Histologie de la peau normale et lésions histopathologiques élémentaires
(Suite) Cours de dermatologie
2-
Appareils sudoraux
:
On distingue les glandes sudorales eccrines, présentes sur tout le
revêtement cutané, et les glandes sudorales apocrines, que l’on
trouve uniquement dans certains territoires et dont la sécrétion est
sous contrôle hormonal.
* Glandes sudorales eccrines :
Leur densité est de 100 à 200 glandes/cm2 et est maximale sur les
paumes et les plantes (300/cm2).
Leur partie sécrétrice, ou glomérule
sudoripare, se trouve profondément située dans la partie haute de
l’hypoderme ou à la jonction dermohypodermique comme le
follicule pilaire.
Le glomérule sudoral est un acinus pelotonné : la
partie sécrétrice proprement dite est une glande tubuleuse à
extrémité borgne, constituée de deux types cellulaires.
Les cellules
périphériques sont claires, riches en glycogène et implantées sur une
membrane basale épaisse, doublée à l’extérieur de quelques cellules myoépithéliales.
On trouve ensuite des cellules sombres orientées
vers la lumière de la glande et riches en mucopolysaccharides
acides.
La sueur s’élimine par de petits canalicules intercellulaires
vers la lumière.
Le tiers terminal du peloton sudoral fait partie du
canal excréteur, connecté à la partie sécrétante par une petite
dilatation, l’ampoule sudorale de Loewenthal.
La partie excrétrice
est composée d’une double rangée de cellules sombres, bordées à
leur partie interne par une cuticule PAS positive.
I1 n’y a pas de
membrane basale en périphérie du conduit sudorifère.
La partie
sécrétrice exprime les kératines 7, 8, 18 et 19, comme toutes les
structures glandulaires, alors que le canal excréteur dermique
exprime les kératines 1, 10, 11 et 19, profil intermédiaire entre celui
de l’épiderme et le profil glandulaire.
La partie haute de ce conduit traverse le derme verticalement.
Sa
structure histologique reste identique jusqu’à l’épiderme.
Lors de sa
traversée épidermique, le canal prend le nom d’acrosyringium et
forme alors une hélice dont les spires augmentent progressivement
de diamètre.
Ceci est bien visible dans l’épaisse couche cornée des
zones palmoplantaires.
Ce tube se termine dans les dernières
lamelles cornées.
Il garde son individualité au sein de l’épiderme,
ainsi qu’en témoigne l’expression des CK 1, 10, 11 et 9.
Le conduit
se termine par le pore sudoral, habituellement situé à l’aplomb
d’une crête épidermique.
Enfin, tout autour des glomérules sudoraux, on trouve des filets
nerveux amyéliniques qui assurent la régulation de la sécrétion.
Les
colorations à l’orcéine permettent aussi de distinguer des fibres
élastiques en périphérie des glomérules et de la partie initiale du
canal excréteur.
* Glandes apocrines :
Elles sont situées dans les zones périnéales et génitales, dans les
creux axillaires, sur les aréoles mammaires et autour de l’ombilic.
On en trouve parfois sur la face ou le tronc, mais de façon isolée.
Les glandes cérumineuses et les glandes de Moll sont des formes
particulières de glandes apocrines.
Elles ont une partie sécrétrice profonde, le glomérule, constitué de
grandes cavités à lumière très bien visible (beaucoup plus
importante que celle des glomérules eccrines) et bordées par une
seule couche de grandes cellules cylindriques.
Leur sécrétion se fait
par décapitation de la partie centrale du cytoplasme, ce qui définit
la sécrétion apocrine ; le produit ainsi libéré est visible en coloration
standard sous forme d’un matériel éosinophile.
On y observe aussi
parfois du pigment ferrique.
La sueur est éliminée par un conduit
sudorifère à double couche cellulaire qui va s’aboucher à la partie infundibulaire d’un follicule pilaire axillaire ou génital.
La partie
sécrétrice de la glande exprime les kératines de bas poids
moléculaire 7, 8, 18 et 19 et la kératine 5.
On y trouve aussi les
kératines 4, 13 et 17.
3- Ongles :
La tablette unguéale est composée de cellules kératinisées originaires
de la matrice unguéale.
Celle-ci est en fait un repli épidermique de la peau qui déborde sur la partie proximale de la tablette où elle
forme la cuticule.
La matrice a une structure histologique en partie
identique à celle de l’épiderme : on y trouve une couche basale, puis
l’équivalent du stratum spinosum.
Plus en superficie, il n’y a pas de
couche granuleuse, mais de grandes cellules polygonales.
Les
mélanocytes y sont moins nombreux que dans l’épiderme et sont
situés dans la couche basale, mais aussi au sein du stratum spinosum.
La région matricielle est entourée d’une gaine conjonctive
dense qui adhère au périoste des bords de la phalange.
Le lit de
l’ongle est aussi dépourvu de couche granuleuse.
On trouve, dans le
derme sous-jacent, des papilles dermiques très accentuées et une
vascularisation très abondante, avec de nombreux shunts
anastomotiques.
Il n’y a quasiment pas d’hypoderme et le derme du
lit de l’ongle est rattaché au périoste sous-jacent par des travées
conjonctives.
L’épiderme du lit adhère beaucoup plus à la tablette
unguéale que celui de la matrice.
Quand on examine la tablette en coupe perpendiculaire, on y
distingue trois zones :
– la table externe (ou couche dorsale), faite de cellules polyédriques
très aplaties issues du fond de la matrice (partie proximale).
La
kératinisation se fait sans formation de grains de kératohyaline.
Cette partie est colorée par le bleu de toluidine et le PAS ;
– la table interne, qui est la couche intermédiaire, constituée de
cellules cornées moins denses et plus volumineuses.
Elle naît de la
partie distale de la matrice et n’est pas colorée par le PAS et le bleu
de toluidine ;
– la kératine hyponychiale, qui est la partie ventrale.
La corne en est
de type épidermique et elle naît de l’épithélium du lit unguéal.
Elle
est aussi colorée par le bleu de toluidine et le PAS.
La matrice proximale fournit le tiers supérieur ou dorsal de la
tablette, alors que les deux tiers inférieurs de celle-ci naissent de la
partie distale de la matrice.
Le repli sus-unguéal ne se distingue de la peau normale que par
l’absence de poils et de papilles dermiques.
Sa partie postéroinférieure
correspond à la matrice (partie proximale).
C - DERME :
Le derme est un tissu conjonctif fait de collagène et de fibres
élastiques entourés d’une substance fondamentale dite « amorphe ».
1- Collagène :
Les fibres de collagène représentent près de 98 % de la masse totale
du derme.
Elles apparaissent comme de gros faisceaux éosinophiles
en coloration HE, mais jaune orangé en HES.
Elles sont nettement
biréfringentes en lumière polarisée.
Ces faisceaux sont entrecroisés
dans les plans horizontaux à tous les étages du derme. Leur
diamètre est variable, de 2 à 15 µm.
Dans la partie superficielle du derme ou derme papillaire, les fibres
de collagène sont fines.
Cette partie du derme comprend les espaces
situés entre les crêtes épidermiques, mais aussi la portion
horizontale sous-jacente qui va jusqu’aux plexus vasculaires souspapillaires.
Ce type de fines fibres de collagène est aussi observé
autour des annexes pilaires et sudorales.
On parle de derme
« adventiciel ».
Dans le derme réticulaire, les fibres de collagène sont groupées en
faisceaux épais, qui apparaissent plus ou moins compacts selon les
techniques de fixation.
L’épaisseur de cette partie du derme est très
variable selon la localisation anatomique (très importante dans le
dos, et très faible sur les paupières par exemple).
Le collagène
semble un peu ondulé, et on y trouve quelques fibrocytes très
allongés et aux limites cytoplasmiques mal définies en microscopie
optique.
Les fibres de réticuline ne sont pas visibles en coloration de routine,
mais peuvent être visualisées par argentation. Il s’agit d’une variété
particulière de collagène, fait de fibres très fines (de 0,2 à 1 µm de
diamètre).
Leur argyrophilie les distingue des autres fibres de
collagène ; elles sont composées de collagène de type III, alors que
le reste du derme contient principalement du collagène de type I.
Ces fibres de réticuline ne sont présentes qu’en faible quantité dans
la peau normale, mais sont très nombreuses dans certains processus
pathologiques comme les granulomes.
Elles constituent
principalement l’armature des membranes basales.
2- Fibres élastiques :
Elles ne sont pratiquement pas visibles en coloration de routine,
mais apparaissent en noir après coloration à l’orcéine.
Elles
s’intercalent entre les fibres de collagène, mais sont beaucoup plus
fines.
On en distingue plusieurs types : les plus épaisses sont les
fibres d’élastine situées dans la partie profonde du derme, où elles
ont une disposition parallèle à la surface cutanée comme les fibres
de collagène.
Plus on monte vers l’épiderme, plus les fibres
élastiques deviennent fines.
Elles forment un plexus de fibres de
taille intermédiaire, les fibres d’élaunine, sous la jonction
dermoépidermique.
De ce plexus naissent de très petites fibres
verticales arborisées, qui vont occuper les papilles dermiques : ce
sont les fibres oxytalanes.
3- Substance fondamentale amorphe
:
Elle est constituée de mucopolysaccharides (MPS) acides, en
particulier d’acide hyaluronique (MPS non sulfatés).
Les MPS
sulfatés sont principalement représentés par la chondroïtine sulfate.
Ces glycosaminoglycanes du derme sont liés de façon covalente à
des protéines et forment ainsi des protéoglycanes.
En coloration de
routine, cette substance n’est pas colorée et apparaît comme un vide
entre les faisceaux de collagène.
En quadrichromie (HESA) ou avec
des colorations des mucines comme le bleu Alcian, on peut
visualiser cette substance fondamentale colorée en bleu.
Pour faire
la distinction entre les MPS, on peut utiliser le bleu de toluidine ; il
existe une métachromasie pour l’acide hyaluronique à pH 3, mais
pas à pH 0,5, et à pH 0,5 et 3 pour la chondroïtine sulfate.
La
substance fondamentale est plus abondante dans le derme papillaire
et dans la papille pilaire ; elle est aussi plus abondante dans les
processus de cicatrisation.
4- Cellules dermiques
:
On y trouve surtout des fibroblastes.
Ce sont eux qui donnent
naissance aux fibres de collagène et d’élastine, ainsi qu’à la
substance fondamentale.
Ils sont plus volumineux dans le derme
papillaire, souvent polyédriques ou triangulaires avec un noyau
dense ; dans le derme réticulaire ils sont plus allongés, mêlés aux
faisceaux de collagène, et on voit surtout leur noyau allongé.
Le
cytoplasme est très riche en organites, témoignant de leur activité
de synthèse importante.
On appelle fibrocyte un fibroblaste ancien situé au sein du tissu
conjonctif mature.
Son activité est réduite et il a une forme moins
ramifiée que le fibroblaste.
Il est bien séparé de l’interstitium du
collagène.
Le fibroclaste est un fibrocyte qui contient des fibres ou
des fibrilles de collagène dans une vacuole cytoplasmique ; on ne
peut le reconnaître qu’en microscopie électronique.
Il existe aussi des cellules intermédiaires entre les fibrocytes et les
cellules musculaires lisses qui sont des myofibroblastes, riches en
myofilaments disposés en faisceaux parallèles à l’axe de la cellule.
Ils ont un noyau indenté et des desmosomes.
Ces cellules sont
trouvées en plus grand nombre dans les cicatrices et certaines
proliférations fibreuses.
Le fibroblaste de la papille du poil est particulier par ses larges
expansions cytoplasmiques qui peuvent toucher les cellules
matricielles.
Il possède de nombreux organites cytoplasmiques,
ainsi que des structures d’ancrage ressemblant à des jonctions gap et
à des desmosomes.
Son rôle dans l’induction de la trichogenèse est
fondamental.
On trouve enfin des macrophages dans le derme.
Il s’agit de cellules
volumineuses à cytoplasme abondant et pourvues d’un grand noyau
central.
Les macrophages peuvent être identifiés en immunohistochimie par certains marqueurs comme le MAC 387 ou
l’anticorps anti-CD68.
Certaines de ces cellules à activité macrophagique sont dendritiques : il s’agit des cellules de
Langerhans dermiques.
Enfin, il existe une population de cellules
dendritiques exprimant le facteur XIIIa qui sont les dendrocytes
dermiques.
Ces cellules sont d’origine médullaire et peuvent
avoir une fonction de présentation d’antigènes.
On les trouve
surtout dans le derme papillaire, mais aussi plus en profondeur dans
le derme réticulaire et autour des vaisseaux.
Les mastocytes font partie des cellules normales du derme.
Ils sont
principalement situés autour des capillaires du derme papillaire.
Ce
sont de grandes cellules polyédriques remplies de granulations bien
visibles au bleu de toluidine (métachromasie) ou à la coloration de
Giemsa, qui leur donne une teinte fuchsia.
5- Vaisseaux du derme
:
* Artères
:
Elles sont formées de trois couches :
– l’intima, composée de cellules endothéliales et d’une limitante
élastique interne ondulée facilement reconnaissable en coloration à
l’orcéine ;
– la média, faite d’une ou plusieurs couches musculaires ;
– l’adventice, qui en constitue la partie la plus externe, faite de tissu
conjonctif.
Plus on monte dans le derme, moins la couche musculaire est
épaisse : dans le derme superficiel, les artérioles n’ont qu’une couche
discontinue de cellules musculaires lisses.
* Capillaires :
On les trouve dans tout le derme, mais ils sont particulièrement bien
visibles dans les papilles dermiques.
Ils ont une membrane basale
visible en coloration au PAS, une couche de cellules endothéliales,
et en périphérie, une couche de péricytes.
* Veines
:
Les parois veineuses sont en général plus minces que celles des
artères qui les accompagnent, mais elles ont une lumière plus aplatie
et sont souvent coupées longitudinalement.
La distinction entre
artère et veine n’est pas toujours facile à faire : la lumière de l’artère
est plus ronde et c’est la limitante élastique interne ondulée qui
permet en général de la reconnaître.
Les veinules postcapillaires
ressemblent à des capillaires.
Quand elles deviennent plus
volumineuses, leur paroi devient musculaire.
Les grosses veines sont
pourvues de valves.
* Vaisseaux lymphatiques
:
Ils débutent par des sinus borgnes dans le derme papillaire.
On ne
les distingue que difficilement en situation normale, mais ils sont
bien visibles quand ils sont dilatés : ce sont des cavités optiquement
vides, limitées par une simple couche de cellules endothéliales, et ils
n’ont ni membrane basale, ni péricytes à leur périphérie.
Les
lymphatiques du derme profond sont plus volumineux et leur paroi
est faite de tissu conjonctif et de quelques cellules musculaires lisses.
Les cellules endothéliales peuvent être mises en évidence par
certains immunomarquages : elles expriment le facteur VIII, ainsi
que la lectine Ulex europaeus.
On utilise plus couramment le CD34,
bon marqueur, mais qui n’est pas spécifique des cellules
endothéliales, et de plus en plus le CD31 qui a une meilleure
spécificité.
6- Nerfs cutanés :
On ne les voit habituellement pas sur les colorations de routine
jusqu’à leurs terminaisons motrices et sensitives.
On reconnaît
toutefois facilement les gros troncs nerveux.
Pour mettre en évidence
l’innervation cutanée, il faut user de techniques d’imprégnation
argentique.
Les cellules nerveuses apparaissent bien en immunomarquage, avec des anticorps antiprotéine S100 par
exemple.
La présence de neurofilaments démontre qu’il s’agit bien
de filets nerveux.
L’innervation centrifuge de la peau assure la vasomotricité, le
contrôle des sécrétions sudorales et la piloarrection.
L’innervation
centripète est sensitive. Les nerfs sensitifs ont des terminaisons libres
isolées ou au contact des cellules de Merkel ; elles peuvent aussi
être annexées aux poils ou aux corpuscules tactiles de Wagner-Meissner ou de Vater-Pacini.
– Les corpuscules de Wagner-Meissner occupent la hauteur d’une
papille.
Ils sont ovalaires, constitués de l’empilement horizontal de
cellules de Schwann entre lesquelles un axone passe en spirale.
– Les corpuscules de Vater-Pacini siègent dans l’hypoderme des
régions palmoplantaires et génitales.
Ils sont facilement
reconnaissables grâce à leur structure en lamelles concentriques en
« bulbe d’oignon ».
– Les corpuscules génitaux ou organes terminaux cutanéomuqueux sont
observés dans les zones de transition cutanéomuqueuses (lèvres,
gland, petites lèvres, clitoris, région périanale).
On les trouve dans
le derme papillaire.
Contrairement aux corpuscules de Meissner, on
les voit mal en coloration de routine.
Avec une imprégnation
argentique, on observe quelques fibres nerveuses qui forment des
boucles enchevêtrées.
– Les nerfs cutanés sont constitués d’un axone entouré de cellules de
Schwann, avec ou sans gaine de myéline.
On a longtemps douté de
l’existence de terminaisons nerveuses dans l’épiderme.
Elles existent
bien, ainsi qu’en témoignent les marquages avec des anticorps
monoclonaux.
Les nerfs intraépidermiques sont particulièrement
nombreux dans la peau foetale.
Les nerfs sont visibles dans le derme
au voisinage des artères et des veines, sous forme de petits amas de
cellules ondulées colorées en jaune en HES, ce qui les distingue des
fibres de collagène.
D - HYPODERME :
On y distingue trois composants : le tissu graisseux formé
d’adipocytes groupés en lobules, les septums interlobulaires qui sont
des tractus conjonctifs qui séparent les lobules graisseux, et enfin,
les vaisseaux et les nerfs.
Les auteurs français tendent à associer
l’hypoderme ou tissu graisseux à la peau, qui est de ce fait un tissu
à trois couches.
1- Lobules graisseux :
Ils sont composés par les adipocytes.
Ce sont de volumineuses
cellules dont le cytoplasme est optiquement vide, puisque leur
contenu lipidique a disparu.
On voit bien leur contour cellulaire : ce
sont des cellules arrondies, possédant un noyau vacuolaire allongé
refoulé contre la membrane.
Entre les adipocytes, on trouve de petits
capillaires.
Les adipocytes sont groupés en lobules primaires dont la
vascularisation artérielle est de type terminal.
Ces lobules primaires
sont à leur tour organisés en superstructures qui sont les lobules
secondaires, visibles à l’oeil nu, et d’une taille d’environ 1 cm.
Ces
lobules sont séparés les uns des autres par les septums.
La
distribution architecturale de ces éléments est différente chez
l’homme et chez la femme : les lobules graisseux sont plus allongés
dans le sexe féminin, séparés par des septums très verticaux, alors
que la graisse masculine est organisée en lobules plus arrondis, avec
des septums plus irréguliers.
2- Septums interlobulaires :
Ils sont constitués de lames plus ou moins larges faites de tissu
conjonctif avec quelques fibrocytes.
On y trouve des artères, des
veines et des nerfs dont la structure a été développée plus haut.
Ils
servent en fait de lieu de passage aux vaisseaux qui vont assurer la
vascularisation de la peau.
Lésions élémentaires histologiques :
La terminologie histopathologique est indispensable à connaître
pour une confrontation anatomoclinique efficace.
Les principaux
signes sont illustrés par des exemples photographiques
démonstratifs.
A - LÉSIONS ÉPIDERMIQUES :
1- Modifications de l’épaisseur de l’épiderme
:
– L’acanthose se définit par une augmentation de l’épaisseur globale
de l’épiderme, qu’il s’agisse d’une hypertrophie (augmentation de la taille des cellules) ou d’une hyperplasie (augmentation du nombre
des cellules), ce qui est le cas le plus fréquent.
L’acanthose peut être
diffuse ou concerner sélectivement les crêtes épidermiques.
Dans ce
cas, l’acanthose est dite psoriasiforme, surtout quand cette
augmentation d’épaisseur des crêtes est régulière, et s’accompagne
d’un amincissement relatif des zones suprapapillaires.
En cas
d’augmentation sélective d’épaisseur de la couche granuleuse, on
parle d’hypergranulose ; le lichen plan en constitue un exemple
caractéristique.
– L’atrophie épidermique correspond à une diminution du nombre
des couches cellulaires.
Dans les cas extrêmes, il ne persiste que
deux ou trois couches cellulaires et l’assise basale disparaît, comme
les cellules granuleuses.
Le dessin papillaire diminue, donnant un
aspect rectiligne à la jonction dermoépidermique de l’épiderme
atrophique.
Ces modifications peuvent s’accompagner d’un
épaississement de la couche cornée ou hyperkératose.
Quand l’atrophie épidermique et papillaire s’associe à une
vacuolisation de la membrane basale et à une disparition des cellules
germinatives, on parle d’atrophie poïkilodermique.
– L’hyperkératose est un épaississement de la couche cornée.
Elle
peut être seulement relative quand il existe une diminution de
l’épaisseur des stratum spinosum et granulosum sous-jacents.
L’hyperkératose a un aspect parfois très compact, comme sur les
paumes et les plantes (durillon), ou elle peut être très aérée en
réseau (verrues planes).
L’hyperkératose peut prendre des
proportions considérables dans les cornes cutanées.
Si les kératinocytes gardent leur aspect habituel dépourvu de noyau, il s’agit d’une hyperkératose orthokératosique.
La parakératose se
définit comme une persistance des noyaux au sein des cornéocytes.
Elle s’accompagne d’une disparition de la couche granuleuse et d’un
épaississement de la couche cornée.
Elle s’observe principalement
dans les maladies où le renouvellement épidermique est accéléré.
Lorsque la parakératose s’associe à une exsudation plasmatique qui
apparaît comme un matériel éosinophile souvent accompagné de
cellules sanguines, on parle de squame-croûte parakératosique.
2- Autres modifications épidermiques
:
– La dyskératose est une maturation cornée précoce de cellules
épidermiques isolées.
Elle se traduit par une homogénéisation du
cytoplasme qui devient fortement éosinophile, et par la disparition
du noyau au sein d’une cellule très ronde : les corps ronds de la
maladie de Darier en sont un bon exemple.
Quand ces cellules sont
groupées, elles forment des globes cornés.
– L’acantholyse se caractérise par une perte de la connexion
intercellulaire des kératinocytes.
Les cellules apparaissent isolées les
unes des autres, et ceci conduit à la formation de bulles intraépidermiques, comme dans le pemphigus.
Cette acantholyse
peut s’observer à tous les étages de l’épiderme.
– La spongiose se traduit par un écartement des kératinocytes les
uns des autres en raison d’un oedème intercellulaire.
Les espaces
intercellulaires sont clairs et élargis, ce qui donne des images en
« mailles ».
La spongiose peut aboutir à une désunion des
kératinocytes et à la création d’espaces clairs intraépidermiques : les
vésicules.
On parle de pustule spongiforme quand il existe une
accumulation de polynucléaires neutrophiles au sein de vésicules intraépidermiques, ainsi qu’entre les kératinocytes voisins euxmêmes
disjoints par la spongiose.
Cette lésion caractérise le psoriasis
pustuleux.
On l’oppose à la pustule uniloculaire, caractérisée par un
espace clair intraépidermique bien limité, rempli de polynucléaires
neutrophiles.
C’est ce que l’on observe dans l’acrovésiculopustulose.
La spongiose à éosinophiles est caractérisée par l’exocytose de
polynucléaires éosinophiles qui accompagne la spongiose.
– L’oedème intracellulaire ou la ballonnisation sont définis par une
augmentation de taille des kératinocytes et par une pâleur du
cytoplasme. Un oedème majeur peut entraîner une rupture de la
membrane cytoplasmique (infection herpétique).
On peut aussi voir
de grandes cellules pâles lors d’une surcharge en glycogène
(acanthome à cellules claires).
– La vacuolisation de la couche basale se caractérise par l’apparition
de petits espaces de clivage immédiatement sous et au-dessus de la
membrane basale.
Les cellules du stratum basal peuvent en être
affectées et montrer des signes de souffrance cellulaire, voire de
nécrose.
Ceci entraîne aussi une incontinence pigmentaire, c’est-àdire
une fuite du pigment vers le derme superficiel.
– La nécrose kératinocytaire se traduit par des altérations
morphologiques du noyau : il devient hyperchromatique ou
fragmenté, ou peut persister sous forme d’une silhouette nucléaire.
Le cytoplasme est éosinophile et homogène. Dans la nécrose par
coagulation, les contours cellulaires restent visibles, alors que dans
la nécrose caséeuse, les cellules sont remplacées par un matériel
éosinophile granulaire.
B - ALTÉRATIONS DERMOÉPIDERMIQUES :
1- Anomalies du dessin papillaire
:
La papillomatose se traduit par une exagération du dessin des
papilles et des crêtes interpapillaires.
Elle s’accompagne donc
fréquemment d’une acanthose.
Quand la surface épidermique reste
lisse, il s’agit d’une papillomatose adélomorphe.
Mais très souvent, la
surface devient irrégulière, avec une alternance de crêtes et de
dépressions : c’est la papillomatose la plus courante, appelée
papillomatose délomorphe.
2- Inflammation dermoépidermique :
La jonction dermoépidermique est le siège de très nombreux
processus pathologiques, et constitue une zone-clé pour la
physiopathologie de nombreuses dermatoses.
On peut diviser les
aspects de la pathologie inflammatoire de la jonction dermoépidermique en différents modèles ou patrons qui
correspondent à des maladies distinctes ou à des groupes de
maladies.
La définition de ces patterns a été introduite par Pinkus,
puis reprise par Ackerman, qui propose un algorithme fondé sur
l’analyse des patterns inflammatoires. Nous en distinguons six
principaux.
– Modèle psoriasiforme.
Les modifications épidermiques sont
caractérisées par une acanthose prédominant sur les crêtes
épidermiques, avec un amincissement relatif des zones
suprapapillaires.
L’inflammation est nette dans les papilles et se
complète d’une exocytose prédominant dans les zones
suprapapillaires.
Le psoriasis bien sûr, mais aussi la dermite
séborrhéique et l’eczéma nummulaire chronique peuvent réaliser ce
modèle.
– Modèle eczématiforme ou spongiotigue.
L’acanthose épidermique est
diffuse et il n’y a pas d’amincissement des zones suprapapillaires.
L’inflammation concerne l’ensemble du derme superficiel, et est
responsable d’une exocytose prédominant dans les crêtes
épidermiques.
L’eczéma, les érythrodermies de toutes natures et les
lymphocytes T-épidermotropes peuvent réaliser de telles images.
– Modèle lichénien.
Le dessin papillaire est inversé et prend un aspect
arciforme plus ou moins accentué.
L’inflammation est dense et borde
l’épiderme comme une bande bien limitée.
Les cellules empiètent
sur la jonction dermoépidermique et sont responsables de nécroses
kératinocytaires.
L’exocytose est limitée aux couches inférieures de
l’épiderme.
Le modèle de cette inflammation est réalisé par le lichen,
mais on l’observe aussi dans les toxidermies ou les réactions de rejet lichénoïdes (réaction du greffon contre l’hôte).
– Modèle poïkilodermique.
L’épiderme est atrophique et a
partiellement ou totalement perdu son relief papillaire.
L’inflammation est plus ou moins importante et s’accompagne d’une
vacuolisation de la membrane basale.
L’infiltrat dermique superficiel
est continu mais moins dense que dans le modèle lichénien.
On
l’observe dans le lupus érythémateux et la dermatomyosite, dans le parapsoriasis en grandes plaques, et dans les radiodermites.
– Modèle bulleux.
Il se caractérise par un décollement jonctionnel,
accompagné d’un infiltrat inflammatoire sous le plancher de la bulle
et latéralement, à la limite de la zone clivée, par une exocytose plus
ou moins importante.
C’est dans ces zones latérales que l’on peut
observer le début du décollement.
Cette image est réalisée par la pemphigoïde et toutes les dermatoses bulleuses jonctionnelles autoimmunes,
mais aussi par l’érythème polymorphe.
– Inflammation purement papillaire.
Ce modèle d’inflammation n’est
pas décrit dans les traités d’histopathologie cutanée.
Il est pourtant
assez caractéristique : les papilles dermiques y sont élargies, avec
pour conséquence un amincissement des crêtes épidermiques.
L’inflammation prédomine nettement dans les papilles, ou y est
même strictement confinée dans certains cas, et est associée à un
oedème marqué, prédominant à la partie haute de la papille.
L’exocytose prédomine dans les zones suprapapillaires qui ne sont
pas amincies, contrairement à ce que l’on observe dans le modèle
psoriasiforme.
Ceci est rencontré particulièrement dans le pityriasis
rosé de Gibert, mais aussi dans les dermatoses virales comme le
syndrome de Gianotti et Crosti.
Certaines histocytoses
langerhansiennes, ainsi que des mycosis fongoïdes débutants,
peuvent réaliser de tels aspects.
Il n’y a bien entendu jamais de spécificité absolue pour ces
modèles, mais leur reconnaissance permet d’éclairer le diagnostic
en définissant des cadres.
C - ANOMALIES DERMIQUES ET LYPODERMIQUES :
1- Lésions dermiques :
– L’atrophie dermique est caractérisée par une diminution de son
épaisseur globale, une raréfaction du collagène et une hypotrophie
des annexes.
Le muscle piloarrecteur est la structure qui reste le plus
longtemps conservée.
– La sclérose se définit au contraire par un épaississement du
collagène, qui devient très horizontal.
Dans une première phase
d’hyperplasie, on voit augmenter la substance fondamentale et une
apposition de néocollagène à la jonction dermohypodermique.
Au
stade de scléroatrophie, les fibres de collagène deviennent hyalines
et se rétractent en comprimant les vaisseaux et les annexes.
– On parle de fibrose pour désigner une augmentation des fibres de
collagène et des fibroblastes dermiques.
Le terme de nécrobiose est
impropre, et il vaut mieux parler de dégénérescence du collagène.
Elle se caractérise par une altération de la forme des fibres et de leur
affinité tinctoriale.
Le collagène devient éosinophile et amorphe et
perd son caractère fasciculé.
On parle aussi parfois de hyalinisation
du collagène.
– L’élastose sénile est une modification physiologique du collagène
qui apparaît sous l’influence de l’exposition aux ultraviolets (UV) :
le collagène du derme superficiel forme des amas amorphes éosinophiles dans le derme superficiel, fortement colorables à
l’orcéine (ce qui explique le nom d’élastose, puisque ce tissu prend
alors les colorations du tissu élastique).
Ces modifications sont
observées surtout en zone découverte.
– Il existe de multiples autres altérations du tissu élastique :
– l’élastolyse correspond à une disparition totale des fibres
élastiques ;
– l’élastorrhexie se caractérise par une fragmentation des fibres
élastiques ;
– l’hyperélastose se caractérise par une augmentation de la taille et
de la densité des fibres élastiques.
– Le derme peut être le siège de surcharges métaboliques ou de
substances étrangères.
La mucinose et l’amylose résultent de
processus dégénératifs du tissu conjonctif dermique.
La calcinose
résulte de dépôts d’hydroxyapatite, soit en raison de troubles
métaboliques, soit simplement par calcification secondaire sur une
lésion cutanée inflammatoire, cicatricielle ou tumorale.
L’identification de ces diverses substances nécessite le plus souvent
des colorations spéciales.
– Les infiltrats inflammatoires du derme peuvent être utilement
séparés en différents groupes selon leur topographie et leur
disposition propre.
On parle d’infiltrat périvasculaire quand les
cellules inflammatoires prédominent nettement autour des
vaisseaux, et d’infiltrat interstitiel quand elles sont réparties entre
les fibres de collagène.
On distingue ensuite les infiltrats superficiels
des infiltrats profonds, selon leur localisation dermique.
On oppose
enfin les infiltrats diffus aux infiltrats nodulaires, qui sont
circonscrits en amas relativement bien limités.
2- Lésions hypodermiques :
– La nécrose de la graisse ou cytostéatonécrose se traduit par la
présence d’adipocytes éclatés qui aboutissent à des flaques de
graisse fondue légèrement basophile.
Les membranes des adipocytes
flottent, donnant une image d’adipocytes fantômes caractéristique.
Ces lésions s’accompagnent de calcifications précoces.
– La résorption graisseuse ou lipophagie se fait par des macrophages
et des cellules géantes qui se chargent en gouttelettes lipidiques, ce
qui donne un aspect spumeux à leur cytoplasme.
– L’atrophie graisseuse se traduit par une réduction d’épaisseur de
l’hypoderme.