Orientation diagnostique devant
un ictère à bilirubine conjuguée
:
1- Orientation clinique et biologique :
Les douleurs de type colique hépatique, éventuellement
suivies de fièvre et frissons, évoquent l’origine extrahépatique
de l’ictère.
La perception d’une grosse vésicule
signe un obstacle, de nature généralement néoplasique,
situé sous le confluent cystico-cholédocien.
Une
hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles, des
transaminases normales ou modérément élevées et un
syndrome cholestatique marqué avec élévation franche des phosphatases alcalines, des glutamyl-transpeptidases
(gGT), du cholestérol et de la pro-accélérine
contrastant avec une baisse des facteurs de coagulation
vitamino-K-dépendants, plaident en faveur de l’origine
extra-hépatique de l’ictère.
En cas de cholestase intrahépatique, la clinique est
peu spécifique et la biologie variable (élévation marquée
des phosphatases alcalines et des gGT avec cytolyse
modérée en cas de lésions biliaires intrahépatiques,
élévation importante des transaminases avec
phosphatases alcalines peu élevées < 2,5 N en cas de
lésions hépatocytaires).
Un taux sérique de transaminases
> 1 000 UI/L, bien que pouvant survenir transitoirement
en cas d’obstruction biliaire aiguë, suggère
néanmoins habituellement une atteinte hépatocytaire.
2- Méthodes et stratégie d’exploration
des voies biliaires :
• L’échographie des voies biliaires est l’examen de première
intention.
Elle précise la taille des voies biliaires
et, en cas de cholestase mécanique, apporte des arguments
en faveur de la nature (un tiers des cas) et surtout
du siège (deux tiers des cas) de l’obstacle.
La mise en
évidence d’une dilatation biliaire signe un obstacle sur
les voies biliaires extrahépatiques.
En revanche, l’existence
de voies biliaires fines n’exclut pas une obstruction
incomplète ou d’installation récente (sensibilité
70 %).
Le scanner fournit des renseignements équivalents,
plus objectifs et moins dépendants de l’opérateur,
mais moins fins en ce qui concerne la mise en évidence
d’un calcul.
Le niveau de la dilatation biliaire permet de
préciser la topographie de l’obstacle : ampullaire ou
pancréatique lorsque la dilatation est globale, en dessous
de l’abouchement du canal cystique en cas de grosse
vésicule, hilaire lorsque seuls les canaux hépatiques
et les voies biliaires intrahépatiques sont dilatés.
En
revanche, l’échographie ne précise la nature de l’obstacle
que dans 30 % des cas environ et le diagnostic étiologique
nécessite le recours à des méthodes invasives telles que la cholangiographie ou l’échoendoscopie.
Selon le contexte clinique et échographique, les disponibilités
locales et le geste thérapeutique envisagé (endoscopique,
radiologique ou chirurgical), on choisira une
de ces méthodes.
• L’échoendoscopie analyse la paroi digestive et les
structures voisines (pancréas, voie biliaire principale,
vésicule, ganglions) grâce à une sonde d’échographie
placée dans le deuxième duodénum.
Cette méthode,
purement diagnostique, présente 2 inconvénients
majeurs : elle n’explore correctement que la voie biliaire
principale, méconnaissant les voies biliaires extrahépatiques
sus-hilaires (canaux hépatiques droit et gauche),
et surtout ses performances diagnostiques sont extrêmement
dépendantes de l’opérateur.
• La cholangiographie précise la nature et le siège d’un
obstacle biliaire, et permet éventuellement de le traiter
par voie endoluminale.
Elle se pratique le plus souvent
de façon rétrograde (cholangiographie rétrograde par
voie endoscopique).
Après cathétérisme de la papille
sous duodénoscopie, l’opacification des voies biliaires
par injection à contre-courant du produit de contraste est
techniquement possible dans 95 % des cas.
La cholangiographie
transhépatique, réservée aux malades ayant
soit une configuration anatomique empêchant l’abord endoscopique de la papille (anastomose gastro-jéjunale,
sténose duodénale), soit un obstacle biliaire distal situé
au-delà de la convergence, consiste à injecter un produit
de contraste après ponction transpariétale d’un canal
biliaire intrahépatique.
L’indication diagnostique de la cholangiographie a beaucoup diminué au profit de
l’échoendoscopie et de l’imagerie par résonance magnétique
nucléaire biliaire.
En revanche, elle garde de nombreuses
indications thérapeutiques telles que la sphinctérotomie
endoscopique, l’extraction de calculs et la mise
en place de prothèses biliaires.
• L’imagerie biliaire par résonance magnétique,
méthode non invasive d’exploration des voies biliaires,
est encore en cours d’évaluation.
Si les voies biliaires ne sont pas dilatées mais que le
contexte clinique plaide pour une cholestase mécanique,
on proposera une échoendoscopie ou éventuellement
une opacification biliaire.
En revanche, si les voies
biliaires sont fines et si l’impression est une cholestase
médicale, la biopsie hépatique est l’outil diagnostique
essentiel.
Elle pourra alors apporter des arguments en
faveur de la cause de la cholestase ou, au contraire, faire
évoquer un obstacle extrahépatique méconnu par l’échographie.
Ictère à bilirubine conjuguée
d’origine extrahépatique :
Les 3 principales causes d’obstacle sur les voies biliaires
extrahépatiques sont la lithiase, les tumeurs malignes et
le traumatisme chirurgical accidentel.
1- Lithiase :
Une colique hépatique précédant de 24 à 48 heures
l’ictère est évocatrice d’une lithiase de la voie biliaire
principale, surtout si le patient est cholécystectomisé.
Le prurit est inhabituel. Une fièvre élevée avec frissons
et hyperleucocytose survenant au décours de la
douleur et précédant l’ictère témoigne d’une angiocholite.
Souvent une lithiase migratrice entraîne une
simple colique hépatique, accompagnée d’une montée
transitoire des transaminases (5 à 10 N) et des
enzymes pancréatiques, spontanément résolutive en
quelques jours.
L’échographie n’est pas aussi sensible
qu’en cas de calculs vésiculaires.
L’échoendoscopie,
examen le plus sensible et spécifique, est indiquée en cas de doute diagnostique et éventuellement en préopératoire.
La cholangiographie rétrograde ne doit
être faite que dans l’optique d’un traitement associé :
c’est l’examen de choix chez un patient déjà cholécystectomisé.
2- Tumeurs malignes :
Les signes évocateurs d’une obstruction maligne des
voies biliaires extrahépatiques sont l’apparition progressive
de l’ictère, sans rémission (sauf dans le cas
de l’ampullome vatérien où l’ictère est intermittent),
le prurit précédant l’ictère, et la grosse vésicule palpable
si l’obstruction siège sous le confluent cysticocholédocien.
En dehors du cancer du pancréas, la
douleur est rare.
L’amaigrissement est fréquent.
Selon le siège de la tumeur, le diagnostic peut être fait
par duodénoscopie (ampullome vatérien), biopsie du
foie échoguidée (carcinome hépatocellulaire infiltrant
les voies biliaires), échoendoscopie avec cytoponction
dirigée (ampullome vatérien non visible en endoscopie
conventionnelle, cancer de la tête du pancréas)
ou cholangiographie avec biopsie (carcinome biliaire).
Le traitement étant habituellement palliatif, la cholangiographie à double but diagnostique et thérapeutique
(prothèse biliaire transtumorale) est l’examen
de choix.
3- Traumatisme :
Une sténose bénigne de la voie biliaire principale peut
être secondaire à : un traumatisme chirurgical accidentel
dont l’incidence a doublé avec l’essor de la cholécystectomie laparoscopique, une ischémie de l’artère hépatique
notamment après transplantation hépatique et
embolisation ou chimiothérapie (5 FUDR) intra-artérielle,
d’origine toxique (formol) ou infectieuse au cours du
sida (cryptosporidis, cytomégalovirus).
La cholangite
sclérosante primitive est caractérisée par des sténoses
multifocales diffuses des voies biliaires extra- et (ou)
intrahépatiques.
Cette maladie rare (1 à 4 cas /100 000
habitants), de cause inconnue, affecte l’homme (70 %)
jeune (âge moyen lors du diagnostic : 40 ans) et s’associe
dans 70 % des cas à une maladie inflammatoire
intestinale, surtout à une rectocolite hémorragique.
Deux tiers des malades présentent une asthénie, un prurit
précédant l’ictère et une hépatomégalie parfois associée
à des signes d’hypertension portale.
En dehors de complications lithiasique ou tumorale,
l’angiocholite est rare.
Alors qu’une dilatation focale
des voies biliaires entre les sténoses est fréquente, une
dilatation diffuse non segmentaire est inhabituelle.
La cholangiographie rétrograde est l’examen le plus sensible
et spécifique mais expose au risque
d’angiocholite ; le diagnostic est de ce fait le plus souvent
porté grâce à l’association échographie-biopsie du
foie.
4- Autre :
Un ictère peut résulter d’une infection parasitaire des
voies biliaires.
Lors de l’hydatidose, il est lié à la rupture de kystes dans les canaux biliaires, complication qui
survient dans 30 % des cas environ.
L’échographie et la
sérologie parasitaire assurent le diagnostic.
En revanche,
lors de la phase chronique de l’infection par ascaris et Fasciola hepatica, les parasites migrent dans les voies
biliaires mais l’obstruction biliaire est rare.
Ictère à bilirubine conjuguée
d’origine intrahépatique :
La cholestase intrahépatique peut être secondaire à une
obstruction des petites voies biliaires intrahépatiques, à
des lésions hépatocytaires, ou de mécanisme mixte ou indéterminé.
La biopsie hépatique est l’outil
diagnostique essentiel
1- Cholestase intrahépatique d’origine
obstructive
:
• La cirrhose biliaire primitive affecte les femmes
(90 %) après 40 ans.
Le début est insidieux, marqué
par un prurit.
L’ictère apparaît généralement 6 mois à
2 ans après le prurit.
Outre la cholestase, la biologie
montre des globulines IgM élevées et la présence d’anticorps
anti-mitochondrie de type M2 (sensibilité
90 %, spécificité 95 %) ou antinucléaires de type cerclé
(anti-GP 210).
La lésion histologique spécifique est
une cholangite destructrice non supurative des canaux
biliaires septaux ou interlobulaires.
Le meilleur facteur
pronostique est la bilirubine : après l’ictère apparaissent
des complications (hypertension portale, insuffisance
hépatocellulaire).
• La cholangite sclérosante primitive peut atteindre
exclusivement les voies biliaires intrahépatiques.
Le diagnostic
est alors assuré par la biopsie du foie qui montre
une cholangite fibreuse oblitérante, c’est-à-dire une
fibrose concentrique péricanalaire respectant la
muqueuse biliaire et évoluant vers l’oblitération de la
lumière biliaire.
• Les tumeurs du foie, primitives (carcinome hépatocellulaire, cholangiocarcinome intra-hépatique) ou secondaires,
peuvent déterminer un ictère lorsqu’elles sont massives
et (ou) infiltrantes.
Il en est de même pour les
granulomatoses hépatiques florides dont les 2 étiologies
principales sont la tuberculose et la sarcoïdose, mais aussi
bien d’autres [mycobactéries atypiques, lèpre, BCGite,
typhoïde, listériose, brucellose, rickettsioses, fièvre Q,
chlamydia, maladie des griffes du chat, légionellose,
mélioïdose, maladie de Lyme, infections virales (cytomégalovirus,
Epstein-Barr virus), mycoses généralisées…].
Les lymphomes peuvent entraîner une cholestase par compression
extrinsèque des voies biliaires extra-hépatiques,
par infiltration directe du foie, ou par réaction granulomateuse
en particulier au cours du Hodgkin.
Lors des syndromes myéloprolifératifs, des mastocytoses systémiques
et des histiocytoses, un ictère peut survenir en cas d’infiltration
diffuse du foie.
La biopsie du foie permet le diagnostic de ces affections.
2- Cholestase intrahépatique par lésions
ou surcharges hépatocytaires :
• L’hépatite virale aiguë est symptomatique dans seulement
10 % des cas.
En cas d’ictère, les signes évocateurs d’hépatite
virale aiguë sont une phase préictérique (avec céphalées,
asthénie, anorexie, arthralgies, et plus rarement des douleurs
épigastriques, une éruption cutanée et de la fièvre), l’augmentation
importante des transaminases (> 20 N), la faible
élévation des phosphatases alcalines et des gGT, l’absence de
prise médicamenteuse hépatotoxique et de stigmates de
maladie auto-immune du foie, et la présence de marqueurs
spécifiques de l’agent viral responsable : IgM anti-VHA,Ag
HBs et IgM anti-HBc, ARN du virus de l’hépatite C, IgM et
ARN du virus de l’hépatite E…
• Dans 20 à 40 % des cas, l’hépatite auto-immune se manifeste sous forme aiguë avec ictère.
Les arguments
en faveur de ce diagnostic sont l’augmentation importante
des transaminases (> 20 N), la faible élévation des gGT, l’absence de prise médicamenteuse et de marqueurs
d’hépatite virale aiguë, et surtout une hypergammaglobulinémie
et la présence d’anticorps sériques
(70 %) anti-nucléaires et (ou) anti-muscle lisse de spécificité
anti-actine et (ou) anti-microsome. La biopsie du
foie montre une inflammation portale lympho-plasmocytaire
et une nécrose hépatocytaire périportale et parfois
en pont.
• Chez un malade atteint de cirrhose, l’apparition d’un
ictère est en rapport, dans la majorité des cas, avec l’aggravation
de l’insuffisance hépatocellulaire : soit spontanément
facteur de mauvais pronostic ; soit au décours
d’une complication : hémorragie digestive, infection,
greffe d’un carcinome hépatocellulaire, hépatite alcoolique.
Devant un ictère à bilirubine conjuguée non obstructif,
les arguments en faveur d’une hépatite alcoolique
sont : une recrudescence récente de l’intoxication
alcoolique ; des douleurs de l’hypocondre droit et de la
fièvre (tableau pseudo-angiocholitique) ; des signes cliniques
de maladie chronique du foie ; une élévation
modérée des transaminases (< 5 N) prédominant sur les
ASAT ; une hyperleucocytose à polynucléaires parfois
pseudo-leucémique.
La biopsie du foie permet le diagnostic
différentiel entre hépatite alcoolique et insuffisance
hépatocellulaire terminale.
Les lésions histologiques
d’hépatite alcoolique, de topographie centrolobulaire lorsque l’architecture hépatique est
conservée c’est-à-dire en l’absence de cirrhose, associent
la ballonisation et la nécrose hépatocytaire, la présence
de corps de Mallory et l’infiltrat à polynucléaires
neutrophiles.
• Une stéatose microvacuolaire massive peut induire un
ictère.
La biologie montre une cytolyse à 10 N, parfois
associée à une hypertriglycéridémie et une hémolyse
(syndrome de Zieve).
Le diagnostic est histologique : de
multiples vésicules graisseuses laissant le noyau en
position centrale sont dispersées dans le cytoplasme des
hépatocytes. Les principales causes sont toxiques
(alcool, valproate de sodium…).
3- Cholestase intrahépatique d’origine mixte ou
indéterminée
:
• Une origine médicamenteuse est retenue chez environ
2 % des malades vus pour un ictère cholestatique.
Après
exclusion des autres causes d’ictère, le diagnostic repose
sur l’antécédent d’exposition à un médicament responsable
de cholestase, le délai d’apparition de l’ictère (5 à
50 jours le plus souvent, 24 h en cas d’exposition préalable),
l’amélioration en général rapide à son arrêt et
l’histologie du foie.
On distingue les hépatites cytolytiques,
rares mais sévères, généralement idiosyncrasiques
et les hépatites cholestatiques où la cholestase
intrahépatique est au premier plan, parfois pure.
Les
principaux médicaments responsables d’hépatite cholestatique
sont les neuroleptiques, les anticonvulsivants (barbituriques, phénytoïne, carbamazépine), les sulfamides hypoglycémiants,
les agents anti-infectieux notamment les
macrolides et les oestrogènes.
• Au cours de l’insuffisance cardiaque, un ictère franc
apparaît chez 20 % des malades.
Les arguments en faveur
du foie cardiaque sont : antécédent de cardiopathie ou de
maladie pulmonaire responsable d’une insuffisance cardiaque
droite ; présence d’une hépatomégalie sensible
(> 95 %) parfois associée à une turgescence jugulaire spontanée
et un reflux hépato-jugulaire, d’un oedème des
membres inférieurs (75 %) et d’épanchements séreux
(25 %) ; élévation modeste de la bilirubine qui dépasse rarement
85 mmol/L et des transaminases (< 5 N) ; dilatation
des veines sus-hépatiques et cave inférieure visible à l’échographie
; élévation des pressions de l’oreillette droite et des
veines sus-hépatiques libres ; congestion et nécrose hépatocytaire
péri-centrolobulaire d’intensité variable.
• Une cholestase bactérienne se développe chez 1 %
des adultes ayant une septicémie.
Les situations infectieuses
associées sont la pneumonie, la pyélonéphrite, le sepsis intra-abdominal et l’endocardite.
Les germes responsables
sont le pneumocoque, les bacilles gram-négatifs(
E. coli, Klebsiella, Pseudomonas) et le Bacteroïdes.
Ces infections sévères sont souvent associées à une
dépression médullaire, une insuffisance rénale et une
mortalité élevée.
L’ictère, souvent franc, survient 4 à 12
jours après le début du sepsis et évolue parallèlement à
celui-ci.
Le prurit est absent. Les phosphatases alcalines
sont à 2 à 3 N et les transaminases normales dans 70 %
des cas.
Les anomalies histologiques incluent une cholestase
centrolobulaire et une inflammation portale
mononucléée.
La pathogénie impliquerait des cytokines,
sécrétées sous l’influence des endotoxines bactériennes,
qui altéreraient le flux biliaire hépatocytaire.
La leptospirose
est également associée à une hyperbilirubinémie
conjuguée et une élévation modérée des enzymes hépatiques.
Enfin, une cholestase est parfois retrouvée au
cours de la toxoplasmose, la brucellose, le paludisme, la
légionellose et la fièvre typhoïde.
Dans ces cas, les
transaminases sont nettement élevées, suggérant que le primum movens est une lésion hépatocytaire.
• Après 2 à 3 semaines de nutrition parentérale totale,
une cholestase biologique est observée chez environ
deux tiers des adultes atteints d’une maladie inflammatoire
digestive.
En revanche, l’ictère est rare.
Outre la cholestase, la biopsie du foie montre une stéatose
macrovacuolaire et un infiltrat lymphocytaire portal
modéré.
La pathogénie ferait intervenir les solutions
d’acides aminés qui diminuent le flux biliaire et l’absence
d’alimentation orale qui diminue le pool des acides
biliaires et la fréquence du cycle entéro-hépatique, prédisposant
à la précipitation des constituants de la bile.
• La cholestase postopératoire survient chez 10 % des
malades 1 à 10 jours après pontage coronaire et également
après une intervention abdominale majeure.
L’examen clinique est normal.
La bilirubinémie peut
être très élevée dépassant 350 mmol/L et les transaminases
sont normales. L’histologie du foie montre une
cholestase isolée sans nécrose hépatocytaire.
La diminution postopératoire de l’excrétion biliaire hépatocytaire,
l’anoxie hépatique, l’infection, la toxicité des anesthésiques
et neuro-sédatifs administrés, une insuffisance
rénale postopératoire pourraient participer à cet ictère.
• Une cholestase paranéoplasique peut être observée,
notamment au cours de cancer du rein (syndrome de
Stauffer).
Une hépatomégalie, une perte de poids, de la
fièvre et une élévation franche des phosphatases alcalines
sont notées; l’ictère est rare.
La confirmation du
diagnostic repose sur la disparition de la cholestase
après néphrectomie et l’absence de métastases hépatiques,
notamment à l’autopsie des malades décédés.
• La cholestase gravidique survient au troisième trimestre
de la grossesse.
Sa prévalence, probablement
sous-estimée, est évaluée à 2/ 1000 en France.
Le prurit
est constant ; un ictère survient dans 20 % des cas.
L’élévation des phosphatases alcalines, constante lors de
la grossesse, n’a pas de valeur diagnostique.
Les gGT
sont normales et les transaminases élevées (4 à 20 N).
Les arguments diagnostiques sont : un antécédent personnel
ou familial de cholestase gravidique ou de prurit
lors d’un traitement oestroprogestatif ; une grossesse multiple
ou une tocolyse par progestérone, facteurs favorisants ;
l’exclusion des autres causes d’ictère notamment de la stéatose
aiguë gravidique, et d’une lithiase biliaire ou d’une
hépatite virale dont les incidences sont accrues lors de la
grossesse ; la disparition rapide du prurit (4 à 8 jours) et la
normalisation des tests hépatiques (10 à 30 jours) après l’accouchement.
Des facteurs génétiques et une altération hormonale
du flux biliaire caniculaire seraient impliqués.
• La cholestase récurrente bénigne, diagnostic d’élimination,
est caractérisée par des épisodes répétés de cholestase
inexpliquée (prurit et ictère), spontanément régressifs et
séparés par de longues périodes asymptomatiques.
Lors de
l’ictère, l’hépatomégalie est constante ; il n’existe pas d’insuffisance
hépatocellulaire ou d’hypertension portale ;
les phosphatases alcalines sont élevées et les transaminases subnormales ; la biopsie du foie montre une cholestase
centrolobulaire et une inflammation portale
modérée et polymorphe.
Entre les épisodes, la clinique,
la biologie et l’histologie du foie sont normales.
Des
antécédents familiaux sont retrouvés dans la moitié des
cas et une transmission autosomique dominante a été
suggérée.
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