Région HLA et pathologies ostéoarticulaires Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Le complexe majeur d’histocompatibilité de l’homme est appelé le
système human leukocyte antigen (HLA).
Historiquement, le système
HLA a été découvert puis décrit au cours de l’étude des mécanismes
de rejet de greffe d’organe survenant de façon quasi inévitable entre
deux individus non apparentés.
Le système HLA est complexe, car il est constitué d’un grand
nombre de gènes polymorphes étroitement liés codant pour des
protéines membranaires (molécules HLA) qui fixent et présentent
les peptides antigéniques aux récepteurs des lymphocytes T (TCR).
Du fait de son rôle fondamental dans la réponse immunitaire
physiologique, le système HLA pourrait également constituer un des
éléments déterminants de la physiopathologie de certaines
pathologies ostéoarticulaires inflammatoires chroniques.
L’association entre certains allèles HLA, dits de susceptibilité, et des
pathologies ostéoarticulaires, en particulier la spondylarthrite
ankylosante (SA) ou la polyarthrite rhumatoïde (PR), est connue
depuis longtemps.
Cependant, les bases moléculaires de cette
association et les mécanismes d’action des allèles HLA de
susceptibilité ne sont pas clairement déterminés.
La définition
précise du phénotype des maladies, les études d’épidémiologie
génétique et l’analyse des modèles animaux permettent de mieux
comprendre l’impact du composant HLA dans le déterminisme et
l’évolution de ces maladies.
Système HLA :
A - CARTOGRAPHIE PHYSIQUE DU SYSTÈME HLA
:
La région HLA est située sur le bras court de la sixième paire
chromosomique, sur la bande 6p 21-3. Elle s’étend sur une distance d’environ 4 000 kilobases.
Elle comporte plus de 200 gènes, dont
plus de 40 gènes HLA proprement dits.
Certains gènes non HLA,
bien que différents sur le plan structural et de l’évolution,
interviennent dans les mécanismes d’action des gènes HLA, et sont
également localisés dans cette région.
L’ensemble des gènes est
réparti, de façon conventionnelle, en trois classes : HLA de classe I,
de classe II et de classe III.
Nous ne parlons ici que des systèmes
HLA de classe I et de classe II regroupant les gènes impliqués dans
la présentation des antigènes.
1- Système HLA de classe I
:
Il comprend principalement les gènes HLA-A, -B et -C auxquels
s’ajoutent de nombreux autres gènes.
Parmi ceux-ci, citons les gènes MICA et MICB, ainsi
que le gène HFE, dont les mutations sont retrouvées dans la majorité
des cas d’hémochromatose familiale. Enfin, pour plusieurs gènes
présents dans cette sous-région, la fonction n’est pas encore connue.
2- Système HLA de classe II :
Les trois familles de gènes HLA-DR, HLA-DQ et HLA-DP sont
localisées dans cette sous-région. Pour chacune de ces familles, il
existe des gènes fonctionnels et des gènes non fonctionnels.
D’autres
gènes sont également présents dont les protéines participent aux mécanismes de prise en
charge des peptides antigéniques par les molécules HLA de classes I
et II.
B - POLYMORPHISME DU SYSTÈME HLA
:
C’est par la comparaison des individus de la population générale
que peut être défini le polymorphisme du système HLA.
Il s’agit
donc d’un polymorphisme populationnel expliqué par la présence
de nombreux gènes multialléliques et leur transmission
codominante.
1- Polymorphisme lié à la présence de nombreux gènes multialléliques
:
Les gènes HLA-A, -B et -C sont polymorphes (ou multialléliques) et
codent pour la chaîne polypeptidique a des molécules HLA de
classe I.
Les familles de gènes HLA de classe II, HLA-DR, -DQ, -DP, sont
constituées de plusieurs gènes.
On dénombre cinq gènes
fonctionnels pour la famille DR : le gène DRA invariant codant pour
la chaîne polypeptidique DRa, et quatre gènes DRB polymorphes
(DRB1, DRB3, DRB4 et DRB5) codant pour les chaînes
polypeptidiques DRb.
La molécule membranaire mature HLA-DR
est formée de l’association d’une chaîne DRa et d’une chaîne DRb.
Seuls les gènes DRB sont ainsi responsables du polymorphisme du
composant HLA-DR.
En ce qui concerne les composants HLA-DQ
et HLA-DP, les gènes DQA, DQB et DPA, DPB sont polymorphes.
Le nombre d’allèles HLA de classe I et classe II est variable et
souvent élevé.
De nouveaux allèles sont régulièrement décrits.
La liste mise à jour des allèles HLA avec leurs caractéristiques est
périodiquement publiée, permettant une définition précise du
polymorphisme du système HLA.
Le nombre considérable de combinaisons d’allèles pour l’ensemble
des locus HLA de classes I et II situés sur un chromosome 6p définissant les différents haplotypes explique la très grande
diversité du système au niveau de la population.
Il existe pour les
deux chromosomes 6p de chaque individu plus de 1010
combinaisons génotypiques possibles.
Ceci explique pourquoi la
probabilité de trouver deux individus non apparentés HLA
identiques dans la population générale est extrêmement faible.
La séquence nucléotidique des gènes HLA rend compte du
polymorphisme allélique.
On peut ainsi mettre en évidence
des régions hypervariables au niveau desquelles se situe la plupart
des substitutions nucléotidiques.
L’ensemble de ces régions
hypervariables participe à la constitution du site de fixation
peptidique.
2- Transmission codominante des gènes HLA
:
Dans 98 % des cas, l’ensemble des gènes HLA de classes I et II est
transmis « en bloc » à la descendance sans recombinaison
chromosomique à la méiose.
Un parent est porteur, sur chaque
chromosome 6p, d’une combinaison donnée d’allèles définissant un haplotype.
Au total, pour les deux parents, quatre haplotypes sont
définis : deux chez le père (notés de façon conventionnelle a et b) et
deux chez la mère (notés de façon conventionnelle c et d).
Chaque
enfant hérite d’un haplotype venant du père et d’un haplotype
venant de la mère.
Tous les produits protéiques correspondant à ces haplotypes sont exprimés à la surface des cellules.
Il existe donc
quatre combinaisons haplotypiques possibles dans la fratrie : a-c,
a-b, b-c, b-d.
Aussi la probabilité pour que deux germains (frères ou
soeurs) soit HLA identiques est de 25 %, HLA semi-identiques de
50 % et HLA différents de 25 %.
Ces observations ont des conséquences médicales dans le domaine
des greffes de cellules souches hématopoïétiques, nécessitant un
appariement HLA maximal entre le donneur et le receveur, ainsi
qu’en médecine légale (exclusion de paternité).
3- Notion de déséquilibre de liaison
:
Étant donné le relatif « brassage des populations », la fréquence des
associations d’allèles aux différents locus HLA sur un haplotype
donné devrait être théoriquement égale au produit de la fréquence
de chacun de ces allèles dans la population.
Cependant, certaines
combinaisons d’allèles sont observées à une fréquence beaucoup
plus élevée que la fréquence théorique attendue.
Ce phénomène,
appelé « déséquilibre de liaison », est une des caractéristiques
fondamentales du système HLA.
C - MOLÉCULES HLA
:
Les molécules HLA sont des glycoprotéines de membrane.
Ce sont
des hétérodimères formés de deux sous-unités a et b.
Le
polymorphisme des gènes HLA est intégralement retrouvé au
niveau des protéines.
Il existe, de plus, une correspondance
complète entre les exons et les entités structurales et fonctionnelles
appelées « domaines » au niveau des protéines.
Cette
correspondance est complète pour les domaines extramembranaires.
1- Molécules HLA de classe I
:
Les molécules HLA de classe I sont constituées de l’association non
covalente d’une chaîne polypeptidique a (45 kDa) et de la b2-
microglobuline (12 kDa).
La b2-microglobuline est constituée par un seul domaine extramembranaire.
Le gène codant est situé sur le chromosome 15,
ne faisant donc pas partie de l’ensemble des gènes HLA.
La
séquence de la b2-microglobuline ne présente aucun
polymorphisme.
Elle possède une fonction de stabilisation de
l’hétérodimère et de transport intracellulaire de la chaîne lourde a.
La chaîne a est une glycoprotéine.
Elle se compose de trois parties :
– une partie N-terminale d’environ 280 acides aminés,
extramembranaire ;
– une partie transmembranaire hydrophobe d’environ 20 acides
aminés ;
– une partie intracytoplasmique C-terminale très courte (quatre
acides aminés).
La partie extramembranaire est elle-même constituée de trois
domaines alpha1, alpha2 et alpha3 d’environ 90 acides aminés, chacun étant codé
par un exon.
Les domaines alpha1 et alpha2, les plus distaux par rapport à la membrane
cellulaire, sont polymorphes.
On peut, en effet, mettre en évidence
dans ces domaines des substitutions d’acides aminés variant en
fonction des différents allèles.
Au niveau des domaines alpha1 et alpha2, se
situe le site de fixation peptidique permettant de présenter les
peptides antigéniques aux TCR des lymphocytes T-CD8.
Le domaine a3, plus conservé et de structure semblable à celle des
immunoglobulines, est la région d’association avec la
b2-microglobuline.
2- Molécules HLA de classe II :
Les molécules HLA de classe II sont structurellement et
fonctionnellement différentes des molécules HLA de classe I.
Elles sont formées de l’association non covalente d’une chaîne
polypeptidique a (34 kDa) et d’une chaîne polypeptidique b
(29 kDa).
Contrairement aux molécules HLA de classe I, les chaînes
a et b sont ici parfaitement homologues, composées, toutes les deux,
d’une partie extramembranaire N-terminale d’environ 180 acides
aminés, d’une partie transmembranaire formée d’une vingtaine
d’acides aminés, et d’une partie intracytoplasmique C-terminale
formée de quatre ou cinq acides aminés. Les chaînes a et b sont
codées par des gènes faisant partie intégrante du système HLA.
Les parties extramembranaires des chaînes a et b sont constituées
chacune de deux domaines d’environ 90 acides aminés.
Les
variations de séquence d’acides aminés sont, ici encore,
principalement localisées aux domaines extérieurs a1 et b1 au sein
de régions hypervariables.
Le site de fixation, permettant aux
molécules HLA de classe II de présenter les peptides antigéniques
aux lymphocytes T CD4, est localisé au niveau de ces domaines.
Les domaines alpha2 et bêta2, de structure semblable à celle des
immunoglobulines, sont en revanche conservés.
3- Expression des molécules HLA
:
Les molécules HLA de classe I sont exprimées à la surface de
pratiquement toutes les cellules nucléées de l’organisme.
Cependant,
certains types cellulaires n’expriment pas de molécules HLA de
classe I (hépatocytes, par exemple) ou en expriment un taux très
faible.
Les molécules HLA de classe II ne sont exprimées que par un
nombre réduit de types cellulaires, principalement les cellules
dendritiques, les lymphocytes B, les cellules de la lignée
myélomonocytaire, les cellules épithéliales thymiques et les
lymphocytes T activés.
L’expression membranaire des molécules HLA de classe I et de
classe II est régulée par l’action de cytokines.
L’interféron c, par
exemple, induit, soit une hyperexpression membranaire des
molécules HLA de classe II, soit une expression de ces molécules à
la surface des cellules qui en sont normalement dépourvues.
D - NOMENCLATURE DU SYSTÈME HLA
:
La nomenclature du système HLA est standardisée et normative.
Elle a été mise au point par un groupe d’experts de l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) qui en garantit la mise à jour et la
pérennité.
Elle est adaptée à la complexité du polymorphisme du
système et permet d’intégrer les nouveaux allèles HLA au fur et à
mesure de leur découverte.
E - RÔLE DES MOLÉCULES HLA
DANS LA PRÉSENTATION DES ANTIGÈNES :
Le rôle des molécules HLA de classes I et II est de présenter aux
lymphocytes T des peptides antigéniques.
Ce processus marque le
début de la réponse immunitaire spécifique ou adaptative.
La prise en charge des peptides antigéniques par les molécules HLA
s’opère à l’intérieur des cellules présentatrices.
Ainsi, en règle
générale, les molécules HLA ne sont jamais vides à la surface
membranaire, mais liées aux peptides antigéniques.
La prise en
charge intracellulaire des peptides antigéniques assure la stabilité
structurale des molécules HLA (surtout HLA de classe I) et leur
transport vers la membrane.
Les voies de présentation et les zones de rencontre et de prise en
charge des peptides antigéniques sont différentes pour les molécules
HLA de classe I et de classe II.
1- Prise en charge des peptides antigéniques par les
molécules HLA de classe I :
Les peptides antigéniques pris en charge et présentés par les
molécules HLA de classe I proviennent de la dégradation des protéines intracellulaires : protéines endogènes dans les conditions
physiologiques ou protéines de micro-organismes à parasitisme
intracellulaire lors d’infections.
Ces protéines, fixées à l’ubiquitine,
sont dépliées, grâce à des protéines chaperon, en chaînes
polypeptidiques, qui sont ensuite dégradées dans le cytosol en
peptides de petite taille sous l’action des protéasomes.
Certains de
ces peptides passent de façon active dans la lumière du réticulum
endoplasmique en se fixant à la partie cytosolique des molécules
transporters associated with antigen processing (TAP).
TAP est un
hétérodimère formé de deux chaînes polypeptidiques codées par les
gènes TAP1 et TAP2 localisés dans la région HLA de classe II entre
les familles DP et DQ.
Les molécules TAP interagissent pour
constituer un canal permettant de transporter les peptides à travers
la membrane du réticulum endoplasmique.
Dans la lumière du
réticulum endoplasmique, les protéines HLA de classe I néosynthétisées subissent un processus de maturation dont les
étapes sont nombreuses et complexes.
De façon schématique, les
chaînes a et b2-microglobuline, synthétisées séparément, s’associent.
L’hétérodimère ainsi formé va se
lier transitoirement et successivement à une série de protéines
chaperons calnexine,
calréticuline, protéine p57, tapasine et peut-être d’autres qui vont
conférer à l’ensemble une stabilité structurale temporaire et assurer
la glycosylation.
Puis l’hétérodimère HLA de classe I est fixé aux
molécules TAP par la tapasine, attendant qu’un peptide approprié se présente
dans la lumière du réticulum.
La liaison spécifique du peptide
dans le site de liaison favorise la dissociation du complexe
protéines chaperons hétérodimère ab2-microglobuline.
Le
complexe moléculaire ab2-microglobuline-peptide se caractérise
alors par une stabilité structurale optimale qui lui permet d’être
exporté à la membrane cellulaire en passant par le réseau golgien.
2- Prise en charge des peptides antigéniques par les
molécules HLA de classe II :
Les peptides pris en charge et présentés par les molécules HLA de
classe II proviennent de la dégradation des protéines d’origine
extracellulaire à l’intérieur des cellules présentant l’antigène.
Il s’agit
des protéines membranaires ou extracellulaires dans les conditions
normales, des protéines d’enveloppes des micro-organismes lors
d’infections.
Ces protéines pénètrent généralement dans les cellules
par invagination de la membrane cellulaire.
Les vésicules
d’endocytose dans lesquelles elles sont enfermées fusionnent avec
les lysosomes primaires contenant un ensemble d’enzymes
protéolytiques, pour former les endosomes.
Au sein du
compartiment endosomal de la cellule, les protéines vont subir une
dégradation enzymatique progressive, d’abord en peptides, puis,
dans certains endosomes tardifs, en acides aminés.
Parallèlement, les chaînes a et b HLA de classe II, synthétisées
séparément, s’associent dans le réticulum endoplasmique.
Une
protéine chaperon, appelée chaîne invariante Ii, va se lier à
l’hétérodimère ab.
Les fonctions de la chaîne invariante sont triples :
– empêcher la fixation prématurée des peptides présents dans la
lumière du réticulum à l’hétérodimère HLA de classe II, en localisant
son extrémité C-terminale (appelée CLIP) dans le site de liaison
peptidique ;
– assurer une stabilité transitoire à l’hétérodimère ab ;
– permettre, grâce à des signaux d’adressage, de diriger le complexe abIi vers le compartiment endosomal, après avoir transité par le
réseau golgien.
Au niveau du MHC class II compartment (MIIC), lieu de rencontre
entre les vésicules endosomales et le complexe moléculaire abIi, les
enzymes protéolytiques et les conditions physicochimiques vont
permettre une dégradation graduelle de la chaîne invariante. Seule
persiste, dans le site de liaison peptidique des molécules HLA de
classe II, l’extrémité CLIP.
Sous l’effet combiné d’une forte
concentration de peptides issus de la dégradation des protéines
d’origine extracellulaire qui sont présents dans l’endosome et de la
molécule hétérodimérique HLA-DM, dont les gènes DMA et DMB
sont localisés dans la région HLA de classe II entre les familles DP
et DQ, le peptide CLIP va être remplacé par un peptide antigénique
ayant une affinité optimale pour le site de liaison peptidique des
molécules HLA de classe II.
Le complexe ab-peptide antigénique est
alors exporté vers la membrane cellulaire.
3- Présentation des peptides antigéniques par les
molécules HLA aux récepteurs des lymphocytes T :
Des études en cristallographie ont permis de déterminer la forme
tridimensionnelle des molécules HLA et, en particulier, celle du site
de liaison peptidique.
À la jonction des domaines alpha1 et alpha2
pour les molécules HLA de classe I et a1 et b1 pour les molécules
HLA de classe II, se situe une cavité dont le plancher est formé de
huit feuillets b (quatre venant de chacun des deux domaines
constituant le site) et les parois de deux hélices a, chacune venant
d’un domaine.
Les extrémités des hélices a convergent pour fermer
le site de liaison des molécules HLA de classe I, alors que celui des
molécules HLA de classe II est plus ouvert.
L’ensemble des régions
hypervariables des domaines alpha1-alpha2 ou a1-b1 participent à la
formation de ce site.
À l’intérieur de cette cavité peut se fixer un
peptide antigénique dont la longueur est comprise entre sept et 20
acides aminés.
Les peptides fixés aux molécules HLA de classe I
sont en général plus courts, étant donné la configuration du site de
liaison.
Les chaînes latérales des acides aminés situés au milieu du peptide
fixé font saillie à l’extérieur du site, et interagissent avec le récepteur
du lymphocyte T correspondant.
En revanche, la plupart de celles
des autres acides aminés est généralement tournée vers l’intérieur
du site, et se loge dans des petites cavités ou poches aménagées
dans la structure du site.Le nombre de poches varie en
fonction des molécules HLA.
Il existe généralement six poches pour
les molécules HLA de classe I (poches A à F).
Parmi elles, deux ou
trois (classiquement les poches B et F) jouent un rôle prépondérant
dans la sélection des peptides qui vont être fixés, et constituent ainsi
des sites d’ancrage spécifiques. Une molécule HLA codée par un
allèle donné est capable de fixer des milliers de peptides différents.
Ces peptides diffèrent par leur séquence, mais possèdent deux ou
trois résidus d’acides aminés communs qui vont se fixer dans les
poches d’ancrage.
Ces résidus d’ancrage sont caractéristiques de
l’allèle HLA.
L’interaction entre les peptides et les molécules HLA de classe II
obéit au même principe.
Entre 100 000 et 300 000 molécules HLA de classe I ou II sont
exprimées à la surface des cellules correspondantes.
Chaque molécule HLA ne se lie qu’à un seul peptide.
Par conséquent, des
centaines de milliers de peptides sont présentés à la surface
membranaire, que la cellule soit infectée ou non.
Dans ce dernier
cas, il s’agit de peptides provenant de la dégradation de protéines
du « soi ».
Enfin, une centaine d’exemplaires d’un peptide donné est
présente à la surface de la cellule, bien que ce nombre soit
extrêmement variable.
Système HLA et pathologies ostéoarticulaires
:
Les pathologies ostéoarticulaires pour lesquelles le composant HLA
a été impliqué sont caractérisées par une inflammation chronique
plus ou moins spécifique.
Si les mécanismes initiaux favorisant le
déclenchement de l’inflammation chronique et des lésions ostéoarticulaires ne sont, en général, pas connus avec précision, on
sait qu’ils sont la conséquence d’une interaction complexe entre des
facteurs génétiques de susceptibilité, des anomalies de la réponse
immunitaire et des facteurs environnementaux (micro-organismes
par exemple).
L’étude de familles dans lesquelles plusieurs membres sont atteints
par la même pathologie a permis de démontrer que la composante
génétique était le facteur prédisposant majeur à ces maladies.
En
effet, chez les jumeaux monozygotes,
le taux de concordance pour une maladie donnée est toujours plus
élevé que l’incidence de la maladie dans la population générale.
Par
ailleurs, le faible taux de concordance observé chez les germains
(frères ou soeurs) comparé à celui des jumeaux monozygotes indique
la présence de nombreux gènes contribuant à la prédisposition
génétique.
Enfin, le taux de concordance des jumeaux monozygotes
ne dépasse jamais les 50 à 60 %, ce qui démontre d’une part la
complexité de la transmission génétique de ces maladies, d’autre
part un rôle limité des facteurs génétiques dans la prédisposition à
ces maladies.
Un élément de complexité supplémentaire provient de la grande
hétérogénéité clinique et génétique qui caractérise en général les
maladies multifactorielles, et les pathologies ostéoarticulaires en
particulier.
Il est donc indispensable d’étudier le profil génétique des
malades en fonction des formes cliniques qu’ils présentent
(bénignité-sévérité de la maladie, âge de début, influence du sexe,
formes localisées ou disséminées...).
Parmi les facteurs génétiques de prédisposition, le système HLA
occupe une place prépondérante.
À l’heure actuelle, les gènes de
susceptibilité ou de résistance aux maladies fortement associées au
composant HLA sont connus avec précision grâce, en particulier,
aux méthodes de typage par biologie moléculaire et aux résultats
obtenus lors des XIe et XIIe workshop HLA.
Cependant, il faut
souligner que les allèles HLA de susceptibilité ne sont ni nécessaires
ni suffisants au développement de ces maladies, mais confèrent
seulement un risque plus ou moins élevé.
Il ne s’agit que de gènes
de prédisposition.
Plutôt que de considérer individuellement les allèles à risque, on
insiste sur le poids de certaines combinaisons de génotypes HLA
qui sont associées à des formes cliniques bien précises (génotype
HLA-DRB1*0401/*0404 dans les formes graves de PR par exemple).
De même, une synergie d’effets entre des allèles HLA de classe I et
de classe II a pu être démontrée dans certaines formes cliniques de
SA.
L’étude des pathologies ostéoarticulaires dans des familles
comportant plusieurs cas de la même maladie a confirmé le poids
important, mais limité, du composant HLA dans le déterminisme
génétique, et l’implication d’autres gènes de susceptibilité.
Ainsi, les
profils d’association entre les gènes HLA et les différentes formes
cliniques de ces maladies complexes sont loin d’être déterminés avec
précision, et doivent prendre en compte la participation d’autres
gènes de prédisposition.
Dans ce contexte, le bras court du chromosome 6 portant la région
HLA constitue toujours une zone d’intérêt, dans la mesure où la
densité des gènes est très importante.
Environ 40 % d’entre
eux ont une fonction dans la réponse immunitaire.
D’autres gènes
de la région HLA que ceux classiquement définis sont
potentiellement impliqués dans la susceptibilité génétique aux
pathologies ostéoarticulaires.
Citons les gènes HLA-DM et tumor
necrosis factor (TNF)alpha dans la PR, les gènes TNF, TAP, LMP et MICA
dans la SA.
Il faut cependant considérer avec précaution le rôle
propre de chacun de ces gènes, étant donné la forte densité de gènes
en déséquilibre de liaison dans cette région chromosomique.
Pour
contourner cet obstacle, une méthode consiste à utiliser comme
population témoin des non-malades porteurs des mêmes allèles
HLA à risque que les malades, conduisant ainsi à neutraliser l’effet
connu de ces allèles.
Cette approche peut s’appliquer aussi bien aux
études de familles qu’aux études cas-témoins.
La présence d’allèles HLA de susceptibilité dans les pathologies ostéoarticulaires suggère qu’une anomalie de la présentation antigénique est un élément physiopathologique déterminant.
Cependant, les mécanismes moléculaires précis ne sont pas encore
élucidés.
Deux hypothèses, non mutuellement exclusives, prévalent
actuellement : soit la présentation d’un ou plusieurs antigènes (du
« soi » ou étrangers) par les allèles HLA de susceptibilité aux
lymphocytes T aboutirait à une réponse immunitaire pathologique,
soit les allèles HLA de susceptibilité seraient responsables d’une
anomalie de la sélection du répertoire de certains clones de
lymphocytes T au cours du développement thymique.
Nous traitons, dans la suite de cet article, du rôle du composant
HLA dans trois pathologies ostéoarticulaires fréquentes de l’adulte :
la PR, la SA et le rhumatisme psoriasique (RPs)
Polyarthrite rhumatoïde :
La PR est le rhumatisme inflammatoire chronique le plus fréquent
(0,5 à 1 % environ de la population française).
Touchant
principalement la femme entre 40 et 60 ans, c’est une maladie grave
car elle entraîne un handicap important dès les premières années
d’évolution, ainsi qu’à long terme, puisque, après 10 ans de suivi,
92 % des malades ont une diminution importante de leur capacité
fonctionnelle.
La PR entraîne également une augmentation de la
mortalité avec un ratio standardisé de mortalité variant de 1,28 à
2,30 selon les études, liée probablement en partie aux effets
secondaires des traitements nécessaires.
Il faut enfin souligner que
les coûts engendrés par cette pathologie sont importants, et ont été
augmentés récemment par l’essor des biothérapies.
Les lésions articulaires sont secondaires à une hyperplasie du tissu
synovial avec un afflux de polynucléaires et de cellules mononucléées, une néoangiogenèse et une destruction progressive
du cartilage et des extrémités osseuses de voisinage.
Cependant, le
type de lésions histologiques peut varier d’un malade à l’autre.
Il
existe également une inflammation systémique et une production
d’autoanticorps (facteur rhumatoïde, anticorps antifilaggrine) chez
la majorité des malades, ce qui confère à la PR son statut de maladie
auto-immune.
La PR, enfin, est une maladie très hétérogène, avec des formes
cliniques relativement bénignes et, à l’opposé, des formes
articulaires sévères associées ou non à des manifestations extraarticulaires
qui font toute la gravité de cette maladie.
Cette
hétérogénéité justifie la mise en évidence et la validation de facteurs
de pronostic dès le début de la maladie, permettant d’adapter en
conséquence les stratégies thérapeutiques.
Du point de vue génétique, il s’agit d’une maladie complexe
caractérisée par une pénétrance incomplète, une grande
hétérogénéité et, très probablement, le rôle de plusieurs facteurs
génétiques de susceptibilité.
A - COMPOSANT HLA ET POLYARTHRITE RHUMATOÏDE
:
Il existe une forte association entre la PR et les allèles HLA-DR4 et
DR1.
De façon plus précise, les allèles « à risque », déterminés par
des techniques de biologie moléculaire, sont : DRBl*0401,
DRB1*0404, DRB1*0405 et DRB1*0408, DRB1*0101 et DRB1*1402
ainsi que DRB1*1001.
Près de 80 % des malades atteints de PR
sont porteurs d’au moins un allèle à risque, contre environ 30 %
d’individus sains.
Tout à fait particulier à la PR est l’impact du nombre de gènes à
risque hérités dans le déterminisme génétique de la maladie.
La
présence de deux gènes à risque chez un individu augmente de
façon significative le risque de développer une PR.
Les gènes HLA-DR constituent également un facteur de
susceptibilité génétique familial.
Le risque qu’un germain (frère ou
soeur) d’un malade soit lui-même atteint est dix à 15 fois supérieur
au risque de la population générale, variant en fonction du nombre
de gènes HLA-DR partagés avec le malade.
Cependant, même en
étant particulièrement déterminant, le composant HLA ne contribue
que pour environ 30 % au risque génétique global de la PR et, à
l’évidence, d’autres gènes de susceptibilité interviennent également.
B - COMPOSANT HLA ET PRONOSTIC
DE LA POLYARTHRITE RHUMATOÏDE :
Plusieurs travaux ont montré que l’association génétique entre les
allèles HLA-DR de susceptibilité et les formes classiques et/ou
sévères de la maladie est forte, alors qu’elle semble être beaucoup
plus faible voire absente dans les formes modérées ou
spontanément régressives.
Il est important de préciser qu’en dépit
de l’hétérogénéité des critères utilisés pour définir ces deux formes
extrêmes de la maladie, les résultats de l’ensemble des études sont
concordants.
Au sein d’un groupe de patients atteints de PR avérée, le poids de
chacun des allèles de susceptibilité n’est pas le même.
Ainsi, l’allèle
DRB1*0401 est pratiquement constamment associé aux formes de PR
agressives avec production de facteur rhumatoïde (formes
séropositives), ainsi qu’aux formes avec manifestations extraarticulaires,
l’allèle HLA-DRB1*0404 est associé indifféremment aux
formes séropositives et séronégatives, alors que l’allèle DRB1*01 est
retrouvé chez les patients atteints de PR séronégatives, généralement
moins agressives.
L’importance pronostique de certaines
configurations génotypiques a été également soulignée.
Les
génotypes DRB1*0401/DRB*0401 et DRB1*0401/DRB1*0404 sont
ainsi retrouvés associés aux formes graves de PR (formes érosives et
nodulaires, manifestations extra-articulaires, syndrome de Felty)
avec un risque relatif proche de 40, alors que leur fréquence dans les
formes bénignes de PR est pratiquement nulle.
Notre expérience
a porté sur 95 malades divisés en deux groupes appariés en fonction
de la sévérité de la destruction osseuse et des lésions articulaires.
Dans le groupe des PR sévères, 96 % (risque relatif = 40) des malades
étaient porteurs d’au moins un allèle à risque, contre 55 % (risque
relatif = 2) dans le groupe des PR modérées et 37 % dans le groupe
contrôle.
De plus, 34 % des malades souffrant d’une forme grave
présentaient deux allèles HLA-DR à risque, contre 8,5 % dans les
formes modérées et 8 % chez les témoins (p < 0,001).
Enfin,
lorsqu’une analyse de régression logistique multiple était réalisée
sur l’ensemble des données cliniques, biologiques, immunologiques
et immunogénétiques, le composant HLA présentait une valeur
pronostique indépendante élevée et statistiquement significative
(odds ratio [OR] = 3,7).
D’un point de vue génétique, l’ensemble de ces données permet de
formuler deux hypothèses :
– les PR modérées et/ou régressives d’une part, et les PR graves
avec destruction articulaire et/ou manifestations extra-articulaires
d’autre part, correspondraient à deux maladies génétiquement
distinctes, les unes non ou faiblement liées, les autres liées au
composant HLA-DR ;
– le composant HLA-DR ne serait pas directement impliqué dans le
déclenchement du processus auto-immun, mais serait responsable
de l’évolution de la maladie auto-immune vers une forme classique,
voire grave, de PR.
De plus, les patients porteurs de deux allèles HLA-DR de susceptibilité seraient plus enclins à développer une
maladie grave.
Ces hypothèses sont, bien entendu, à valider par des études de
cohortes, au cours desquelles les patients sont suivis de façon
prospective sur plusieurs années.
De telles études sont en cours en
France, en Europe et aux États-Unis.
D’un point de vue clinique, les gènes HLA-DR de susceptibilité
semblent présenter un intérêt plus pronostique que diagnostique.
Dans une série de 177 patients ayant un tableau de rhumatisme
inflammatoire récent, seuls les critères cliniques de l’American
College of Rheumatology offrent la plus grande sensibilité (88 %)
pour prédire, avec une spécificité de 73 %, une évolution vers une
PR vraie.
En revanche, après 1 an de suivi des malades atteints de
PR, la présence des allèles à risque HLA-DR et/ou du facteur
rhumatoïde permet de prédire une évolution vers une forme avec
érosion osseuse.
C - COMPOSANT HLA ET POLYARTHRITE RHUMATOÏDE :
QUELS MÉCANISMES ?
Les allèles « à risque » présentent des séquences d’acides aminés
identiques ou homologues entre les positions 70-74 de la troisième
région hypervariable de la chaîne DRb (QKRAA [glutamine, lysine,
arginine, alanine, alanine] pour DRBl*0401, QRRAA pour
DRB1*0404, *0405, *0408, *0101, *0102 et RRRAA pour DRB1*1001)
déterminant ainsi un épitope partagé.
Il faut souligner que les
résidus d’acides aminés situés entre ces positions sont localisés dans
le site de fixation peptidique.
La contribution de l’épitope partagé dans la pathogénie de la PR
semble probable.
Cependant, les mécanismes d’action ne sont pas
connus. Deux hypothèses sont actuellement proposées.
Dans la
première, les allèles HLA-DR porteurs de l’épitope partagé
présenteraient des peptides arthritogènes aux lymphocytes T, alors
que la seconde privilégie un rôle des épitopes partagés dans la
sélection des lymphocytes T CD4 dans le thymus.
En faveur de la
dernière hypothèse, il faut noter que la troisième région
hypervariable de HLA-DRB1*0401, comprenant l’épitope QKRRA,
présente une forte homologie de séquence avec plusieurs protéines
d’agents infectieux, notamment la gp110 du virus d’Epstein-Barr et
la DnaJ d’Escherichia coli.
De plus, chez les patients atteints de PR,
les lymphocytes T du liquide synovial prolifèrent en présence de
peptides de DnaJ contenant le motif QKRRA.
Dans l’hypothèse de l’épitope partagé, chaque allèle de susceptibilité
a une influence équivalente, dans la mesure où seule la présence ou
l’absence de l’épitope partagé est déterminante.
Cependant, la
présence de certains génotypes HLA-DR chez les malades atteints
de formes graves de PR suggère que l’influence des différents allèles
de susceptibilité sur le déterminisme génétique de la maladie n’est
pas identique.
L’analyse de la répartition des allèles HLA-DR chez
plus de 100 malades et 1 302 témoins nous a conduit à rejeter
l’hypothèse des épitopes partagés comme le seul mécanisme
expliquant l’association entre la PR et le composant HLA.
En
revanche, un modèle où les allèles HLA-DR à risque sont en
déséquilibre de liaison avec des allèles de susceptibilité à la PR peut
expliquer l’ensemble des observations réalisées chez les malades.
Basé sur des observations obtenues dans des modèles animaux, le
rôle des gènes HLA-DQ a été évoqué dans la susceptibilité génétique
à la PR.
Dans cette hypothèse, certains allèles HLA-DQA1 et -DQB1
prédisposeraient à la survenue de la maladie, alors que les gènes HLA-DR auraient un rôle permissif ou protecteur.
L’analyse
de larges cohortes de patients n’a pas permis d’étayer ces
hypothèses, et confirme le rôle majeur des gènes HLA-DR dans la
prédisposition génétique à la PR.
Du fait du rôle des molécules HLA-DM dans les mécanismes de
présentation des peptides antigéniques par les molécules HLA de
classe II, ces gènes ont été étudiés dans la PR.
Les allèles HLADMA*
0103 et -DMB*0104 sont retrouvés plus fréquemment chez les
patients, cette association n’étant pas secondaire à un déséquilibre
de liaison avec les allèles HLA-DR à risque.
Par ailleurs, l’expression membranaire des molécules HLA de classe II est perturbée dans la PR.
Il existe une expression aberrante des
molécules HLA-DR à la surface des synoviocytes, et les
lymphocytes B périphériques de malades expriment environ le
double de molécules HLA-DR à leur surface par rapport aux sujets
normaux.
L’expression anormale des molécules HLA de classe II,
excessive ou aberrante, pourrait avoir pour conséquence une
augmentation de l’efficacité de présentation des peptides
antigéniques aux cellules T autoréactives.
Spondylarthropathies :
Les spondylarthropathies (SpA) regroupent un ensemble de
maladies relativement hétérogènes sur le plan clinique,
épidémiologique et physiopathologique, parmi lesquelles la SA, les
arthrites réactionnelles (AR), le rRPs que nous verrons à part, et les
arthrites associées aux maladies inflammatoires de l’intestin.
La pathogénie des SpA est complexe et multifactorielle.
Une
infection bactérienne à germe intracellulaire facultatif ou obligatoire
est considérée comme un facteur déclenchant dans certaines SpA,
notamment les AR.
L’arthrite serait secondaire à une anomalie de la
réponse immunitaire antibactérienne, entraînant une réactivité
croisée vis-à-vis d’autoantigènes.
La première description d’une association entre un allèle HLA et
une maladie complexe le fut pour la SA il y a près de 30 ans.
Les SpA sont caractérisées par une agrégation familiale significative et,
pour certaines d’entre elles (SA, AR) une très forte association avec
les allèles du groupe HLA-B27.
Cependant, l’importance de cette
association varie en fonction non seulement des différentes SpA,
mais aussi de l’origine ethnique des patients.
Chez les malades
blancs originaires d’Europe de l’Ouest, HLA-B27 est retrouvé chez
80 à 95 % des cas de SA et 60 à 80 % des cas de AR contre environ
8 % dans la population générale.
A - SOUS-TYPES DE HLA-B27 :
Le groupe HLA-B27 est constitué de 25 allèles, notés HLA-B*2701 à
B*2723, codant pour 23 protéines différentes.
La fréquence de ces
sous-types varie selon les ethnies.
Ce polymorphisme ne peut être
défini que par des techniques de biologie moléculaire.
La plupart
des protéines codées par ces gènes partagent un épitope reconnu
par les antisérums HLA-B27.
Cependant, ces réactifs sérologiques
ne permettent ni de différencier les différents allèles, ni d’en décrire
de nouveaux.
Enfin, les allèles HLA-B*2708 et B*2712 ne sont pas
reconnus par les antisérums.
Les différents allèles B27 diffèrent les uns des autres par un petit
nombre (de un à dix) de substitutions d’acides aminés
principalement localisées au niveau des exons 2 et 3, codant
respectivement pour les domaines alpha1 et alpha2.
La
composition en acides aminés de la poche B du site de liaison
peptidique (autour de la position 67 du domaine a1) est commune à
l’ensemble des allèles du groupe HLA-B27 à l’exception de HLAB*
2701, B*2718 et B*2723, et induit la fixation préférentielle de
peptides antigéniques ayant une arginine en position 2.
Cependant,
le profil des peptides antigéniques fixés varie significativement en
fonction des substitutions caractéristiques des différents allèles B27.
HLA-B*2705 est l’allèle le plus fréquent dans les populations
caucasoïdes.
Il est retrouvé chez environ 90 % des individus
originaires d’Europe de l’Ouest.
B - COMPOSANT HLA
ET SPONDYLARTHRITE ANKYLOSANTE :
Environ 10 % des adultes porteurs d’un des gènes HLA-B27 sont
susceptibles de développer une SA.
Bien que des variations
géographiques ou ethniques puissent exister, cette observation
souligne le caractère prédictif de la présence de HLA-B27 dans la
population générale.
Dans les familles de malades, ce risque est
significativement augmenté chez les parents du premier degré
porteurs de HLA-B27.
Le taux de concordance de la SA chez les
jumeaux monozygotes HLA-B27 est considérablement plus haut
(63 %) que celui des germains dizygotes HLA-B27 (24 %) indiquant
que, bien que HLA-B27 joue un rôle majeur dans le déterminisme
génétique de la maladie, d’autres gènes, pour l’instant non
déterminés, interviennent également.
Ainsi, le poids des gènes
HLA-B27 dans la susceptibilité globale à la maladie a pu être évalué
dans des études de famille et varie de 16 à 50 % en fonction des
études.
Les allèles HLA-B*2705, B*2701, B*2702, B*2703, B*2704, B*2707 et
B*2708 sont associés de façon certaine à la SA.
En fonction de leur
fréquence dans la population générale, ces allèles sont retrouvés plus
ou moins fréquemment chez les malades.
Les autres allèles ne
constituent pas des gènes de susceptibilité, ou bien leur association
avec la SA n’a pas été encore documentée.
Aucune
association préférentielle entre certains allèles B27 et des formes
cliniques de SA n’a pu être mise en évidence.
La comparaison des séquences d’acides aminés, particulièrement
ceux entrant dans la constitution du site de liaison peptidique, entre les allèles B27 associés ou non à la SA, permet d’envisager des
hypothèses sur les éventuels mécanismes moléculaires expliquant
cette association.
De par la structure de leur site de liaison
peptidique, les molécules HLA-B27 « à risque » présenteraient des
peptides arthritogènes aux lymphocytes T, alors que ces peptides ne
se fixeraient pas dans le site des molécules HLA-B27 non retrouvées
chez les malades.
Très proches sur le plan structural, ne présentant
qu’une substitution en position 116 (domaine a2), l’allèle HLAB*
2705 est associé à la SA, alors que l’allèle HLA-B*2709 ne l’est pas.
Le cas similaire est observé pour les allèles B*2704 (associé à la SA)
et B*2706 (non associé) ne différant que par deux acides aminés : en
position 114 et 116.
La nature des acides aminés présents à ces
positions semble donc jouer un rôle critique dans la prédisposition
génétique à la maladie.
Il faut souligner que ces acides aminés
entrent dans la constitution de la poche F du site de liaison
qui reçoit le résidu C-terminal du peptide antigénique.
D’autres gènes de la région HLA pourraient être également
impliqués dans le déterminisme génétique de la SA, bien que des
résultats discordants soient rapportés dans la littérature.
Il s’agit en
particulier du gène MICA situé entre le locus HLA-B et le locus du
TNF-alpha.
Le gène MICA, très polymorphe avec plus de 50
allèles, code pour un polypeptide présentant une organisation
structurale similaire à celle des autres molécules HLA de classe I,
mais avec seulement 30 % d’homologie de séquence.
Une association
entre SA et un polymorphisme du gène du TNF-alpha a été également
retrouvée par certains auteurs mais non confirmée par d’autres.
C - COMPOSANT HLA ET RHUMATISME PSORIASIQUE
:
Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique de la peau
caractérisée par une prolifération anormale des kératinocytes,
secondaire à une infiltration cutanée de lymphocytes T.
La
prévalence du psoriasis varie en fonction de la zone géographique
et de l’ethnie.
On observe un gradient nord-sud avec une plus
grande prévalence de la maladie dans le nord (5 à 10 % de la
population).
Entre 15 et 30 % des patients atteints de psoriasis
développent un RPs.
Le RPs est une maladie multifactorielle à fort
composant génétique, mais où interviennent également des facteurs
environnementaux.
En Afrique sub-saharienne, où l’épidémie par le
virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est importante, la
prévalence du RPs a significativement augmenté, suggérant une
forte association entre survenue de RPs et infection à VIH.
Du fait des interrelations étroites entre les composants génétiques
du psoriasis et du RPs, il est difficile de caractériser de façon fine les
gènes de susceptibilité déterminant l’apparition de
spondylarthropathies chez les psoriasiques.
De plus, les travaux de
la littérature n’indiquent pas, en général, si le RPs survient chez des
malades atteints de psoriasis de type I (formes familiales, début
précoce avant 40 ans) fortement associé au composant HLA, ou des
formes sporadiques de psoriasis.
Les allèles HLA les plus significativement associés au RPs sont :
HLA-B13, HLA-B38, HLA-B39, HLA-B57 et Cw*0602, ensemble
d’allèles retrouvés également associés au psoriasis.
La présence
de HLA-B27 serait plus spécifique des formes axiales (rachidiennes)
de RPs.
Enfin, d’autres gènes de la région HLA seraient également impliqués
dans la susceptibilité au RPs.
Il s’agit essentiellement des gènes
MICA et du TNF-alpha.
Conclusion :
Bien que l’association entre le composant HLA et les pathologies ostéoarticulaires soit généralement forte, peu d’études prospectives
existent qui permettraient d’évaluer l’intérêt de détecter en routine la
présence des allèles de susceptibilité.
En pratique clinique, l’analyse des
gènes HLA à risque n’a un intérêt diagnostique ou pronostique que
pour un nombre limité de cas.
Citons l’allèle HLA-B27 et en particulier HLA-B*2705 chez les caucasoïdes dans la SA.
De même, dans la PR, la
présence des gènes HLA-DRB1*0401 et/ou HLA-DRB1*0404 est un
facteur prédictif de gravité.