Hyperparathyroïdie primitive Cours
d'endocrinologie
Introduction
:
L’histoire de l’hyperparathyroïdie primitive (HPTP) a été décrite en
détail par plusieurs auteurs, le plus célèbre étant Fuller Albright.
Lors des descriptions initiales, l’HPTP fut considérée comme une
rare, grave et caractéristique maladie osseuse, l’ostéite fibrokystique.
Dans un second temps, une autre présentation clinique de la maladie
a été identifiée, où les patients avaient une lithiase calcique rénale et
étaient indemnes d’atteinte osseuse.
Cette constatation que l’atteinte
osseuse et la lithiase rénale étaient mutuellement exclusives l’une
de l’autre a conduit Albright à proposer l’explication suivante :
l’atteinte osseuse surviendrait chez les patients dont les apports
alimentaires et/ou l’absorption intestinale de calcium sont
insuffisants pour compenser la perte rénale de calcium, alors que la
lithiase apparaîtrait chez les sujets dont l’apport calcique est normal
ou élevé.
Cette hypothèse est sans doute partiellement exacte.
Néanmoins, le bouleversement le plus évident survenu au cours de
ces dernières décennies est la constatation que l’HPTP n’est pas une
maladie rare et que, chez la majorité des patients, elle n’est pas une
maladie grave.
En effet, le plus souvent, l’HPTP est découverte de
manière fortuite, à l’occasion d’une mesure routinière de la calcémie,
chez des patients exempts d’ostéite fibrokystique et de lithiase
calcique.
La conséquence la plus importante a été la remise en cause
de la nécessité du traitement chirurgical systématique de cette
maladie.
Épidémiologie :
En l’espace d’une trentaine d’années, l’épidémiologie apparente de
l’HPTP a été radicalement transformée d’une maladie très rare en une maladie fréquente dont la prévalence instantanée est de l’ordre
de 1/1 000.
Actuellement, parmi les endocrinopathies, seuls le
diabète sucré et l’hyperthyroïdie ont une prévalence plus élevée que
l’HPTP.
Le tournant s’est produit à la fin des années 1960 et au début
des années 1970, principalement en raison de l’introduction et de la
généralisation des analyseurs automatiques, qui ont permis de
mesurer la calcémie de manière routinière.
De ce point de vue,
l’expérience la plus démonstrative est celle de la Mayo Clinic à
Rochester (Minnesota) où l’incidence annuelle de la maladie a plus
que quadruplé entre la période 1965-1974 et la période 1974-1982.
Parallèlement, la proportion des formes
symptomatiques a nettement diminué.
En revanche, la
prépondérance féminine reste marquée, et l’âge moyen au
moment du diagnostic est toujours situé dans la sixième décennie.
Plus récemment, l’équipe de Rochester a décrit un mouvement
inverse, c’est-à-dire une diminution, au moins locale, de l’incidence
de l’HPTH.
Il n’existe pas d’explication claire à cette tendance :
l’augmentation de la ration calcique alimentaire et l’abandon de
l’irradiation cervicale thérapeutique ont été évoqués, mais non
formellement impliqués.
Par ailleurs, on ne sait pas si cette
tendance épidémiologique est limitée à certaines zones
géographiques, ou si elle se généralise dans l’ensemble du monde
occidental.
Physiopathologie
:
La calcémie d’un sujet normal se maintient à une valeur
remarquablement stable, grâce à la régulation des flux de calcium
entre l’os et le liquide extracellulaire, d’une part, et entre le liquide
extracellulaire et le rein, d’autre part.
En effet, dans
une situation normale, la quantité de calcium qui quitte le liquide
extracellulaire en étant excrétée dans l’urine définitive est
exactement compensée par une quantité identique qui rentre dans
le liquide extracellulaire, en provenance de l’os (situation de jeûne)
ou du tube digestif (période postprandiale).
Le contrôle, à court
terme, de la calcémie fait intervenir une hormone peptidique,
l’hormone parathyroïdienne (PTH) : son bref délai d’action sur le
tubule rénal et l’os permet de corriger rapidement tout écart de la
calcémie à sa valeur d’équilibre.
En effet, une baisse de la
calcémie provoque, en quelques secondes, une augmentation de la
sécrétion de PTH et, en conséquence, de sa concentration sérique et
de ses effets biologiques : sous l’influence de cet excès de sécrétion,
la libération du calcium osseux et la réabsorption tubulaire rénale
du calcium filtré augmentent.
Ainsi, la calcémie se normalise
entraînant, de ce fait, le retour de la sécrétion de PTH à sa valeur
initiale, ce qui permet au système de se maintenir en équilibre.
Inversement, une élévation primitive de la calcémie induit
rapidement une diminution de la sécrétion et de la concentration
sérique de PTH, de manière à faciliter le retour de la calcémie à sa
valeur normale.
Une seconde hormone, la 1,25 (OH)2 vitamine D ou calcitriol, exerce
un rôle important dans le contrôle de la calcémie et du bilan de
calcium.
Étant une hormone stéroïde, son délai d’action sur le rein,
l’os et l’intestin ne lui permet cependant pas d’intervenir dans le
maintien à court terme de la calcémie.
Une concentration de calcitriol normale est néanmoins considérée comme nécessaire à
l’expression normale des effets biologiques de la PTH.
En situation aiguë, la sécrétion de PTH apparaît donc être le
déterminant primordial de la calcémie qui est, elle-même, le
déterminant principal de la sécrétion de PTH.
De l’interaction entre
ces deux variables dépend l’état d’équilibre du système.
Il est alors
facilement compréhensible que toute anomalie primitive de la
sécrétion de PTH aboutisse à une modification de la valeur
d’équilibre de la calcémie.
Plus précisément, une diminution
chronique, primitive, de la sécrétion de PTH induit une baisse
chronique de la calcémie, alors qu’une augmentation de la sécrétion
de PTH entraîne une hypercalcémie chronique.
Dans le cadre de l’hyperparathyroïdie primitive, qui correspond, par
définition, à une augmentation soutenue et primitive de la sécrétion
de PTH, il est important de préciser les mécanismes de
l’augmentation de la sécrétion de PTH, d’une part, et de la création
de l’hypercalcémie, d’autre part.
Pendant de nombreuses années, le mécanisme essentiel invoqué
pour expliquer l’hypersécrétion de PTH a été l’augmentation, focale
ou diffuse, de la masse de tissu parathyroïdien.
Plusieurs études
cliniques ont en effet établi qu’il existe une relation positive entre la
masse de tissu parathyroïdien et la concentration de PTH chez les
patients atteints d’HPTP.
Aposteriori, cette thèse est étayée
par la mise en évidence de fréquentes anomalies génomiques à
l’origine d’une prolifération de cellules parathyroïdiennes.
Néanmoins, cette explication ne rend pas compte d’un certain
nombre de faits.
Premièrement, la relation entre la masse de tissu
parathyroïdien et la concentration plasmatique de PTH ou la
calcémie est habituellement de faible intensité.
Ainsi, une même
hypercalcémie peut être observée en présence d’une tumeur de
200 ou de 2 800 mg.
Deuxièmement, environ 10 à 20 % des patients
atteints d’HPTP ont une concentration sérique de PTH normale,
suggérant que la masse tumorale est alors peu élevée.
Des études in
vivo ont permis de concilier ces données apparemment discordantes.
Lorsqu’on caractérise la sécrétion de PTH en fonction de la
calcémie chez des patients atteints d’HPTP, il est possible de
distinguer deux sous-groupes.
Dans le premier,
l’hypersécrétion de PTH est autonome et à peu près indépendante
de la valeur de la calcémie : chez ces patients, la valeur basale de
calcémie est principalement déterminée par la capacité maximale de
sécrétion de PTH.
Dans le second sous-groupe, la sécrétion de PTH
reste modulable par les variations de la calcémie, comme chez les
sujets normaux, mais la relation entre la valeur de calcémie et la concentration sérique de PTH est déplacée vers la droite, indiquant
une perte de la sensibilité normale des parathyroïdes.
En d’autres
termes, une valeur de calcémie plus élevée que normalement est
nécessaire pour provoquer une même inhibition de la sécrétion de PTH, démontrant une anomalie du set-point de la relation.
Dans ce
dernier groupe, la valeur de calcémie dépend principalement de la
nouvelle valeur de set-point.
Une explication possible à l’existence
de ces deux groupes est la variabilité de l’expression du récepteur
sensible au calcium (CaSR) dans les cellules parathyroïdiennes
tumorales.
En effet, on peut s’attendre à ce que les cellules
parathyroïdiennes qui n’expriment plus le CaSR, perdent
simultanément leur capacité de réguler la sécrétion de PTH en
fonction de la calcémie.
À l’opposé, les cellules qui continuent à
exprimer CaSR (bien que de manière réduite) conservent une
possibilité de régulation par le calcium extracellulaire.
Cette
distinction a des conséquences cliniques puisque la calcémie est, en
moyenne, nettement plus élevée chez les patients appartenant au
premier sous-groupe que chez ceux qui appartiennent au second.
La seconde question concerne le ou les déterminants de
l’hypercalcémie qui survient chez ces patients.
En règle générale,
une hypercalcémie peut être la conséquence d’une augmentation des
entrées nettes de calcium (principalement d’origine osseuse) dans le
liquide extracellulaire, d’une diminution du débit de filtration
glomérulaire, d’une augmentation de la réabsorption tubulaire du
calcium filtré, ou d’une association variable de ces différents facteurs. Dans ce domaine, il apparaît que le mécanisme principal
de l’hypercalcémie de l’HPTP est totalement différent de celui des
hypercalcémies extraparathyroïdiennes.
Il est clair que les
hypercalcémies extraparathyroïdiennes sont très dépendantes du
débit d’entrée de calcium dans le liquide extracellulaire et/ou du
débit de filtration glomérulaire, ce qui n’est pas le cas de
l’hypercalcémie de l’HPTP.
Dans cette dernière situation,
l’hypercalcémie est donc essentiellement la conséquence d’une
augmentation de la réabsorption tubulaire rénale du calcium filtré.
Ces données sont parfaitement en accord avec les effets connus de
la PTH sur le tubule rénal, avec l’absence d’altération de la fonction
rénale chez la majorité des patients atteints d’HPTP, et avec le fait
qu’il n’existe pas de déminéralisation osseuse rapide et massive au
cours de l’HPTP.
Histopathologie et mécanismes
de la tumorigenèse :
Dans la plupart des cas (80-85 %), la formation tumorale
pathologique est un adénome unique.
L’adénome est décrit
histologiquement comme une confluence de cellules principales, qui
peut être entourée d’une frange de cellules normales.
Le poids
habituel des adénomes est de l’ordre de 500-1 000 mg mais des
formations plus petites ou plus grosses peuvent être observées.
Chez
environ 15 à 20 % des patients, le processus pathologique atteint
l’ensemble des quatre glandes et correspond à une hyperplasie
diffuse, qui peut survenir sporadiquement ou s’intégrer dans une
néoplasie endocrinienne multiple.
L’hyperplasie peut être
extrêmement discrète, seulement décelée à l’examen
anatomopathologique révélant une diminution du contenu graisseux
de la glande ou, au contraire, très marquée prenant un aspect pseudoadénomateux.
Dans tous les cas, la distinction entre adénome
et hyperplasie est importante parce que le geste chirurgical adéquat
en dépend.
La forme la plus rare est le carcinome parathyroïdien,
observé chez moins de 1 % des patients atteints d’hyperparathyroïdie
primitive.
Dans ce cas, l’examen histologique peut
révéler un nombre anormal de mitoses, un envahissement vasculaire
et des travées fibreuses, mais il est souvent non concluant.
En
l’absence d’invasion locale ou de métastases à distance, le diagnostic
de cancer parathyroïdien peut être extrêmement difficile à établir.
Les anomalies moléculaires présidant à la survenue d’une tumeur
parathyroïdienne primitive ne sont que partiellement connues.
Le caractère monoclonal des adénomes parathyroïdiens est
maintenant bien établi, suggérant que ces tumeurs sont causées
par des mutations qui affectent directement la croissance des cellules
parathyroïdiennes.
Plusieurs modifications génomiques ont été
décrites dans les tumeurs parathyroïdiennes.
La plus fréquente est
l’inversion péricentromérique du chromosome 11 qui place la région
5’ régulatrice du gène de la PTH en amont d’un oncogène présent
sur le bras long, cyclin D1/PRAD1, fournissant ainsi à ces cellules
un avantage sélectif en termes de croissance.
Cyclin D1 se
complexe avec et active les kinases cdk4 et cdk6 en phase G1 du
cycle cellulaire.
En conséquence, cdk4 et cdk6 activées phosphorylent et inactivent un domaine de liaison du
rétinoblastome, permettant l’entrée de la cellule en phase S.
Il
n’existe pas de donnée indiquant précisément dans quelle
proportion d’adénomes parathyroïdiens est retrouvé le
réarrangement péricentromérique, mais 20 à 40 % des adénomes et
50 à 90 % des carcinomes parathyroïdiens surexpriment la protéine
cyclin D1.
La seconde altération génomique impliquée est essentiellement
observée dans le cadre des néoplasies endocriniennes multiples de
type 1 (NEM1) et concerne le gène Menin.
Le gène Menin (ou
gène MEN1) a été identifié en 1997 : il est situé en position 11q13 et
comporte 10 exons, avec une région codante de 1 830 pb qui code
pour une protéine de 610 acides aminés.
Les mutations observées
sont variées (22 % de mutations non sens, 56 % d’insertions ou de
délétions, 17 % de mutations faux sens) et réparties sur l’ensemble
du gène.
La majorité des mutations est inactivatrice, en accord avec
ce qui est attendu dans le cadre d’un gène suppresseur de tumeur.
Le mécanisme de la tumorigenèse induite par les mutations du gène
NEM1 est particulière, et connue sous le nom de « modèle de Knudson » : en effet, les NEM1 sont transmis sur le mode
autosomique dominant, mais la tumorigenèse est un événement
récessif qui requiert l’inactivation des deux allèles.
Selon le modèle
de Knudson, la première inactivation (germinale), héritée de l’un
des deux parents, est présente dans l’ensemble des cellules de
l’organisme.
La seconde (somatique) est acquise, se produit au cours
de l’existence dans un ou plusieurs tissus (dont le tissu
parathyroïdien) et déclenche le développement de la tumeur.
La
fonction précise de Menin reste à élucider.
Néanmoins, il a été établi
qu’il s’agit d’une protéine de localisation nucléaire, qui interagit avec
l’extrémité N terminale du facteur JunD et réprime la transcription
activée par JunD.
En dehors des NEM1, des mutations somatiques du gène NEM1 ont
également été observées dans une petite proportion (10-15 %) de
tumeurs parathyroïdiennes survenant sur un mode sporadique.
Au cours des NEM de type 2 (ou syndrome de Sipple), la survenue
de l’HPTP est tout à fait inconstante (20-30 % des cas), à la différence
de ce qui est observé dans les NEM 1.
La cause génétique des NEM2
est une mutation germinale du gène du proto-oncogène RET qui
code pour un récepteur membranaire à activité tyrosine kinase dont
le ligand naturel est la neurotrophine glial cell line-derived
neurotrophic factor (GNDF).
Dans l’immense majorité des cas, les
mutations concernent des domaines riches en cystéine (codons 609,
611, 618, 620, 634).
Ces mutations aboutissent toutes à une activation
constitutionnelle de RET.
Dans certains cas, l’HPTP survient dans un contexte familial en
l’absence d’autres atteintes caractéristiques des NEM. Ceci définit
l’hyperparathyroïdie primitive familiale isolée (FIHPT).
Environ
50 % des FIHPT sont liés à deux locus sur le chromosome 1 en
position q23-32.
Les deux gènes, dénommés HPRT1 et HPRT2, sont
considérés comme responsables d’HPTP pure avec risque
d’évolution carcinomateuse et/ou d’association avec des tumeurs
non endocrines (par exemple, la prolifération ostéoclastique de la
mandibule qui définit le « HTP-jaw tumor syndrome »).
Enfin, d’autres anomalies génétiques ont été décrites dans les
cellules des adénomes parathyroïdiens, portant sur les chromosomes
1p, 1q, 6q, 9p, 11p, 13q et 15q : les gènes correspondant restent à
identifier mais indiquent qu’un grand nombre de connaissances
restent à acquérir dans le domaine du contrôle de la croissance et de
la prolifération des cellules parathyroïdiennes.
Il est important de noter qu’il n’existe pas de donnée montrant de
mutation, somatique ou germinale, du gène du récepteur sensible
au calcium (CaSR) au cours de l’HPTP mais que l’expression
tumorale du récepteur est diminuée.
Ceci explique, au moins en
partie, la perte de la sensibilité à la calcémie qui caractérise ce
syndrome.
Diagnostic de l’hyperparathyroïdie
primitive :
A - MANIFESTATIONS CLINIQUES
DE L’HYPERPARATHYROÏDIE PRIMITIVE
:
La majorité des patients atteints d’hyperparathyroïdie primitive
reçoit un diagnostic après la découverte fortuite d’une
hypercalcémie, et l’élément le plus notable de l’examen clinique de
ces patients est qu’il n’y a rien de remarquable.
L’interrogatoire peut
trouver un antécédent d’irradiation cervicale, une endocrinopathie
chez un apparenté, ou des manifestations épidémiologiquement
associées à l’HPTP telles qu’une hypertension artérielle ou une
maladie ulcéreuse gastroduodénale.
Les signes et symptômes
attribuables à l’hypercalcémie elle-même sont habituellement
absents puisque la calcémie n’est que modérément augmentée, et qu’elle s’est élevée progressivement pendant des mois ou
des années.
En effet, le caractère symptomatique d’une
hypercalcémie dépend étroitement de sa sévérité et de sa vitesse
d’installation.
B - DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE
DE L’HYPERPARATHYROÏDIE PRIMITIVE
:
L’hypercalcémie est habituellement modérée (2,6-3 mM) et, le plus
souvent, reste remarquablement stable pendant des années.
La
concentration sérique de PTH - mesurée par méthode
immunoradiométrique (IRMA) ou par immunochimioluminescence
(ICMA) est élevée chez 90 % des patients.
Ainsi, dans la majorité
des cas, la diagnostic est aisé à établir, en démontrant l’élévation
simultanée de la calcémie et de la concentration sérique de PTH.
Chez 10 % des patients, la concentration de PTH n’est pas
franchement élevée, mais dans la moitié supérieure des valeurs
normales, inappropriée à l’hypercalcémie.
La réabsorption tubulaire rénale du phosphate est fréquemment
diminuée, en raison de l’hypersécrétion de PTH, provoquant une
hypophosphatémie chez 30 à 40 % des patients.
L’hypercalciurie est
observée chez 40 à 50 % des patients, due à une synthèse accrue de
calcitriol qui stimule l’absorption intestinale du calcium.
L’état acide-base est habituellement normal, une acidose métabolique
hyperchlorémique n’étant observée qu’en cas de déplétion
phosphatée sévère ou de néphrocalcinose.
Les difficultés diagnostiques se rencontrent dans un petit nombre de
cas, lorsque la calcémie et la concentration de PTH ne sont pas
simultanément élevées.
Une calcémie normale, associée à une valeur
de PTH élevée, pose la question du diagnostic entre une
hyperparathyroïdie primitive normocalcémique et une
hyperparathyroïdie secondaire.
La distinction est importante
puisqu’une hyperparathyroïdie secondaire répond à une cause
identifiable et, en règle, médicalement curable, alors que le seul
traitement disponible de l’HPTP est chirurgical.
La reconnaissance
de l’HPTP normocalcémique repose sur l’absence de cause
d’hyperparathyroïdie secondaire et, surtout, sur les résultats du test
de charge calcique par voie orale, tel qu’il a été décrit par Broadus.
Lors de ce test, les patients atteints d’HPTP deviennent
hypercalcémiques.
Ils démontrent une hyperabsorption intestinale
du calcium et, enfin, leur sécrétion de PTH est insuffisamment
inhibée.
La seconde situation est celle d’une hypercalcémie associée à une
concentration de PTH normale, où se pose la question du diagnostic
avec l’hypercalcémie familiale bénigne.
Ici encore, la distinction n’est
pas vénielle, dans la mesure où l’hypercalcémie familiale bénigne
est une contre-indication à la parathyroïdectomie.
Parmi les éléments
en faveur de ce dernier diagnostic, on note la transmission familiale
selon un mode autosomique dominant (mais il existe des HPTP
familiales isolées), l’absence d’hypercalciurie (mais 50 % des HPTP
ne sont pas hypercalciuriques) et, surtout, l’identification d’une
mutation du gène du récepteur sensible au calcium, trouvée dans
plus de 90 % des cas d’hypercalcémie familiale bénigne.
Des données récentes indiquent que les systèmes commerciaux de
mesure de la PTH dite intacte détectent, en réalité, au moins deux
formes de la molécule : la PTH 1-84 elle-même et une forme
tronquée, probablement la forme 7-84.
Cette dernière est, au
minimum, dépourvue d’activité biologique en raison de l’absence
des indispensables premiers acides aminés ; il est également possible qu’elle exerce un effet antagoniste, puisqu’elle conserve les résidus
nécessaires à la liaison au récepteur PTH/PTHrP et empêche, de ce
fait, la liaison de la forme complète.
Un nouveau système
d’immunodosage, actuellement en cours d’évaluation, ne détecte
que la molécule complète ; il a permis de mesurer que la forme
tronquée représente entre 20 et 50 % de ce qui est mesuré avec les
trousses actuellement commercialisées.
Les évaluations en cours
permettront de déterminer si ce nouveau système d’immunodosage
fournit une performance diagnostique supérieure dans le domaine
des anomalies de la calcémie, en particulier dans celui de l’HPTP.
C - FORMES CLINIQUES
DE L’HYPERPARATHYROÏDIE PRIMITIVE
:
1- Lithiase rénale
:
– La lithiase calcique constitue une première manifestation classique
de l’HPTP.
Elle est, en réalité, beaucoup moins fréquente qu’il
n’avait été initialement envisagé puisque la prévalence de la lithiase
ne dépasse pas 20 %.
Néanmoins, il reste conseillé de rechercher
l’HPTP chez tous les patients atteints de lithiase calcique, en
particulier si celle-ci est récidivante.
Les calculs sont, en règle, de
nature oxalocalcique et/ou phosphocalcique.
Le principal facteur de
risque de lithiase est représenté par l’hypercalciurie, observée chez
40 à 50 % des sujets atteints d’HPTP, et qui est la conséquence de
l’augmentation de la charge filtrée de calcium qui dépasse la
capacité de réabsorption par le tubule rénal.
– La seconde manifestation rénale de l’HPTP, plus rare que la
lithiase, est la néphrocalcinose qui résulte du dépôt, dans le
parenchyme rénal, de complexes de phosphate de calcium.
Elle est
également favorisée par une hypercalciurie, ainsi que par un pH
urinaire alcalin et une hypocitraturie.
Elle peut expliquer la
survenue d’une insuffisance rénale au cours de l’évolution de
l’HPTP.
Il est important de noter que la néphrocalcinose n’est pas
toujours visible sur les clichés radiologiques, et que sa recherche
nécessite la réalisation d’une échotomographie rénale.
Enfin,
l’évolution de la lithiase calcique est indiscutablement influencée par
le traitement chirurgical de l’HPTP : la nette diminution de l’activité
de la lithiase après traitement chirurgical explique que la
présence d’un calcul calcique et/ou d’une hypercalciurie abondante
(> 10 mmol/j) constitue, en soi, une indication opératoire.
2- Atteinte osseuse
:
L’atteinte osseuse à type d’ostéite fibrokystique est devenue
exceptionnelle, et les signes radiologiques osseux (résorption
sous-périostée des phalanges, érosion distale des clavicules, aspect
« poivre et sel » des os du crâne, tumeurs brunes osseuses) sont
rares.
Néanmoins, une atteinte osseuse, le plus souvent
asymptomatique, est fréquemment observée grâce à la mesure des
indices biologiques du remodelage osseux et de la densité minérale
osseuse.
La principale conséquence osseuse de l’HPTP est une
augmentation globale du remodelage, la destruction et la formation
osseuse pouvant être augmentées d’un facteur 5.
Pour cette
raison, les indices de formation (ostéocalcine, phosphatases alcalines
osseuses) et de résorption osseuse (déoxypyridinoline, télopeptides
du collagène I) sont habituellement augmentés au cours de l’HPTP.
La mesure de la densité minérale osseuse a constamment retrouvé
une diminution dans les zones corticales (au mieux mesurée au tiers
proximal du radius distal).
À l’opposé, dans la majorité des cas
d’HPTP modérée, asymptomatique, la masse osseuse est conservée
ou peu diminuée dans les sites riches en os trabéculaire (corps
vertébraux et, à un moindre degré, col fémoral).
Les études histomorphométriques ont confirmé ces données en montrant une
augmentation du remodelage osseux et de la perte osseuse corticale.
La masse osseuse et la structure trabéculaire sont conservées (voire
améliorées) au cours de l’HPTP asymptomatique.
Cet aspect
contraste clairement avec celui de l’ostéoporose postménopausique
qui atteint les femmes au même âge que l’HPTP. Ainsi, l’excès
d’hormone parathyroïdienne paraît jouer un rôle protecteur sur l’os
trabéculaire des femmes ménopausées.
Il ne semble pas exister d’augmentation de la vitesse de perte
osseuse chez la plupart des patients ayant une HPTP
asymptomatique modérée au cours des années qui suivent le
diagnostic.
L’hypothèse émise par Parfitt est que l’HPTP
est une maladie biphasique comportant une phase d’installation, au
cours de laquelle apparaît le déficit osseux cortical et une phase
d’état, prolongée, pendant laquelle la vitesse de perte osseuse n’est
pas supérieure à celle des sujets sains appariés pour le sexe et
l’âge.
Cette absence d’évolutivité, observée chez les patients ayant
une HPTP asymptomatique modérée n’est pas retrouvée chez les
patients dont l’HPTP aurait justifié un traitement chirurgical lequel,
pour diverses raisons, n’a pas eu lieu.
Chez ces derniers, la perte
osseuse s’aggrave avec le temps, quel que soit le site considéré.
L’existence d’un excès de risque fracturaire chez les patients atteints
d’HPTP asymptomatique reste un sujet de controverse, en grande
partie parce que les études ne sont pas, le plus souvent, contrôlées
et que le sous-groupe des patients asymptomatiques n’est pas
toujours individualisé.
Certaines études tendaient à montrer que le
risque de fracture vertébrale n’est pas plus élevé chez les patients
atteints d’HPTP asymptomatiques que dans une population
témoin.
De même, il n’avait pas été obtenu d’argument en
faveur d’une augmentation du risque de fracture du col du fémur
ou du poignet chez les patients atteints d’HPTP asymptomatiques.
Ces données sont cependant contredites par les résultats d’une
étude rétrospective plus récente, qui révèle une augmentation
significative et continue du risque de fracture des vertèbres, de
l’extrémité inférieure de l’avant-bras, des côtes et du pelvis chez des
patients, majoritairement asymptomatiques, atteints
d’hyperparathyroïdie primitive.
Enfin, les données concernant l’évolution de la densité minérale
osseuse après traitement chirurgical de l’HPTP sont convergentes :
le traitement chirurgical de cette affection s’accompagne d’une
augmentation de la densité minérale osseuse, qui prédomine au
rachis lombaire et au col fémoral.
Cette « reminéralisation » est
visible dès la première année qui suit l’intervention chirurgicale, et
augmente progressivement pour atteindre un maximum entre 7 et
10 ans après le traitement.
Le gain attendu est significatif puisqu’il
est en moyenne de 10 à 15 %.
3- Manifestations gastro-intestinales :
Plusieurs types de manifestations gastro-intestinales doivent être
considérés chez les patients atteints d’HPTP : l’ulcère duodénal,
l’atteinte pancréatique, et les douleurs abdominales non spécifiques.
Il est habituellement admis que la fréquence de l’ulcère peptique est
plus élevée chez les patients atteints d’HPTP que dans la population
adulte générale ; cette assertion repose, cependant, sur
l’estimation de la prévalence exacte de la maladie ulcéreuse, dans
cette population générale qui fournit des résultats extrêmement
variables selon les études.
La conséquence est qu’il n’est toujours
pas établi avec certitude que l’HPTP expose à un risque accru
d’ulcère peptique.
En réalité, l’ulcère peptique survient avant tout
chez les patients atteints de NEM1 (syndrome de Werner) ayant une
tumeur à gastrine et un syndrome de Zollinger et Ellison.
Néanmoins, la possibilité d’un lien physiopathologique direct entre HPTP et ulcère gastroduodénal a été reconsidérée avec la découverte
de la présence du récepteur sensible au calcium dans les cellules G
antrales normales et la démonstration de l’effet stimulant de
l’hypercalcémie sur la libération de gastrine et la sécrétion acide
gastrique.
À l’opposé, il n’a jamais été démontré qu’il existe un rapport direct
entre HPTP et pancréatite.
Les douleurs abdominales, habituellement mal définies et peu
localisées, constituent une plainte parfois révélatrice chez un faible
pourcentage de patients atteints d’HPTP.
L’examen abdominal est
souvent normal, et il n’est pas exceptionnel que ces douleurs
régressent après traitement de la tumeur parathyroïdienne.
4- Hypertension artérielle :
L’hypertension artérielle (HTA) a longtemps été considérée comme
une complication de l’HPTP sur le fait que la prévalence de l’HTA
est plus élevée parmi les patients atteints d’HPTP que dans une
population témoin.
Cependant, la normalisation de la
pression artérielle après correction chirurgicale de l’HPTP est très
inconstante.
Dans ces conditions, le lien physiopathologique
entre ces deux affections fréquentes est incertain et, en tout état de
cause, l’HTA ne constitue pas, en soi, un motif suffisant pour
indiquer la nécessité du traitement chirurgical de l’HPTP.
5- Manifestations neuropsychiques
:
Les manifestations neuropsychiatriques de l’HPTP font l’objet d’un
large débat et de grandes incertitudes.
Le syndrome
neuromusculaire classique (myopathie avec troubles de la marche,
amyotrophie, fasciculations, hyperréflexie) a virtuellement disparu.
Certaines manifestations sont grossièrement proportionnelles à
la valeur de calcémie, en particulier les troubles de la conscience.
Cependant, certains patients peuvent être parfaitement lucides avec
une calcémie supérieure à 4 mmol/L alors que d’autres sont
franchement confus avec une calcémie à peine supérieure à
3 mmol/L.
Un grand nombre de manifestations subjectives ont été décrites chez
les patients atteints d’HPTP : sensations de faiblesse, de fatigabilité
anormale, d’émoussement intellectuel ainsi que des troubles affectifs
variés pouvant aller jusqu’au syndrome dépressif.
En dépit de
très nombreux rapports anecdotiques rapportant une amélioration postchirurgicale de ces symptômes, il n’est pas encore établi avec
certitude que ces désordres sont directement liés à l’HPTP ellemême,
et qu’ils sont régulièrement réversibles après traitement
chirurgical.
De manière générale, le domaine des manifestations (gastrointestinales
ou neuropsychiques), dont le lien avec l’hypercalcémie
et/ou l’hypersécrétion de PTH n’est pas clairement établi, est
particulièrement problématique.
Il convient d’être prudent quant à
la prédiction de l’évolution de ces symptômes après le traitement
chirurgical de l’HPTP.
Cette attitude évite de nourrir chez les
patients des espoirs qui seront peut-être déçus par la suite, mais il
est également important que, dans les prochaines années, soient
entreprises les études qui permettront de savoir si la prévalence de
ces signes est effectivement plus élevée chez les patients atteints
d’HPTP que dans la population adulte générale.
Ceci pourrait
remettre en question la notion d’HPTP asymptomatique et aboutir à
une importante modification de la prise en charge des patients.
6- Métabolites de la vitamine D et formes cliniques
de l’hyperparathyroïdie primitive :
Les patients atteints d’HPTP se répartissent schématiquement entre
trois groupes de présentation clinique (lithiase calcique, ostéite
fibrokystique et symptômes non spécifiques) qui n’ont que peu ou
pas d’intersection les uns avec les autres.
Cette constatation est
difficile à expliquer par la seule hypersécrétion de PTH, et a conduit
certains auteurs à proposer que l’HPTP est une maladie bihormonale
impliquant non seulement la PTH, mais également le
calcitriol.
En effet, le calcitriol contrôle l’absorption intestinale
du calcium alimentaire et joue donc un rôle essentiel dans la
régulation du bilan de calcium.
Ainsi, les patients ayant une
importante augmentation de la synthèse de calcitriol seraient ceux
dont l’absorption intestinale de calcium est la plus élevée, expliquant
une hypercalciurie importante, avec un maintien du bilan de
calcium et une augmentation du risque lithiasique sans
déminéralisation osseuse importante.
À l’opposé, les patients dont
la synthèse de calcitriol n’augmente que peu (ou pas) auraient une
absorption intestinale de calcium normale ou basse, un bilan de
calcium nettement négatif, peu de risque lithiasique mais un risque
important de déminéralisation osseuse.
Ces hypothèses sont
concordantes avec l’observation qu’au cours de l’HPTP, l’absorption
intestinale du calcium est effectivement dépendante de la
concentration circulante de calcitriol.
Cette hypothèse du rôle
essentiel du calcitriol dans la détermination de la présentation de
l’HPTP a été étayée par une étude de notre groupe : les patients
atteints d’ostéite fibrokystique ont moins de calcitriol sérique que
les sujets n’ayant pas de symptôme spécifique qui ont, eux-mêmes,
un calcitriol inférieur à celui de sujets lithiasiques.
L’origine de
cette différence de synthèse du calcitriol résidait dans une carence
en vitamine D, précurseur du calcitriol, chez les sujets atteints
d’ostéite fibrokystique.
À l’opposé, les sujets lithiasiques avaient un
capital en vitamine D normal, étaient plus jeunes et avaient un débit
de filtration glomérulaire plus élevé, toutes conditions favorisant
une synthèse élevée de calcitriol.
Se trouvait ainsi souligné le rôle important du capital en vitamine D
et de la fonction rénale dans la présentation clinique de l’HPTP.
Plus
récemment, il a été observé que les patients ayant les plus faibles
concentrations de 25-hydroxyvitamine D ont des concentrations de PTH et des indices du remodelage osseux plus élevés que les sujets
dont la concentration de 25-hydroxyvitamine D est normale,
permettant de préjuger d’un retentissement osseux plus marqué.
Enfin, la carence en vitamine D est accompagnée de tumeurs
parathyroïdiennes plus volumineuses, soulignant le rôle de la
vitamine D et de ses métabolites dans la croissance des tumeurs
parathyroïdiennes.
En résumé, l’hypothèse, initialement émise par Albright, que l’HPTP est
une maladie « bi-hormonale » se trouve confirmée par les données de
plusieurs études indépendantes qui indiquent le rôle délétère sur l’os de
la carence en vitamine D.
7- Hyperparathyroïdie primitive normocalcémique :
Bien que sa réalité soit contestée par certains qui la considèrent
comme une étape transitoire précédant l’installation inéluctable de
l’hypercalcémie, le maintien d’une calcémie normale, malgré une
hypersécrétion primitive de PTH, se rencontre chez 10 à 20 % des
patients atteints et peut persister pendant plusieurs années.
Chez la majorité de ces patients (environ 20 % dans notre
expérience), la mesure de la concentration de calcium ionisé révèle
une valeur anormalement élevée, soulignant l’intérêt de cette mesure.
Néanmoins, certains patients ont indiscutablement une
concentration de calcium ionisé sérique normale, même après qu’a
été éliminé un facteur métabolique capable de masquer l’élévation
de la calcémie, comme une carence profonde en vitamine D, ou
une hypomagnésémie.
Le diagnostic est alors porté devant une
calcémie normale, une concentration élevée de PTH, et une
freination insuffisante de la sécrétion de PTH lorsque, au moyen
d’une charge en calcium, le patient est rendu hypercalcémique.
Ces patients demeurent normocalcémiques sur une longue période,
probablement en raison d’une résistance des organes cibles vis-à-vis
de la PTH.
Ainsi, nous avons pu démontrer que ces patients n’ont
pas le même niveau de réabsorption tubulaire de calcium pour des valeurs identiques de PTH.
La correction de cette hypercalciurie
« relative » après cure chirurgicale de l’adénome parathyroïdien
permet d’exclure le caractère secondaire de l’hypersécrétion de PTH.
8- Carcinome parathyroïdien :
Le carcinome parathyroïdien est réputé rare, à juste titre puisqu’il
est impliqué dans moins de 1 % des cas d’HPTP.
Il survient, en
moyenne, quelques années plus tôt que l’HPTP bénigne et affecte
également les deux sexes.
Il se révèle classiquement par un tableau
d’HPTP sévère et symptomatique : la calcémie est plus élevée qu’au
cours de l’HPTP bénigne (3,4 à 3,9 mmol/L) et la concentration de
PTH très augmentée (environ 10 fois la limite supérieure de la
normale).
Surtout, les patients sont très fréquemment
symptomatiques : la fréquence de la lithiase, de l’insuffisance rénale
et des manifestations osseuses est très supérieure à celle qui est
observée au cours de l’HPTP bénigne.
Le carcinome parathyroïdien
est la seule situation connue où les manifestations osseuses et
lithiasiques peuvent coexister chez un même patient.
Le diagnostic histologique est souvent difficile. Habituellement, les
tumeurs sont plus volumineuses que les adénomes, pesant
majoritairement entre 2 et 10 g.
Il existe généralement des anomalies
nucléaires (noyau agrandi, hyperchromasie) et, constamment, des
mitoses.
Le caractère infiltrant de la tumeur, avec rupture de la
capsule, a une grande valeur diagnostique.
Le traitement est chirurgical et nécessite fréquemment d’être répété
en raison de la tendance aux récidives locales.
9- Hyperparathyroïdie néonatale sévère
:
De mariages consanguins dans des fratries atteintes d’hypercalcémie
familiale bénigne, peuvent naître des enfants ayant une
hyperparathyroïdie primitive néonatale sévère.
Classiquement,
ces enfants ont une hypercalcémie menaçant le pronostic vital et
souffrent de retard de croissance, de déshydratation, de
déminéralisation osseuse, de déformations de la cage thoracique, de
multiples fractures et d’hypotonie dans les premières semaines de
vie, ces complications nécessitant souvent une parathyroïdectomie
totale salvatrice.
Ce tableau est fidèlement reproduit chez la
souris par l’invalidation homozygote du gène du CaR : ces
animaux ont une hypercalcémie sévère (» 3,75 mmol/L), une franche
élévation de la PTH sérique, ainsi qu’une importante
déminéralisation osseuse fréquemment accompagnée de fractures.
Ils meurent invariablement en quelques semaines.
Classiquement, un allèle du gène codant pour le récepteur sensible
au calcium (qui siège sur le bras long du chromosome 3 chez
l’homme) est muté dans l’hypercalcémie familiale bénigne alors
que les deux allèles sont le siège d’une mutation dans
l’hyperparathyroïdie néonatale sévère, chaque parent ayant transmis
son allèle muté à l’enfant.
Le tableau génétique est celui d’une
mutation homozygote (si les deux parents sont consanguins) ou
d’une mutation hétérozygote composite (si les deux parents ne sont
pas apparentés).
Localisation préopératoire :
Un grand nombre de tests a été proposé pour la localisation
préopératoire des tumeurs parathyroïdiennes.
Certains sont peu ou
pas invasifs : échotomographie, tomodensitométrie, imagerie par
résonance magnétique, scintigraphie utilisant des traceurs variés le
plus récent étant le 99mTc-sestamibi.
D’autres le sont nettement :
artériographie et cathétérisme veineux étagé. Deux points méritent
d’être soulignés d’emblée : le premier est que ces examens n’ont pas pour objectif d’affirmer,
encore moins de réfuter, le diagnostic positif d’HPTP qui ne peut être
obtenu que sur la base d’examens biologiques appropriés ;
le second est que ces examens n’ont de sens que chez les patients
pour lesquels un traitement chirurgical est envisagé.
La scintigraphie au sestamibi est devenu le test qui allie performance
diagnostique satisfaisante et relative facilité de réalisation.
Elle utilise habituellement la propriété du traceur d’être rapidement
éliminé du tissu thyroïdien mais de persister plus longuement dans
le tissu parathyroïdien : ainsi, la comparaison d’une image précoce
et d’une image plus tardive (2 heures après l’injection) permet
d’identifier la ou les tumeurs parathyroïdienne(s).
Chez les patients qui ont eu antérieurement une chirurgie cervicale,
les examens de localisation sont extrêmement utiles, cependant, il
ne faut pas perdre de vue que chacun de ces examens est grevé
d’un pourcentage non négligeable de faux positifs, et que la fiabilité
de la localisation peut être renforcée par l’association de deux
approches donnant un résultat concordant.
Il est moins clair que ces examens aient un intérêt chez les patients
qui n’ont pas subi de chirurgie cervicale.
En effet, il n’a pas été établi
que la localisation préopératoire réduit la durée de l’acte chirurgical,
ni même qu’elle augmente le pourcentage de succès.
Cette
position est résumée dans l’adage : « le seul examen de localisation
dont a besoin un patient atteint d’hyperparathyroïdie primitive est
celui qui permet d’être localisée par un chirurgien expérimenté ».
Cette attitude ne s’applique évidemment pas dans les cas où une
chirurgie dirigée sous anesthésie locale est choisie.
Traitement de l’hyperparathyroïdie
primitive
:
Au cours des années 1980, la constatation que la plupart des patients
atteints d’HPTP étaient exempts des manifestations « classiques » de
la maladie a conduit à développer un consensus quant à la prise en
charge thérapeutique de cette affection.
Le traitement chirurgical reste le traitement curatif qui peut être
proposé aux patients ayant des complications « classiques » de la
maladie (ostéite fibrokystique, lithiase calcique récidivante,
complications gastro-intestinales sévères, syndrome neuromusculaire).
Il constitue également le traitement proposé aux
patients asymptomatiques atteints de formes apparemment plus
sévères de la maladie.
Enfin, quelle que soit la forme clinique de l’HPTP, il est
recommandé pour les sujets dont la surveillance médicale risque
d’être difficile ou impossible à mettre en oeuvre, ainsi que pour les
sujets jeunes (âgés de moins de 50 ans au moment du diagnostic)
parce que l’évolution naturelle de l’HPTP pendant plusieurs
décennies est inconnue, et que le coût de la surveillance médicale sur une aussi longue période est élevé. Selon les critères de la
conférence de consensus, environ 50 % des patients atteints d’HPTP
relèvent d’un traitement chirurgical.
Le traitement chirurgical doit être effectué par un chirurgien
expérimenté : à cette condition, le taux de succès thérapeutique est
très élevé (supérieur à 90 %), la morbidité postopératoire (lésion du
récurrent, hypoparathyroïdie séquellaire) très faible et la mortalité
nulle.
Après le traitement chirurgical, la calcémie se normalise en
quelques heures, parfois en 1 ou 2 jours, l’activité de la lithiase est
réduite de plus de 90 % et la masse osseuse augmente dans les
années qui suivent.
Depuis quelques années, plusieurs groupes ont développé une
stratégie de chirurgie dirigée par les examens de localisation
préopératoires, effectuée sous anesthésie locale, qui repose sur le fait
que la plupart des patients ont un adénome unique et qu’un abord
unilatéral est, en théorie, suffisant dans la plupart des cas,
permettant l’exérèse de la tumeur et la guérison du patient.
Cette
attitude suppose une localisation préopératoire indiscutable ainsi
que la possibilité de mesurer, en temps réel au cours de
l’intervention, la diminution de la concentration sérique de PTH afin
de s’assurer de l’efficacité du geste chirurgical.
INDICATIONS ET MODALITÉS
DE LA SURVEILLANCE MÉDICALE :
Chez environ 50 % des patients, il n’existe pas de critère de
traitement chirurgical au moment du diagnostic et une surveillance
médicale peut être envisagée, qui doit être semestrielle jusqu’à ce
que l’absence d’évolutivité de la maladie soit établie (soit 1 à 3 ans
de surveillance), puis annuelle.
L’apparition d’un déficit neuromusculaire, de troubles de l’humeur
ou du comportement, de symptômes gastro-intestinaux, rénaux,
osseux, et d’une hypertension artérielle doit être recherché à chaque
consultation.
Les mesures de la calcémie, de la créatininémie et de
la calciurie des 24 heures sont nécessaires.
Enfin, il est recommandé
d’obtenir tous les ans un cliché abdominal et tous les 2 ans une
mesure de la densité minérale osseuse.
De surcroît, il est nécessaire
d’éviter les situations pouvant aboutir à une augmentation de la
calcémie (immobilisation, déshydratation extracellulaire, y compris
celle induite par les diurétiques, consommation de vitamine D à
dose pharmacologique) et celles favorisant la déminéralisation
osseuse accélérée (régime appauvri en calcium, carence en vitamine
D).
Il n’existe pas, actuellement, de traitement médical spécifique de
l’HPTP.
Cependant, l’opothérapie oestroprogestative est
recommandée chez les patientes ménopausées.
En revanche, des
médicaments tels que la calcitonine ou les diphosphonates, efficaces
dans le traitement des hypercalcémies aiguës, n’ont que peu
d’intérêt et d’efficacité dans le traitement au long cours de l’HPTP.
De nouveaux agents thérapeutiques sont en cours d’essai : les plus
prometteurs semblent être les agonistes du récepteur sensible au
calcium qui entraînent, en prise aiguë, une diminution de la calcémie
et de la sécrétion de PTH par les cellules parathyroïdiennes.
Les patients qui réunissent les critères d’un suivi médical ont une
évolution satisfaisante, tant en termes de calcémie, de fonction
rénale et de densité osseuse, qu’en termes de survie globale.