Imagerie par résonance magnétique de diffusion et de perfusion et ischémie cérébrale
Cours de Neurologie
Introduction
:
Durant la dernière décennie, des progrès considérables ont été effectués
en imagerie par résonance magnétique (IRM), permettant de mieux
comprendre le fonctionnement du cerveau sain et pathologique.
En complément des images anatomiques d’excellente qualité, obtenues
grâce aux séquences conventionnelles, les nouvelles séquences IRM
permettent une approche métabolique et physiopathologique des
pathologies cérébrales.
Aujourd’hui, la plupart des IRM d’installation
récente sont équipées de techniques d’imagerie ultrarapides, permettant
d’utiliser les nouvelles séquences IRM, telles la diffusion et la perfusion,
en pratique clinique.
C’est dans le domaine de la pathologie cérébrovasculaire, ischémique aiguë en particulier, que l’impact de ces
nouvelles séquences est le plus évident.
En quelques années, les
techniques de diffusion, de perfusion et d’angiographie par résonance
magnétique (ARM) sont devenues essentielles à la prise en charge des
accidents ischémiques cérébraux (AIC) aigus.
Alors qu’elles étaient
uniquement des outils de recherche il y a encore quelques années, ces
techniques sont en passe de détrôner le scanner et de devenir l’imagerie
de choix des AIC au stade aigu.
Dans cet article, nous résumons les
principes de base des techniques de diffusion et de perfusion, et
présentons leurs applications cliniques actuelles pour l’évaluation des
patients suspects d’AIC aigu.
Méthodes
:
A - IMAGERIE DE DIFFUSION :
1- Diffusion isotrope et coefficient de diffusion apparent
:
C’est indiscutablement la plus robuste des nouvelles techniques
d’imagerie et c’est la raison pour laquelle elle constitue la pièce maîtresse de l’imagerie des AIC à la phase aiguë.
Contrairement
aux séquences conventionnelles pondérées en T1 ou T2 ou au
scanner, les séquences de diffusion montrent l’ischémie cérébrale
rapidement après la survenue des symptômes cliniques.
En effet,
les lésions ischémiques se traduisent par un hypersignal sur les
images de diffusion dès les premières minutes après une
occlusion artérielle chez l’animal, et dès la 39e minute chez
l’homme.
* Théorie :
La diffusion de molécules d’eau désigne les mouvements
moléculaires aléatoires, ou mouvements browniens.
Ces
mouvements sont dus à l’agitation thermique liée à l’énergie
cinétique des molécules.
Dans un milieu liquide, en l’absence
d’obstacle susceptible de gêner les mouvements moléculaires, la
diffusion est dite libre et obéit à la loi de Fick.
Ainsi, la diffusion
est importante dans l’eau pure et deux à dix fois moindre dans le
tissu cérébral du fait de nombreux obstacles : membranes
cellulaires, axones myélinisés, organites intracellulaires,
macromolécules...
* Acquisition des images
:
L’imagerie de diffusion, obtenue pour la première fois chez
l’homme en 1985, rend compte de l’importance de ces
mouvements moléculaires aléatoires au sein de chaque voxel
exploré.
En IRM, la pondération en diffusion est obtenue en plaçant deux
gradients intenses, appelés gradients de diffusion, de part et d’autre
du pulse de 180° d’une séquence en écho de spin classique, selon la
méthode de Stejskal-Tanner.
Ces gradients entraînent un
déphasage puis un rephasage des protons des molécules d’eau.
Les
protons immobiles seront parfaitement rephasés par le gradient de
rephasage.
Ainsi, pour ces protons immobiles, l’application des
gradients de diffusion n’entraîne aucune modification du signal.
Au
contraire, après application du gradient de déphasage, les protons
mobiles (en raison des mouvements de diffusion normaux) sont mal rephasés par le gradient de rephasage, ce qui se traduit sur l’image par une chute du signal IRM.
Ainsi, grâce aux gradients de diffusion,
la chute de signal est le reflet direct des mouvements des molécules
d’eau.
D’après l’équation d’Einstein (r2 = 2 Dt, où r correspond au
déplacement d’une molécule, D au coefficient de diffusion et t au
temps de diffusion), le déplacement d’une molécule dans un milieu
caractérisé par un D = 10-3 mm2/s, mesuré pendant 100 ms, est de
quelques micromètres. Dans les milieux biologiques, le coefficient
de diffusion D, qui caractérise le degré de mobilité des molécules
d’eau, est appelé coefficient de diffusion apparent (ADC).
L’atténuation du signal (SA) dans un voxel donné dépend de l’ADC
dans ce voxel, selon la loi exponentielle suivante :
SA = e- b.ADC
où b est une constante qui dépend des caractéristiques des gradients
de diffusion.
La pondération en diffusion dépend de la valeur de
b.
Plus b est élevé, plus la séquence est pondérée en diffusion.
Les valeurs de b
habituellement utilisées en clinique varient entre 300 et 1 000 s/mm2.
Des valeurs de b plus élevées sont aujourd’hui difficiles à obtenir
sur les IRM utilisées en clinique, car l’intensité maximale des
gradients de diffusion est généralement limitée à 22 mT/m.
L’allongement de l’intervalle entre les gradients ou de leur durée
entraînerait une perte de signal du fait de l’allongement du temps
d’écho.
En pratique clinique, la valeur de b = 1 000 s/mm2 offre
aujourd’hui un bon compromis entre pondération en diffusion et
rapport signal sur bruit, compte tenu des limites technologiques
actuelles des IRM.
* Interprétation des images :
L’acquisition d’une série d’images avec différentes valeurs de b
permet de calculer une carte du coefficient de diffusion de chaque voxel.
En fait, seules deux acquisitions avec des valeurs de b
différentes (b = 0 s/mm2, b = 1 000 s/mm2) suffisent pour calculer
une carte d’ADC.
En pratique clinique, il existe deux types d’images :
– les images brutes dites pondérées en diffusion, c’est-à-dire
obtenues après application des gradients de diffusion (b =
1 000 s/mm2).
Ces images apparaissent directement sur la console
d’acquisition de l’IRM ;
– les cartes d’ADC, qui correspondent aux images
paramétriques d’ADC calculées en chaque pixel à partir des images
pondérées en diffusion.
Un logiciel dédié est nécessaire pour obtenir
ces images.
Selon les constructeurs, elles sont directement visualisées
sur la console d’acquisition ou sur une console indépendante de
post-traitement.
Ces images peuvent être présentées selon une
échelle de gris ou de couleur.
Les zones dans lesquelles les mouvements de diffusion sont
importants, c’est-à-dire ayant un ADC élevé (liquide
céphalorachidien [LCR] par exemple) apparaissent hypo-intenses
sur les images pondérées en diffusion.
Au contraire, les zones dans
lesquelles les mouvements de diffusion sont limités (par exemple AIC aigu), c’est-à-dire ayant un ADC bas, apparaissent
hyperintenses sur les images pondérées en diffusion.
Cependant,
l’interprétation des images pondérées en diffusion n’est pas toujours
simple.
Tous les hypersignaux visibles sur les images pondérées en
diffusion ne correspondent pas à une baisse d’ADC.
En effet, les
images pondérées en diffusion sont également fortement influencées
par la pondération T2 des tissus.
En pratique, ceci signifie que toute
lésion hyperintense en T2 (ce qui est le cas des AIC subaigus, et de
la plupart des autres lésions, tumorales par exemple) peut rester
hyperintense sur les images pondérées en diffusion sans qu’il existe
pour autant de baisse d’ADC.
Cependant, ces hyperintensités
dues à un allongement du T2 sont habituellement moins franches
que celles liées à une diminution du coefficient de diffusion.
2- Isotropie/anisotropie :
L’équation simple SA = e-b.ADC suffit pour décrire les propriétés de
diffusion d’un milieu à condition qu’il soit isotrope, c’est-à-dire que
les mouvements de diffusion soient identiques dans toutes les
directions de l’espace.
Un milieu homogène, tel l’eau pure, est
isotrope, mais ce n’est pas le cas du tissu cérébral.
Le tissu cérébral
est hétérogène en raison de la présence de nombreux obstacles au
déplacement des molécules d’eau : membranes cellulaires, fibres
myélinisées de la substance blanche...
Ainsi, dans le cerveau, la
diffusion dépend de l’orientation des fibres myélinisées et est dite
anisotrope.
Les molécules d’eau qui se déplacent
perpendiculairement aux axones myélinisés ont des mouvements
plus lents que les molécules d’eau qui se déplacent parallèlement
aux fibres de myéline.
Ainsi, le signal en IRM varie en fonction
de la direction dans laquelle on mesure les mouvements de
diffusion, c’est-à-dire de la direction dans laquelle on applique les
gradients de diffusion.
En pratique, les gradients de diffusion sont
appliqués sélectivement selon un axe donné (par exemple,
transversal ou antéropostérieur), ce qui permet une mesure des
mouvements de diffusion dans cette direction.
Si l’on modifie la
direction des gradients de diffusion, le signal se modifie en fonction
de la direction des fibres de myéline.
L’anisotropie de la
substance blanche est donc à l’origine d’hypersignaux sur les images
pondérées en diffusion, qui peuvent être confondus avec des lésions
ischémiques aiguës, elles aussi en hypersignal.
En pathologie
ischémique aiguë, la technique la plus utilisée pour s’affranchir des hypersignaux liés aux effets d’anisotropie consiste à calculer une
image dite isotrope.
Celle-ci est obtenue en moyennant le signal des
images de diffusion après application des gradients dans les trois
directions principales, xx’, yy’, zz’.
L’image obtenue est
relativement homogène, c’est-à-dire sans effet d’anisotropie, et
permet de visualiser les modifications locales des propriétés de la
diffusion isotrope, telles que celles observées en cas d’AIC aigu
.
3- Diffusion anisotrope ou tenseur de diffusion
:
L’imagerie en tenseur de diffusion est une technique de diffusion
plus sophistiquée, dans laquelle les gradients de diffusion sont
appliqués successivement dans au moins six directions de l’espace,
et non plus seulement dans les directions xx’, yy’ et zz’.
Contrairement aux images de diffusion utilisées dans l’AIC aigu
pour lesquelles on souhaite éliminer les effets d’anisotropie,
l’imagerie en tenseur de diffusion permet de quantifier l’anisotropie
et de visualiser la direction des fibres de substance blanche.
Le
tenseur de diffusion permet une description complète des propriétés
de diffusion d’un volume.
Il détermine non seulement l’amplitude, mais également la direction des mouvements de diffusion, donc la
direction des faisceaux de substance blanche.
Pour cette raison, le
tenseur de diffusion a essentiellement été appliqué à la pathologie
de la substance blanche, montrant des anomalies dans des régions
du cerveau qui apparaissent normales en IRM conventionnelle.
Récemment, des travaux utilisant le tenseur de diffusion ont montré
que la substance blanche était beaucoup plus sensible à l’ischémie
que ne le laissait supposer les techniques plus classiques de diffusion.
Par ailleurs, à distance de l’accident aigu, l’imagerie en tenseur
de diffusion devrait permettre d’analyser les connexions entre les
différentes régions du cerveau et d’améliorer notre
compréhension des relations structure/fonction en pathologie
cérébrale, en particulier des processus de récupération fonctionnelle
au décours d’un AIC.
B - IMAGERIE DE PERFUSION :
À ce jour, il existe deux techniques d’IRM permettant des mesures
de la perfusion cérébrale
– l’une étudie la cinétique de passage d’un produit de contraste non
diffusible dans le cerveau et nécessite une injection (bolus tracking) ;
– l’autre consiste en un marquage des spins artériels (arterial spin
labelling).
1- IRM de perfusion avec injection de gadolinium :
C’est de loin la méthode la plus utilisée en pratique clinique.
Cette
technique est basée sur l’analyse par IRM des modifications de
signal induites par le premier passage d’un produit de contraste
paramagnétique (chélates de gadolinium), injecté en bolus dans une
veine périphérique.
Elle permet une analyse de l’hémodynamique régionale cérébrale.
En effet, lorsqu’il traverse le lit capillaire, le bolus de gadolinium induit localement une différence de
susceptibilité magnétique entre le compartiment sanguin dans lequel
il circule et le parenchyme cérébral dans lequel le produit de
contraste ne pénètre pas (si la barrière hématoencéphalique est
intègre).
Ces hétérogénéités de champ magnétique entraînent une
réduction locale du temps de relaxation transverse T2* du tissu, qui
se traduit par un hyposignal transitoire lors du passage du
gadolinium à travers les capillaires cérébraux.
Des acquisitions
d’images de tout l’encéphale pondérées en T2*, séquence très
sensible à l’effet de susceptibilité magnétique, sont répétées toutes
les secondes pendant une durée de 1 minute pour suivre la chute
du signal induite par le passage du gadolinium.
À partir de la
courbe du signal en fonction du temps, on peut obtenir de
nombreux paramètres reflétant l’hémodynamique locale : temps
d’apparition du pic de contraste, temps de transit moyen (MTT),
volume sanguin cérébral local relatif (rVSC) et flux sanguin cérébral
local relatif (rDSC).
Certains paramètres sont directement obtenus à
partir de la courbe du signal en fonction du temps : le rVSC
correspond à la surface comprise entre la ligne de base et la courbe ;
le temps d’apparition du pic correspond au temps compris entre le
début de l’acquisition et le maximum de la chute de signal (c’est-àdire
le maximum de concentration de gadolinium dans le volume
étudié).
On peut également obtenir un pseudo-MTT en mesurant le
premier moment de la courbe du signal en fonction du temps.
En
revanche, pour mesurer le débit sanguin cérébral (DSC), il faut
« déconvoluer » la courbe du signal tissulaire par la fonction
d’entrée artérielle.
Sur le plan technique, ceci nécessite une mesure
de signal de l’artère carotide interne ou du polygone de Willis, et la
mise en oeuvre de méthodes de post-traitement plus lourdes. Une
fois le DSC connu, le vrai MTT est obtenu par la formule :
MTT =
VSC/DSC (VSC : volume sanguin cérébral).
En pratique clinique,
les paramètres les plus fréquemment utilisés sont ceux qui ne
nécessitent pas la mise en oeuvre des techniques de déconvolution
(VSC, pseudo-MTT et temps d’apparition du pic).
C’est la raison pour laquelle les cartes
de « temps » sont habituellement utilisées pour apprécier l’étendue
de l’hypoperfusion cérébrale.
2- Perfusion par marquage magnétique du sang artériel
:
Cette technique est basée sur le phénomène d’entrée de coupe.
En
amont de la coupe étudiée, le sang est marqué magnétiquement par
un pulse d’inversion. L’entrée massive des spins artériels, ainsi
marqués, dans le plan de coupe, se traduit par une baisse du signal
qui dépend du DSC.
Ces acquisitions doivent être répétées en raison
de la faible chute de signal que produit l’entrée des spins marqués.
Ceci entraîne un allongement des temps d’acquisition (> 5 min) et
constitue une des limites actuelles à l’utilisation de cette technique
en pathologie ischémique aiguë.
Par ailleurs, les mesures du flux
sanguin seraient peu fiables en cas de ralentissement important du
flux sanguin, ce qui est souvent le cas après une occlusion artérielle
aiguë.
L’avantage de cette technique est de permettre une approche
véritablement quantitative, tout en restant totalement non invasive
(pas d’injection).
Les améliorations techniques devraient rapidement
permettre de raccourcir les temps d’acquisition tout en augmentant
le volume de cerveau imagé et le rapport signal/bruit, et ainsi de
l’utiliser en clinique.
Intérêt diagnostique
de la diffusion/perfusion :
En l’absence d’IRM, le diagnostic d’AIC repose sur :
– la symptomatologie clinique, trompeuse jusque dans 20 % des
cas ;
– le scanner qui, à la phase aiguë d’un AIC, est souvent décevant
puisqu’il est fréquemment normal ou subnormal.
Grâce aux nombreuses études effectuées ces dernières années, on
sait que l’utilisation simultanée des techniques de diffusion,
perfusion et d’ARM permet d’améliorer considérablement le
diagnostic neuroradiologique.
Ces techniques fournissent une
photographie quasi instantanée du parenchyme cérébral ischémique,
permettent de poser en quelques minutes le diagnostic positif ou
négatif d’AIC, de visualiser le site de l’occlusion artérielle, d’orienter
le diagnostic étiologique et de fournir des informations précieuses
sur le caractère évolutif de l’accident ischémique dans les premières
heures.
A - IMAGERIE DU PARENCHYME CÉRÉBRAL ISCHÉMIQUE
AIGU :
Dans les heures qui suivent l’apparition des signes cliniques, il n’y a
encore aucun hypersignal visible sur les séquences classiques
pondérées en T2.
En revanche, la sensibilité des séquences de
diffusion pour la détection des lésions ischémiques aiguës est
excellente, puisqu’elle dépasse 90 %.
Sur les images
pondérées en diffusion, le diagnostic de lésion ischémique est posé
devant une plage d’hypersignal, qui traduit une baisse de l’ADC
.
Les études chez l’animal et chez l’homme ont montré qu’il
existait une baisse de l’ADC de l’ordre de 50 % au sein d’une lésion
ischémique aiguë.
B - SIGNIFICATIONS PHYSIOPATHOLOGIQUES DES
VARIATIONS D’ADC DANS L’ACCIDENT ISCHÉMIQUE
CÉRÉBRAL AIGU
:
La restriction des mouvements de diffusion, donc la baisse d’ADC
qui est observée à la phase aiguë des AIC, est habituellement
attribuée à la présence d’un oedème cytotoxique (augmentation de
l’eau intracellulaire) qui survient rapidement après un accident
ischémique d’origine artérielle.
L’oedème cytotoxique est la
conséquence du dysfonctionnement de la pompe Na/K-acide
adénosine triphosphate (ATP) dépendante, qui assure
habituellement l’homéostasie de la cellule.
En cas de baisse d’apport
en oxygène, l’arrêt de la pompe Na/K entraîne une redistribution
d’eau du milieu extracellulaire vers le milieu intracellulaire.
Or, les
mouvements de diffusion sont plus restreints (ADC plus bas) dans
le milieu intracellulaire que dans le milieu extracellulaire, en raison
de la présence de nombreux organites et macromolécules
intracellulaires.
Ainsi, le transfert net d’eau du milieu extracellulaire
vers le milieu intracellulaire expliquerait, pour certains, la baisse de
l’ADC observée dans les suites immédiates d’un AIC aigu.
Pour
d’autres, cette baisse d’ADC résulterait plutôt de la réduction de
l’espace extracellulaire et de l’augmentation de la tortuosité des
voies de passage des molécules d’eau au sein de ce milieu
extracellulaire, conséquence indirecte du gonflement cellulaire, ou
oedème cytotoxique.
C - QUANTIFICATION DE L’ADC :
L’imagerie de diffusion est une technique véritablement quantitative.
L’ADC, qui traduit le mouvement des molécules d’eau, s’exprime
en mm2/s et ne dépend pas du champ magnétique principal.
En
revanche, l’ADC varie d’une espèce à l’autre : environ 0,6 X 10-3 mm2/s dans le cerveau de rat, jusqu’à 1,5
X 10-3 mm2/s dans le
cerveau humain. Dans le cerveau humain sain, les valeurs d’ADC
sont également très variables, allant de 0,3 à plus de 1,1 X 10-3 mm2/s.
Cette variabilité tient en partie à la méthode
de mesure utilisée : séquence différente, application des gradients
selon un ou plusieurs axes, utilisation de paramètres différents
(valeurs de b).
Certains auteurs proposent donc d’utiliser le ratio
entre l’ADC de la zone ischémiée et l’ADC d’une zone en « miroir »
du fait de l’absence de variation droite-gauche.
Chez l’homme, la cinétique des variations d’ADC au décours d’un
AIC aigu est encore mal connue.
Ceci s’explique par l’absence d’études longitudinales en raison de la difficulté de répéter les IRM
à intervalles de temps réguliers chez des patients souvent fragiles.
Les rares travaux effectués chez l’homme montrent que l’ADC
chute rapidement après l’occlusion artérielle pour atteindre sa valeur
minimale entre la sixième et la 60e heure (moyenne 32 heures) après
les premiers symptômes neurologiques.
Au stade subaigu,
l’ADC tend à se normaliser du fait de la lyse cellulaire et de
l’apparition d’un oedème à prédominance extracellulaire. Cette
pseudonormalisation surviendrait entre le cinquième et le dixième
jour selon Warach et al.
Pour d’autres, elle serait plus tardive
et surviendrait à partir du 17e jour et pourrait s’observer jusqu’au
42e jour.
À un stade plus tardif, l’oedème est exclusivement
extracellulaire, avec un ADC augmenté, puis laisse place, au stade
chronique, à une lésion liquidienne avec des valeurs d’ADC très
élevées, proches de celles du LCR.
D - CARACTÉRISATION DE L’ACCIDENT ISCHÉMIQUE
CÉRÉBRAL
:
En cas d’AIC aigu, le nombre, le volume et la localisation des lésions
sont évidents sur les images de diffusion.
Les informations
sur le nombre et la topographie des lésions permettent dans certains
cas d’orienter rapidement le bilan étiologique (par exemple,
embolie d’origine cardiaque en cas de lésions multiples localisées
dans des territoires artériels distincts).
Les séquences de
diffusion permettent de distinguer les volumineuses lésions corticosous-corticales, volontiers d’origine thromboembolique, des petites
lésions profondes dues à une atteinte des petits vaisseaux.
Un autre
intérêt des séquences de diffusion est qu’elles permettent de
différencier un AIC récent d’un AIC ancien.
En effet, une lésion
ischémique récente apparaît en hypersignal sur les images
pondérées en diffusion avec une baisse de l’ADC, alors qu’une
lésion ancienne a un signal liquidien : hyposignal sur les images de
diffusion avec augmentation de l’ADC.
E - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Les séquences de diffusion permettent de distinguer les accidents
ischémiques d’origine artérielle d’autres pathologies simulant un AIC. En présence d’un déficit neurologique persistant, une imagerie
de diffusion et de perfusion normale rend très improbable le
diagnostic d’AIC.
Notons toutefois que certains AIC peuvent
rester invisibles en séquence de diffusion, surtout s’ils sont de petite
taille (infarctus lacunaire) ou dans le tronc cérébral.
En cas d’IRM
de diffusion négative et de déficit persistant, le bilan étiologique
s’oriente vers des pathologies non « ischémiques » : déficit
postcritique, aura migraineuse, hystérie, déficit neurologique
périphérique...
Au contraire, la présence d’un hypersignal franc en séquence
pondérée en diffusion avec chute de l’ADC dans les jours qui
suivent l’apparition d’un déficit brutal est très spécifique du
diagnostic d’ischémie d’origine artérielle.
Cependant, des hypersignaux ont été décrits sur les images pondérées en diffusion
dans diverses pathologies telles que l’état de mal épileptique,
l’ictus amnésique, la maladie de Creutzfeldt-Jakob,
certaines mitochondriopathies, l’ischémie veineuse ou encore
l’éclampsie.
Pour l’état de mal épileptique, la maladie de Creutzfeldt-Jakob et l’ischémie veineuse, des valeurs
basses d’ADC ont été rapportées.
La baisse d’ADC lors d’un déficit
neurologique brutal n’est donc pas synonyme d’AIC artériel. En
revanche, l’ADC semble être augmenté dans les mitochondriopathies,
telles le mitochondrial myopathy, encephalomyopathy, lactic
acidosis, strokes-like episodes (MELAS) ou l’éclampsie, et dans la
plupart des cas d’ischémie veineuse, suggérant la présence
d’un oedème prédominant dans le secteur extracellulaire.
L’imagerie
de diffusion, lorsqu’elle retrouve un ADC augmenté, est alors utile
pour écarter le diagnostic d’AIC artériel aigu.
Des anomalies visibles en séquences de perfusion sans anomalie de
diffusion associée pourraient évoluer vers l’infarctus dans le cadre
d’un vasospasme au décours d’une hémorragie méningée par
exemple, et ont également été rapportés dans le cadre d’accidents
ischémiques transitoires (AIT) ou d’auras migraineuses.
L’une des questions fondamentales devant un déficit neurologique
brutal est d’éliminer une hémorragie intracrânienne, qu’il s’agisse d’un véritable hématome ou d’une hémorragie méningée.
C’était,
jusqu’il y a peu, le domaine d’excellence du scanner.
Cependant, il
semblerait que les nouvelles séquences d’IRM (échoplanar en écho
de gradient, séquence FLAIR) soient extrêmement sensibles pour la
détection des saignements intracrâniens, même au stade hyperaigu.
Si les résultats des premières études sont prometteurs, ils doivent être confirmés par des études prospectives
systématiques, conduites chez un grand nombre de patients.
Par
ailleurs, l’abandon du scanner à la phase aiguë d’un accident
vasculaire, qui permettrait de gagner un temps précieux, nécessite
une parfaite connaissance de la sémiologie de l’hématome en IRM,
qui est beaucoup plus complexe qu’en scanner.
F - IMAGERIE DE L’ACCIDENT ISCHÉMIQUE TRANSITOIRE
:
La définition classique de l’AIT (symptômes neurologiques d’origine
vasculaire résolutifs en moins de 24 heures) est uniquement basée
sur des données cliniques et sur une fenêtre temporelle arbitraire.
Cette définition est controversée car elle ne tient pas compte des
données de l’imagerie cérébrale moderne, ni des données
physiopathologiques.
La présence d’une lésion ischémique aiguë en
IRM permet de poser le diagnostic positif d’AIT, diagnostic qui reste
très difficile sur les seules données cliniques, même au terme d’un
bilan étiologique exhaustif.
Le scanner et les séquences classiques
d’IRM révèlent souvent, chez les patients atteints d’AIT, la présence
de lésions ischémiques multiples dont il est difficile d’affirmer le
caractère récent.
En revanche, des études récentes montrent que
l’IRM de diffusion pratiquée au décours immédiat d’un AIT révèle
la présence d’une lésion ischémique aiguë chez près de la moitié
des patients, particulièrement si l’épisode déficitaire neurologique
est long (plusieurs heures).
Par ailleurs, le diagnostic clinique
topographique d’un AIT peut également s’avérer difficile lorsque le
déficit est fugace.
Une IRM de diffusion positive a une valeur
localisatrice qui permet d’orienter le bilan étiologique.
L’angiographie par IRM et les séquences de perfusion peuvent
également être d’une aide précieuse, car ces techniques peuvent
révéler une sténose intracrânienne ou une asymétrie de perfusion
cérébrale nécessitant une prise en charge rapide et adaptée.
Imagerie du parenchyme ischémique
au stade hyperaigu :
A -
IRM ET PÉNOMBRE ISCHÉMIQUE
:
Au sein d’une zone infarcie, on oppose schématiquement deux
zones : le centre lésionnel dans lequel les lésions sont irréversibles,
et la périphérie ou zone de « pénombre » ischémique, dans
laquelle les lésions sont potentiellement réversibles en cas de
revascularisation artérielle rapide.
Le centre de la lésion, dans lequel
l’ischémie est la plus sévère, apparaît en hypersignal sur les images
pondérées en diffusion et traduit une baisse importante de l’ADC
(20 à 50%).
La périphérie lésionnelle a des valeurs d’ADC
normales ou subnormales et apparaîtrait normale ou en discret
hypersignal sur les images de diffusion.
On peut donc
schématiquement rapprocher la zone d’hypersignal visible en
séquence pondérée en diffusion de la zone d’ischémie irréversible,
bien que certaines régions les plus périphériques apparaissant en
hypersignal semblent ne pas évoluer systématiquement vers
l’infarctus.
La zone de pénombre ischémique, ou zone
d’ischémie potentiellement réversible, se situerait donc en périphérie
de la zone d’hypersignal visible en diffusion et apparaît normale
sur ces séquences.
Aussi est-il indispensable d’associer les séquences
de perfusion aux séquences de diffusion pour apprécier l’étendue
de la pénombre ischémique.
De nombreuses études ont montré que
l’infarctus avait plus de risque de s’étendre lorsqu’il existait une
occlusion artérielle persistante en ARM et lorsque la zone
d’hypoperfusion était plus large que la zone anormale en diffusion
(inadéquation perfusion/diffusion ou zone de mismatch chez les
Anglo-Saxons).
Cependant, la prédiction
individuelle du risque d’extension d’un infarctus à partir des
données de perfusion reste délicate.
Si l’on dispose, grâce à ces
techniques, d’une photographie instantanée du tissu ischémique à
un instant t, il est difficile de prédire l’évolution de l’arbre vasculaire
(lyse spontanée du caillot, défaillance de la vascularisation
collatérale, hypotension artérielle) à l’instant t + Dt, qui est
éminemment variable selon les individus.
De plus, les paramètres
de perfusion habituellement calculés en urgence n’apportent que des
informations semi-quantitatives et indirectes sur la perfusion
cérébrale.
Les paramètres de perfusion en IRM, tels le temps de
transit moyen ou le temps d’apparition du pic, surestiment l’étendue
de la pénombre ischémique.
Des travaux récents ont montré que
des mesures précises, c’est-à-dire véritablement quantitatives, du
DSC au sein de la pénombre ischémique permettent de mieux
définir les zones à risque d’ischémie.
B - SÉLECTION DES CANDIDATS À LA THROMBOLYSE
:
L’efficacité de la thrombolyse par injection intraveineuse d’activateur
tissulaire du plasminogène (t-PA) a été démontrée dans les
3 premières heures d’un AIC. Cependant, ce traitement est loin
d’être dénué de complications, hémorragiques en particulier.
L’une des difficultés majeures de la prise en charge de l’AIC
hyperaigu est de décider en quelques minutes de la mise en route
d’un traitement agressif sans certitude diagnostique (contrairement
à l’infarctus du myocarde, pour lequel on dispose en urgence
d’outils diagnostiques puissants, électrocardiogramme [ECG] et
enzymes cardiaques).
Dans ce contexte, les nouvelles techniques de
diffusion et de perfusion devraient permettre d’améliorer
considérablement la sélection des candidats à la thrombolyse en
urgence :
– en éliminant d’emblée les patients ayant des pathologies non
ischémiques ;
– en éliminant les patients pour lesquels l’accident est de type
lacunaire, donc peu enclin à s’étendre et de relativement bon
pronostic, même en l’absence de thrombolyse ;
– en éliminant les patients pour lesquels la lésion est déjà reperfusée
(absence d’occlusion en ARM, et hyperperfusion de la lésion
ischémique).
En effet, les reperfusions précoces spontanées sont
associées à des AIC de plus petit volume et ont un pronostic clinique
généralement favorable ;
– en éliminant les patients pour lesquels les anomalies de perfusion
sont moins étendues que les anomalies de diffusion.
En effet, il n’y a
alors pas de risque d’extension de l’infarctus ;
– en permettant de ne traiter que les patients ayant un AIC
susceptible de s’étendre, c’est-à-dire ceux pour lesquels il persiste
une occlusion d’un gros tronc artériel et pour lesquels il existe une
zone de pénombre ischémique.
L’utilisation des techniques de
diffusion/perfusion avant décision thérapeutique devrait permettre
d’élargir la fenêtre thérapeutique.
En effet, il existe de toute évidence
d’importantes variations individuelles et pour certains patients, une
pénombre ischémique existe encore au-delà des fatidiques 3
premières heures.
C - VALEUR PRONOSTIQUE :
Plusieurs études récentes chez l’homme ont montré que le volume
des anomalies visibles en diffusion et en perfusion au stade aigu
étaient des paramètres prédictifs et indépendants du volume final
de l’infarctus et de la récupération clinique à 3 mois.
Par ailleurs, l’étendue de la zone hypoperfusée sans anomalie de
diffusion (zone de mismatch) est également corrélée positivement au
volume d’extension, ainsi qu’au volume final de l’infarctus.
Enfin, l’existence d’une occlusion artérielle visible sur l’ARM du
polygone de Willis au stade aigu est un facteur prédictif d’infarctus
en évolution et est corrélée négativement au pronostic
fonctionnel à distance.
Des travaux récents montrent par ailleurs que
les infarctus volumineux sur une imagerie de diffusion effectuée au
stade aigu ont un risque important de transformation oedémateuse
maligne et que des valeurs basses d’ADC au sein d’un infarctus
aigu seraient un facteur prédictif du risque de transformation
hémorragique.
Limites
:
En pratique, pour une prise en charge rapide et efficace, l’utilisation
de l’IRM à la phase aiguë de l’AIC nécessite que les conditions
suivantes soient satisfaites :
– proximité entre le service d’urgences médicales et l’unité IRM ;
– possibilité d’exclure en quelques minutes et de façon formelle les
contre-indications à l’IRM. Ceci peut être difficile chez des patients
non accompagnés, aphasiques ou atteints de troubles de conscience ;
– existence d’une installation IRM de dernière génération (1 ou
mieux 1,5 T, puissance des gradients supérieure à 20 mT/m, vitesse de commutation rapide, techniques d’imagerie rapide tel
l’échoplanar).
Même si ces installations ne sont pas beaucoup plus
coûteuses que les IRM conventionnelles, leur coût reste très
supérieur à celui des unités scanographiques ;
– présence d’une équipe médicotechnique assurant l’accès immédiat
à l’IRM 24 heures/24, 7 jours/7, la surveillance des fonctions vitales
du patient pendant la durée de l’IRM et le post-traitement des
images de perfusion en particulier.
Ainsi, l’utilisation à grande échelle de l’IRM à la phase aiguë des AIC reste essentiellement limitée par des problèmes de coût,
d’accès aux installations IRM et donc de disponibilité des IRM de
dernière génération.
Sur le plan clinique, l’une des questions qui
reste en suspens est de savoir si l’on peut, devant un patient atteint
d’un déficit neurologique brutal, surseoir à la réalisation du
scanner et réaliser d’emblée une IRM.
Ce point est crucial puisque
la fenêtre thérapeutique est très courte (3 heures).
L’étape
diagnostique doit donc être rapide et efficace. L’abandon du
scanner n’est possible que si l’IRM confirme qu’elle est aussi
sensible que le scanner pour la détection d’une hémorragie
intracrânienne aiguë.
Perspectives
:
Avec la disponibilité croissante des IRM de dernière génération, cette
technique est déjà utilisée en routine dans la plupart des grands
centres hospitaliers, et devrait progressivement remplacer le scanner
pour la prise en charge des AIC aigus.
Parallèlement, des progrès
technologiques intéressants ont été accomplis ces dernières années
dans le domaine du scanner, telles les mesures de perfusion en
scanner.
Malgré ceci, les informations pertinentes apportées par
l’IRM à la phase aiguë d’un AIC sont de bien meilleure qualité que
celles apportées par le scanner.
Les nouvelles méthodes d’IRM
devraient donc rapidement s’imposer comme des outils
diagnostiques et pronostiques incontournables en pratique clinique,
et devenir des outils d’évaluation de l’efficacité thérapeutique.
Outre
la sélection des patients, les nouvelles techniques IRM devraient
fournir des critères d’efficacité thérapeutique (par exemple,
prévention de l’extension des zones anormales en diffusion) et faire
partie des critères d’efficacité des essais thérapeutiques de phase II
ou III.
Enfin, pour des raisons d’économie de santé, des études
devront confirmer que ces techniques d’IRM ont un rapport
coût/efficacité favorable (raccourcissement des durées
d’hospitalisation, réduction du nombre d’examens complémentaires,
amélioration du pronostic à long terme...), ce qui paraît hautement
probable.