Infections bactériennes cutanées superficielles folliculaires et non folliculaires Cours de dermatologie
Introduction
:
La peau est située en première ligne dans la défense vis-à-vis des
infections.
C’est un milieu septique en équilibre comportant une
flore microbienne abondante, avec de grandes variations régionales.
Un déséquilibre de cette flore normale, secondaire à des
modifications quantitatives ou qualitatives, sous l’influence de
facteurs variés (conditions de chaleur, d’humidité, de macération,
plaie ou érosion cutanée, dermatose suintante, antibiothérapie locale
ou générale, déficit immunitaire…), peut permettre l’apparition
d’une infection cutanée, le plus souvent superficielle et d’évolution
favorable spontanément ou avec un traitement adapté.
A - FLORE BACTÉRIENNE CUTANÉE :
1- Flore cutanée en peau saine :
La peau saine est colonisée en permanence par des germes qui
constituent la flore cutanée résidente.
Cette flore normale, parfois
abondante, n’entraîne aucune conséquence clinique, ce qui
correspond à une colonisation.
Parfois, si les conditions s’y prêtent
(immunodépression, effraction cutanée, dermatose suintante), ces
germes peuvent être responsables d’une surinfection cutanée, avec
apparition de signes locaux inflammatoires.
La flore aérobie normale est représentée principalement par des cocci à Gram positif, dont des staphylocoques coagulase négatifs
(Staphylococcus epidermidis, S. capitis, S. hominis…) qui
représentent plus de 50 % de la flore résidente et des microcoques,
des bacilles à Gram positif (Corynebacterium spp. dont C.
minutissimum et Brevibacterium spp.) et des bactéries à Gram
négatif (Acinetobacter spp.).
La flore anaérobie est plus particulièrement présente dans les
follicules pileux (3,8 104 anaérobies/follicule).
Les propionibactéries,
dont Propionibacterium acnes, sont présentes dans les follicules
pilosébacés de l’adulte. Des peptocoques comme Peptococcus
saccharolyticus sont trouvés chez 20 % des sujets sains.
En revanche,
les streptocoques sont absents de la flore cutanée normale, sauf de
façon transitoire autour de la bouche.
Staphylococcus aureus n’est
pas un hôte normal de la flore cutanée résidente, sauf dans certaines
régions : région périnéale (20 % de la population) et fosses nasales
(20 à 40 % de la population).
La flore cutanée normale a un rôle de protection contre les infections
par plusieurs mécanismes : l’interférence bactérienne, la production
d’acides gras, et même par la production d’antibiotiques.
Les espèces bactériennes qui la constituent sont peu pathogènes pour
l’homme, sauf en cas d’effraction cutanée et/ou de déficit
immunitaire.
Les principaux facteurs qualitatifs et quantitatifs de variation de la
flore bactérienne en peau saine sont l’hydratation, l’âge, le sexe, la
quantité de sébum, la densité en follicules pileux, le site, le lavage et
l’application locale d’antiseptiques ou d’antibiotiques.
L’application
de topiques anti-infectieux est assez rapidement suivie de la
reconstitution de la flore normale, mais avec l’apparition d’espèces
résistantes.
2- Flore cutanée en peau pathologique :
La flore cutanée en peau pathologique est colonisée par les
constituants de la flore cutanée normale et par d’autres germes (S.
aureus, P. aeruginosa, entérocoque, entérobactéries) qui peuvent
ensuite créer une surinfection cutanée bactérienne.
Dans la dermatite atopique, le staphylocoque doré est présent dans
70 % des lésions d’eczéma (et ce d’autant plus que la dermatose est
profuse), et dans 42 % des prélèvements réalisés en peau
apparemment saine, contre 5 % de prélèvements positifs pour S.
aureus chez des témoins.
Goodyear et al en 1993 ont trouvé des
chiffres voisins dans une population de 50 enfants âgés de 6 mois à
14 ans atteints de dermatite atopique : 74 % en peau lésée, contre
30 % en peau saine.
Les plaies chroniques, en particulier les ulcères de jambe, sont
colonisées par des germes (S. aureus et P. aeruginosa dans 43 et 42 %
des cas respectivement).
B - PRINCIPES DU TRAITEMENT
:
Le traitement par antiseptiques est souvent appliqué en pratique
courante, aussi bien dans les infections cutanées superficielles
primitives que dans les surinfections des grandes dermatoses
suintantes pour réduire temporairement la flore pathogène, sans que
de telles habitudes aient été réellement évaluées.
Au cours des
infections superficielles telles que l’impétigo, aucune étude
convaincante n’a démontré l’efficacité des antiseptiques.
Dans la
pratique quotidienne, l’application d’antiseptiques ne semble
suffisante et justifiée qu’en cas d’infection localisée.
Ils doivent
être adaptés aux germes en cause, bien tolérés et pas trop
sensibilisants : la chlorhexidine et la povidone iodée remplissent ces
critères.
Dans les autres cas, le traitement antibiotique
est justifié, mais la voie d’administration reste débattue.
Les avantages de la voie locale sont évidents :
application directe du principe actif sur sa cible, en minimisant le
risque d’effets secondaires systémiques.
Mais les inconvénients
existent. Le premier problème majeur est le développement de
résistances lorsque le médicament est administré par voie topique.
Ce phénomène, bien connu avec les aminosides, alors que cette
famille est très utile par voie parentérale dans les infections sévères,
est aussi démontré avec les antibiotiques locaux utilisés dans l’acné
qui favorisent le développement de souches résistantes de
staphylocoques coagulase négatifs.
Le deuxième problème est la
fréquence de la sensibilisation par voie topique aux antibiotiques
locaux.
Ainsi, selon les séries et les pathologies, on trouve de 5 à
30 % de malades sensibilisés à la néomycine et à un moindre degré
aux autres aminosides, mais aussi à la bacitracine (20 % de la
série de Zaki).
Les autres antibiotiques locaux, y compris la mupirocine, sont également responsables d’eczémas de contact mais
avec une moindre fréquence.
Il existe de plus un risque d’allergie de
groupe, en particulier avec les aminosides (gentamicine, kanamycine, etc), qui peut poser problème lors de l’administration
par voie générale d’un antibiotique du même groupe.
Ceci souligne le fait que les antibiotiques locaux doivent être
utilisés à bon escient, car ils rendent de réels services dans le
traitement de certaines infections primitives de la peau.
Infections bactériennes folliculaires :
Le follicule pilosébacé, structure distribuée ubiquitairement sur le
tégument (sauf paumes, plantes et régions semi-muqueuses), a une
flore microbienne normale abondante constituée de bactéries
aérobies mais aussi en profondeur d’anaérobies (à la différence des
zones non folliculaires), de champignons (Pityrosporum) et de
parasites (Demodex).
Un déséquilibre de cette flore, favorisé par
l’immunodépression, contribue à l’apparition de folliculites à partir
de ces germes saprophytes (Micrococcus, Pityrosporum, Demodex).
Chez le sujet immunocompétent, la plupart des infections sont dues
à des germes pathogènes, en premier lieu S. aureus.
A - INFECTIONS FOLLICULAIRES STAPHYLOCOCCIQUES :
FOLLICULITES, FURONCLES, ANTHRAX
:
Ce sont des situations très fréquentes.
Le germe en cause est S.
aureus.
1- Clinique
:
Les folliculites sont fréquentes sur le visage, avec une localisation
particulière au bord libre des paupières (orgelets), les cuisses, les
fesses, le tronc.
La lésion est le plus souvent très superficielle,
restreinte à l’ostium folliculaire (ostiofolliculite).
Parfois, elle gagne
la partie profonde du follicule entraînant une réaction inflammatoire
dermique (folliculite profonde).
Lorsque survient une nécrose
totale du follicule pilosébacé et du derme avoisinant, secondaire à la
production d’une toxine, il s’agit d’un furoncle.
Enfin, l’anthrax est
défini par l’infection profonde et confluante de plusieurs follicules
pilosébacés, aboutissant à la formation d’un placard inflammatoire
qui, secondairement, suppure à la peau par les ostiums folliculaires.
Il existe des facteurs favorisant la survenue des lésions et qui sont
également des facteurs de gravité : diabète, traitement
immunosuppresseur, corticothérapie locale ou générale, déficit
immunitaire.
Dans certaines localisations particulières (cuir chevelu avec la
folliculite décalvante de Quinquaud, et barbe avec le sycosis
staphylococcique), l’évolution est parfois chronique, atrophiante,
cicatricielle, entraînant une alopécie.
2- Physiopathologie :
L’aspect clinique des infections folliculaires à S. aureus est très varié.
Ceci est expliqué par la sécrétion de toxines par certaines souches
de staphylocoques, parmi lesquelles la leucocidine Panton-Valentine (LPV).
Ainsi, il a été montré que cette toxine était sécrétée par
la moitié des souches isolées à partir d’infections nécrosantes (11 sur
22) comme les furoncles et abcès, alors qu’elle n’était sécrétée qu’une
fois sur 22 par des souches isolées à partir de dermatoses
surinfectées.
Dans une deuxième étude prospective, 86 % des
staphylocoques isolés à partir d’infections primitives superficielles
de la peau étaient sécréteurs de LPV.
L’injection de cette toxine
au lapin provoque des lésions cliniques et histologiques de nécrose.
3- Traitement
:
* Furoncle :
Lors d’une première poussée sans signe de gravité, le traitement doit
être simple : hygiène, recommandations usuelles de ne pas
manipuler les lésions, utilisation d’un antiseptique local
(chlorhexidine, povidone iodée, hexamidine).
En cas de lésion centrofaciale, ou en cas d’extension de la lésion et/ou de la survenue
de fièvre, l’antibiothérapie orale (pénicilline M orale, pristinamycine,
acide fusidique) est justifiée.
Dans certains cas, les folliculites sont favorisées par des
traumatismes itératifs : rasage de la barbe ou épilations.
Des conseils
(port de la barbe, ou rasage après avoir humidifié la peau pendant
quelques minutes avec de l’eau bien chaude et changement régulier
du rasoir) et l’application d’une solution antiseptique, permettent
de diminuer la fréquence et l’intensité des poussées.
Ces folliculites
du rasage sont à différencier des pseudofolliculites dues aux pili
incarnati, fréquentes dans la population noire.
* Furonculose chronique :
Le traitement des poussées récidivantes et étendues est difficile et
passe par la désinfection des gîtes staphylococciques,
essentiellement avec l’acide fusidique (Fucidinet crème ou
pommade) ou la mupirocine (Bactrobant, Mupidermt).
Ces
antibiotiques locaux permettent effectivement de réduire le portage
nasal (dans près de 100 % des cas), mais la recolonisation est rapide
après l’arrêt de l’antibiothérapie, même si elle est moins rapide avec
la mupirocine.
Les autres antibiotiques topiques ne sont pas
indiqués, soit en raison de leur manque d’efficacité, soit en raison
de leurs effets secondaires.
L’antibiothérapie orale courte (7 à 10 jours) n’a pas d’indication
systématique.
Elle est proposée dans plusieurs cas :
– les lésions périnarinaires pour éviter l’extension et l’apparition
d’une staphylococcie maligne de la face ;
– le traitement d’un anthrax ;
– les lésions récidivantes.
Les antibiotiques utilisables sont les pénicillines du groupe M
comme la cloxacilline (Orbéninet) ou l’oxacilline (Bristopent) 2 g/j,
l’acide fusidique (Fucidinet) 1 à 1,5 g/j, ou la pristinamycine
(Pyostacinet) 2 g/j.
En cas d’échec ou de recolonisation rapide,
l’association de la cloxacilline 1 g/j à la rifampicine 600 mg/j peut
être proposée.
B - FOLLICULITES À PYOCYANIQUE
:
Il s’agit d’une infection des follicules pilosébacés par P. aeruginosa
le plus souvent de sérotype 0 : 11, mais aussi 0 : 3 et 0 : 16.
Trois indices orientent vers la responsabilité du pyocyanique :
– la notion de la fréquentation d’une piscine, de bains à remous ou
sous pression, de saunas, ou la pratique de la plongée
sous-marine ;
– la topographie particulière des lésions (maillot de bain, parties
latérales du tronc, creux axillaires) ;
– l’épilation à la cire.
Le délai entre la contamination et l’apparition des lésions est de
quelques heures à 3 jours.
Cette affection touche habituellement
plusieurs personnes à la fois ayant fréquenté la même piscine ou le
même bain à remous peu de temps auparavant.
Mais des cas ont
été décrits par contamination dans la baignoire familiale chez des
enfants à partir des jouets.
En dehors de la peau, les conjonctives
oculaires et les conduits auditifs externes peuvent être atteints.
Chez l’immunodéprimé, les lésions peuvent évoluer vers un
ecthyma gangrenosum.
En revanche, l’infection est
habituellement peu sévère et spontanément résolutive sans
traitement chez les sujets immunocompétents, avec toutefois parfois
la survenue de cicatrices.
On peut tenter d’accélérer la guérison
par l’application locale d’un antiseptique (povidone iodée ou
chlorhexidine) ou d’un antibiotique actif sur le pyocyanique comme
la sulfadiazine argentique (Sicazinet, Flammazinet).
Certains ont
employé des antibiotiques topiques de la famille des aminosides
(mais pas la néomycine qui est inactive sur P. aeruginosa).
La
prévention des récidives consiste à éviter les bains chauds et
tourbillonnants (l’oxygénation et le chauffage de l’eau favorisent la
croissance de P. aeruginosa), à augmenter la concentration de chlore
dans les piscines familiales.
Dans les cas consécutifs aux épilations,
il faut réduire la contamination à partir des gants et éponges
synthétiques ou naturelles par le séchage ou la décontamination
par de l’hypochlorite de sodium à 10 %.
Les mêmes mesures
doivent être adoptées pour les jouets utilisés pour le bain.
C
- FOLLICULITES À AUTRES BACTÉRIES À GRAM NÉGATIF
:
Il s’agit de pustules du visage, disposées préférentiellement dans les
régions périnasale et péribuccale, parfois associées à des nodules et
des kystes, pratiquement toujours chez un malade acnéique ou
atteint d’une rosacée.
Les germes en cause sont variés : Enterobacter, Klebsiella, Escherichia coli, Proteus mirabilis,
Salmonella, Citrobacter.
Une antibiothérapie locale ou orale
prolongée par tétracycline (comme cela est souvent le cas dans
l’acné) est probablement un facteur favorisant.
Le traitement
comporte une antisepsie (chlorhexidine ou povidone iodée), une
antibiothérapie orale adaptée au germe en cause (association
amoxicilline-acide clavulanique) et une désinfection des gîtes
narinaires par sulfadiazine argentique.
L’autre alternative, dans les
formes sévères, est l’emploi d’isotrétinoïne orale (avec un schéma
analogue à celui de l’acné).
D - TRICHOBACTÉRIOSE (OU TRICHOMYCOSE)
:
C’est une infection bénigne de la gaine pilaire par différentes corynébactéries, localisée principalement aux creux axillaires mais
parfois au pubis et dans la barbe, donnant un aspect épaissi,
nodulaire, à la gaine pilaire.
Les lésions peuvent avoir une coloration
jaunâtre, rougeâtre ou encore grisâtre et avoir une fluorescence jaune
pâle en lumière ultraviolette.
Elles peuvent être associées à une
odeur désagréable. Cette affection serait plus fréquente chez les
sujets ayant une hygiène rudimentaire, sans preuve convaincante.
Le traitement est basé sur une hygiène plus rigoureuse, des
antiseptiques moussants (par exemple le triclocarban : Septivont,
Solubactert) ou des imidazolés locaux (par exemple Pevarylt,
Daktarint) et le rasage.
Infections bactériennes
non folliculaires :
A - PANARIS :
C’est une infection digitale survenant 2 à 3 jours après l’inoculation
souvent post-traumatique de S. aureus.
La lésion est érythémateuse
et douloureuse.
Elle peut siéger sur la phalange distale
immédiatement autour de l’ongle mais aussi sur la pulpe ou
plus rarement sur les phalanges proximales.
Si la lésion n’est pas
traitée, elle évolue vers la fistulisation, et parfois s’étend aux tissus
voisins (cellulite, phlegmon des fléchisseurs, ostéite ou arthrite).
Le traitement, au stade débutant, comporte des soins locaux
antiseptiques (chlorhexidine, hexamidine, povidone iodée) et une
antibiothérapie orale antistaphylococcique : pristinamycine
(Pyostacinet), acide fusidique (Fucidinet), cloxacilline (Orbéninet)
ou oxacilline (Bristopent).
Dès que la lésion est fluctuante ou qu’il
existe des signes d’extension, l’excision chirurgicale s’impose.
B - IMPÉTIGO :
C’est une infection hautement contagieuse évoluant souvent par
petites épidémies dans les crèches et les écoles maternelles mais
survenant aussi chez les adultes. Les lésions sont de deux types :
– des bulles flasques en peau saine (toujours staphylococciques) ;
– des lésions érythémateuses, vésiculeuses puis pustuleuses et
croûteuses (d’origine streptococcique ou staphylococcique).
Les lésions ont tendance à s’étendre rapidement dans un premier
temps, mais le plus souvent régressent, même en l’absence de
traitement, en 3 semaines.
La distribution des lésions est ubiquitaire,
mais les lésions sont plus fréquentes au visage et aux extrémités et
sont favorisées par les traumatismes, par une dermatose
préexistante, par une hygiène déficiente. Une recrudescence
saisonnière est observée à la fin de l’été.
Les signes
d’accompagnement sont souvent minimes : fébricule, adénopathies,
prurit modéré.
L’histologie, rarement nécessaire, montre une pustule sous cornée.
Le diagnostic bactériologique peut être obtenu par écouvillonnage.
Il n’est pas utile en pratique courante.
Les germes en cause sont soit
des streptocoques (surtout du groupe A mais aussi des groupes B, C
et G), soit des staphylocoques dorés, soit l’association des deux.
Les lésions bulleuses sont secondaires à la production d’une toxine
exfoliante par certaines souches de staphylocoques.
L’injection au
souriceau de souches de staphylocoques isolés à partir d’impétigo
bulleux, producteurs de cette toxine, produit des lésions analogues
à celles observées dans le syndrome d’épidermolyse toxique
staphylococcique (staphylococcal scaled skin syndrome [SSSS]).
Il existe des formes bulleuses extensives d’impétigo qui
réalisent un tableau très proche du SSSS.
Les complications de l’impétigo sont rares en regard de la fréquence
de la maladie, sans doute grâce aux traitements antibiotiques.
Il
s’agit d’infections cutanées extensives, de lymphangites, de
cellulites, d’ostéoarthrites, de glomérulonéphrites aiguës
postinfectieuses (secondaires à certaines souches de streptocoques
de sérotype M 2, 49, 53, 55-57 et 60), de septicémies, de salpingites.
Il a également été rapporté des cas de scarlatine et de psoriasis aigu
en gouttes.
Le traitement de l’impétigo reste controversé : traitement local ou
oral ?
Les formes localisées évoluent souvent favorablement
spontanément ou avec des antiseptiques (chlorhexidine, povidone
iodée, hexamidine), voire le peroxyde de benzoyle.
En revanche,
de nombreuses études ont montré l’intérêt des antibiotiques locaux.
La mupirocine (Bactrobant, Mupidermt) et l’acide fusidique en
application locale (Fucidinet pommade) ont une efficacité voisine
(97 % de guérison clinique dans le groupe Bactrobant, 93 % dans le
groupe Fucidinet avec une guérison bactériologique de 93 % versus
89 %).
La mupirocine permet une guérison clinique et
bactériologique dans les cas secondaires à des souches de S. aureus
comme dans les cas secondaires aux streptocoques et elle serait aussi
efficace que les antibiotiques oraux (érythromycine, cloxacilline,
flucloxacilline).
Dans une autre étude, la mupirocine était aussi
efficace que la flucloxacilline orale (guérison dans les trois quarts
des cas) mais supérieure à l’érythromycine (guérison dans moins de
la moitié des cas).
Toutefois, son emploi dans les formes très
profuses est peu pratique et son efficacité est peut-être inférieure à
celle de l’antibiothérapie orale.
En cas d’échec du traitement local, ou de formes d’emblée diffuses,
ou de facteurs aggravants (immunodéficit en particulier), une
antibiothérapie orale est indiquée. Elle doit être efficace sur les
germes en cause.
En Europe, contrairement à ce qui est observé aux
États-Unis, le germe le plus fréquemment responsable de l’impétigo
est S. aureus.
La pénicilline V et l’érythromycine ne sont pas
constamment efficaces sur les souches S. aureus isolées à partir de
prélèvements cutanés réalisés sur des lésions d’impétigo (près de
30 % de résistance pour l’érythromycine et 50 % pour la pénicilline
V).
Il faut préférer la cloxacilline (Orbéninet) ou l’oxacilline
(Bristopent), la pristinamycine (Pyostacinet), ou encore l’acide
fusidique (Fucidinet).
Les résultats en termes d’efficacité (entre 90
et 100 % de guérison) sont globalement identiques.
C - SYNDROME DES ENFANTS ÉBOUILLANTÉS
OU « STAPHYLOCOCCAL SCALED SKIN SYNDROME »
:
Les lésions cutanées sont de grandes érosions superficielles diffuses
survenant sur un exanthème diffus parfois discret.
Elles
surviennent chez de jeunes enfants (61 % ont moins de 2 ans), qui
ont un foyer infectieux staphylococcique le plus souvent cutané,
parfois oto-rhino-laryngologique, oculaire ou profond. Les
formes de l’adulte sont très rares, et surviennent chez des
insuffisants rénaux et/ou immunodéprimés.
Le prélèvement local
des lésions érosives ne montre pas de staphylocoque doré.
Le
principal diagnostic différentiel est le syndrome de nécrolyse
épidermique toxique (syndrome de Lyell), d’origine
médicamenteuse.
Les lésions cutanées sont dues à la sécrétion d’une
toxine exfoliante (exfoliatine ou épidermolysine) par certains
staphylocoques dorés (S. aureus phage groupe II type 71 dans 60 %
des cas, mais aussi groupe 3A, 3B, 3C et 55).
Ces souches peuvent
être responsables d’impétigo bulleux comme de SSSS.
La toxine
entraîne un clivage interkératinocytaire superficiel (principalement
dans la couche granuleuse).
Les cas observés chez le grand enfant et
l’adulte sont exceptionnels, sauf immunodépression et/ou
insuffisance rénale.
La toxine est en effet normalement éliminée par
voie urinaire, et la fréquence des cas chez les jeunes enfants est
considérée comme secondaire à l’immaturité de la filtration rénale.
L’examen histologique pratiqué lorsque l’on hésite avec un syndrome de Lyell toxique permet de montrer ce clivage superficiel,
alors que l’épiderme est totalement nécrosé dans le syndrome de
Lyell toxique.
L’évolution est habituellement bénigne, sans cicatrice grâce à des
soins locaux par des bains antiseptiques visant à prévenir une
surinfection, et une antibiothérapie orale ou intraveineuse antistaphylococcique (pénicilline M, pristinamycine ou acide
fusidique) pendant 7 à 10 jours.
D - ECTHYMA STREPTOCOCCIQUE
:
C’est une forme profonde d’impétigo qui aboutit à la formation
d’une ulcération et qui guérit en laissant une cicatrice.
L’immunodépression, quelle qu’en soit la cause (diabète,
chimiothérapie anticancéreuse, infection par le virus de
l’immunodéficience humaine [VIH]...) est un facteur favorisant.
Le
germe en cause est Streptococcus pyogenes.
Le traitement par
antibiothérapie locale, en particulier la mupirocine, est efficace,
mais une antibiothérapie orale par pénicilline V (Oracillinet,
Ospent) ou par érythromycine est préférable, pour tenter
d’éradiquer le streptocoque et de prévenir les complications
post-streptococciques.
E - ECTHYMA GANGRENOSUM :
Il est caractérisé par des ulcérations nécrotiques entourées d’un halo
inflammatoire.
La plupart des lésions siègent dans la région périanale, périgénitale, et dans les creux axillaires.
Elles surviennent
en règle générale chez des immunodéprimés : chimiothérapie aplasiante, infection par le VIH, neutropénie ou déficit fonctionnel
des polynucléaires neutrophiles, agammaglobulinémie.
Les
hémocultures et/ou le prélèvement local permettent d’isoler le
germe en cause qui est toujours un P. aeruginosa.
C’est une
infection sévère, potentiellement mortelle.
Le traitement nécessite
une antibiothérapie parentérale adaptée au germe et à
l’antibiogramme (céphalosporine de troisième génération, fluoroquinolones), parfois associée aux facteurs de croissance des
polynucléaires neutrophiles.
F - ANITE STREPTOCOCCIQUE
:
Il s’agit d’un érythème rouge vif, bien limité, périanal, le plus
souvent prurigineux, associé dans la moitié des cas à des douleurs
rectales et dans un tiers des cas à l’émission de sang avec les
selles.
Cette maladie survient le plus souvent chez de jeunes
enfants, avec prépondérance masculine (trois cas sur quatre
surviennent chez les garçons).
Les cas survenant chez les adultes
sont probablement sous-estimés.
Le germe en cause est un
streptocoque A, même si un cas pédiatrique a été rapporté comme
étant secondaire à un S. aureus.
Le traitement habituel est une
antibiothérapie orale par pénicilline V ou érythromycine.
G - ÉRYTHRASMA :
C’est une infection bénigne des plis inguinaux, axillaires, sousmammaires
ou interorteils.
La peau est de coloration rougeâtre à
brunâtre, avec un aspect finement squameux.
En lumière
ultraviolette, elle prend une teinte rouge corail caractéristique.
Le
germe en cause est Corynebacterium minutissimum.
On peut le
trouver en peau saine, sans aucun signe d’érythrasma chez un tiers
de la population.
Le diagnostic différentiel est le pityriasis versicolor, le psoriasis inversé et les intertrigos candidosiques.
Le
traitement par imidazolé local (par exemple miconazole ou
Daktarint) est efficace.
Des alternatives thérapeutiques existent :
antibiothérapie locale par acide fusidique ou orale par
érythromycine.
Une étude a comparé ces deux derniers traitements
au placebo en double aveugle.
Le taux de guérison est de 87 % dans
le groupe Fucidinet, de 77 % dans le groupe érythromycine
(différence entre les deux traitements non significative) et de 42 %
dans le groupe placebo (p = 0,01).
H - KÉRATOLYSE PONCTUÉE :
De multiples dépressions punctiformes, parfois coalescentes pour
former des érosions superficielles, sont fréquemment trouvées à
l’examen des plantes de pieds, en particulier chez les sujets ayant
une hyperhidrose, ou se plaignant d’odeurs désagréables.
Des
lésions assez semblables peuvent se rencontrer aux paumes.
Histologiquement, des bactéries sont présentes au sein du stratum corneum.
Des corynébactéries ou des souches de Micrococcus
sedentarius ont été isolées en culture. Ces germes, inoculés à des
sujets sains, reproduisent la dermatose.
Le traitement par
antibiotiques locaux (clindamycine, érythromycine), ou oraux
(érythromycine), ou imidazolés topiques (clotrimazole, miconazole),
est efficace.
I - INTERTRIGO INTERORTEILS À BACTÉRIES
À GRAM NÉGATIF
:
La flore bactérienne normale des espaces situés entre les orteils
comporte certaines bactéries à Gram négatif, en particulier P. aeruginosa.
Un déséquilibre de la flore, favorisé par l’humidité, par
une infection primitive de la peau par un dermatophyte, est
susceptible de favoriser l’émergence d’une infection à pyocyanique
qui se manifeste de façon brutale par la survenue d’un intertrigo
douloureux, érosif, suintant, malodorant, recouvert de sérosités
verdâtres.
Le prélèvement microbiologique met en évidence P. aeruginosa, parfois Proteus mirabilis, mais aussi dans 30 % des cas
un dermatophyte.
Le rôle favorisant de l’infection préalable par un dermatophyte est expliqué par plusieurs mécanismes : altération de
la couche cornée, sécrétion par certains dermatophytes
d’antibiotiques qui exercent au cours du temps une pression de
sélection favorable à la croissance des bactéries à Gram négatif qui
se multiplient, sécrètent des enzymes protéolytiques responsables
des érosions douloureuses. P. aeruginosa sécrète lui-même des
substances inhibant la croissance des dermatophytes.
Le traitement
local est habituellement suffisant avec des antiseptiques actifs sur les bacilles à Gram négatif (chlorhexidine, povidone iodée) associés
à des antibiotiques locaux comme la sulfadiazine argentique
(Sicazinet, Flammazinet).
Surinfections cutanées bactériennes
:
Elles se manifestent par des signes inflammatoires locaux liés à la
destruction tissulaire par les bactéries et la réaction inflammatoire
qu’elles provoquent, éventuellement associés à des signes régionaux
avec des adénopathies ou de la fièvre.
Cette situation est finalement
assez rare et l’on observe le plus souvent une simple colonisation,
c’est-à-dire une multiplication des germes en surface car les
conditions de culture sont devenues favorables grâce au suintement.
Cette augmentation du nombre des bactéries entraîne l’apparition
de pus et de croûtes.
Les germes en cause sont habituellement le
staphylocoque doré et les streptocoques. Faut-il pour autant traiter ?
Stalder et al ont bien montré que le traitement par
dermocorticoïdes de la dermatite atopique réduisait de façon
parallèle les lésions de dermatite atopique et le nombre de colonies
de S. aureus.
L’application d’antiseptiques n’accélère donc pas la
guérison dans la dermatite atopique.
En revanche, les antiseptiques
préviennent peut-être les surinfections cutanées dans les grandes
dermatoses érosives ou bulleuses, et c’est pourquoi il est licite de les
prescrire dans cette indication.
Dans les ulcères de jambes, la colonisation bactérienne inquiète,
souvent à tort.
De nombreux antibiotiques (et antiseptiques)
topiques ont été utilisés.
Certains d’entre eux sont pourtant toxiques
vis-à-vis des cellules participant à la cicatrisation.
D’autre part, la
prescription d’antibiotiques s’accompagne de l’apparition de
souches résistantes : 50 % de S. aureus résistants à l’oxacilline et 36 %
de P. aeruginosa résistants à la ciprofloxacine, contre 25 et 9 %
respectivement 4 ans auparavant.
En dehors de signes patents
d’infection locale qui peuvent être améliorés par un traitement local
comme la sulfadiazine, les antibiotiques locaux n’ont pas d’intérêt,
et sont très souvent responsables d’eczéma de contact car appliqués
sur une ulcération, sous pansement occlusif, pendant une période
prolongée, ce qui favorise la pénétration et donc potentialise la
sensibilisation au topique appliqué.