Insuffisance surrénalienne
(Suite) Cours
d'endocrinologie
Étiologies de l’insuffisance
surrénalienne :
A -
INSUFFISANCE SURRÉNALIENNE « PÉRIPHÉRIQUE »
:
1- Formes congénitales
:
* Hyperplasie congénitale des surrénales :
L’hyperplasie congénitale des surrénales correspond à une anomalie
de la stéroïdogenèse.
Il s’agit d’une anomalie enzymatique d’origine
génétique, qui peut concerner l’une des six enzymes participant à la
transformation du cholestérol en cortisol.
C’est essentiellement à la
naissance et en période néonatale et plus rarement dans la petite
enfance qu’elle est diagnostiquée.
+ Déficit en 21-hydroxylase :
C’est l’anomalie la plus fréquemment rencontrée (90 à 95 % des cas
d’hyperplasie congénitale des surrénales, incidence d’environ 1 pour
15 000 naissances).
Le gène atteint est le gène CYP 21A2, situé sur le
chromosome 6, en 6p21.3.
Le déficit en 21-hydroxylase empêche la
conversion de 17-hydroxyprogestérone en 11-désoxycortisol, ce qui
entraîne une diminution de la synthèse du cortisol et donc une
augmentation de la sécrétion d’ACTH.
Cette hypersécrétion
d’ACTH est responsable d’une augmentation de la production de
stéroïdes situés en amont du bloc, c’est-à-dire des androgènes
surrénaliens.
La synthèse de l’aldostérone est ou n’est pas affectée
selon les formes.
La maladie est transmise sur le mode autosomique
récessif.
Elle peut se présenter sous deux formes.
La forme classique
se révèle le plus souvent à la naissance ou chez le jeune enfant sous
une forme virilisante associée à un syndrome de perte de sel
(hyponatrémie, hyperkaliémie et hypotension).
En l’absence de
diagnostic ou de traitement, les enfants présentent une croissance
plus rapide, avec soudure plus précoce des cartilages de conjugaison
responsable d’une petite taille finale.
La forme cryptique ne
provoque pas d’anomalie à la naissance, et se révèle tardivement à
l’adolescence ou chez l’adulte jeune par des manifestations non pas
d’insuffisance surrénalienne, qui n’existe pas dans cette forme, mais
d’hyperandrogénie (troubles du cycle menstruel, hirsutisme,
infertilité).
Sur le plan biologique, le cortisol, situé en aval du bloc est abaissé
ainsi que l’aldostérone, dans les formes avec perte de sel.
L’anomalie
biologique caractéristique de la maladie est l’augmentation, à l’état
basal et/ou après injection de 250 µg de Synacthène, de la 17-hydroxyprogestérone, stéroïde intermédiaire situé en amont du bloc.
Le dosage du 21-désoxycortisol après injection de Synacthène est
réservé au dépistage des sujets hétérozygotes.
Le dépistage néonatal du bloc en 21-hydroxylase est obligatoire
depuis 1995.
Le séquençage du gène CYP 21 permet de détecter 90 à
95 % des mutations.
L’étude génétique est à la base du diagnostic
anténatal et du traitement préventif de la virilisation des organes
génitaux externes chez le foetus de sexe féminin.
+ Déficit en 11b-hydroxylase
:
Il représente la deuxième cause d’hyperplasie congénitale des
surrénales.
Il entraîne un défaut de conversion du 11-désoxycortisol
en cortisol et de la 11-désoxycorticostérone en corticostérone avec
augmentation de la sécrétion d’ACTH et, par voie de conséquence,
production surrénalienne d’androgènes, de 11-désoxycortisol et de
la 11-désoxycorticostérone (dotée d’une activité minéralocorticoïde).
La maladie est transmise sur un mode autosomique récessif.
Dans
sa forme classique à révélation néonatale, la maladie se révèle par
un syndrome de virilisation.
La forme tardive se révèle par un
hirsutisme. Il existe une hypertension chez deux tiers des patients,
avec une hypokaliémie et une rénine basse.
Les anomalies biologiques caractéristiques associent une
augmentation des concentrations plasmatiques d’androgènes, de 11- désoxycortisol et de 11-désoxycorticostérone.
Il n’existe pas
d’anomalie biologique permettant de diagnostiquer un sujet
hétérozygote.
+ Déficit en 3b-hydroxystéroïde déshydrogénase :
Le déficit en 3b-hydroxystéroïde déshydrogénase est plus rare.
+ Hyperplasie congénitale lipoïde
:
L’hyperplasie surrénale congénitale lipoïde est l’une des formes les
plus sévères d’hyperplasie congénitale des surrénales, associant
insuffisance de production de glucocorticoïdes, de minéralocorticoïdes et de stéroïdes sexuels.
Elle est en rapport avec
une mutation du gène STAR localisé en 8p11.
La protéine Star
stimule l’activité du cytochrome P450SCC, et facilite le transport du
cholestérol du cytoplasme vers la membrane interne de la
mitochondrie où a lieu la conversion en prégnénolone.
Elle joue
donc un rôle-clef dans la réponse surrénalienne à une stimulation
aiguë.
Les enfants de sexe génétique masculin atteints naissent avec,
d’une part une ambiguïté sexuelle généralement très marquée
aboutissant à un phénotype féminin des organes génitaux externes
du fait de l’absence de sécrétion de testostérone par les testicules
durant la vie foetale et, d’autre part, une insuffisance surrénalienne
se révélant en période néonatale ou durant les premiers mois de la
vie.
L’atteinte de la stéroïdogenèse paraît plus marquée au niveau
testiculaire que surrénalien.
Il a récemment été émis l’hypothèse que
l’atteinte endocrinienne résulte pour une part du déficit même en
protéine Star, mais qui autorise cependant le maintien d’une activité stéroïdogénique basale.
Le déficit sécrétoire complet apparaîtrait progressivement, du fait de l’effet cytotoxique de l’accumulation
d’esters de cholestérol dans les cellules corticosurrénaliennes et de
Leydig.
* Hypoplasie congénitale des surrénales
:
L’hypoplasie congénitale des surrénales est un cadre pathologique
complexe, incomplètement démembré, et regroupant différentes
entités pathologiques dont le substratum physiopathologique
demeure le plus souvent inconnu.
Leur classification reste donc
variable selon les auteurs.
Schématiquement, l’hypoplasie peut être
secondaire à une atteinte de la fonction corticotrope, comme cela est
rencontré dans l’anencéphalie.
L’hypoplasie congénitale des
surrénales peut également être « périphérique » et survient alors de
manière sporadique ou familiale.
Sur le plan anatomopathologique,
trois grands types d’atteintes ont été décrits dans lesquels la
médullosurrénale est toujours respectée :
– la forme « cytomégalique », caractérisée par un arrêt du
développement des surrénales qui comportent en leur sein de
volumineuses cellules corticosurrénaliennes semblables à celle du
cortex foetal (qui normalement régressent en quelques mois après la
naissance) et une absence de développement du cortex surrénalien
« adulte » ;
– la forme « anencéphalique », dans laquelle l’aspect des surrénales
est proche de celui rencontré dans les formes secondaires à une
atteinte corticotrope congénitale ;
– la forme « miniature », dans laquelle l’aspect du cortex apparaît
normal sur le plan qualitatif mais qui est caractérisé par des
surrénales de très petite taille.
Des anomalies portant sur deux gènes, DAX-1 (dosage-sensitive sexreversal,
adrenal hypoplasia congenita, on the X-chromosome, gène 1) et
SF-1 (steroïdogenic factor 1), ont récemment été identifiées comme
étant responsables d’hypoplasie ou d’aplasie surrénalienne
congénitale.
+ Hypoplasie surrénalienne congénitale et anomalies du gène DAX-1
:
Le gène DAX-1 code pour un facteur de transcription, membre de la
superfamille des récepteurs nucléaires orphelins.
Celui-ci intervient,
dès la vie foetale et de manière complexe, avec d’autres facteurs de
transcription, dans le déterminisme du sexe masculin, dans
l’organogenèse de la corticosurrénale et de l’axe gonadotrope.
Diverses anomalies entraînant une perte d’activité du gène DAX-1
ont été décrites.
Elles sont responsables du tableau rare d’hypoplasie surrénalienne congénitale « cytomégalique » lié à l’X.
Les mères sont
donc porteuses de l’affection qui n’a de traduction pathologique que
chez les garçons.
Sur le plan anatomopathologique, l’aspect des
surrénales correspond à la forme « cytomégalique ».
Cliniquement,
le tableau est celui d’une insuffisance corticosurrénalienne globale
qui se démasque le plus souvent durant la période néonatale ou les
premières années de la vie (médiane à 3 ans).
L’atteinte surrénalienne peut se révéler plus tardivement dans l’enfance, mais
le plus souvent avant la dixième année. Récemment, deux cas
d’insuffisance surrénalienne apparus à l’âge adulte ont été décrits.
Il convient donc d’envisager désormais ce diagnostic également chez
l’adulte jeune.
Fait essentiel, l’atteinte corticosurrénalienne s’associe
à un hypogonadisme d’origine centrale.
Celui-ci ne s’exprime pas à
la naissance, et les patients n’ont pas d’ambiguïté sexuelle ou tout
au plus une ectopie testiculaire, inconstante.
En revanche, l’atteinte
gonadique se traduit par un impubérisme ou un arrêt précoce du
développement pubertaire.
La possibilité d’une atteinte Sertolienne
spécifique, indépendante de celle de l’axe gonadotrope, a été
évoquée, et serait responsable d’une infertilité résistante à
l’administration de gonadotrophines.
Parfois, les anomalies du gène
DAX-1 s’intègrent dans le cadre d’un syndrome de gènes contigus
et le tableau de l’insuffisance surrénalienne cytomégalique associée
à l’X s’associe à différentes affections telles que myopathie de
Duchenne de Boulogne, retard mental, déficit en glycérol-kinase,
etc.
+ Aplasie surrénalienne congénitale et anomalies du gène SF-1
:
SF-1 est un autre facteur de transcription membre de la famille des
récepteurs nucléaires, qui régule l’expression de multiples gènes
impliqués dans la reproduction, la stéroïdogenèse et la
différenciation sexuelle masculine.
Deux cas d’atteinte de SF-1 ont
été à ce jour identifiés chez l’homme.
Le tableau associe un
pseudohermaphrodisme masculin, avec phénotype féminin au
niveau des organes génitaux externes et insuffisance surrénalienne
liée à une aplasie du cortex surrénalien.
* Adrénoleucodystrophie (ALD) et adrénomyéloneuropathie (AMN)
:
C’est la plus fréquente des maladies peroxisomales (1 sur 20 000 garçons).
Sa transmission est récessive liée à l’X.
L’anomalie biochimique caractéristique de la maladie est une
accumulation d’acides gras à très longues chaînes (AGTLC) dans le
cerveau, la moelle épinière, les surrénales, les testicules, le plasma et
les fibroblastes.
L’accumulation des AGTLC résulte d’une anomalie
dans leur b-oxydation peroxysomale.
Un gène potentiellement
responsable de l’ALD se situe en Xq28 et code pour une protéine
(ALDP) de la membrane du peroxysome appartenant à la
superfamille des transporteurs ABC (ATP-binding cassette).
Des
mutations du gène résultant en une anomalie fonctionnelle du
domaine de liaison de l’ATP de la protéine ALDP ont été retrouvées
dans l’ALD.
Le rôle physiopathologique du métabolisme imparfait
des AGTLC dans la genèse de l’insuffisance surrénalienne reste
obscur.
Celui-ci aboutit à l’accumulation d’esters de cholestérol et
de gangliosides dans les neurones et les cellules corticosurrénaliennes.
Ces composants seraient responsables de
modifications de la viscosité de la membrane des cellules surrénaliennes inhibant in vitro leur réponse à l’ACTH.
L’accumulation des AGTLC est détectable dans le plasma, et permet
le diagnostic de l’affection chez les hommes atteints et également les
femmes conductrices dans 95 % des cas.
Un diagnostic prénatal est
possible par mesure de la concentration des AGTLC sur des cellules
amniotiques ou des cellules trophoblastiques cultivées.
Cliniquement, l’affection se présente essentiellement sous deux
phénotypes, l’ALD et l’AMN, débutant respectivement dans
l’enfance et dans l’adolescence ou chez l’adulte jeune.
L’atteinte se
caractérise par une démyélinisation du système nerveux central
responsable de divers déficits neurologiques, et par une insuffisance surrénalienne périphérique.
Dans l’ALD, l’atteinte neurologique débute en général entre 5 et
12 ans par des troubles cognitifs qui peuvent passer initialement
inaperçus.
L’évolution est progressivement caractérisée par
l’apparition de signes neurologiques : syndrome pyramidal,
hémiplégie spastique, syndrome cérébelleux puis dégradation
majeure des fonctions cognitives avec démence, cécité, quadriplégie
et état grabataire qui conduit au décès.
L’imagerie par résonance
magnétique (IRM) cérébrale montre des plaques de démyélinisation
caractéristiques du système nerveux central et de la moelle épinière.
L’atteinte neurologique ne débute parfois qu’à l’âge adulte, on parle
alors d’adrénomyéloneuropathie (AMN).
La maladie prend alors
volontiers l’allure d’une paraparésie spastique pouvant épargner à
plus ou moins longue échéance les fonctions centrales.
Malgré son caractère lié à l’X, environ 60 % des femmes conductrices
présentent après l’âge de 40 ans des signes de myélopathie.
Une insuffisance surrénalienne est présente chez 90 % des enfants et
70 % des adultes ayant une atteinte neurologique.
Elle concerne
majoritairement la sécrétion de cortisol, et la fonction minéralocorticoïde n’est touchée que dans un tiers des cas environ.
Il a été longtemps suggéré que les symptômes neurologiques
précèdent toujours l’atteinte surrénalienne dans l’ALD.
Néanmoins,
des études récentes font apparaître qu’environ 60 % des garçons
ayant une insuffisance surrénalienne dite idiopathique sont affectés
d’une ALD/AMN.
L’insuffisance surrénale peut même être la seule
manifestation de la maladie dans 6 à 8% des cas.
Si un examen
neurologique attentif doit être réalisé chez tout patient masculin
porteur d’insuffisance surrénalienne, le dosage des AGTLC circulants doit donc être systématique dès lors qu’aucune étiologie
classique n’est mise en évidence.
À l’inverse, l’atteinte surrénalienne
doit aussi être systématiquement recherchée en cas d’ALD/AMN.
Citons l’atteinte de la stéroïdogenèse testiculaire, de traduction
essentiellement biologique avec une diminution du rapport
testostérone sur LH, qui est constatée chez environ la moitié des
adultes atteints présentant une ALD.
* Syndromes de résistance à l’ACTH :
L’identification du syndrome de déficit familial isolé en
glucocorticoïdes (ou FGD pour familial glucocorticoid deficiency)
remonte à l’année 1959.
Actuellement, on dénombre une centaine de
cas.
Le FGD reste donc une maladie rare, de transmission
autosomique récessive.
Des anomalies moléculaires portant sur le
gène du récepteur de l’ACTH ont été mises en évidence dans
certains cas de FGD (FGD de type 1).
Aucune anomalie moléculaire
n’est mise en évidence dans le FGD de type 2 dont la pathogénie
demeure obscure.
Le récepteur à l’ACTH encore appelé récepteur
aux mélanocortines de type 2 (MC2R) a été cloné chez l’homme en
1992.
Il s’agit d’un récepteur à sept domaines transmembranaires
couplé aux protéines G appartenant à la famille des récepteurs à la mélanocortine dont il existe quatre sous-types.
Le gène codant pour
le récepteur à l’ACTH a été localisé sur le chromosome 18 en
18p11.2.
Vingt-deux mutations inactivatrices distinctes ont
actuellement été mises en évidence sur ce gène dans la FGD, de
type faux-sens ou non-sens, homozygote ou hétérozygote composite
affectant de manière variable la structure et/ou la fonction du
récepteur.
Sur le plan clinique, la FGD peut être isolée ou s’intégrer dans un
contexte syndromique appelé syndrome d’Allgrove ou des 3A.
Le
diagnostic de FGD isolée est le plus souvent porté en période
néonatale ou durant les 3 premières années de la vie, devant des
épisodes d’hypoglycémies parfois très sévères pouvant aller
jusqu’au coma.
Seule la fonction glucocorticoïde est atteinte, et il n’y
a pas de syndrome de perte de sel.
Le tableau biologique est celui
d’une insuffisance surrénalienne primitive avec une cortisolémie
effondrée, ne répondant pas à l’administration de Synacthène et
contrastant avec une ACTH singulièrement augmentée.
L’aldostéronémie et la rénine plasmatique basales sont normales,
répondent normalement aux stimuli du système rénine-angiotensine
(restriction sodée, orthostatisme, diurétiques), mais l’aldostérone
plasmatique n’est pas modifiée par l’administration de Synacthène.
Sur le plan morphologique, l’analyse nécropsique a révélé un aspect
compatible avec un défaut d’action de l’ACTH, à savoir une atteinte
atrophique élective des zones réticulées et fasciculées des glandes
surrénales contrastant avec une préservation relative de la zone
glomérulée responsable de la synthèse des minéralocorticoïdes.
On
regroupe dans le deuxième sous-type de FGD isolée (FGD 2) les
60 % de cas présentant le même phénotype, mais pour lequel aucune
mutation de MC2R n’a pu être mise en évidence.
Les patients
atteints de FGD 2 se caractérisent de plus par une grande taille
associée à une avance de la maturation osseuse, dont les causes
restent inconnues.
Le syndrome des 3A (alacrimie, achalasie du cardia, Addison) est
une entité rare, de transmission autosomique récessive, décrite pour
la première fois en 1978 par Allgrove.
Dans certaines familles
atteintes du syndrome, il a pu être mis en évidence des mutations
sur le gène AAAS situé en 12q13 et codant pour la protéine
dénommée ALADIN (pour alacrima-achalasia-adrenal insufficiencyneurological
disorder), mais l’origine du syndrome et le mécanisme
de la résistance à l’ACTH restent inexpliqués.
Sur le plan surrénalien, le syndrome des 3A se caractérise par une
atteinte de la fonction glucocorticoïde, de révélation souvent plus
tardive que dans les deux syndromes précédemment décrits, et
souvent associée à une atteinte de la fonction minéralocorticoïde.
Le
syndrome associe également une alacrymie de révélation très
précoce, mise en évidence par le test de Shirmer, et une achalasie du
cardia, responsable de dysphagie et de révélation parfois tardive.
Le
caractère systémique de cette forme de résistance à l’ACTH est
illustré par la présence chez les patients d’une atteinte neurologique
de présentation variable, et correspondant à un dysfonctionnement
du système nerveux central, périphérique et autonome, et de
troubles cutanéomuqueux (hyperkératose palmoplantaire).
Pour
certains, les troubles neurovégétatifs doivent être individualisés,
conduisant alors à parler de syndrome 4A.
* Atteinte mitochondriale
:
Quatre cas d’insuffisance surrénalienne survenant dans le cadre d’un
syndrome de Kearns-Sayre ont été récemment décrits.
Ce syndrome
est une maladie mitochondriale caractérisée par de larges délétions
de l’acide désoxyribonucléique (ADN) mitochondrial.
En plus de
l’atteinte multiviscérale, plusieurs atteintes endocriniennes ont été
rapportées (hypogonadisme, hypoparathyroïdie, diabète).
2- 1Formes acquises :
* Causes auto-immunes
:
L’atteinte auto-immune est la cause la plus fréquente des
insuffisances surrénaliennes primitives acquises, et représente
environ 70 % des cas observés dans les pays industrialisés.
Sur le plan histopathologique, cette atteinte est caractérisée par une
infiltration lymphocytaire, une fibrose, une raréfaction des cellules
corticosurrénaliennes et une médullosurrénale intacte.
Sur le plan
physiopathologique, l’insuffisance surrénalienne auto-immune met
en jeu des phénomènes d’immunité humorale, objectivés par la
présence, dans le sérum des patients atteints, d’anticorps circulants.
Ces anticorps sont essentiellement dirigés contre trois enzymes de
la stéroïdogenèse associées au cytochrome P450 (CYP) qui sont
surtout la 21-hydroxylase (CYP21A) et, à un moindre degré,
l’enzyme de clivage de la chaîne latérale du cholestérol (CYP450SSC)
et la 17-hydroxylase (CYP17A).
Si le rôle pathogène de ces anticorps
est incertain, ils constituent un outil important du diagnostic
étiologique de l’insuffisance surrénalienne.
L’immunité cellulaire est
également impliquée dans le développement de l’insuffisance surrénalienne auto-immune, comme en témoigne l’infiltration
lymphocytaire des glandes surrénales des patients.
Il existe une
association entre certains allèles du système human leucocyte antigen
(HLA), en particulier HLA B-8 et à un moindre degré DW3, et
l’atteinte surrénalienne auto-immune.
La prévalence de l’allèle HLA
B-8 est particulièrement importante en cas d’atteinte surrénalienne
associée à un diabète de type 1, une maladie de Basedow, une
myasthénie et/ou une thyroïdite d’Hashimoto.
L’insuffisance surrénalienne auto-immune peut être isolée ou, dans
environ 50 % des cas, être associée à d’autres pathologies
endocriniennes auto-immunes dans le cadre des polyendocrinopathies
auto-immunes (PEA) de type I ou de type 2, et/ou
d’autres atteintes auto-immunes non endocriniennes.
Les PEA de
type 2 sont plus fréquentes que les PEA de type 1.
Dans tous les cas,
les PEA intéressent plus volontiers les femmes que les hommes.
Notons que la prévalence de l’insuffisance surrénalienne parmi les
patients atteints isolément de diabète de type 1 ou de thyroïdite d’Hashimoto est très faible, inférieure à 1 %.
Il n’est donc pas justifié,
en cas d’atteinte endocrinienne auto-immune isolée, de pratiquer un
dépistage systématique sérologique de la PEA de type 2.
L’insuffisance surrénale isolée est plus fréquente chez l’homme
avant l’âge de 20 ans et plus fréquente chez la femme après l’âge de
30 ans.
Elle est caractérisée par une production préférentielle
d’anticorps anti-CYP21A.
Ces anticorps précèdent en général de
plusieurs années le début de la maladie.
Leur présence est très
spécifique de la maladie (prévalence entre 0,2 et 13,5 % chez des
sujets ayant une ou plusieurs maladies auto-immunes en dehors de
l’insuffisance surrénale, et de 0,3 à 5 % dans la population générale).
Ils ne sont toutefois pas rémanents, et leur sensibilité diagnostique
n’est pas parfaite puisqu’ils peuvent manquer dans 25 à 30 % des
cas.
La PEA de type I ou APECED pour polyendocrinopathy-candidosisectodermal-
dysplasia est une pathologie rare, transmise sur le mode
autosomique récessif.
Sur le plan clinique, elle se définit par la
présence d’au moins deux des trois atteintes principales
(hypoparathyroïdie, insuffisance surrénalienne et candidose
chronique cutanéomuqueuse).
Plusieurs autres endocrinopathies
peuvent s’associer à ces trois atteintes principales.
L’hypoparathyroïdie est souvent la première atteinte à apparaître,
en général avant l’âge de 10 ans, et la candidose cutanéomuqueuse
est l’atteinte la plus fréquente.
Celle-ci est récurrente, extensive et
souvent résistante aux traitements usuels.
L’insuffisance surrénalienne apparaît plus tardivement, vers l’âge de 12 ou 13 ans
en général.
Chez l’enfant atteint d’hypoparathyroïdie auto-immune,
la valeur prédictive des anticorps antisurrénaliens vis-à-vis de la
survenue de l’insuffisance surrénalienne est de l’ordre de 90 % à 4
ans, et pratiquement 100 % à 10 ans.
L’atteinte digestive associée
peut être cause de malabsorption d’allure capricieuse, pouvant
perturber l’efficacité de la thérapeutique vitaminocalcique et de
l’opothérapie substitutive surrénalienne.
Une ovarite auto-immune
est associée dans environ 60 % des cas.
Dans ce syndrome, le diabète
de type 1 et l’atteinte thyroïdienne sont très rares.
Le gène
responsable de la PEA de type I, appelé AIRE pour auto-immune
regulator, a été isolé situé sur le chromosome 21q22.3 et cloné en
1997.
L’acide ribonucléique messager (ARNm) de AIRE et la
protéine codée par ce gène sont exprimés dans différents tissus qui
jouent un rôle dans la maturation du système immunitaire et la
tolérance (thymus, rate, ganglions lymphatiques).
Ses rôles
physiologique et physiopathologique demeure cependant restent
mal connus.
Différentes mutations du gène AIRE ont été retrouvées,
sans corrélation évidente entre le type d’anomalie génotypique et le
phénotype clinique.
La présence d’anticorps dirigés contre les
enzymes de la stéroïdogenèse a une très forte valeur prédictive
positive (plus de 90 %) vis-à-vis de la survenue de l’insuffisance
surrénalienne chez les enfants atteints du syndrome APECED.
La PEA de type II est plus fréquente.
La maladie débute à l’âge
adulte et atteint préférentiellement les femmes.
Elle peut être
sporadique ou familiale, avec une transmission autosomique
récessive à pénétrance variable.
Elle est fréquemment associée à
certains allèles du complexe majeur d’histocompatibilité (HLA-B8 et
HLA-DR3 en particulier).
L’insuffisance surrénalienne est toujours
présente et révélatrice de la maladie dans environ 50 % des cas.
Elle
s’associe à différentes atteintes auto-immunes, endocriniennes ou
non, et en particulier fréquemment à une thyroïdite auto-immune et
à un diabète de type 1.
L’hypoparathyroïdie ne fait pas
partie de ce syndrome.
Les autoanticorps anti-CYP21A sont très
fréquemment présents, alors que les anticorps anti-CYP450SSC et
anti-CYP17A sont plus caractéristiques des formes associant une
atteinte gonadique.
La valeur prédictive positive de survenue de
l’insuffisance surrénalienne chez les patients adultes présentant au
moins deux atteintes endocriniennes auto-immunes est beaucoup
plus faible que dans la PEA de type 1, mais doit conduire à une
surveillance clinique et biologique régulière, en particulier par le test
au Synacthène immédiat.
* Causes infectieuses :
+ Tuberculose :
L’origine infectieuse a longtemps été dominée par l’atteinte
tuberculeuse, mais sa prévalence au sein des causes d’insuffisance surrénalienne est actuellement en net recul (environ 20 %).
Elle
résulte de la dissémination hématogène d’une atteinte tuberculeuse extrasurrénalienne.
Au moment du diagnostic d’insuffisance surrénalienne, celle-ci peut être patente ou latente. Il convient donc
de la rechercher systématiquement.
Sur le plan anatomopathologique,
la destruction caséeuse des surrénales évolue
progressivement et intéresse généralement également la médullaire.
Sur le plan morphologique, on constate initialement une
hypertrophie modérée des glandes surrénales liée à l’infiltration
inflammatoire du cortex.
Celle-ci régresse spontanément au bout
d’environ 2 ans d’évolution, et peut se transformer en atrophie des
surrénales.
Dans 50 % des cas, les glandes surrénales sont le siège
de calcifications visibles à l’imagerie.
Un traitement antituberculeux mis en route précocement au stade
hypertrophique, autorise parfois la récupération de la fonction surrénalienne.
Virus de l’immunodéficience humaine (VIH)
L’incidence de l’insuffisance surrénalienne survenant au cours de
l’infection par le VIH est estimée entre 5 et 8 %. L’insuffisance
surrénalienne de « réserve » traduite par des valeurs basales de
cortisolémie normales mais une réponse insuffisante lors de la
stimulation par le Synacthène immédiat serait plus fréquente.
La nature de l’insuffisance surrénalienne n’est pas univoque.
L’immunodéficience due au VIH peut en effet être responsable
d’infections par des agents opportunistes (fungiques, parasitaires ou
viraux) avec atteinte du cortex surrénalien.
La localisation surrénalienne représente l’atteinte extrapulmonaire la plus fréquente
dans les affections dues au cytomégalovirus.
L’infection par le VIH
peut entraîner une thrombocytopénie favorisant la survenue
d’hémorragie surrénalienne.
Les drogues antirétrovirales ou utilisées
pour le traitement des affections opportunistes, telles que le
kétoconazole, peuvent aussi entraîner une inhibition de la
stéroïdogenèse surrénalienne.
Citons également les métastases surrénaliennes bilatérales et la localisation surrénalienne d’un
sarcome de Kaposi.
Enfin, l’atteinte corticosurrénalienne par le VIH
peut entraîner une insuffisance surrénalienne.
Il convient également de mentionner, à côté de l’insuffisance surrénalienne, la fréquence des modifications biologiques intéressant
la fonction surrénalienne au cours de l’infection par le VIH.
Une
élévation des concentrations circulantes de cortisol et d’ACTH est
fréquemment rencontrée, et attribuée à une activation de l’axe
corticotrope par les médiateurs de l’inflammation (cytokines).
Parfois, ce tableau biologique « d’hypercorticisme » tranche avec des
manifestations cliniques potentiellement attribuables à une
insuffisance surrénalienne, et une résistance périphérique au cortisol
(par diminution de l’affinité des récepteurs) a été évoquée.
+ Causes infectieuses rares :
Des causes infectieuses rares et retrouvées essentiellement dans
certaines zones endémiques peuvent être responsables d’insuffisance surrénalienne : histoplasmose, paracoccidioïdomycose,
cryptococcose et blastomycose.
La syphilis a également rarement été
reconnue comme cause d’insuffisance surrénalienne périphérique.
* Causes vasculaires
:
L’insuffisance surrénalienne peut résulter d’un infarcissement massif
et bilatéral des surrénales survenant dans le cadre d’une hémorragie
bilatérale des surrénales ou d’une thrombose bilatérale des veines
surrénaliennes.
Les hémorragies des surrénales surviennent
essentiellement au cours des stress sévères, des traumatismes, des
maladies thromboemboliques et des traitements par anticoagulants
(héparine).
La période postopératoire représente donc une
circonstance privilégiée de survenue des hémorragies surrénaliennes
bilatérales.
L’anticoagulation est présente dans environ un tiers des
causes des hémorragies surrénaliennes.
Une anticoagulation
excessive n’est pourtant retrouvée que dans moins de 50 % des cas,
et le stress semble jouer un rôle prépondérant dans la survenue de
tels accidents.
Des hémorragies surrénaliennes ont également été
rapportées dans le cadre d’un syndrome des anticorps
antiphospholipides.
Enfin, et plus particulièrement chez l’enfant,
l’hémorragie des surrénales peut survenir dans un contexte septique
sévère lors d’atteinte des méningococcies (syndrome de Waterhouse-Friderichsen) ou septicémie à Pseudomonas aeruginosa.
Les douleurs de l’abdomen, des flancs et/ou des bases thoraciques,
associées à des troubles digestifs (vomissements) et une défense
abdominale, dominent le tableau clinique.
Elles s’associent à une
hypotension avec choc, à une fièvre, et parfois à des troubles de la
conscience.
L’évolution peut être rapidement fatale en l’absence de
traitement supplétif.
L’imagerie des glandes surrénales (tomodensitométrie ou IRM)
retrouve des aspects caractéristiques.
* Causes iatrogènes :
Quelques médicaments peuvent provoquer une insuffisance surrénalienne par inhibition des enzymes de la stéroïdogenèse
(aminoglutéthimide, étomidate, kétoconazole, Métopirone,
suramine).
Dans la plupart des cas et aux doses habituellement
utilisées, l’insuffisance sécrétoire provoquée par les inhibiteurs de la stéroïdogenèse est compensée par une hypersécrétion compensatoire
d’ACTH et ne provoque donc pas d’insuffisance surrénalienne.
Une
véritable insuffisance surrénalienne peut toutefois survenir chez les
patients ayant au préalable une insuffisance corticotrope de réserve
(pathologies hypophysaires, antécédent de corticothérapie
prolongée).
L’effet inhibiteur de la stéroïdogenèse de ces drogues
est souvent utilisé (à doses fortes) à titre palliatif dans le traitement
du syndrome de Cushing.
Celui-ci expose également alors à
l’insuffisance surrénalienne, en cas de surdosage et/ou d’affection
intercurrente.
L’op’-DDD est doté d’une activité cytotoxique et peut
provoquer une insuffisance surrénalienne définitive.
Barbituriques, phénytoïnes, rifampicine interfèrent avec le
métabolisme du cortisol et de l’hydrocortisone par un mécanisme
d’induction enzymatique en stimulant leur catabolisme.
Ces drogues
peuvent être à l’origine d’une décompensation de l’insuffisance surrénalienne chez les patients traités si aucune adaptation de
l’opothérapie substitutive n’est effectuée.
On sera donc
particulièrement vigilant lorsqu’un traitement antituberculeux est
entrepris chez l’Addisonien.
Évidemment, l’insuffisance surrénalienne est la règle après
surrénalectomie bilatérale.
* Métastases surrénaliennes :
L’infiltration métastatique des glandes surrénales est fréquente.
Les séries autopsiques retrouvent une atteinte surrénalienne
dans 40 à 60 % des cas chez les patients atteints de néoplasies des
bronches ou du sein métastatiques, dans 30 % des cas des
mélanomes et dans environ 15 % des cas dans les atteintes coliques
ou gastriques.
Cependant, seulement un tiers à un cinquième des
patients ayant des métastases surrénaliennes bilatérales vont
développer une insuffisance surrénalienne.
Ceci tient
vraisemblablement au fait qu’il est nécessaire qu’environ 90 % du
cortex surrénalien soient détruits pour qu’une insuffisance sécrétoire
apparaisse.
* Maladie de système :
Le syndrome de POEMS (polyneuropathy, organomegaly,
endocrinopathy, monoclonal gammapathy, skin change) est une affection
systémique rare de pathogénie inconnue.
Parmi les atteintes
endocriniennes, le diabète, l’hypothyroïdie ou encore l’insuffisance
gonadique ou gonadotrope sont les plus fréquemment rapportés,
mais l’insuffisance surrénalienne primitive a également été décrite
comme faisant partie du syndrome.
B - INSUFFISANCE SURRÉNALIENNE SECONDAIRE
:
L’insuffisance surrénalienne peut être secondaire, c’est-à-dire en
rapport avec une atteinte hypothalamique ou hypophysaire.
1- Anomalies de la morphogenèse
et facteurs de transcription
:
Le développement embryonnaire de l’antéhypophyse nécessite
l’intervention de facteurs de transcription (protéines nucléaires,
appartenant à la famille des protéines à domaines homéo de liaison
avec l’ADN), tels que Rpx, Ptx 1, Lhx 3, Lhx 4, Prop-1, Pit-1, qui
agissent selon un ordre spatiotemporel précis afin de permettre la
différenciation des cinq types cellulaires hypophysaires.
L’invalidation des gènes de certains de ces facteurs de transcription
dans des modèles murins a permis de mieux comprendre leur rôle
dans l’embryogenèse.
La recherche d’anomalies de ces gènes en
pathologie humaine a permis d’identifier de nouvelles étiologies
d’insuffisance corticotrope.
*
Déficits hypophysaires combinés :
Il existe actuellement dans l’espèce humaine des phénotypes qui
correspondent à des mutations de certains gènes codant pour ces
facteurs de transcriptions.
La dysplasie septo-optique se caractérise par une hypoplasie des
nerfs optiques, des anomalies de la ligne médiane, des anomalies de
l’antéhypophyse et une ectopie de la posthypophyse.
Plusieurs
déficits antéhypophysaires peuvent être présents, et notamment une
insuffisance corticotrope.
Il a pu être mis en évidence une mutation
homozygote du gène Hesx 1, codant pour le facteur de transcription
Rpx, dans une forme familiale de dysplasie septo-optique.
Prop 1 (prophet of Pit 1) est un facteur de transcription dont
l’expression est restreinte à l’hypophyse au stade embryonnaire et
au stade adulte.
Chez l’homme, des mutations du gène de Prop 1
ont été décrites.
La transmission est autosomique récessive, et
l’atteinte antéhypophysaire associe une insuffisance gonadotrope
complète, une insuffisance somatotrope, lactotrope et thyréotrope
partielle.
Dans environ un tiers des cas, il existe également une
insuffisance corticotrope.
Cette insuffisance corticotrope, inconstante
et parfois partielle, reste mal comprise et paradoxale, en regard du
rôle de Prop 1 qui, chez la souris, ne semble pas participer à la
différenciation du secteur corticotrope antéhypophysaire.
* Déficit corticotrope isolé
:
Très récemment, un facteur de transcription responsable de
l’ontogenèse des cellules corticotropes a été identifié et nommé Tpit.
Tpit est impliqué dans l’expression de la POMC des cellules
hypophysaires, et il a été montré que la surexpression de Tpit chez
des souris transgéniques entraînait l’expression du gène de la POMC
dans des cellules hypophysaires indifférenciées.
Dans l’espèce humaine, deux mutations (une mutation homozygote
correspondant à un codon stop et une mutation hétérozygote) de Tpit ont été retrouvées chez deux patients non apparentés et atteints
d’une insuffisance corticotrope isolée.
2- Anomalies moléculaires
:
En dehors des anomalies génétiques concernant les facteurs de
transcription impliqués dans l’embryogenèse hypophysaire, il existe
d’autres causes génétiques d’insuffisance corticotrope.
Le syndrome de déficit en POMC est secondaire à une mutation du
gène codant pour cette protéine.
Celui-ci n’a été décrit que chez
quelques patients, et se caractérise sur le plan phénotypique par une
obésité à début précoce, une coloration rousse des cheveux et une
insuffisance corticotrope sévère néonatale.
Dans ce syndrome,
l’obésité est secondaire à l’absence de production par les neurones
hypothalamiques de a-MSH, normalement issue du clivage
enzymatique de la POMC (l’a-MSH hypothalamique se lie aux
récepteurs de la mélanocortine de type 4 et entraîne une réduction
de la prise alimentaire et une augmentation de la dépense
énergétique).
La coloration rousse des cheveux est due à l’absence
d’activation par les peptides dérivés de la POMC (a-MSH et ACTH)
du récepteur MC1-R au niveau des mélanocytes des cheveux.
D’exceptionnelles mutations du gène codant pour la proconvertase
de type 1 (PC1, enzyme responsable du clivage de la POMC) ont été
identifiées comme responsables d’une insuffisance corticotrope.
En
dehors de la POMC, les proconvertases de types 1 et 2 sont
nécessaires au clivage d’autres prohormones, dont la pro-insuline et
le proglucagon.
Sur le plan phénotypique, ce déficit se traduit par
l’association de l’insuffisance corticotrope à une obésité sévère à
début précoce, et des anomalies de l’homéostasie glucidique avec
un diabète sucré du fait de l’absence d’insuline, mais aussi des
hypoglycémies prandiales tardives du fait de l’accumulation de proinsuline
qui conserve une faible activité hypoglycémiante.
3- Atteintes organiques hypothalamiques
ou hypophysaires
:
Les tumeurs de la région hypothalamohypophysaire de toute nature
peuvent entraîner une insuffisance corticotrope, survenant
fréquemment dans un contexte de panhypopituitarisme.
Le
craniopharyngiome est la tumeur la plus fréquemment associée à
une atteinte corticotrope.
En dehors des tumeurs, l’atteinte hypothalamohypophysaire peut
être secondaire à un processus infiltratif (sarcoïdose, histiocytose,
hypophysite lymphocytaire), ou encore à un infarcissement
hémorragique en particulier dans le post-partum (syndrome de
Sheehan).
Il persiste des cas acquis d’insuffisance corticotrope isolée d’étiologie
inconnue.
Des processus auto-immuns semblent impliqués du fait
de l’association fréquente avec d’autres endocrinopathies autoimmunes
ou de la présence d’autoanticorps (antihypophyse ou
anticellule corticotrope) qui ont été décrits chez certains patients.
L’insuffisance corticotrope peut être iatrogène, survenant dans les
suites d’une chirurgie ou d’une irradiation hypophysaire ou
hypothalamique.
Du fait de la sidération de l’axe corticotrope
secondaire à l’hypersécrétion chronique de cortisol par la tumeur,
une insuffisance corticotrope survient très fréquemment dans les
suites du traitement chirurgical d’une tumeur sécrétant de l’ACTH
(hypophysaire ou extrahypophysaire).
L’insuffisance corticotrope est
cependant dans ce contexte attendue, et considérée comme un
facteur pronostique de guérison.
Il faut également citer
l’insuffisance corticotrope qui survient après exérèse d’un adénome
cortisolique unilatéral, et qui doit être prévenue.
Il faut également
être très méfiant lors de l’exérèse d’une tumeur surrénalienne de
découverte fortuite (« incidentalome »), apparemment non secrétante
mais qui peut néanmoins sécréter à bas bruit du cortisol et entraîner
une freination de l’axe corticotrope persistante après
surrénalectomie.
À ce titre, l’exploration biologique de la fonction corticosurrénalienne est obligatoire devant tout « incidentalome »
surrénalien.
4- Corticothérapie prolongée :
Les glucocorticoïdes de synthèse, quel que soit leur mode
d’administration, peuvent, par un effet de rétrocontrôle négatif sur
le système hypothalamohypophysaire, entraîner une insuffisance
surrénalienne par diminution de la synthèse et de la sécrétion
d’ACTH et de CRH.
Seule la fonction glucocorticoïde est atteinte, la
fonction minéralocorticoïde étant respectée.
Une grande variabilité
individuelle existe dans la sensibilité aux glucocorticoïdes, ce qui
rend difficile l’appréciation au niveau individuel du risque
d’insuffisance corticotrope et de sa durée.
Néanmoins, plusieurs
paramètres influençant le développement d’une insuffisance corticotrope après corticothérapie peuvent être individualisés :
– le type de corticoïdes : l’importance et la durée du freinage de
l’axe corticotrope varient parallèlement à la demi-vie plasmatique
du corticoïde ;
– la durée du traitement : une corticothérapie prolongée est associée
à un plus grand risque de freinage, avec un temps de récupération
plus long.
Une corticothérapie brève de quelques jours peut
néanmoins entraîner une hyporéactivité surrénalienne à un stress
aigu pendant 1 à 2 semaines ;
– la dose : une insuffisance corticotrope peut survenir après une
corticothérapie supérieure à 20 mg d’équivalent prednisone pendant
au moins 3 semaines ;
– l’horaire d’administration : le freinage de l’axe corticotrope est
maximal quand les corticoïdes à demi-vie courte sont administrés le
soir, à l’heure où la cortisolémie physiologique est la plus basse.
On
préférera donc les corticothérapies utilisant des corticoïdes à demivie
brève (type prednisone ou prednisolone), prescrites en une prise
le matin ou mieux à jours alternés ;
– la voie d’administration : les corticothérapies dites « locales », en
particulier les injection intra-articulaires, les applications cutanées,
mais aussi les corticoïdes inhalés à partir de certaines doses, peuvent
avoir un effet inhibiteur de l’axe corticotrope.
C - CAS PARTICULIER DU DÉFICIT ISOLÉ EN MINÉRALOCORTICOÏDES OU HYPOALDOSTÉRONISME
:
L’hypoaldostéronisme doit être évoqué devant toute hyperkaliémie
persistante, en l’absence de cause évidente telle que l’insuffisance
rénale, la prise de potassium ou le traitement par diurétiques
épargneurs de potassium.
L’hypoaldostéronisme isolé peut être secondaire à une déficience du
système rénine-angiotensine, ou primitif.
1- Hypoaldostéronisme hyporéninémique ou secondaire
:
Le tableau biologique classique correspond à un patient qui présente
une hyperkaliémie chronique inexpliquée et asymptomatique,
associée à une insuffisance rénale modérée (clairance de la créatinine
> 15 mL/min).
Il existe également une acidose métabolique hyperchlorémique modérée, dénommée acidose rénale tubulaire, de
type 4 et secondaire à une diminution de l’excrétion urinaire de
l’ammonium.
Le diagnostic est confirmé par la mise en évidence de
concentrations plasmatiques et urinaires d’aldostérone basses
associées à une activité rénine plasmatique basse.
Ces dosages seront
au mieux réalisés après administration d’un diurétique de l’anse ou
après la mise en orthostatisme du patient pendant au moins
3 heures, c’est-à-dire dans les conditions où une augmentation de la
rénine et de l’aldostérone est attendue.
L’hypoaldostéronisme hyporéninémique survient fréquemment chez
les patients affectés d’une néphropathie diabétique ou d’une
néphrite interstitielle chronique.
D’autres pathologies, comme le
lupus érythémateux aigu disséminé, le myélome multiple, le POEMS
ou encore l’infection rétrovirale par le VIH, peuvent être associées à
un hypoaldostéronisme hyporéninémique.
Un hypoaldostéronisme
hyporéninémique transitoire peut survenir au cours de traitements par
anti-inflammatoires non stéroïdiens, inhibiteurs de l’enzyme de
conversion de l’angiotensine, ciclosporine.
2- Hypoaldostéronisme primaire
:
Il peut être congénital ou acquis.
* Formes congénitales :
L’hypoaldostéronisme congénital est une pathologie rare transmise
sur un mode autosomique récessif.
Sur le plan clinique, les enfants
atteints présentent un syndrome de perte de sel sévère, associé à un
retard marqué de croissance staturopondérale et des épisodes
récurrents de déshydratation.
L’anomalie enzymatique responsable de la maladie se situe au
niveau de la voie de synthèse de l’aldostérone, et concerne
l’aldostérone synthase.
Cette enzyme a deux activités différentes qui
correspondent à deux formes biologiques de la maladie :
– COM de type I (activité 18-hydroxylase) : l’aldostérone est
indétectable et la 18-hydroxycorticostérone basse ;
– COM de type II (activité 18-déshydrogénase) : il persiste une
certaine activité enzymatique avec aldostérone dosable,
augmentation franche de la 18-hydroxycorticostérone et activité
rénine plasmatique élevée.
* Formes acquises
:
L’héparine peut entraîner un hypoaldostéronisme primaire isolé, par
l’intermédiaire d’un effet toxique direct au niveau de la zone
glomérulée de la corticosurrénale (réduction du nombre et de
l’affinité des récepteurs surrénaliens à l’angiotensine II).
Du fait de
la mise en jeu de phénomènes compensatoires (augmentation de
l’activité rénine plasmatique), l’hyperkaliémie ne survient que dans
un faible pourcentage de cas.
Un hypoaldostéronisme primaire acquis peut aussi survenir dans
un contexte d’affections sévères, mais le mécanisme
physiopathologique sous-jacent reste mal compris.
De même, des
atteintes isolées de la fonction minéralocorticoïde ont parfois été
rapportées dans des cas de métastases surrénaliennes.
Traitements de l’insuffisance surrénalienne :
A -
TRAITEMENTS ÉTIOLOGIQUES :
Les traitements à visée étiologique ont peu d’impact dans
l’insuffisance surrénalienne.
Citons essentiellement le traitement
antituberculeux qui, lorsqu’il est débuté précocement, permet dans
un petit nombre de cas une restitution du potentiel sécrétoire corticosurrénalien.
Dans le cadre de l’adrénoleucodystrophie,
différentes thérapeutiques ont été proposées afin de réduire le taux
d’acides gras à très longue chaîne (huile de Lorenzo riche en
glycéryl-troléate et glycéryl-triécurate, traitement par lovastatine,
approches immunologiques), mais leur résultat a toujours été
décevant.
Seule la greffe de moelle osseuse, pratiquée à un stade
précoce de la maladie, a permis d’obtenir des résultats intéressants
sur le plan neurologique.
B - TRAITEMENT SUPPLÉTIF :
Les modalités de la supplémentation hormonale diffèrent selon le
contexte, chronique ou aigu, de l’insuffisance surrénalienne.
1- Phase aiguë
:
L’insuffisance surrénalienne aiguë est une urgence vitale.
Le
traitement doit donc être entrepris en urgence et au moindre doute.
Il ne se conçoit que dans un environnement spécialisé ou à tout le
moins hospitalier.
La mise en place d’une ou deux voies d’abord veineuses de bon
calibre, et la mise en place d’un monitoring de l’activité électrique
cardiaque sont indispensables.
La réhydratation est une mesure essentielle à mettre en oeuvre.
On
perfuse du glucosé à 5 % supplémenté en NaCI (9 g/L pour le
premier litre).
L’adjonction de KCl est interdite initialement du fait
de l’hyperkaliémie.
Généralement, 3 à 4 L de solutés sont apportés
dans les 24 premières heures, le premier litre étant passé dans la
première demi-heure.
La substitution en glucocorticoïdes par voie intraveineuse doit être
immédiatement associée, sous forme d’hémisuccinate
d’hydrocortisone et à raison de 100 mg toutes les 6-8 heures pendant
les 24 premières heures.
Le second jour, les doses d’hydrocortisone
administrées par voie parentérale sont réduites de moitié : 50 mg
toutes les 6 à 8 heures, puis elles sont progressivement réduites,
pour aboutir en environ 3 jours aux doses substitutives administrées
par voie orale.
À la phase aiguë, l’intérêt réel de la substitution en minéralocorticoïdes
est discuté.
Lorsque le patient est en collapsus, le
problème n’est pas de retenir le sodium dans le secteur plasmatique
(ce que font les minéralocorticoïdes), mais surtout d’en apporter des
quantités suffisantes chez un patient sévèrement déplété, par
l’intermédiaire des perfusions de sérum salé isotonique.
De plus,
l’hydrocortisone aux doses administrées à la phase aiguë possède
un effet minéralocorticoïde certain.
Certains préfèrent néanmoins
administrer par voie intramusculaire de l’acétate de désoxycorticostérone (DOCA, Syncortylt) à la dose de 10 mg.
Une surveillance clinique étroite (pouls, tension artérielle, état
d’hydratation, température, diurèse, conscience) et paraclinique
(ionogramme sanguin et urinaire, glycémie) est impérative à la
phase aiguë de la maladie.
2- Phase chronique
:
* Substitution en glucocorticoïdes :
L’hydrocortisone est la drogue la plus couramment utilisée en
Europe.
Elle est disponible sous forme de comprimés à 10 mg.
Du
fait d’une demi-vie courte, de l’ordre de 2 heures, l’emploi de
stéroïdes à demi-vie plus longue tels que prednisolone ou
dexaméthasone a été préconisé, afin d’obtenir une stabilité de l’effet
substitutif au cours de la journée.
Cependant, ces derniers n’ont pas
d’effet minéralocorticoïde et, compte tenu des préparations
pharmacologiques disponibles, les ajustements précis de doses sont
difficiles.
De plus, les effets secondaires à type d’hypercorticisme
iatrogène semblent plus fréquemment rapportés avec la dexaméthasone.
Les traitements substitutifs par dexaméthasone et
prednisolone, qui ont encore la faveur des Américains du Nord, sont
réservés en Europe à de rares cas où la suppression du
fonctionnement surrénalien anormal est difficile à obtenir, comme
dans les hyperplasies congénitales des surrénales.
Chez l’adulte, la production quotidienne de cortisol est estimée à
5,7 mg/m2/j, ce qui équivaut à une dose d’environ 10-12 mg
d’hydrocortisone par m2 de surface corporelle et par jour.
Trois
principaux écueils expliquent les incertitudes et divergences dans
les schémas thérapeutiques proposés :
– le premier tient aux fluctuations circadiennes de la cortisolémie,
qu’il est impossible de mimer fidèlement.
Le pic physiologique de
sécrétion du cortisol survient en effet très précocement le matin,
alors que la première prise d’hydrocortisone ne survient que
beaucoup plus tard.
Ceci se traduit fréquemment par une asthénie
matinale, des concentrations d’ACTH élevées et parfois la
persistance de l’hyperpigmentation ;
– le second tient à l’absence de marqueur biologique fiable
permettant de « monitorer » la substitution en hydrocortisone.
C’est
donc sur des critères essentiellement cliniques que l’on adapte le
traitement, mais leur manque de sensibilité et spécificité ne permet
vraisemblablement qu’une adaptation grossière.
Une substitution
insuffisante s’accompagne d’asthénie chronique, d’hypotension
orthostatique, voire de tendance aux hypoglycémies nocturnes.
À
l’inverse, une dose excessive d’hydrocortisone entraîne des
symptômes Cushingoïdes tels que prise de poids, hypertension
artérielle, érythrose faciale, etc.
Les limites du monitoring clinique
sont illustrées par la mise en évidence d’une diminution de la
densité minérale osseuse voire d’une ostéoporose, potentiellement
attribuable au traitement substitutif chez l’Addisonien ;
– le troisième écueil tient à une grande variabilité du métabolisme
de l’hydrocortisone d’un patient à l’autre.
Ceci implique donc un
ajustement individuel.
Sur la base de protocoles empiriques et des résultats d’études de
cohorte appréciant la cortisolémie à différentes périodes critiques de
la journée (9 h, 12 h 30 et 17 h 30), la posologie moyenne à conseiller
chez l’adulte est donc d’environ 20 à 25 mg/j.
La posologie est
répartie en deux ou trois prises, avec une dose un peu plus
importante le matin.
Ceci se traduit par exemple par 15 mg le matin
au réveil puis 5 mg vers 15 h, ou par 10 mg le matin, 5 mg à midi et
5 mg vers 17 h 30. Répétons-le, l’adaptation du schéma doit être
réalisée au cas par cas.
Dans tous les cas, la prise tardive
d’hydrocortisone (au-delà de 19 h) est à proscrire, et l’absence
d’hydrocortisone en fin de matinée/début d’après-midi est un
facteur d’asthénie l’après-midi.
Il est important de tenir compte des traitements associés, et en
particulier des inducteurs enzymatiques, barbituriques, anticonvulsivants et rifampicine, qui interfèrent avec le métabolisme
hépatique de l’hydrocortisone et justifient une augmentation de la
posologie quotidienne.
La substitution en hormones de croissance
peut, vraisemblablement par l’intermédiaire d’une diminution des
taux de protéine porteuse du cortisol (cortisol binding globuline,
CBG), entraîner une diminution de la cortisolémie malgré des doses
constantes d’hydrocortisone.
Le retentissement clinique de cette
anomalie et ses implications pratiques demeurent inconnus.
En cas
de déficit combiné thyroïdien et surrénalien profond, la substitution
en hydrocortisone doit impérativement précéder la mise en place de
l’opothérapie substitutive thyroïdienne.
Une situation particulière que nous ne détaillerons pas ici concerne
la substitution chez l’enfant présentant une hyperplasie congénitale
des surrénales par bloc en CYP21.
Dans ce cas, la substitution par
hydrocortisone aux doses usuelles peut laisser persister une
production androgénique surrénalienne pathologique, et à l’inverse
le contrôle de cette sécrétion peut nécessiter des doses excessives
d’hydrocortisone perturbant la croissance staturale.
Dans ces cas
difficiles, l’utilisation de stéroïdes d’action prolongée
(dexaméthasone) et d’autres approches ont été proposées
(association hydrocortisone et antiandrogènes).
* Substitution en minéralocorticoïdes :
La supplémentation en minéralocorticoïdes est parfois nécessaire
pour les patients atteints d’insuffisance surrénalienne primaire.
La
9a-fludrocortisone (Florineft) est disponible sous forme de
comprimés à 50 µg.
La dose nécessaire varie généralement de 1 à
3 comprimés/j.
Compte tenu de l’effet minéralocorticoïde de
l’hydrocortisone, l’ajustement de la dose d’hydrocortisone doit
précéder la mise en place de la substitution en fludrocortisone.
La
tension artérielle et la fréquence cardiaque sont les éléments
cliniques de surveillance d’un traitement par fludrocortisone.
Plusieurs auteurs, dont nous sommes, préconisent l’utilisation des
concentrations de rénine plasmatique en position couchée pour
adapter la substitution en minéralocorticoïdes.
Les besoins en minéralocorticoïdes sont souvent proportionnellement
plus importants chez l’enfant, et une supplémentation
orale en sel (0,5 à 1 g/10 kg/j) est souvent nécessaire.
Chez l’adulte
ceci n’est pas nécessaire, et le régime doit être normosodé.
* Substitution en DHEA :
La synthèse de DHEA est assurée par la zone fasciculée de la
corticosurrénale, et contrôlée par l’ACTH.
La question de la
substitution en DHEA se pose donc tant pour la maladie d’Addison
que pour l’insuffisance corticotrope.
La DHEA peut exercer ses effets par plusieurs mécanismes. De
nombreux tissus peuvent utiliser la DHEA comme précurseur de la
synthèse des androgènes et oestrogènes.
Les résultats obtenus chez
des sujets jeunes hypopituitaires ou ayant une suppression de la
fonction corticotrope lors d’une corticothérapie montrent que la dose
de DHEA permettant de restaurer des concentrations physiologiques
de SDHEA, delta-4-androstènedione et testostérone, est de l’ordre
de 50 mg/j.
La DHEA agit également comme un neurostéroïde
susceptible d’exercer une fonction modulatrice sur l’activité du
système nerveux central.
Enfin, à certains égards, la DHEA possède
une activité antiglucocorticoïde pouvant avoir un effet bénéfique
potentiel au niveau de certains tissus (cerveau, os).
Deux études, méthodologiquement irréprochables, menées à court
terme chez des femmes et des hommes présentant une
insuffisance surrénalienne primitive ou secondaire, concluent à un
bénéfice de la supplémentation par DHEA à la dose de 50 mg/j.
Dans ces études, une amélioration de l’humeur (réduction des scores
d’anxiété et de dépression), du bien-être général, et une réduction
de l’asthénie, sont observées dans les deux sexes. Insistons sur le
fait que ces effets sont également observés chez l’homme, chez
lequel le principal androgène circulant est la testostérone, ce qui
plaide en faveur d’un effet direct de la supplémentation au niveau
du système nerveux central. Une amélioration de la fonction sexuelle
des femmes a également été notée dans l’une des deux études.
Dans les deux études, les effets secondaires se sont limités à des
signes cutanés d’hyperandrogénie chez 30 à 50 % des femmes.
Si
des études sur les bénéfices et risques à long terme de la DHEA
chez l’insuffisant surrénalien sont encore nécessaires, une
supplémentation à la dose de 50 mg/j est aujourd’hui légitime, avec
une surveillance particulière du sein et de la prostate chez les
patients âgés.
3- Mesures générales. Éducation et prévention
de l’insuffisance surrénalienne aiguë
:
La prise en charge thérapeutique de l’insuffisance surrénale
comprend quelques mesures générales qui, si elles sont simples, n’en
sont pas moins fondamentales.
Leur connaissance par le patient est
capitale.
Celui-ci doit savoir que le traitement de l’insuffisance surrénalienne est un traitement à vie qui ne doit jamais être
interrompu.
De fait, en cas d’impossibilité de prise (vomissements),
il doit consulter immédiatement, pour que la substitution soit
administrée par voie parentérale.
On doit lui apprendre la nécessité
de suivre un régime normalement salé, et que l’utilisation de
diurétiques ou de laxatifs doit être évitée ou toujours réalisée sous
surveillance médicale.
De façon plus générale, l’automédication est
fortement contre-indiquée.
Le port d’une carte mentionnant la
pathologie et son traitement ainsi que le nom du médecin
responsable est conseillé.
Dans des périodes de stress, en particulier lors de maladies
intercurrentes ou d’interventions chirurgicales, la sécrétion de
cortisol augmente chez les individus sains.
En cas d’insuffisance surrénalienne, primaire ou secondaire, la substitution doit
reproduire ce phénomène.
La dose d’hydrocortisone et la durée de
cette modification de posologie dépendent de la durée et de la
sévérité de l’événement intercurrent.
Le patient doit donc connaître
les circonstances pouvant décompenser l’insuffisance surrénalienne,
les signes précoces d’insuffisance surrénale aiguë, et savoir doubler
les doses d’hydrocortisone et de fludrocortisone en cas de grande
chaleur, d’infection même banale (grippe), de traumatisme ou de
stress physique.
La voie parentérale (intraveineuse ou
intramusculaire) doit impérativement être utilisée si l’administration
orale est impossible.
À ce titre, la mise à disposition d’une ampoule
de corticoïdes injectables avec le matériel d’injection est
recommandée en cas de voyage dans des pays sous-médicalisés.
En
cas d’affection aiguë (infarctus myocardique, intervention
chirurgicale, accouchement), la dose initiale de 100 mg
d’hydrocortisone est administrée par voie intraveineuse, puis à la
posologie de 50 mg toutes les 6 à 8 heures en intramusculaire.
Les
doses sont ensuite diminuées de moitié chaque jour jusqu’au retour
à la posologie habituelle et à la voie orale.