L’amélioration du contrôle glycémique du diabétique de type 2 passe par une utilisation optimale de l’ensemble
des moyens thérapeutiques à la disposition du clinicien.
L’introduction récente de la classe des glinides,
insulinosécrétagogues d’action rapide et brève, et de celle des thiazolidinediones ou glitazones, qui agissent comme
des insulinosensibilisateurs, offre des alternatives à l’association classique sulfamide-metformine.
Introduction
:
Après 40 ans d’hégémonie des sulfamides
hypoglycémiants (SH) et de la metformine (Met),
l’arsenal thérapeutique du diabète de type 2 s’est
enrichi en 1994 avec la mise sur le marché du
premier inhibiteur des a-glucosidases (IAG),
l’acarbose, ouvrant la voie au concept de régulation
de la glycémie postprandiale (GPP).
Toutefois,
malgré un mécanisme d’action original, cette classe
thérapeutique conserve une place relativement
marginale.
Plus récemment, le répaglinide, premier
représentant des glinides, a fait son apparition.
Lui
aussi se positionne clairement comme un régulateur
de la GPP mais, à la différence des IAG qui sont
complémentaires des SH et de la Met, cet
insulinosécrétagogue d’action rapide et brève entre
en concurrence directe avec les anciens SH.
Enfin,
plus récemment encore, la classe des thiazolidinediones
(TZD) ou glitazones a été admise en
Europe.
Les conditions de prescription de ses deux
représentants, la rosiglitazone et la pioglitazone, sont
actuellement limitées, mais le potentiel de cette
classe apparaît extrêmement prometteur si aucune
donnée inattendue de pharmacovigilance à long
terme ne vient en freiner le développement.
Stratégie thérapeutique générale
du diabète de type 2 :
Le diabète de type 2 est une maladie évolutive
nécessitant une adaptation thérapeutique
continuelle face à son évolution spontanée vers
l’aggravation de l’hyperglycémie et à l’apparition
éventuelle de complications.
Les recommandations
actuelles vont dans le sens d’additions
thérapeutiques successives avec l’objectif, ambitieux
mais probablement justifié en ce qui concerne la
France, de maintenir une hémoglobine (Hb) A1c
inférieure ou égale à 6,5% dans le cas général
(dosage en chromatographie liquide à haute
performance, valeurs normales : 4,4 à 6 %).
Si le
dosage de l’HbA1c est ininterprétable (hémoglobinopathie,
anémie hémolytique, saignements répétés,
saignées, hypersplénisme…) ou si un dosage fiable
n’est pas disponible, il convient de se référer aux
valeurs de la glycémie en sachant que ce paramètre
est beaucoup plus variable d’un jour à l’autre et que
la glycémie à jeun (GAJ) n’en représente qu’une
composante.
La diététique représente avec l’activité physique
la base de la thérapeutique.
Lorsqu’elle ne
permet pas d’atteindre l’objectif au bout de 3 mois
ou qu’elle devient insuffisante à le maintenir, la mise
en place d’une monothérapie devient nécessaire.
En
raison de sa supériorité démontrée chez les patients
en surpoids, la Met doit être donnée en première
intention si l’indice de masse corporelle (poids/taille2)
excède 28.
En cas d’intolérance ou de contreindication
à ce traitement ou chez les sujets de poids
normal, le choix est laissé à l’appréciation du
clinicien.
Logiquement, une hyperglycémie à jeun
fait choisir la Met ou à défaut un SH, des signes
d’insulinopénie un SH, tandis qu’une hyperglycémie
à prédominance postprandiale oriente vers
l’utilisation d’un IAG chez le patient en surpoids ou
d’un glinide chez un patient de poids normal.
La posologie de la monothérapie est ajustée de
façon progressive en fonction de sa tolérance et de
son efficacité, suivie initialement, du fait de la lenteur
de réaction de l’HbA1c, sur les cycles glycémiques et
éventuellement l’autosurveillance.
Si la monothérapie ne permet plus d’obtenir ou
de maintenir le résultat escompté, il convient dans
un premier temps de vérifier l’observance diététique
et des prises médicamenteuses.
Si l’HbA1c reste
supérieure à 6,5 %, le recours à une association
thérapeutique devient nécessaire.
Classiquement,
celle-ci repose sur un SH et la Met, mais les nouvelles
molécules offrent actuellement des alternatives
intéressantes.
Lorsque, sur la base d’un suivi trimestriel, la
bithérapie s’avère insuffisante à maintenir l’objectif
glycémique, l’heure de l’insulinothérapie a sonné.
En
général, du fait de sa bonne acceptation, de la facilité
de sa mise en place et de la simplicité de l’adaptation
des doses d’insuline sur la seule GAJ, c’est
l’insulinothérapie au coucher (bed-time) en association à un traitement antidiabétique oral qui a
la préférence. Cette stratégie limite de plus le risque
d’hypoglycémie et de prise de poids potentiellement
délétère à long terme.
L’administration de l’insuline
au coucher (vers 22 h 30) peut néanmoins poser un
problème chez des patients ayant une autonomie
réduite et dépendants du passage d’une infirmière,
ou chez ceux ayant une vie nocturne active.
Le
second inconvénient tient au profil d’action de
l’insuline NPH habituellement utilisée dans ce
schéma, qui conduit à un risque non négligeable
d’hypoglycémie vers 3 heures du matin si l’on
cherche une correction parfaite de la GAJ.
La mise
sur le marché de la glargine (Lantust), un analogue
lent de l’insuline, devrait résoudre ces deux
problèmes du fait de sa durée d’action plus longue et
de son profil plus plat permettant son administration
à l’heure du dîner et peut-être d’éviter l’échappement
glycémique en cours de journée lié à une
insulinosécrétion insuffisante en période
postprandiale.
Lorsque celui-ci survient, le recours à
une insulinothérapie conventionnelle, voire
intensifiée, devient nécessaire.
Il est possible que la classe des TZD ouvre des
perspectives de trithérapie qui viendront ajouter d’ici
quelques années une étape supplémentaire avant le
passage à l’insuline.
Quelle place pour les inhibiteurs
des a-glucosidases ?
A - Effets métaboliques
:
L’acarbose (Glucort) et le miglitol (Diastabolt),
agissant en ralentissant l’absorption intestinale des
glucides alimentaires, peuvent en théorie être
associés à toutes les autres classes thérapeutiques, à
l’exception des glinides eux aussi ciblés sur le
contrôle de la GPP.
Leur effet sur la GAJ et l’HbA1c est en revanche
plus modeste que celui des autres classes thérapeutiques.
Les limitations à leur
emploi tiennent surtout à leurs effets indésirables
digestifs (météorisme, flatulences, diarrhées), dont la
seule prévention efficace consiste en une
augmentation très progressive de la posologie.
Les IAG n’entraînent pas par eux-mêmes d’hypoglycémie,
mais ils potentialisent l’effet hypoglycémiant
des SH et de l’insuline. Le resucrage doit dans ce cas
faire appel à du glucose (exemple, tablettes
énergétiques) et non du saccharose.
B - Quels schémas ?
Les IAG peuvent être utilisés en monothérapie, en
prolongement des mesures hygiénodiététiques
initiales chez des patients insuffisamment contrôlés
par la diététique et ayant de façon prépondérante
une hyperglycémie postprandiale, en sachant que la
Met garde une priorité chez le patient en surpoids.
En seconde intention, ils peuvent être utilisés en
association avec la Met chez des patients en
surpoids chez lesquels on préfère retarder le recours
à un SH du fait d’un effet potentiellement délétère
sur le poids ou chez les patients traités par SH
présentant une intolérance à la Met.
Dans ces deux
indications, les IAG entrent actuellement en
concurrence avec les TZD.
Les IAG sont fréquemment utilisés en trithérapie,
mais il est rare que cette association permette de
différer grandement le passage à l’insuline de sorte
que cette stratégie n’est pas recommandée.
Quelle place pour les glinides ?
A - Modalités de prescription :
Le répaglinide (Novonormt), seul représentant de
cette classe thérapeutique actuellement commercialisé, agit sur la
sécrétion d’insuline par des mécanismes assez voisins de ceux des
SH.
Il s’en distingue toutefois par ses
caractéristiques pharmacocinétiques, le faisant entrer
dans la classe des insulinosécrétagogues d’action
rapide et brève.
Il doit être administré avant chaque
repas à une dose de 0,5, 1, 2 ou 4 mg, ajustée de
façon progressive sur le résultat de la GPP.
La dose
est habituellement mais non obligatoirement
identique aux trois repas principaux.
L’avantage du répaglinide par rapport aux SH tient à son effet
insulinosécréteur plus rapide et plus bref que celui de
ces derniers, permettant un meilleur contrôle de la
GPP et un moindre risque d’hypoglycémie à distance
des repas ou en cas d’omission d’un repas et
peut-être, mais ce point reste à démontrer, de prise
pondérale.
Son inconvénient tient à une action
relativement insuffisante en deuxième partie de nuit
à l’origine d’un mauvais contrôle de la GAJ.
Son effet
indésirable principal est l’hypoglycémie.
B - Quels patients et quels schémas
thérapeutiques ?
En monothérapie, le répaglinide s’adresse
essentiellement aux diabétiques de poids normal
ayant une hyperglycémie postprandiale marquée et
une GAJ peu élevée.
Il peut être avantageux par
rapport aux SH d’action longue chez les patients
ayant des horaires d’alimentation irréguliers ou une
activité physique épisodiquement intense. A priori, il
représente un insulinosécrétagogue intéressant chez
le sujet âgé, mais son utilisation au-delà de 75 ans
n’est pas validée.
D’autre part, en raison de son
élimination essentiellement biliaire, il peut trouver
une place dans le traitement de sujets diabétiques de
type 2 en insuffisance rénale modérée.
L’association à la Met représente probablement
sa meilleure indication, les deux molécules agissant
de façon complémentaire, l’une sur la GAJ, l’autre sur
la GPP.
L’avantage par rapport à l’association
classique SH et Met tient à l’effet insulinosécréteur
plus rapide et plus bref du glinide, permettant un
meilleur contrôle de la GPP et une moindre
insulinisation interprandiale, donc un risque plus
faible d’hypoglycémie à distance des repas et
peut-être une moindre prise de poids.
Le répaglinide a également été utilisé en
association avec l’insuline au coucher chez des
patients non contrôlés par une bithérapie orale à
posologie maximale.
L’association avec les TZD a été testée, mais
n’entre pas strictement dans des mentions
d’autorisation de mise sur le marché actuelle de cette
classe.
Enfin, l’association avec les SH classiques et les IAG est illogique et non validée. Elle doit de ce fait
être proscrite.
Quelle place thérapeutique
pour les thiazolidinediones ?
A - Effets métaboliques
:
Les TZD représentent une nouvelle classe
d’insulinosensibilisateurs agissant, en activant les
récepteurs nucléaires PPARc, à l’interface entre le
métabolisme du tissu adipeux et l’utilisation
périphérique du glucose ainsi que son métabolisme
hépatique.
Deux représentants en sont
actuellement commercialisés.
B - Indications :
Le potentiel des TZD est extrêmement prometteur
dans les domaines de la préservation au long cours
de la fonction b-cellulaire et de la prévention
cardiovasculaire.
Leurs conditions de prescription
sont toutefois actuellement limitées à la bithérapie*
en association avec la Met chez les patients en
surpoids insuffisamment contrôlés par la dose
maximale tolérée ou en association avec les SH chez
des patients de poids normal présentant une
intolérance ou une contre-indication à l’utilisation de
la Met.
L’insuffisance cardiaque, même modérée,
et l’association à l’insuline représentent des
contre-indications à l’utilisation de cette classe.
C - Conditions de prescription
:
La prescription des TZD peut actuellement être
initiée par le médecin généraliste, aussi bien que les
spécialistes en endocrinologie-diabétologie et en
médecine interne, mais elle relève encore de la
procédure des médications d’exception
(ordonnances 60-3976).
D - Posologies recommandées :
1- Rosiglitazone (Avandiat)
:
En association avec la Met : 4 mg/j (ou 2 ´
2 mg/j) ; 8 mg/j (ou 2 ´ 4 mg/j) si l’objectif
glycémique n’est pas atteint après 8 semaines.
En association avec les SH : 4 mg/j (ou 2 ´ 2 mg/j)
avec réduction de la posologie du SH en cas
d’hypoglycémie.
2- Pioglitazone (Actost)
:
En association avec la Met ou les SH : 15 mg/j en
une prise unique ou 30 mg/j si l’objectif glycémique
n’est pas atteint**, la posologie d’un SH devant
éventuellement être réduite en cas d’hypoglycémie.
E - Surveillance :
Du fait des accidents d’hépatotoxicité enregistrés
avec la troglitazone, retirée de ce fait du marché, un
dosage des transaminases est recommandé avant
l’instauration du traitement, puis tous les 2 mois au
cours de la première année de prescription.
Le
traitement doit être interrompu en cas d’élévation
des transaminases à plus de trois fois la valeur
normale ou s’il apparaît des signes cliniques, en
particulier un ictère.
Après la première année, la
surveillance des tests hépatiques n’est plus
obligatoire.
Il n’est pas certain, au vu des données de
pharmacovigilance, que cette recommandation soit
maintenue pour la rosiglitazone et la pioglitazone.
La prise de TZD s’accompagne assez fréquemment
d’un certain degré de rétention
hydrosodée à l’origine d’une hémodilution et parfois
d’une pseudoanémie (contrôle de la numération
formule sanguine avant la prescription) et pouvant
favoriser une décompensation chez certains patients
insuffisants cardiaques.
Les autres effets indésirables fréquents sont les
oedèmes liés à une augmentation de la perméabilité
capillaire et à la rétention hydrosodée, ainsi qu’une
prise de poids par augmentation de la masse grasse
liée aux mécanismes d’action même de ce
médicament.
Celle-ci s’observe au cours de la
première année du traitement et ne concerne que
le tissu adipeux sous-cutané, les dépôts de graisse intra-abdominale évoluant favorablement.
De ce fait, cette prise de poids n’a pas d’effet délétère sur
la sensibilité à l’insuline des patients et sur leur
équilibre métabolique à long terme.
F - Quelle place thérapeutique ?
Actuellement, les TZD représentent incontestablement
une alternative séduisante à l’association
SH-Met chez des patients obèses.
Chez le patient de poids normal en échec de
traitement par SH, la Met garde logiquement
une place prioritaire en raison de ses effets
bénéfiques démontrés, mais les TZD peuvent
trouver leur place du fait des contre-indications et
des intolérances digestives relativement fréquentes à
cet agent, limitant le recours à des posologies
maximales.
L’originalité de la classe thérapeutique des TZD
tient à la possibilité d’une protection b-cellulaire, qui
permettrait de maintenir l’efficacité du traitement
antidiabétique oral à long terme, et à des effets
pléiotropes potentiellement bénéfiques sur le plan
de la prévention du risque cardiovasculaire de ces
patients.
Il est certain que si les études en cours
confirment les données préliminaires actuellement
disponibles et qu’aucune alerte de pharmacovigilance
ne se fait jour, cette classe devrait voir ses
indications élargies à la monothérapie de première
intention et éventuellement à la trithérapie.
Conclusion
:
Ces nouvelles classes thérapeutiques ne sont
nullement destinées à se substituer aux SH et à la
Met pour lesquels on dispose de données d’efficacité
et de tolérance à long terme.
Elles offrent toutefois
chez certains patients des alternatives intéressantes
pour atteindre, en fonction de leur profil
métabolique et de leur rythme de vie, un équilibre
glycémique optimal.
Il est possible que dans l’avenir
le recours à la trithérapie orale, actuellement
insuffisamment validée, permette de retarder le
passage à l’insuline.
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