone d’application.
Selon ce qui
est dit plus haut, on comprend combien il est difficile de moduler et
de contrôler l’effet de l’azote liquide in vivo, lorsqu’il est déversé à
l’intérieur du kyste anévrismal.
Certains auteurs ont mis en relief la diminution du risque de
récidives (18 %) dans les cas traités par l’azote liquide par
comparaison avec des cas traités par les techniques traditionnelles
(59 %), mais ils insistent par ailleurs sur le haut pourcentage de
complications liées à cette technique (11 à 28 % de fractures
secondaires ; 5 à 10 % d’ennuis de cicatrisation des parties molles).
La récente introduction de sondes permettant d’injecter un gel stérile
ou de pulvériser un spray tout en « monitorant » la température par
un thermocouple, a rendu la méthode plus fiable, plus reproductible
et plus efficace, avec seulement 4 % de récidives locales et moins de
complications (fractures 4 %, infections 7 %).
Étant donné la
fragilisation de l’os induite par la cryothérapie et la difficulté
prouvée de réhabitation des greffons osseux insérés dans une cavité
cryotraitée, la tendance générale est de combler ces cavités avec du
ciment acrylique pour éviter le problème des fractures
secondaires.
F - INJECTIONS
INTRAKYSTIQUES :
Deux méthodes sont à mentionner.
1- Utilisation de substances « ostéo-inductrices »
:
Cette technique se fait par un abord chirurgical limité (juste suffisant
pour effectuer un prélèvement biopsique et un curetage partiel) et
consiste à remplir la cavité par de la poudre d’os associée à de la
moelle osseuse.
L’objectif est de stimuler une réaction ostéoinductrice
et ostéogénique de la membrane intrakystique.
Pour obtenir un effet ostéo-inducteur, les greffons osseux doivent
être déminéralisés (afin « d’exposer » la bone morphogenic protein)
tandis que la moelle osseuse peut être utilisée, soit in toto, soit en
préparation « purifiée » (concentration des ostéoblastes et des
ostéocytes).
Actuellement, les cas traités sont trop peu nombreux
pour permettre des conclusions définitives.
Même si les résultats
préliminaires sont prometteurs, la technique est de toute façon
particulièrement intéressante étant donné sa simplicité, sa faible
dangerosité et son caractère peu invasif (par comparaison avec la
chirurgie traditionnelle et avec l’embolisation sélective ou
percutanée).
2- Infiltrations médicamenteuses
:
Quelques cas de kystes anévrismaux traités par des infiltrations de
calcitonine, ou bien de calcitonine et de méthylprednisolone, ou
encore par de la dexaméthasone orale ont été rapportés.
La
calcitonine limiterait l’activité ostéoclastique alors que les corticoïdes
seraient angiostatiques.