Infiltrats lymphocytaires cutanés bénins Cours de dermatologie
Définition
:
Les infiltrats lymphocytaires cutanés bénins, ou hyperplasies
lymphoïdes bénignes, ou pseudolymphomes cutanés, sont un
groupe très hétérogène d’affections simulant cliniquement et/ou
histologiquement un lymphome cutané, mais dont l’évolution est
bénigne.
Classification :
La classification des pseudolymphomes cutanés est fondée sur le
phénotype prédominant des lymphocytes de l’infiltrat, la
topographie et l’architecture de l’infiltrat, et l’étiologie.
Certaines étiologies peuvent réaliser plusieurs types de tableaux
clinique, histologique et immunophénotypique.
Cette classification
a un intérêt pratique pour la recherche des différentes étiologies
possibles devant un tableau clinique, histologique et immunophénotypique précis.
Les pseudolymphomes cutanés T
simulent le plus souvent un lymphome épidermotrope, mais
peuvent plus rarement réaliser un infiltrat dermique non
épidermotrope, nodulaire.
Dans de nombreux cas, une étiologie est
identifiée.
Les pseudolymphomes cutanés B réalisent des infiltrats
lymphocytaires denses, nodulaires, bien limités, situés dans le derme
superficiel et profond, avec le plus souvent des aspects de centres
germinatifs.
Les immunomarquages peuvent révéler la présence de
follicules en mettant en évidence le phénotype B de la majorité des
lymphocytes centraux, entourés de lymphocytes périfolliculaires de
phénotype T.
Les cas sans étiologie retrouvée sont fréquents.
Pseudolymphomes cutanés T
:
A - PSEUDOLYMPHOMES CUTANÉS T AVEC
INFILTRAT EN BANDE :
1- Pseudolymphomes médicamenteux
:
Les pseudolymphomes peuvent être induits par de nombreux
médicaments.
Les plus fréquemment en cause sont : anticonvulsivants (barbituriques, carbamazépine, phénytoïne),
allopurinol, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, bêtabloquants,
inhibiteurs calciques, minocycline, méthotrexate, antihistaminiques, ciclosporine, phénothiazine, fluoxétine, hypolipémiants,
certains diurétiques.
La plupart de ces médicaments
peuvent induire deux types de tableaux bien différents.
Le terme pseudolymphome médicamenteux doit être réservé aux
cas de lésions cutanées à type de papules, nodules, tumeurs ou
plaques infiltrées, localisées ou disséminées, sans signes généraux.
Les lésions surviennent après 1 à 12 mois de traitement.
L’examen
histologique montre un infiltrat lymphocytaire dense, en bande
sous-épidermique, épidermotrope, simulant un mycosis fongoïde.
L’absence d’atypies cellulaires, une spongiose épidermique,
des nécroses kératinocytaires et des thèques intraépidermiques
riches en histiocytes et en polynucléaires éosinophiles sont des
arguments en faveur d’un pseudolymphome médicamenteux.
Les immunomarquages montrent que l’infiltrat lymphocytaire est
polymorphe, constitué d’un mélange de lymphocytes CD4 et CD8.
Il n’y a le plus souvent pas de clone dominant en biologie
moléculaire, mais quelques cas avec présence d’un clone T dans la
peau ont été rapportés.
Les lésions cutanées disparaissent en
quelques semaines à l’arrêt du médicament inducteur.
Le tableau de pseudolymphome médicamenteux au sens strict doit
être distingué des toxidermies à type de syndrome d’hypersensibilité.
Le syndrome d’hypersensibilité survient le plus souvent
dans les 2 à 8 premières semaines de traitement, mais le délai peut
être de plusieurs années.
Il est plus fréquent chez les patients de
peau noire.
Le tableau clinique est caractérisé par la survenue rapide
de lésions érythémateuses oedémateuses, souvent
prurigineuses ou d’une véritable érythrodermie.
Il peut y avoir une
atteinte muqueuse.
Il existe une altération de l’état général avec
fièvre, adénopathies, et des atteintes viscérales : hépatosplénomégalie,
lésions cardiaques et/ou pulmonaires.
Les anomalies
biologiques sont fréquentes : syndrome inflammatoire, hyperleucocytose,
lymphocytose avec lymphocytes atypiques, hyperéosinophilie, élévation des lacticodéshydrogénases (LDH),
cytolyse hépatique, insuffisance rénale.
L’examen anatomopathologique
montre un infiltrat lymphocytaire périvasculaire peu
spécifique, un infiltrat polymorphe avec nécroses kératinocytaires
évocateur de toxidermie, ou un infiltrat dense épidermotrope
simulant un lymphome.
La biologie moléculaire peut mettre en
évidence un clone T dans le sang.
L’évolution peut se faire vers le
décès du patient malgré une corticothérapie systémique.
2- Dermite de contact lymphomatoïde :
La dermite de contact lymphomatoïde est un eczéma de contact
chronique du fait de la persistance de l’allergène, qui simule
cliniquement et histologiquement un lymphome épidermotrope.
Les
lésions sont des plaques érythématosquameuses parfois
eczématiformes évoluant progressivement vers une érythrodermie.
Le prurit est important.
Il peut y avoir des adénopathies.
L’examen histologique montre au début un aspect d’eczéma avec spongiose,
mais certains cas réalisent un infiltrat sous-épidermique
épidermotrope.
La biologie moléculaire montre le plus souvent
l’absence de réarrangement clonal.
L’identification de l’allergène en
cause doit être faite grâce à des tests épicutanés orientés par
l’interrogatoire. Leur réalisation est souvent difficile en raison du
caractère chronique des lésions cutanées.
Parmi les allergènes en
cause, l’éthylènediamine a souvent été incriminée.
La
corticothérapie locale améliore les lésions mais n’est véritablement
efficace qu’après éviction de l’allergène.
3- Lésions secondaires à des piqûres d’insectes
et nodules scabieux :
Les piqûres d’insectes ou d’arthropodes peuvent induire des plaques
érythémateuses infiltrées ou non, prurigineuses, persistant pendant
quelques mois.
Les nodules scabieux sont des papules et des
nodules très prurigineux caractérisés par leur localisation aux
régions axillaires et génitales, au pli des coudes et à l’ombilic.
Chez
le nourrisson, la localisation aux paumes et plantes est évocatrice.
Ces lésions peuvent persister pendant plusieurs semaines ou mois
après le traitement antiscabieux.
La cause de cette persistance n’est
pas complètement élucidée ; il s’agit vraisemblablement d’une
réaction d’hypersensibilité retardée à l’un des constituants du
parasite.
Le parasite lui-même n’a été que rarement identifié dans
les nodules.
L’examen histologique montre une hyperacanthose
épidermique et un infiltrat du derme superficiel et
profond constitué de petits lymphocytes, d’histiocytes,
de plasmocytes et de polynucléaires éosinophiles souvent
associés à quelques cellules de grande taille.
4- Pseudolymphome actinique
:
Le pseudolymphome actinique survient habituellement chez
l’homme de plus de 50 ans.
Il réalise des placards eczématiformes et
des papules rouge violacé confluant en plaques.
Ces lésions
infiltrées très prurigineuses débutent sur les zones photoexposées
puis s’étendent aux zones couvertes et peuvent ensuite évoluer vers
une érythrodermie avec hyperkératose palmoplantaire, alopécie et
adénopathies.
Au début, l’examen anatomopathologique peut être
non spécifique, compatible avec le diagnostic d’eczéma chronique.
À un stade plus évolué, l’examen anatomopathologique montre une
hyperplasie épidermique et un infiltrat lymphocytaire sousépidermique
dense, avec exocytose, constitué de lymphocytes
atypiques au noyau cérébriforme.
Les immunomarquages montrent
que la majorité des lymphocytes de l’infiltrat a un phénotype CD3+
CD8+, ce qui les différencie des lymphocytes du mycosis fongoïde
qui ont un phénotype CD3+ CD4+.
Les phototests montrent un
effondrement de la dose érythémateuse minimale et une
photosensibilité sévère pour un spectre de longueurs d’onde souvent
très étendu.
L’évolution se fait vers une aggravation lente avec majoration
progressive de la photosensibilité, qui survient pour des expositions
de plus en plus minimes, confinant les malades à l’obscurité.
Le pseudolymphome actinique est lié à une sensibilisation rémanente à
certains allergènes : plantes compositas, constituants du
caoutchouc, bichromate de potassium, parfums, salicylanilides.
Le
traitement repose sur l’éviction des allergènes identifiés et la
protection solaire rigoureuse par écrans hypoallergéniques.
L’association d’une photothérapie, de corticoïdes et d’azathioprine
ou de ciclosporine peut diminuer la sensibilité solaire
et aider les patients à mener une vie normale.
5- Papulose lymphomatoïde (type B)
:
La papulose lymphomatoïde a été décrite par Macaulay.
Elle
réalise des lésions cutanées papulonodulaires érythémateuses
régressant spontanément en 3 à 8 semaines.
Certaines lésions
évoluent vers une croûte noirâtre évocatrice et guérissent en laissant
une cicatrice déprimée parfois pigmentée. D’autres lésions
peuvent avoir un aspect folliculaire.
Il peut exister des lésions
muqueuses sous forme de papules ou de nodules ulcérés
douloureux.
Les lésions peuvent être limitées à quelques éléments
sur le tronc ou les membres ou profuses, disséminées sur tout le
corps.
Le reste de l’examen clinique est normal.
L’examen anatomopathologique montre un infiltrat dense et épidermotrope.
On distingue plusieurs types de papulose
lymphomatoïde.
Dans le type lymphocytaire (type B), il existe un
infiltrat dense en bande sous-épidermique, constitué d’une majorité
de lymphocytes T à noyau cérébriforme et de quelques cellules de
grande taille.
L’aspect histologique de la papulose lymphomatoïde
de type histiocytaire (type A) est détaillé dans le chapitre des
pseudolymphomes cutanés T avec infiltrat nodulaire.
Ces deux
aspects histologiques peuvent coexister chez certains patients. Dans
les deux types, il existe des modifications épidermiques : hyperacanthose, spongiose, parakératose, parfois nécrose ou
ulcération.
Sur les immunomarquages, les lymphocytes T ont un
phénotype CD3+ CD4+, et les cellules de grande taille expriment
l’antigène d’activation CD30.
Les lymphocytes de la papulose
lymphomatoïde expriment fortement les marqueurs de cytotoxicité
(perforine, granzyme, TiA1).
La biologie moléculaire met en
évidence un clone T dans les lésions cutanées.
L’évolution se fait
sous forme de poussées spontanément régressives pendant quelques
mois ou années.
Dans 5 à 15% des cas, la papulose lymphomatoïde
peut être précédée, accompagnée ou suivie d’un lymphome (mycosis
fongoïde, maladie de Hodgkin ou lymphome T à grandes cellules
CD30+).
Dans ces cas, le même clone T a été mis en évidence dans
les différents types de lésions.
Cette possibilité d’association
justifie une surveillance prolongée des patients.
L’abstention thérapeutique avec surveillance régulière est l’attitude
la plus fréquente.
Si cette option est difficile en raison de lésions
profuses et/ou subintrantes, on peut envisager un traitement par
applications locales de chlorméthine, PUVAthérapie, interféron
alpha ou méthotrexate.
L’efficacité peut être difficile à
apprécier en raison du caractère spontanément résolutif
des lésions.
6- Pseudolymphome associé à une infection par le virus
de l’immunodéficience humaine (VIH)
:
Ce syndrome survenant chez des malades infectés par le VIH a été
rapporté pour la première fois en 1989.
Il s’agit cliniquement
d’une érythrodermie avec polyadénopathies et présence de cellules
de Sézary dans le sang.
L’examen anatomopathologique montre un
infiltrat épidermotrope en bande sous-épidermique constitué de
lymphocytes à noyau cérébriforme.
Les caractéristiques
particulières de ce tableau sont une photosensibilité, une évolution
rapidement pigmentogène et un phénotype CD8.
Il n’y a pas de
clone T dominant dans la peau et le sang. Les lymphocytes de
l’infiltrat cutané sont oligoclonaux et ont une activité cytotoxique
spécifique de certains antigènes du VIH, restreinte par les antigènes
de classe I du complexe majeur d’histocompatibilité.
Les
combinaisons d’antirétroviraux incluant un inhibiteur de protéase
induisent des rémissions complètes et durables.
B - PSEUDOLYMPHOMES CUTANÉS T AVEC
INFILTRAT NODULAIRE :
1- Pseudolymphomes médicamenteux
:
Certains pseudolymphomes médicamenteux se présentent sous
forme de nodules ou de tumeurs érythémateux, uniques ou
multiples.
L’examen histologique montre un infiltrat lymphocytaire
dense, nodulaire avec ou sans épidermotropisme, simulant un
lymphome T pléomorphe à cellules petites et moyennes.
L’absence
d’atypies cellulaires, les immunomarquages montrant un infiltrat
polymorphe, constitué d’un mélange de lymphocytes CD4 et CD8,
et l’absence de clone en biologie moléculaire, sont des arguments en
faveur du diagnostic de pseudolymphome.
Les lésions cutanées
disparaissent en quelques semaines à l’arrêt du médicament
inducteur.
2- Lésions secondaires à des piqûres d’insectes
et nodules scabieux :
Les piqûres d’insectes et les nodules scabieux peuvent réaliser des
papules ou des nodules érythémateux, prurigineux, simulant un
prurigo.
La localisation en régions axillaire, génitale, ombilicale et
aux coudes est évocatrice de nodules scabieux.
Les lésions peuvent
persister pendant plusieurs semaines ou mois malgré un traitement antiscabieux correctement réalisé et/ou une corticothérapie locale.
Le parasite n’a été que rarement identifié dans les nodules, mais il
existe probablement une réaction d’hypersensibilité retardée à l’un
de ses constituants.
L’examen histologique montre un infiltrat
nodulaire plus ou moins épidermotrope constitué de petits lymphocytes souvent
associés à quelques grandes cellules.
3- Papulose lymphomatoïde (type A)
:
Le tableau clinique et évolutif de la papulose lymphomatoïde, décrit
plus haut dans le chapitre concernant les pseudolymphomes cutanés
T avec infiltrat en bande, est identique quel que soit l’aspect
histologique.
Les deux types histologiques peuvent être associés
chez un même malade.
L’aspect histologique de la papulose
lymphomatoïde de type histiocytaire (type A) est caractérisé par un
infiltrat plongeant plus profondément dans le derme.
Cet infiltrat
est polymorphe, constitué de cellules atypiques de grande taille
exprimant l’antigène CD30, mélangées à des polynucléaires
neutrophiles et éosinophiles, des histiocytes et des lymphocytes.
Il
s’associe à des modifications épidermiques à type d’hyperacanthose,
de spongiose, de parakératose, parfois de nécrose ou d’ulcération.
La papulose lymphomatoïde à grandes cellules, ou papulose
lymphomatoïde de type C, est caractérisée par un infiltrat constitué
quasi exclusivement de nappes de grandes cellules CD30+.
Cet
aspect anatomopathologique est identique à l’aspect réalisé par les
lymphomes T à grandes cellules CD30+, de type anaplasique ou
pléomorphe à grandes cellules. Dans ces cas, c’est la confrontation
des données cliniques, anatomopathologiques et évolutives qui
permet de porter un diagnostic.
Des lésions papuleuses ou papulonodulaires, parfois nécrotiques, disséminées, d’évolution
toujours régressive, font porter le diagnostic de papulose
lymphomatoïde.
À l’inverse, une lésion unique de grande taille,
tumorale, parfois ulcérée, fait porter le diagnostic de lymphome à
grandes cellules.
Dans ce cas, un bilan d’extension à la recherche de
localisations extracutanées doit être réalisé, même si la lésion
régresse partiellement ou totalement.
Des aspects de papulose
lymphomatoïde de type C ont été rapportés après piqûre d’insecte
ou dans des nodules scabieux.
4- Infiltration lymphocytaire de Jessner et Kanoff
:
L’infiltration lymphocytaire de Jessner et Kanoff se présente sous
forme de plaques érythémateuses arciformes du visage, du haut du
dos ou de la face antérieure du thorax.
L’évolution se fait par
poussées successives avec régression sans cicatrice.
L’examen
anatomopathologique montre un infiltrat lymphocytaire périvasculaire et périannexiel sans atypies cellulaires.
Les immunomarquages mettent en évidence
la nature exclusivement T des lymphocytes.
Ce tableau bien individualisé
cliniquement et histologiquement pose peu de problèmes
de diagnostic différentiel avec un lymphome.
L’efficacité du thalidomide a été
démontrée par une étude prospective randomisée en double
insu.
5- Angiokératome acral pseudolymphomateux
:
L’angiokératome acral pseudolymphomateux est une entité de
description récente.
Une dizaine de cas ont été rapportés chez
des enfants de 2 à 16 ans.
Il s’agit d’une éruption unilatérale de
multiples papules de 1 à 5mm de diamètre, de couleur rouge ou
violacée, angiomateuses, parfois kératosiques, situées sur les mains
et les pieds.
Un cas de l’adulte a été rapporté, se présentant sous la forme d’une lésion unique du dos.
Il pourrait s’agir d’une
variante de lésions induites par des piqûres d’insectes.
Pseudolymphomes cutanés B
:
Des descriptions de pseudolymphomes cutanés B ont été rapportées
sous diverses appellations : lymphocytome cutané bénin,
lymphocytoma cutis, lymphadenosis benigna cutis, pseudolymphome
de Spiegler-Fendt, ou hyperplasie lymphoïde bénigne.
De nombreuses étiologies ont été reconnues à l’origine des pseudolymphomes cutanés B, mais les cas pour lesquels aucune
cause ne peut être déterminée sont les plus fréquents.
A - LYMPHOCYTOME BORRÉLIEN :
C’est une manifestation rare de l’infection par Borrelia burgdorferi.
Le lymphocytome borrélien est plus fréquent chez l’enfant.
Les
lésions surviennent à la suite de piqûres de tiques en zone
d’endémie borrélienne, après une période variant de quelques
semaines à 10 mois.
Ce sont des papules ou des nodules
érythémateux, uniques ou multiples, parfois associés à un érythème
chronique migrant.
Par rapport à l’érythème chronique migrant, les
lésions de lymphocytome sont plus tardives et plus prolongées.
Elles
sont habituellement situées sur le visage ou le tronc.
Le lobe de
l’oreille, l’aréole mammaire et le scrotum sont des localisations
évocatrices, en rapport avec le tropisme du spirochète. Une
adénopathie satellite est souvent détectée.
Les lésions ont une évolution chronique.
La sérologie borrélienne est positive dans
environ la moitié des cas.
Le spirochète peut être mis en évidence
dans les lésions par réaction de polymérisation en chaîne.
Le
traitement repose sur l’administration de doxycycline ou
d’amoxicilline pendant 14 jours, ou d’azithromycine pendant
5 jours.
Un début de régression des lésions est rapidement
observé mais la régression complète peut nécessiter plusieurs
semaines.
B - LYMPHOCYTOME SECONDAIRE À DES TATOUAGES,
INJECTIONS, PIQÛRES D’INSECTES OU ZONA
:
Un pseudolymphome cutané B peut être secondaire à des piqûres
d’insectes, des injections réalisées pour des vaccinations ou des
protocoles de désensibilisation, ou des réactions induites par le
percement des lobes des oreilles avec mise en place d’un matériel
métallique.
Les lésions sont des papules et des nodules
érythémateux localisés aux sites d’injection.
Les pseudolymphomes
B secondaires à des tatouages surviennent surtout dans les parties
de couleur rouge, plus rarement dans les parties de couleur bleue
ou verte.
Dans ces cas, les lésions histologiques comportent
souvent des granulomes histiocytaires.
Des lésions de pseudolymphome B ont également été rapportées au site de lésions
de zona.
C - PSEUDOLYMPHOMES MÉDICAMENTEUX
:
Les pseudolymphomes médicamenteux ont habituellement un
phénotype T mais quelques cas de pseudolymphomes B ont
également été rapportés.
Ils réalisent alors des papules, des
nodules ou des tumeurs asymptomatiques, uniques ou multiples.
L’examen histologique montre un infiltrat nodulaire constitué d’une
majorité de lymphocytes B polytypiques. Les lésions régressent en
quelques semaines à l’arrêt du médicament.
D - ANGIOKÉRATOME ACRAL PSEUDOLYMPHOMATEUX
:
Parmi les quelques cas rapportés d’angiokératome acral
pseudolymphomateux, une
minorité a un phénotype B prédominant.
E - PSEUDOLYMPHOME B IDIOPATHIQUE
:
C’est le plus fréquent des pseudolymphomes B cutanés.
Il réalise
des papules, des nodules ou des tumeurs, de couleur rose ou rouge,
asymptomatiques.
Les lésions sont en règle situées sur la
tête ou le tronc et ont une évolution chronique.
Elles sont le plus
souvent uniques et localisées, mais parfois multiples, groupées ou
disséminées.
Il n’y a pas d’adénopathies, le reste de l’examen
clinique est normal.
Aucune étiologie n’est retrouvée à
l’interrogatoire.
L’examen anatomopathologique montre un infiltrat
nodulaire ou diffus du derme, séparé de l’épiderme par une bande
de tissu sain, constitué de lymphocytes associés à des
quantités variables d’histiocytes, de polynucléaires éosinophiles et
de plasmocytes.
Cet infiltrat peut être limité au derme papillaire ou
s’étendre à tout le derme jusqu’à l’hypoderme.
Des aspects de
centres germinatifs sont fréquents, associant des petits lymphocytes
et des lymphocytes de plus grande taille.
Il existe également des
macrophages et des cellules dendritiques.
Le lymphocytome à
grandes cellules est caractérisé par un infiltrat constitué de cellules
de grande taille avec quelques immunoblastes, entourées de petits
lymphocytes.
L’infiltrat est polymorphe, associant des éosinophiles,
des plasmocytes, des histiocytes et des cellules géantes.
Certains cas
posent un problème de diagnostic différentiel très difficile avec un immunocytome.
Les immunomarquages montrent une
prédominance de lymphocytes B polytypiques, associés à une
quantité variable de lymphocytes T.
La recherche d’un clone B en
biologie moléculaire est le plus souvent négative.
Dans certains cas, les lésions ont toutes les caractéristiques cliniques,
anatomopathologiques et immunohistochimiques d’un
pseudolymphome cutané bénin, mais la biologie moléculaire met en
évidence la présence d’un clone B dans les lésions.
Cet élément ne
doit pas remettre en cause le diagnostic, qui est porté sur la
confrontation des éléments cliniques, histologiques, immunohistochimiques et évolutifs.
Il incite néanmoins à instituer
chez ces patients une surveillance clinique prolongée.
En effet, si certains de ces cas restent au cours des années d’authentiques pseudolymphomes, d’autres évoluent vers un tableau de
lymphome B cutané.
Dans ces cas, il s’agissait vraisemblablement
dès le début d’un lymphome B de bas grade de malignité dont le
diagnostic histologique et immunohistochimique était impossible en
raison du caractère très minoritaire de l’infiltrat tumoral et/ou de
l’importance quantitative des cellules réactionnelles.
Les lésions ont une évolution chronique.
Elles peuvent régresser
spontanément ou récidiver après plusieurs mois ou années.
Elles
peuvent être traitées par corticoïdes locaux ou intralésionnels,
exérèse chirurgicale, thalidomide, interféron alpha, cryothérapie
ou radiothérapie.
Diagnostic positif et diagnostic
différentiel
:
Le diagnostic de pseudolymphome et le diagnostic différentiel avec
un lymphome peuvent être très difficiles.
Le diagnostic est porté sur
une combinaison d’arguments cliniques, histologiques, immunophénotypiques,
génotypiques et évolutifs.
A - TABLEAU CLINIQUE :
Les tableaux cliniques réalisés par les pseudolymphomes et les
lymphomes cutanés peuvent être impossibles à différencier.
La mise
en évidence d’une étiologie à l’interrogatoire peut être un argument
en faveur du diagnostic de pseudolymphome.
Des lésions de grande
taille, ulcérées, d’évolution rapide, ou la présence d’adénopathies
font plutôt évoquer un diagnostic de lymphome.
En dehors de la papulose lymphomatoïde, les lésions multiples, disséminées et
récidivantes sont également en faveur d’un lymphome.
Le contraste
entre quelques lésions cliniques papuleuses ou papulonodulaires et
une image histologique évocatrice de lymphome caractérise souvent
les pseudolymphomes cutanés T.
Une lésion unique, de petite taille
et une évolution indolente ou spontanément régressive peuvent se
voir aussi bien dans les pseudolymphomes que dans certains cas de
lymphomes.
B - EXAMEN ANATOMOPATHOLOGIQUE
:
C’est un élément majeur du diagnostic de pseudolymphome et du
diagnostic différentiel avec un lymphome.
Il importe donc de
réaliser un examen anatomopathologique de taille suffisante et de
bonne qualité. Les aspects histologiques réalisés par les pseudolymphomes et les lymphomes peuvent être très proches.
Néanmoins, certains éléments plaident en faveur de l’un ou l’autre
de ces diagnostics.
Dans les infiltrats lymphocytaires cutanés à prédominance T, les
signes histologiques suivants sont évocateurs du diagnostic de
lymphome :
– alignement de lymphocytes dans la couche basale de l’épiderme ;
– halos clairs autour des lymphocytes situés dans l’épiderme ;
– taille plus grande et atypies des lymphocytes de l’épiderme ;
– groupements de lymphocytes dans l’épiderme ;
– absence de spongiose dans l’épiderme ;
– faisceaux de collagène épaissis dans le derme papillaire.
Dans les lymphomes T cutanés, les thèques intraépidermiques sont
constituées de lymphocytes à noyau cérébriforme, alors que dans
les pseudolymphomes, les lymphocytes intraépidermiques sont
accompagnés de plasmocytes et d’histiocytes.
Dans les infiltrats lymphocytaires cutanés à prédominance B,
certains signes histologiques sont en faveur du diagnostic de pseudolymphome :
– l’hyperacanthose ;
– le polymorphisme de l’infiltrat ;
– la présence de cellules géantes ;
– le respect des annexes ;
– une prolifération vasculaire.
À l’inverse, les éléments en faveur du diagnostic de lymphome sont :
– l’absence de signes épidermiques ;
– des nappes de plasmocytes ;
– une infiltration diffuse du derme ou une infiltration de
l’hypoderme ;
– la présence de corps de Dutcher (inclusions intranucléaires ou
intracellulaires positives à l’acide périodique Schiff [PAS]).
Les centres germinatifs sont fréquents dans les pseudolymphomes,
mais peuvent également être trouvés dans la partie réactionnelle de
l’infiltrat d’un authentique lymphome.
C - EXAMENS IMMUNOHISTOCHIMIQUES :
Dans les pseudolymphomes T cutanés, la majorité des lymphocytes
de l’infiltrat a un phénotype de lymphocytes T matures CD3+.
Contrairement aux lymphomes T cutanés qui ont un phénotype
CD4+ prédominant, les pseudolymphomes cutanés T sont constitués
d’un mélange de lymphocytes CD4+ et CD8+, et il n’y a pas de perte
d’expression d’antigènes pan-T (CD2, CD3, CD5, CD7).
Dans le pseudolymphome actinique et le pseudolymphome lié à une
infection par le VIH, le phénotype est majoritairement CD8+.
Dans les pseudolymphomes B cutanés, les immunomarquages
montrent une majorité de lymphocytes exprimant les antigènes
associés aux lymphocytes B (CD20), associée à une quantité variable
de lymphocytes T.
L’élément le plus important pour le diagnostic
est le caractère polytypique des lymphocytes B, qui sont constitués
d’un mélange de lymphocytes exprimant la chaîne légère kappa et de lymphocytes exprimant la chaîne légère lambda.
Cet aspect s’oppose au caractère monotypique des lymphocytes de
lymphome B cutané, c’est-à-dire qu’ils expriment tous le même type
de chaîne légère.
Les immunomarquages représentent donc un
élément important de diagnostic différentiel entre lymphomes et
pseudolymphomes B cutanés.
Le diagnostic différentiel peut
néanmoins être difficile avec certains lymphomes B où la population
tumorale est minoritaire et où l’infiltrat T réactionnel est
quantitativement important.
D - ÉTUDES GÉNOTYPIQUES :
Dans les pseudolymphomes, la recherche d’un clone T ou B en
biologie moléculaire est le plus souvent négative.
Cette négativité peut constituer un argument de diagnostic différentiel avec les
lymphomes T ou B, dans lesquels un clone est mis en évidence dans
la majorité des cas. Cette distinction n’est cependant pas absolue.
Dans les infiltrats lymphocytaires à prédominance T, la biologie
moléculaire représente la seule possibilité de démontrer le caractère
monoclonal de l’infiltrat.
Cependant, la mise en évidence d’un clone
n’est pas synonyme d’évolution maligne puisqu’un clone T est le
plus souvent mis en évidence dans les lésions de papulose
lymphomatoïde, qui ont une évolution bénigne.
Dans les pseudolymphomes cutanés B, un clone B peut être détecté dans une
minorité de cas, avec une évolution prolongée qui reste bénigne. Cependant, certains cas ont évolué vers d’authentiques
lymphomes B.
De même, il existe des cas de pseudolymphomes
T avec présence d’un clone T cutané, qui ont évolué en quelques
mois vers un véritable lymphome T.
Dans ces cas, il s’agissait
probablement dès le début de lymphomes dont le diagnostic était
impossible sur les examens anatomopathologiques et immunohistochimiques.
Conclusion :
Ainsi, dans les pseudolymphomes cutanés, les résultats de la biologie
moléculaire peuvent constituer un élément supplémentaire pour le
diagnostic, mais les données doivent toujours être interprétées en
confrontant les éléments de la clinique, de l’examen anatomopathologique,
des immunomarquages et de l’évolution.
Les études de
réarrangement de gènes ne constituent pas un critère absolu permettant
de différencier les pseudolymphomes des lymphomes vrais.
La
découverte d’un clone T ou B ne doit pas faire modifier le diagnostic,
mais inciter à une surveillance prolongée du patient.