Dans leur très grande majorité, les hyperlipoprotéinémies sont des affections métaboliques génétiques qui
favorisent une artériosclérose prématurée.
C’est dans le but de prévenir, réduire ou retarder les manifestations
cardiovasculaires ischémiques de ces maladies qu’il faut les prendre en charge.
Le diagnostic, la classification ainsi
que les traitements diététique et médicamenteux sont à mettre en oeuvre successivement afin de s’associer à la prise
en charge simultanée des autres facteurs de risque athérogènes.
Introduction :
Les hyperlipoprotéinémies ou dyslipoprotéinémies
sont définies comme l’augmentation
permanente de la concentration plasmatique d’une
ou plusieurs classes de lipoprotéines, parfois comme
une composition anormale d’une lipoprotéine.
On
en rapproche la diminution isolée des lipoprotéines
de haute densité (HDL).
Leur risque essentiel est de
favoriser une maladie athéromateuse précoce,
source de complications cardiovasculaires
ischémiques.
Dans la majorité des cas, la dyslipidémie est constitutionnelle, permanente,
pouvant souvent être dépistée dès l’enfance et sa
physiopathologie correspond à une perturbation
héréditaire du métabolisme des lipoprotéines due à
une anomalie de structure d’un enzyme, d’une
apolipoprotéine ou d’un récepteur des lipoprotéines.
Plus rarement, l’élévation du taux circulant des
lipoprotéines est la conséquence d’un autre état
pathologique transitoire ou permanent, la dyslipoprotéinémie est alors secondaire.
Rappel du métabolisme
des lipoprotéines :
Les lipides, peu solubles dans le plasma, circulent
associés aux apolipoprotéines (APO) sous forme
d’édifices parfois volumineux, les lipoprotéines.
Toutes les lipoprotéines contiennent en quantité
variable du cholestérol, des triglycérides, des
phospholipides et des APO.
A - Chylomicrons (CHYLO)
:
Les chylomicrons (CHYLO) proviennent par voie
lymphatique des cellules intestinales où ils sont
synthétisés à partir des éléments de la digestion. Aux triglycérides prédominants s’associent les APO B48,
CII, CIII, CI, A1, A2, A4 et E. Ils séjournent dans le
courant sanguin 1 à 6 heures suivant le repas.
À
jeun, ils disparaissent du plasma.
Leur dégradation
est assurée par les enzymes lipolytiques dont le plus
important est la lipoprotéine lipase (LPL) activée par
l’APO CII. Il en résulte des résidus de plus petite taille,
les « remnants ».
Ceux-ci sont liés et internalisés dans
les cellules par les récepteurs E et BE.
B - Lipoprotéines de très basse densité
(VLDL) :
Les lipoprotéines de très basse densité (VLDL)
proviennent pour une faible part de la cellule
intestinale et pour beaucoup de la cellule hépatique.
Les triglycérides représentent 70 % de leur
composition.
Leur APO B est l’APO B100. Ces VLDL
naissantes vont effectuer des échanges avec les
lipoprotéines de haute densité grâce à la protéine de
transfert (CFTP).
Elles acquièrent du cholestérol
estérifié et des APO (APO C, APO E).
Elles subissent
une lipolyse sous l’influence des enzymes lipolytiques (LPL), qui va modifier leur composition :
diminution des triglycérides et enrichissement en
cholestérol.
Certains éléments de la surface des VLDL
deviendront des HDL.
La demi-vie des VLDL est
d’environ 5 heures.
La lipoprotéine de densité
intermédiaire (IDL) qui en résulte est captée par les
récepteurs E hépatiques ou continue à se
transformer pour devenir la lipoprotéine de basse
densité.
C - Lipoprotéines de basse densité (LDL) :
Les lipoprotéines de basse densité (LDL) qui n’ont
à leur surface que l’APO B100 vont apporter le
cholestérol aux cellules périphériques de l’organisme
pour fournir la synthèse des membranes cellulaires
et la fabrication de stéroïdes.
L’APO B est
spécifiquement liée par le récepteur BE, liaison qui
précède l’internalisation de la lipoprotéine dans les
cellules.
Les LDL y sont hydrolysées par les enzymes
du lyzosome et cet apport de cholestérol dans la
cellule a trois conséquences :
– la régulation de la synthèse des récepteurs des LDL ;
– le freinage de l’HMG Co-A réductase (HMG R) ;
– l’activation de l’acyl Co-A cholestérol
acyltransférase (ACAT).
Dans le plasma, la demi-vie des LDL est de 3,6
jours.
Une modification progressive de la structure
de l’APO B par des réactions d’oxydation traduit le
vieillissement des lipoprotéines.
Ces lipoprotéines
modifiées n’ont plus de dégradation possible par la
voie des récepteurs et ne peuvent être dégradées
que par les macrophages.
L’importance de ces LDL
modifiées est grande dans la genèse de l’athérome
car un excès de LDL modifiées captées par les
macrophages aboutit à une cellule spumeuse.
D - Lipoprotéines de haute densité (HDL)
:
Les lipoprotéines de haute densité (HDL) ont trois
origines : l’hépatocyte, la cellule intestinale et
l’hydrolyse des VLDL.
Il s’agit en fait d’un groupe
hétérogène.
Les deux principales sous-classes sont
les HDL2 et les HDL3.
À leur naissance, les HDL
contiennent un peu de lipides, phospholipides,
cholestérol estérifié et surtout des APO, APO A1, APO
A2. Dans la circulation, les HDL vont s’enrichir en
cholestérol estérifié et un peu en triglycérides ; au
contact des membranes cellulaires, elles se chargent
en cholestérol libre.
Dans le plasma, la lécithine
cholestérol acyltransférase (LCAT), dont l’APO A1 est
l’activateur, transforme le cholestérol libre en
cholestérol estérifié qui est emmagasiné au centre
des HDL.
Il existe des récepteurs des HDL sur les
cellules périphériques (macrophages) qui permettent
la liaison des HDL et leur internalisation.
Les HDL ne
sont pas détruites mais subissent une réexcrétion
après s’être chargées de cholestérol, de sorte qu’elles
assurent un retour du cholestérol vers le foie : c’est le
reverse transport du cholestérol.
Il explique le rôle
antiathérogène de cette lipoprotéine.
E - Différentes classes de lipoprotéines :
Les différentes classes de lipoprotéines peuvent
être étudiées après une séparation que l’on réalise
en fonction de leur migration (électrophorèse), de
leur densité (ultracentrifugation), ou en fonction de
leur contenu en APO (techniques immunologiques).
Les dosages des lipides courants sont le dosage des
triglycérides, du cholestérol total, son fractionnement
avec la mesure du cholestérol des HDL (HDL C) par
une méthode de précipitation sélective, des APO B et
A1. L’aspect du sérum renseigne sur la présence en
excès de lipoprotéines riches en triglycérides.
Les
valeurs de cholestérol, du cholestérol des HDL et des
triglycérides permettent de calculer la valeur du
cholestérol des LDL, selon la formule de Friedewald.
Le dosage de l’APO B totale permet d’identifier
toutes les surcharges en LDL et/ou en VLDL, mais il
est surtout fiable dans les surcharges pures en LDL,
avec un sérum clair. Le dosage des APO ne peut
remplacer les dosages de cholestérol et de
triglycérides mais il constitue un élément de contrôle
de ces derniers et peut renseigner sur d’éventuelles
variations de composition des lipoprotéines.
Les
valeurs des rapports APO A1/APO B, ainsi que ceux
du cholestérol total/HDL C ont été considérées, sur
de larges échantillons de population, comme très
prédictives du risque cardiovasculaire.
Pour une
exploration à visée diagnostique, tous les dosages
doivent être faits à jeun, en dehors de tout régime ou
traitement hypolipidémiant.
Épidémiologie et physiopathologie
des dyslipoprotéinémies
primitives :
A -
Hypercholestérolémies (surcharge
en LDL, type IIa)
:
La forme hétérozygote d’hypercholestérolémie
familiale par maladie du récepteur est due à la
transmission, par un seul des deux parents, d’une
mutation génétique sur le récepteur BE des LDL. Elle
a une fréquence de un cas sur 500 naissances.
C’est
la plus fréquente des maladies génétiques chez
l’homme.
Cette mutation entrave la liaison du
récepteur aux lipoprotéines et ralentit leur
catabolisme.
Les LDL ont une durée de vie allongée
dans le plasma.
La mutation sur le gène est de
nature variable : on en a décrit plus de 200
intéressant diverses parties de la chaîne du récepteur BE.
La forme homozygote de la maladie du
récepteur est exceptionnelle, elle est observée en cas
d’héritage double d’une anomalie des récepteurs des LDL, touchant les deux parents.
Le propositus est
porteur de deux allèles mutants dont la mutation est
en général différente, sauf en cas de consanguinité.
Le trouble métabolique entraîné par cette double
atteinte est beaucoup plus sévère que dans la forme
hétérozygote.
La fréquence de la forme homozygote
est de un cas sur un million de naissances.
L’hypercholestérolémie familiale par déficit en
APO B correspond à une mutation située au niveau
du site biologiquement actif de l’APO B sur l’acide
aminé 3500.
Le défaut de liaison de la lipoprotéine
et de son récepteur est dû ici à l’anomalie de la
chaîne de l’APO B, mais les conséquences cliniques
et biologiques sont les mêmes que dans la maladie
des récepteurs.
La presque totalité des cas décrits de
cette étiologie sont des formes hétérozygotes pour le
défaut métabolique.
La fréquence de la maladie est
un peu plus faible que celle de la maladie du
récepteur, environ un cas sur 700 naissances.
Ces
deux étiologies n’expliquent pas la totalité des
hypercholestérolémies pures.
Dans un grand
nombre de cas, en général de sévérité moindre, on
ne retrouve pas d’anomalie des récepteurs ni de
l’APO B.
L’étiologie est alors inconnue.
Un des
mécanismes physiopathologiques invoqués est un
trouble fonctionnel de l’activité des récepteurs des LDL, ralentie par l’importance des apports
alimentaires de cholestérol.
La fréquence de ces
formes modérées dites essentielles est trois fois plus
grande que celle des défauts génétiques précédents.
Dans toutes les hypercholestérolémies, le risque athérogène est élevé, avec une relation
proportionnelle entre le taux du cholestérol des LDL
et la sévérité et la précocité des manifestations
athéromateuses.
B -
Hypertriglycéridémie endogène
(surcharge en VLDL ou type IV)
:
C’est un groupe hétérogène d’affections, ce qui
explique de nettes différences de fréquence selon les
populations étudiées, jusqu’à 10% dans certaines
études anglo-saxonnes.
Dans ce chiffre très élevé
sont sans doute comptabilisées bon nombre de dyslipidémies où les facteurs d’environnement
prennent le pas sur les facteurs génétiques.
Les hypertriglycéridémies héréditaires reconnues sur des
arguments familiaux ne concernent que 0,5 à 0,8%
de la population générale adulte, et le mode de
transmission est clairement autosomique dominant.
On ne connaît pas le défaut métabolique, mais la
physiopathologie correspond à un excès de la
synthèse des VLDL.
Trois facteurs alimentaires
contribuent à l’installation ou à l’amplification de ce
trouble métabolique : l’intolérance aux hydrates de
carbone et le diabète, la consommation d’alcool et
les apports excessifs de calories et la pléthore pondérale.
Le taux des triglycérides permet
d’opposer les hypertriglycéridémies majeures
(au-dessus de 500 mg/dL) et mineures (triglycérides
entre 150 et 500 mg/dL).
Le risque athérogène est
moins élevé que dans les hypercholestérolémies et
dans les hyperlipidémies mixtes, mais il est
néanmoins présent dans un quart des cas.
C - Hyperlipidémie mixte :
Elle est aussi fréquente que les hypercholestérolémies
: 0,5 à 0,8 % de la population.
Le défaut
métabolique n’est pas connu dans l’hyperlipidémie
de type IIb qui correspond à une double surcharge
en LDL et en VLDL.
L’hyperlipidémie de type III est
beaucoup plus rare (0,02%).
Elle est due à un double
facteur héréditaire : conjonction d’un excès de
synthèse des VLDL et d’un phénotype particulier des
isomorphes de l’APO E, le phénotype E2E2,
caractérisé par la médiocre affinité de l’APO pour les
récepteurs des lipoprotéines.
La surcharge réalisée
est une surcharge en IDL. Le risque vasculaire est très
grand dans toutes les hyperlipidémies mixtes, dont
deux tiers des cas, en l’absence de traitement, se
compliqueront avant 60 ans.
D - Hyperchylomicronémies (surcharge
en chylomicrons dans le type I,
surcharge associée en chylomicrons
et en VLDL dans le type V)
:
Ce sont des hyperlipidémies exceptionnelles
d’une fréquence de un cas sur 100 000 naissances.
Le défaut métabolique est un défaut d’épuration par
anomalie de la lipoprotéine-lipase ou de son
activateur, l’APO CII.
Plus d’une trentaine de
mutations sur les gènes de la lipoprotéine-lipase ou
de l’APO CII ont déjà été décrites.
La transmission se
fait sur un mode autosomique récessif. Les sujets
atteints sont homozygotes.
La consanguinité
parentale est très fréquente et l’on observe souvent
plusieurs cas dans une même fratrie.
Les
hétérozygotes, classiquement indemnes, sont
peut-être atteints d’une forme banale d’hyperlipidémie
mixte avec une fréquence inhabituelle.
Il n’y a
pas de complications athéromateuses dans le type I,
mais elles sont possibles, assez tardivement, dans le
type V.
E - Hypoalphalipoprotéinémies
(déficit en HDL)
:
Les hypoalphalipoprotéinémies (déficit en HDL)
doivent être étudiées dans le cadre des
dyslipoprotéinémies en raison de leur risque
athérogène.
C’est avant tout un symptôme d’une
grande fréquence, volontiers associé à d’autres
désordres lipidiques, en particulier ceux qui
comportent une hypertriglycéridémie.
On peut donc
observer un taux bas d’HDL dans les hypertriglycéridémies
endogènes, dans les hyperlipidémies mixtes,
et dans les hyperchylomicronémies.
Les
abaissements isolés des HDL ne sont pas pour
autant un groupe homogène et l’on ne connaît le
défaut métabolique que dans de rares cas, sous
forme d’une mutation génétique siégeant sur le
gène de l’APO A1, d’anomalie de son métabolisme
(maladie de Tangier) ; on a décrit un déficit familial
combiné en APO A1 et APO CIII, un déficit en HDL
avec xanthomes plans (autosomique récessif), le
déficit en LCAT (autosomique récessif), la fish-eye
disease (autosomique dominant).
De grandes études
épidémiologiques ont démontré sans ambiguïté une
corrélation inverse entre la concentration
plasmatique des HDL et le risque de maladie
cardiovasculaire ischémique.
Au-dessus de 40 ans
cette incidence double entre les sujets à taux élevé
de HDL et les sujets à taux bas. Cette corrélation est
aussi affirmée sur des critères coronarographiques.
Le taux de l’HDL C est corrélé négativement au
risque vasculaire cérébral.
F - Surcharge en lipoprotéine (alpha) :
De connaissance relativement récente, c’est une
surcharge en une lipoprotéine particulière
ressemblant aux LDL mais qui possède en plus une
APO (a) caractérisée par une forte glycosylation et
dont la migration électrophorétique sur situe en
position prébêta.
La protéine (a) offre une analogie
structurale importante avec le plasminogène.
Son
taux est réglé par des facteurs génétiques et n’est
influencé ni par le régime, ni par des facteurs
d’environnement.
L’importance physiopathologique
de la « lipoprotéine (a) » Lp (a) est grande, car si l’on
ignore son rôle dans le métabolisme, il apparaît
certain que son taux est corrélé positivement à
l’incidence de coronaropathie.
Les modalités de la
transmission héréditaire de ce paramètre sont mal
connues, et seraient sous contrôle polygénique.
On
doit connaître le taux de la Lp (a) dans les conditions
suivantes :
– à titre pronostique : dans les grandes
hyperlipidémies athérogènes pour savoir si une
élévation de la Lp (a) vient aggraver le pronostic
vasculaire de ces affections ;
– pour déterminer la cause d’une maladie
athéromateuse précoce qui n’est pas expliquée par
un autre facteur de risque athérogène.
Sa découverte doit conduire, en cas de valeur
très élevée, à une enquête biologique familiale. Les médicaments
efficaces sont rares et d’action modeste.
Diagnostic clinique
et biologique :
A -
Hypercholestérolémie (type IIa)
:
L’examen clinique n’est anormal que dans les
formes sévères.
Dans la très grande majorité des
formes les plus communes, le diagnostic ne repose
que sur les examens biologiques.
Les signes
cliniques, s’ils sont rares, ont cependant valeur
d’alerte, surtout pour les signes cutanés,
particulièrement spectaculaires.
1- Hypercholestérolémie familiale hétérozygote
:
* Circonstances de découverte :
Les circonstances de découverte sont variables :
fortuite, systématique, lors d’une enquête familiale
motivée par un autre cas dans la famille, ou à
l’occasion d’un accident cardiovasculaire.
* Signes fonctionnels
:
Des signes fonctionnels sont possibles mais peu
caractéristiques : vertiges, acouphènes, céphalées.
Il
peut s’agir de l’expression clinique de la maladie
athéromateuse dans le territoire coronaire : angor
d’effort ou de repos, ou sur les artères périphériques :
claudication intermittente.
* Arc cornéen
:
L’arc cornéen est un dépôt de cholestérol complet
ou simplement partiel, c’est un cercle ou un arc de
cercle blanc ou grisâtre situé à la périphérie de la
cornée.
Présent dans trois quarts des cas, il n’a pas
de valeur formelle pour le diagnostic d’hypercholestérolémie
car on peut le voir dans d’autres
hyperlipidémies, et même chez certains sujets normolipidémiques, surtout après 50 ans
(gérontoxon).
* Xanthélasma
:
Le xanthélasma est un xanthome palpébral, de
coloration jaune vif, car il correspond à une
infiltration cutanée de LDL, à la différence de l’arc
cornéen qui correspond à un dépôt de cholestérol.
Il
s’observe dans 25% des cas.
Il n’y a pas de relation
entre le taux de la cholestérolémie et l’étendue du xanthélasma ou sa date d’apparition.
Son évolution
est capricieuse : il peut disparaître avec le traitement
ou évoluer pour son propre compte.
Lorsqu’il
persiste, l’exérèse chirurgicale est raisonnable au
bout de 6 mois de correction biologique.
* Xanthomes tendineux :
Les xanthomes tendineux sont très spécifiques de
l’hypercholestérolémie familiale.
Ils réalisent un
épaississement des tendons, régulier ou non,
proportionnel à l’importance de l’hypercholestérolémie.
Ils apparaissent vers l’âge de 20-25 ans dans
cette forme hétérozygote. Ils sont souvent
accompagnés d’accès douloureux paroxystiques, les
tendinites pour lesquelles, si c’est un motif de
première consultation, il faut penser au diagnostic.
Ils
siègent, par ordre de fréquence décroissante, aux
tendons d’Achille, aux tendons des muscles
extenseurs des doigts et plus rarement aux tendons
du triceps brachial, aux extenseurs des orteils, aux
tendons rotuliens.
Il est rare d’observer des
xanthomes périostés sur la crête tibiale et la
tubérosité tibiale antérieure, des xanthomes
aponévrotiques palmaires ou plantaires ou des
xanthomes viscéraux intrathoraciques ou
intracérébraux.
L’échographie permet de juger de
leur évolution régressive sous traitement.
Ils ne sont
cependant pas pathognomoniques de l’hypercholestérolémie
familiale puisqu’ils existent dans certaines
affections rares que sont la xanthomatose cérébrotendineuse, la bêtasitostérolémie ou les
autres rares surcharges en stérols végétaux.
* Signes cardiovasculaires :
Les signes cardiovasculaires traduisent les
complications athéromateuses.
L’examen physique
peut retrouver des souffles artériels ou orificiels.
L’atteinte artérielle n’a pas de spécificité par rapport
à l’athérome banal en dehors de sa date
d’apparition, d’autant plus précoce que la surcharge
en LDL est importante, pouvant débuter dès 30 ans,
et de sa fréquence, quatre fois plus que dans la
population générale. Par ordre de fréquence
décroissante, les territoires atteints sont les territoires
coronarien, cérébrovasculaire, les artères des
membres inférieurs, l’artère mésentérique.
On
observe 5% d’infarctus myocardique avant 30 ans,
20% à 40 ans, 50% à 50 ans, 85% à 60 ans. La
mortalité vasculaire est sévère dans les deux sexes.
Les contrôles paracliniques par l’échotomographie
des artères, l’effet doppler, l’ECG d’effort, doivent
s’efforcer de détecter la maladie vasculaire avant son
expression clinique.
Les angiographies préciseront
alors les lésions.
*
Examens biologiques
:
Les examens biologiques montrent une
cholestérolémie à 280-450 mg/dL (7,25-
11,5 mmol/L), un cholestérol des LDL à 170-
400 mg/dL (4,4-10,5 mmol/L).
Le sérum est clair, les
triglycérides normaux, l’APO B au double de la
normale (130-250 mg/dL).
L’électrophorèse des
lipoprotéines est sans utilité diagnostique.
Les
anomalies lipidiques sont d’une grande stabilité en
dehors des traitements.
Les taux du cholestérol des HDL sont en principe normaux.
*
Renseignements familiaux :
Les renseignements familiaux sont très
importants à considérer et la construction de l’arbre
généalogique est un temps essentiel de
l’observation.
Les renseignements sont parfois
directement accessibles. Bien souvent, il faut partir à
la recherche des renseignements familiaux et aller
jusqu’à déclencher une enquête biologique au
moins dans la fratrie, les ascendants et les enfants.
On retrouve le caractère autosomique dominant de
la transmission : un des deux parents est
transmetteur et atteint d’une forme analogue à celle
du propositus, l’autre parent est indemne.
Dans la
fratrie et dans la descendance, un nombre égal de
sujets atteints et de sujets indemnes est observé,
dans les deux sexes.
2- Hypercholestérolémie familiale homozygote :
* Xanthomes cutanés
:
Les xanthomes cutanés apparaissent précocement.
Ils sont d’abord plans, puis prennent du
relief avec le temps. Jaunes vifs, ils deviennent
rouges au centre quand ils sont volumineux.
Leur
siège est extrêmement variable s’ils sont abondants.
Commençant en général aux faces d’extension des
genoux et des coudes, aux doigts, sur les plis de
flexion, et en particulier sur les commissures
interdigitales, au pli interfessier, à la face antérieure
des poignets ou à la face postérieure des chevilles.
Leur évolution se fait spontanément vers
l’aggravation progressive, tandis que sous traitement
la régression est habituelle à condition d’atteindre un
abaissement de la cholestérolémie au-dessous de
300 mg/dL (7,7 mmol/L), ce qui est maintenant
possible, soit avec un traitement médicamenteux
multiple, soit avec l’anastomose portocave ou les
LDL aphérèses.
Les autres dépôts possibles sont l’arc
cornéen et le xanthélasma.
Les xanthomes
tendineux sont constants mais d’apparition plus
tardive que les xanthomes cutanés, vers la deuxième
décade de la vie, plus tôt que dans la forme
hétérozygote.
* Athérome redoutable :
L’athérome redoutable par sa précocité touche la
portion initiale de l’aorte, entraînant une sténose
valvulaire aortique et envahissant les ostia des
coronaires.
L’expression clinique de cette atteinte
peut revêtir tous les aspects de l’insuffisance
coronarienne et du rétrécissement aortique.
Dans un
tel tableau, l’exploration coronarographique est de
règle et doit être réalisée le plus tôt possible.
Spontanément, la maladie coronarienne était
responsable de la léthalité constante avant 25 ans.
* Signes biologiques :
Les signes biologiques montrent une cholestérolémie
supérieure à 600 mg/dL (15,5 mmol/L) qui
peut atteindre 1500 mg/dL (39 mmol/L).
Le
cholestérol des LDL dépasse 550 mg/dL
(14 mmol/L).
Les triglycérides sont normaux ou
parfois discrètement élevés, le cholestérol des HDL
est souvent abaissé, l’APO B est à quatre fois la
valeur normale, la Lp (a) est augmentée.
* Enquête familiale
:
L’enquête familiale retrouve classiquement une
hypercholestérolémie familiale chez les deux
parents.
L’anomalie du récepteur ou de son gène
n’est pas obligatoirement la même chez les deux
parents, sauf dans le cas fréquent de consanguinité.
La détermination du type de la mutation du gène du
récepteur des LDL sur l’étude de l’ADN est possible,
permettant de repérer les vrais homozygotes avec
une mutation identique sur les deux allèles ou une
mutation différente (doubles hétérozygotes).
3- Hypercholestérolémie essentielle pure
:
Elle est beaucoup plus fréquente et ne comporte
pratiquement pas de dépôt de cholestérol en dehors
d’un arc cornéen inconstant.
Les complications
vasculaires par contre sont présentes mais moins
précoces, moins diffuses que dans l’hypercholestérolémie
familiale.
L’enquête familiale peut retrouver la
même situation que dans l’hypercholestérolémie
familiale, plus souvent une transmission moins
stéréotypée avec d’autres types d’hyperlipoprotéinémies
dans la famille.
La biologie montre un sérum clair, un cholestérol
élevé (250-320mg/dL, 6,45-8,30 mmol/L), une APO
B élevée, des triglycérides normaux.
Les valeurs à
partir desquelles une hypercholestérolémie doit être
prise en charge et traitée ont été recommandées par
des conférences de consensus internationales.
Les
recommandations françaises recommandent de
traiter un adulte à partir du taux de 220 mg/dL
(5,7 mmol/L) de cholestérol total et de 160 mg/dL
(4,1 mmol/L) de cholestérol des LDL.
Mais l’analyse
des facteurs de risque athérogènes associés à
l’hypercholestérolémie peut conduire à moduler la
prise en charge, avec une plus grande agressivité
thérapeutique en cas de facteurs de risque multiples.
B - Hypertriglycéridémies endogènes
(type IV)
:
1- Forme majeure
:
* Signes cliniques :
Les signes cliniques peuvent associer des troubles
digestifs : diarrhée, douleurs abdominales
fréquentes, vagues, diffuses à tout l’abdomen, ou
localisées à l’hypocondre droit ou gauche, qui
peuvent être dues à la stéatose hépatique, à la
rapidité d’installation d’une hépatomégalie, à la
stéatose splénique ou plus grave, à un infarctus de la
rate.
Surtout elles peuvent traduire une complication
pancréatique.
En fait, le plus souvent la
symptomatologie fonctionnelle est absente ou
difficile à rapporter à son origine, et c’est la
découverte fortuite d’un sérum lactescent qui révèle
l’affection.
L’examen physique montre l’hépatomégalie,
assez fréquente, mousse, elle a tous les
caractères d’une surcharge stéatosique, la
splénomégalie inconstante.
* Xanthomatose éruptive :
La xanthomatose éruptive est le seul dépôt
cutané de lipides que l’on peut observer dans cette
variété.
Elle n’est pas spécifique car on l’observe
également dans l’hyperchylomicronémie.
Il s’agit de
vésicules de petite taille, de coloration jaune vif, non
inflammatoires, non douloureuses, non prurigineuses, qui évoluent rapidement vers une
disparition sans séquelle lorsque l’hyperlipidémie
régresse.
Elles siègent avec prédilection au niveau du
thorax, des flancs, de la face antérieure des genoux,
postérieure des coudes, au niveau des fesses.
La
lipémie rétinienne est une vision directe de la
lactescence du sérum au fond d’oeil.
Il existe une
surcharge adipeuse dans les formes pléthoro- ou
glucidodépendantes, mais dans la forme
alcoolodépendante, il n’y a pas d’excès pondéral.
* Complication majeure :
La complication majeure est la pancréatite aigüe,
parfois révélatrice ; tous les degrés de gravité
peuvent être observés depuis la pancréatite
oedémateuse, assez vite régressive, bien objectivée
par l’échographie ou la tomodensitométrie
abdominale, jusqu’à la gravissime pancréatite aigüe
hémorragique, souvent léthale rapidement ou après
une longue évolution émaillée par des complications
de faux kystes du pancréas.
La pancréatite survient à
l’acmé de la poussée lipémique.
À l’origine de celle-ci
il faut rechercher une cause déclenchante, surtout un
écart de régime, parfois le rôle des estrogènes et en
particulier la grossesse.
* Complications athéromateuses :
Les complications athéromateuses sont assez
exceptionnelles mais on peut voir des accidents
vasculaires à type de thrombose ou d’embols.
La
maladie athéromateuse est un peu plus fréquente
dans les formes glucidodépendantes et intéresse
plutôt les artères des membres inférieurs que le
territoire coronarien.
* Biologie :
La biologie est caricaturale, montrant une
surcharge considérable en VLDL.
Le sérum est
lactescent et au test de décantation, les VLDL ne
flottent pas.
Les TG peuvent dépasser
10 000 mg/mL (110 mmol/L).
La composition des VLDL, qui contiennent 1/5 de cholestérol, explique
que cette importante surcharge entraîne une
hypercholestérolémie qui peut atteindre et dépasser
2 000 mg/dL (52 mmol/L).
L’électrophorèse des
lipoprotéines montre la surcharge en VLDL, d’ailleurs
souvent associée à des chylomicrons.
Les autres
paramètres lipidiques sont difficiles à déterminer car
la lactescence du sérum gêne tous les dosages néphélométriques.
Les enzymes hépatiques et
pancréatiques témoignent, s’ils sont élevés, des
complications suivantes : stéatose hépatique ou
pancréatite.
* Cas familiaux
:
D’autres cas familiaux sont possibles mais très
inconstants.
Les antécédents familiaux de diabète
non insulinodépendant ont de la valeur.
* Enquête alimentaire :
L’enquête alimentaire est très importante pour le
traitement : ces hypertriglycéridémies massives se
séparant en hypertriglycéridémies glucidodépendantes,
pléthorodépendantes, ou alcoolodépendantes.
2- Type IV
:
Le type IV mineur est d’une très grande fréquence
et correspond à une surcharge de VLDL modérée.
* Signes cliniques :
Les signes cliniques sont pratiquement absents,
limités à un inconstant arc cornéen.
Il n’y a pas de
pancréatite aigüe.
Les complications vasculaires
observées sont surtout des anomalies artérielles
discrètes dépistées au doppler ou à l’échographie
des artères superficielles, chez les patients âgés de
plus de 50 ans ayant parallèlement une anomalie de
la glycorégulation.
Mais d’autres types de
complications vasculaires sont possibles,
athéromateuses, dans d’autres territoires, ou à type
de thrombose avec des artères apparemment saines
sur les artériographies.
Elles sont plutôt plus
fréquentes que dans le type IV majeur ; ceci peut être
expliqué par la limite assez imprécise entre type IV
mineur et hyperlipidémie mixte qui est un grand
fournisseur de complications vasculaires.
* Signes biologiques :
Les signes biologiques comportent une élévation
des triglycérides inférieure à 500 mg/dL
(5,70 mmol/L), un cholestérol normal, le sérum est à
peine opalescent, l’électrophorèse montre la
surcharge de la bande des prébêtalipoprotéines.
L’APO B est soit normale, soit élevée.
L’enquête
familiale doit toujours être réalisée, mais le caractère
héréditaire de l’anomalie lipidique est inconstamment
retrouvé.
C - Hyperlipidémies mixtes (type IIb, type III)
:
Il s’agit d’une des hyperlipidémies athérogènes les
plus fréquentes.
Rarement exprimée chez l’enfant,
ou alors sous forme d’une hypercholestérolémie
pure, c’est typiquement un trouble métabolique de
l’adulte.
La symptomatologie clinique, lorsqu’elle
existe, reproduit, a minima, les signes des
hypercholestérolémies pures et les signes des hypertriglycéridémies.
1- Type IIb :
*
Signes cliniques
:
Les signes cliniques sont : les troubles digestifs,
l’obésité, l’arc cornéen souvent terne, grisâtre, plutôt
complet que partiel, le xanthélasma assez fréquent.
* Complications vasculaires
:
Les complications vasculaires sont d’une grande
fréquence, dépassant 68 % des sujets atteints
d’hyperlipidémie mixte.
Deux types de complications
sont observées, les unes athéromateuses, souvent
diffuses à plusieurs territoires avec deux localisations
prédominantes, coronarienne et les membres
inférieurs.
Les autres à type de thrombose, faisant
sans doute intervenir un trouble de la coagulation
associé à l’hyperlipidémie, dont la nature n’est pas
connue.
On retrouve cependant une augmentation
de certains inhibiteurs de la fibrinolyse, corrélée au
taux des triglycérides.
À la différence des
hypercholestérolémies, il n’y a pas de proportionnalité
entre les taux des lipides et le risque de
complication : les formes les plus discrètes peuvent
se compliquer même précocement.
* Biologie
:
La biologie montre une élévation parallèle du
cholestérol et des triglycérides, le sérum est
opalescent, le cholestérol des HDL est souvent bas,
l’APO B élevée.
L’électrophorèse des lipoprotéines
montre la variété de lipoprotéine qui est en
surcharge, en général une double surcharge en LDL
et VLDL réalisant le type IIb.
La variabilité des chiffres
de cholestérol et de triglycérides caractérise les
hyperlipidémies mixtes qui peuvent revêtir
transitoirement des aspects de type IIa ou de type IV.
La répétition des analyses est ici tout particulièrement
souhaitable.
* Enquête familiale :
L’enquête familiale est parfois démonstratrice
d’une transmission autosomique dominante mais
c’est moins constant que dans l’hypercholestérolémie
familiale.
* Type III :
La dysbêtalipoprotéinémie ou type III est une
variété rare d’hyperlipidémie mixte.
* Signes cliniques
:
Les dépôts extravasculaires de cholestérol sont là
encore le plus fréquemment représentés par l’arc
cornéen et le xanthélasma.
Les xanthomes tubéreux
sont caractéristiques des hyperlipidémies de type III.
Leur aspect est celui d’une lésion très en relief, boursoufflée, rougeâtre, la coloration jaune initiale
ayant souvent disparu.
Le siège de prédilection est
juxta articulaire, aux coudes, aux genoux, aux doigts.
L’évolution est chronique : ils disparaissent sous
l’effet du traitement de l’hyperlipidémie en quelques
mois.
Le syndrome des plis palmaires est très
caractéristique de l’hyperlipidémie de type III : c’est
un xanthome plan, ou parfois en relief qui souligne
les plis palmaires d’une coloration jaune vif.
L’hépatomégalie, ou rarement la splénomégalie,
peuvent être observées.
La surcharge pondérale est
fréquente.
* Signes vasculaires :
Les signes vasculaires sont de même nature que
ceux des autres hyperlipidémies mixtes.
* Biologie :
Le cholestérol et les triglycérides sont plus élevés
que dans l’hyperlipidémie mixte habituelle,
dépassant des taux de 350 mg/dL pour le
cholestérol et pour les triglycérides.
Des examens
particuliers sont nécessaires pour détecter la
surcharge en IDL : l’électrophorèse montre une
broad betalipoproteine, l’ultracentrifugation permet
de mesurer les IDL (lipoprotéines de densité
intermédiaire) en surcharge, et l’étude du phénotype
des APO E retrouve le phénotype E2E2
caractéristique.
2- Lipoatrophie partielle des membres inférieurs
:
Il existe une variété particulière d’obésité que l’on
peut voir reliée à l’hyperlipidémie mixte (ainsi
d’ailleurs qu’à l’hypertriglycéridémie endogène) :
c’est une obésité avec lipodystrophie.
Dénommée
« syndrome X » par les auteurs anglo-saxons,
« obésité androïde » en France, c’est un syndrome
génétique dont on ne connaît pas le défaut
métabolique exact et dont la transmission semble
plutôt dominante.
Il concerne plus souvent la femme
(où il est peut-être mieux reconnu en raison de son
opposition à l’obésité gynoïde habituelle).
* Signes cliniques
:
La répartition tronculaire de la graisse souscutanée
est prédominante, avec un pannicule
adipeux important au cou, au thorax, associé à une
hypertrophie mammaire, et à l’abdomen.
Il existe un
effacement de la taille et le rapport taille/hanche est
supérieur à l’unité (valeur limite supérieure : 0,80
chez la femme, 0,95 chez l’homme).
Au niveau des
membres, la distribution des graisses est surtout
proximale à la face supéro-interne des bras et à la
face antéro-interne de la partie haute des cuisses,
contrastant avec l’absence de surcharge graisseuse
sous-cutanée au niveau du reste des membres.
L’ensemble donne un aspect de « gros tronc sur des
jambes grêles ».
L’importance de la surcharge
pondérale est variable de 10 à 30% et plus.
Des
explorations tomodensitométriques montrent une
augmentation de la graisse viscérale.
Il existe une
hypertension artérielle.
Certaines formes peuvent
comporter un acanthosis nigricans (épaississement
kératosique de la peau avec pigmentation siégeant
surtout au niveau du cou, des aisselles et de la
ceinture) que l’on retrouve dans d’autres syndromes
d’insulinorésistance.
Ce syndrome s’accompagne
d’antécédents familiaux de lipodystrophie de même
type, souvent de pathologie athéromateuse et
éventuellement d’antécédents familiaux diabétiques.
* Biologie :
Les désordres biologiques sont fréquents et
concernent les lipides réalisant une hyperlipidémie
mixte ou une hypertriglycéridémie de type IV, les
glucides avec un diabète patent ou une intolérance
aux hydrates de carbone.
L’insulinorésistance
semble le facteur biologique causal.
Le défaut
métabolique de ce syndrome n’est pas connu.
Signalons encore dans les modifications du tissu
adipeux, les tableaux plus rares de la lipomatose
disséminée et le syndrome de Launois-Bansaude qui
s’accompagnent assez inconstamment d’hyperlipidémie
mixte ou d’hypertriglycéridémie de type IV.
D - Hyperchylomicronémies (type I, type V)
:
Les surcharges isolées en CHYLO ou associées en
CHYLO et en VLDL sont des affections très
exceptionnelles de l’enfant.
1- Signes cliniques
:
Les signes cliniques des hyperchylomicronémies
et des HTG endogènes majeures sont analogues ; la
principale différence clinique réside dans l’âge de
révélation de l’affection, chez l’adulte pour les HTG
endogènes, chez l’enfant pour les hyperchylomicronémies
primaires.
Le tissu adipeux a un
développement variable en fonction de l’étiologie.
Dans l’hyperlipidémie de type I, toute surcharge
adipeuse est absente, et les sujets atteints sont
maigres.
Dans le type V, on observe parfois une
discrète surcharge pondérale.
2- Complications athéromateuses
:
Totalement absentes dans le type I, elles sont,
sinon fréquentes du moins possibles dans le type V.
3- Complication :
La complication dominante est la pancréatite :
comme dans l’hypertriglycéridémie endogène, sa
survenue est conditionnée par l’hyperlipémie.
Le
risque de pancréatite récidivante est plus élevé en
raison des plus grandes difficultés de correction de
l’hypertriglycéridémie.
4- Biologie :
L’hypertriglycéridémie est en règle massive (1 000
à 10 000 mg/dL, 11-110 mmol/L), l’hypercholestérolémie
existe dans le type V mais non dans le type I,
la décantation du sérum au froid permet de
visualiser les lipoprotéines en surcharge.
L’étiologie
est recherchée par les études de l’activité de la lipoprotéine-lipase et triglycéride-lipase hépatique.
E - Hypoalphalipoprotéinémies :
L’hypoalphalipoprotéinémie est de diagnostic
purement biologique et ne peut être reconnue que
par la mesure de l’HDL cholestérol ou le dosage de
l’APO A1.
On considère pathologiques pour l’HDL
cholestérol, les valeurs inférieures à 40 mg/dL
(1,05 mmol/L) chez l’homme, 45 mg/dL
(1,16 mmol/L) chez la femme. Cette hypoalphalipoprotéinémie
peut être d’importance moyenne (entre
20 et 40 mg/dL) : c’est la majorité des cas lorsqu’il
existe un facteur d’environnement à la baisse des
HDL : hypertriglycéridémie endogène, hyperlipidémie
mixte, obésité, tabagisme, insuffisance rénale
chronique.
Plus rarement il peut s’agir d’un
effondrement de cette lipoprotéine avec des valeurs
d’HDL cholestérol inférieures à 10 mg/dL.
Dans ce
cas il s’agit soit d’un obstacle majeur de la synthèse
comme dans les grandes hypertriglycéridémies
massives, dans l’insuffisance hépatique grave soit,
d’une anomalie génétique (mutation de l’APO A1,
maladie de Tangier, fish-eye disease, déficit en LCAT).
L’enquête familiale s’impose dès qu’un facteur
étiologique évident n’est pas retrouvé.
F - Surcharge en lipoprotéine alpha :
Elle n’a pas d’expression clinique. Elle peut être
évoquée sur l’électrophorèse des lipoprotéines
montrant une bande de prébêtalipoprotéine
excessive qui contraste avec l’absence d’hypertriglycéridémie.
On doit alors demander spécifiquement
ce dosage qui est immunonéphélométrique.
La
valeur limite haute est de 35 mg/dL.
Il faut
rechercher ce facteur de risque athérogène en
présence d’une maladie cardiovasculaire ischémique
survenant précocement, sans facteur de risque
apparent.
Il est moins utile de le connaître lorsque
existe un autre facteur d’athérome, sauf en cas de
discordance entre une maladie athéromateuse
diffuse et/ou évolutive contrastant avec le caractère
modeste des facteurs de risque.
Un seul dosage
suffit.
La découverte d’une telle anomalie doit
provoquer une enquête familiale.
Tels sont les signes cliniques et biologiques des dyslipoprotéinémies.
Il ne faut pas négliger la valeur
d’alarme des signes cliniques mais aussi leur
signification évolutive : la disparition des dépôts
extravasculaires de cholestérol que s’efforce
d’obtenir le traitement normolipidémiant a une
valeur indicatrice certaine sur la protection
cardiovasculaire que l’on apporte au patient.
Diagnostic différentiel : dyslipidémies secondaires
A - Rénales :
1- Syndrome néphrotique :
Le syndrome néphrotique comporte une
hyperlipidémie secondaire, dont l’évolution suit celle
de la protéinurie, avec élévation de toutes les classes
de lipoprotéines.
Il n’y a pas de dépôt extravasculaire
de cholestérol dans cette hyperlipidémie acquise.
La
formule lipidique est celle d’un type IIa ou IIb avec
une hypercholestérolémie parfois considérable.
C’est
lorsque le syndrome néphrotique est permanent,
donc en cas de résistance au traitement, que se pose
la question du caractère athérogène ou
thrombotique de ce symptôme.
2- Insuffisance rénale chronique et hémodialyse :
L’urémie chronique s’accompagne d’hypertriglycéridémie
chez 60 à 80% des patients.
C’est une
surcharge pure en VLDL, réalisant une hypertriglycéridémie
mineure, acquise, apparaissant à un stade
avancé de l’insuffisance rénale, sans relation avec la
nature de la néphropathie, ni avec les autres
conséquences de l’insuffisance rénale.
Elle persiste
lors de l’épuration extrarénale, seule la
transplantation est capable de la faire disparaître.
Elle est cliniquement silencieuse et son rôle dans la
genèse des complications athéromateuses propres à
ce terrain est probablement important en raison du
caractère permanent de cette situation et de son
association fréquente à d’autres risques athérogènes
(HTA).
B - Hépatiques
:
1- Insuffisance hépatique :
L’insuffisance hépatique avancée effondre les
lipoprotéines et notamment les HDL. Par contre
l’alcoolisme chronique modéré s’accompagne d’un
taux élevé d’HDL mais surtout d’APO A2, en principe
sans intérêt protecteur pour l’athérome.
2- Cholestase :
La cholestase peut réaliser une grande
hypercholestérolémie avec importante élévation des
phospholipides.
C’est seulement en l’absence d’ictère
que cette hyperlipidémie peut poser des problèmes
diagnostiques comme dans la cirrhose biliaire
primitive, d’autant que peuvent exister des dépôts xanthomateux.
La lipoprotéine en surcharge dans la cholestase est une lipoprotéine anormale, la LpX qui
ne contient pas d’APO B.
Le taux circulant de l’APO B
est normal.
C - Endocriniennes :
1- Diabète sucré
:
Au cours du diabète sucré les anomalies lipidiques
sont fréquentes.
Il faut distinguer les hypertriglycéridémies
endogènes glucidodépendantes déjà vues,
des hyperchylomicronémies majeures, seules
véritablement secondaires à la carence insulinique et
contemporaines de certaines acidocétoses diabétiques.
Elles sont régressives avec
l’insulinothérapie.
À distance d’une telle lipémie, et
sous insuline, les taux lipidiques sont souvent
normaux.
2- Hypothyroïdie :
L’hypothyroïdie donne surtout une hypercholestérolémie,
parfois une hyperlipidémie mixte voire un
type III.
La réversibilité est complète sous thyroxine.
Si ce n’est pas le cas, une association de
l’hypothyroïdie à une hyperlipidémie idiopathique
doit être envisagée.
3- Hypercorticisme, acromégalie,
hypopituitarisme, anorexie :
L’hypercorticisme, l’acromégalie, l’hypopituitarisme
et l’anorexie mentale peuvent s’accompagner
d’hyperlipidémie secondaire.
D - Maladies générales
:
Certaines maladies générales comme le lupus
érythémateux, la périartérite noueuse s’accompagnent
d’une hyperlipidémie mixte modérée.
Le
syndrome immunodéficitaire acquis entraîne dans
plus de la moitié des cas une hypertriglycéridémie
endogène modérée.
E - Médicamenteuses
:
Les causes iatrogènes d’hyperlipidémie sont
nombreuses.
Certains traitements peuvent être
retirés et le risque est donc limité.
C’est le cas du
traitement de l’acné par les rétinodes, des
antihypertenseurs bêtabloquants ou diurétiques qui
peuvent être substitués, des inhibiteurs de la
synthèse du cortisol.
La corticothérapie est
responsable (comme l’était l’hypercorticisme) d’une
hyperlipidémie mixte.
Au cours des traitements
immunosuppresseurs des transplantés, cette
complication est problématique, en particulier chez
les greffés cardiaques dont le risque majeur est
l’athérome du greffon.
Les estroprogestatifs ont une action complexe car
il faut distinguer les doses physiologiques
d’hormones naturelles (traitement de la ménopause)
qui élèvent le cholestérol des HDL et abaissent le
cholestérol des LDL, et les doses freinatrices avec des
dérivés de synthèse (utilisés dans la contraception)
qui en général élèvent les HDL, mais aussi les VLDL.
Traitement
des dyslipoprotéinémies :
A -
Principes généraux du traitement
:
Les buts du traitement sont de normaliser le
cholestérol et les triglycérides, afin de prévenir ou
retarder la maladie athéromateuse et ses
complications vasculaires ainsi que les pancréatites.
La prise en charge des dyslipidémies implique une
grande régularité dans le traitement aussi bien
diététique que médicamenteux.
La surveillance
régulière est nécessaire pour éviter les écarts
progressifs de régime, pour dépister les effets
secondaires des médicaments, pour juger de
l’évolution cardiovasculaire sur des explorations paracliniques sans attendre l’apparition des signes
cliniques.
Le contrôle correct des autres facteurs de
risque athérogène est enfin indispensable.
Le
traitement est un traitement au long cours.
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