Infections nosocomiales en chirurgie orthopédique Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
L’infection du site opératoire (ISO), en chirurgie orthopédique, est
une complication catastrophique.
Résultat d’interactions complexes
entre les défenses du malade, le site de l’intervention et les bactéries,
elle est facilitée par la présence de matériel étranger, l’hématome,
ainsi que par l’ischémie et la nécrose tissulaires.
La lutte contre les infections nosocomiales et en particulier contre
les ISO est une priorité en santé publique.
La loi n° 98-535 du
1er juillet 1998 oblige les établissements de santé, publics ou privés,
à participer à la mise en oeuvre du dispositif de vigilance destiné à
garantir la sécurité sanitaire et à organiser dans leurs établissements
la lutte contre les infections nosocomiales et autres affections
iatrogènes.
La procédure d’accréditation qui est effectuée par
l’ANAES dans tous les établissements de santé vérifie entre autres
que les conditions de sécurité et de qualité des soins sont réunies
pour une prise en charge optimale des patients.
Il est certain que l’amélioration des pratiques d’hygiène et la lutte
contre la contamination du patient pendant l’intervention et
l’hospitalisation font diminuer le nombre de ces infections.
De plus,
la prise en considération de caractéristiques propres aux patients
ainsi qu’aux interventions permet également de prendre des
mesures pour améliorer la qualité des soins.
Cependant, si l’infection
postopératoire ne doit plus être une fatalité inéluctable, ni la rançon
à payer pour des gestes de plus en plus lourds chez des patients de
plus en plus fragiles, elle reste un risque qui ne pourra jamais être
totalement prévenu.
Définitions et problèmes spécifiques
:
A - DÉFINITIONS :
L’infection nosocomiale est une infection acquise dans un
établissement de soins public ou privé.
Absente à l’admission, elle
apparaît dans un délai d’au moins 48 heures après l’hospitalisation.
Ce délai, assez court, ne doit pas être appliqué sans réflexion.
Des
définitions ont été établies par le Center for Disease Control (CDC)
en 1988 et par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France
en 1992.
Les infections nosocomiales dans les services chirurgicaux se
répartissent en deux groupes :
– infections à distance du site opératoire : ce sont des infections
urinaires, bronchopulmonaires, septicémiques et cutanées dont les
caractéristiques sont identiques aux infections qui surviennent chez
des malades non opérés ; elles ne sont pas influencées par
l’antibioprophylaxie et reflètent la qualité des soins, aussi bien en
salle d’opération que pendant l’hospitalisation ; il est donc important
de les recenser lors de la surveillance des infections postopératoires ;
– infections du site opératoire : elles ont été redéfinies en octobre 1992
par les CDC d’Atlanta (Georgia, États-Unis) à la suite des grandes
enquêtes épidémiologiques concernant les infections des « plaies
opératoires » effectuées depuis 1965 dans les hôpitaux américains
participant au programme national de surveillance des infections
nosocomiales (National Nosocomial Infection Surveillance [NNIS]
system).
La classification des CDC détermine trois types d’ISO
selon des critères qu’il importe de ne pas modifier afin qu’ils
permettent de comparer des situations identiques :
– infection superficielle de l’incision ;
– infection profonde de l’incision ;
– infection de l’organe ou du site anatomique.
B - PROBLÈMES POSÉS PAR CETTE CLASSIFICATION
:
1- Inadaptation à la chirurgie orthopédique
:
La classification des ISO par les CDC est bien adaptée à la chirurgie
des parties molles mais beaucoup moins à la chirurgie osseuse.
En
chirurgie osseuse, toute infection de l’incision peut être à l’origine
d’une infection profonde ou en être la traduction.
Certaines
infections superficielles de l’incision, en regard d’un os (tibia) ou
d’une articulation sous-cutanée (genou) sont pratiquement d’emblée
des infections du site anatomique de l’intervention.
C’est la raison
pour laquelle le groupe Tirésias a proposé une autre classification
qui paraît mieux répondre aux particularités des ISO en chirurgie
osseuse et qui repose sur l’aspect local, la situation anatomique du
foyer opéré, des marqueurs biologiques et bactériologiques.
Mais cette classification n’a pas été validée par des
études multicentriques prospectives.
2- Durée d’incubation
:
La durée d’incubation d’une ISO pour les CDC ou le Conseil
supérieur d’hygiène publique de France est classiquement de
30 jours lorsqu’il n’y a pas d’implant ou de 1 an en présence d’un
implant.
En chirurgie osseuse, la durée d’incubation d’une ISO peut
s’étendre sur plusieurs années.
En effet, les résultats à long terme d’une étude comparant l’efficacité
d’un placebo et de la céfazoline en antibioprophylaxie lors de la pose
d’une prothèse totale de hanche chez plus de 1 000 patients montrent
que 5 ans après la pose de la prothèse, la survenue d’infection
autour de la prothèse est dix fois plus faible chez les patients ayant
reçu la céfazoline (0,7 % d’infections) que chez les patients ayant
reçu le placebo (7,6 % d’infections).
De même, des spondylodiscites dues à Mycobacterium xenopi après
nucléotomie percutanée ou chirurgie discale sous microscope ont pu
se déclarer plus de 4 ans après le geste contaminant en l’absence de
tout matériel implanté.
Bien plus, l’investigation déclenchée en
septembre 1997 par le ministère de la santé a permis de découvrir,
grâce à l’imagerie par résonance magnétique, plusieurs patients
contaminés 8 ans plus tôt, ayant une infection à Mycobacterium
xenopi complètement asymptomatique malgré l’existence d’abcès du
psoas ou d’une véritable spondylodiscite au moment du diagnostic
(éléments non publiés).
Épidémiologie des infections
du site opératoire :
A - CLASSIFICATIONS DES INTERVENTIONS
:
Deux classifications sont utilisées à l’heure actuelle.
La plus
ancienne, publiée en 1964, est celle du National Research Council
comportant, en fonction de l’importance de la contamination du site
opératoire, cinq types d’interventions (hyperpropres, propres,
propres-contaminées, contaminées et sales).
En 1976, Altemeier
publiait une nouvelle classification actuellement utilisée de façon
internationale pour tous les types de chirurgie comportant quatre
classes d’interventions (propres, propres-contaminées, contaminées
et sales) qui paraît moins bien adaptée à la chirurgie orthopédique.
B - INCIDENCE ET COÛT DES INFECTIONS
DU SITE OPÉRATOIRE
:
Un rapport du CDC d’Atlanta publié en 1999 révèle qu’entre 1986
et 1996 l’incidence des ISO a été de 2,6 % dans les 276 hôpitaux
américains participant confidentiellement au programme NNIS.
Les
ISO étaient les infections nosocomiales les plus fréquentes en
chirurgie (38 %) et une fois sur trois il s’agissait d’une infection
profonde du site anatomique.
La mortalité chez les patients ayant
une ISO était directement liée à l’infection.
La plupart des ISO (20 à
70 %) se déclarent après la sortie du patient, ce qui implique une
surveillance étroite et prolongée pour ne pas en sous-estimer
l’incidence.
La prolongation du séjour à l’hôpital pour traiter ces infections
majore le coût de l’hospitalisation.
En 1980, Cruse avait calculé
qu’une ISO prolongeait l’hospitalisation de 10 jours et coûtait
2 000 dollars.
En 1992, la prolongation du séjour à l’hôpital était
de 7,3 jours et coûtait 3 152 dollars.
Le coût du traitement d’une
infection sur prothèse de genou a été évalué récemment à
85 000 dollars.
C - INCIDENCE DES INFECTIONS DU SITE OPÉRATOIRE
EN CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE
:
En France, l’étude de la prévalence sur une période donnée des ISO
dans ce type de chirurgie commence à se mettre en place grâce à
l’implication des centres de coordination de la lutte contre les
infections nosocomiales (C-CLIN).
Mais l’incidence des ISO en
chirurgie orthopédique n’est pas connue.
Pour la connaître, il
faudrait un suivi de tous les patients dans le temps, avec
identification non seulement des cas d’infections pendant
l’hospitalisation mais également très longtemps après la sortie de
l’établissement.
Seule la surveillance à long terme de tous les
patients permettrait de connaître cette incidence dans les différents
types d’interventions effectuées en orthopédie.
Il est probable que
dans peu de temps il faudra établir une déclaration obligatoire de ce
type d’infection nosocomiale selon des modalités qui restent à
préciser, mais qui sont annoncées par la loi du 1er juillet 1998.
1- En chirurgie propre :
Effectuée chez des patients bien portants et bien préparés, les taux
d’infections devraient être les plus faibles.
Mais le taux réel
d’infection dépend également du type d’intervention.
– Dans la chirurgie des prothèses totales articulaires, quelles que
soient les séries, ce taux tend à rejoindre 1 %.
Pour les
prothèses de genou, ce taux est plus élevé pour des raisons
cutanées.
– Sur le rachis, l’incidence des complications septiques après
chirurgie vertébrale est estimée entre 0,2 et 5 % selon le type
d’intervention, la pathologie vertébrale sous-jacente et l’expérience
de l’opérateur.
L’arthrodèse vertébrale par voie postérieure
semble plus à risque d’infection que les autres types d’interventions.
– L’ostéosynthèse d’une fracture fermée dont la voie d’abord
traverse des parties molles contuses et un hématome varie de 0,8 %
à 5,3 % d’infections postopératoires selon le type de fracture.
L’incidence de l’infection postopératoire chez les patients opérés en
urgence d’une fracture du col du fémur est mal connue en raison
des difficultés de suivi de ces patients.
La mortalité consécutive à
l’infection est élevée.
2- En chirurgie propre-contaminée
:
Les interventions telles que les fractures ouvertes de grade I opérées
avant la sixième heure se compliquent d’infection dans 1 à 2% des
cas.
3- En chirurgie contaminée :
Les fracas fortement contaminés, telle une fracture ouverte de
grade III, se compliquent d’infection dans 10 à 55 % des cas, selon la
gravité des lésions des parties molles associées à la fracture et les
modalités de prise en charge de ces patients.
4- En chirurgie infectée
:
Les interventions effectuées dans un tissu déjà infecté et de mauvaise
qualité (ostéite fistulisée ou pseudarthrose infectée) présenteraient
un risque de surinfection bien plus élevé, en raison des problèmes
de couverture et des interventions itératives souvent nécessaires.
Au total, l’incidence des ISO en chirurgie osseuse est mal connue et
justifie la mise en place d’enquêtes prospectives, multicentriques.
Ces enquêtes seront obligatoirement effectuées dans les années à
venir, non seulement pour déterminer les facteurs de risque d’infection liés aux patients et aux actes chirurgicaux, mais
également pour répondre à la demande de transparence des
associations de patients et des autorités sanitaires.
D - MODALITÉS DE SURVENUE DES INFECTIONS
DU SITE OPÉRATOIRE
:
1- Infection précoce :
Elle se déclare dans les 3 mois qui suivent l’intervention, soit sur un
mode aigu au décours immédiat de l’intervention, pendant
l’hospitalisation ou juste après la sortie, soit sur un mode subaigu,
un peu plus tard.
L’infection précoce est le résultat d’une
contamination du site opératoire pendant l’intervention ou en
postopératoire immédiat par des bactéries qui sont des « pathogènes
professionnels », facilement identifiables dès l’examen direct du pus.
Dans l’enquête de la Mayo Clinic, 19 % des infections sur prothèses
se sont déclarées dans les 3 mois après l’intervention.
De façon
non exceptionnelle, l’infection précoce peut également être
secondaire à une bactériémie ayant pour origine une perfusion
veineuse ou une infection profonde (digestive, urogénitale…).
L’isolement du germe en cause oriente vers une porte d’entrée qu’il
importe de détecter et de traiter.
2- Infection retardée :
Elle s’extériorise plusieurs mois, voire plusieurs années après
l’intervention.
Ce type d’infection est responsable de gêne, de
douleurs qui vont en s’aggravant depuis la pose du matériel.
Le
malade se plaint de « n’avoir jamais été bien depuis l’intervention ».
Ces infections peuvent revêtir l’aspect trompeur d’une faillite rapide
du but mécanique que l’on s’était fixé (descellement précoce, nonprise
de greffe, non-consolidation, etc).
Dans l’étude de la Mayo Clinic, 40 % des infections sur prothèses se sont déclarées entre
3 mois et 2 ans après l’intervention et 41 % plus de 2 ans après
l’arthroplastie.
Ces infections sont généralement dues à des
bactéries cutanées superficielles comme les staphylocoques (en
particulier les staphylocoques à coagulase négative) ou à des
bactéries des couches profondes de l’épiderme, difficiles à mettre en
évidence en raison de leur croissance lente uniquement en
anaérobiose comme Propionibacterium acnes ou Peptostreptococcus
spp.
3- Infection tardive
:
Elle survient sur un mode aigu, chez un malade qui jusqu’alors
supportait parfaitement son matériel, et ce depuis des années
(prothèse le plus souvent, mais également ostéosynthèse).
Brutalement, apparaît une douleur violente, invalidante,
accompagnée de fièvre souvent associée à des frissons.
L’hyperleucocytose est constante.
Vitesse de sédimentation et C reactive protein sont franchement pathologiques.
Il s’agit d’une
inoculation du matériel secondaire à la dissémination d’une bactérie
par voie hématogène, à partir d’un foyer infectieux à distance, connu
ou occulte, qu’il importe de détecter pour le traiter.
Les infections
urinaires, cutanées, dentaires, digestives ou pulmonaires sont les
infections le plus souvent identifiées.
N’importe quelle bactérie
peut être responsable d’une infection secondaire.
L’incidence de ces
infections « hématogènes » sur prothèse n’est pas connue avec
précision ; Hanssen l’a estimée à 1,4 cas pour 10 000 prothèses les
2 premières années après la pose de la prothèse, et à 0,3 cas pour
10 000 prothèses ensuite.
De façon exceptionnelle, des actes invasifs à but diagnostique ou
thérapeutique ont été rapportés comme responsables d’une
bactériémie transitoire responsable de l’ensemencement du matériel
prothétique.
L’incidence de ces infections est très faible et les
risques d’anaphylaxie ou d’inefficacité de l’antibioprophylaxie
administrée font que le rapport coût-efficacité n’est pas en faveur
d’une antibioprophylaxie systématique.
Physiopathologie des infections
du site opératoire :
A - RISQUE D’INFECTIONS DU SITE OPÉRATOIRE
:
Le risque d’infection postopératoire est fonction de l’équation établie
par Altemeier et comportant trois paramètres :
Importance de la contamination bactérienne x virulence bactérienne
Résistance de l'hôte
1- Importance de la contamination bactérienne
:
C’est un facteur à l’origine de la classification des différents types
de chirurgie : propre, propre-contaminée, contaminée, infectée.
Il a
été montré que la contamination du site opératoire par plus de
105 bactéries par gramme de tissu augmentait considérablement le
risque d’infection, alors qu’une contamination par moins de
105 bactéries par gramme de tissu n’en provoquait pas.
De plus,
la présence d’un corps étranger facilite la survenue d’une infection,
même avec un très petit nombre de bactéries.
2- Virulence des bactéries
:
Elle a plusieurs expressions :
– production de toxines qui favorisent l’extension de l’infection ou
la destruction des tissus ;
– libération d’endotoxines responsables de choc et d’effets
systémiques ;
– inhibition de la phagocytose par production de polysaccharides
capsulaires ;
– survie des bactéries fixées sur un support dans le biofilm,
mécanisme universel de protection pour échapper à l’élimination,
ici par les phagocytes ou par l’action des antibiotiques ;
– survie prolongée de bactéries au métabolisme ralenti dans des
cellules hôtes (cellules endothéliales et ostéoblastes) ou dans des
tissus infectés (séquestres) qui permet la récidive.
3- Résistance de l’hôte
:
Elle est difficilement modulable. De nombreux facteurs connus
comme étant associés au risque d’infection postopératoire sont
suspects de modifier la résistance de l’hôte à l’infection après
certaines interventions.
Certaines mesures au cours de l’intervention
comme l’antibioprophylaxie et la dissection non traumatique des
tissus diminuent le risque d’infection. Ces mesures ne peuvent pas
être détaillées dans cet article.
B - BACTÉRIES RESPONSABLES DES INFECTIONS DU SITE
OPÉRATOIRE EN CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE
:
Il est admis que la plupart des micro-organismes responsables des
ISO contaminent directement le site chirurgical pendant
l’intervention.
Ils proviennent de la flore microbienne du patient,
mais aussi de l’environnement inanimé (air, matériel, solutions) et
du personnel en salle d’opération.
1- Flore microbienne du patient
:
Elle constitue un des principaux réservoirs de bactéries capables de
contaminer le site opératoire.
* Flore cutanée du site opératoire
:
Les bactéries cutanées sont vraisemblablement inoculées au cours
de l’incision ou pendant l’intervention.
Les staphylocoques
(staphylocoques dorés et staphylocoques à coagulase négative) sont
les bactéries le plus fréquemment responsables d’ISO.
D’autres
bactéries enfouies dans les couches profondes de la peau et
ses annexes le sont également : Propionibacterium acnes, Peptostreptococcus spp.
La préparation cutanée du site chirugical réduit notablement la flore superficielle, mais pas celle
des couches profondes qui n’entre pas en contact avec les
antiseptiques cutanés.
* Foyer infectieux à distance du site opératoire
:
La contamination du site opératoire par voie sanguine ou
lymphatique doit être suspectée lorsque la bactérie responsable
de l’infection est d’origine dentaire (streptocoques salivaires),
digestive (Streptococcus bovis I, entérocoques, Bacteroïdes, cocci
anaérobies…) ou urogénitale (streptocoques du groupe B).
Le foyer
doit être identifié formellement et traité si possible.
L’infection considérée guérie car inactive depuis des années peut se
réactiver après l’intervention, quelles que soient la durée de la
rémission et la biologie préopératoire.
2- Bactéries étrangères au patient
:
Ces bactéries peuvent également contaminer directement le site
opératoire.
Elles sont véhiculées par le personnel, en particulier par
l’équipe chirurgicale, mais également par l’environnement du bloc
opératoire (air, eau, matériel, surfaces).
Le respect rigoureux des
règles de discipline du comportement de chacun, le contrôle
permanent de la qualité de la stérilisation du matériel et du bon
fonctionnement des installations du bloc et des salles d’opération
sont à la base de la prévention.
* Mains de l’équipe chirurgicale :
Le double gantage après lavage chirurgical a l’avantage de limiter la
transmission des micro-organismes des mains de l’équipe
chirurgicale au patient et de prévenir la contamination des mains
du personnel par le sang ou d’autres liquides biologiques du patient.
Mais les gants sont une barrière imparfaite et des perforations sont
très souvent constatées par les opérateurs.
* Flore de la face, du cuir chevelu, du nez et de l’oropharynx
:
Le port d’une cagoule ou d’un bonnet en non-tissé est obligatoire.
Le masque recouvre complètement le nez et la bouche : il limite
l’aérosolisation des bactéries des voies aériennes supérieures et,
associé à une protection oculaire, il protège des projections.
* Air :
Il contient des micro-organismes en suspension.
Il existe une relation
directe entre la contamination bactérienne de l’air et le pourcentage
d’infection sur prothèses.
La concentration des bactéries en
suspension dans l’air est proportionnelle à l’activité des personnes
présentes dans la salle d’opération.
Pendant les interventions, les
portes doivent être fermées et les mouvements du personnel limités.
Plusieurs épidémies d’ISO ont été attribuées à une transmission
aérienne par des soignants colonisés travaillant dans le bloc mais
non directement impliqués dans l’intervention.
* Casaques stériles
:
Les casaques stériles imperméables et renforcées aux points d’appui
pour les chirurgiens doivent être utilisées.
* Autres réservoirs
:
Le matériel, l’eau et les surfaces dans les salles d’opération sont
exceptionnellement responsables d’ISO.
Lorsqu’ils l’ont été, le
matériel contaminé (pansements, bandages, solutions désinfectantes)
entrait directement en contact avec le patient.
L’épidémie de spondylodiscites à Mycobacterium xenopi après chirurgie discale est
tout à fait unique.
Microbiologie des infections du site
opératoire en chirurgie osseuse
:
Les bactéries impliquées dans les ISO en chirurgie osseuse peuvent
avoir un pouvoir pathogène établi de longue date ou être des
bactéries généralement considérées comme non pathogènes mais qui
peuvent agresser des patients aux défenses immunitaires perturbées.
A - PATHOGÈNES « PROFESSIONNELS »
:
Staphylococcus aureus, Streptococcus bêta-hémolytiques (des groupes
A, B, C et G) et Escherichia coli sont généralement isolés dans les
infections aiguës survenant à l’occasion d’une bactériémie ou d’une
septicémie, soit précocement en postopératoire, soit tardivement sur
du matériel implanté depuis longtemps.
B - PATHOGÈNES OPPORTUNISTES
:
Les bactéries les moins virulentes peuvent devenir pathogènes en
présence de matériel volumineux ou en l’absence de défense de
l’hôte (équation d’Altemeier).
C’est ainsi que les commensaux
cutanés tels que Staphylococcus epidermidis, Staphylococcus hominis,
des corynébactéries ou des bactéries anaérobies des couches
cutanées profondes comme Propionibacterium spp. ou
Peptostreptococcus spp. ainsi que des bactéries saprophytes de
l’environnement aquatique comme Pseudomonas aeruginosa,
Enterobacter sp., Acinetobacter, voire des mycobactéries atypiques,
peuvent provoquer d’authentiques infections.
Les champignons
(levures ou champignons filamenteux) sont rarement responsables
d’infections sur matériel en chirurgie osseuse et seulement chez des
patients sévèrement immunodéprimés (corticothérapie prolongée,
néoplasie profonde, greffés).
C - ÉPIDÉMIOLOGIE BACTÉRIENNE
:
Staphylococcus aureus et Staphylococcus epidermidis (principal
représentant des staphylocoques à coagulase négative) constituent
40 à 60 % des bactéries isolées, responsables d’ISO en chirurgie
orthopédique ou post-traumatique.
Ils se partagent la
première place dans toutes les séries et dans tous les types
d’infections chroniques, avec ou sans matériel. L’incidence des
infections à Staphylococcus epidermidis est croissante.
Dans 10 à
20 % des cas, ces ISO sont plurimicrobiennes.
Les ISO peuvent être
causées aussi bien par des bactéries multisensibles appartenant à la
flore du malade que par des bactéries multirésistantes d’origine
hospitalière ; l’incidence de ces dernières est préoccupante, aussi
bien chez les bactéries à Gram positif qu’à Gram négatif.
D - SITUATION ÉPIDÉMIQUE :
La découverte de cas groupés d’ISO dues à des bactéries
traditionnellement impliquées dans les infections nosocomiales ou
inhabituelles (deux cas suffisent) est généralement faite par le
laboratoire de bactériologie.
Le président du CLIN de l’établissement
doit être immédiatement averti afin que des mesures soient prises
dans le service pour couper la chaîne épidémique en fonction des
données de la science du moment concernant le mode de
transmission de la maladie (mains, eau, antiseptique, matériel…) et
le réservoir naturel où se développe l’agent responsable de cette
épidémie.
L’épidémie d’ISO peut être due aux mêmes bactéries ou à des bactéries différentes.
Dans le premier cas, il s’agit d’un
réservoir unique ou d’une transmission croisée ; dans le second,
l’augmentation de la fréquence des ISO est due à une mauvaise
pratique à n’importe quel niveau de la préparation du patient ou de
l’équipe chirurgicale ou pendant les soins postopératoires.
Le C-CLIN régional est l’interlocuteur de choix dans une situation
épidémique nécessitant une intervention extérieure.
Il avertira
immédiatement l’institut de veille sanitaire placé sous la tutelle du
ministre chargé de la santé (loi du 1er juillet 1998).
Facteurs associés à l’infection
du site opératoire :
La connaissance des facteurs associés à l’ISO permet de stratifier
des interventions facilitant la surveillance épidémiologique et, pour
un patient donné, permet une conduite préventive personnalisée,
destinée à diminuer le risque d’ISO.
De très nombreux facteurs sont
impliqués.
A - FACTEURS PROPRES AUX PATIENTS
:
Un risque accru d’infection postopératoire a été mis en évidence dès
les toutes premières études américaines chez des patients ayant
certains états pathologiques ou soumis à certaines thérapeutiques.
Ces facteurs sont :
– le diabète insulinorequérant ou non, surtout lorsque la glycémie
n’est pas équilibrée ; chez le diabétique, trois facteurs aggravent
le risque d’ISO : l’obésité, l’existence d’un foyer infectieux à distance
et la chirurgie de reprise ;
– la dénutrition chronique sévère évaluée en fonction de la
concentration sérique d’albumine (N > 35 g/L) et de la numération
des lymphocytes (> 1 500/mm3) ;
– l’infection à distance (escarre, ulcère de jambe, mal perforant,
ongle incarné, infection urinaire, dentaire, génitale, digestive ou
pulmonaire) est un facteur de risque d’ISO ; l’infection doit être
dépistée et éradiquée avant la pose d’une prothèse ;
– la polyarthrite rhumatoïde majore le risque d’infection après
chirurgie prothétique d’un facteur deux par rapport à une autre
pathologie rhumatismale ;
– le remplacement d’une prothèse totale articulaire est un facteur
de risque d’infection dans de nombreuses études ; le risque est huit
fois plus grand que pour une première prothèse ;
– un cancer sous-jacent ; il est probable que certaines tumeurs
digestives sont responsables de bactériémies occultes et donc de
l’ensemencement par voie hématogène du matériel de prothèse ;
l’irradiation perturbe la cicatrisation et facilite l’infection secondaire,
notamment après chirurgie des métastases rachidiennes ;
– l’infection antérieure, au niveau du site opératoire ;
– les cicatrices multiples mal vascularisées, peu élastiques,
rétractiles, parfois adhérentes à l’os, témoins d’interventions
antérieures, sont responsables d’incidents cicatriciels à l’origine
d’infections profondes ;
– la corticothérapie et les immunosuppresseurs pourraient
prédisposer à la survenue d’une ISO, mais les études sont
contradictoires ;
– le délai prolongé entre l’admission et l’intervention majore le
risque infectieux ; il est parfois difficile de savoir si ce risque est
dû à un biais de sélection de malades ayant des pathologies
associées ;
– le niveau de contamination du site opératoire (chirurgie proprecontaminée,
contaminée, sale) est un facteur de risque d’ISO.
B - FACTEURS PROPRES À L’INTERVENTION
:
1- Préopératoires
:
La préparation cutanée du patient et du site opératoire, ainsi que le
lavage chirurgical des mains et des avant-bras de l’équipe
chirurgicale, ne peuvent pas être détaillés dans cet article.
Leur
importance est fondamentale.
Ils comportent plusieurs temps qu’il
faut respecter afin d’obtenir une décontamination superficielle
optimale.
La préparation cutanée de l’opéré, le lavage chirurgical
des mains et l’habillage sont des procédures qui doivent être écrites.
L’antibioprophylaxie administrée
selon des règles précises quant à son horaire et sa durée
d’administration a fait récemment l’objet d’une actualisation
par la Société française d’anesthésie et de réanimation.
2- Peropératoires :
Pendant l’intervention, de très nombreux facteurs peuvent être à
l’origine d’infections postopératoires.
Ces facteurs appartiennent à
l’environnement de la salle d’opération, en particulier aux
installations et au matériel utilisé.
Il est impossible d’entrer dans le
détail.
La qualité des procédures de stérilisation du matériel et celle
de l’air soufflé par le système de traitement d’air doivent être sous
surveillance étroite ; ces derniers doivent subir un entretien régulier
qu’il est important de connaître.
Tout aussi capital dans la maîtrise
du risque infectieux est le respect des règles générales d’hygiène
des locaux et de l’asepsie par toute l’équipe.
La technique
chirurgicale, le respect des règles de la chirurgie atraumatique et
l’expérience du chirurgien ont une importance qu’il est inutile de
souligner.
3- Postopératoires :
La période postopératoire comporte moins de risques infectieux que
les périodes pré- et peropératoires.
Néanmoins, certaines situations
peuvent être à l’origine d’une contamination de la plaie opératoire,
puis d’une infection.
* Soins de la plaie opératoire :
Dans tous les cas, le personnel soignant doit se laver les mains avant
et après chaque soin de la plaie ou après tout contact avec la zone
incisée.
Un pansement stérile est mis en place pour 24 à 48 heures.
Il
doit rester sec et être maintenu en place lors de la toilette.
Il n’y a
pas de consensus ni de recommandations pour l’utilisation d’un
pansement au-delà de 48 heures, mais le bon sens fait recouvrir d’un
pansement stérile, après désinfection cutanée, toute incision qui ne
donne pas l’impression que ses bords sont soudés solidement.
L’aspect de la cicatrice doit être consigné par écrit dans le dossier de
soins après chaque pansement.
* Hématome postopératoire
:
Excellent milieu de culture, il majore la souffrance des tissus
environnants, diminue les défenses immunitaires locales et empêche
les antibiotiques et les anticorps de pénétrer dans cette zone.
Un
volumineux hématome est une indication à la reprise chirurgicale
rapide pour éviter une infection ou pour permettre de la traiter
efficacement.
* Drains de Redon :
Le drainage du site opératoire est assuré par les drains aspiratifs
dont l’efficacité maximale est d’environ 24 heures.
Des bactéries
cutanées peuvent pénétrer par l’orifice cutané le long des Redon.
La
culture systématique des extrémités de Redon en chirurgie propre
est contestée en raison de la difficulté de retirer le Redon sans
toucher la peau et des problèmes d’interprétation du résultat
bactériologique.
* Infections superficielles :
C’est un facteur de risque d’infections profondes reconnu par la
plupart des études.
Elles peuvent être consécutives à un
mauvais affrontement cutané ou à une nécrose superficielle de la
cicatrice.
* Réinterventions précoces
:
L’évacuation d’un hématome, la réduction sanglante d’une luxation
de prothèse de hanche, toutes les complications postopératoires qui
nécessitent une réintervention précoce majorent le risque
d’infection.
Toute réintervention précoce doit être encadrée par
une antibioprophylaxie qui ne peut plus être celle utilisée lors de la
première intervention, mais adaptée à l’écologie du service.
Évaluation du risque d’infections
du site opératoire :
A - CONCEPTS :
1- Degré de contamination du site opératoire
:
Pour évaluer le risque infectieux postopératoire, les enquêtes
épidémiologiques jusqu’en 1980 ne tenaient compte que de la
contamination du site opératoire.
Des écarts considérables pour une
même classe d’intervention existaient entre les services participant
aux études.
Ce paramètre, à lui seul, a été rapidement
considéré comme inadapté pour évaluer le risque infectieux chez
des patients en mauvais état général ou après la pose de matériel.
2- Index SENIC :
L’étude SENIC (study on the efficacy of nosocomial infection control)
réalisée par les CDC, d’abord en 1970 puis en 1975-1976 chez plus
de 100 000 patients, a permis à Haley et al en 1985 d’identifier
quatre facteurs de risque d’ISO permettant, pour un patient donné,
de prédire le risque d’ISO deux fois mieux que le degré de
contamination du site opératoire.
Ces quatre facteurs étaient :
– une chirurgie abdominale ;
– une durée d’intervention supérieure à 2 heures ;
– une chirurgie contaminée ou sale ;
– l’existence d’au moins trois autres pathologies chez le patient.
Chaque facteur avait un coefficient de 1.
L’index de risque du patient
était calculé en additionnant les coefficients correspondant aux
facteurs présents : risque bas (= 0), risque moyen (= 1), risque élevé
(= 2, 3 ou 4).
Le risque d’ISO était fonction de l’index de risque
propre au patient et de la contamination du site opératoire.
Par
exemple, le risque infectieux en chirurgie propre pour un patient à
faible risque d’infection est de 1,1 % alors que pour un patient ayant
un risque élevé (index 4) il est de 15,8 %.
3- Index NNIS :
Quelques années plus tard, la modification par les CDC de l’index
SENIC aboutit à la création de l’index de risque NNIS permettant
pour une même intervention des comparaisons du taux d’ISO entre
services, chirurgiens, et si besoin à des époques différentes, en tenant
compte des pathologies des patients et d’autres facteurs de risque.
L’index NNIS possède trois variables indépendantes identifiées par
des analyses multivariées comme étant associées de façon
significative à la survenue d’une ISO.
Elles sont au sens strict des
« facteurs de risque » d’infection, et un coefficient égal à 1 leur a été
attribué.
Ces trois variables sont :
– un score ASA(1) de 3, 4 ou 5 ;
– une durée d’intervention supérieure à un temps T déterminé sur
des centaines de milliers d’interventions ;
– une chirurgie contaminée ou sale.
L’index NNIS (de 0 à 3) est calculé en additionnant les coefficients
correspondant aux variables présentes.
Par exemple, le
risque infectieux en chirurgie propre (classe I) est de 1 % pour un
patient ayant un index NNIS de 0, alors qu’il est de 5,4 % pour un
patient ayant un index NNIS de 2.
La surveillance des ISO par les CDC sur une période allant de 1986
à 1998 révèle que dans la chirurgie des prothèses de hanche, le
risque infectieux moyen est de 0,69 pour un patient qui a un index NNIS égal à 0, mais passe à 1,7 si l’index NNIS est égal à 1, 2 ou 3.
B - PROBLÈMES :
Il est bien évident que la validité des résultats obtenus dépend
étroitement de la compétence du personnel utilisé pour recueillir les
informations et de la qualité de celles-ci.
Les variables utilisées dans
l’index NNIS semblent simples au premier abord.
Le degré de
contamination du site opératoire n’est pas si évident qu’il en a l’air :
rien que pour classer la contamination du site opératoire, on a
montré qu’une équipe chirurgicale évaluait cette contamination avec
une précision de 88 %.
Aucune étude n’a été réalisée sur la
précision des données concernant le score ASA (qui peut être
surestimé), ni sur la durée de l’intervention.
L’index NNIS n’est vraisemblablement pas suffisant pour déterminer
le risque d’une ISO pour tous les types d’interventions chirurgicales.
Il est probable qu’une association de facteurs de risque spécifiques
aux patients qui subissent l’intervention est plus prédictive.
Un
index de risque infectieux adapté à la chirurgie osseuse reste à
déterminer.
Récemment, dans une étude cas-témoin, Berbari et al ont
déterminé les facteurs de risque d’infection après chirurgie prothétique de la hanche ou du genou sur une période de 23 ans à
la Mayo Clinic.
L’analyse multivariée a mis en évidence quatre
facteurs prédictifs d’infection de la prothèse :
– une infection superficielle du site opératoire ;
– un index NNIS de 1 ou de 2 ;
– une néoplasie ;
– des antécédents d’arthroplastie sur la même articulation.
Prévention des infections du site
opératoire et recommandations :
A - SURVEILLANCE :
Haley a montré que le retour de l’information vers les chirurgiens
participant à l’étude avait fait diminuer les ISO de 35 %.
La
surveillance sensibilise les équipes chirurgicales, médicales et
paramédicales ; elle mobilise les moyens, permet d’améliorer
l’hygiène hospitalière et la prise en charge globale du patient.
Le
contrôle de la stérilisation des dispositifs médicaux et leur maintien
dans cet état fait partie intégrante de cette surveillance qui doit être
permanente.
L’établissement de santé doit pouvoir apporter la
preuve du respect strict des données acquises de la science en
matière de stérilisation, d’asepsie et du contrôle de la qualité de
l’environnement (fiches techniques, contrôle de qualité, évaluation
périodique des protocoles).
La surveillance des ISO n’est pas
réservée aux patients subissant une chirurgie propre, mais concerne
également les autres types de chirurgie.
Elle fait partie intégrante de
la lutte contre les infections nosocomiales et ne saurait être négligée.
Elle devrait être effectuée pour tous les patients opérés pendant leur
séjour à l’hôpital mais également après leur sortie, même s’il s’agit
d’une chirurgie ambulatoire.
En chirurgie osseuse, elle doit
s’effectuer à long terme et est difficile à appliquer.
Elle peut être
effectuée directement par le chirurgien ou le personnel de soins
qualifié qui examine la cicatrice, mais également indirectement, à
partir des renseignements provenant du laboratoire de
microbiologie.
Les deux méthodes devraient être associées.
B - PRÉVENTION :
Elle repose sur un ensemble de mesures primordiales mises en
oeuvre avant, pendant et après l’intervention pour réduire la
contamination du site opératoire, minimiser les facteurs locaux
prédisposant à l’infection, adopter les meilleures techniques
chirurgicales et améliorer ou suppléer les mécanismes de défenses
de l’hôte (antibioprophylaxie, par exemple).
C - RECOMMANDATIONS :
Elles reposent sur des constatations scientifiques, des justifications
théoriques et parfois sur la tradition.
Les recommandations des CDC
en 1999 sont réparties en quatre
catégories :
– IA : mesures fortement recommandées et étayées par des études
expérimentales, cliniques ou épidémiologiques bien documentées ;
– IB : mesures fortement recommandées soutenues par quelques
études expérimentales, cliniques ou épidémiologiques ou basées sur
un raisonnement pertinent ;
– II : mesures recommandées soutenues par quelques études
cliniques ou épidémiologiques ou basées sur un raisonnement
théorique ;
– III : pas de recommandation ; problème non résolu : pratique pour
laquelle il n’y a pas de consensus.
Conclusion
:
Beaucoup de travail reste à faire dans la lutte contre les infections
nosocomiales et en particulier contre les ISO.
L’élaboration et la
diffusion de recommandations de bonne pratique d’hygiène,
l’amélioration de la formation en hygiène hospitalière, le renforcement
des dispositifs de lutte contre les infections nosocomiales et la mise en
place d’action de surveillance des ISO comme de maîtrise des
phénomènes de résistance aux antibiotiques doivent mobiliser
l’ensemble du personnel en permanence.
L’ISO est le résultat d’un défaut des systèmes de prévention de
l’infection postopératoire dans la préparation cutanée et générale du
patient à l’intervention, d’une carence dans le respect des règles
d’asepsie au bloc opératoire ou pendant les soins postopératoires, mais
elle peut être aussi liée à une complication postopératoire qu’il n’a pas
été possible d’éviter et qu’il importera peut-être de démontrer devant
une juridiction.
La connaissance des facteurs de risque d’infection
propres à chaque patient doit permettre d’aboutir à une méthodologie de
la prise en charge des patients afin de limiter la survenue des infections
postopératoires ou de celles qui sont secondaires à un foyer infectieux
méconnu.
Le contrat entre le chirurgien et son client comporte pour le praticien
l’engagement de donner au patient des soins attentifs et consciencieux
conformes aux « données acquises de la science » et présentant la
sécurité à laquelle le patient peut légitimement s’attendre.
L’établissement de santé et le médecin sont tenus à une obligation de
moyens en ce qui concerne la sécurité de leurs patients.
Cette sécurité
est assurée par un ensemble de dispositifs, de matériel, de techniques qui doivent être exempts de tout défaut susceptible de créer un danger.
La Cour de cassation a rendu trois arrêts le 29 juin 1999 stipulant que
les établissements de santé ont une obligation de « sécurité de résultat
dont ils ne peuvent se libérer qu’en rapportant la preuve d’une cause
étrangère ».
Les caractéristiques jurisprudentiels de cette « cause
étrangère » laissent présumer que les responsabilités des établissements
privés et des praticiens y exerçant seront engagées dans la majorité des
cas.
Quant à la jurisprudence administrative qui intéresse le secteur
public, le Conseil d’État a précédé la Cour de cassation en ajoutant pour
l’infection nosocomiale, la notion de « responsabilité sans faute ».