Intolérance musculaire à l'effort
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les syndromes d’intolérance à l’effort dont l’expression habituelle se
manifeste lors de l’exercice par des douleurs, par des crampes ou par une rhabdomyolyse avec myoglobinurie sont causés par des altérations variées du
métabolisme musculaire.
Sémiologie :
L’intolérance musculaire à l’effort s’exprime par une sémiologie clinique
variée qui doit guider les examens complémentaires à la recherche de telle ou
telle anomalie métabolique.
A - Sémiologie clinique
:
1- Notion d’intolérance physiologique
:
Celle-ci est difficile à quantifier.
Néanmoins, l’expérience montre qu’un
certain nombre de patients venant consulter pour des courbatures après un
effort inhabituel ou pour des crampes survenant lors d’un exercice violent ne
sont pas porteurs d’une affection musculaire.
Cette notion est importante en
pratique.
Certains sportifs voient leurs performances se réduire parce que leur
entraînement est insuffisant. Un autre type de patient est représenté par des
sujets ayant constamment pratiqué un sport pendant leur existence mais chez
lesquels les capacités musculaires physiologiques diminuent vers la
quatrième ou la cinquième décennie.
Souvent, ils admettent difficilement
cette altération fonctionnelle qui n’entre cependant pas dans un cadre
pathologique.
Dans d’autres cas, un effort excessif chez un sujet sans anomalie métabolique sous-jacente mais non entraîné, peut provoquer une myoglobinurie avec taux élevé de créatine-kinase sérique.
Un tel épisode,
dépourvu de gravité, est sans lendemain.
2- Myalgies et crampes d’effort
:
L’effort est susceptible d’entraîner des symptômes et des signes musculaires,
myalgies, crampes surtout, lorsque l’énergie indispensable n’est plus fournie
par la dégradation des glucides ou des lipides du fait d’un déficit enzymatique
ou encore d’une anomalie du métabolisme des mitochondries.
De telles
manifestations sont étiquetées « intolérance à l’effort », « intolérance à
l’exercice ».
L’effort déclenchant, d’intensité variable, se situe entre deux extrêmes : effort
bref et intense comme une course après un autobus, effort moindre mais
prolongé comme une marche sur une plage de sable sec ou l’ascension d’un
chemin abrupt.
Parfois, un exercice modéré est possible ou même un exercice
violent à condition qu’il soit intermittent.
Ainsi, certains sujets sont capables
de jouer au tennis alors que le football entraîne plus souvent des douleurs.
Enfin, la sémiologie d’effort, souvent fruste dans l’enfance, s’exagère à
l’adolescence et devient maximale à l’âge adulte.
Au minimum, les myalgies sont isolées.
Ce sont des sensations
d’endolorissement diffusées à l’ensemble de la musculature ou localisées,
survenant lors d’un effort minime, et persistant de façon prolongée après
l’effort.
Une impression de fatigue accompagne la douleur.
Parfois cependant,
la poursuite de l’effort est possible après un court repos.
C’est le phénomène
du « second souffle ».
À un degré de plus, les myalgies s’accompagnent de crampes, c’est-à-dire de
contractions et de contractures douloureuses spasmodiques, involontaires et
paroxystiques des muscles, manifestées par une dureté ligneuse, de siège
variable, prédominant sur les membres inférieurs, de durée plus ou moins
brève, laissant persister un endolorissement musculaire prolongé.
Ces
crampes d’effort douloureuses diffèrent fondamentalement des contractures
indolores des dystonies de fonction, improprement appelées crampes
professionnelles, la « crampe des écrivains » par exemple.
3-
Fatigabilité et déficit à l’effort
ou claudication intermittente musculaire
:
Au maximum, se constitue un véritable syndrome d’intolérance à l’exercice
au cours duquel la sémiologie est majeure, associant aux myalgies une
faiblesse musculaire.
On parle alors de claudication intermittente musculaire.
Elle est marquée par la survenue d’une faiblesse musculaire obligeant le sujet
à s’arrêter.
À l’extrême, les membres inférieurs se dérobent, entraînant une chute.
D’autres fois ils s’enraidissent.
Cette raideur porte parfois sur les
membres inférieurs et même la face.
Dans tous les cas, la poursuite de la
marche est impossible.
4- Myoglobinuries d’effort
:
Forme majeure de l’intolérance à l’effort, la myoglobinurie est le témoin
d’une rhabdomyolyse qui traduit la nécrose musculaire, plus ou moins
diffuse.
Parfois, un gonflement musculaire survient soit sur les mollets, soit
dans une loge musculaire à l’avant-bras à la loge antéroexterne de la jambe et
est à l’origine d’un syndrome de loge.
La myoglobinurie signe la nécrose musculaire et la lésion des membranes.
Les urines deviennent de coloration foncée, rouge, dès que l’excrétion de
myoglobine dépasse 250 g/mL.
Dans des cas extrêmes avec nécrose massive
survient une fuite sérique de phosphates, de potassium, de créatinine, de carnitine et d’enzymes sarcoplasmiques comme la lacticodéshydrogénase.
La
calcémie s’abaisse, en particulier les premiers jours, et les fibres nécrotiques
captent le calcium.
La complication majeure, liée à la précipitation intratubulaire de la myoglobine, est une nécrose tubulaire aiguë. Une anurie
s’installe avec hypercréatininémie, hyperuricémie et surtout hyperkaliémie
rapidement constituée et atteignant des taux dangereux.
La combinaison de
l’hyperkaliémie et de l’hypocalcémie est à l’origine d’arythmies cardiaques
sévères.
L’hyperphosphatémie, exacerbée par l’insuffisance rénale,
déclenche un hyperparathyroïdisme réactionnel et le taux du 1-25-
dihydroxycholécalciférol s’effondre.
Lorsque la diurèse reprend, le dépôt de
calcium dans les fibres musculaires nécrosées se libère dans le sang et cette
hypercalcémie tardive entraîne parfois des accumulations calciques dans la
cornée ou la conjonctive.
L’évolution générale est favorable dans l’ensemble,
spontanément ou sous l’effet de l’alcalinisation, des diurétiques osmotiques,
de la réhydratation, de la dialyse ou des plasmaphérèses, sauf dans les cas
sévères où l’insuffisance rénale et spécialement l’hyperkaliémie sont fatales.
Les conséquences musculaires objectives proprement dites sont modérées :
au maximum un déficit sans amyotrophie.
5-
Syndrome de loge
:
Liées à l’ischémie d’une loge musculaire, notamment la loge antéroexterne
de la jambe (syndrome tibial antérieur), ces formes surviennent lors d’un
exercice intense et s’accompagnent de rhabdomyolyse.
L’incision de
l’aponévrose est parfois favorable.
B - Sémiologie paraclinique :
Elle est malaisée à hiérarchiser compte tenu de la difficulté d’obtenir certains
examens (par exemple la bicyclette ergométrique ou la spectroscopie de
résonance magnétique qui sont des examens d’orientation utiles) selon les
centres, ou même du délai de leur obtention.
En pratique, les examens complémentaires doivent d’abord mettre en
évidence la souffrance musculaire. Le taux de créatine-kinase sérique est
parfois augmenté au repos, et plus particulièrement après effort.
Seules sont à
prendre en compte les augmentations importantes d’activité de cette enzyme,
au-delà par exemple de deux ou trois fois le taux normal à des examens
successifs.
La myoglobinurie, témoignant de la nécrose musculaire, est à
rechercher systématiquement par dosage radio-immunologique, encore que
la recherche de myoglobinémie soit parfois préférée.
Le sérum normal
contient des taux de myoglobine compris entre 5 et 80 ng/mL, les taux
habituels dans les myopathies, compris entre 200 et 5 000 ng/mL, ne suffisent
pas à provoquer les complications graves des rhabdomyolyses aiguës.
Une acidose lactique et une augmentation du rapport lactate/pyruvate dans le
sang reflètent le potentiel d’oxydoréduction cytoplasmique.
Le rapport bêtahydroxybutyrate/acétoacétate reflète le potentiel d’oxydoréduction
intramitochondrial.
Un bloc sur la voie glycolytique se traduit par l’absence
d’élévation de la lactacidémie d’effort sous ischémie.
Ce test a la signification
d’un déficit d’une enzyme de la glycogénolyse.
L’étude de l’ammoniémie
d’effort est moins spécifique.
La bicyclette ergométrique différencie les intolérances à l’exercice d’origine
mitochondriale de celles provenant d’anomalies glycolytiques lorsque la
capacité maximale aérobie (VO2 max), qui représente la consommation
maximale d’oxygène, est diminuée, que le seuil anaérobie est diminué, que la lactacidémie déjà haute au repos s’élève anormalement à l’effort et persiste
après celui-ci.
La force de travail musculaire est diminuée. Les rapports
volume ventilatoire/consommation d’oxygène et volume
ventilatoire/production de gaz carbonique sont augmentés, le débit cardiaque
maximal est augmenté par rapport à la consommation d’oxygène.
La
différence artérioveineuse d’oxygène est diminuée.
La spectroscopie de résonance magnétique nucléaire (RMN), examen non
invasif, enregistre, après introduction d’un membre supérieur dans un
système d’aimants supraconducteurs verticaux et horizontaux à large trou
d’entrée, les spectres du phosphore 31.
La valeur du déplacement chimique
du signal est sensible à l’état d’ionisation du phosphate. Les métabolites phosphorylés, le phosphore inorganique, la phosphocréatine et notamment
l’acide adénosine triphosphorique (ATP) sont ainsi détectés.
Par exemple, en
cas de blocs sur la voie glycolytique, la résonance magnétique montre une
diminution d’activité de l’ATP au repos alors qu’en cas d’insuffisance de la
lipolyse mitochondriale, le rapport phosphocréatine/phosphore inorganique
diminue et le pic de lactate augmente.
Dans de nombreux cas, c’est la biopsie musculaire qui guide directement
le diagnostic : présence de dépôts de glycogène dans le déficit en enzymes
glycolytiques, fibres rouges déchiquetées (ragged red fibres) en cas de
mitochondriopathie, analyse biochimique du fragment (par exemple étude
des complexes de la chaîne respiratoire mitochondriale), recherche de
mitochondries anormales en microscopie électronique.
Cependant la
présence, par exemple d’anomalies mitochondriales, n’a pas forcément une
signification pathologique, en particulier chez un sujet âgé chez lequel
l’activité de la chaîne respiratoire décline, les fibres musculaires colorées par
le cytochrome oxydase se raréfient, des délétions de l’ADN (acide
désoxyribonucléique) mitochondrial apparaissent, des aspects de fibres
rouges déchiquetées sont visibles en petit nombre.
Enfin une étude de génétique moléculaire est justifiée dans les formes
héréditaires et familiales de troubles du métabolisme musculaire.
C - Diagnostic :
Le diagnostic d’intolérance à l’effort d’origine musculaire n’est pas
constamment évident.
1- Fausses intolérances à l’effort
:
Les fausses intolérances à l’effort doivent d’abord être différenciées.
La
fatigabilité myasthénique a habituellement des localisations évocatrices et
n’est pas douloureuse.
La cataplexie, qu’elle soit d’origine hystérique,
frontale ou narcolepsique, survient plus souvent spontanément qu’à l’effort.
Certains troubles de la marche chez des sujets âgés sont majorés par
l’exercice, en particulier la brachybasie, mais leur sémiologie est aisément
reconnue.
2- Causes non musculaires
:
Certaines causes non musculaires d’intolérance à l’effort sont évidentes, qu’il
s’agisse de la claudication intermittente artérielle ou de la claudication
intermittente médullaire qui associe faiblesse et spasticité.
En revanche, un diagnostic porté le plus souvent par excès est celui de canal
lombaire étroit.
Certes l’étroitesse du canal lombaire est une cause, rare, de
claudication intermittente radiculaire dont la sémiologie, très particulière, est
un syndrome de la queue de cheval avec notamment des troubles urinaires,
survenant lors de l’exercice et disparaissant au repos.
Mais l’expérience
montre que de nombreuses intolérances à l’effort d’origine musculaire, à
forme de myalgies ou de crampes à l’exercice, sont rattachées à tort à la
présence radiologique d’une étroitesse du canal rachidien lombaire qui, le
plus souvent, ne joue aucun rôle dans la production des symptômes et qui,
parfois, a été inutilement l’objet d’une intervention chirurgicale.
Dans d’autres cas, les patients décrivent des douleurs des extrémités non
seulement inférieures mais également supérieures apparaissant lors d’efforts
même minimes.
Les douleurs s’accompagnent d’une sensation de chaleur
brûlante.
L’association à une hypohidrose, habituelle, évoque une maladie de
Fabry.
Souvent méconnue dans sa nature, la sémiologie initiale de la maladie
de Fabry comporte, chez un garçon, des douleurs des extrémités inférieures
et supérieures, survenant lors d’un effort minime : marche, montée d’une
pente légère.
La douleur, intense, parfois intolérable, s’accompagne d’une
sensation de brûlure exacerbée par la chaleur et l’alcool, améliorée par l’eau
froide. Une hypohidrose ou une anhidrose est fréquemment présente et
l’absence de sudation est caractéristique.
Les signes associés : angiokératomes abdominocruraux et dépôts cornéens s’ajoutent à la
constatation d’un déficit en alphagalactosidaseApour affirmer le diagnostic.
L’hérédité récessive est liée à l’X (Xq22).
Les anticomitiaux (hydantoïnes,
carbamazépine) calment habituellement les douleurs.
Causes d’intolérance musculaire à l’effort
:
Les causes les mieux établies sont les déficits des enzymes glycolytiques et
les altérations mitochondriales. D’autres causes ont, plus récemment, été
mises en évidence comme les formes rattachées à l’hyperthermie maligne ou
aux dystrophinopathies.
A - Déficits en enzymes glycolytiques :
Les intolérances à l’effort surviennent principalement au cours du déficit en
phosphorylase et du déficit en phosphofructokinase.
En effet, si la
dégradation du glycogène est complexe, ces deux enzymes sont importantes à connaître en matière d’intolérance à l’exercice.
La
phosphorylase musculaire s’attaque aux liaisons 1-4, et scinde donc la chaîne
principale.
L’action de la phosphorylase se fait selon une dégradation phosphorolytique : attachement d’une molécule de phosphore sur la liaison
1-4 puis scission et détachement d’une molécule de glucose-1-phosphate.
La
phosphorylase musculaire existe à 95 % sous une forme inactive : la
phosphorylase b.
L’activation se fait lors de la contraction musculaire selon
une réaction très rapide catalysée par la phosphorylase b-kinase qui fixe l’ATP
sur la phosphorylase b.
Ainsi est formée la phosphorylase a active. Le retour
à l’état inactif se fait grâce à la phosphorylase-phosphatase.
L’effet de la
phosphorylase musculaire est de détacher les molécules de glucose de la
chaîne principale en 1-4 sous forme de glucose-1-phosphate.
La
phosphorylase n’agit pas sur la liaison 1-6 où s’insère la chaîne latérale.
Cela
explique qu’il reste un résidu inattaqué : la dextrine limite (qui groupe
quelques molécules de glucose autour d’une liaison 1-6).
Le rôle de l’amylo-
1-6-glucosidase ou enzyme débranchante est alors d’attaquer ce résidu par
scission de la liaison 1-6.
Dès lors, la phosphorylase continue son action sur
les molécules de glucose restantes et pratiquement tout le glycogène est réduit
à des molécules de glucose-1-phosphate.
Les étapes ultérieures de la dégradation du glycogène se schématisent de la
façon suivante : d’abord conversion du glucose-1-phosphate en glucose-6-
phosphate sous l’effet de la phosphoglucomutase, secondairement
transformation du glucose-6-phosphate en fructose-6-phosphate sous l’effet
de la phospho-hexo-isomérase, puis conversion du fructose-6-phosphate en
fructose-1-6-diphosphate sous l’action de la phosphofructokinase et enfin, par
une série d’intermédiaires, formation d’acide lactique.
La phosphofructokinase est la seule enzyme dont l’action n’est pas réversible.
Il existe d’ailleurs une synergie entre l’action de la phosphorylase et celle de
la phosphofructokinase, la première « poussant » la dégradation du
glycogène, la seconde la « tirant ».
1- Déficit en phosphorylase (glycogénose type V, maladie de McArdle)
:
La maladie de McArdle est de transmission autosomique récessive.
L’anomalie génique est située sur le chromosome 11 (11q13) et le produit du
gène est la phosphorylase musculaire.
Le syndrome d’intolérance à l’effort se constitue le plus souvent en périodes.
L’intolérance débute par une fatigabilité musculaire excessive et une myoglobinurie intermittente lors de l’enfance ou de l’adolescence.
Secondairement, myalgies et contractures apparaissent chez l’adulte jeune
lors d’exercices importants.
Des épisodes de myoglobinurie s’observent
dans 50 % des cas avec occasionnellement une insuffisance rénale aiguë
réversible.
L’intolérance à l’exercice est ainsi le symptôme majeur, manifesté
par des myalgies, des contractures, un gonflement des masses musculaires et
un déficit moteur.
Tachycardie et dyspnée sont fréquemment associées,
nausées et vomissements sont plus rares.
Le type d’exercice déclenchant la
crise est variable dans son intensité, il s’agit d’efforts isométriques intenses et
brefs ou d’efforts moins intenses mais prolongés.
Le phénomène du « second souffle » est fréquent et caractéristique, lié à une
suppléance de la glycogénolyse par l’utilisation des acides gras libres.
Chez
certains, la douleur disparaît sous exercice si la contracture ne s’est pas
manifestée.
Chez d’autres, un bref repos ou un ralentissement de l’activité dès
l’apparition des symptômes permet la reprise d’un exercice.
Plus tard, le
déficit musculaire devient permanent dans un tiers des cas, une amyotrophie
modérée, parfois régionale, plutôt proximale se développe.
Les muscles de la
ceinture scapulaire sont plus atteints que ceux de la ceinture pelvienne.
La myoglobinémie est élevée dans la moitié des cas.
La lactacidémie ne s’élève pas à l’effort sous ischémie.
Le taux de créatine-kinase est normal ou élevé en dehors des accès.
Quelques
modifications de l’électrocardiogramme (ECG) sont signalées.
L’électromyogramme (EMG) n’enregistre pas d’activité électrique lors des
crampes.
Il devient myogène en cas de déficit musculaire permanent.
Quelques signes d’hyperactivité peuvent être enregistrés (myotonie,
fibrillation, ondes positives).
La biopsie musculaire montre des accumulations de matériel PAS (periodic
acid Schiff coloration) positif dans les espaces sous-sarcolemmiques et dans
une moindre mesure dans le secteur intermyofibrillaire, avec rarement des
images de myopathie vacuolaire.
Ce matériel disparaît après traitement par
l’amylase.
Les réactions histochimiques de la phosphorylase musculaire sur
coupes à congélation, négatives dans les fibres musculaires, sont positives
dans les parois vasculaires.
Elles sont également positives dans les fibres en
voie de régénération et dans les fibres en culture provenant de muscle
déficient en phosphorylase musculaire.
Les fibres nécrotiques rendent compte
de la myoglobinurie.
En microscopie électronique, les particules glycogéniques en excès siègent
sous le sarcolemme, dans l’espace intermyofibrillaire et même dans les
myofibrilles.
La spectroscopie de RMN montre l’absence de baisse du pH lors de
l’exercice en aérobie ou sous ischémie, et une élévation anormale du rapport phosphocréatine/phosphore inorganique qui, toutefois, se normalise à une
vitesse normale.
Le mécanisme de la contracture électriquement silencieuse survenant à
l’exercice de la maladie de McArdle est mal connu.
On admettait jadis un
phénomène analogue à la rigidité cadavérique : l’exercice provoque une
déplétion en ATP, qui n’est pas régénéré en glycogénolyse anaérobie, cette
absence d’ATP entraînant un arrêt de fonctionnement des protéines
contractiles qui se fixent, ce qui crée la rigidité.
En fait, aucune déplétion en ATPne se produit comme cela a été confirmé en spectroscopie de RMN.
Les expériences de blocage expérimental des enzymes de la glycogénolyse
ont mis en évidence une augmentation de concentration de calcium
intracellulaire qui, en l’absence d’acidification, augmenterait la sensibilité des
protéines contractiles au calcium.
La concentration de la pompe Na+ K+ ATP-ase (étudiée par liaison à
l’ouabaïne) est nettement diminuée au cours de la maladie de McArdle par
rapport à des témoins.
Normalement, cette pompe maintient l’activité sarcolemmique grâce à une régulation de la concentration de sodium
intracellulaire et de potassium extracellulaire.
Cette faible densité des pompes
est à l’origine d’une augmentation de concentration du potassium
extracellulaire autour de la fibre.
Ceci réduit l’excitabilité membranaire et la
force musculaire diminue parallèlement.
De plus, cette augmentation de
potassium exagère les réponses cardiovasculaires excessives, tachycardie à
l’effort notamment.
L’origine de la diminution de densité des pompes Na+K+ ATP-ase est inconnue.
Chez le sujet normal, la densité des pompes augmente
avec l’activité et diminue avec l’inactivité.
En cas de maladie de McArdle, la
diminution pourrait être interprétée comme liée au défaut d’activité.
Ceci est
peu probable car l’excès de potassium extracellulaire suffirait, si les
pompes étaient normales, à augmenter leur densité par effet de régulation, ce
qui ne se produit pas ici.
Les crampes douloureuses sont attribuées au manque de ressource
énergétique, lié au blocage de la glycolyse.
Au maximum surviennent une
nécrose et une myoglobinurie.
Le phénomène de « second souffle »
s’expliquerait par une double compensation énergétique : acides gras libres,
acides aminés.
Aucun traitement actif n’est connu.
La prévention des efforts intenses, un
régime riche en protéines sont parfois utiles.
2- Déficit en phosphofructokinase
(glycogénose type VII, maladie de Tarui)
:
De sémiologie proche de la forme précédente, il survient surtout chez
l’homme.
La transmission se fait sur le mode autosomique récessif.
L’anomalie génique siège sur le chromosome 1 (1q32) et le produit du gène
est la phosphofructokinase.
L’intolérance à l’exercice, débutant dans
l’enfance, devenant gênante à l’adolescence, se manifeste par des myalgies et
des crampes des membres inférieurs accompagnées de fatigue importante et
souvent de nausées et de vomissements.
Parfois, la sémiologie prédomine sur
les membres supérieurs, entraînant notamment une difficulté à jouer du piano.
La myoglobinurie est inconstante. Il est rare que le phénomène du « second
souffle » soit présent.
Le taux de créatine-kinase est élevé en permanence.
La lactacidémie ne s’élève pas à l’effort qui fait apparaître une crampe.
Sur
l’EMG, la crampe reste silencieuse. Parfois, les tracés sont myogènes, parfois
ils montrent des phénomènes pseudomyotoniques ou des fibrillations.
La phosphofructokinase, absente dans le tissu musculaire, est diminuée dans les
globules rouges. La biopsie musculaire met en évidence des masses soussarcolemmiques
et des inclusions hyalines PAS positives.
Du point de vue
biochimique, l’activité de la phosphofructokinase est diminuée.
L’étude de la glycolyse anaérobie in vitro montre des taux de glucose-1-phosphate et
de glucose-6-phosphate augmentés, alors que la concentration en fructose 1-6 diphosphate est nettement réduite.
La résonance magnétique nucléaire montre
des anomalies différentes de celles de la maladie de McArdle.
Un pic distinct
des phosphates monoesters est proportionnel au bloc glycolytique.
Le taux
d’ATP est diminué au repos (avec augmentation du rapport
phosphocréatine/ATP) et il diminue de façon continue lors de l’exercice.
De surcroît, après l’exercice, la récupération est anormalement prolongée par
lente déphosphorylation des phosphates et accumulation anormale d’esters monophosphoriques.
Ce profil spécifique différencie ce déficit de celui de la
maladie de McArdle.
3- Autres déficits glycolytiques
:
Ils sont plus rares mais certains comportent un syndrome d’intolérance à
l’effort.
* Déficit en phosphoglycérate-kinase (type X)
:
Récessif lié à l’X (Xq13), il survient chez l’adolescent ou l’enfant, se
manifeste par des douleurs et une faiblesse des membres inférieurs
récidivantes à l’exercice, accompagnées de myoglobinurie.
Le taux de créatine-kinase est considérablement élevé.
La lactacidémie ne s’élève pas à
l’effort.
*
Déficit en phosphoglycérate-mutase type X
:
Le tableau, tout à fait superposable à celui de la maladie de McArdle,
s’exprime par des myalgies, des crampes, une myoglobinurie.
La lactacidémie s’élève peu à l’effort.
L’anomalie génique porte sur le
chromosome 7 (7p 12p13).
* Déficit en lactate déshydrogénase type XI
:
Il s’agit d’accès de crampes et de myoglobinurie à l’exercice.
L’anomalie
génique porte sur le chromosome 11 (11p 15-4).
* Déficit en enzyme débranchante (type III, Cori Forbes)
:
Une atteinte hépatique prédominante caractérise des formes bénignes dans
lesquelles une myoglobinurie est rare.
B - Déficits en enzymes mitochondriales :
Les termes de déficit en enzymes mitochondriales regroupent des faits de
classification complexe, mais souvent à l’origine d’un syndrome
d’intolérance à l’exercice.
Les mitochondries sont d’une extrême abondance dans les tissus riches en
énergie de l’organisme et spécialement dans les muscles, de l’ordre de 1 000
à 2 000 par cellule.
Chacune d’entre elles contient des centaines de protéines
dont les fonctions biochimiques sont multiples.
La structure éminemment
fonctionnelle des mitochondries génératrices d’énergie joue un rôle
primordial dans l’exercice, ayant pour finalité la fourniture d’énergie, c’està-
dire d’ATPdans un pourcentage de 90 %.
Les mitochondries sont entourées
d’une membrane double : l’une externe, relativement perméable, l’autre
interne imperméable et de structure plissée de surface d’autant plus
importante que l’activité énergétique est développée.
Cette structure plissée
multiplie la surface active.
Elle contient les éléments protéiques fonctionnels
nécessaires à la synthèse d’ATP.
La matrice est le siège des métabolismes
oxydatifs intermédiaires.
Des petites molécules d’ADN circulaire et des
ribosomes y sont présents.
Les étapes du métabolisme mitochondrial se déroulent schématiquement en
cinq phases :
– traversée active de la membrane par les métabolites ;
– oxydation des métabolites dans la matrice ;
– production d’un métabolite commun, l’acétylcoenzyme A, qui est oxydé
dans le cycle de Krebs ;
– passage des produits réduits par la chaîne respiratoire où se déroule une
série de réactions après lesquelles l’accepteur d’hydrogène est l’oxygène, ce
qui produit de l’eau ;
– l’énergie libérée dans cette suite de réductions et d’oxydations est destinée
à la pompe à protons transmembranaire et sert à la production d’ATP.
Selon le type d’exercice entrepris, l’énergie provient des sucres, des graisses
ou des protéines.
Lors d’un exercice court et intense, le pyruvate venu du cytoplasme traverse
la membrane interne grâce à une translocase.
Ensuite, il subit une
décarboxylation oxydative qui aboutit à la production de gaz carbonique et
d’acétylcoenzyme A, et aussi à la réduction de NAD (nicotinamide-adéninedinucléotide)
en NADH-H+.
Dès lors, l’acétylcoenzymeAest oxydé dans le
cycle de Krebs.
Un exercice d’endurance, de longue durée et d’intensité non maximale utilise
les acides gras stockés sous forme de triglycérides dans des vacuoles proches
de la mitochondrie, libérés grâce à une triglycéride-lipase puis transformés
en acylcoenzymeA(acyl-Co A) grâce à une ligase sur la membrane externe.
La traversée de la membrane interne nécessite l’aide d’un transporteur, la carnitine, qui joue un rôle de navette. Cette translocation s’effectue sous la
direction d’une enzyme, la CPT (carnitine-palmityl-transférase). La CPT I
assure par un processus d’accrochage le transfert de l’acide gras à la carnitine
dans la membrane externe, tandis que la CPT II restitue, par un processus de
décrochage, la carnitine qui a ainsi traversé la membrane interne.
À ce stade
intervient, dans la matrice, une bêtaoxydation qui réduit la longueur des
chaînes d’acides gras de deux atomes de carbone à chaque cycle en libérant
(comme pour les pyruvates) de l’acétylcoenzyme A.
Enfin, les acides aminés subissent un métabolisme complexe aboutissant
également à la production d’acétylcoenzymeA et d’autres dérivés.
Cet acétylcoenzyme A, qui est ainsi le produit commun du métabolisme intramitochondrial, va être oxydé par les réactions se produisant dans le cycle
de Krebs tandis que sont libérés des électrons et des ionsH+ pris en charge par
des transporteurs : NAD et FAD (flavine-adénine-dinucléotide).
Ainsi, le
cycle citrique de Krebs est la voie finale commune et c’est dans la matrice que
se déroule l’oxydation de l’acétylcoenzyme A, venu des trois voies
métaboliques précédentes.
C’est alors que le NADH-H+, et le FADH-H+, libérés par l’oxydation des
sucres et des graisses, doivent être en permanence réoxydés en entrant dans la
chaîne respiratoire des mitochondries.
Celle-ci, comportant dans la
membrane interne une série de transporteurs d’électrons, est organisée en cinq
complexes principaux :
– le complexe I, ouNADHcoenzyme Q-réductase, transfère les électrons du
NADH au coenzyme Q (encore dit ubiquinone).
Il est composé de
25 polypeptides ;
– le complexe II, ou succinate coenzyme Q-réductase, transfère les électrons
du FADH au coenzyme Q (qui joue donc un rôle de navette).
Il est composé
de quatre ou cinq polypeptides ;
– le complexe III, ou coenzyme Q cytochrome C-réductase, assure alors
l’oxydation du coenzyme Q (qui a précédemment pris en charge les
électrons).
Il est composé de 9 ou 10 protéines ;
– le complexe IV, ou cytochrome oxydase COX, transfère les électrons du
complexe III à l’oxygène.
Il est composé de 13 protéines et comporte aussi
deux atomes de cuivre ;
– parallèlement au transfert d’électrons de la chaîne respiratoire, les ions H+
sont extraits de la matrice vers l’espace intermembranaire, ce qui crée un
gradient de pH entre l’intérieur et l’extérieur de la mitochondrie.
C’est alors
que se situe l’intervention du complexe V ou ATP-synthétase qui assure la
synthèse de l’ATP, donc la production finale d’énergie.
Il comprend 12 à
15 sous-unités protéiques. Il préside au retour vers la matrice des ions H+ qui
étaient dans l’espace intermembranaire, ce qui libère l’énergie nécessaire à la
resynthèse d’ATP (aux dépens de l’ADP et du phosphore inorganique [Pi]).
Ceci caractérise la phosphorylation oxydative.
Le couplage entre oxydation
et phosphorylation est lié au gradient d’ions H+, qu’a créé la chaîne
respiratoire et qu’a utilisé le complexe V.
Les anomalies de ces étapes successives sont à l’origine de manifestations très
complexes parmi lesquelles se situe l’intolérance à l’exercice, tantôt isolée,
tantôt intégrée dans une sémiologie très polymorphe.
Selon le chaînon métabolique défectueux on distingue différentes
insuffisances et anomalies.
1- Insuffisance de transport des molécules énergétiques
par déficit en CPT :
La transmission est de type autosomique récessif. L’anomalie porte sur le
chromosome 11 (11p 11p13).
Le début se fait tôt, dans l’enfance ou chez des hommes jeunes qui, après un
exercice prolongé, ressentent des myalgies, un engourdissement et une
faiblesse à l’exercice.
Des épisodes de myoglobinurie sont habituels et parfois
graves.
Le jeûne déclenche parfois les accès, de même que l’exposition au
froid, le manque de sommeil et les infections intercurrentes. Une
insuffisance rénale est présente dans un quart des cas.
Contrairement aux
glycogénoses, des crampes ne précèdent pas les accès de myoglobinurie, ce
qui fait que les patients ne ressentent aucun prodrome et que les accès se
répètent fréquemment.
De plus, l’ensemble de la musculature peut être affecté
et pas seulement les muscles qui ont été soumis à l’exercice, ce qui explique
la survenue éventuelle d’insuffisance respiratoire.
L’épreuve de jeûne
prolongé entraîne une élévation rapide de la créatine-kinase sérique, normale
en dehors des accès, et la présence de corps cétoniques dans la moitié des cas.
La biopsie musculaire est normale ou montre une myopathie lipidique,
principalement si elle a été entreprise dans le décours d’un épisode de myoglobinurie.
Le déficit enzymatique porterait sur la CPT II. Les régimes
riches en glucides et pauvres en graisses sont préconisés, et réduiraient le
nombre d’accès de myoglobinurie.
Le déficit en CPT II pourrait être simulé par des déficits enzymatiques
membranaires de la bêtaoxydation des acides gras : l’acyl-Co A
déshydrogénase des acides gras à très longue chaîne, la protéine
trifonctionnelle.
2- Insuffisance d’utilisation des substrats :
Elle survient surtout chez l’enfant et crée des tableaux complexes dans
lesquels l’intolérance à l’exercice est souvent au second plan.
Une intolérance
à l’exercice, cependant notée dans le déficit en pyruvate décarboxylase, serait
sensible à la thiamine.
Une myoglobinurie d’effort est parfois signalée dans
des formes tardives de défaut de bêtaoxydation des acides gras (déficit en
acyl-Co A déshydrogénase à longues chaînes).
Enfin l’acidurie glutarique
type II comporte une forme myopathique de l’enfant ou de l’adulte jeune,
avec intolérance à l’exercice, faiblesse musculaire et myopathie lipidique,
sensible à la riboflavine.
3- Anomalies du cycle de Krebs
:
Le déficit en aconitase est associé à un syndrome d’intolérance à l’effort avec myoglobinurie et aussi à un déficit en complexe II.
Déficits en complexes de la chaîne respiratoire
Des accès de myalgies à l’exercice surviennent essentiellement au cours du
déficit en complexe I.
* Déficit en complexe I :
Il s’agit surtout d’enfants se plaignant de myalgies, de céphalées et de nausées
à la montée d’un escalier.
Ces formes, qui seraient sensibles à la riboflavine,
évoluent vers une faiblesse musculaire permanente. La lactacidémie est
particulièrement élevée à l’effort.
Un déficit proximal est parfois présent. La
biopsie musculaire met en évidence des fibres rouges déchiquetées (ragged
red fibres) et des mitochondries anormales.
Dans ces cas, la RMN met en
évidence des anomalies plus ou moins marquées.
Au repos, le rapport phosphocréatine/phosphore inorganique est diminué.
À l’exercice, la pente
de cette courbe diminue.
Le pH reste normal, ce qui témoigne de la
compensation de l’acidose intracellulaire par un système tampon.
Enfin, après
l’exercice, la récupération de la phosphocréatine est lente.
Au cours d’autres déficits en complexes respiratoires (surtout complexes II et
III), surviennent des myalgies d’effort dans l’enfance accompagnées d’une
augmentation de production de l’acide lactique.
* Déficit en complexe II :
Il est signalé dans quelques cas de myopathies avec intolérance à l’exercice et
absence de coloration à la succinodéshydrogénase sur la biopsie musculaire.
Le déficit en coenzyme Q10 est présent dans des cas souvent méconnus
associant une myopathie lipidique avec intolérance à l’effort et une atteinte
encéphalique (épilepsie, syndrome cérébelleux) et des fibres rouges
déchiquetées sur la biopsie musculaire.
* Déficit en complexe III :
Une myopathie avec intolérance à l’exercice et faiblesse musculaire est
souvent associée à un déficit en cytochrome b.
Ces formes seraient sensibles
à la vitaminothérapie C et K.
* Déficit en complexe IV
:
Une microdélétion du gène mitochondrial codant pour la sous-unité III de la
cytochrome oxydase (Co III) est à l’origine de myoglobinurie récidivante.
Ce chapitre, en plein remaniement, s’intègre dans le cadre de plus en plus
complexe des encéphalomyopathies mitochondriales.
C - Défauts de régulation du calcium
par le réticulum sarcoplasmique :
Lors de la contraction musculaire, l’excitation membranaire entraîne une
libération du calcium contenu dans les citernes du réticulum sarcoplasmique,
à travers un canal (non énergie-dépendant), le récepteur à la ryanodine.
Lors
de la relaxation musculaire, le calcium est recapté grâce à l’action (énergiedépendante)
de la calcium ATP-ase qui pompe le calcium vers les citernes.
Du dérèglement de ces deux mécanismes dépendent deux maladies
génétiques différentes : l’hyperthermie maligne et le syndrome de Brody.
L’hyperthermie maligne, en relation, dans certaines de ses formes familiales,
avec une mutation du gène du récepteur à la ryanodine du chromosome 19,
est donc causée par un temps d’ouverture prolongé de ce canal, libérant un
excès de calcium.
Le syndrome de Brody, en relation avec une mutation du
gène de la calciumATP-ase, est lui lié à une diminution du retour du calcium
dans le réticulum sarcoplasmique.
1- Excès de libération : intolérance à l’effort
rattachable à l’hyperthermie maligne
L’hyperthermie maligne, naguère considérée comme une maladie familiale
observée uniquement par les anesthésistes, a vu récemment son cadre
s’étendre à diverses atteintes musculaires et en particulier à des syndromes
d’intolérance à l’effort, souvent non familiaux, pour lesquels aucune cause
n’était mise en évidence.
En effet, l’hyperthermie maligne est un modèle de
dérèglement du couplage excitation-contraction musculaire, sous-tendu par
une libération excessive de calcium par le réticulum sarcoplasmique.
Le
calcium est normalement pompé à partir du cytoplasme vers la lumière du
réticulum sarcoplasmique par une calcium ATP-ase afin d’induire la
relaxation musculaire.
Lors de l’excitation, le calcium est relâché à travers un canal non énergiedépendant,
le récepteur à la ryanodine (différent de la calciumATP-ase qui a
pompé le calcium vers la citerne terminale).
Le temps d’ouverture du canal
est assez bref.
Le calcium qui a traversé le canal déclenche la contraction
musculaire et la première étape de la glycolyse.
Au cours de l’hyperthermie maligne familiale, autosomique dominante, une
mutation du gène du récepteur à la ryanodine du chromosome 19 a été trouvé
dans la moitié des cas.
Cette anomalie entraîne une anomalie de structure du
récepteur à la ryanodine dont le temps d’ouverture n’est plus bref mais
prolongé, d’où un excès de calcium.
Cet excès de calcium déclenche une
cascade d’événements dont le résultat est une production calorique excessive,
une acidose et une rigidité musculaire, elle-même facteur d’hyperthermie.
Le
taux élevé de calcium stimule d’abord la phosphorylase-kinase, ce qui
augmente la glycolyse et entraîne la production d’acide lactique.
Le métabolisme énergétique devenu excessif est à l’origine de
l’hyperthermie.
L’élévation de température rend les protéines contractiles
plus sensibles au calcium.
Le calcium en excès se fixe sur la troponine, stimule
l’ATP-ase de la myosine, ce qui augmente l’utilisation d’ATP et provoque la liaison d’actine et de myosine en actomyosine qui est à l’origine de la
contraction et de la contracture.
La chute du taux d’ATP ne permet plus la
dissociation de l’actomyosine, ce qui entretient la rigidité musculaire et crée
un cercle vicieux.
De surcroît, la baisse du taux d’ATP affecte aussi l’activité
de la calcium ATP-ase, ce qui réduit le repompage du calcium vers le
réticulum.
Enfin, en présence d’un taux élevé de calcium, les mitochondries
séquestrent celui-ci par un mécanisme qui nécessite l’intervention de l’ATP.
Cette augmentation du métabolisme aérobie des mitochondries ne fait
qu’exagérer la disparition de l’ATP et aggrave l’acidose.
La phosphorylation
oxydative mitochondriale est perturbée et la production de chaleur n’est plus
contrôlée.
L’utilisation d’ATP dépassant largement sa production, les
fonctions cellulaires nécessitant de l’énergie, comme l’intégrité de la
membrane sarcolemmique, ne peut être maintenue.
La quantité d’influx
calcique augmente encore dans le muscle, ce qui provoque une fuite de créatine-kinase, de potassium et de myoglobine.
Ce phénomène se produit a minima dans les formes rhabdomyolytiques avec
taux de créatine-kinase élevé, indépendantes le plus souvent des formes
familiales.
Certaines de ces formes sporadiques s’accompagnent
d’hyperthermie, d’autres non.
2- Syndrome d’effort avec hyperthermie
:
Ce syndrome, pour l’instant non rattaché à une origine génétique, survient
parfois lors d’un exercice intensif ou inaccoutumé.
Il s’accompagne
souvent de rhabdomyolyse et évolue parfois de façon sévère.
Le début se
fait à l’occasion d’un effort physique intense et inhabituel, fréquent en milieu
militaire (marche rapide, marche « commando », marathon) ou civil qu’il
s’agisse d’athlètes exposés à une chaleur excessive, de body builders ou de
sujets non entraînés, le plus souvent des sujets jeunes de sexe masculin.
La
chaleur ambiante élevée est un facteur favorisant de même que le manque de
sel alimentaire ou l’absorption d’alcool. Un trouble sous-jacent de la
thermorégulation par sudation insuffisante dû à la mucoviscidose, à une
ichthyose, à une dysplasie ectodermique anhidrotique avec absence de
glandes sudoripares, est parfois présent.
Des circonstances plus rares sont
l’état de mal épileptique, l’état de mal asthmatique, l’électrocution,
l’intoxication par la strychnine, le surdosage en théophylline, des affections
métaboliques musculaires (glycogénoses), une mitochondriopathie, la
thalassémie.
L’accès débute brutalement lors de l’exercice.
La température est très élevée.
Le début précédé de myalgies, de sensation d’endolorissement localisé à toute
la musculature, associées à une sensation de fatigue, suivie de crampes
persistantes, diffuses.
Puis se constitue un véritable syndrome d’intolérance à
l’exercice associant aux myalgies des douleurs épigastriques et des
vomissements, une faiblesse musculaire avec état ébrieux, une impossibilité
de la marche, un enraidissement, une myoglobinurie, parfois des crises
comitiales, une agressivité et une désorientation.
Les signes neurologiques sont au premier plan. Les troubles de la conscience
sont importants, obnubilation, coma transitoire ou progressif. Ils s’associent
à l’hyperthermie qui atteint 41 °C.
Une élévation au-dessus de 42 °C a une
signification péjorative. Des crises comitiales, un syndrome cérébelleux, des
signes de décérébration, une hémiplégie sont associés.
La tension artérielle
s’abaisse et précède de peu un collapsus cardiovasculaire.
La rigidité
musculaire est importante et diffuse, les muscles sont fermes et tendus,
douloureux à la palpation avec myo-oedème.
Aux signes neurologiques
s’associent des hémorragies cutanées et muqueuses, une épistaxis, des
hématomes liés à une coagulation intravasculaire disséminée. Une
myoglobinurie massive entraîne une insuffisance rénale aiguë.
L’évolution de l’accès cependant est le plus souvent favorable.
Les troubles
de la conscience sont transitoires.
L’hyperthermie s’abaisse, des courbatures persistent.
Le traitement associe
refroidissement, prise de boissons, dantrolène dans les cas graves.
Les signes biologiques témoignent de l’importance de la rhabdomyolyse.
Le
taux de créatine-kinase sérique est très élevé.
La myoglobinémie est
importante. Son risque est une tubulopathie rénale.
L’acidose est habituelle
avec augmentation de la lactacidémie.
La kaliémie est basse ainsi que la
calcémie et la phosphorémie. Des anomalies biologiques hépatiques,
élévation des enzymes, des phosphatases alcalines, de la bilirubine sont
fréquentes.
Les tests de contracture à l’halothane et à la caféine sont positifs.
Des
anomalies en spectroscopie deRMNdu phosphore 31 sont présentes.
La
biopsie musculaire montre des signes de rhabdomyolyse.
*
Formes décapitées, sans hyperthermie :
Des cas d’intolérance à l’effort, d’étiologie indéterminée, chez des sujets
jeunes s’expriment par une sémiologie musculaire décapitée, sans
hyperthermie.
Dans certains de ces cas, la positivité des tests de contracture à
l’halothane et à la caféine spécifiques de l’hyperthermie maligne autorise à
les rapprocher de cette dernière.
La sémiologie est celle de toute intolérance à l’exercice survenant soit après
un exercice bref et intense, soit après une marche prolongée avec
endolorissement de la musculature avec sensation de fatigue, puis crampes
avec contractures spasmodiques de plusieurs muscles, puis dureté ligneuse
laissant persister des courbatures prolongées.
Au maximum, l’enraidissement
rend toute poursuite de l’effort impossible. Le taux de créatine-kinase est
élevé non seulement à l’effort mais aussi au repos.
Une myoglobinurie est
fréquente.
Une évolution amyotrophiante est possible.
La prescription de doses
modérées de dantrolène est justifiée.
Enfin, des rhabdomyolyses d’étiologie indéterminée s’accompagnent de tests
de contracture in vivo positifs. Il s’agit notamment de rhabdomyolyses
postvirales, médicamenteuses, toxiques par vapeurs d’essence, ou
simplement de rhabdomyolyses récurrentes.
Le traitement par dantrolène sodique ou par anticalciques est susceptible
d’améliorer la sémiologie.
3- Insuffisance d’incorporation : syndrome de Brody
Brody a décrit en 1969 un syndrome rare caractérisé par un relâchement
musculaire insuffisant et une diminution de l’incorporation du calcium par le
réticulum sarcoplasmique après exercice.
Le réticulum sarcoplasmique a une
place importante dans le processus d’excitation-contraction du muscle.
Lors
d’une stimulation du tubule T, le calcium contenu dans les citernes du
réticulum sarcoplasmique est relâché dans le compartiment myofibrillaire
afin de déclencher le glissement des filaments, produisant ainsi une force.
Par
la suite, la concentration en calcium du compartiment myofibrillaire est
rapidement ramenée à son niveau de repos grâce à l’incorporation du calcium
dans la lumière du réticulum sarcoplasmique de par l’action de la calcium
ATP-ase localisée dans la membrane du réticulum.
Ainsi, il est essentiel pour
assurer une relaxation normale que l’enzyme de transport calcium-ATP-ase
fonctionne normalement.
Un déficit en calcium ATP-ase du réticulum
sarcoplasmique est à l’origine du syndrome de Brody.
Le syndrome de Brody est rare. De transmission variable, autosomique
dominante ou récessive, ou sporadique, il survient chez l’homme dans la
deuxième ou troisième décennie.
La sémiologie est marquée par un
enraidissement et une faiblesse modérés à l’exercice. Un défaut de relaxation
affecte les extrémités des membres et la face.
À l’effort, le sujet a de la
difficulté à desserrer le poing comme au cours d’une myotonie mais aucune
averse n’est enregistrée sur l’EMG qui comporte d’abondants potentiels
d’unité motrice. De plus, la poursuite de l’exercice aggrave les symptômes.
Des crampes sont fréquentes.
La lactacidémie, normale au repos, augmente considérablement à l’exercice.
La biopsie musculaire montre des aspects de nécrose, une atrophie des fibres
de type II et l’absence de calciumATP-ase du réticulum sarcoplasmique dans
les fibres de type II.
De plus, l’incorporation du Ca2+ est diminuée dans le
réticulum sarcoplasmique.
L’étude du phosphore 31 in vivo montre une acidose excessive à l’exercice,
une chute rapide de la phosphocréatine, une récupération normale de l’ADP
et de la phosphocréatine.
L’étude génétique met en évidence une mutation du
gène de l’ATP2A1 situé sur le chromosome 16 (16q12) qui code pour l’ATPase1
du réticulum sarcoplasmique.
Il se produit un déficit en ATP-ase du
réticulum sarcoplasmique rapide.
La concentration en calcium augmente dans
le cytosol, d’où la survenue de crampes, de nécrose et d’une stimulation de la
glycolyse anaérobie à l’origine de contracture et de douleurs.
La thérapeutique par Vérapamilt et Dantriumt est efficace en attendant les
effets de la thérapie génique.
D - Intolérance musculaire à l’effort
des dystrophies musculaires :
Il va de soi que toutes les atteintes musculaires comportent à un plus ou moins
fort degré une difficulté à l’exercice, intégrée dans le tableau clinique général
en particulier les dystrophinopathies de Duchenne et de Becker.
Inversement,
des cas de plus en plus fréquents d’intolérance à l’exercice isolée sont
révélateurs d’anomalies méconnues de la dystrophine.
1- Dystrophinopathies :
Devant un tableau d’intolérance à l’effort ne relevant pas d’une cause
métabolique, il est nécessaire de rechercher une altération de la
dystrophine.
De tels cas sont parfois strictement asymptomatiques, et seule
une élévation inexpliquée de l’activité de la créatine-kinase sérique attire
l’attention.
Ces formes, naguère étiquetées hypercréatine kinasémie
idiopathique, étaient inexpliquées. Dans certains cas, c’est après un exercice
brusque et important que survient une nécrose musculaire avec
myoglobinurie, élévation importante de la créatine-kinase et même
insuffisance rénale aiguë.
Enfin, dans d’autres cas, la sémiologie est celle
d’une intolérance à l’exercice avec rigidité, crampes, myalgies d’effort.
L’histoire naturelle de ces formes n’est pas établie.
Certaines pourraient être
des variétés tardives de myopathie de Becker s’intégrant dans le cadre d’une
forme familiale de dystrophinopathie.
2- Intolérance à l’exercice des syndromes myotoniques :
La myotonie n’est pas considérée comme une cause d’intolérance à l’exercice
et la douleur ne fait pas partie des symptômes de la maladie de Steinert ou des
paralysies périodiques.
Cependant, les avancées de la biologie moléculaire
ont rattaché aux syndromes myotoniques des variétés nouvelles comportant
cette sémiologie de myotonie avec douleurs et intolérance à l’exercice, en
particulier des canalopathies, la myopathie myotonique proximale (ou
PROMM) avec ou sans hypothyroïdie.
E - Anomalies de spécificité discutable
:
1- Syndrome de Fishbein ou déficit en AMP-désaminase (adénosine
monophosphorique)
:
Fishbein et al en 1978 ont voulu considérer comme une « nouvelle maladie
musculaire », en relation avec un déficit en AMP-désaminase, un
syndrome d’intolérance à l’effort accompagné de myalgies, de crampes et
parfois d’arthralgies.
L’autonomie de ce syndrome est toutefois discutable,
d’autant que la place même de l’AMP-désaminase dans le métabolisme
énergétique reste mal précisée, ayant surtout pour rôle la production d’inosine
monophosphate et d’ammoniaque lors de l’exercice.
Cependant, on insiste
actuellement sur le rôle éventuel de l’association de ce déficit à d’autres
anomalies métaboliques.
L’AMP-désaminase ou myoadénylate-désaminase est une isoenzyme de
l’adénylate-désaminase présente uniquement dans le muscle strié et plus
particulièrement dans les fibres rapides.
Elle catalyse la réaction qui
transforme l’AMPen inosine monophosphate avec libération d’ammoniaque.
Ceci pourrait pour une part expliquer son rôle qui consisterait en un effet de
régulation de la production d’inosine monophosphate et d’ammoniaque lors
de l’exercice.
Cette réaction maintiendrait une concentration basse en AMP,
favorisant la production secondaire d’ATP ou tout au moins maintenant un
rapport harmonieux entre AMP et ATP.
De plus, l’ammoniaque produite
active la phosphofructokinase accélérant ainsi la glycolyse.
Enfin, la
reconstitution de l’AMP, après l’intermédiaire de l’acide adénylosuccinique,
libère du fumarate qui intervient dans la régulation du cycle de l’acide citrique
et dans le métabolisme aérobie.
Diverses méthodes permettent de mettre en évidence un déficit de cette
enzyme chez l’homme.
Une première méthode, indirecte, consiste à doser
l’ammoniémie lors de l’effort sous ischémie.
Les résultats sont en fait
entachés d’erreurs : absence de toute élévation chez des témoins, élévation
normale chez des sujets malades.
Les méthodes directes sont très supérieures.
Elles sont entreprises sur le muscle prélevé par biopsie et utilisent à la fois les
colorations histochimiques et le dosage biochimique exprimé en micromoles
de NADH oxydé par minute et par gramme de tissu frais.
Un certain nombre de cas, au cours desquels un déficit en AMP-désaminase
est prouvé par les méthodes précédentes, comportent un syndrome
d’intolérance à l’exercice et ont des traits communs : âge adulte, légère
prépondérance masculine, transmission héréditaire parfois, sur le mode
autosomique dominant, mais cas sporadiques fréquents.
L’expression
sémiologique la plus fréquente est une intolérance à l’effort.
Les patients se
plaignent de douleurs survenant après l’exercice, douleurs profondes
prédominant sur les muscles des mollets, avec parfois sensation de brûlures,
durant plusieurs jours.
Les douleurs s’accompagnent de crampes, de raideur
des membres inférieurs, de sensation de fatigue et souvent de faiblesse
musculaire, tous signes disparaissant au repos.
Toutefois, chez certains
patients, les douleurs et l’enraidissement sont quasi spontanés bien
qu’également exagérés par l’effort.
Dans d’autres cas, les myalgies
s’accompagnent de polyarthralgies à l’exercice.
L’évolution de ces formes se
fait souvent sur des années, mis à part le déficit enzymatique, le muscle est
histologiquement normal.
Seules sont exceptionnellement signalées une
élévation du taux de glycogène musculaire ou une diminution de l’activité de
la phosphofructokinase.
On ne saurait assimiler sans réserve déficit en AMP-désaminase et syndrome
d’intolérance à l’effort et la conception uniciste de Fishbein et al mérite
discussion.
En effet, un tel déficit s’observe au cours de maladies très
différentes et autonomes, qu’il s’agisse de maladies proprement musculaires,
d’atteintes de la moelle épinière, de connectivites ou de goutte.
Si un déficit en AMP-désaminase s’accompagne dans un certain nombre de
cas d’un syndrome d’intolérance à l’exercice, il est également susceptible
d’être présent dans d’autres circonstances, en dehors de toute sémiologie
d’exercice.
La signification de ce déficit ne peut donc être établie
définitivement bien que la place occupée par l’AMP-désaminase dans le
métabolisme énergétique puisse rendre logiquement compte de son rôle
éventuel en pathologie.
On a récemment signalé sous le terme de « double trouble » l’association de
déficit en phosphorylate et de déficit en AMP-désaminase, qui pourrait
potentialiser la sémiologie.
2- Syndrome d’intolérance à l’effort avec agrégats tubulaires
:
Les agrégats tubulaires sont des aspects non spécifiques observés dans
diverses maladies neuromusculaires (paralysies périodiques surtout,
myasthénie, myopathies congénitales, intoxications, dystrophies diverses)
mais inhabituellement fréquents dans les syndromes d’intolérance à
l’exercice.
Dans ces cas, les agrégats sont la seule modification présente
dans le tissu musculaire.
Ils sont colorés par la NADH, mais ni par l’ATP-ase
myofibrillaire ni par la déhydroandrostérone (SDH).
Ils sont distribués
uniquement dans les fibres de type II au contact du réticulum sarcoplasmique
dont ils pourraient dériver.
Dans un certain nombre de cas non familiaux, des hommes d’âge adulte sans
antécédents particuliers se plaignent de douleurs musculaires et de raideur,
de crampes des muscles des jambes survenant après la marche.
Initialement, la sédation est rapide, mais peu à peu l’intolérance à l’effort
augmente et survient même après une activité modérée.
Tardivement, les
myalgies s’étendent aux membres supérieurs.
Cependant, n’existent ni
faiblesse musculaire ni amyotrophie.
Le taux de créatine-kinase et le
métabolisme potassique sont normaux ainsi que l’EMG.
Seule la biopsie
musculaire met en évidence des agrégats tubulaires visibles en microscopie
optique sous forme d’amas sous-sarcolemmiques colorés par le NADH et
électivement localisés aux fibres de type II.
En microscopie électronique, les
agrégats, parallèles ou perpendiculaires à l’axe des fibres, ont un diamètre de
60 à 80 nm.
L’évolution se fait parfois sur de longues années.
Les agrégats tubulaires ne sont donc pas spécifiques du syndrome
d’intolérance à l’effort et s’observent surtout au cours des paralysies
périodiques dyskaliémiques sans toutefois de répartition sélective dans les
fibres de type II.
La nature des agrégats est inconnue.
En cas de myalgies d’effort, une
altération de la libération de calcium par le réticulum sarcoplasmique,
particulièrement abondant dans les fibres de type II, pourrait être en cause.
L’accumulation du calcium dans les citernes terminales du réticulum sarcoplasmique entraînerait une véritable hypertrophie de ce dernier qui se
réorganiserait secondairement en agrégats.
Ce phénomène compensateur
aurait pour effet d’éviter la contracture des fibres.
L’effet souvent favorable
du dantrolène sodique s’expliquerait par ce mécanisme.
Cependant, les études immunohistochimiques avec anticorps polyclonaux dirigés contre la Ca2+
ATP-ase du réticulum sarcoplasmique montrent une immunoréactivité des
agrégats vis-à-vis de cet anticorps.
L’éventualité d’un excès de calcium dans
les agrégats tubulaires est controversée.
Certains observent dans les fibres
incubées dans un milieu riche en calcium un stockage de cet ion dans le
réticulum et dans les agrégats.
Pour d’autres, la densité du calcium
analysée par cytométrie est plus basse dans les agrégats que dans le
sarcoplasme normal.
Le cadre des syndromes musculaires d’intolérance à l’exercice s’est
singulièrement étendu.
Des anomalies métaboliques jadis
considérées comme rares, les glycogénoses, les lipidoses, se sont
enrichies de variétés nouvelles, de plus en plus nombreuses.
Des
causes insoupçonnées se sont peu à peu révélées, les syndromes
rattachables à l’hyperthermie maligne, les dystrophinopathies.
Il
convient donc d’explorer de façon très précise les syndromes
d’intolérance à l’exercice dont on découvre de plus en plus souvent une
étiologie qui, naguère encore, restait mystérieuse.