Instabilités et luxations glénohumérales Cours de l'appareil locomoteur
Introduction. Classification
:
Le terme d’instabilité désigne une perturbation de la fonction,
relatée par le patient lors de l’interrogatoire.
Le terme d’instabilité glénohumérale regroupe des formes cliniques différentes, en
fonction du déplacement, des circonstances de survenue et du
contexte.
Le démembrement de ces instabilités a largement bénéficié des
connaissances anatomiques et biomécaniques sur les facteurs de
stabilisation de l’épaule, des données de l’imagerie et du
développement de l’arthroscopie comme outil diagnostique ou
thérapeutique.
L’interrogatoire constitue l’étape initiale essentielle, qui permet de
connaître les antécédents traumatiques ou atraumatiques de
l’épaule, et de rechercher la notion de luxation volontaire.
L’examen
clinique permet de déterminer le sens du déplacement, et de
rechercher une laxité capsuloligamentaire.
Le bilan radiographique
donne des signes indirects sur le sens du déplacement et les
examens complémentaires permettent de retrouver les lésions
spécifiques.
L’imagerie avec injection intra-articulaire de produit de
contraste permet d’identifier les lésions capsuloligamentaires, mais
l’arthroscopie reste une étape essentielle du diagnostic dans les
formes frustes.
Les classifications des instabilités d’épaule sont nombreuses.
– Patte distinguait les luxations récidivantes des épaules
douloureuses instables, qui regroupent les subluxations et les
épaules douloureuses pures par accident d’instabilité passé
inaperçu.
– Rowe reconnaît cinq catégories d’instabilité en fonction des
données cliniques (traumatique, atraumatique, volontaire ou
involontaire) et des données étiopathogéniques (laxité chronique).
Il
décrit en 1981 le syndrome du bras mort (dead arm syndrom) qui,
pour lui, serait l’équivalent de subluxation.
– Neer classe les luxations récidivantes en trois grandes
catégories : atraumatique, traumatique, acquise (traumatismes
mineurs répétés).
Il isole des « problèmes spéciaux » qui
correspondent aux subluxations, aux luxations chroniques et aux
échecs postopératoires.
– Thomas et Matsen ont proposé un algorithme diagnostique qui
distingue d’abord les luxations volontaires et involontaires, puis
détermine le sens de l’instabilité (antérieure, postérieure ou
multidirectionnelle).
Ils déterminent ensuite s’il s’agit d’une forme
traumatique ou atraumatique, aiguë ou chronique.
Ils proposent
deux acronymes caractérisant les formes extrêmes, avec de
nombreuses formes intermédiaires.
Les « TUBS » représentent les
instabilités traumatiques unidirectionnelles avec présence d’une
lésion de Bankart, qui relèvent du traitement chirurgical, alors que
les « AMBRI » représentent les instabilités atraumatiques
multidirectionnelles bilatérales qui relèvent plutôt de la rééducation.
Sur des critères purement cliniques, on peut différencier trois
entités :
– la luxation se définit par une perte de contact complète et
permanente entre les surfaces articulaires, entraînant une attitude
vicieuse irréductible du membre supérieur et nécessitant un geste
de réduction par un tiers ;
– la subluxation représente une perte de contact partielle,
permanente ou non, entre les surfaces articulaires de l’articulation
glénohumérale.
À l’interrogatoire, on retrouve une sensation
d’instabilité décrite par le patient, parfois associée à un geste
d’autoréduction accompli par le patient, ou à une réduction
spontanée sans l’aide d’un tiers ;
– l’épaule douloureuse pure par accident d’instabilité passé inaperçu : le
sujet ne se plaint d’aucune sensation d’instabilité, et l’interrogatoire
ne retrouve pas de notion de luxation ou de subluxation.
Le seul
symptôme retrouvé est une douleur à l’armé du bras. Les examens paracliniques ou l’exploration arthroscopique permettent de
retrouver des lésions témoignant de l’instabilité.
Ces trois types de syndromes sont ensuite définis par des critères
cliniques précisant leur direction (antérieure, postérieure ou
multidirectionnelle), la fréquence (aiguë, récidivante ou invétérée), l’étiologie (traumatique ou atraumatique, volontaire ou
involontaire), les facteurs constitutionnels et l’existence d’une
hyperlaxité.
Anatomie : éléments de stabilité glénohumérale
Compte tenu de la morphologie et de la disposition des pièces
osseuses, l’articulation glénohumérale est une énarthrose
potentiellement instable.
Trois facteurs interviennent dans la
stabilité : la morphologie osseuse, les muscles, les éléments capsuloligamentaires et le labrum.
La part respective de ces éléments
dans la stabilité est différente en avant et en arrière.
Stabilité glénohumérale antérieure
:
A - ÉLÉMENTS OSSEUX
:
La tête humérale a la forme d’un tiers de sphère, et regarde en
arrière avec un angle moyen de 30° par rapport au plan de la palette
humérale.
La cavité glénoïde représente une surface ovale plus large
en bas qu’en haut.
Elle est rétroversée en moyenne de 7° dans 75 %
des cas, et antéversée de 2 à 10° dans 25 % des cas.
La
rétroversion est plus marquée à la partie haute qu’à la partie basse,
et la courbure de la glène est plus marquée dans le sens vertical que
dans le sens horizontal.
Le défaut de congruence osseuse entre la
cavité glénoïde et la tête humérale est plus important dans le plan
sagittal que dans le plan coronal.
La répartition du revêtement
cartilagineux sur les deux versants permet d’augmenter la
congruence des surfaces : l’épaisseur du cartilage de la glène est plus
faible dans la partie centrale qu’en périphérie, et le cartilage de la
tête est plus épais au centre qu’à la périphérie.
Les anomalies
osseuses primitives sont exceptionnellement responsables de
l’instabilité.
Pour Edelson, elles en sont plutôt la conséquence.
Cependant, l’orientation respective des pièces osseuses est un
élément important de la stabilité et Weiser, dans une étude
cadavérique, a montré que l’orientation de la scapula intervenait
dans le contrôle de la translation antérieure de l’humérus par
l’intermédiaire du faisceau antérieur du ligament glénohuméral
inférieur (LGHI).
Les muscles périscapulaires interviennent donc
indirectement pour adapter en permanence l’orientation de la
scapula lors des mouvements.
B - ÉLÉMENTS MUSCULAIRES :
La coiffe des rotateurs joue le rôle de stabilisateur dynamique de
l’articulation glénohumérale.
Elle maintient une compression
articulaire par une contraction coordonnée des muscles.
De plus, il
existe des liens anatomiques étroits entre la capsule et la face
profonde de la coiffe des rotateurs, qui pourraient jouer un rôle de
mise en tension de la capsule.
Ce rôle de stabilisateur dynamique
est assuré principalement par le supraépineux et le subscapulaire en
position intermédiaire, et par le subscapulaire et l’infraépineux en
abduction maximale.
Le muscle subscapulaire est le plus puissant
des muscles de la coiffe des rotateurs.
Les théories musculaires
reconnaissant un lien direct entre des lésions primitives du subscapulaire et l’instabilité sont abandonnées.
Cependant,
l’importance du respect du tendon du subscapulaire a démontré son
intérêt, tant dans la chirurgie de l’instabilité que dans la chirurgie
prothétique.
Pour Halder, le faisceau moyen et postérieur du deltoïde
participe au contrôle de la translation inférieure lors de l’élévation,
et le coracobrachial, associé à la courte portion du biceps, jouent un
rôle primordial de suspenseurs de l’articulation glénohumérale.
Ce
rôle de stabilisateur est retrouvé sur des enregistrements électromyographiques d’épaules instables, et pas sur les épaules
stables.
Plus accessoirement, les muscles périscapulaires
contribuent à la stabilité dynamique glénohumérale en orientant la
cavité glénoïde.
L’intervalle des rotateurs correspond à l’espace triangulaire, dont la
base est représentée par le processus coracoïde et le sommet par la
gouttière du long biceps, délimité en arrière par le bord antérieur
du supraépineux et en avant par le bord supérieur du subscapulaire.
Cet espace est comblé par un renforcement capsulaire comportant le
ligament coracohuméral, le ligament glénohuméral supérieur
(LGHS) et le ligament huméral transverse.
Pour Gagey, le
ligament coracohuméral représente un frein à l’élévation maximale
et à la rotation externe. Son rôle dans le contrôle de la stabilité
inférieure et postérieure a été démontré par les études anatomiques
de Harryman.
Une étude histologique récente suggère l’existence
d’un defect congénital de l’intervalle des rotateurs qui n’est
recouvert que par un fin tissu synovial.
C - ÉLÉMENTS CAPSULOLIGAMENTAIRES
:
Ils représentent les structures anatomiques déterminantes dans la
stabilité glénohumérale, non seulement par leur rôle de freins
mécaniques au déplacement de la tête humérale, mais aussi grâce
aux nombreux récepteurs proprioceptifs qu’ils contiennent, et qui
permettent un recentrage dynamique permanent.
Des travaux
récents ont montré que les afférences proprioceptives étaient
particulièrement actives lorsque la capsule est mise en tension dans
les secteurs extrêmes.
1- Ligament glénohuméral supérieur
:
C’est le plus constant et le plus petit des ligaments glénohuméraux.
Il s’insère en dehors sur la berge interne de la gouttière bicipitale, se
dirige en haut et en avant, et se termine dans la région supraglénoïdienne, sur la partie haute du labrum et sur le pôle
supérieur de la glène.
Il croise la face profonde du ligament coracohuméral. Il n’a pas de rôle dans la stabilité antérieure, mais
intervient dans le contrôle de la stabilité inférieure.
2- Ligament glénohuméral moyen
:
Il s’insère en dehors sur le col anatomique de l’humérus, en dedans
de l’insertion du subscapulaire sur le tubercule mineur.
Il se dirige
en haut et en avant, croise le tendon du subscapulaire et se termine
sur la moitié supérieure du col de la scapula.
Le LGHM présente de
nombreuses variations anatomiques au niveau de son insertion
glénoïdienne.
Il limite la translation antérieure de la tête humérale
entre 60° et 90° d’abduction.
Son bord supérieur délimite le
foramen ovale de Weitbrecht qui s’ouvre dans le récessus
subscapulaire.
3- Ligament glénohuméral inférieur
:
C’est le plus long et le plus résistant des ligaments glénohuméraux.
Turkel définit deux parties : le faisceau supérieur et le récessus axillaire.
Pour O’Brien, le complexe ligamentaire glénohuméral
inférieur comporte un faisceau antérieur, un récessus axillaire et un
faisceau postérieur.
Ce faisceau postérieur est inconstant.
L’épaisseur du LGHI décroît d’avant en arrière.
La portion la plus
épaisse correspond au faisceau supérieur, et la portion la plus fine à
la partie postérieure du récessus axillaire. Dans le plan
transversal, l’épaisseur décroît de la glène vers l’humérus.
La
portion antérieure du récessus axillaire est la plus résistante, devant
le faisceau supérieur et la partie postérieure du récessus axillaire.
Le LGHI est le seul frein à la luxation au-delà de 90° d’abduction.
Dans cette position, le faisceau antérieur du LGHI et le faisceau
postérieur contrôlent respectivement la translation antérieure et la
translation postérieure.
En situation normale, les ligaments glénohuméraux ont un
comportement viscoélastique lié à la présence de fibres de collagène
et d’un gel de protéoglycane visqueux.
Dans le bilan d’une
instabilité d’épaule, il faut non seulement apprécier les anomalies
structurales des ligaments, mais aussi les perturbations
biomécaniques acquises ou constitutionnelles.
Des mouvements
anormaux peuvent être liés à une augmentation des propriétés
élastiques des tissus (hyperélasticité) ou à une déformation
plastique.
Dans les deux cas, ces anomalies s’expriment
cliniquement par une hyperlaxité articulaire.
4- Labrum antérieur et inférieur
:
Le labrum glénoïdien est un fibrocartilage inséré à la périphérie de
la glène.
Histologiquement, il est en continuité avec la capsule qui
assure son apport vasculaire.
Au bord supérieur de la glène, le labrum se confond avec l’insertion du tendon du long biceps sur le
tubercule supraglénoïdien.
Dans cette zone, il prend un aspect pseudoméniscal, avec un récessus synovial qui ne doit pas être pris
pour une désinsertion du biceps (superior labrum anterior to posterior
[SLAP]-lesion).
Au niveau du quadrant antérosupérieur, un
décollement physiologique du labrum peut être observé,
correspondant à une dysplasie de type I de Williams et Snyder.
Dans 1,5 % des cas selon les mêmes auteurs, le labrum
antérosupérieur est absent, avec un LGHM qui s’insère directement
sur le pied du biceps.
Dans sa portion antéro-inférieure, le labrum
est fermement inséré sur la glène, et se confond avec le récessus
axillaire du LGHI.
Le labrum participe à la stabilité glénohumérale à trois niveaux : il
augmente la profondeur de la cavité glénoïde de 2,2 mm dans le
sens antéropostérieur et de 4,5 mm de haut en bas ; il joue le rôle
d’une cale évitant le déplacement antérieur de la tête, et il sert
surtout d’amarrage au LGHI.
De plus, il remplit la fonction de
joint au pourtour de la glène, permettant de maintenir une
dépression intra-articulaire de – 32 mmHg, et d’entretenir
l’adhésion des surfaces par capillarité.
Ce modèle de « piston
viscoélastique » permet d’expliquer la résistance aux contraintes en
traction et, dans une proportion moindre, aux contraintes en
cisaillement.
Pour Halder, la participation propre du labrum à la stabilité de
l’articulation glénohumérale est limitée à 10 %.
C’est donc le
complexe LGHI-labrum qui doit être considéré comme l’élément
stabilisateur antérieur limitant la translation antérieure de la tête et
la rotation externe en abduction.
Stabilité glénohumérale postérieure
:
Contrairement à la stabilité antérieure, la stabilité postérieure est
essentiellement assurée par les structures osseuses et la balance
musculaire.
A - ÉLÉMENTS OSSEUX
:
La tête humérale est normalement rétroversée de 20 à 30° et
s’articule avec la glène, dont la rétroversion est faible.
La scapula a
naturellement une obliquité antérieure sur le gril costal et forme un
butoir postérieur lors de l’élévation antérieure.
Toute anomalie de
l’orientation respective des deux pièces osseuses peut donc retentir
sur la stabilité postérieure.
La responsabilité d’une rétroversion
excessive de la glène dans la survenue d’une instabilité reste
discutée.
Une rétroversion exagérée est un facteur retrouvé dans les
luxations postérieures récidivantes.
Cette dysplasie peut
atteindre la totalité de la surface glénoïdienne, ou être localisée à la
partie postérieure.
Ces dysplasies localisées peuvent être
retrouvées lors d’une instabilité postérieure atraumatique associée à
une hyperlaxité multidirectionnelle.
De la même manière, une rétroversion exagérée de la tête humérale
peut, en théorie, exposer à une instabilité postérieure.
La
responsabilité de ce type d’anomalie reste discutable, et n’est admise
que par les promoteurs des ostéotomies humérales de dérotation.
B - ÉLÉMENTS MUSCULAIRES :
Les éléments postérieurs de la coiffe, infraépineux et petit rond, sont
adhérents à la capsule postérieure et constituent le seul rempart au
déplacement postérieur de la tête.
Ils participent donc à la stabilité
postérieure passive de l’articulation.
La balance musculaire entre
l’infraépineux et le subscapulaire est un élément majeur du centrage
dynamique de la tête humérale.
Or, le subscapulaire est le muscle le
plus puissant de la coiffe, et il existe donc un déséquilibre potentiel
avec un point de faiblesse postérieur.
Fukuda pense que les
instabilités postérieures habituelles des lanceurs peuvent être
favorisées par une insuffisance des muscles postérieurs, liée aux
étirements répétés, et qui est mise en évidence par l’amyotrophie et
les modifications de signal fréquentes à l’imagerie par résonance
magnétique (IRM).
Le subscapulaire joue certainement un rôle
indirect dans la stabilité postérieure, car il n’est pas rare de constater
la réduction d’une subluxation postérieure après réinsertion du
subscapulaire, lors de la mise en place d’une prothèse d’épaule.
Pour
autant, une rupture de subscapulaire n’entraîne pas, à elle seule,
une luxation postérieure.
La stabilisation de l’épaule en arrière fait
donc intervenir l’infraépineux de manière concentrique, et le
subscapulaire de manière excentrique.
Les muscles périarticulaires jouent un rôle important dans la genèse
d’une luxation postérieure volontaire.
Ils modifient l’orientation
respective de la scapula et de l’humérus. Le grand rond et le grand
dorsal, par la contraction, peuvent attirer la tête humérale en arrière.
Ce déplacement peut s’accompagner d’une inhibition du deltoïde
postérieur et d’une hyperactivation du deltoïde antérieur.
Pour Harryman, le rotator interval joue un rôle de stabilisateur
inférieur, mais aussi postérieur.
Il cite les travaux de Schwartz, qui a
montré qu’une section des éléments capsulaires postérieurs
n’entraînait une luxation postérieure que lorsque que les formations antérosupérieures étaient, elles aussi, coupées.
C - ÉLÉMENTS CAPSULOLIGAMENTAIRES POSTÉRIEURS
:
La portion postérieure de la capsule articulaire est la moins épaisse,
et constitue donc un point de faiblesse.
Sous arthroscopie, la
capsule postérieure est lâche, avec un récessus profond qui disparaît
en rotation interne.
Elle intervient comme élément de stabilisation
postérieure passive, car elle est adhérente aux muscles postérieurs
et elle est le support de récepteurs proprioceptifs.
Il n’existe pas,
comme en avant, de renforcement ligamentaire, sauf au niveau du
faisceau postérieur du LGHI qui constitue en fait le seul ligament
postérieur.
Ce faisceau postérieur est le principal élément
stabilisateur passif postérieur lors de la flexion.
Le labrum
postérieur est de taille variable.
Il intervient dans la stabilité
postérieure en augmentant la surface de congruence entre la tête et
la glène, en maintenant une dépression articulaire, et sert de point
d’attache à la capsule postérieure et surtout au faisceau postérieur
du LGHI.
Instabilités antérieures :
Le terme d’instabilité antérieure regroupe toutes les situations
cliniques qui ont en commun un déplacement antérieur de
l’humérus par rapport à la glène et/ou des lésions intéressant les
éléments de stabilités antérieurs de l’épaule.
Lésions anatomiques :
A - LÉSIONS OSSEUSES :
1- Glène
:
Les lésions siègent au niveau du rebord antéro-inférieur, par
cisaillement ou par arrachement lors du déplacement antérieur de
la tête.
Il peut s’agir d’une fracture ou d’un éculement en fonction
du volume d’os intéressé.
La prévalence des lésions de la glène est variable selon les études :
de 8 à 73% selon Itoi.
La grande disparité entre les études tient à
la nécessité de disposer de clichés radiographiques adaptés
(incidences de Garth et incidences de Bernageau).
Pour Hovelius,
la fréquence des fractures augmente avec l’âge et ne modifie pas le
risque de récidive.
Des études expérimentales ont montré que le defect glénoïdien était un facteur d’instabilité selon deux
mécanismes : perte de la congruence articulaire, et détente
capsuloligamentaire liée au déplacement du fragment.
Bigliani
propose une classification, en trois types, des lésions osseuses
glénoïdiennes dans les instabilités.
Le type I correspond aux fractures-avulsions, emportant l’insertion du complexe ligamentaire.
Le type II correspond aux fractures déplacées et pseudarthrosées du
rebord glénoïdien.
Le type III correspond au defect glénoïdien
antérieur, inférieur à 25 % de la surface (type III A), ou supérieur à
25 % de la surface articulaire (type III B).
2- Encoche humérale
:
Cette encoche, décrite par Malgaigne et attribuée à Hill-Sachs pour
les Anglo-Saxons, correspond à une fracture impaction de la face
postérosupérieure de la tête contre le rebord glénoïdien antéroinférieur.
L’importance de ces fractures est variable, et leur
prévalence probablement sous-estimée.
En effet, Saragaglia
retrouve 30 % d’encoches sur le bilan radiographique après un
premier épisode de luxation, alors que Taylor retrouve une
encoche dans 90 % des cas à l’arthroscopie, et Molé dans 100 %
des cas.
L’influence de la taille de l’encoche sur le risque de récidive
reste discutée.
Sous arthroscopie, l’encoche doit être bien distinguée
de la « bare zone » dépourvue normalement de cartilage en regard
de l’insertion de l’infraépineux.
L’encoche survient dans une
zone normalement couverte par du cartilage alors que la « bare
zone » présente un lacis vasculaire caractéristique.
Calandra a proposé une classification arthroscopique des lésions
céphaliques :
– grade 1 : abrasion cartilagineuse ;
– grade 2 : exposition de l’os sous-chondral ;
– grade 3 : perte de substance ostéochondrale.
3- Fractures du tubercule majeur
:
La survenue d’une fracture du tubercule majeur est liée à un
cisaillement prolongeant l’encoche céphalique, ou à un
arrachement de l’insertion des tendons de la coiffe des rotateurs.
Sa
fréquence est de 23 % dans la série de Saragaglia et augmente
avec l’âge.
La survenue d’une fracture du tubercule majeur diminue
le risque de récidive.
Une fracture du tubercule majeur qui est
déplacée de plus de 10 mm après réduction de la luxation doit être
opérée.
4- Fractures du processus coracoïde
:
Elles sont plus rares et liées à un choc direct de la tête humérale sur
l’apophyse coracoïde.
Il s’agit le plus souvent d’une fracture de la
portion horizontale, visualisée sur l’incidence de Garth, peu
déplacée et qui évolue vers la consolidation.
5- Fractures du col de l’humérus
:
Le terme de fracture-luxation s’applique aux luxations
glénohumérales s’accompagnant d’une solution de continuité
complète au niveau huméral.
Il peut s’agir de fracture du col
chirurgical sous-tubérositaire, d’une fracture céphalotubérositaire,
d’une fracture céphalométaphysaire issue de l’encoche postérieure,
ou plus rarement d’une fracture cervicotrochitérienne.
La
recherche d’une telle association doit être systématique, et impose
une manoeuvre de réduction prudente pour éviter un déplacement
du foyer de fracture, ou pour proposer une réduction sanglante si la
fracture est désengrénée ou instable.
B - LÉSIONS CAPSULOLABRALES
:
Ces lésions peuvent siéger sur l’insertion glénoïdienne, sur
l’insertion humérale ou en plein corps du ligament.
1- Lésions de l’insertion glénoïdienne
:
Boileau et Lafosse ont rapporté les résultats d’une étude
prospective de 100 cas, analysant la localisation (supérieure, antérosupérieure, antéro-inférieure, inférieure, postéro-inférieure,
postérosupérieure) et le type de lésion en fonction du tableau
clinique.
Pour les auteurs, la lésion de Bankart typique,
correspondant à une désinsertion du labrum et de la capsule dans la
zone antéro-inférieure (quadrant C, B-C ou B-C-D), est rencontrée
surtout dans les cas de luxations récidivantes ou de subluxations.
Lorsque cette lésion s’étend en avant et en dedans du col de la scapula, elle forme le décollement capsulopériosté de Broca-
Hartmann.
Le défaut de cicatrisation de ce décollement a été
longtemps considéré comme le primum movens des récidives de
luxation.
En 1993, Neviaser a décrit une forme particulière de lésions
capsulopériostées antérieures : anterior labroligamentous periosteal
sleeve avulsion (ALPSA).
Selon lui, la lésion de Bankart s’accompagne
d’une rupture du périoste antérieur, alors que l’ALPSA correspond
à une avulsion complète du périoste, qui reste en continuité, et qui
peut cicatriser en mauvaise position, créant une détente ligamentaire
antérieure.
La lésion de Bankart peut s’étendre vers le haut jusqu’à l’insertion
du biceps, réalisant une SLAP-lesion décrite par Snyder en 1990.
Les lésions les plus fréquentes intéressent le labrum au niveau de
l’insertion du biceps et correspondent au type II de Snyder, et
s’expriment essentiellement sous la forme d’épaule douloureuse.
Les lésions de type SLAP, en continuité avec la lésion de Bankart,
correspondent aux types V et VII décrits par Maffet.
Plus
rarement (dans 8 % des cas), Boileau a signalé une extension
postérieure de la lésion de Bankart, qui s’exprimait sous la forme de
luxation récidivante associée à de grandes encoches humérales.
Des
désinsertions étendues sur les quadrants B-C-D-E étaient retrouvées
dans 6 % des cas après un nombre élevé de luxations.
Des travaux biomécaniques récents ont montré que la lésion de Bankart ne suffisait pas, à elle seule, pour autoriser une translation
antérieure de la tête humérale, et qu’il existe une déformation
plastique de la capsule antérieure associée dans tous les cas.
Cet
allongement est surtout marqué à la jonction labrum-capsule et dans
la portion moyenne du ligament.
L’existence de cette détente du
ligament explique certains échecs des interventions de réinsertion
simple sans remise en tension du LGHI.
2- Anomalies intraligamentaires
:
Il peut s’agir d’une laxité inférieure constitutionnelle, souvent
bilatérale.
Cette hyperlaxité peut s’expliquer par une prédominance
des fibres d’élastine sur les fibres collagènes, retrouvée sur plusieurs
articulations.
Elle s’exprime cliniquement sous la forme d’une
« instabilité multidirectionnelle » décrite par Neer.
Mais cette distension ligamentaire antérieure peut aussi être acquise
lors de mouvements d’abduction-rotation externe répétés.
Cette
laxité antérieure s’accompagne d’une rétraction capsulaire
postérieure, et se manifeste cliniquement par une augmentation de
la rotation externe passive avec diminution de la rotation interne.
Dans ce cas, l’hyperlaxité est unilatérale.
La déchirure en plein corps du LGHI est rare, alors que la distension
ligamentaire est, pour certains, constante, associée aux lésions
de l’insertion glénoïdienne.
3- Lésions humérales :
L’existence de lésions au niveau de l’insertion humérale du LGHI a
été notée, sous arthroscopie, dans 7 à 23% des cas. Cette
lésion est consécutive à des traumatismes violents sur une zone peu
déformable.
Elle doit être recherchée systématiquement lorsqu’il
n’existe pas de lésions de Bankart sur le versant glénoïdien.
Elle
peut s’accompagner de l’avulsion d’un fragment osseux, définissant
la bony humeral avulsion of the glenohumeral ligament décrite, en 1996
par Oberlander.
C - LÉSIONS DE LA COIFFE DES ROTATEURS
:
La fréquence des lésions de la coiffe des rotateurs lors des instabilités
antérieures augmente avec l’âge.
1- Rupture du subscapulaire :
La survenue d’une rupture du subscapulaire lors d’un épisode de
luxation antéro-interne est rare.
Lors d’une rotation externe violente,
le subscapulaire présente une contraction réflexe brutale, pouvant
aboutir à une avulsion tendineuse ou à un arrachement du tubercule
mineur.
Pour Neviaser, l’existence d’une rupture complète du
subscapulaire est un facteur de récidive précoce lorsqu’elle est
associée à une rupture capsulaire.
Une rupture du subscapulaire
isolée n’est pas suffisante pour expliquer une instabilité antérieure.
2- Rupture du supraépineux et de l’infraépineux
:
Il peut s’agir de rupture partielle de la face profonde ou de rupture
transfixiante.
Les ruptures transfixiantes sont l’apanage des sujets
âgés, avec un taux de lésions transfixiantes de 70 % après 60 ans.
Chez les sujets de moins de 30 ans, les ruptures transfixiantes sont
exceptionnelles et le taux de ruptures partielles à la face profonde
est de 23 % dans l’étude prospective de la société française
d’arthroscopie (SFA).
La rupture tendineuse peut être liée à un
arrachement par traction sur le tendon du supraépineux, et s’étendre
à l’infraépineux.
Pour Mc Laughlin, l’instabilité antérieure du
sujet âgé est due à une faillite des éléments postérieurs de la coiffe
des rotateurs, permettant une excursion antérieure de la tête sans
lésion capsulaire antérieure.
Il faut bien distinguer les lésions
traumatiques récentes du sujet jeune des lésions dégénératives et
étendues de la coiffe des rotateurs, qui génèrent des instabilités de
direction plutôt antérieures et antérosupérieures chez les sujets âgés.
3- Chef long du biceps brachial
:
Les lésions du biceps brachial peuvent correspondre à une extension
vers le haut des lésions labrales, sous la forme de lésions de type
SLAP.
Une SLAP-lesion peut être associée à une lésion capsulolabrale
antérieure, sans continuité entre les deux lésions.
Les lésions de type
2 ont été retrouvées dans 23 % des cas lors d’arthroscopies après un
premier épisode de luxation, contre 10 % des lésions de types 1,
3 ou 4.
Gleyze retrouve une augmentation de la fréquence des
SLAP-lesions avec l’âge, qu’il attribue à des modifications locales
liées au vieillissement.
La relation entre instabilité glénohumérale et
luxation ou subluxation de la longue portion du biceps n’est pas
établie.
Elle peut survenir lorsqu’il existe une désinsertion du subscapulaire. Hintermann rapporte quatre cas de luxation du
biceps sur 212 arthroscopies pour instabilités.
Walch retrouve une
luxation antéro-interne comme facteur déclenchant d’une luxation
du biceps dans 12,5 % des cas.
4- Intervalle des rotateurs
:
L’intervalle des rotateurs peut être rompu ou subir, comme les autres
ligaments, une élongation.
La fréquence de ces lésions reste
inconnue car l’appréciation arthroscopique des lésions du rotator
interval est difficile.
Aucune lésion n’est rapportée dans les
différentes séries d’exploration arthroscopique après un premier
épisode de luxation.
Les lésions traumatiques isolées de
l’intervalle des rotateurs rapportées par Le Huec étaient
secondaires à une luxation dans seulement un cas sur dix.
Pour Nobuhara, il existe deux types de lésions de l’intervalle des
rotateurs : le type 1 correspond à une inflammation locale liée à un
conflit avec la coracoïde sans instabilité, le type 2 survient chez des
patients plus jeunes et est lié à une instabilité antérieure.
D - LÉSIONS NEUROLOGIQUES :
L’incidence des lésions neurologiques lors d’un épisode de luxation
varie, selon les études, de 19 à 55 %. Les lésions neurologiques
sont l’apanage des luxations vraies, et sont liées à l’étirement des
nerfs lors du traumatisme ou lors des manoeuvres de réduction.
Dans la moitié des cas, il existe une atteinte de plusieurs troncs.
L’incidence et la gravité des lésions neurologiques augmentent avec
l’âge, et sont corrélées à la présence d’un hématome ou d’une
fracture associée.
Les lésions du plexus brachial dans sa portion supraclaviculaire
intéressent essentiellement le nerf suprascapulaire, qui se trouve
étiré entre son point d’origine sur le plexus et un point fixe
représenté par son passage dans l’échancrure coracoïdienne.
L’atteinte du nerf axillaire est la plus fréquemment rencontrée et sa
fréquence augmente avec l’âge.
Pevny retrouve 8 % d’atteintes
cliniques du nerf axillaire après un premier épisode de luxation chez
des patients de plus de 40 ans.
Il insiste sur l’association fréquente
avec une rupture de la coiffe des rotateurs, et sur l’importance du
diagnostic différentiel.
Toolanen, en faisant une exploration
électromyographique (EMG) systématique sur une population de
même âge, retrouve une atteinte électrique du nerf axillaire ou du
plexus brachial dans 65 % des cas.
Premier épisode de luxation :
La survenue d’une luxation antéro-interne est une situation
fréquente en traumatologie ; elle représente 11 % des traumatismes
de l’épaule, tous âges confondus.
L’incidence de la luxation
d’épaule est évaluée à 27/100 000 chez l’homme et 22/100 000 chez
la femme.
Le suivi longitudinal de grandes cohortes de patients,
la description précise des lésions rencontrées, ont permis de mieux
connaître la physiopathologie de la luxation, et les facteurs prédictifs
de la récidive.
Pour autant, les données de la littérature ne
permettent pas encore d’appliquer une prévention primaire efficace
pour éviter un premier épisode de luxation, ou des mesures de
prévention secondaires qui permettraient d’éviter le passage à la
chronicité.
L’appréciation du risque de récidive permet une
meilleure information du patient, une surveillance plus adaptée,
mais l’unanimité est loin d’être acquise sur les mesures
prophylactiques applicables.
A - ÉPIDÉMIOLOGIE :
1- Terrain
:
La luxation antéro-interne de l’épaule peut survenir dans toutes les
tranches d’âge chez l’adulte.
Avant la fin de la croissance, les
traumatismes occasionnent plus souvent des fractures ou des
décollements épiphysaires.
Lorsqu’une luxation survient chez l’enfant, le risque de récidive est important (71 % sur les neuf cas
rapportés par Elbaum).
Postacchini a rapporté récemment une
série de 33 cas de luxation avant 17 ans ; dans 75 % des cas, la
luxation était traumatique.
Le taux de récidive était de 86 % chez les
sujets d’un âge supérieur ou égal à 14 ans, contre 33 % chez les sujets
plus jeunes.
Dans la série de Saragaglia, 52 % des luxations
étaient survenus avant 40 ans.
La prédominance masculine est
retrouvée dans toutes les séries, mais on note une
prédominance féminine après 60 ans.
Des antécédents
familiaux d’instabilité d’épaule sont retrouvés dans un quart des
cas.
Au recul de 10 ans, le taux d’atteinte controlatérale est de 12,5 %,
avec une répartition statistiquement différente dans l’étude
prospective d’Hovelius selon les tranches d’âge.
Le taux d’atteinte
controlatérale est de 16 % avant 22 ans, 21 % entre 23 et 29 ans, et
3 % entre 30 et 40 ans.
La luxation survient indifféremment du côté
dominant ou dominé.
2- Mécanisme de luxation
:
Il est important de déterminer si la luxation est traumatique ou atraumatique.
Une luxation peut être considérée comme atraumatique lorsqu’elle survient à la suite d’un geste banal ou d’un
traumatisme insuffisant pour provoquer une luxation chez un sujet
normal (service au tennis, natation).
Les luxations traumatiques surviennent fréquemment lors d’activités
sportives chez les sujets jeunes, alors que les accidents domestiques
sont fréquemment en cause chez les femmes.
Dans un quart des
cas, la luxation d’épaule du sujet âgé accompagne d’autres lésions
traumatiques qu’il convient de rechercher systématiquement.
Le mécanisme de survenue peut être direct (chute sur le moignon
de l’épaule, choc postérieur) ou indirect (mouvement d’armé contré,
traction sur le bras, abduction-rotation externe forcée).
B - EXAMEN CLINIQUE AVANT RÉDUCTION
:
L’examen clinique est suffisamment performant pour établir un
diagnostic lorsque le patient est examiné précocement avant la
réduction.
Les formes passées inaperçues sont surtout rencontrées chez des
sujets âgés ou présentant des problèmes psychiatriques.
Dans ces
cas, la douleur est peu marquée, avec récupération progressive de la
mobilité.
Parfois, le diagnostic est plus difficile sur un patient
inconscient dans le cadre de polytraumatisme.
Le plus souvent, la douleur initiale est importante. Le patient
soutient son membre lésé avec le membre sain.
On retrouve une
saillie externe de l’acromion (signe de l’épaulette) avec une
déformation en coup de hache externe.
Le sillon deltopectoral
est effacé.
L’attitude vicieuse du membre en abduction-rotation
externe empêche de ramener le coude au corps (signe de Berger).
À
la palpation, on note un vide sous l’acromion, et la tête humérale
peut être palpée dans le sillon deltopectoral.
Une mobilisation
prudente a minima du bras permet de vérifier que la tête humérale
est solidaire de la diaphyse pour éliminer une fracture du col
huméral.
L’examen clinique doit systématiquement vérifier la
présence des pouls distaux, la sensibilité du moignon de l’épaule et
le maintien d’une contraction du deltoïde.
Ces éléments doivent être
consignés dans le dossier, et toute anomalie doit être signalée au
patient.
Dès que le diagnostic est porté, la réduction doit avoir lieu dans les
meilleurs délais.
Une réduction à chaud, sans bilan radiographique
ni anesthésie, peut poser des problèmes médicolégaux et ne doit
être tentée qu’entre des mains expertes.
C - BILAN RADIOGRAPHIQUE :
Un bilan radiographique standard, comportant un cliché de face et
une incidence de profil de la scapula, permet d’affirmer le diagnostic
et de rechercher une fracture associée.
Suivant l’importance du
déplacement sur le cliché de face, on distingue classiquement des
variétés : extracoracoïdiennes lorsque la tête se projette en dehors
du pied de la coracoïde, sous-coracoïdiennes quand elle se situe en
dessous, et intracoracoïdiennes quand elle se projette en dedans.
Cette distinction rend compte de l’importance du déplacement et
du risque de compression des éléments vasculonerveux, mais n’a
pas d’intérêt dans l’appréciation du risque de récidive.
La
visualisation, a posteriori, d’au moins une radiographie de l’épaule
authentifiant la luxation antérieure, permet d’affirmer le sens du
déplacement en cas d’instabilité chronique ultérieure.
D - RÉDUCTION :
La meilleure technique est celle dont on a l’habitude !
De
nombreuses techniques sont décrites. Dans tous les cas, les
manoeuvres doivent être douces et progressives.
Il existe deux
grands types de manoeuvres de réduction. Le premier et le plus
ancien correspond aux techniques de traction avec contre-appui
axillaire.
La technique d’Hippocrate, utilisant le pied de l’opérateur
placé dans l’aisselle, doit être évitée car traumatisante.
Le contreappui
est obtenu de façon moins traumatisante par un champ placé
autour du thorax, par le dos d’une chaise sur un patient assis, ou
par le plan de la table sur un patient en décubitus ventral.
Le
deuxième type de manoeuvre consiste à mobiliser l’épaule dans une
position qui conduit à une réduction spontanée.
La technique de Milch consistant à placer le bras en abduction à 150°, en repoussant
la tête humérale d’une main, puis à ramener le membre en rotation
interne coude au corps, est très utilisée.
La technique de Kocher
consistant à amener le coude en dedans, puis à porter le bras en
rotation externe, est plus douloureuse et traumatisante.
La réduction doit s’effectuer sur un malade détendu et rassuré.
Une
courte anesthésie générale paraît préférable si la réduction n’est pas
obtenue après deux tentatives.
Au besoin, la réduction s’effectue
sous contrôle à l’amplificateur de brillance, en particulier s’il existe
une fracture associée, pour contrôler l’absence de déplacement
secondaire, ou si la sensation de réduction de la tête n’est pas perçue
lors de la manoeuvre.
Un examen clinique doit être systématique, après réduction, pour
vérifier la présence des pouls et contrôler l’absence de complications
neurologiques.
Toute anomalie doit être consignée dans le dossier
médical.
E - BILAN RADIOLOGIQUE APRÈS RÉDUCTION
:
Dans tous les cas, une radiographie simple de face au moins doit
être réalisée immédiatement après la réduction.
Elle permet de
vérifier la restitution de l’interligne articulaire, et de détecter des
fractures associées qui ne sont pas toujours visibles sur les clichés
en position de luxation : fracture de glène ou fracture du tubercule
majeur.
Lorsque le patient est vu à distance de l’épisode de luxation, sans
radiographie initiale, le bilan radiographique permet de détecter des
stigmates de la luxation.
Une incidence de face en double obliquité
permet de visualiser une éventuelle encoche céphalique, et de
rechercher une fracture du tubercule majeur.
Une incidence apicale
oblique de Garth est toujours réalisable, même si la mobilité est
réduite, et permet de détecter des fractures du rebord antéroinférieur
de la glène.
F - TRAITEMENTS COMPLÉMENTAIRES
:
1- Immobilisation :
La plupart des auteurs proposent une immobilisation coude au
corps en rotation interne, mais l’unanimité n’est pas acquise sur le
type d’appareillage et la durée d’immobilisation.
Plusieurs études démontrent que l’immobilisation est souhaitable pour une
durée de 3 semaines.
Pourtant, Hovelius ne retrouve pas de
différence dans la survenue de récidive entre les patients
immobilisés par une simple écharpe, les patients immobilisés de
façon stricte et les patients non immobilisés.
Le but de
l’immobilisation est d’obtenir une cicatrisation des formations capsuloligamentaires antérieures.
Dans ce sens, il paraît logique de
proposer, comme Simonet, une immobilisation stricte de 6
semaines chez les patients jeunes.
En revanche, la durée
d’immobilisation peut être réduite et l’immobilisation doit être
moins stricte chez les sujets de plus de 30 ans compte tenu du
risque de capsulite rétractile.
Pour Itoi, le décollement
capsuloligamentaire antérieur est maintenu par la position en
adduction rotation interne, du fait de la détente du muscle
subscapulaire et de l’hémarthrose.
Il confirme la disparition du
décollement et la réduction des lésions en rotation externe par une
étude IRM, et démontre l’intérêt théorique, qui reste à confirmer
cliniquement, d’une immobilisation en rotation externe.
2- Rééducation
:
La mise en route d’une rééducation spécifique est un élément
important dans la prévention des récidives.
Elle est basée sur la
récupération des amplitudes articulaires, un renforcement
musculaire des rotateurs internes de l’épaule et un travail
proprioceptif.
Une rééducation stricte, appliquée à des jeunes
patients, a permis à Aronen d’abaisser le taux de récidive à 25 % à
35 mois de recul, tandis que Yoneda a ramené ce taux à 17 %
grâce à des exercices spécifiques avec limitation de l’abduction.
Dans
les deux cas, il s’agit d’une population sélectionnée et d’un
programme de rééducation très contrôlé.
Pour Saragaglia, le
respect ou non d’un programme de rééducation est hautement
corrélé au risque de récidive.
Pour Simonet, la reprise trop
précoce des activités sportives est un des éléments déterminants de
la récidive chez les sujets de moins de 30 ans.
3- Place de l’arthroscopie
:
Le lavage arthroscopique de l’épaule permet une évacuation et une
résorption plus rapide de l’hémarthrose qui favorise, pour
certains, la diminution du taux de récidive à 2 ans.
Cependant, dans ces séries, il est difficile de déterminer la part de
responsabilité de la rééducation ou de l’immobilisation dans la
diminution du taux de récidive.
La réalisation d’un geste de stabilisation sous arthroscopie après un
premier épisode de luxation est discutée.
Sur une population de
cadets de l’armée américaine, Wheeler a retrouvé un taux de
récidive de 92 % après réduction-immobilisation selon un protocole
habituel, alors que deux patients seulement, sur neuf traités sous
arthroscopie, ont récidivé.
Malgré une immobilisation de 4 semaines,
un programme de rééducation spécifique et une limitation des
activités pendant 4 mois, Arciero a retrouvé 80 % de récidive sur
une population de même type, alors que seulement trois patients
sur 21 ont récidivé après traitement arthroscopique (14 %) par suture
transglénoïdienne.
Pour l’auteur, la période précoce après la luxation
est la plus propice pour obtenir une cicatrisation des lésions après
réparation arthroscopique.
Deberardino a récemment rapporté les
résultats d’une étude de 49 cas traités par arthroscopie, sur le même
type de patients, avec une immobilisation de 4 semaines et une
limitation de la rotation externe pendant 6 semaines.
Quatre-vingthuit
pour cent des épaules étaient stables au recul moyen de 37 mois
sans aucune complication péri-opératoire.
Pour l’auteur, une
stabilisation arthroscopique peut être proposée chez les sujets jeunes
et sportifs.
La réalisation de ces gestes arthroscopiques précoces reste
très discutée compte tenu des résultats obtenus après lavage
simple, après traitement conservateur ou après
rééducation adaptée.
G - FORMES PARTICULIÈRES :
1- Subluxations ou luxations passées inaperçues
:
Lorsque le patient est vu après réduction, sans radiographie
confirmant le diagnostic en position de luxation, et si la réduction a
été obtenue sans l’intervention d’un tiers, l’existence de stigmates
radiographiques (fracture du rebord antéro-inférieur de glène,
encoche humérale), voire la découverte de lésions
capsuloligamentaires antérieures à l’arthroscanner, permettent
d’établir le diagnostic de subluxation antérieure traumatique, dont
la prise en charge est la même que pour une luxation vraie.
2- Luxation erecta :
Il s’agit d’une luxation de la tête en position inférieure.
Elle entraîne
des lésions du complexe capsuloligamentaire inférieur, et évolue
fréquemment vers une instabilité chronique antérieure.
Cliniquement, le patient se présente dans une attitude vicieuse
bloquée en abduction entre 110 et 160°.
Radiologiquement,
l’humérus est classiquement parallèle à l’épine de la scapula. Elle
survient plus volontiers chez le sujet âgé.
Le mécanisme est une hyperabduction qui amène le col huméral au contact de l’acromion.
Hovelius rapporte 14 cas de luxation abducta sur 247 (5,6 %)
luxations antérieures.
Pour l’auteur, il s’agit de la forme la plus
fréquente, qui correspond à un déplacement de la tête en bas et en
avant, alors que la luxation erecta vraie avec luxation de la tête en
dessous de la glène est plus rare.
Ce type de luxation mérite d’être
individualisé, car il expose à des compressions vasculonerveuses
axillaires et s’accompagne d’un taux élevé de récidive : 78 % dans la
série de Hovelius.
Schai a rapporté un cas d’exploration
arthroscopique après luxation erecta d’un sujet jeune, avec des
lésions antérieures étendues jusqu’au pied du biceps et une SLAPlesion
associée.
La gravité des lésions labroligamentaires dans cette
forme clinique permet d’expliquer le taux de récidive.
3- Luxations irréductibles et luxations invétérées
:
L’impossibilité d’obtenir la réduction sous anesthésie générale est
rare.
L’irréductibilité est liée à l’incarcération d’un fragment osseux,
à une impaction de la tête sur la glène, ou exceptionnellement à une
incarcération de la coiffe des rotateurs.
L’existence d’une incongruence articulaire ou d’une subluxation après réduction doit
faire évoquer la présence d’une interposition qui peut être confirmée
par un scanner.
La levée de l’interposition osseuse et/ou tendineuse
impose une chirurgie à ciel ouvert.
Le plus souvent, les luxations irréductibles sont des luxations
diagnostiquées au-delà de la troisième semaine, et correspondent à
des luxations invétérées.
La luxation invétérée antérieure est
beaucoup moins fréquente que la variété postérieure.
Chez les
sujets jeunes, il s’agit d’une situation exceptionnelle, où le diagnostic
n’a pas été établi compte tenu de troubles de la conscience initiaux.
Pour Gerber, les luxations de l’épaule après crise comitiale sont
antérieures dans 50 % des cas.
Dans ce cas, la réduction sous
anesthésie générale peut être obtenue par une traction forte et
continue pour désenclaver la tête humérale.
Chez le sujet âgé, le
tableau est différent, et il est souvent impossible de déterminer
l’ancienneté de la luxation.
La luxation s’accompagne d’une rupture
étendue de la coiffe des rotateurs et est peu douloureuse.
Cliniquement, on retrouve essentiellement une limitation de la
rotation externe passive qui peut évoquer, à tort, une capsulite.
Certains ont proposé une réduction sanglante avec stabilisation,
mais la tolérance fonctionnelle est souvent bonne, conduisant à
l’abstention thérapeutique.
4- Luxations incoercibles :
Il s’agit d’une luxation qui se reproduit immédiatement après la
réduction.
Elle peut être le fait d’une volumineuse fracture de la
glène associée, et s’observe plus volontiers chez les sujets âgés.
La
tête reste subluxée en avant, à cheval sur le bord antérieur de la
glène fracturée.
5- Formes compliquées :
* Fracture du tubercule majeur :
L’existence d’une fracture du tubercule majeur expose à un risque
accru de raideur post-traumatique, liée à une capsulite rétractile ou
à un cal vicieux.
Habituellement, la réduction de la luxation permet
de réduire anatomiquement le tubercule majeur.
L’épaule est ensuite
immobilisée dans la position de réduction du tubercule majeur pour
une durée de 15 jours.
La position en adduction-rotation interne est
utilisable, mais une attelle d’abduction est parfois justifiée pour
détendre la coiffe et éviter un déplacement secondaire.
Cette durée
est suffisante pour éviter un déplacement secondaire et limiter les
risques de capsulite rétractile.
En cas de déplacement persistant ou
secondaire supérieur à 10 mm, une ostéosynthèse doit être proposée
après un bilan scanographique, permettant d’apprécier l’importance
du déplacement, le volume du fragment et le degré de
comminution.
Dans tous les cas, la rééducation pendulaire doit
être débutée à partir du 15e jour, sous couvert d’une écharpe, jusqu’à
la quatrième semaine.
Les études concordent pour affirmer que
l’existence d’une fracture du tubercule majeur diminue le risque de
récidive de luxation.
* Rupture de la coiffe des rotateurs
:
La rupture de la coiffe des rotateurs est fréquemment associée au
premier épisode de luxation après 40 ans.
Il faut distinguer
trois formes :
– dans la forme du vieillard, la rupture préexiste à la luxation.
La
luxation est peu douloureuse, parfois méconnue.
Après réduction,
on note un pincement de l’espace acromiohuméral, témoignant
d’une rupture étendue, avec des remaniements du tubercule majeur,
une arthrose débutante, ainsi qu’une dégénérescence graisseuse des
muscles.
Dans ces cas, il faut bien distinguer l’épisode de luxation antéro-interne, qui nécessite une réduction, d’une subluxation
antérosupérieure liée à la rupture de coiffe, qu’il ne faut pas tenter
de réduire.
Pour Sonnabend, la persistance de douleurs ou d’une
impotence fonctionnelle, 3 semaines après une luxation, chez un
sujet de plus de 40 ans, impose la réalisation d’explorations
complémentaires : arthroscanner ou échographie.
L’EMG permet de
rechercher une atteinte neurologique qui peut coexister à l’atteinte
de la coiffe dans 10,8 % des cas selon Neviaser ;
– dans la forme du sujet de 40 à 60 ans, la luxation est traumatique et
responsable d’une rupture tendineuse sur des tendons dégénératifs.
Le tableau clinique est identique à la forme habituelle du sujet jeune.
La réduction nécessite plus souvent une anesthésie générale.
L’immobilisation ne doit pas excéder 15 jours, compte tenu du
risque de capsulite rétractile dans cette tranche d’âge.
Dans cette
situation, le diagnostic de rupture de coiffe n’est souvent pas
établi.
Le défaut d’élévation est attribué, à tort, à une atteinte du
nerf axillaire.
L’arthroscanner permet d’apprécier l’étendue et la localisation de la
rupture tendineuse, et donne des informations sur l’ancienneté des
lésions qui vont déterminer les possibilités de réparation ;
– la troisième forme correspond au sujet présentant une rupture du subscapulaire. Initialement, le tableau clinique est identique, mais la
récidive peut survenir dans les premières semaines après la
réduction.
Pour Neviaser, il existe une rupture tendineuse et
capsulaire antérieure étendue qui explique cette récidive et qui
justifie d’un traitement spécifique.
L’examen clinique et l’imagerie
par arthroscanner, échographie et/ou IRM permettent d’en faire le
diagnostic.
* Complications neurologiques
:
Nous avons déjà vu que l’atteinte des nerfs par étirement est
relativement fréquente.
Elle est presque toujours réversible.
Dans
son étude prospective de 77 cas, Visser ne rapporte que quatre
cas de lésions neurologiques irréversibles.
Pour l’auteur, le testing
de la sensibilité du moignon de l’épaule n’est pas suffisant pour
affirmer l’absence de lésion du nerf axillaire.
L’existence d’un trouble
de la sensibilité témoigne d’une atteinte sévère.
Il est donc
primordial de tester la contractilité du deltoïde après réduction.
En
présence d’un déficit d’élévation active à la troisième semaine, il est
nécessaire de réaliser une exploration EMG, à la recherche d’une
atteinte neurologique.
En effet, même en présence d’une rupture de
coiffe, l’existence d’une atteinte neurologique contre-indique toute
chirurgie de réparation tendineuse qui pourrait compromettre la
récupération nerveuse.
Une rééducation doit être entreprise pour
entretenir la mobilité articulaire passive, jusqu’à la réalisation d’un
nouvel EMG à 3 mois.
En l’absence de récupération à ce délai, une
exploration chirurgicale pour neurolyse, et éventuellement greffe
nerveuse, est proposée.
* Capsulite rétractile
:
Il s’agit d’une complication rare qui touche surtout les patients de
plus de 40 ans.
Elle est essentiellement liée à une immobilisation
trop stricte, à une rééducation active trop précoce, ou vient
compliquer une intervention réalisée en urgence.
Elle est l’apanage
des luxations compliquées de rupture de coiffe et de fracture du
tubercule majeur.
Saragaglia n’en retrouve aucun cas lorsque la
luxation est isolée et non compliquée.
Cliniquement, la capsulite
rétractile se manifeste par une recrudescence des douleurs, qui
deviennent permanentes et diffuses.
La limitation de la mobilité
passive permet d’en faire le diagnostic.
Le bilan radiographique
standard montre une déminéralisation diffuse pommelée.
Elle peut
entrer dans le cadre d’une véritable algodystrophie du membre
supérieur avec oedème, rougeur et raideur du coude et de la main.
Les arguments cliniques et radiographiques sont suffisants pour
affirmer le diagnostic.
La scintigraphie osseuse peut montrer une
hyperfixation diffuse de l’épaule, voire de l’ensemble du membre,
qui signe l’algodystrophie.
La réalisation d’une arthrographie, ou
d’un arthroscanner, est inutile à ce stade car la découverte d’une
rupture de coiffe ne pourrait en aucun cas conduire à une sanction
chirurgicale, tant que les amplitudes passives ne sont pas retrouvées.
L’IRM peut montrer des modifications de signal caractéristiques.
Le traitement préventif repose sur l’immobilisation courte des sujets
de plus de 40 ans, en incitant le patient à mobiliser régulièrement le
coude et les doigts, et en utilisant une écharpe simple qui autorise
quelques mouvements pendulaires.
La prise en charge médicale est
basée sur un traitement adapté de la douleur, une mobilisation
douce, passive, manuelle et indolore, une balnéothérapie et
éventuellement des infiltrations.
L’évolution est en général favorable
dans un délai de 6 mois à 1 an.
H - RÉCIDIVE ET FACTEURS DE RISQUE
:
1- Âge
:
L’âge du patient au moment du premier épisode de luxation est
l’élément majeur à considérer dans l’appréciation du risque de
récidive.
Les études prospectives nous semblent les plus
pertinentes pour apprécier ce risque.
Le risque de récidive
diminue avec l’âge.
Il est maximal (40 à 60 %) avant 20 ans, puis
diminue progressivement pour atteindre 18 % entre 40 et 50 ans,
4 % entre 50 et 60 ans et 1,9 % après 60 ans.
Un patient sur trois
présentant un premier épisode de luxation avant 30 ans évolue vers
l’instabilité chronique dans l’étude prospective de Hovelius sur
10 ans ; le taux de récidive n’est que de 4 % dans l’étude de
Pevny, chez des patients de plus de 40 ans.
Les récidives surviennent durant les 5 premières années chez les
patients jeunes, alors que leur fréquence augmente encore entre la
cinquième et la dixième année, chez les patients de plus de 26
ans.
2- Type de traumatisme
:
Pour Rowe, le risque de récidive est plus important lorsque le
traumatisme initial est faible alors que, pour Hovelius, le type de
traumatisme initial n’influence pas le risque de récidive.
Kuriyama rapporte un taux de luxation récidivante plus élevé
lorsque le traumatisme initial est une chute directe sur le moignon
de l’épaule par rapport au mouvement d’abduction-rotation externe.
L’influence de la pratique sportive reste discutée. Pour Simonet,
elle augmente le risque de récidive, alors que pour Hovelius elle est sans influence.
Elle est évaluée dans la fiche Duplay qui
détermine des situations sportives à risque.
La survenue d’une luxation erecta expose à un taux élevé de
récidive.
3- Lésions anatomiques
:
L’influence de la taille des lésions de la glène sur la stabilité a été
mise en évidence expérimentalement mais n’est pas démontrée in
vivo.
De la même manière, l’influence de la taille de l’encoche
humérale sur le risque de récidive reste discutée.
En revanche, la
présence d’une fracture du tubercule majeur est reconnue comme
un élément favorable sur la stabilité avec une diminution
significative du taux de récidive.
4- Traitement initial :
Le consensus n’est pas obtenu autour de la durée d’immobilisation.
Il n’est pas démontré qu’une durée d’immobilisation longue
diminue le risque de récidive.
La rééducation ne prévient pas
complètement de la récidive mais a un effet bénéfique.
La
reprise précoce des sports à risque augmente le risque d’instabilité
chronique.
La survenue d’une ou plusieurs récidives, ou la persistance de
manifestations cliniques à type de subluxation, témoignent du
passage à la chronicité.
Parfois, le patient garde des douleurs et c’est
l’examen clinique, les examens d’imagerie, voire l’arthroscopie qui
permettent de rapporter les symptômes à des anomalies
caractéristiques d’une instabilité antérieure.
L’évaluation précise du
risque est une étape importante dans la prise en charge du patient,
qui doit en être clairement informé.