L’orientation diagnostique dépend beaucoup du contexte.
On aborde différemment
une incontinence urinaire chez la femme, chez l’enfant, chez l’homme et
chez le neurologique.
C’est ce plan que nous adopterons après avoir rappelé
quelques notions élémentaires de séméiologie.
Séméiologie
:
L’interrogatoire joue un rôle essentiel.
Connaître la définition des symptômes
ne suffit pas ; il faut savoir poser la bonne question et bien interpréter la réponse.
Les examens complémentaires, notamment urodynamiques, viennent après.
Incontinence urinaire chez la femme
:
On distingue habituellement deux types d’incontinence : l’incontinence à l’effort
et l’incontinence par impériosité.
Cette distinction, justifiée au plan des
mécanismes physiopathologiques, ne peut être établie qu’au terme d’un bilan
clinique et éventuellement urodynamique, conduit sans a priori.
1- Interrogatoire
:
Il faut d’abord s’enquérir de l’ancienneté de l’incontinence, de son évolution,
des différents traitements médicaux ou chirurgicaux dont elle a pu faire l’objet.
Il faut également préciser les antécédents gynécologiques, obstétricaux et urologiques.
Après cette enquête anamnestique, il faut faire porter l’interrogatoire
sur l’abondance des fuites, le moment où elles se produisent [le jour et (ou) la
nuit], les circonstances qui les provoquent, les symptômes associés.
• L’abondance des fuites est une notion très subjective, qu’on peut essayer de
préciser par les questions suivantes :
– de manière habituelle, devez-vous porter une protection, et de quelle nature
(couche, garniture, protège-slip).
– la portez-vous en permanence ou occasionnellement ?
Plutôt par précaution ou
plutôt par nécessité ?
– devez-vous la changer plusieurs fois par jour ?
Est-elle seulement humide ou
franchement mouillée ?
• Les circonstances qui provoquent la fuite orientent vers le mécanisme de l’incontinence
:
– les fuites à l’effort surviennent inopinément, sans besoin préalable lors des efforts
qui augmentent la pression abdominale : toux, rire, marche rapide ou course, porte
de charges, passage en orthostatisme.
Elles ne surviennent habituellement que le
jour, bien que certaines « tousseuses » puissent aussi perdre la nuit ;
– les fuites par impériosité sont caractérisées par l’impossibilité de retenir les urines
lors d’un besoin urgent, soudain et persistant, malgré la contraction volontaire du
sphincter strié.
Il arrive souvent que le besoin soit déclenché par l'audition ou le
contact de l’eau, l’exposition au froid ; ces « instabilités sensorielles » réalisent un
véritable « réflexe cortical » organisé dans les centres cérébraux.
Plus rarement le
besoin survient comme un véritable réflexe conditionné, par exemple le retour au
domicile, et plus précisément l’introduction de la clé dans la serrure ;
– l’urination réalise une miction complète, que la patiente est incapable d’endiguer.
Ces mictions involontaires lorsqu’elles surviennent régulièrement doivent
faire rechercher un trouble neurologique médullaire ou encéphalique (EEG, scanner
crânien). Mais d’une façon beaucoup plus banale, c’est ce type d’incontinence
qui accompagne les paroxysmes émotionnels, tels que la frayeur, l’angoisse,
la colère, et surtout chez la femme le fou rire (quand elle est jeune fille),
et l’orgasme (quand elle ne l’est plus tout à fait) ;
– les pertes d’urines permanentes, réalisant un écoulement indépendant de tout
besoin, de tout effort, survenant aussi bien la nuit que le jour, évoquent avant
tout une fistule uro-vaginale ou une affection neurologique.
Mais, en dehors de
ce contexte, certaines insuffisances sphinctériennes majeures peuvent réaliser ce
type d’incontinence.
• Symptômes fonctionnels associés :
– la pollakiurie peut être l’expression d’une instabilité vésicale qui s’inscrira sur
la cystomanométrie sous forme de contractions désinhibées.
Plus souvent chez
la femme incontinente, la pollakiurie est devenue une habitude destinée à prévenir
la fuite.
Il s’agit donc le plus souvent d’une pollakiurie psychogène ;
– la dysurie est un symptôme rarement avoué spontanément car il est peu gênant ;
il faut donc interroger la femme sur ce sujet et préciser si cette dysurie s’aggrave
en fin d’après-midi ou disparaît au repos, ce qui suggère le rôle d’un prolapsus ;
– les brûlures mictionnelles, les épisodes de cystite ou de cystalgie, actuels ou
anciens, les impressions permanentes de prurit ou de brûlures vulvaires, doivent
être précisées par l’interrogatoire.
2- Examen clinique
:
La patiente doit être examinée d’abord en position gynécologique puis debout.
• L’observation des fuites n’est possible qu’à vessie pleine, la patiente étant en
position gynécologique.
On lui demande de tousser, de manière répétitive, car
ce n’est parfois qu’après plusieurs accès de toux qu’on voit jaillir du méat urétral
un jet plus ou moins puissant.
Rarement ce jet se prolonge en une véritable
petite miction évoquant une contraction vésicale induite par la toux.
Plusieurs
manoeuvres ont été décrites pour étudier l’effet du « repositionnement » du col
vésical dans l’enceinte abdominale.
La plus connue est la manoeuvre de Bonney qui
consiste à remonter le cul-de-sac vaginal antérieur au moyen de 2
doigts vaginaux, sans comprimer l’urètre ni le col.
Cette manoeuvre est dite positive
lorsqu’elle supprime les fuites à la toux.
• L’examen gynécologique commence par l’inspection de la vulve, fermée ou spontanément
béante, évaluant au passage la trophicité de la muqueuse vulvo-vaginale.
L’effort de poussée peut faire apparaître les éléments d’un prolapsus pelvien antérieur,
postérieur ou mixte qu’il faudra analyser et quantifier par la manoeuvre des
valves.
Sa présence peut empêcher l’extériorisation des fuites urinaires qu’il
faut donc rechercher à nouveau, en faisant tousser la patiente, après réintégration
du prolapsus.
Ces incontinences masquées, particulièrement fréquentes chez la
femme âgée, doivent être dépistées avant tout traitement du prolapsus.
• Par le toucher vaginal on apprécie la sensibilité de l’urètre, l’état de la cavité
vaginale, de l’utérus et des annexes et la qualité de la musculature abdominale.
Ce testing musculaire est fait avec deux doigts intravaginaux recourbés en crochets
pour prendre contact avec la sangle des releveurs ; on demande à la patiente de
faire un effort de retenue, en imaginant par exemple qu’elle se retient d’uriner ou
de lâcher un gaz.
Le résultat est coté de 0 à 5, depuis l’absence de contraction perceptible
jusqu’à la contraction vigoureuse, soutenue, et plusieurs fois répétable.
• Enfin, chez les femmes précédemment opérées, il faut, si la symptomatologie
est insolite, s’acharner à rechercher une fistule vaginale, sans tenir compte aveuglément
des conclusions d’un précédent examinateur.
• Le reste de l’examen clinique doit explorer, comme au cours de toute consultation uro-gynécologique :
– le méat urétral et l’urètre, par l’explorateur à boule, surtout en cas de cystites
ou de dysurie ;
– la sensibilité périnéale et les réflexes (anal, clitorido-anal, achilléens), si l’on
a un doute sur une atteinte neurologique.
• Éventuellement, un examen cyto-bactériologique des urines, des frottis vaginaux,
une cystoscopie termineront ce bilan clinique.
3- Examens complémentaires
:
En général l’interrogatoire et l’examen clinique suffisent pour distinguer une
incontinence à l’effort ou par impériosité, ces deux mécanismes pouvant être
associés dans les incontinences mixtes.
Le but des examens complémentaires
est d’aller au-delà, en précisant des données cliniquement inaccessibles.
• Les examens radiologiques ont perdu un peu de leur intérêt.
L’urétrographie
mictionnelle ou à chaînette qui recherchait des anomalies de positionnement du
col, a été supplantée par l’échographie, dont les résultats ne sont pas encore validés.
Le colpocystogramme n’est plus guère utilisé que pour analyser les prolapsus
complexes et (ou) récidivés.
• La place des examens urodynamiques est encore controversée.
Beaucoup l’utilisent
encore pour confirmer ou (plus souvent) infirmer le diagnostic d’une instabilité
vésicale et (ou) urétrale, soupçonnée cliniquement.
En fait, en cas d’instabilité,
l’apport de l’urodynamique est de préciser le mécanisme de la fuite
puisque au même symptôme clinique peuvent correspondre des conditions urodynamiquement
différentes, les unes caractérisées par de très fortes contractions
vésicales avec une réponse sphinctérienne excellente, les autres, plus fréquentes,
par des contractions vésicales faibles avec une réponse sphinctérienne nulle.
En
matière d’incontinence à l’effort, le but de l’examen urodynamique est de dépister
l’insuffisance sphinctérienne qui a une signification très péjorative quant à
l’efficacité de la chirurgie.
Incontinence urinaire chez l’enfant
:
Chez l’enfant, l’incontinence urinaire est essentiellement un retard d’acquisition
des mécanismes de continence, ce qui veut dire qu’elle disparaîtra le plus souvent
spontanément.
Elle peut s’exprimer sous la forme d’une énurésie ou d’une
immaturité vésicale.
1- Interrogatoire
:
• L’interrogatoire de l’enfant et de ses parents précise la nature des symptômes,
qui permet, en général, de distinguer l’énurésie et l’immaturité vésicale :
– l’énurésie caractérise uniquement les mictions involontaires pendant le sommeil,
qui peuvent se produire plus ou moins souvent dans la semaine.
On oppose
habituellement l’énurésie primaire qui a toujours existé, à l’énurésie secondaire
où l’enfant a pu être propre pendant au moins 6 mois consécutifs ;
– l’immaturité vésicale est caractérisée par des besoins fréquents et impérieux
qui obligent l’enfant à se retenir désespérément en serrant les genoux, les poings
enfoncés sous le pubis, ou en s’accroupissant (squatting).
À l’école il ne peut
attendre la récréation, et quand il ne dispose pas d’une maîtresse compréhensive,
il revient le soir avec la culotte mouillée. Le plus souvent, mais non constamment,
est associée une énurésie.
• Ce temps de l’interrogatoire est aussi un temps d’observation.
Avec l’enfant
il est préférable de ne pas aborder d’emblée son problème, mais bavarder avec
lui pour le mettre en confiance, ce qui permettra de noter un retard de langage,
une succion du pouce, des tics, des phobies, un rejet de l’école…
On lui demande
ensuite s’il sait la raison de sa visite et s’il est d’accord pour coopérer.
Aux
parents il faut demander des précisions sur la nature des fuites urinaires, l’évolution
et les traitements suivis, les antécédents familiaux d’énurésie…
Il faut
s’informer sur d’éventuels épisodes d’infection urinaire, souvent associés au
tableau d’immaturité vésicale.
2- Examen clinique
:
• L’examen clinique est avant tout un examen urologique standard (palper les
reins et l’hypogastre, rechercher un phimosis et une ectopie testiculaire sans rapport
avec l’énurésie).
• Il est intéressant, lorsque cela est possible, d’assister à une miction : la possibilité
d’uriner sur commande, avec un bon jet non seulement rassure sur une
éventuelle dysurie, mais permet d’affirmer l’intégrité du contrôle neurologique
de la miction.
• Il faut, en outre, examiner les pieds et la région sacrée à la recherche de pieds
creux ou plats, d’une fossette coccygienne ou d’une touffe de poils traduisant
une malformation du cône terminal.
3- Examens complémentaires
:
Au terme de l’interrogatoire et de l’examen clinique, le diagnostic est généralement
fortement orienté.
La suite des explorations va en dépendre :
• s’il s’agit d’une énurésie simple, sans troubles fonctionnels dans la journée,
sans infections urinaires, sans dysurie, il n’y a aucune raison de prescrire des
examens complémentaires ;
• s’il s’agit d’une immaturité vésicale, associant des troubles fonctionnels diurnes
et souvent une énurésie, le bilan peut être complété par une échographie rénale,
éventuellement une cystographie s’il existe des antécédents d’infection urinaire
fébrile.
Elle peut montrer un petit reflux stade 1 qui a toute chance de disparaître
avec le traitement de l’immaturité vésicale ;
• des symptômes insolites peuvent révéler une pathologie malformative ou un
dysfonctionnement plus complexe.
Une incontinence à l’effort ou un écoulement
permanent, indépendant de tout effort et de tout besoin, une constipation
ou une encoprésie, une dysurie avec un jet faible ou saccadé, un globe vésical,
sont des symptômes inhabituels, de même que la constatation à l’examen clinique
d’une émission d’urine à la pression de l’hypogastre, d’une anomalie cutanée
de la base du dos, d’un signe neurologique…
Les pathologies en cause peuvent
être malformatives (abouchement ectopique d’un uretère, épispade
incontinent, valves urétrales, hypospade féminin) ou fonctionnelles (neuro-vessies
congénitales par malformation vertébro-médullaire ou neuro-vessies non
neurogènes).
Il est évident que la suite à donner à ce premier examen clinique
dépend de l’orientation diagnostique. Dans le cas particulier des troubles fonctionnels,
l’imagerie en résonance magnétique (IRM) du cône terminal est actuellement
l’examen le plus performant pour rechercher une lésion des racines et de
la moelle terminale.
Incontinence urinaires chez l’homme
:
En dehors des affections neurologiques, et des séquelles post-chirurgicales, l’incontinence
est rare chez l’homme qui l’accepte psychologiquement très mal.
Elle peut se présenter comme une incontinence par regorgement ou une incontinence
post-mictionnelle.
• L’incontinence par regorgement réalise un écoulement d’abord nocturne avant
d’être permanent.
Le diagnostic repose sur la constatation d’un globe vésical
chronique, parfois associé à une distension du haut appareil urinaire. Le bilan
est celui d’une dysurie.
• L’incontinence postmictionnelle se traduit par l’émission, après la miction, de
quelques millilitres d’urine mouillant le slip. L’écoulement peut se produire
goutte à goutte (dribbling) ou en jet.
L’accumulation d’urine dans un diverticule
urétral ou en amont d’une sténose de l’urètre, est un mécanisme facile à comprendre
et à objectiver par une urétrographie rétrograde et mictionnelle.
Le mécanisme
des gouttes retardataires chez le prostatique non opéré est moins clair ; on
évoque une distension de l’urètre bulbaire sous l’effet de l’accélération du jet au
passage de la filière prostatique « effet jet ».
Incontinences des vessies neurologiques
:
Ces incontinences qu’on observe à tout âge et dans les deux sexes, relèvent de
mécanismes physiopathologiques variables selon le niveau lésionnel.
Les problèmes
diagnostiques sont bien particuliers.
La plupart du temps, l’affection neurologique
est connue et le problème du clinicien se résume à expertiser l’équilibre vésico-sphinctérien, pour dégager les facteurs de pronostic et les indications
thérapeutiques.
Il peut arriver que l’incontinence soit la première manifestation d’une pathologie
neurologique.
Quels sont les arguments cliniques et paracliniques permettant
de rattacher ce symptôme à sa cause ?
1- Interrogatoire
:
Il n’y a pas de symptôme fonctionnel spécifique d’un dysfonctionnement neurologique.
On peut voir tous les types d’incontinence, de pollakiurie, d’impériosité,
de dysurie…
Seules sont évocatrices :
– la disparition du besoin d’uriner, rarement avouée spontanément, car le patient
n’y prête pas attention ;
– la coexistence de troubles urinaires, sexuels ou rectaux.
Chez la femme jeune qui commence une sclérose en plaque, l’association d’une
impériosité mictionnelle (avec ou sans fuite) et d’un blocage mictionnel est assez
suggestive.
2- Examen clinique
:
L’examen clinique recherche un syndrome de la queue de cheval ou un syndrome
pyramidal, par l’étude de la sensibilité péri-anale et des réflexes du cône terminal
: achilléen (S1), médio-plantaire (S2), bulbo-caverneux (S3), anal (S4).
3- Examens complémentaires
:
• En dehors de ceux destinés à reconnaître l’affection neurologique (que nous
ne décrirons pas ici), les examens urodynamiques, indispensables pour l’expertise
de l’équilibre vésico-sphinctérien, sont de peu d’intérêt pour reconnaître
l’origine neurologique d’une incontinence.
Il n’y a pas de tracés cystomanométriques
pathognomoniques, mais seulement évocateurs d’une atteinte neurologique:
– une vessie acontractile ou animée de petites contractions autonomes ;
– un défaut d’observance (exceptionnel en dehors d’un contexte neurologique) ;
– une hypercontractilité faite de contractions non seulement amples, mais anormalement
prolongées.
• Le test à l’urécholine de Lapides permet de dépister une hypersensibilité de
dénervation.
Il consiste à comparer deux cystomanométries réalisées avant et
après une injection sous-cutanée de bétanéchol (Urécholine) : une augmentation
de la pression vésicale de plus de 20 cm d’eau à 100 mL est très évocatrice d’une
dénervation.
Nombre d'affichage de la page 134 |