Hypertension artérielle pulmonaire primitive
Cours de pneumologie
Introduction
:
L’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est initialement une notion morphologique.
Au siècle précédent, les anatomopathologistes décrivent une
sclérose des vaisseaux pulmonaires chez les patients décédés d’affections
cardiaques, pulmonaires et pleurales.
En 1891, Romberg publie un cas de
sclérose artérielle pulmonaire dont l’autopsie approfondie ne permet pas de
découvrir la cause.
En 1936, Brenner développe et codifie
l’anatomopathologie de la circulation pulmonaire, et fixe les critères
morphologiques du diagnostic d’HTAPP : exclusion de toute cause connue
d’HTAP et hypertrophie ventriculaire droite.
La technique du cathétérisme
cardiaque, introduite en clinique par Cournand et al dans les années 1940,
permet les premières mesures de la pression artérielle pulmonaire chez des
patients atteints d’HTAPP au début des années 1950.
Vers la fin des années 1960, l’HTAPP attire l’attention du corps médical par
une épidémie survenue peu après la mise sur le marché, en Suisse, enAutriche
et en Allemagne, du fumarate d’aminorex, un anorexigène dérivé de
l’amphétamine.
L’émotion suscitée par cette épidémie est à l’origine, en
1973, de la réunion d’un groupe de travail de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS), qui aboutit à un consensus sur la définition clinique et histopathologique de l’affection.
Au début des années 1980, le National Institute of Health américain prend l’initiative d’une étude multicentrique
prospective qui aboutit à la constitution d’un registre de 191 malades.
Le début des années 1990 voit l’émergence, en France et en Belgique, d’une
nouvelle épidémie d’HTAPP liée à la prise d’anorexigènes.
Des études
cliniques rigoureuses valident des traitements médicaux à base
d’anticoagulants, de bloquants calciques à hautes doses et de prostacycline en perfusion continue.
Ces traitements ne restent
malheureusement que palliatifs.
Un dernier recours est offert par une greffe
pulmonaire ou cardiopulmonaire, mais cette procédure reste grevée d’une
importante morbidité et d’une survie qui ne dépasse pas 50 % à 5 ans.
Définition :
1- Définition clinique :
La définition clinique de l’HTAPP repose sur la mesure d’une pression
artérielle pulmonaire moyenne supérieure à 25 mmHg au repos et 30 mmHg
à l’effort, et sur l’exclusion de l’hypertension pulmonaire secondaire à des
affections cardiaques ou pulmonaires, à une maladie thromboembolique, à
une collagénose avec atteinte systémique, à des parasitoses pulmonaires et la
sténose artérielle pulmonaire.
Le diagnostic n’est cependant pas
complètement exclusif.
On reconnaît à l’HTAPP un certain nombre de
conditions favorisantes mais, isolément, non responsables : l’hypertension
portale, l’infection chronique par le virus d’immunodéficience humaine
(VIH), le syndrome de Raynaud primaire isolé, des anomalies auto-immunes
sans atteinte systémique décelable et divers médicaments ou toxiques, dont la
cocaïne et les anorexigènes.
2- Définition morphologique :
La définition morphologique proposée par l’OMS se base sur la
reconnaissance de trois types histologiques distincts.
– L’artériopathie plexogénique (28 à 71 % des cas).
Ce type histologique
associe, au niveau des artérioles, une hypertrophie de la média, une
prolifération cellulaire et/ou une fibrose intimale concentrique (aspect en
« bulbe d’oignon ») ou excentrique, des plages de nécrose fibrinoïde et des
lésions plexiformes.
Ces dernières traduisent un stade avancé de la
maladie et correspondraient à une prolifération cicatricielle et recanalisation partielle de lésions de nécrose fibrinoïde associées à des dilatations
anévrismales.
L’artériopathie plexogénique n’est pas spécifique de
l’HTAPP.
Elle se retrouve notamment dans les hypertensions pulmonaires
secondaires aux cardiopathies congénitales.
– L’artériopathie microthrombotique (20 à 56 % des cas).
Dans ce type
histologique, les lésions endothéliales sont prédominantes, sous la forme
d’une fibrose intimale concentrique couplée à des microthromboses
organisées et recanalisées.
Une hypertrophie de la média peut s’y associer,
mais les lésions plexiformes sont typiquement absentes.
– La maladie veino-occlusive (< 10 % des cas). Les lésions intéressent
essentiellement les veines et les veinules, avec une prolifération et une fibrose
intimale.
Aux stades plus évolués s’y associe une hypertrophie médiale des
artérioles d’amont.
Initialement, on pensait que l’artériopathie plexogénique était la lésion
spécifique de l’HTAPP.
L’artériopathie microthrombotique était
attribuée à une maladie thromboembolique silencieuse et la maladie veinoocclusive
était considérée comme une entité différente.
On sait actuellement
que les trois types de lésions peuvent coexister chez un même patient ou au
sein d’une même famille, et constituent probablement les extrêmes d’un
spectre de manifestations d’un processus physiopathologique unique.
On peut d’ailleurs ajouter aux types histologiques susmentionnés
l’hémangiomatose capillaire pulmonaire.
Celle-ci, extrêmement rare, se
caractérise par une prolifération de microvaisseaux à paroi mince infiltrant
l’interstitium péribronchique et périvasculaire, le parenchyme pulmonaire et
les plèvres.
Au niveau des veines pulmonaires, l’affection rappelle la maladie
veino-occlusive, à cause de l’obstruction des veines par du tissu fibreux
contenant de petits espaces vasculaires.
Ces lésions s’accompagnent
d’anomalies artériolaires, avec hypertrophie médiale et intimale.
Cliniquement, l’affection se présente comme une HTAPP.
La prolifération de microvaisseaux à paroi mince saigne aisément, provoquant l’accumulation de
macrophages chargés d’hémosidérine dans les espaces alvéolaires et,
cliniquement, des hémoptysies.
Épidémiologie :
A - Incidence
:
L’incidence de l’HTAPP est difficile à établir, du fait de l’absence de
spécificité des symptômes et d’un test diagnostique de l’affection à un stade
précoce.
Elle s’établit à deux cas par million d’habitants par an, pour les
formes symptomatiques de l’affection.
B - Age, sexe et race
:
L’HTAPP se rencontre le plus souvent chez l’adulte jeune, entre 30 et 50 ans,
mais peut survenir à tout âge.
L’âge moyen dans le Registre américain, dont
les patients de moins de 1 an étaient exclus, était de 37 ans, avec des extrêmes
de 1 et de 81 ans.
La plupart des séries rapportent une fréquence plus élevée
de l’HTAPP chez la femme, indépendamment de l’âge, avec, en moyenne,
deux femmes pour un homme.
Ce rapport s’élève, en moyenne, à quatre
femmes pour un homme dans des populations à haute prévalence de prise
d’anorexigènes, et aussi chez les patients de race noire.
La grossesse
ou la prise de contraceptifs hormonaux ne sont pas plus fréquentes chez les
patientes atteintes d’HTAPP que dans une population contrôle.
C - Formes infantiles
:
L’HTAPP infantile se caractérise par une plus grande fréquence de syncope
comme symptôme initial et une survie médiane plus courte que chez l’adulte
en l’absence de traitement par vasodilatateurs.
Les lésions histologiques
sont les mêmes que chez l’adulte, avec toutefois une hypertrophie plus
importante de la média, qui constitue plus souvent la seule lésion
identifiable.
Le pronostic sous traitement vasodilatateur paraît meilleur
que chez l’adulte.
D - Formes familiales
:
La première description de plusieurs cas d’HTAPP au sein d’une même
famille date de 1954.
La fréquence de formes familiales de l’affection était
de 6,4 % dans le Registre américain.
Les aspects cliniques et histopathologiques des formes familiales ne diffèrent pas de ceux des formes
sporadiques, mais le diagnostic des formes familiales est généralement plus
précoce.
Le gène de l’HTAPP semble se transmettre sur un mode
autosomique dominant à pénétration variable.
La forme familiale de l’HTAPP
se caractérise par un phénomène d’anticipation génétique par lequel les
générations successives connaissent des formes de plus en plus précoces et
graves de la maladie.
L’anticipation génétique est décrite dans d’autres
affections, par exemple le syndrome du chromosome X fragile, dans
lesquelles on distingue une répétition anormalement élevée du trinucléotide
CGC (cytosine-guanosine-cytosine.
E - Anorexigènes :
Le rôle de facteurs médicamenteux a été évoqué pour la première fois lors
d’une augmentation brutale de l’incidence de l’HTAPP en Suisse, en
Allemagne et en Autriche, en 1967, et surtout 1968 et 1969, en relation avec
la mise sur le marché, en 1965, d’un anorexigène dérivé de l’amphétamine, le
fumarate d’aminorex.
L’aminorex fut retiré en 1969 et l’incidence de
l’HTAPP dans les pays concernés revint, en 1970, à son taux d’avant 1967.
Durant l’épidémie, 62 %des nouveaux cas d’HTAPP se présentaient avec une
histoire de prise d’aminorex.
La relation étroite entre les chiffres de vente du
médicament et l’incidence de la maladie furent très suggestives de causalité.
Toutefois, seulement un patient sur 1 000 traités par de l’aminorex développa
une HTAPP et il fut impossible de reproduire l’affection en expérimentation
animale.
L’histoire se répète au début des années 1990, lorsque des médecins français
de l’hôpital Béclère à Paris attirent l’attention sur une augmentation anormale
de cas paraissant liés à la prise de fenfluramines.
Les fenfluramines sont
également dérivées de l’amphétamine mais agissent surtout par un largage et
une inhibition de recapture de la sérotonine au niveau des terminaisons
nerveuses.
Une étude multicentrique cas-contrôle, l’International Primary
Pulmonary Hypertension Study (IPPHS), permet effectivement d’établir un
risque augmenté d’HTAPP chez les patients traités par fenfluramines, seules
ou en association avec des dérivés d’amphétamines, avec un risque multiplié
par 23 lors d’une exposition de plus de 3 mois.
En Belgique, de 1992 à
1994, la proportion de patients qui présentent une histoire d’exposition aux
anorexigènes (généralement des fenfluramines) atteint 66 %, un chiffre
remarquablement similaire aux 62 % d’exposition à l’aminorex au cours de
l’épidémie d’HTAPP de la fin des années 1960 en Europe centrale.
F - Autres facteurs toxiques ou médicamenteux
:
Des hypertensions pulmonaires sur vasculite artérielle et veineuse ont été
observées en relation avec deux épidémies.
La première concernait un
syndrome myalgie-éosinophilie sur prise d’une préparation impure de
L-tryptophane (vendue librement comme traitement de l’insomnie, de la
dépression et des douleurs menstruelles aux États-Unis, en 1989).
La
deuxième concernait une affection systémique, avec fièvre, myalgies, polyneuropathie et pneumopathie, liée à l’ingestion d’huile frelatée en
Espagne, en 1981.
Une HTAPP a été décrite en relation avec la prise de
cocaïne.
Plusieurs cas de maladie veino-occlusive ont été rapportés dans
le cours de chimiothérapies à base de carmustine, de bléomycine, de
cyclophosphamide, d’étoposide et de mitomycine C.
L’ingestion
d’alcaloïdes de pyrrozilidines tels que la monocrotaline, la fulvine et la
sénécionine, extraites de Crotalaria spectabilis, de Crotalaria fulva, de
Senecio jacobaea ou de Crotalaria laburnoides, provoquent une hypertension
pulmonaire chez l’animal.
Toutefois, hormis un cas douteux, aucune HTAPP liée à l’ingestion de remèdes ou d’infusions contenant ces herbes n’a
été décrite jusqu’à présent chez l’homme.
G - Hypertension portale :
L’association entre l’hypertension pulmonaire primitive et l’hypertension
portale a été décrite pour la première fois en 1951.
L’incidence de
l’HTAPP dans l’hypertension portale est de l’ordre de 0,7 à 2 %.
L’incidence de l’hypertension portale dans l’HTAPP est de l’ordre de 8 à
12 %.
H - Virus d’immunodéficience humaine :
L’incidence de l’HTAPP chez les patients infectés par le VIH atteint 2 %.
I - Parasitoses :
Des études relativement anciennes ont suggéré une augmentation de
l’incidence de l’HTAPP en relation avec des endémies de filariose.
Des
hypertensions pulmonaires liées à des infestations par des filaires et par des
nématodes ont été décrites chez l’animal.
J - Affections auto-immunitaires
:
Un phénomène de Raynaud isolé se retrouve chez 10 % de patients atteints
d’HTAPP, pour 6 % dans une population contrôle.
Près de 29 % des
patients présentent des facteurs antinucléaires circulants.
L’hypertension pulmonaire sans fibrose pulmonaire identifiable est une
complication classiquement décrite de diverses connectivites, dont surtout la
sclérodermie systémique.
K - Facteurs hormonaux :
L’incidence plus élevée de l’HTAPP chez la femme et la description de
plusieurs cas paraissant liés à la grossesse ou la prise de contraceptifs
hormonaux a fait suspecter un rôle favorisant joué par les hormones
femelles.
Des études rigoureuses ont permis toutefois d’établir que
l’incidence de grossesses ou de prise de contraceptifs hormonaux oraux n’est
pas plus élevée dans l’HTAPP que dans la population générale.
Pathogénie :
L’augmentation de la résistance vasculaire pulmonaire dans l’HTAPP résulte
des effets combinés d’une vasoconstriction, d’un remodelage de la paroi
vasculaire et d’une thrombose in situ.
Dresdale et Wood ont été les premiers à montrer l’importance d’un « facteur
vasoconstrictif » par l’administration de tolazaline ou d’acétylcholine dans l’artère
pulmonaire.
Wagenvoort a pu montrer que la lésion la plus précoce est une
hypertrophie de la média.
Plus récemment, Palevsky a pu montrer une
corrélation entre la réponse aux vasodilatateurs et l’épaisseur cumulée de la
média.
Ces observations supportent l’idée qu’une vasoréactivité pulmonaire
anormalement élevée initie et perpétue l’HTAPP.
Les causes les plus probables de vasoconstriction dans l’HTAPP sont :
– une augmentation de médiateurs vasoconstricteurs circulants ;
– une altération de la fonction endothéliale menant à une surproduction
relative de médiateurs vasoconstricteurs ;
– une anomalie intrinsèque de la fibre musculaire lisse, caractérisée par une
accumulation excessive de calcium cytosolique en relation avec une
dépolarisation membranaire due à l’inhibition d’un courant potassium.
La concentration plasmatique de sérotonine, un puissant vasoconstricteur
pulmonaire, est augmentée dans l’HTAPP.
Cette anomalie, qui
s’accompagne d’une diminution de la sérotonine plaquettaire et persiste après
transplantation pulmonaire, se retrouve dans des maladies de stockage
plaquettaire.
Elle existe aussi chez les rats fawn-hooded atteints d’une
forme congénitale de maladie de stockage plaquettaire, et, dans une
moindre mesure, chez des patients traités par fenfluramines.
La maladie de
stockage plaquettaire pourrait prédisposer à l’HTAPP.
Les rats fawnhooded
développent une hypertension pulmonaire lorsqu’ils sont élevés dans
un environnement modérément hypoxique.
L’administration aiguë de dexfenfluramine ou de sérotonine, à une dose reproduisant les taux
plasmatiques retrouvés après administration de fenfluramines, augmente
la vasoréactivité pulmonaire à l’hypoxie.
Une augmentation de la sérotonine
circulante pourrait donc sensibiliser le muscle vasculaire lisse pulmonaire à
d’autres stimuli vasoconstricteurs.
L’altération de la fonction endothéliale dans l’HTAPP est montrée
essentiellement par trois observations :
– une diminution du rapport des concentrations urinaires des métabolites de
la prostacycline, qui est vasorelaxante et antiagrégante plaquettaire, et du
thromboxane A2, dont les propriétés sont inverses ;
– une diminution de la synthèse endothéliale pulmonaire d’oxyde nitrique,
qui est puissamment vasorelaxante ;
– une augmentation de la synthèse endothéliale pulmonaire d’endothéline,
qui est puissamment vasoconstrictrice.
Des travaux sur les mécanismes de la vasoconstriction pulmonaire hypoxique
ont montré qu’un abaissement de la pression partielle en oxygène (PO2)
dépolarise la membrane des fibres musculaires lisses par l’inhibition d’un
courant potassium, provoquant secondairement une entrée de calcium et une
contraction.
Cet effet s’observe sur des cellules musculaires lisses
d’artérioles pulmonaires et sur des cellules de type I de corpuscules
carotidiens, mais pas sur des cellules musculaires lisses provenant d’artères
systémiques.
Une étude récente a montré que l’aminorex et la fenfluramine
dépolarisent, comme l’hypoxie, la membrane des cellules musculaires lisses
artériolaires pulmonaires par l’inhibition d’un courant potassium. Le canal
ionique en cause est un canal voltage dépendant.
Ces résultats pourraient
expliquer le rôle déclenchant ou aggravant joué par l’hypoxie dans certains
cas d’HTAPP.
Les mécanismes menant de l’hyperréactivité vasculaire à la prolifération intimale et adventitielle, puis au remodelage de l’entièreté de la paroi
vasculaire pulmonaire, restent non élucidés.
Plusieurs médiateurs
vasoconstricteurs susmentionnés sont mitogènes.
Une variété de facteurs de
croissance, incluant des cytokines, peuvent être libérés à partir de
macrophages, lymphocytes ou plaquettes se trouvant dans des infiltrats
inflammatoires ou des microthromboses contiguës aux fibres musculaires
lisses hypertrophiées.
La thrombose in situ peut résulter de divers
mécanismes, incluant lésion endothéliale, anomalie de la fibrinolyse,
augmentation de l’activité procoagulante et perturbation de la fonction
plaquettaire.
Un élément d’inflammation était déjà noté dans les études
histologiques de Wagenvoort.
Plus récemment, des infiltrats
inflammatoires riches en macrophages et en lymphocytes T et B ont été décrits
au voisinage des lésions plexiformes. Une augmentation des cytokines
pro-inflammatoires, interleukine 1bêta (IL 1bêta et interleukine 6 (IL 6), dont on
connaît les effets mitogènes et thrombogènes, a été observée dans le sérum de
patients atteints d’HTAPP grave.
Il est tentant d’attribuer un rôle central à une
hyperréactivité intrinsèque des fibres musculaires lisses des vaisseaux
pulmonaires résistifs, soit primaire, soit secondaire à une altération de la
fonction endothéliale.
Celle-ci est responsable d’un excès de médiateurs
constricteurs, mitogènes et thrombogènes, induisant une hypertrophie de la
média, un remodelage de la paroi vasculaire et des thromboses in situ.
Les formations thrombotiques libèrent à leur tour des facteurs vasoconstricteurs
et des facteurs de croissance.
La résistance vasculaire augmente, exposant les
artérioles pulmonaires à des lésions mécaniques, qui entraînent à leur tour des
réactions inflammatoires, avec processus de réparation et d’angiogenèse, et
libération secondaire de médiateurs thrombogènes, mitogènes et
inflammatoires, perpétuant les perturbations initiales.
Physiopathologie :
A - Hémodynamique pulmonaire
:
Dans l’HTAPP, le processus morbide concerne essentiellement les vaisseaux
résistifs, c’est-à-dire les artérioles d’un diamètre inférieur à 1 000 µm.
En
conséquence, l’exploration hémodynamique met en évidence des relations
entre la pression artérielle et le débit sanguin pulmonaires à pente faible,
suggérant une pression d’occlusion des vaisseaux résistifs supérieure à la
pression auriculaire gauche et une augmentation de la pression d’occlusion
déterminée par l’analyse du transitoire de pression, après gonflement du
ballonnet d’un cathéter placé dans l’artère pulmonaire.
La localisation
essentiellement périphérique de l’augmentation de la résistance vasculaire
pulmonaire rend compte d’une onde de pouls artériel pulmonaire d’amplitude
moindre que celle généralement observée dans l’hypertension pulmonaire
thromboembolique.
Dans cette dernière affection, l’obstruction artérielle
pulmonaire est proximale, ce qui provoque un retour précoce de l’onde
réfléchie sur l’onde incidente, rendant compte d’une onde de pression
artérielle pulmonaire ample, sans incisure dicrote visible (« ventricularisée »)
et à pic télésystolique, et d’une onde de flux sanguin pulmonaire à
décélération télé- ou misystolique.
L’analyse de la morphologie des
ondes de pression et de débit artériels pulmonaires peut donc aider au
diagnostic différentiel de l’HTAPP.
Notons toutefois qu’à des stades avancés
de l’évolution de l’HTAPP, l’augmentation de l’élastance artérielle
pulmonaire s’accompagne d’une accélération des ondes au point que,
ultimement, les ondes réfléchies participent à l’interaction dynamique de la
résistance et de l’élastance qui détermine l’impédance vasculaire (ou
postcharge ventriculaire droite).
B - Fonction ventriculaire droite
:
Le ventricule droit est une structure compliante, à paroi mince, qui se dilate
rapidement en réponse à toute augmentation de postcharge.
Aux stades
précoces de l’évolution de l’HTAPP, le débit cardiaque est maintenu au repos,
avec des pressions de remplissage ventriculaire normales, mais déjà une
dilatation des cavités cardiaques droites visible à l’échocardiographie.
Le
débit cardiaque est initialement limité à l’effort, avec impossibilité
d’augmenter le volume d’éjection systolique en raison d’une augmentation
excessive de l’impédance vasculaire pulmonaire, liée à l’absence de réduction
normale de la résistance vasculaire pulmonaire avec l’augmentation du débit
cardiaque et une vasoconstriction pulmonaire.
À des stades plus
avancés de l’affection, l’augmentation du débit cardiaque à l’effort est de plus
en plus limitée et il apparaît même une diminution du débit cardiaque au
repos.
Cette limitation du débit cardiaque est due à une postcharge
ventriculaire droite devenue excessive, malgré une hypertrophie
compensatrice.
La réduction du débit cardiaque est aggravée par une
altération du remplissage ventriculaire gauche dont la compliance diastolique
est réduite, par compression, par un ventricule droit distendu au sein d’un
péricarde non distensible (interaction ventriculaire diastolique).
Elle est
aggravée davantage par une altération de la contractilité ventriculaire droite
résultant d’une diminution de la pression systolique ventriculaire gauche,
provenant elle-même d’une chute de la tension artérielle (interaction
ventriculaire systolique) et d’une réduction de la perfusion coronaire.
L’interaction
diastolique explique l’augmentation de la pression auriculaire gauche
objectivée chez certains patients.
L’hypoperfusion relative du myocarde
ventriculaire droit et l’altération de sa contractilité expliquent les douleurs
thoraciques angineuses et/ou les syncopes à l’effort, voire la mort subite, dans
l’HTAPP.
C - Échanges gazeux pulmonaires
:
Les patients atteints d’HTAPPsont hypoxémiques et hypocapniques.
La
méthode des gaz inertes multiples a permis de quantifier la contribution de
divers mécanismes pulmonaires et extrapulmonaires qui déterminent la
composition des gaz du sang dans l’HTAPP.
L’hypocapnie est due à la
réduction du rapport ventilation/perfusion de zones pulmonaires à
vascularisation partiellement oblitérée et à une augmentation de la ventilation,
elle-même de cause inconnue.
L’hypoxémie résulte de la combinaison d’un
abaissement de la pression partielle en oxygène (PO2) du sang veineux mêlé
et d’une augmentation (généralement peu importante) de la perfusion d’unités
pulmonaires à bas rapport ventilation/perfusion.
Il n’y a pas de limitation de
diffusion. Le shunt, s’il existe, est le plus souvent cardiaque, par ouverture en
seconde intention d’un foramen ovale perméable.
Diagnostic :
Le diagnostic de l’HTAPP est un diagnostic d’exclusion.
Les
principaux obstacles au diagnostic de l’HTAPP sont le caractère non
spécifique et tardif des symptômes et la discrétion des signes cliniques à des
stades avancés de la maladie.
L’expérience de grandes séries a
permis de définir l’HTAPP en tant qu’entité nosologique et d’établir une
démarche diagnostique rigoureuse.
A - Symptômes :
Le délai moyen entre le début des symptômes et le diagnostic est de 2 ans,
mais il atteint parfois plusieurs années, avec un extrême connu de 20 ans. Ce
délai ne dépend pas du sexe.
La plainte la plus habituelle est la dyspnée
d’effort, qui existe chez 98 % des patients au moment du diagnostic et qui
constitue le premier symptôme chez 60 % des patients.
Au moment du
diagnostic, 70 % des patients se retrouvent dans les classes III et IV de la
classification de dyspnée de la New York Heart Association (NYHA).
Les
autres symptômes sont de la fatigue (73 %), des douleurs thoraciques
angineuses (46 %), des lipothymies ou des syncopes (41 %), des oedèmes des
chevilles (36 %), des palpitations (33 %), des hémoptysies (13 %) et une
dysphonie (3 %).
Les hémoptysies sont le plus souvent mineures.
La
dysphonie, ou syndrome d’Ortner, décrite en 1891 par Ortner dans
l’hypertension pulmonaire secondaire à la valvulopathie mitrale, est
attribuée à une compression du récurrent gauche par l’artère pulmonaire
dilatée.
Quatorze pour cent des patients présentent un phénomène de
Raynaud.
B - Examen clinique
:
L’examen clinique révèle souvent une tachypnée (fréquence respiratoire
supérieure à 20/min), qui persiste durant le sommeil, un pouls faible, une
cyanose périphérique (témoignant d’un bas débit cardiaque) et parfois une
cyanose centrale.
La présence d’un hippocratisme digital doit faire penser à
une autre cause d’hypertension pulmonaire. L’auscultation pulmonaire est
normale.
L’auscultation cardiaque permet d’identifier un éclat du deuxième
bruit au foyer pulmonaire (90 %), un souffle d’insuffisance tricuspide (60 %)
et, plus rarement, un souffle d’insuffisance pulmonaire (15 %).
Aux stades
avancés de l’affection, on note des oedèmes, une hépatomégalie sensible et
parfois pulsatile, un reflux hépatojugulaire positif, des jugulaires dilatées, de
l’ascite, des oedèmes et éventuellement une anasarque.
C - Électrocardiogramme
:
Des signes de déviation axiale droite, d’hypertrophie auriculaire et
d’hypertrophie ventriculaire, avec altération secondaire de la repolarisation,
sont retrouvés dans près de 90 % des cas.
L’arythmie auriculaire est
rare et mal tolérée, à cause de la diminution de la compliance diastolique
ventriculaire qui rend le remplissage dépendant de la contraction
auriculaire.
Les modifications électrocardiographiques ne sont pas
corrélées à l’élévation de la pression artérielle pulmonaire. Un
électrocardiogramme normal n’exclut pas l’affection.
D - Radiographie thoracique
:
La radiographie thoracique est anormale dans 90 % des cas.
Les anomalies
les plus fréquentes sont une cardiomégalie, une dilatation des artères
pulmonaires, une dilatation des hiles et une raréfaction vasculaire
périphérique.
La présence d’infiltrats peut témoigner d’une maladie veino-occlusive, mais peut aussi refléter une augmentation excessive de la
pression diastolique ventriculaire gauche due à l’interaction ventriculaire
diastolique.
Une radiographie thoracique normale n’exclut pas l’affection.
Six
pour cent des patients du Registre américain avaient une radiographie
thoracique normale.
E - Épreuves fonctionnelles pulmonaires :
Les volumes pulmonaires sont discrètement réduits, avec une capacité vitale
en moyenne à 86 % des valeurs théoriques, sans syndrome obstructif.
La
capacité de diffusion du monoxyde de carbone est légèrement à modérément
abaissée, typiquement à 60-80 % des valeurs théoriques.
L’analyse des gaz
du sang artériel montre une hypoxémie légère à modérée, avec une alcalose
respiratoire.
Les épreuves fonctionnelles pulmonaires, complétées
éventuellement d’une polysomnographie, permettent d’exclure des causes
pulmonaires ou ventilatoires d’hypertension pulmonaire cliniquement
muettes.
F - Épreuve d’effort
:
L’épreuve d’effort montre une réduction de la consommation d’oxygène
maximale et du seuil anaérobie, une augmentation de la réponse ventilatoire
et induit fréquemment une réduction de l’oxémie.
La dyspnée est importante
à tous les niveaux de l’effort.
Il peut apparaître des tendances syncopales.
La
sensibilité et la spécificité de l’épreuve d’effort pour le diagnostic de l’HTAPP
ne sont pas connues et l’examen n’est généralement pas considéré comme
indispensable.
En revanche, le test de marche de 6 minutes est d’usage plus
courant.
La distance parcourue est corrélée à la gravité de l’affection et donc
utile pour évaluer l’effet du traitement.
Les patients en classe III de la NYHA
parcourent typiquement entre 200 et 400 mètres.
Il n’y a pas d’étude corrélant
l’épreuve d’effort à la distance parcourue lors du test de marche de 6 minutes.
G - Échocardiographie :
L’échocardiographie permet d’exclure des causes cardiaques d’hypertension
pulmonaire, telles que l’altération de la fonction ventriculaire gauche, la valvulopathie mitrale, le myxome de l’oreillette gauche ou encore le shunt
sur cardiopathie congénitale.
En outre, cet examen est particulièrement utile
pour le diagnostic de l’hypertension pulmonaire.
Les signes typiques
d’une hypertension pulmonaire sont une dilatation des cavités cardiaques
droites, un mouvement anormal de la valve pulmonaire et une inversion de la
courbure septale, avec réduction des dimensions des cavités cardiaques
gauches.
L’étude doppler du flux transmitral peut montrer une
redistribution du remplissage du premier au dernier tiers de la diastole,
indiquant une altération de la compliance diastolique du ventricule gauche.
L’étude doppler des jets d’insuffisance tricuspide permet de calculer un
gradient de pression transtricuspide et, ainsi, d’estimer la pression artérielle
pulmonaire systolique.
L’étude doppler du flux artériel pulmonaire permet
d’estimer la gravité de l’hypertension en fonction du degré de
raccourcissement du temps d’accélération et de la présence éventuelle d’une
décélération mi-systolique.
L’échocardiographie transoesophagienne
paraît utile, surtout pour la détection d’un foramen ovale perméable, et aide
au diagnostic différentiel.
H - Scintigraphie pulmonaire de perfusion :
La scintigraphie de perfusion est indispensable pour exclure un diagnostic
d’hypertension pulmonaire thromboembolique chronique, dont la
présentation clinique, en dehors d’une histoire non équivoque de thrombose
veineuse profonde ou d’embolie pulmonaire, évocable dans moins de 50 %
des cas, est indiscernable de celle de l’HTAPP.
Dans l’hypertension
pulmonaire thromboembolique chronique, la scintigraphie de perfusion
montre presque toujours plusieurs amputations au moins segmentaires.
Dans l’HTAPP, la perfusion est le plus souvent normale ou légèrement hétérogène,
mais des amputations mal systématisées suspectes peuvent apparaître chez
10 % des patients.
Ces derniers présentent souvent une maladie veino-occlusive.
I - Angiopneumographie :
Cet examen sert uniquement au diagnostic d’une hypertension pulmonaire
thromboembolique chronique lorsque celle-ci est suspectée cliniquement
et/ou sur base d’une scintigraphie de perfusion.
J - Résonance magnétique nucléaire et CT scan thoracique
:
La résonance magnétique nucléaire donne des informations sur la fonction
ventriculaire droite et le flux artériel pulmonaire, et aide au diagnostic de
l’embolie pulmonaire ou de l’hypertension pulmonaire thromboembolique.
Le CT scan thoracique sert à l’exclusion de pneumopathies interstitielles et à
l’identification de caillots ou de formations thrombotiques dans la partie
proximale du réseau artériel pulmonaire.
La sensibilité et la spécificité de ces
examens pour le diagnostic de l’HTAPP ne sont pas encore établies.
K - Scintigraphie myocardique
:
Diverses techniques scintigraphiques permettent l’obtention de mesures de
volumes et de fractions d’éjection des ventricules droit et gauche.
Ces
mesures sont peu précises en cas de grandes dilatations ventriculaires droites.
La fraction d’éjection ventriculaire droite diminue en proportion de
l’augmentation des pressions artérielles pulmonaires, mais la relation est peu
étroite et ne permet pas une prédiction valable de la pression artérielle
pulmonaire.
La fraction d’éjection ventriculaire droite n’augmente pas à
l’effort en cas d’hypertension pulmonaire.
La scintigraphie myocardique
paraît généralement peu utile au diagnostic de l’HTAPP.
L - Tests sanguins
:
Quinze à 30 %des patients atteints d’HTAPP, le plus souvent de sexe féminin,
présentent une élévation modérée du titre des anticorps antinucléaires.
Ceux-ci sont généralement de fluorescence homogène.
M - Biopsie pulmonaire :
La biopsie pulmonaire n’est pas indispensable au diagnostic d’HTAPP.
Elle
peut toutefois se discuter dans de rares cas de diagnostic différentiel difficile
ou lors d’une suspicion de maladie veino-occlusive.
La technique transbronchique ne permet pas d’obtenir des échantillons d’une taille
suffisante et peut être associée à des hémorragies graves par l’effraction de
vaisseaux pulmonaires à haute pression.
Une approche à ciel ouvert, ou par thoracoscopie, est indispensable.
L’échantillon prélevé doit être examiné par
un pathologiste expérimenté.
N - Cathétérisme cardiaque droit
:
Cet examen est indispensable au diagnostic et au suivi thérapeutique de
l’HTAPP.
Il est généralement pratiqué à l’aide d’un cathéter pulmonaire de
type Swan-Ganz, permettant la mesure de la pression artérielle pulmonaire
(Pap), de la Pap occluse (par gonflement d’un ballonnet dans l’artère
pulmonaire), de la Pap bloquée (en bloquant l’extrémité du cathéter dans une
ramification artérielle pulmonaire périphérique), de la pression auriculaire
droite (Pra), du débit sanguin pulmonaire (Q) par thermodilution, et de
l’analyse des gaz du sang veineux mêlé.
Les mesures de la Pap, de la Pra, de
Q et de la saturation en oxygène du sang veineux mêlé (SvO2) sont utiles à
l’établissement d’un pronostic.
La mesure du débit sanguin pulmonaire par thermodilution est généralement valable, sauf chez les patients à très bas débit
cardiaque pour lesquels la méthode de Fick, basée sur les mesures de la
consommation d’O2 et des contenus artériels et veineux mêlés enO2, peut être
préférable.
L’estimation de la pression auriculaire gauche par la mesure d’une Pap occluse est indispensable à l’exclusion de causes postcapillaires
d’hypertension pulmonaire.
Par ailleurs, l’obtention d’une Pap bloquée
élevée dans certains territoires pulmonaires et une Pap occluse normale
permet de suspecter une maladie veino-occlusive.
Cette observation
s’explique par le caractère hétérogène de l’obstruction veineuse.
Des
mobilisations du cathéter pulmonaire peuvent mettre en évidence une sténose
pulmonaire.
Des mesures étagées de saturations en O2 peuvent permettre la
détection et la quantification d’un shunt gauche-droite.
Le profil hémodynamique moyen de
l’HTAPP se caractérise par une Pap dépassant, en moyenne, le triple de la
limite supérieure de la normale, avec bas débit cardiaque, pression auriculaire
gauche normale et pression auriculaire droite à la limite supérieure de la
normale.
La similitude des chiffres rapportés par des études différentes
supporte l’idée d’une évolution stéréotypée de l’affection avec, initialement,
une montée progressive de la Pap et, secondairement, un abaissement du débit
cardiaque avec augmentation de la pression auriculaire droite alors que la Pap
plafonne.
L’hémodynamique dans l’HTAPP n’est pas affectée par l’âge, le sexe ou
l’existence d’un phénomène de Raynaud.
Les HTAPP associées à une
hypertension portale ou une infection à VIH sont, en moyenne, moins sévères
avec une Pap moyenne de l’ordre de 50 mmHg et un Q s’approchant de
3 L/min/m2.
Le cathétérisme cardiaque droit, dans l’HTAPP, n’est pas sans danger.
Certains auteurs rapportent des mortalités de 5 à 10 %, avec des décès
survenus le plus souvent au cours ou au décours d’explorations
hémodynamiques prolongées, de plus de 36 heures, pour essai de
médicaments vasodilatateurs.
Traitement médical :
L’HTAPP est une affection évolutive qui reste actuellement incurable. Des
rémissions spontanées ont été exceptionnellement rapportées dans la
littérature, mais sans preuve de leur caractère définitif.
Par exemple, le cas
rapporté par Bourdillon et Oakley est en réalité décédé quelques années
plus tard, en défaillance cardiaque droite terminale (Oakley, communication
personnelle).
D’importants progrès thérapeutiques ont cependant été
accomplis durant la dernière décennie, permettant prolongation de la survie
médiane et amélioration de la qualité de vie des patients.
A - Mesures générales :
Il convient, avant tout, d’éviter des agressions susceptibles d’aggraver
l’HTAPP.
L’effort peut être cause de mort subite.
Il doit être pratiqué avec
modération et limité par les symptômes d’alerte tels que la douleur thoracique
ou la syncope.
Toute manoeuvre invasive, anesthésie générale,
cathétérisme, angiopneumographie ou biopsie pulmonaire peut être mortelle
dans les mains les plus expertes et doit être évitée dans la mesure du
possible.
La grossesse et l’accouchement sont susceptibles de conduire au décès de la
mère et de l’enfant. Bien que des patientes atteintes d’HTAPP aient pu
mener des grossesses à terme sans complication, il paraît donc préférable
de prescrire une contraception hormonale ou mécanique.
La crainte
persistante qu’une contraception hormonale n’aggrave l’HTAPP repose
sur des études anciennes, réalisées lorsque les préparations étaient plus dosées
qu’actuellement.
Des études plus récentes sur de grandes séries de
patientes ne mettent pas en évidence d’effet aggravant ou favorisant de la
contraception hormonale.
L’altitude peut décompenser une HTAPP à cause d’une vasoconstriction
pulmonaire hypoxique surajoutée ou provoquer un oedème pulmonaire.
Les vols commerciaux sont pressurisés à des altitudes équivalentes à 1 500-2 500 m et doivent être abordés avec prudence, de préférence sous
administration d’un supplément d’oxygène en cas d’hypoxémie préalable.
B - Anticoagulation :
Thrombose in situ, défaillance cardiaque droite et sédentarité sont autant
d’éléments justifiant la prescription d’une anticoagulation dans l’HTAPP.
Une
étude rétrospective réalisée à la Mayo Clinic a comparé 78 patients
anticoagulés à 37 patients ne recevant pas d’anticoagulants.
Les deux groupes
étaient de gravité clinique et hémodynamique comparable.
L’anticoagulation
était associée à une augmentation de survie à 3 ans, de 21 % à 49 %.
Une
petite étude prospective a montré que, chez des patients ne répondant pas à
l’administration de bloquants calciques, l’administration d’anticoagulants
améliore la survie à 1 an de 62 % à 91%, et la survie à 3 ans de 31 % à
47 %.
Ces données sont suffisantes pour recommander la prescription de coumariniques, de manière à amener l’international normalized ratio (INR)
entre 2 et 3, malgré le risque d’hémoptysie chez certains patients.
L’ajustement de la dose peut être difficile en cas d’altération de la fonction
hépatique sur défaillance cardiaque droite majeure.
Dans ce cas, il peut être
préférable de recourir à une héparinothérapie.
L’administration d’une
héparine à bas poids moléculaire paraît une option raisonnable, mais n’a pas
encore été évaluée.
C - Oxygénothérapie
:
L’oxygénothérapie, contrôlée à bas débit, améliore la qualité de vie et réduit
la mortalité dans l’hypertension pulmonaire associée à une insuffisance
respiratoire chronique.
L’administration d’oxygène au patient atteint
d’HTAPP peut corriger une hypoxémie si celle-ci est due à un abaissement de
la PO2 du sang veineux mêlé ou à un abaissement du rapport
ventilation/perfusion, mais est inefficace en cas d’hypoxémie sur shunt.
L’administration d’oxygène peut diminuer la pression artérielle pulmonaire
chez certains patients. Il n’y a pas d’étude démontrant une amélioration
clinique et/ou hémodynamique sous oxygénothérapie au long cours dans
l’HTAPP.
D - Digitalisation et diurétiques
:
De petites doses de diurétiques peuvent réduire la dyspnée, la congestion
hépatique et les oedèmes en cas de défaillance cardiaque droite.
Le contrôle
de la rétention de sel et d’eau peut nécessiter des doses élevées de diurétiques
chez certains patients.
Les diurétiques sont presque toujours nécessaires pour
traiter les oedèmes qui compliquent l’administration au long cours de
bloquants calciques.
La digitalisation est d’efficacité non établie. Elle est
parfois utilisée dans le but d’antagoniser les effets inotropes négatifs des
bloquants calciques.
E - Vasodilatateurs :
Depuis les premières descriptions de l’HTAPP, des vasodilatateurs ont été
administrés dans le but de contrôler la composante vasoconstrictrice du
processus morbide.
Aucune caractéristique clinique ou
hémodynamique ne permet de prédire la réponse hémodynamique aiguë à
l’administration d’un vasodilatateur.
La réponse à un test de vasodilatation
aiguë permet d’identifier les patients susceptibles de bénéficier d’un
traitement vasodilatateur oral par bloquants calciques.
Les vasodilatateurs
utilisés pour ce test doivent être puissants, spécifiques et de courte durée
d’action.
L’oxyde nitrique inhalé, la prostacycline intraveineuse
et l’adénosine intraveineuse répondent à ces critères.
L’oxyde nitrique
inhalé est le vasodilatateur pulmonaire le plus spécifique, puisqu’il se lie à
l’hémoglobine en franchissant la membrane alvéolocapillaire.
La dose de
10 ppm est bien tolérée et d’efficacité maximale. Les réponses vasculaires
pulmonaires à l’administration de prostacycline et d’oxyde nitrique sont
similaires.
Il n’y a pas de critère uniformément admis de réponse positive à un test de
vasodilatation aiguë.
Le critère généralement retenu est une diminution de la
pression artérielle pulmonaire et de la résistance vasculaire pulmonaire de
20 %.
L’interprétation d’une mesure hémodynamique doit tenir compte d’une
variabilité hémodynamique spontanée importante, de l’ordre de 20-25 %,
pour la pression artérielle pulmonaire et pour la résistance vasculaire
pulmonaire.
Les patients qui présentent une diminution de la pression
artérielle pulmonaire et une augmentation du débit cardiaque ont un meilleur
pronostic que les autres.
L’administration de vasodilatateurs à un patient
présentant une maladie veino-occlusive peut précipiter un oedème pulmonaire
aigu.
Les patients qui présentent une diminution importante de la pression artérielle
pulmonaire et de la résistance vasculaire pulmonaire lors du test de
vasodilatation aiguë (10 à 30 % des cas) peuvent bénéficier d’un traitement
au long cours par des bloquants calciques, la nifédipine ou le diltiazem,
administrés oralement.
Le diltiazem est préféré à la nifédipine en cas de
tachycardie (> 120 battements/min).
Les doses utilisées sont généralement
plus élevées que pour le traitement de l’hypertension systémique, de 30 à
240 mg par jour pour la nifédipine, de 120 à 900 mg par jour pour le diltiazem.
Ces doses sont ajustées en fonction de la réponse aiguë monitorée au cours du
cathétérisme cardiaque droit, puis en fonction de la réponse clinique et
échocardiographique.
L’administration de bloquants calciques à des patients
dont l’hypertension pulmonaire n’est pas réversible lors du test de
vasodilatation aiguë est formellement contre-indiquée, à cause d’un risque
d’hypotension systémique potentiellement fatale.
Les effets secondaires des
bloquants calciques au long cours dans l’HTAPP sont des oedèmes, une
hypotension et une hypoxémie.
L’observation que la prostacycline est un vasodilatateur pulmonaire efficace
chez la majorité des patients atteints d’HTAPP est à la base d’un traitement au long cours par perfusion continue, administrée à l’aide d’une pompe ou
d’un pousse-seringue portables.
Plusieurs études ont permis d’établir que ce
traitement améliore l’hémodynamique pulmonaire, la qualité de vie, la
tolérance à l’effort et la survie chez des patients en classe III ou IV.
Les effets cliniques et hémodynamiques favorables à long terme ne sont pas
dépendants de la réponse aiguë à l’oxyde nitrique ou à la prostacycline elle même.
Les effets secondaires de la prostacycline intraveineuse
continue sont généralement mineurs et réversibles après réduction de la dose :
éruptions cutanées, douleurs à la mâchoire, douleurs articulaires, nausées et
diarrhée.
Des complications plus sérieuses sont liées au système
d’administration : septicémies sur infection de cathéter et dysfonctionnement
de la pompe menant à des surdosages ou des sous-dosages en prostacycline.
Un sous-dosage brutal en prostacycline peut provoquer une aggravation
rapide de l’HTAPP.
Le traitement est débuté sous contrôle hémodynamique,
à raison de 2 ng/kg/min, augmentés par paliers de 2 ng/kg/min toutes les
15 minutes jusqu’à intolérance, marquée généralement par une érubescence
cutanée et une chute de la tension artérielle.
Partant de la moitié de la dose
maximale tolérée, la dose est ensuite généralement augmentée de 2 ng/kg/min
toutes les 2-4 semaines.
Le traitement est coûteux, de l’ordre de 150 000 à
300 000 francs français/an.
Il permet toutefois généralement de surseoir à
l’indication de la transplantation pulmonaire ou cardiopulmonaire.
Certains
patients ont déjà été traités par prostacycline intraveineuse continue depuis
10 ans, avec une amélioration clinique et hémodynamique persistante.
Des
analogues de prostacycline à durée d’action prolongée, administrables par
voie sous-cutanée ou par inhalation, sont en cours d’évaluation.
Des résultats
préliminaires prometteurs ont été décrits après inhalation d’iloprost.
La prostacycline est actuellement prescrite aux patients en classe III ou IV de
la NYHA, soit comme traitement de support en attendant une transplantation,
soit comme un traitement primaire.
F - Septostomie auriculaire
:
La défaillance ventriculaire droite réfractaire peut être soulagée par la
création d’un shunt auriculaire, par une septostomie réalisée à l’aide d’une
sonde à ballon.
Le but de la manoeuvre est d’obtenir une augmentation du
débit cardiaque suffisant à améliorer le transport de l’oxygène malgré la chute
de l’oxémie artérielle secondaire au shunt droite-gauche créé.
Des effets
favorables, au moins transitoirement, ont été décrits chez un petit nombre de
patients.
Transplantation pulmonaire et cardiopulmonaire :
L’HTAPP peut être traitée par une transplantation pulmonaire ou
cardiopulmonaire.
Le taux de survie après les deux techniques est
similaire, de l’ordre de 45 %à5ans.
La limitation des dons d’organes et la
longueur d’inscription sur une liste d’attente rendent la transplantation
pulmonaire plus attractive.
En effet, il y a aumoins deux fois plus de poumons
que de blocs coeur-poumons disponibles.
Il est intéressant de noter que
l’altération même la plus extrême de la fonction ventriculaire droite est
réversible après transplantation pulmonaire non compliquée.
La mortalité
après transplantation pulmonaire est plus élevée dans l’HTAPP que dans
d’autres indications.
La bronchiolite oblitérante reste une complication
redoutable dans 35 à 50 % des ca.
Aucune récidive d’HTAPP après
transplantation n’a été décrite.
La décision de l’inscription sur une liste d’attente est difficile.
Elle doit se
baser sur une indication indiscutable, basée sur un pronostic naturel ou sous
traitement médical moins bon que celui de la greffe.
L’option la plus
raisonnable est d’envisager une greffe seulement dans l’HTAPP
d’aggravation rapide, avec des signes de défaillance ventriculaire droite, des
syncopes d’effort et des douleurs thoraciques angineuses, une combinaison
de critères hémodynamiques de pronostic rapidement défavorable et
échappement au traitement vasodilatateur chronique.
Pronostic et survie :
La survie médiane de l’HTAPP, après le diagnostic, rapportée dans le Registre
américain, est de 2,5 années, mais certains patients survivent plus de
10 ans.
La survie actuarielle de patients non transplantés, rapportée dans
des séries constituées avant les progrès thérapeutiques les plus récents, est de
68-77 % à 1 an, 40-56 % à 3 ans et 22-38 % à 5 ans. Les causes les
plus fréquentes de décès sont la décompensation cardiaque droite (63 %), la
pneumonie (7 %), la mort subite (7 %).
La gravité de l’hypertension
pulmonaire est inversement corrélée à la survie : la survie médiane est de
48 mois pour une pression artérielle pulmonaire moyenne inférieure à
55 mmHg, de 12 mois pour une pression artérielle pulmonaire moyenne
supérieure à 85 mmHg.
Une réponse favorable au test de vasodilatation
aiguë est associée à une meilleure survie à 2 ans : 62 % pour une diminution
de résistance vasculaire pulmonaire de plus de 50 %, 38 % pour une
diminution de résistance vasculaire de moins de 20 %.
La survie médiane
est inversement corrélée à l’importance du handicap fonctionnel quantifié par
la classification de la NYHA : 59 mois pour les patients en classes I et II,
32 mois pour les patients en classe III et 6 mois pour les patients en classe
IV.
La survie est également corrélée directement à la pression auriculaire
droite et, inversement, au débit cardiaque et à la SvO2.
L’anticoagulation double la survie à 3 ans.
La survie des patients qui
répondent favorablement à un traitement par bloquants calciques est de 95 %
à 5 ans.
La survie à 5 ans de patients dans les classes III et IV de la NYHA
traités par perfusion continue de prostacycline est de 54 %, pour 27 % chez
des contrôles historiques de même gravité.