Le diagnostic d’hypoglycémie est souvent évoqué.
Sa confirmation suppose un dosage de glycémie en
laboratoire.
La mesure par bandelette réactive de la glycémie capillaire manque en effet de précision pour
assurer le diagnostic.
L’insulinome est rare et le retard de diagnostic fréquent.
Il doit être évoqué par l’interrogatoire
devant la survenue brusque de symptômes de neuroglycopénie, à jeun ou à
l’effort.
Le diagnostic sera confirmé par la mise en
évidence d’un hyperinsulinisme inapproprié à l’hypoglycémie, soit
spontanément, soit lors d’une épreuve de jeûne codifiée.
L’enquête topographique, à l’aide de l’imagerie,
ne doit être entreprise qu’après la démonstration d’une hypoglycémie
par hyperinsulinisme endogène.
Introduction :
Les hypoglycémies sont responsables d’une
symptomatologie polymorphe et variable, et la suspicion
d’hypoglycémie est une préoccupation fréquente en consultation.
De plus, les causes d’hypoglycémie organique sont
multiples et diverses.
Cependant, en dehors des hypoglycémies
médicamenteuses (en particulier les traitements hypoglycémiants du
diabète sucré), le diagnostic d’hypoglycémie organique n’est que
rarement confirmé.
Le diagnostic de « malaise hypoglycémique » est,
en pratique, souvent porté par excès chez des patients présentant
des symptômes variables et souvent mal définis, dont l’origine
hypoglycémique n’a pas été prouvée.
Il est donc essentiel de suivre une démarche
diagnostique rigoureuse avant de retenir le diagnostic
d’hypoglycémie, puis d’en rechercher l’étiologie.
Nous nous intéresserons aux hypoglycémies
organiques de l’adulte, à l’exclusion des causes médicamenteuses.
Diagnostic :
A - Sur quels éléments rechercher une
hypoglycémie ?
1- Anamnèse :
C’est une étape fondamentale pour le diagnostic
d’hypoglycémie.
L’hypoglycémie est un syndrome clinique au
cours duquel la baisse de la glycémie conduit à une neuroglycopénie.
Le clinicien se doit donc de
rechercher et d’analyser soigneusement les
symptômes secondaires à cette neuroglycopénie
pour approcher le diagnostic d’hypoglycémie.
L’interrogatoire du patient, éventuellement complété
à l’aide de l’entourage, sera donc la première étape
capitale du diagnostic.
La symptomatologie devra
soigneusement être précisée.
Les symptômes
d’hypoglycémie peuvent être liés, d’une part à la
réponse du système nerveux autonome, d’autre part
à la souffrance du système nerveux central due à la neuroglycopénie.
2- Analyse des symptômes
:
Les symptômes neurovégétatifs surviennent, en
général, pour des glycémies inférieures à 0,6 g/L
(3,3 mmol/L) et les signes de neuroglycopénie pour
des glycémies inférieures à 0,5 g/L (2,75 mmol/L).
Cependant, le seuil glycémique d’apparition des
symptômes et la symptomatologie sont très
variables d’un patient à l’autre. En revanche, chez un
patient donné, ils sont assez reproductibles d’un
malaise à l’autre.
Les principaux signes neurovégétatifs sont :
sueurs, tremblements, tachycardie, anxiété, nausées,
fringale.
Ceux de neuroglycopénie sont : asthénie (peu
spécifique), difficultés de concentration, troubles
visuels, céphalées, difficultés de langage, troubles
psychiatriques, syndrome confusionnel, déficit neurologique, crise comitiale, au maximum coma
(avec sueurs, contractures, parfois signe de Babinski
bilatéral).
L’élément essentiel orientant le clinicien vers une
hypoglycémie organique est la présence de signes neuroglycopéniques survenant épisodiquement.
Leur existence, en particulier des troubles
neurologiques ou psychiatriques, doit inciter à
poursuivre les investigations.
À l’inverse, lorsqu’un
interrogatoire bien conduit ne met en évidence que
des signes neurovégétatifs, sans aucun signe de neuroglycopénie, le diagnostic d’hypoglycémie est
peu probable.
La note confusionnelle parfois
observée lors d’une hypoglycémie organique rend
souvent la description de ses symptômes par le
patient peu précise.
Tout doit alors être fait pour
compléter l’anamnèse par l’interrogatoire de
l’entourage.
3- Autres arguments cliniques pour une
hypoglycémie organique
:
* Horaires :
Des malaises survenant le matin à jeun ou dans
la journée à distance des repas sont évocateurs
d’hypoglycémie organique.
Une distinction a
longtemps été faite entre les hypoglycémies
survenant à jeun et les hypoglycémies postprandiales.
Une cause organique est suspectée aux
premières, alors que les secondes sont souvent
rapportées à des troubles fonctionnels.
En réalité, les
symptômes postprandiaux surviendraient
fréquemment en l’absence de réelle hypoglycémie.
Le diagnostic d’« hypoglycémie fonctionnelle », porté
fréquemment, sans qu’aucune hypoglycémie ait pu
être documentée sur un prélèvement sanguin, chez
des patients présentant des symptômes 2 à 5 heures
après un repas, est actuellement très controversé.
En
dehors de situations très particulières, comme les
sujets gastrectomisés, ces malaises postprandiaux ne
seraient contemporains d’une baisse glycémique
modérée mais significative que dans 5% des cas.
À l’inverse, les malaises survenant chez certains
patients présentant des hypoglycémies organiques
(par exemple, certains cas d’insulinome ou de rares
cas d’hypoglycémie de l’adulte d’origine génétique)
peuvent avoir un horaire postprandial.
Signalons
deux causes génétiques d’hypoglycémie de l’adulte
récemment identifiées et pouvant entraîner des
malaises postprandiaux : la mutation inactivatrice de
la proconvertase 1 (PC1) et la mutation activatrice de
la glucokinase.
* Lien avec l’effort physique
:
L’aggravation ou l’apparition des symptômes à
l’effort physique est un bon argument d’hypoglycémie
organique.
* Régression rapide des symptômes après
ingestion de sucre :
C’est un argument majeur pour rattacher les
symptômes à une hypoglycémie.
* Prise de poids :
Elle est souvent observée dans certaines
étiologies d’hypoglycémie comme l’insulinome.
* Aggravation dans le temps des épisodes :
Cette aggravation en fréquence et en intensité (en
particulier pour les signes neurologiques) est un
argument pour une hypoglycémie organique.
B - Comment retenir le diagnostic
d’hypoglycémie ?
Les symptômes d’hypoglycémie étant non
spécifiques, il est important de confirmer
biologiquement l’hypoglycémie avant d’en retenir le
diagnostic.
Le diagnostic d’hypoglycémie organique
doit remplir les critères de la caractéristique triade de
Whipple (glycémie inférieure à 0,50 g/L,
contemporaine de symptômes d’hypoglycémie
cédant après correction de l’hypoglycémie).
Lors de
la première consultation, le clinicien dispose
cependant très rarement de ces trois éléments.
La mesure de la glycémie capillaire au doigt n’est
pas fiable pour le diagnostic d’hypoglycémie
organique, en dehors de la prise en charge du
diabétique traité.
La mesure de la glycémie capillaire
risque souvent de sous-estimer la glycémie et de
conduire au diagnostic par excès.
Une glycémie
réalisée au laboratoire sur un prélèvement effectué
lors d’un malaise serait la meilleure façon de
confirmer le diagnostic.
Le plus souvent, ce
prélèvement n’a pas pu être effectué lors d’un
malaise spontané.
La mesure systématique de la glycémie à jeun
sera réalisée en première intention, mais cet examen
simple sera souvent non concluant, car le
prélèvement est habituellement effectué en dehors
d’un épisode d’hypoglycémie.
Il est alors évident
qu’une glycémie normale ne permet pas d’écarter le
diagnostic.
À l’inverse, une glycémie normale lors
d’un malaise spontané permet évidemment
d’écarter le diagnostic.
L’existence d’une histoire clinique évocatrice de
malaises hypoglycémiques, en particulier lorsqu’il
existe des signes de neuroglycopénie, doit inciter le
clinicien à poursuivre les explorations pour
confirmer l’hypoglycémie.
L’épreuve de jeûne est
alors l’exploration de référence pour prouver une
hypoglycémie.
Il est évident que sa prescription doit
être faite lorsque le clinicien estime que la
symptomatologie est bien compatible avec le
diagnostic d’hypoglycémie organique, après une
évaluation complète des données cliniques
détaillées auparavant.
L’épreuve de jeûne a surtout pour but de
rechercher une hypoglycémie survenant dans le
cadre d’un insulinome.
Avant de réaliser une
épreuve de jeûne, il conviendra donc de rechercher,
par la clinique et éventuellement quelques examens
complémentaires simples dictés par la clinique,
certaines étiologies d’hypoglycémie.
Ces dernières
sont en général facilement mises en évidence, à la
différence de l’insulinome.
C - Étiologie des hypoglycémies organiques :
Souvent, la présentation clinique, l’analyse du
terrain et des traitements pris par le patient,
permettent d’emblée une orientation étiologique,
guidant ainsi les explorations.
Le problème est
parfois simplement résolu chez des patients polymédicamentés et souffrant de pathologies
multiples et/ou sévères guidant facilement le
diagnostic étiologique.
Une étude a mis en évidence
une hypoglycémie chez 1,2% des sujets hospitalisés
tout venant.
Ceci s’explique le plus souvent par la
coexistence de plusieurs pathologies sévères et/ou
de thérapeutiques pouvant chacune entraîner une
hypoglycémie.
Les médicaments responsables
d’hypoglycémie ne sont pas traités dans ce chapitre.
À l’inverse, le clinicien peut se trouver, à l’issue de
la première consultation, face à un patient ne
présentant aucune étiologie évidente d’hypoglycémie.
En l’absence d’éléments d’orientation, un
certain nombre de causes, en particulier
endocriniennes, doivent être discutées et
recherchées avant de poursuivre les explorations et
éventuellement de proposer une épreuve de jeûne,
si l’hypoglycémie n’a pas à ce stade pu être prouvée.
1- Causes d’hypoglycémie organique en dehors
de l’insulinome :
*
Pathologies générales sévères
:
Ces nombreuses pathologies sont, en général,
déjà clairement diagnostiquées, souvent chez des
patients déjà hospitalisés au moment où
l’hypoglycémie survient, et sont donc facilement
identifiées : insuffisance hépatocellulaire sévère,
insuffisance rénale sévère, état infectieux sévère ou
état de choc, cachexie, anorexie, intoxication (alcool),
insuffisance cardiaque congestive...
* Insuffisance surrénalienne primaire
ou secondaire
:
Elle doit être écartée par la réalisation d’un test au Synacthènet Immédiat, avant réalisation d’une
épreuve de jeûne.
Rappelons à cette occasion qu’il
faudra se méfier d’une hypoglycémie lors de l’arrêt
d’une corticothérapie ou la correction d’un
hypercorticisme chez un patient bénéficiant d’un
traitement hypoglycémiant.
* Hypopituitarisme
:
Il représente, en particulier chez l’enfant, une
autre cause endocrinienne d’hypoglycémie.
Cette
dernière est alors liée au manque des hormones
hyperglycémiantes que sont l’hormone de
croissance et le cortisol.
* Hypoglycémies par tumeurs extrapancréatiques
(non islet cell-tumor hypoglycemia)
:
Ces rares tumeurs entraînent des hypoglycémies
souvent sévères et itératives. Le diagnostic de ces
hypoglycémies est, en général, porté rapidement (en
3 mois dans 58% des cas et en 1 an dans 89% des
cas).
Les tumeurs responsables sont souvent
d’origine mésenchymateuse et habituellement
volumineuses.
Leur siège est intrathoracique dans
un tiers des cas et rétropéritonéal dans deux tiers des
cas.
Environ trois quarts de ces tumeurs sont
malignes.
Les tumeurs le plus fréquemment
incriminées sont d’origine mésenchymateuse :
fibrome ou fibrosarcome pleural, léiomyome, léiomyosarcome, rhabdomyome, rhabdomyosarcome...
Une étude rétrospective sur 223 tumeurs
pleurales met en évidence 12 cas d’hypoglycémie,
dont neuf observés pour des tumeurs de plus de
10 cm.
S’agissant de volumineuses tumeurs, elles
sont habituellement facilement mises en évidence
par l’examen clinique, éventuellement complété par
une radiographie de thorax et une échographie
abdominale.
L’hypoglycémie est liée à l’expression
par la tumeur d’IGF II.
Par un effet de rétrocontrôle
direct ou indirect, il est observé des taux
plasmatiques bas d’insuline, d’hormone de
croissance (GH [growth hormone]) et d’IGF I.
* Hypoglycémie d’origine auto-immune :
Cette forme d’hypoglycémie est rare et est liée à
la présence d’autoanticorps antirécepteurs de
l’insuline ou anti-insuline.
On l’observe
habituellement chez des patients présentant un
terrain auto-immun marqué.
2- Insulinome :
Une suspicion d’hypoglycémie organique, sans
argument en faveur des causes précédentes, doit
inciter à rechercher un insulinome.
L’insulinome
entraîne souvent des malaises intermittents, chez un
sujet apparemment bien portant et souvent
normoglycémique en dehors des épisodes aigus.
Pour cette raison, le diagnostic d’insulinome est
souvent évoqué lors d’une première consultation
pour suspicion d’hypoglycémie au cours de laquelle
aucun argument n’est retrouvé en faveur d’une des
causes d’hypoglycémie précédemment exposées.
Cependant, même si l’insulinome est la plus
fréquente des tumeurs du pancréas endocrine, il
reste peu fréquent, puisque son incidence est
estimée à quatre cas par million de personnes
chaque année.
Ce diagnostic sera donc finalement
rarement confirmé.
L’insulinome peut se voir à tout âge chez l’adulte,
avec une légère prédominance entre 35 et 55 ans.
Il
s’agit le plus souvent d’une tumeur unique.
Dans
10 % des cas cependant, il s’agit de tumeurs
multiples, en particulier chez les patients présentant
une néoplasie endocrinienne multiple de type 1
(NEM1).
Dans 5 à 10% des cas, il s’agit de lésions
malignes.
Comme souvent pour les tumeurs
endocrines, le diagnostic histologique de malignité
des insulinomes est difficile à porter, en dehors d’une
effraction capsulaire ou d’une dissémination
tumorale.
Pour ces raisons, un suivi est indispensable
après l’exérèse d’un insulinome.
Les récurrences sont
estimées à 6% à 10 ans et 8% à 20 ans. Les
localisations ectopiques sont exceptionnelles (moins
de 1 % des cas, localisées dans l’estomac, le
duodénum, le diverticule de Meckel, mésentérique....).
Enfin, il s’agit fréquemment de petites
lésions, puisque 30 % des insulinomes ont un
diamètre inférieur à 1cm.
De plus, il n’y a pas de
corrélation entre la durée et la sévérité des
symptômes et le volume tumoral.
De petites
tumeurs de 0,5 g peuvent être symptomatiques par
une hypersécrétion d’insuline importante.
La
difficulté du diagnostic d’insulinome est souvent
responsable d’un retard important de celui-ci par
rapport au début des symptômes.
3- Comment porter le diagnostic d’insulinome ?
L’étape indispensable est évidemment de savoir
évoquer le diagnostic d’hypoglycémie devant une
symptomatologie parfois trompeuse (par exemple
dans les formes psychiatriques).
Une fois évoqué, le
diagnostic biologique d’hypoglycémie par hypersinsulinisme endogène doit être rigoureusement
établi avant de porter le diagnostic
d’insulinome et d’en rechercher la localisation.
Une
glycémie inférieure ou égale à 0,45 g/L
(2,47 mmol/L), associée à une insulinémie
supérieure à 5 íU/mL, et un peptide C en rapport
avec l’insulinémie permettent de retenir le
diagnostic d’hyperinsulinisme endogène.
Il est
indispensable d’avoir une insulinémie contemporaine
d’une véritable hypoglycémie pour porter
correctement le diagnostic.
Raisonner sur un
rapport insulinémie/glycémie en dehors d’une
hypoglycémie, ou sur la normale de l’insulinémie à
jeun du laboratoire effectuant le dosage, risque fort
d’induire le clinicien en erreur.
Chez certains patients, l’hyperinsulinisme est facile
à documenter sur un prélèvement effectué lors d’un
malaise, ou chez un patient présentant une histoire
clinique évocatrice mais consultant en dehors d’un
malaise, sur un prélèvement le matin à jeun.
En effet,
une hypoglycémie est retrouvée sur un prélèvement
à jeun le matin chez la moitié des patients
présentant un insulinome.
Dans les autres cas, la
réalisation d’une épreuve de jeûne sera
indispensable au diagnostic.
4- Épreuve de jeûne
:
Elle est standardisée et se réalise en
hospitalisation et sous une étroite surveillance
médicale.
L’épreuve se poursuivra jusqu’à 72 heures
et sera interrompue auparavant si la glycémie est
inférieure à 0,4 g/L (2,2 mmol/L) et que le patient
présente des signes ou des symptômes
d’hypoglycémie.
L’existence de signes cliniques lors
d’une baisse de la glycémie est importante à noter,
dans la mesure où certains sujets normaux, en
particulier des jeunes femmes, peuvent présenter
une glycémie à 0,4 g/L en fin d’épreuve de jeûne.
Dans l’hypothèse d’un insulinome, une insulinémie
non effondrée (c’est-à-dire supérieure à 5 íU/mL
lorsqu’un dosage par IRMA [immunoradiometric
assay] ayant une sensibilité de 5 íU/mL est utilisé)
sera observée alors que le patient est en
hypoglycémie et ne présente pas de cétonurie.
Après 24 heures de jeûne, 75 % des patients
présentant un insulinome sont en hypoglycémie,
après 48 heures de jeûne, l’hypoglycémie survient
dans 98% des cas.
Moins de 0,6% des patients
ayant un insulinome ne présenteront pas
d’hypoglycémie après un jeûne prolongé de 72
heures.
À la fin de l’épreuve de jeûne, l’insulinémie
reste supérieure à 10 íU/mL dans 98% des cas et
supérieure à 5 íU/mL chez tous les patients.
L’épreuve de jeûne, à condition d’une réalisation
soigneuse et d’une interprétation rigoureuse, a donc
une excellente sensibilité pour le diagnostic
d’hyperinsulinisme.
Le dosage concomitant du peptide C, qui sera en
rapport avec l’insulinémie, permet d’écarter des
injections d’insuline exogène mais pas une
hypoglycémie par prise de sulfamides ou certaines
formes d’hypoglycémies auto-immunes.
Le clinicien
a habituellement l’attention attirée sur ces dernières
situations, qui sont assez rares, par le contexte
clinique (milieu médical ou paramédical, parent d’un
sujet diabétique traité...).
Dans le cas des
hypoglycémies induites par les sulfamides, la
recherche de sulfamides dans le plasma ou les
urines peut parfois être utile, mais est difficilement
réalisable de façon systématique en dehors des
sulfamides de première génération.
Lorsque le diagnostic d’hyperinsulinisme
endogène est porté sur les explorations endocriniennes,
alors, mais seulement alors, les
investigations morphologiques devront être
réalisées pour localiser l’insulinome.
5- Localisation d’un insulinome :
Cette tumeur endocrine pouvant être de très
petite taille, il est essentiel d’avoir la confirmation
biologique d’une hypoglycémie par hyperinsulinisme
endogène avant de réaliser les explorations
morphologiques.
L’échoendoscopie et l’examen tomodensitométrique,
avec la technique d’acquisition hélicoïdale,
sont les explorations non invasives réalisées en
première intention.
L’échoendoscopie doit être
pratiquée par un opérateur expérimenté, dans les mains duquel la sensibilité de l’examen dépasse
90%.
Un examen tomodensitométrique réalisé
avec une technique rigoureuse est un élément
important du bilan initial, permettant la localisation
tumorale dans 60 à 70% des cas et surtout la
recherche de localisations secondaires ganglionnaires
ou hépatiques.
La place de l’imagerie par résonance magnétique
(IRM) reste à définir et cet examen ne peut pas être
recommandé systématiquement actuellement pour
l’exploration d’un insulinome.
Par ailleurs,
l’échographie conventionnelle par voie transpariétale manque de sensibilité puisqu’elle ne
détecte qu’environ 60% des insulinomes.
Dans le
cas de figure rare d’un insulinome non visualisé par
l’échoendoscopie et le scanner, les explorations
vasculaires invasives comme l’artériographie, les
prélèvements veineux étagés, ou le dosage veineux
sus-hépatique d’insuline après stimulation calcique
intra-artérielle, peuvent avoir leur place, mais
imposent le recours à des équipes spécialisées.
Traitement :
Prise en charge thérapeutique d’une
hypoglycémie organique
:
1- Malaise hypoglycémique :
Les sucres d’absorption rapide par voie orale sont
utilisés lors d’un malaise sans troubles de
conscience.
Un apport adapté en sucres d’absorption
lente est ensuite préconisé, pour maintenir une normoglycémie.
Le recours à une injection intraveineuse de
glucose est nécessaire lors d’un malaise avec
troubles de conscience.
Il est alors impératif
d’administrer sans tarder le sérum glucosé : sérum
glucosé à 30% (trois à quatre ampoules de 20 mL)
par voie intraveineuse stricte et lente, puis relais
éventuel par perfusion de sérum glucosé à 10%,
sous surveillance médicale.
Contrairement aux hypoglycémies survenant
chez le diabétique insulinotraité, le recours au
glucagon, pour corriger une hypoglycémie, peut être
inefficace si la pathologie responsable entraîne une
déplétion hépatique en glycogène.
Dans certains
hyperinsulinismes, le glucagon pourrait aggraver
l’insulinosécrétion.
Pour ces raisons, il est préférable,
si cela est possible, de recourir au sérum glucosé qui
sera toujours rapidement efficace.
2- Traitement à long terme des hypoglycémies
organiques :
Le traitement vise avant tout la cause de
l’hypoglycémie, lorsque cette dernière est curable
(insuffisance surrénale, insulinome...).
Ceci permet
évidemment la disparition des épisodes
d’hypoglycémie.
En l’attente du traitement de la cause, ou lorsque
cette dernière n’est pas curable, les mesures
diététiques sont essentielles.
Un apport adapté en
sucres d’absorption lente est préconisé pour
maintenir une normoglycémie.
Des collations entre
les repas, voire des collations nocturnes, seront
instituées.
Le recours à des perfusions intraveineuses
de glucose est parfois nécessaire lors d’hypoglycémies
sévères et fréquentes (par exemple dans
l’insulinome), en attendant l’efficacité d’un traitement
additionnel.
Le traitement de l’insulinome est avant tout
chirurgical.
Celui-ci est guidé par les études
morphologiques préopératoires.
Dans 90% des cas,
le traitement chirurgical aboutit à la guérison des
hypoglycémies.
Les échecs sont habituellement
liés à l’absence de localisation de l’insulinome ou à
l’existence d’une autre localisation (insulinomes
multiples des NEM1 ou insulinomes malins) et plus
rarement à une lésion inextirpable.
La performance
des explorations actuelles, en particulier
l’échoendoscopie, devrait encore améliorer les
résultats.
Chez les patients présentant un insulinome,
le diazoxide est souvent nécessaire en l’attente de la
chirurgie ou dans les formes métastatiques.
Le diazoxide (Proglicemt) agit sur un canal
potassique ATP-dépendant et inhibe l’insulinosécrétion.
Un effet périphérique musculaire et de
stimulation de la néoglucogenèse hépatique
participerait aussi à l’action hyperglycémiante.
La
posologie sera progressivement augmentée jusqu’à
correction des hypoglycémies.
Une posologie de
300 à 600 mg est parfois nécessaire.
Dans les insulinomes malins, une posologie plus élevée peut
être discutée si les effets secondaires le permettent.
L’efficacité semble moindre, voire nulle, dans les
tumeurs agranulaires.
Les effets secondaires les plus
fréquents sont la rétention hydrosodée, les nausées,
l’hypertrichose.
Le diazoxide doit être associé à un
diurétique thiazidique, ce qui limite les oedèmes mais
favorise l’hypokaliémie.
Les analogues de la somatostatine ont été
proposés dans les insulinomes et les tumeurs
sécrétrices d’IGF II dans un but antisécrétoire.
L’effet
dans les insulinomes semble cependant inconstant
et modeste. Une aggravation des hypoglycémies est
parfois observée et pourrait être liée à une inhibition
des hormones de la contre-régulation comme le
glucagon ou la GH.
Les bêtabloquants et inhibiteurs calciques ont été
essayés avec des résultats inconstants et modestes
dans les insulinomes.
De même, les corticoïdes à
fortes doses (1 mg/kg/j) peuvent aider à stabiliser la
glycémie dans certaines situations délicates.
Enfin, dans l’insulinome malin, une chimiothérapie
est souvent discutée lorsqu’une exérèse
chirurgicale n’est pas possible.
Cette chimiothérapie
sera à discuter en fonction de l’évolution tumorale et
du bilan d’extension.
L’association streptozocine
(500 mg/m2 intraveineux, pendant 5 jours, en cycle
de 6 semaines) et adriamycine (50 mg/m2
intraveineux toutes les 3 semaines) semble la plus
efficace.
Dans les tumeurs hypoglycémiantes sécrétrices
d’IGF II, l’injection de GH recombinante s’oppose au
rétrocontrôle négatif exercé sur l’axe somatotrope et
permet une amélioration des hypoglycémies.
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