Hydrocéphalie chronique de l’adulte (hydrocéphalie à pression normale)
Cours de Neurologie
Introduction
:
Bien que divers travaux antérieurs aient déjà mentionné
l’association paradoxale d’une hydrocéphalie et d’une pression
normale du liquide céphalorachidien (LCR), l’appellation
« hydrocéphalie à pression normale » a été proposée en 1965 par
Hakim et Adams à l’occasion de trois observations associant une
triade clinique caractéristique et une dilatation ventriculaire illustrée
par l’encéphalographie gazeuse, les patients ayant bénéficié d’une
amélioration spectaculaire après dérivation du LCR, malgré une
pression de celui-ci jugée normale à la ponction lombaire.
À l’enthousiasme initial suscité par la possibilité d’améliorer de tels
patients par la dérivation du LCR a succédé rapidement une phase
de désillusion justifiée par de nombreux échecs thérapeutiques,
expliquant la somme colossale de travaux consacrés à l’identification
de facteurs prédictifs de l’efficacité de la dérivation.
Nous avons
rapporté l’expérience de deux équipes neurochirurgicales françaises
dans un travail récent, fondé sur 243 observations, dans lequel le
lecteur trouvera une bibliographie exhaustive.
À cette occasion,
nous avons proposé de substituer à l’appellation « hydrocéphalie à
pression normale » celle d’« hydrocéphalie chronique de l’adulte »
(HCA) plus adaptée aux réalités cliniques.
De nos jours, la
« normalité » de la pression du LCR, critère d’ailleurs mal défini,
n’est plus exigée pour porter le diagnostic, cette « normalité » étant
loin d’être confirmée par les nombreux travaux portant sur les
régimes de pressions intracrâniennes observés chez ces patients.
Nous distinguerons d’emblée deux variétés étiopathogéniques
d’HCA différentes par leurs aspects cliniques, radiologiques et
surtout pronostiques, à tel point que certains auteurs ont admis
qu’elles traduisaient des entités nosologiques distinctes.
Il s’agit de
l’hydrocéphalie secondaire relevant d’une étiologie clairement
identifiée par des antécédents et/ou l’imagerie, et de l’hydrocéphalie
idiopathique, apparemment primitive.
Ces deux types étiopathogéniques sont cependant envisagés ici conjointement, en
raison notamment d’un mécanisme physiopathologique commun,
au moins en partie : la dilatation des cavités ventriculaires par
trouble de la circulation/résorption du LCR.
Enfin, nous avons écarté de notre propos les concepts
d’hydrocéphalies non communicantes et communicantes, datant de
l’ère historique des explorations gazeuses et inadaptés aux données
contemporaines de l’imagerie et de la physiopathologie.
Étiologie
:
Deux cadres étiopathogéniques méritent d’être opposés en raison
d’implications thérapeutiques et pronostiques distinctes.
A - HCA SECONDAIRE
:
Secondaire à une cause connue ou mise en évidence en imagerie, sa
fréquence est diversement appréciée : 39 % des patients dans notre
expérience.
La plupart des processus retentissant sur
l’hydrodynamique du LCR ont pu être incriminés : hémorragies
méningées, méningites, séquelles d’interventions intracrâniennes ou
de traumatismes crâniens, tumeurs intracrâniennes (notamment du
IIIe ventricule et de la fosse cérébrale postérieure), tumeurs intrarachidiennes, sténoses de l’aqueduc de Sylvius et autres malformations névraxiques.
Il est prouvé que l’HCA secondaire
comporte une signification pronostique très favorable, avec de bons
résultats après dérivation chez plus de 65 % des patients, taux très
supérieur à celui obtenu dans l’HCA idiopathique (moins de 45 %).
La différence entre les deux populations est telle que l’identification
d’une étiologie précise est reconnue comme un paramètre prédictif
suffisamment favorable pour justifier à elle seule la dérivation dans
la plupart des cas.
B - HCA IDIOPATHIQUE
:
Elle diffère à de nombreux égards de la précédente.
Certains auteurs,
en limitant leurs travaux à une population dépourvue d’étiologie
évidente, ont d’ailleurs admis plus ou moins explicitement qu’il
pourrait s’agir d’une entité différente.
L’âge moyen des
patients est ici plus élevé (71 ans contre 59 ans dans la forme
secondaire), la notion de terrain « vasculaire » est retrouvée avec une
fréquence significative (hypertension artérielle ou accidents
ischémiques antérieurs), les données de l’imagerie et
occasionnellement des biopsies cérébrales évoquent des altérations
du parenchyme sans relation avec la dilatation ventriculaire ; enfin
et surtout, comme signalé plus haut, l’espérance d’amélioration
après dérivation du LCR est ici significativement plus faible sans
que l’on puisse faire cependant du paramètre « étiologie absente »
un critère d’exclusion.
Physiopathologie
:
A - DÉVELOPPEMENT D’UNE HYDROCÉPHALIE
SECONDAIRE
:
À l’état normal, il existe un équilibre des pressions et des volumes
intracrâniens, une pression identique régnant aux interfaces
ventricules - parenchyme - espaces sous-arachnoïdiens - veines, à
une faible différence près au profit des veines corticales traversant
l’espace sous-arachnoïdien pour se jeter dans les sinus veineux de la
dure-mère.
Ces différents secteurs conservent leurs rapports volumétriques
constants tant que cette pression commune, quel que soit son niveau,
reste également répartie entre eux.
L’apparition d’un obstacle sur les voies d’écoulement du LCR
perturbe cet équilibre.
Le liquide continuant de se former
(0,35 mL/min) dans les ventricules élève la pression en amont de
l’obstacle, et une différence ou gradient de pression s’établit des
ventricules vers le parenchyme et l’espace sous-arachnoïdien.
Ce
gradient engendre une force radiale qui dilate les ventricules aux
dépens de volumes mobilisables que sont le sang veineux
(phénomène rapide) et les liquides interstitiels (phénomène lent).
Le parenchyme subit des contraintes mécaniques avec des niveaux
de pression de plus en plus élevés jusqu’à l’hypertension
intracrânienne terminale.
En fait, la plupart des hydrocéphalies expérimentales et humaines
évoluent vers une situation chronique, apparemment paradoxale, où
la pression redevient « normale » alors que les ventricules restent
volumineux ou même continuent à se dilater lentement.
Le mécanisme de ce passage à la chronicité, imparfaitement compris,
implique l’évolution simultanée des pressions et celle des volumes.
B - DIMINUTION DES PRESSIONS
ET MÉCANISMES COMPENSATEURS :
1- Diminution de la sécrétion du LCR :
Vraisemblable dans l’hydrocéphalie chronique, elle ne peut à
elle seule expliquer la « normalisation » de la pression
intracrânienne.
2- Augmentation progressive des capacités de résorption
du LCR :
Ces capacités étant très diminuées à la phase aiguë, leur
augmentation est considérée comme l’agent principal de ce
rééquilibrage.
En même temps que sont probablement réutilisées les
voies naturelles (espaces sous-arachnoïdiens de la convexité et
villosités arachnoïdiennes), des voies de résorption nouvelles
apparaissent, la mieux documentée aujourd’hui étant la voie transépendymaire.
Sous l’effet de la distension ventriculaire,
l’épendyme s’aplatit, les cellules se disjoignent et le liquide, poussé
par la pression, pénètre dans la substance blanche périépendymaire.
L’absorption du LCR se fait alors, au moins en partie, dans le
parenchyme cérébral.
Il est possible qu’il soit ensuite absorbé
par les capillaires du manteau cérébral, ou par les gaines des gros
vaisseaux, et conduit par ces derniers vers les lymphatiques
cervicaux.
On ne possède en fait aucune certitude à ce sujet.
D’autres voies vicariantes ont été également proposées, comme le
plexus choroïde ou le canal de l’épendyme, mais sans preuve
indiscutable.
3- Problème du gradient résiduel
:
Si ces mécanismes tendent à ramener la pression du LCR vers un
niveau « normal », le gradient transépendymaire ne peut que
s’atténuer ou même s’annuler.
Le tableau est alors celui de
l’hydrocéphalie arrêtée, avec dilatation ventriculaire persistante,
fixée, et surtout asymptomatique.
Dans les cas symptomatiques et qui continuent à s’aggraver, la
pression n’est redevenue normale qu’en apparence, sa valeur
moyenne est normale ou basse, mais un enregistrement continu
montre la présence d’ondes anormales, entretenant le gradient transépendymaire.
C - ÉVOLUTION DES VOLUMES :
La persistance ou l’aggravation de la dilatation ventriculaire en
situation chronique, avec une pression « normale en apparence »,
semble relever de trois phénomènes :
– la persistance d’un gradient atténué, indispensable, auquel
s’ajoutent les deux autres phénomènes :
– l’un biologique, consistant en des modifications biochimiques,
structurales (diminution des protides, des lipides, désintégration
des gaines de myéline) et finalement mécaniques, du manteau
cérébral dont la compliance diminue ;
– l’autre physique, faisant intervenir la formule de Laplace et les
propriétés d’une enceinte à paroi élastique à l’intérieur de laquelle
on introduit des volumes croissants de liquide.
Selon cette
formule,
P (pression) = 2T (tension pariétale)
/ R (rayon)
en tenant compte de ce que T varie avec R, la pression peut
augmenter, diminuer ou rester stable, alors que la cavité se dilate et
la tension de la paroi augmente.
D - PROBLÈME DE L’HYDROCÉPHALIE IDIOPATHIQUE
:
La constitution d’une dilatation ventriculaire sans cause patente,
c’est-à-dire sans obstacle sur les voies d’écoulement du LCR, renvoie
à un mécanisme passif, c’est-à-dire une atrophie parenchymateuse.
Il devient alors difficile de comprendre les améliorations obtenues
par une dérivation permanente du LCR.
En clinique humaine, divers
mécanismes, passés inaperçus ou difficiles à prouver, ont été
invoqués pour expliquer une gêne à la circulation-résorption du
LCR, condition indispensable à la constitution d’une dilatation
ventriculaire active.
Il s’agirait d’épisodes méningés infectieux et
hémorragiques, ou plus vraisemblablement d’une altération par le
vieillissement des leptoméninges et du système villositaire.
Il est probable également que l’HCA idiopathique fait intervenir des
altérations du parenchyme cérébral, engendrées par divers processus
acquis (hypertension artérielle [HTA], encéphalopathies
dégénératives, maladie d’Alzheimer...) et susceptibles de modifier ses propriétés viscoélastiques et son comportement face à une gêne
présumée à la circulation/résorption du LCR.
Il semble ainsi que
l’on puisse admettre qu’une hydrocéphalie idiopathique n’est
primitive qu’en apparence.
E - CLASSIFICATION SELON L’EFFICACITÉ
DES MÉCANISMES COMPENSATEURS :
De manière un peu arbitraire, il semble que l’on puisse isoler trois
types anatomocliniques et physiopathologiques d’hydrocéphalies :
– l’hydrocéphalie hypertensive, typiquement par blocage tumoral
de la filière du LCR, au cours de laquelle les mécanismes
compensateurs sont rapidement débordés ;
– l’hydrocéphalie chronique, au cours de laquelle l’efficacité partielle
des mécanismes compensateurs rend compte du caractère progressif
et insidieux de la symptomatologie, mais avec une pression du LCR
non strictement normale, comme en témoignent les nombreux
travaux manométriques comportant des explorations de la pression
intracrânienne et de ses variations lors des tests de résistance à
l’écoulement ;
– l’hydrocéphalie totalement compensée, désignée tour à tour
comme « hydrocéphalie asymptomatique » ou « hydrocéphalie
arrêtée », seule forme méritant l’appellation d’hydrocéphalie à
« pression normale ».
Anatomie pathologique
:
D’après les travaux, peu nombreux, consacrés à l’étude des pièces nécropsiques ou à l’examen des prélèvements biopsiques, on
doit distinguer différentes sortes de lésions.
A
- LÉSIONS HISTOLOGIQUES EN RAPPORT
AVEC LA DILATATION VENTRICULAIRE
:
Celles-ci posent le problème de leur relation (cause ou
conséquence ?) avec l’hydrocéphalie.
À côté des lésions touchant
irrégulièrement les leptoméninges et les villosités arachnoïdiennes,
on a souvent rapporté des altérations de l’épithélium épendymaire
avec prolifération gliale sous-épendymaire.
La substance blanche périventriculaire est le siège d’un éclaircissement par élargissement
des espaces intercellulaires, enrichi dans les cas évolués d’une
gliose et d’une raréfaction du lit vasculaire.
En microscopie
électronique, les gaines de myéline apparaissent dissociées par des
espaces liquidiens contenant par endroits des gliofilaments.
B - LÉSIONS « SPÉCIFIQUES » D’AFFECTIONS
DÉGÉNÉRATIVES ASSOCIÉES :
Leur constatation est fréquente chez les sujets présumés porteurs
d’une HCA idiopathique.
Il peut s’agir de lésions corticales
de la démence sénile de type Alzheimer (plaques séniles en grand
nombre, dégénérescence granulovacuolaire), ou plus souvent,
d’altérations vasculaires de la substance blanche (angiopathie de
type sclérohyalin ou congophile, infarctus ou lacunes multiples).
La fréquence de ces altérations, qui existeraient chez plus de
50 % des sujets ayant fait l’objet de biopsies, amène à s’interroger
sur leur rôle dans la pathogénie du syndrome d’HCA, rôle qui
pourrait s’exercer par le biais de modifications des propriétés
viscoélastiques du parenchyme.
Étude clinique
:
A - GÉNÉRALITÉS :
Estimée indirectement d’après la prévalence globale des états
démentiels, la prévalence de l’HCA idiopathique pourrait être
comprise entre 0,5 et 1 % de la population âgée de plus de 65 ans,
avec une légère prédominance masculine (58,5 %), laquelle illustre
simplement le rôle joué chez l’homme par le contexte
socioprofessionnel dans la révélation de l’affection.
L’âge moyen est
de 66 ans (± 13 ans) avec un écart significatif déjà mentionné entre
l’âge moyen des formes idiopathiques et celui des formes
secondaires.
Le syndrome d’HCA n’est donc pas l’apanage exclusif
de l’adulte âgé.
Il est même prouvé que des états authentiques
d’hydrocéphalie chronique existent chez l’enfant et le nourrisson.
B - DURÉE D’ÉVOLUTION DES SYMPTÔMES.
MODE DE DÉBUT
:
Classiquement, le début est insidieux et la durée de la phase prédiagnostique difficile à estimer, plus courte dans les formes
secondaires que dans les formes idiopathiques (12 et 24 mois
respectivement).
Une évolution par poussées entrecoupées de phases
de stabilisation est fréquente, bien que rarement signalée, de même que la révélation possible du syndrome à l’occasion d’un
épisode intercurrent (fracture du col du fémur, anesthésie
générale...).
Dans les deux tiers des cas, le tableau clinique inaugural est de type monosymptomatique, dominé par les troubles de la marche.
Plus
rarement, deux éléments de la triade d’Adams et Hakim sont
simultanément révélateurs de l’affection, voire même la triade au
complet.
C - TRIADE :
La description historique d’Adams et Hakim reste d’actualité.
L’association de troubles de marche, de troubles sphinctériens et de
troubles psycho-intellectuels est encore de nos jours l’élément
diagnostique de base qui a permis au syndrome de sauvegarder son
unité nosologique avec le temps.
Cependant, chacune de ses
composantes est loin d’admettre une égale valeur et leur
signification respective mérite à l’évidence d’être réévaluée.
Les
données de la ponction lombaire (PL) soustractive, indissociables de
la triade clinique, sont étudiées dans ce paragraphe.
1- Troubles du mouvement :
Leur existence est une condition nécessaire en pratique et parfois
suffisante au diagnostic, les autres éléments de la triade pouvant
faire défaut, même aux stades évolués de l’affection.
Les descriptions
cliniques se limitent habituellement aux troubles de la marche.
Ceux-ci constituent en effet l’élément le plus spectaculaire d’un
tableau caractérisé par une sidération globale des activités motrices.
Parmi les différentes étiquettes proposées, celle d’apraxie de la
marche paraît la plus adaptée : la simple station debout est difficile,
instable, avec rétropulsion.
Le déclenchement de la marche est
laborieux.
Celle-ci se fait à petits pas, pieds collés au sol.
Le demitour
sur ordre est décomposé par à-coups successifs.
La marche est
globalement ralentie, voire impossible, et un état grabataire peut
s’installer.
L’examen clinique contraste par sa pauvreté avec le
handicap fonctionnel.
Les troubles de marche peuvent prendre le
masque d’une claudication intermittente ou se manifester par des
chutes isolées.
Ils s’associent à une réduction générale du
mouvement expliquant l’aspect figé, akinétique du sujet, la
possibilité d’authentiques syndromes parkinsoniens au cours de
l’HCA ayant été débattue.
Les membres supérieurs sont
concernés, comme en témoignent les troubles de l’écriture ou
l’abandon des travaux manuels.
Classiquement, les troubles de la
marche, ou plus globalement les troubles du mouvement, admettent,
lorsqu’ils sont isolés ou prédominants, une signification pronostique
favorable.
2- Troubles intellectuels et psychiques
:
Leur association aux troubles de l’activité physique est à l’origine
d’un certain nombre de dénominations comme l’aboulie, l’apathie,
le désintérêt, l’isolement, l’indifférence, l’inertie, le ralentissement,
définissant la présentation du patient telle qu’elle apparaît à
l’examinateur et dans la description donnée par la famille.
Considérée par certains auteurs comme le signe majeur de l’HCA,
la détérioration intellectuelle est volontiers qualifiée de démence, l’adjectif curable étant rajouté pour préciser
que cet état, même durable, n’est pas forcément irréversible comme
la plupart des états démentiels de type Alzheimer ou
artériopathique.
Cependant, l’HCA n’est pas une démence, et le
terme inopportun de « démence curable » a été à l’origine de
dérives.
Ces indications abusives peuvent expliquer certains
résultats décevants.
La psychométrie nécessitant le recours à des tests précis et
standardisés poursuit plusieurs buts : dépister un trouble mental
passé inaperçu, mesurer quantitativement les troubles pré-et postthérapeutiques,
établir un profil neuropsychologique de la maladie
et rechercher dans celui-ci des facteurs de prédictibilité d’un bon
résultat.
Souvent complexes, les tests requièrent une attention prolongée que
la plupart des patients atteints d’HCA ne peuvent soutenir.
La
démarche peut être simplifiée par l’utilisation de subtests
ou d’un questionnaire détaillé dont l’exemple le plus connu est le
minimental state de Folstein.
L’orientation temporelle et spatiale, les potentiels mnésiques, et
parmi eux la rétention à distance, et les capacités de rétentionapprentissage
sont altérés de façon quasi systématique.
Le taux de
leur amélioration par le traitement est décevant, particulièrement
pour les possibilités de rétention à distance.
Contrairement aux conclusions énoncées dans un précédent
travail, il nous semble aujourd’hui que la fatigabilité mentale
caractérisée par une lenteur idéationnelle ou un épuisement à l’effort
intellectuel est très significative de l’affection avec une récupération
post-thérapeutique de très bonne qualité.
La dépression fait partie de la symptomatologie dans certains cas ; vraisemblablement réactionnelle à la dégradation débutante, elle
peut masquer l’évolution de la maladie.
La détérioration intellectuelle globale est de mauvais pronostic et
doit faire douter du diagnostic quand elle est prédominante ou
inaugurale. En pratique, l’existence d’une démence authentique doit
faire récuser l’indication de dérivation .
3- Troubles sphinctériens
:
Essentiellement de type mictionnel, les troubles sphinctériens sont
plus fréquents et plus précoces qu’il n’est classique de le dire.
Ils
sont présents en effet chez 75 % des patients au stade du diagnostic
et signalés dans le tableau inaugural chez plus de 20 % d’entre eux,
sous des formes incomplètes telles la pollakiurie nocturne ou
l’urgence mictionnelle, précédant de longue date l’installation d’une
incontinence véritable.
Il est même prouvé que certaines HCA
peuvent évoluer sous la forme de troubles mictionnels isolés,
éventualité peu connue donnant invariablement lieu à des errements
diagnostiques (adénome prostatique).
Typiquement, la vessie
neurologique de l’HCA est une petite vessie désinhibée par perte du
contrôle supraspinal inhibiteur de la contraction du détrusor.
L’étude urodynamique du trouble sphinctérien par cystomanométrie
confirme la réduction parfois considérable du volume vésical de
base (moins de 100 mL) et son incapacité à augmenter lors du
remplissage, anomalies susceptibles de se corriger après PL
évacuatrice et après dérivation, comme nous avons pu le vérifier
dans notre expérience.
En cas de démence majeure, il est difficile
de faire la part d’un mécanisme de désinhibition centrale et d’un
trouble sphinctérien par « anosognosie » mictionnelle.
4- Ponction lombaire soustractive
:
L’intérêt de l’épreuve de soustraction liquidienne, réalisant une
simulation de dérivation, est actuellement admis par la plupart des
équipes.
Rarement indiquée dans l’HCA secondaire où le tableau
clinicotomodensitométrique suffit la plupart du temps au diagnostic,
elle a été créditée d’un intérêt prédictif certain dans la forme
idiopathique, lorsque persiste un doute diagnostique.
En effet, la
survenue d’une amélioration clinique spectaculaire et rapide de la
symptomatologie (notamment des troubles de la marche) après
retrait d’un volume de LCR au moins égal à 30 mL, a été corrélée
avec un bon résultat ultérieur de la dérivation permanente, à tel
point que certains ont vu dans le résultat de la PL un critère prédictif
d’importance primordiale, voire même un moyen thérapeutique
à lui seul suffisant en cas d’amélioration prolongée.
L’efficacité de
la PL pourrait être un argument prédictif en faveur d’une dérivation lombopéritonéale.
La valeur de cette épreuve mérite cependant
d’être nuancée.
Au-delà des artefacts méthodologiques possibles, il
est prouvé qu’une importante proportion (40 % environ) de sujets
non améliorés par la PL peut tirer bénéfice de la dérivation. De ce
fait, l’échec de la PL ne constitue pas à lui seul un critère d’exclusion.
D - MANIFESTATIONS ATYPIQUES :
Certains modes de révélation s’écartent du schéma classique de la
triade.
C’est ainsi que l’on peut observer des troubles habituellement rapportés aux « hydrocéphalies à haute pression » : céphalées,
macrocéphalie, épilepsie, troubles endocriniens, rhinorrhées de
LCR...
Bien que rares, ces observations pourraient confirmer que
l’HCA ne constitue qu’un stade évolutif intermédiaire entre
l’hydrocéphalie avec hypertension intracrânienne et l’hydrocéphalie
asymptomatique.
E - HYDROCÉPHALIE CHRONIQUE CHEZ L’ENFANT :
Une hydrocéphalie progressivement symptomatique sans
hypertension intracrânienne peut être retrouvée chez l’enfant comme
l’ont montré plusieurs études, bien que les chiffres
normaux de la pression intracrânienne chez l’enfant restent
controversés.
Une triade symptomatique, peu différente de celle rencontrée chez
l’adulte, peut être individualisée, comportant :
– un retard psychomoteur modéré pouvant se traduire par une
baisse des performances scolaires ;
– des troubles de la marche avec retard à l’acquisition de la marche
ou chutes à répétition ;
– des troubles mictionnels avec retard à l’acquisition de la
continence urinaire, fréquemment confondue avec une énurésie.
Explorations paracliniques
:
Laissant de côté la PL soustractive, la psychométrie et l’exploration
urodynamique analysées au chapitre clinique, nous évoquerons
successivement :
– les explorations à visée morphologique : tomodensitométrie
(TDM) et imagerie en résonance magnétique (IRM) ;
– les explorations à visée dynamique : manométrie, cisternographie,
IRM « de flux » ;
– les explorations à visée « parenchymateuse » : mesure des débits
sanguins cérébraux (DSC), doppler transcrânien, dosage de divers
métabolites dans le LCR, potentiels évoqués, biopsies cérébrales.
Certaines de ces explorations sont systématiques et intégrées aux
données cliniques de base.
Les autres répondent à des indications
occasionnelles, voire exceptionnelles, visant à éclaircir certains
aspects physiopathologiques de l’affection.
A - EXPLORATIONS MORPHOLOGIQUES :
Les méthodes d’imagerie modernes (TDM et IRM) ont
définitivement supplanté l’encéphalographie gazeuse et la
ventriculographie iodée dans l’illustration de la dilatation
ventriculaire et des anomalies touchant les espaces
sous-arachnoïdiens.
1- Tomodensitométrie :
Celle-ci fait actuellement figure d’exploration paraclinique de base,
dont la contribution au diagnostic et au choix thérapeutique n’est
plus à souligner. Bien souvent, en effet, la décision de dérivation
peut être prise d’après la simple analyse du tableau clinico-TDM.
Une étude détaillée des données TDM de 230 patients figure dans le
rapport rédigé par les auteurs.
Les principales conclusions en sont
brièvement rappelées ici.
* Dilatation ventriculaire
:
Elle concerne essentiellement les ventricules latéraux et le IIIe
ventricule, le IVe ventricule étant inconstamment affecté par la
dilatation (hydrocéphalie « tétraventriculaire » : 54 %).
Après mesure
de la dilatation par l’index bifrontal ([IBF] : envergure maximale des
cornes frontales rapportée au diamètre endocrânien correspondant
sur une coupe axiale, valeur normale inférieure ou égale à 0,30), il a
été possible d’établir une relation significative entre l’importance de
la dilatation et la qualité du résultat clinique après dérivation (65 %
de bons résultats pour un IBF supérieur ou égal à 0,55, 42 % pour
un IBF inférieur ou égal à 0,45, p = 0,05) et de dégager ainsi d’après
la seule analyse TDM un facteur prédictif favorable de premier
ordre.
* Dilatation associée des espaces sous-arachnoïdiens :
Qu’il s’agisse des vallées sylviennes ou des sillons corticaux, elle
justifie souvent l’étiquette péjorative d’« atrophie corticale ».
La
population concernée par un tel aspect paraît effectivement
pénalisée par une moindre espérance d’un bon résultat après
dérivation (33 à 40 % contre plus de 60 % dans la population non
concernée).
Il est cependant probable que certaines dilatations
« kystiques » des sillons corticaux ne correspondent pas à des
atrophies authentiques, mais traduisent plutôt une gêne distale à la
circulation du LCR, comme tend à le prouver la non-visibilité des
sillons corticaux sur les coupes TDM les plus hautes, et la
normalisation de ces images parfois notée après dérivation.
Nous avons proposé de qualifier d’«hydrocéphalie externe » ce profil TDM, distinct de l’atrophie, mais distinct aussi des formes où la
dilatation ventriculaire s’accompagne d’un effacement des espaces
sous-arachnoïdiens (hydrocéphalie « interne »).
* Anomalies du parenchyme cérébral :
Depuis leur description initiale, les hypodensités périventriculaires
ont suscité de nombreuses interrogations : mécanisme
compensateur ou phénomène pathologique traduisant la rupture de
la barrière épendymaire ?
Elles réalisent des images en éventail prolongeant l’hypodensité du ventricule en regard immédiat de ses
deux pôles, cornes frontales surtout.
Elles existent chez plus de 50 %
des patients (sans aucune valeur prédictive favorable) et peuvent
disparaître après dérivation.
À l’opposé, les autres anomalies de la
substance blanche traduisent des altérations primitives sans rapport
avec l’hydrocéphalie, dont la présence assombrit le pronostic.
Leur
analyse, comme celle des hypodensités périventriculaires, est
aujourd’hui facilitée par l’utilisation de l’IRM.
Les leucoaraïoses
réalisent des hypodensités extensives à distance de la paroi
épendymaire.
Elles restent inchangées, voire s’aggravent après
dérivation.
Les lacunes sont significativement associées à la présence
d’un terrain vasculaire.
Des cas exceptionnels de lacunes expansives,
probablement par dilatation des espaces de Virchow-Robin, en aval
des espaces sous-arachnoïdiens également dilatés, ont été
rapportés.
* TDM et évolution postdérivation :
Il est superflu de souligner l’intérêt de la TDM dans la surveillance
des patients dérivés, tant pour apprécier le devenir de la dilatation
ventriculaire et des autres anomalies TDM que pour le dépistage
des complications (hématome sous-dural, syndrome des
ventricules-fentes...).
2- Imagerie par résonance magnétique :
L’IRM, loin de faire double emploi avec la TDM, apporte un
complément d’informations dans plusieurs domaines.
Sa réalisation
à large échelle, sinon systématique, est désormais souhaitable.
L’IRM
« de flux » est traitée au paragraphe « explorations dynamiques ».
* Morphologie des espaces liquidiens
:
Les coupes sagittales et coronales permettent de mieux visualiser les
cavités axiales, particulièrement l’aqueduc de Sylvius.
*
Illustration des anomalies parenchymateuses :
On retrouve ici l’opposition entre les hypersignaux périventriculaires
et ceux envahissant profondément la substance blanche, souvent
plus sévères en IRM qu’en TDM.
* Identification d’une étiologie :
L’IRM apparaît nettement plus performante que la TDM dans le
dépistage (souvent fortuit) de processus tumoraux intracrâniens
(kystes colloïdes et autres tumeurs intraventriculaires, tumeurs de
la région pinéale, tumeurs du cervelet, neurinomes de l’acoustique,
kystes épidermoïdes).
Plus encore, les malformations névraxiques
trouvent en l’IRM une méthode de dépistage idéale : sténoses de
l’aqueduc de tous types, malformations de Chiari, kystes de
la grande citerne.
Enfin, la mise en cause de tumeurs
intrarachidiennes n’est pas exceptionnelle et rend souhaitable dans
certains cas la réalisation conjointe d’une IRM rachidienne avec
injection de gadolinium, surtout chez le sujet jeune lorsque
aucune cause n’est mise en évidence sur l’IRM cérébrale.
B - EXPLORATIONS DYNAMIQUES :
1- Manométrie
:
Les mesures de la pression et de la dynamique du LCR font appel à
des méthodes invasives ne pouvant intervenir qu’en complément
des données cliniques et radiologiques.
Utilisées comme moyen
diagnostique, elles présentent également l’intérêt de faciliter la
compréhension des phénomènes physiopathologiques.
Ainsi, les enregistrements de longue durée (24 heures) avec analyse
informatique du signal ont permis de montrer la présence
d’ondes pathologiques A et/ou B au-dessus d’une pression du LCR
basale normale ou basse.
Ce fait étant établi depuis
plusieurs années, ces enregistrements réalisés surtout par voie
ventriculaire deviennent difficiles à légitimer.
Les mesures de la résistance à l’écoulement (Re) du LCR et de
l’élastance (index pression-volume [PVI]) de l’enceinte ventriculosous-arachnoïdienne ne doivent être pratiquées que chez des
patients indemnes, au moins en apparence, de blocage patent des
voies d’écoulement du LCR.
Réalisées par voie lombaire, elles ne
sont correctement interprétables que lorsqu’elles sont mises en
oeuvre régulièrement et par des équipes entraînées.
Seules des valeurs franchement pathologiques permettent d’espérer
un succès thérapeutique.
La valeur normale de la Re est estimée inférieure ou égale à
10 mmHg/mL/min (sujets volontaires sains), celle du PVI
supérieure ou égale à 22 mL.
Il est cependant important de remarquer que ces mesures ne
tiennent pas compte des lésions parenchymateuses irréversibles
difficiles à prouver, pouvant expliquer certains échecs
thérapeutiques malgré une Re et un PVI anormaux.
Inversement, certains patients avec une Re normale ou basse ont
bénéficié d’un résultat favorable après dérivation.
Il pourrait s’agir d’hydrocéphalies très évoluées dans le temps,
la dérivation se révélant suffisante pour annuler le flux et/ou le
gradient très faible, mais tout de même anormal, existant entre les
ventricules et le parenchyme.
2- Cisternographies :
*
Cisternographie isotopique
:
À l’iode 131 ou à l’indium 111, injecté par voie lombaire ou plus
rarement par voie ventriculaire, très en vogue autrefois, elle n’offre
plus de nos jours qu’un intérêt historique, la méthode ne survivant
plus que de ses indications postopératoires (test de fonctionnement
d’un shunt).
* Cisternographie computérisée :
À la métrizamide ou au iopamidol intrathécal, elle illustre avec plus
de finesse les anomalies notées précédemment avec les isotopes :
reflux ventriculaire persistant au-delà de la 24e heure, rehaussement
massif et persistant des espaces sous-arachnoïdiens.
En revanche, le
rehaussement des régions sous-épendymaires est minime, suggérant
que les hypodensités périventriculaires ne se résument pas à la
résorption transépendymaire, mécanisme compensateur connu de
l’hydrocéphalie.
Malgré sa supériorité sur la méthode isotopique, la cisternographie computérisée reste d’indication marginale, en raison
de sa lourdeur technique.
3- IRM de flux :
L’IRM de flux est une séquence IRM particulière qui permet de
mettre en évidence et de mesurer les vitesses de circulation du LCR.
Pour enregistrer le flux pulsatile, les mesures sont synchronisées
avec l’électrocardiogramme du patient (onde R).
La mise en évidence d’une hyperpulsatilité et de vitesses de LCR
élevées au niveau de l’aqueduc est un argument en faveur d’une
hydrocéphalie chronique active et permettrait de préciser les
indications de dérivation et pour certains une éventuelle
indication de ventriculocisternostomie même si l’aqueduc est
perméable.
Cependant, il n’existe pas de limite vélocimétrique précise
permettant de différencier de façon fiable une HCA d’une atrophie
cérébrale.
L’intérêt pratique de cet examen reste à valider.
C - EXPLORATIONS DU PARENCHYME
:
Celles-ci sont motivées par le souci d’apprécier le caractère
réversible ou non des altérations parenchymateuses éventuellement
illustrées par l’imagerie TDM et surtout par l’IRM.
On conçoit
l’intérêt primordial que revêt cette démarche dans l’indication
thérapeutique.
Malheureusement, aucune exploration ne s’est
imposée à ce jour, tant en termes de fiabilité que d’innocuité.
1- Débits sanguins cérébraux
:
Une abondante littérature a été consacrée au versant
hémodynamique de l’HCA.
La plupart des méthodes de mesure du
débit sanguin cérébral (DSC) ont en effet été employées avec des
résultats divers :
– méthodes isotopiques : au xénon 133 inhalé tomographie
par émission de simple photons (SPECT) ou par émission de
positons (PET) ;
– méthodes non isotopiques par exploitation de la clairance en TDM
d’un contraste intraveineux ou de xénon stable non isotopique.
Il ressort de ces travaux que :
– les DSC seraient significativement abaissés au cours de l’HCA,
surtout dans le cortex frontal et précentral (moins de
40 mL/min/100 g) ;
– l’augmentation des DSC après PL constituerait un critère prédictif
favorable, écartant l’hypothèse d’une démence d’autre cause ;
– les DSC seraient inconstamment augmentés par la dérivation du LCR ; l’évolution débitmétrique n’admet par ailleurs aucun
parallélisme strict avec l’évolution clinique.
Notre expérience (25 patients explorés par la méthode du xénon 133
inhalé, trois par SPECT) a abouti à des conclusions
contradictoires.
L’exploration par le PET-scan de l’imagerie fonctionnelle du
métabolisme des régions altérées en imagerie classique pourrait
constituer dans ce domaine une perspective d’avenir.
2- Doppler transcrânien :
Le doppler transcrânien permet de mesurer la vitesse du flux
sanguin des principales artères du polygone de Willis et notamment
de l’artère sylvienne.
Une corrélation entre la mesure des vitesses de flux sanguin de
l’artère sylvienne et les oscillations spontanées de pression du LCR
(surtout des ondes pathologiques B) a été mise en évidence.
Cet examen pourrait ainsi permettre d’éviter la mesure invasive de
la pression intracrânienne et de sélectionner certains patients en cas
de doute diagnostique.
3- Dosage dans le LCR des métabolites
des monoamines centrales
:
Différents travaux ont montré des anomalies des taux rachidiens des
dérivés de la dopamine (acide homovanillique [HVA]), de la
noradrénaline (méthoxy-hydroxy-phénylglycol [MHPG]) et de la
sérotonine (acide 5-hydroxy-indol-acétique [5-HIAA]) chez le sujet
hydrocéphale, pouvant refléter un dysfonctionnement des
neurones centraux monoaminergiques.
Dans notre expérience, nous
n’avons mis en évidence aucune modification significative de la
concentration en HVA et en 5-HIAA dans le LCR lombaire initial de
17 patients explorés.
En revanche, après dérivation, nous avons
relevé une élévation significative des taux lombaires d’HVA et de
5-HIAA qui pourrait illustrer une « reprise » du métabolisme
aminergique à la faveur du shunt.
4- Potentiels évoqués :
Les potentiels évoqués auditifs et somesthésiques ne paraissent pas
modifiés dans l’HCA. Plus intéressant serait l’enregistrement des
potentiels visuels.
Les potentiels cognitifs (P 300) ont été
enregistrés jusqu’ici au cours de démences « non curables ».
Ceux-ci ont été retrouvés d’amplitude faible et de latence allongée
ou absents chez 19 des 24 patients explorés dans notre série. De
plus, les dix patients cliniquement déments de ce groupe
présentaient tous un P 300 anormal ou absent.
La normalisation
après PL ou après dérivation est loin d’être la règle.
5- Biopsie cérébrale :
Pour d’évidentes raisons de sécurité, la biopsie cérébrale doit rester
d’indication exceptionnelle (discordance manifeste entre le tableau
clinique et les données de l’imagerie ou de la manométrie, certains
échecs inattendus de la dérivation en dépit d’un bon fonctionnement
de celle-ci).
Nous rappellerons la fréquence au cours de l’HCA
idiopathique des altérations dégénératives de « type Alzheimer » et
de type encéphalopathie ischémique.
Diagnostic
:
La démarche diagnostique se confond en pratique avec la démarche
thérapeutique.
A - DIAGNOSTIC POSITIF :
Seule la forme idiopathique pose un réel problème.
Le diagnostic
repose sur l’analyse du tableau clinico-TDM.
L’HCA est probable si
la triade est au complet et si l’anamnèse révèle que les troubles de la
marche ou sphinctériens ont été inauguraux et restent au premier
plan alors que la « démence » a été de déclenchement tardif et reste
incomplète.
Le critère d’une pression « basse ou normale » du LCR
n’est plus exigé de nos jours, et d’ailleurs la plupart du temps non
exploré.
B - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Rappelons pour mémoire qu’avant l’ère de la TDM, la distinction
avec divers processus intracrâniens pouvait s’avérer délicate
(tumeurs frontales et hématomes sous-duraux).
1- Formes à début monosymptomatique :
Elles peuvent faire évoquer initialement les diagnostics les plus
variés : adénome prostatique dans les formes mictionnelles, maladie
de Parkinson, sténose canalaire lombaire dans les formes dominées
par un trouble de la marche, états dépressifs (parfois
authentiquement présents), voire psychotiques dans les formes à
début psychiatrique.
2- Stade évolué de l’affection :
Il convient alors d’écarter les démences dégénératives, de type
Alzheimer surtout, bien que les frontières nosologiques HCA/démences ne soient pas toujours tranchées.
Fondamentalement, la distinction est d’ordre clinique : l’anamnèse
précise, l’examen clinique et psychométrique de base permettent de
trancher dans la plupart des cas sans que s’impose le recours à
d’autres explorations.
En faveur d’une démence dégénérative,
rappelons : l’altération globale, irréversible et massive de toutes les
fonctions supérieures, des troubles de marche absents ou
d’apparition tardive, des troubles sphinctériens également tardifs,
relevant classiquement d’une indifférence mictionnelle mais parfois
aussi d’un mécanisme de désinhibition.
Thérapeutique
:
L’étape thérapeutique est dominée par le problème de l’indication,
incomplètement résolu à ce jour, comme le prouve la persistance
d’une proportion importante d’échecs, en dépit des progrès effectués
en matière d’imagerie et de technologie des shunts.
A - MÉTHODES THÉRAPEUTIQUES :
Les moyens employés diffèrent peu de ceux proposés face à d’autres
types d’hydrocéphalies.
1- Dérivation extrathécale par valve
:
Les dérivations extrathécales restent de loin les méthodes les plus
utilisées, qu’elles soient à point de départ ventriculaire
(ventriculoatriale [DVA] et ventriculopéritonéale [DVP]) ou sousarachnoïdien
(lombopéritonéale [DLP]).
2- Méthodes alternatives à la dérivation extrathécale :
*
Traitement médical
:
Distinct de l’abstention (qui peut se justifier devant certaines formes
fixées), le traitement médical, associant PL soustractives répétées et
divers agents de déflation liquidienne, tel l’acétazolamide, est
souvent proposé en première intention, permettant de différer dans
quelques cas la décision de dérivation.
Rappelons l’intérêt des
thérapeutiques adjuvantes (antidépresseurs, dopathérapie ou
bromocriptine) et des mesures thérapeutiques de fond (diabète,
hypertension artérielle...).
* Traitement étiologique
:
Nous laisserons de côté les méthodes purement historiques comme
la plexectomie et le cathétérisme de l’aqueduc de Sylvius.
Le
traitement étiologique ne peut s’appliquer que lorsqu’une cause
chirurgicalement accessible a été clairement identifiée en imagerie.
C’est ainsi que l’exérèse d’une tumeur intracrânienne (voire
intrarachidienne), la décompression d’une malformation de Chiari,
peuvent permettre d’éviter la dérivation chez quelques patients
privilégiés.
* Ventriculocisternostomie endoscopique
:
Sa mise en oeuvre suppose une parfaite liberté des espaces sousarachnoïdiens
et des villosités de la convexité crânienne, l’obstacle
se situant dans le système ventriculaire ou la fosse postérieure.
C’est
dire qu’en pratique, elle n’est indiquée que chez les patients porteurs
d’une sténose de l’aqueduc ou d’une tumeur de la fosse cérébrale
postérieure inopérable.
Cependant, elle a été récemment proposée au cours d’HCA
idiopathiques, sans obstacle démontré en imagerie, dans une courte
série avec des résultats qui paraissent intéressants mais qui
nécessitent une validation ultérieure.
Actuellement, la ventriculocisternostomie endoscopique ne saurait
être considérée raisonnablement comme une alternative régulière à
la dérivation extrathécale.
B - INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES :
En pratique, trois questions se posent au clinicien confronté à
l’association : triade plus ou moins complète et dilatation
ventriculaire.
1- Faut-il dériver ?
Ce choix est fondamental.
Il n’est pas question de légitimer des
indications « larges » de dérivation par l’argument (inexact) de la
bénignité du geste, ou par le souci de « faire quelque chose » au
cours d’une démence dégénérative.
– Chez deux patients sur trois, il est possible de prendre une décision
dès la première consultation.
La majorité des critères prédictifs
admettant une valeur pronostique décisive peuvent en effet être
extraits du seul tableau clinico-TDM initial.
C’est ainsi que l’on
considère comme « bons candidats » à la dérivation ceux présentant
un ou plusieurs des critères suivants : étiologie précise, aucun
trouble psychique dans le tableau initial, dilatation ventriculaire
majeure (IBF supérieur à 0,55), effacement des vallées sylviennes
et/ou des sillons corticaux en TDM.
Sont récusés d’emblée les
patients ne bénéficiant d’aucun des critères favorables ci-dessus
édictés ou des critères inverses, et dont le tableau est par conséquent
proche de celui d’une maladie d’Alzheimer.
– Chez un tiers des patients, un doute persiste après analyse du tableau clinico-TDM initial, l’observateur redoutant l’échec en cas de
dérivation autant que de priver le patient d’une chance en cas
d’abstention.
C’est à l’évidence dans cette population « difficile » que
les investigations complémentaires sont justifiées, en sachant
cependant que la plupart d’entre elles n’ont qu’une valeur relative
en regard du tableau clinique, à l’exception peut-être d’une Re et
d’une élastance augmentées à l’épreuve manométrique, d’une
amélioration clinique spectaculaire après PL ou de l’illustration
d’une cause en IRM.
Au-delà de cette étape « instrumentale », un doute peut persister
sur l’opportunité de la dérivation.
L’abstention, assortie d’un
traitement médical, paraît dans ces cas l’attitude la plus raisonnable.
2- À quel type de dérivation faut-il recourir ?
Ici interviennent les habitudes et l’expérience des équipes.
Aucun
des trois types de dérivations les plus couramment utilisés n’est
indemne de complications.
La DLP, créditée d’une morbidité réduite, serait plus indiquée chez le sujet très âgé, amélioré par la
PL et à l’IBF peu élevé.
Une incidence insoupçonnée de prolapsus
amygdaliens compliquant la DLP l’a fait rejeter au profit de la
DVP qui est devenue le traitement standard, la DVA étant indiquée
en cas de laparotomies multiples ou de résorption péritonéale
défectueuse.
Dans notre expérience (225 sujets dérivés : 137 DVA, 60
DVP, 28 DLP), aucun des trois types de montage n’a clairement fait
preuve d’une efficacité thérapeutique supérieure.
3- Quel type de valve choisir ?
Aucun dispositif actuellement disponible ne répond aux paramètres
de la valve « idéale », rétablissant des gradients physiologiques de
pression entre secteurs liquidien, parenchymateux et vasculaire, et
s’opposant efficacement aux effets iatrogènes de la dérivation
(hyperdrainage notamment).
La disponibilité actuelle de valves à
pression modulable par voie percutanée, de valves à résistance
variable et de dispositifs antisiphon paraît constituer une
avancée notable, bien qu’imparfaite, dans la mise au point d’un
système autorisant un débit adapté aux besoins du patient.
C - RÉSULTATS :
1- Résultats globaux
:
La comparaison des résultats de la littérature souffre du manque
d’homogénéité des séries.
En regroupant 43 séries de plus de
20 cas, la proportion de succès s’établit entre 24 et 90 %.
Utilisant la cotation simplifiée de Stein chez 243 patients dont
225 opérés, nous avons obtenu avec un recul moyen de 31 mois
(± 28) :
– 52,6 % de bons résultats : retour à l’état antérieur ou réacquisition
d’une autonomie pour les actes de la vie quotidienne ;
– 21,3 % de résultats moyens : bénéfice réel mais incomplet
n’autorisant pas une vie autonome ;
– 20 % d’échecs ou aggravations ;
– 5,7 % de décès précoces.
2- Succès
:
La dérivation apporte un bénéfice réel chez plus de sept malades
sur dix.
Encore faut-il distinguer les guérisons spectaculaires,
véritable bouleversement dans la vie sociale, familiale et
professionnelle des patients dont l’entourage souligne le caractère
quasi miraculeux, des améliorations plus modestes mais réelles, tel
le retour à une ambulation, même imparfaite, chez le sujet
grabataire.
3- Échecs
:
À l’opposé, force est de constater que persiste de nos jours une
population de patients non améliorés ou améliorés brièvement par
la dérivation.
Face à un échec de dérivation, surtout s’il est
inattendu, il convient d’envisager l’hypothèse d’un
dysfonctionnement du shunt, en sachant cependant que
l’amélioration postvalve peut être retardée et que les révisions
précoces de shunts sont grevées d’une morbidité élevée.
Si la
dérivation est mise hors de cause, d’autres processus peuvent être
évoqués, dont l’identification peut faire discuter la biopsie cérébrale
dans les cas extrêmes.
4- Mortalité et morbidité
:
La mortalité opératoire n’est pas négligeable, surtout dans cette
population généralement âgée (7 à 15 % selon les séries).
La
morbidité liée à la dérivation du LCR ne diffère en rien de celle
rapportée dans les hydrocéphalies d’autre cause : épanchements
sous-duraux (15 %) ; épilepsie (2 à 10 %) ; dysfonctionnements
mécaniques suivis de reprise chirurgicale (20 à 30 %) ; infection,
principale cause de mortalité liée directement à la dérivation (2 à
5 %).
Conclusion
:
L’originalité clinique et physiopathologique de l’hydrocéphalie
chronique est d’ordre évolutif.
C’est une dilatation ventriculaire
symptomatique, passée à la chronicité du fait de son équilibration
manométrique spontanée.
En pratique, la forme secondaire, ne pose guère de problème, aussi bien
dans son diagnostic que dans l’indication d’une dérivation du LCR.
Les
succès sont le plus souvent nombreux et de bonne qualité.
Dans les formes idiopathiques, sans cause « apparente », les indications d’une
dérivation demeurent délicates et le taux des succès thérapeutiques est
décevant.
Malgré les explorations complémentaires nombreuses, il n’est
pas toujours facile d’établir un diagnostic de certitude, particulièrement
chez le sujet âgé, et de prévoir les conséquences des lésions
parenchymateuses associées à la dilatation des ventricules.
On ne peut
qu’insister sur la nécessité d’une parfaite analyse clinique et
neuroradiologique avec éventuellement, en dernier recours, une étude
manométrique.
Sur le plan nosographique, le concept d’hydrocéphalie à
« pression normale » paraît aujourd’hui inadapté tant aux réalités
cliniques du syndrome qu’au profil manométrique réel de tels patients,
au demeurant très rarement exploré dans la pratique courante.
Pour ces
diverses raisons, nous avons proposé de substituer l’appellation plus
pragmatique d’hydrocéphalie chronique de l’adulte à celle
d’hydrocéphalie à pression normale.
De même, les termes
malencontreux de « démence hydrocéphalique » ou de « démence
curable » doivent être exclus des descriptions cliniques du syndrome.
Il
a été en effet amplement démontré que la mise en place d’une dérivation
chez des patients authentiquement déments n’avait aucune chance
d’aboutir à une amélioration durable même si la présence d’une
dilatation ventriculaire peut parfois faire discuter l’opportunité du
geste.