Histiocytoses langerhansiennes et non langerhansiennes Cours de dermatologie
Introduction
:
Les histiocytoses sont des affections résultant de la prolifération de
cellules du système phagocytaire mononucléé ayant le même
précurseur médullaire et se différenciant ensuite en monocytes (dans
le sang) et en histiocytes (dans les tissus).
Ces affections variées,
hétérogènes, sont classées en histiocytoses langerhansiennes (HL) et
en histiocytoses non langerhansiennes (HNL).
Le terme d’histiocytose X, initialement proposé par Lichtenstein, est
actuellement abandonné pour celui de HL.
Celles-ci ont pour
dénominateur commun la prolifération clonale de cellules
présentatrices d’antigènes ayant les caractéristiques phénotypiques
et ultrastructurales de cellules de Langerhans.
Il peut s’agir de
proliférations localisées à un organe ou de maladies systémiques, la
diffusion de l’atteinte conditionnant le pronostic.
Les HNL forment un groupe beaucoup plus hétérogène que les HL.
Elles peuvent être bénignes ou malignes. Leur classification repose
sur des critères anatomocliniques, immunohistochimiques et
évolutifs.
Toutefois, celle-ci est encore discutée et compliquée par
l’existence de formes de passage entre différentes entités, de cas
frontières cliniques et/ou histologiques, ou de modification de
l’histologie selon le stade évolutif.
Le diagnostic d’histiocytose repose sur des données cliniques (âge
de survenue, distribution et taille des lésions, signes viscéraux,
évolution) et sur la biopsie cutanée.
Celle-ci comporte, outre l’étude
histologique conventionnelle (aspect des histiocytes, topographie de
l’infiltrat, association à d’autres cellules, surcharge lipidique), une
analyse du phénotype par immunohistochimie, principalement pour
l’expression de la protéine S100, des antigènes CD1a et CD68.
L’étude ultrastructurale n’est plus systématiquement réalisée pour
identifier les inclusions intracytoplasmiques ou les granules de
Birbeck dans le cas des HL.
Histiocytoses langerhansiennes :
A -
ÉPIDÉMIOLOGIE
:
Les HL sont des syndromes caractérisés par la prolifération clonale
de cellules de Langerhans.
Elles atteignent avec prédilection les
enfants de 1 à 4 ans.
Toutefois, il n’est pas exceptionnel d’en faire le
diagnostic chez l’adulte, qu’elles aient débuté à l’âge adulte ou
qu’elles soient l’évolution d’une forme pédiatrique.
L’âge de
survenue varie selon la localisation de la prolifération histiocytaire.
Ainsi, les HL avec atteinte osseuse surviennent chez des sujets plus
jeunes que ceux ayant une atteinte pulmonaire.
Chez l’enfant, chez qui la fréquence des HL est estimée de 0,2 à 1
pour 100 000, les garçons sont plus souvent atteints, alors que le
sex-ratio est plus équilibré chez l’adulte.
La fréquence des HL est possiblement sous-estimée en raison de régressions
spontanées qui peuvent faire méconnaître le diagnostic.
B - CLASSIFICATIONS DES HISTIOCYTOSES
LANGERHANSIENNNES :
Quatre tableaux cliniques étaient classiquement individualisés.
1- Maladie de Letterer-Siwe :
C’est une forme aiguë disséminée de HL atteignant le nourrisson de
3 à 5 mois et de mauvais pronostic.
L’atteinte cutanée est faite de
nombreuses et diffuses petites papules rosées, parfois translucides,
puis devenant purpuriques voire hémorragiques et souvent
croûteuses, prédominant sur le tronc et le scalp, avec une
topographie séborrhéique.
Elle s’associe à des signes généraux et à
des adénopathies, ainsi qu’à une atteinte systémique, pulmonaire,
hépatique, osseuse et hématologique.
2- Granulome à éosinophiles des os :
C’est une HL de bon pronostic, limitée à un seul tissu, et qui touche
surtout l’enfant et l’adulte jeune.
Il s’agit de lésions lytiques uniques
ou multiples pouvant toucher l’ensemble du squelette, avec une
prédominance pour le crâne, les os longs, le rachis et les côtes. Les
lésions cutanées sont rares.
Lorsqu’elles sont présentes, elles
consistent en des nodules souvent ulcérés qui atteignent la région périorificielle.
3- Syndrome de Hand-Schüller-Christian :
C’est une forme particulière de granulome éosinophile multifocal
survenant surtout chez l’enfant de 3 à 6 ans et caractérisée par la
triade exophtalmie–diabète insipide–lacunes osseuses.
Les lésions
cutanées sont rares et consistent en des nodules ulcérés des régions périorificielles.
4- Maladie de Hashimoto-Pritzker
ou « histiocytose congénitale spontanément régressive »
:
C’est une histiocytose auto-involutive en 3 à 4 mois.
Elle apparaît à
la naissance ou dans les premiers mois de vie, sous forme d’une
éruption de papulonodules fermes bleu noirâtre ou rouge brun,
devenant ulcérocroûteux, puis laissant des cicatrices atrophiques.
Les lésions sont disséminées mais avec une prédominance sur le
cuir chevelu.
Les paumes et les plantes peuvent être touchées.
Il
n’existe pas d’atteinte muqueuse ou viscérale, pas de signes
généraux.
Des lésions urticariennes peuvent être observées, avec un
signe de Darier positif, correspondant à la présence de nombreux
mastocytes au sein de l’infiltrat d’accompagnement.
À côté de ces quatre tableaux classiques, il existe de nombreuses
formes intermédiaires et formes de passage dont l’évolution est
imprévisible au moment du diagnostic, allant d’une atteinte localisée
ne nécessitant qu’un traitement local (60 %) jusqu’à des formes
disséminées très aiguës.
Ceci a conduit l’Histiocyte Society en 1987 à proposer une nouvelle
classification, à la fois plus simple et pratique pour la prise en charge
du malade en fonction du pronostic.
Elle sépare les HL en HL
localisées et HL disséminées avec ou sans dysfonctionnement
d’organes.
C - CLINIQUE :
La maladie est le plus souvent révélée par des lésions cutanées ou
une atteinte osseuse.
Le signe fonctionnel le plus fréquent est
constitué par les douleurs osseuses (41 % d’une série de 314 malades
jeunes adultes rapportée par Howarth et al).
1- Atteinte cutanéomuqueuse :
Présente chez la moitié des patients, elle y est souvent révélatrice et des formes strictement cutanées (11 % chez Titgemeyer et al)
peuvent être observées chez l’adulte comme chez l’enfant.
Outre
le caractère inesthétique des lésions, elles sont souvent douloureuses,
mais rarement prurigineuses.
Il s’agit de maculopapules
érythémateuses ou purpuriques, parfois nodulaires et souvent
croûteuses.
Les zones préférentiellement atteintes sont le cuir
chevelu et les grands plis.
Dans le cuir chevelu, les lésions
peuvent mimer une teigne ou une dermatite séborrhéique, avec des
croûtes, des pustules et des érosions parfois très douloureuses.
Il peut exister une alopécie non cicatricielle. Une atteinte rétroauriculaire
est assez fréquemment associée.
Sur le visage, la
localisation des lésions peut aussi être celle d’une dermite
séborrhéique, avec des lésions érythématosquameuses des ailes du
nez et des sillons nasogéniens.
Dans les plis inguinaux, axillaires, sous-mammaires et au périnée, les lésions sont initialement
érythémateuses, puis deviennent érosives, suintantes, voire
ulcérées.
Exceptionnellement, des lésions cutanées uniques
« histiocytomes isolés » à type de nodules ulcérés ont été décrites à
la naissance ou dans les premières semaines de vie.
Ces
lésions sont autorégressives, ou constituent une surprise
histologique lors de l’exérèse et ne récidivent pas à distance.
Il peut aussi exister des ulcérations des muqueuses orales et
génitales, qui constituent un marqueur de mauvais pronostic,
signant un risque plus important de récidives et d’association
avec l’atteinte d’un autre organe.
L’atteinte buccale peut être
responsable, lorsque les gencives sont concernées, d’une expulsion
spontanée des dents.
Alors que l’atteinte de la muqueuse génitale est associée chez
l’enfant à d’autres lésions cutanées ou extracutanées, une
présentation particulière, décrite chez la femme âgée, est celle d’une
atteinte érosive vulvaire isolée qui peut évoquer cliniquement et
même histologiquement une maladie de Paget ou un mélanome
avec un infiltrat pagétoïde épidermotrope de cellules fusiformes
atypiques.
Enfin, chez l’adulte, il peut aussi exister des nodules périorificiels, souvent asymptomatiques et statistiquement associés
à un diabète insipide comme dans le syndrome de Hand-
Schüller-Christian.
L’atteinte unguéale est rarement signalée, avec un oedème périunguéal et une chute des ongles, une paronychie, des
pustules sous-unguéales ou encore des stries purpuriques
longitudinales, décrites en particulier chez l’enfant.
Certains
auteurs ont discuté de la valeur pronostique défavorable de l’atteinte
unguéale, mais le faible nombre de cas rapportés ne permet pas de
conclure.
Des rémissions spontanées sont possibles, comme dans la forme
classique pédiatrique de Hashimoto-Pritzker, mais également chez
l’adulte.
Il peut exister, soit d’emblée, soit secondairement, une dissémination
viscérale, ce qui impose la réalisation d’un bilan d’extension initial
osseux, pulmonaire et hématologique, même devant une forme
initialement évocatrice de Hashimoto-Pritzker.
Ce bilan doit être
renouvelé en cas de non-régression et d’apparition de nouveaux
éléments cutanés, et une surveillance à long terme, même après
une régression initiale, est souhaitable.
2- Atteinte osseuse :
C’est la localisation la plus fréquente des HL.
Elle est décrite chez 60
à 80 % des malades, qui sont le plus souvent des enfants ou des
adultes jeunes présentant une douleur osseuse localisée, même au
repos, associée à un oedème douloureux et inflammatoire du tissu
cutané sus-jacent.
L’atteinte osseuse est le plus souvent isolée et
unique (65 %), plus rarement multilésionnelle ou associée à d’autres
organes (peau : 26 % ; hypophyse : 16 % ; poumon : 14 %),
témoignant alors d’un moins bon pronostic.
Le crâne est
préférentiellement atteint, devant les os longs tels que le fémur, les
côtes et le rachis.
L’atteinte osseuse peut aussi être révélée par
une fracture pathologique.
L’atteinte de l’orbite peut entraîner une
exophtalmie et l’atteinte de l’oreille moyenne une otite moyenne ou
une surdité.
Une hypercalcémie secondaire à des lésions osseuses
lytiques diffuses est possible mais exceptionnelle.
Enfin, l’atteinte
osseuse peut aussi être asymptomatique et de découverte
radiologique.
La radiographie simple montre une ou plusieurs lésions lytiques
irrégulières sans condensation périphérique.
La scintigraphie
n’est pas indispensable et révèle une hyperfixation des sites atteints ;
elle peut être utilisée pour le bilan des lésions.
3- Atteinte posthypophysaire :
Un diabète insipide est décrit chez 5 à 16% des malades, avec
un syndrome polyuropolydyspsique nécessitant un traitement par
vasopressine à doses progressives pour éviter une myélinolyse des
noyaux centraux.
L’atteinte hypophysaire est quasiment toujours
accompagnée de celle d’un autre organe (peau, os, poumon) et serait
plutôt associée à un bon pronostic.
L’imagerie par résonance
magnétique peut montrer un épaississement de l’axe hypothalamohypophysaire.
D’autres anomalies de l’axe hypothalamohypophysaire sont parfois notées, conduisant à une
insuffisance corticotrope, gonadotrope ou thyréotrope.
Certains
enfants peuvent ainsi présenter un retard de croissance secondaire à
un déficit en hormone de croissance.
4- Atteinte pulmonaire :
Décrite chez 40 % des malades, elle survient le plus souvent chez
l’adulte (90 % ont plus de 15 ans).
Près de la moitié des malades
ont une atteinte concomitante d’autres organes, tels que l’os, la peau
et l’hypophyse.
L’atteinte pulmonaire est très nettement associée au tabagisme
(88,3 % de fumeurs pour les 129 cas rapportés par Howarth et al).
Les lésions pulmonaires consistent initialement en une bronchiolite
qui évolue vers une fibrose, une hypertension artérielle pulmonaire
et une insuffisance respiratoire grave.
Un pneumothorax peut
survenir secondairement à la rupture d’une bulle d’emphysème.
La radiographie pulmonaire montre un syndrome interstitiel avec
des opacités réticulomicronodulaires de la partie moyenne des
poumons, épargnant les sommets et les bases, aboutissant
tardivement à un aspect en « rayons de miel ».
Le lavage bronchoalvéolaire peut mettre en évidence des cellules CD1a
positives, mais leur présence n’est considérée comme significative
que si elle est supérieure à 1 %, et associée à des signes cliniques et
radiologiques évocateurs.
Les épreuves fonctionnelles respiratoires
permettent d’objectiver la répercussion fonctionnelle de l’atteinte
pulmonaire.
4- Atteinte splénoganglionnaire :
Il s’agit surtout d’adénopathies cervicales qui sont le plus souvent
associées à une atteinte multiviscérale.
L’existence d’une atteinte
splénique avec splénomégalie peut majorer une cytopénie.
5- Atteinte hématologique :
Elle est secondaire à une atteinte médullaire qui n’est pas toujours
aisée à mettre en évidence au myélogramme.
L’existence d’une
cytopénie signe un mauvais pronostic et est souvent parallèle à une
atteinte disséminée.
6- Autres atteintes :
Il peut exister une atteinte hépatique avec une cholangite scléreuse
qui aboutit alors à une insuffisance hépatocellulaire de mauvais
pronostic.
Des troubles digestifs à type de diarrhée peuvent être
liés à une entéropathie exsudative.
L’atteinte digestive est quasiment
toujours associée à une atteinte cutanée.
À l’inverse, une atteinte
de la muqueuse buccale doit faire rechercher systématiquement une
atteinte digestive qui est alors plus fréquente.
7- Atteinte multiviscérale :
Trente pour cent des malades ont une atteinte multiviscérale
cutanée, osseuse, pulmonaire et ganglionnaire avec d’importants
signes généraux associés tels que de la fièvre, une asthénie et une
anorexie.
8- Néoplasies associées
:
Plusieurs séries rapportent des néoplasies diagnostiquées au
moment du diagnostic d’HL ou après (4 %) qui pourraient être
favorisées par une altération de l’immunité cellulaire et humorale
secondaire à l’HL et aux chimiothérapies.
Il s’agit d’adénocarcinomes
bronchiques chez des patients avec une HL touchant le
poumon et ayant donc comme facteur de risque commun le tabac,
mais aussi d’hémopathies telles que des leucémies myéloïdes ou myélomonocytaires, cette association pouvant s’expliquer par
l’origine médullaire commune des cellules leucémiques
monocytaires et des cellules de l’HL.
D - DIAGNOSTIC
:
Le diagnostic, suspecté cliniquement, est confirmé par l’histologie.
En cas de lésions cutanées, la biopsie est facilement réalisable et
montre un infiltrat dermique en amas de grandes cellules au
cytoplasme clair, éosinophile, finement granuleux et mal délimité.
Le noyau est excentré, réniforme, avec de petits nucléoles peu
visibles.
Contrairement aux cellules de Langerhans normales, elles
n’ont pas d’expansions dendritiques.
Il s’y associe un infiltrat de
polynucléaires éosinophiles et basophiles et de lymphocytes.
L’infiltrat est principalement dermique mais également épidermotrope, en particulier dans les formes de type Letterer-Siwe.
L’hypoderme peut être envahi dans les formes nodulaires.
Dans les biopsies ganglionnaires ou osseuses, l’infiltrat histiocytaire
est associé à des cellules macrophagiques multinucléées.
L’étude par immunohistochimie du phénotype de ces cellules de
Langerhans permet de démontrer qu’elles expriment la protéine
cytoplasmique S100, des molécules du complexe majeur
d’histocompatibilité comme l’HLADR et surtout la glycoprotéine
CD1a, beaucoup plus spécifique.
Cette technique, réalisable
sur coupes fixées en formol ou en Bouin, a supplanté pour le
diagnostic des HL la mise en évidence de structures intracytoplasmiques pentalaminaires en raquette de tennis appelées
granules de Birbeck par microscopie électronique, qui est une
technique plus longue et onéreuse.
Il faut signaler que dans la
forme régressive de Hashimoto-Pritzker, les granules de Birbeck sont
inconstamment visibles.
Enfin, ces cellules expriment le plus souvent des marqueurs
d’activation et d’adhésion tels que le CD11a (LFA1), le CD25 (IL2R)
et le CD54 (ICAM1).
L’Histiocyte Society donne trois niveaux de diagnostic pour l’HL :
il est suspecté devant l’aspect cytologique en microscopie optique,
probable si l’aspect histologique est associé à un marquage positif
des cellules pour deux ou plus des marqueurs suivants : adénosine
triphosphate, protéine S100, a-D mannosidase, lectine, et certain si
l’aspect cytologique est associé à un immunomarquage positif pour
l’antigène CD1a et/ou à la démonstration de granules de Birbeck en
microscopie électronique.
E - PHYSIOPATHOLOGIE :
Les HL sont des proliférations clonales comme cela a pu être
démontré par l’étude du polymorphisme du chromosome X.
Toutefois, clonalité n’équivaut pas à malignité et cela n’exclut pas
l’idée selon laquelle les HL puissent constituer un processus
réactionnel.
Quoiqu’il en soit, l’étiologie et la physiopathologie
restent inconnues, de même que la mise en évidence de marqueurs
prédictifs de l’évolutivité de l’HL.
Le fait que des cas d’HL aient été
rapportés chez des jumeaux homozygotes plaiderait en faveur d’une prédisposition génétique ou de mutations somatiques dans le
génome des cellules de l’HL ou de leurs précurseurs.
Toutefois,
aucune anomalie caryotypique ou moléculaire récurrente n’a été
identifiée.
Les tentatives de xénotransplantation de tumeurs à des
animaux immunodéficients se soldent constamment par un échec.
Les cellules de Langerhans sont dérivées de cellules souches
d’origine médullaire, CD34 +, et ont acquis une maturation
spécifique au niveau tissulaire avec un rôle de cellules présentatrices
d’antigène pour les lymphocytes T.
À la différence des cellules de Langerhans normales, les cellules de l’HL peuvent proliférer en
dehors des épithéliums et infiltrer tous les organes, étant ainsi
responsables des manifestations multiviscérales des HL.
Certaines cytokines telles que le granulocyte-macrophage colonystimulating
factor (GM-CSF), le tumor necrosis factor (TNF) a coinduisent
la prolifération et la différenciation des précurseurs
médullaires CD34 + en cellules dendritiques présentatrices
d’antigènes.
Le GM-CSF, qui semble jouer un rôle privilégié dans
le recrutement, l’activation, la prolifération et la survie des cellules
de Langerhans, a été détecté à la fois in situ dans les cellules CD1a
positives et dans le sérum, parallèlement à la gravité de l’HL ; il
pourrait constituer un marqueur biologique de la masse tumorale.
Cette cytokine pourrait ainsi jouer un rôle déterminant dans la
dissémination des cellules langerhansiennes.
Le GM-CSF, à la
fois produit par les cellules de l’HL et par les lymphocytes T
d’accompagnement, est ainsi responsable d’une stimulation
autocrine et paracrine des cellules de l’HL.
Par ailleurs, l’expression de certaines molécules d’adhésion pourrait
être secondairement responsable du polymorphisme clinique des
HL.
L’intégrine a4b7 pourrait favoriser la dissémination des cellules
de Langerhans vers certains organes privilégiés par un phénomène
de homing alors que l’interaction E-cadhérine-a4b7 intégrine pourrait
jouer un rôle dans le contrôle de la prolifération.
Alors que de nombreuses données sont actuellement disponibles
concernant les médiateurs cellulaires impliqués, aucun facteur
déclenchant, notamment viral (rétrovirus, herpes virus…), n’a été
mis en évidence à l’origine de la prolifération clonale des cellules de
l’HL.
F - TRAITEMENT :
Le traitement est adapté selon la dissémination de l’HL, selon son
évolutivité (maladie régressive, stable ou progressive) et la présence
d’un dysfonctionnement d’organe.
Il n’est d’ailleurs pas toujours
facile d’évaluer la réponse thérapeutique du fait des possibles
régressions spontanées.
Il faudrait sélectionner les malades justifiant vraiment de
thérapeutiques agressives car beaucoup de complications liées au
traitement sont signalées.
Il serait ainsi souhaitable d’identifier
précocement ces malades pour les traiter de manière adéquate, mais
la connaissance de facteurs prédictifs d’une évolution agressive reste
incomplète.
Le diabète insipide ne régresse pas lorsqu’une chimiothérapie est
utilisée pour une atteinte disséminée et c’est la vasopressine qui est
utilisée dans ce cas plutôt qu’une irradiation hypothalamohypophysaire
qui expose à des séquelles sur l’axe hypophysaire.
Les lésions osseuses peuvent parfois régresser spontanément.
En cas
d’atteinte osseuse purement radiologique, sans douleur, ni
déformation ou risque fracturaire, une surveillance radiologique
sans traitement est légitime.
Dans le cas contraire et en l’absence
de régression spontanée, le traitement des formes monolésionnelles
repose sur l’excision chirurgicale lorsqu’elle est possible.
La
radiothérapie (de 5 à 20 Grays) peut aussi être proposée, seule ou en
association avec la chirurgie, mais ses effets à long terme, en
particulier chez l’enfant, rendent son indication très controversée.
Elle est proposée à faibles doses en cas d’atteinte osseuse
inaccessible à la chirurgie avec un risque fonctionnel ou vital (nerf
optique, moelle épinière).
Des injections intralésionnelles de
corticoïdes sous contrôle radiographique peuvent être proposées
pour des lésions périphériques.
Des anti-inflammatoires non
stéroïdiens peuvent être utilisés (naproxène, indométacine,
ibuprofène…), à la fois pour leur effet antalgique et pour leur effet
favorisant la cicatrisation par le biais de l’inhibition locale de
prostaglandines et d’interleukine 1.
Si l’atteinte osseuse est multifocale, le traitement par chimiothérapie
(étoposide) est modérément efficace, avec des rechutes fréquentes.
L’atteinte cutanée, lorsqu’elle est isolée et non régressive, peut être
traitée par un traitement local tel que l’application de moutarde
azotée locale (mechlorethamine) ou une photothérapie par
PUVA.
Une électronthérapie peut être proposée pour des lésions
récalcitrantes ou sur des lésions cutanées en regard d’une atteinte
osseuse ou ganglionnaire sous-jacente. Les dermocorticoïdes,
émollients, kératolytiques sont utilisés ponctuellement à titre
symptomatique.
Des traitements immunomodulateurs ont été
ponctuellement essayés avec succès tels que le thalidomide, en
particulier en cas d’atteinte vulvaire, l’isotrétinoïne, l’interféron,
la ciclosporine.
Ce n’est que dans des formes cutanées récalcitrantes ou surtout s’il
existe une atteinte multiviscérale associée que l’on fait appel à des
chimiothérapies telles que l’étoposide à doses modérées (de 20 à
50 mg/m2/j pendant 21 jours) ou le méthotrexate (de 15 à 25 mg
par semaine).
Lors d’atteinte ganglionnaire isolée, l’exérèse chirurgicale peut être
proposée.
Dans le cas contraire, le traitement est une corticothérapie
générale ou une monochimiothérapie.
Dans les atteintes pulmonaires, à côté de traitements symptomatiques
(bronchodilatateurs, oxygénothérapie), la corticothérapie associée à
des agents cytotoxiques (cyclophosphamide en particulier) peut
ralentir l’évolution.
Des améliorations de la fibrose pulmonaire ont
été ponctuellement rapportées avec l’interféron alpha ou la
colchicine, le premier agissant par une action immunomodulatrice,
le second par son action inhibitrice de facteurs de croissance
fibroblastiques.
À côté de ces traitements, des atteintes agressives
et évolutives pulmonaires, résistant aux chimiothérapies, ont
nécessité une transplantation coeur-poumon.
Dans les formes disséminées, une monothérapie est utilisée en
première ligne pour minimiser la morbidité liée au traitement.
On
préfère la vinblastine ou l’étoposide (VP-16) associés à une
corticothérapie générale plutôt que des agents plus mutagènes
comme le chlorambucil.
D’autres agents tels que le paclitaxel ou la
gencitidine sont à l’étude. L’étoposide peut aussi être associé à la
vinblastine.
Des protocoles de polychimiothérapies utilisant
étoposide, vinblastine, mercaptopurine et méthotrexate (DAL-HX83),
le cyclophosphamide, le cytosine arabinoside et des anthracyclines
ont été utilisés, pouvant précéder des allogreffes ou autogreffes
médullaires.
Toutefois, ces traitements ont une importante
morbidité voire mortalité, en particulier chez les patients ayant un
dysfonctionnement d’organe préalable, et les critères de choix pour
proposer de tels traitements ne sont pas bien établis.
Dans l’hypothèse d’une activation incontrôlée de l’immunité
cellulaire, des traitements plus « immunomodulateurs » ont été
proposés, tels que la ciclosporine, à l’origine surtout de réponses
partielles, la 2-chlorodeoxyadénosine (cladribine), analogue des
purines, qui agit sur les monocytes et les lymphocytes en induisant
une apoptose non cycle-dépendante.
Toutefois, l’utilisation
prolongée de cette molécule a des effets cytotoxiques, en particulier
médullaires, et augmente le risque d’infections opportunistes.
L’intérêt d’autres molécules comme l’interféron alpha, l’interleukine
2, le thalidomide (par son action inhibitrice sur la production de TNFa et l’acide tout trans-rétinoïque reste à confirmer.
G - PRONOSTIC :
Le pronostic dépend de l’âge (plus agressif avant l’âge de 1 an), de
l’extension de la maladie (stades A versus stades B et C), de
l’existence de dysfonctionnement d’organes (hématologique,
hépatique et pulmonaire essentiellement) et de la réponse initiale
au traitement.
La survie globale est de 91,4 % dans la série de Howarth et al,
mais les récidives y sont fréquentes : 67 % dans les 12 premiers mois surtout, en particulier chez les adultes avec une atteinte
pulmonaire.
Actuellement, seule une surveillance régulière après
un bilan d’extension complet peut permettre de dépister une
dissémination des lésions, en l’absence de facteur prédictif clinique
ou biologique.
Dans les formes où un seul organe est atteint, le pronostic est
excellent en termes de survie mais des séquelles fonctionnelles, en
particulier osseuses, sont fréquentes.
Les formes disséminées multiviscérales sont souvent réfractaires aux traitements, avec une
survie à 5 ans de 62 % s’il existe un dysfonctionnement
d’organes (groupe C).
L’atteinte osseuse isolée est de très bon pronostic sur le plan vital et
90 % des patients sont mis en rémission complète.
Environ 10 % des
malades ont des récidives ou des rechutes sans retentissement sur la
courbe de survie, mais avec des séquelles fonctionnelles relativement
fréquentes (26 % pour Titgemeyer et al) à type d’instabilité
vértébrale, de surdité, de paralysie faciale…
L’atteinte cutanée initiale est de pronostic plus incertain, l’évolution
pouvant varier de la régression spontanée à la progression vers une
atteinte systémique.
Les rechutes sont fréquentes (67 % après
traitement dans les 12 mois), ce qui impose un suivi très régulier,
surtout dans les 2 premières années.
Les décès sont surtout dus à l’atteinte pulmonaire, mais aussi aux
effets secondaires de la chimiothérapie, dont l’indication doit être
bien pesée.
En effet, il s’agit non seulement de complications
septiques immédiates mais aussi de néoplasies secondaires ou
d’insuffisance cardiaque.
Histiocytoses non langerhansiennes :
A -
HISTIOCYTOSES MALIGNES :
L’utilisation des immunomarquages a permis de démembrer le
groupe des histiocytoses malignes et en particulier de séparer les
proliférations histiocytaires de proliférations lymphoïdes.
Ainsi,
l’« histiocytosarcome » est une dénomination erronée qui correspond
en réalité à un lymphome cutané primitif B centrofolliculaire.
D’autre part, l’étude de l’expression de l’antigène CD30 et des
antigènes T-lymphocytaires a révélé qu’un grand nombre de
proliférations étiquetées antérieurement « histiocytose maligne »,
« histiocytose atypique régressive » correspondaient à des
lymphomes à grandes cellules anaplasiques T CD30 +.
Le terme d’histiocytose maligne authentique désigne des affections
très rares et ne sera donc utilisé qu’après une étude phénotypique et
éventuellement génotypique qui aura formellement éliminé une
prolifération d’origine B ou T lymphocytaire.
L’histiocytose maligne à proprement parler est une prolifération
systémique d’histiocytes atypiques qui touche l’adulte jeune.
Les
signes généraux dominent le tableau, avec une fièvre, une altération
de l’état général, une polyadénopathie, une hépatosplénomégalie,
une atteinte viscérale digestive, neurologique, pulmonaire et
rénale.
Les lésions cutanées, à type de nodules violacés parfois
ulcérés, ne sont présents que dans 10 % des cas.
Il existe
histologiquement un infiltrat histiocytaire atypique au cytoplasme
souvent vacuolisé et avec un noyau lobulé contenant plusieurs
nucléoles éosinophiles proéminent.
Des images d’érythrophagocytose
sont souvent associées.
Ces cellules expriment
l’antigène CD68 et le lysozyme.
L’extension de la maladie, en particulier l’atteinte médullaire, est le
facteur pronostique principal.
L’évolution est très rapidement
défavorable en dépit des chimiothérapies entreprises (survie à 5 ans
de 40 %).
Aucun traitement n’est codifié dans cette affection très rare.
Les monochimiothérapies sont inefficaces et ce sont essentiellement des
polychimiothérapies qui sont proposées, de type CHOP
(cyclophosphamide-doxorubicine-vincristine-prednisone), parfois
associées à de la bléomycine ou à du méthotrexate à hautes doses,
ou de type MOPP (chloromethine, vincristine, procarbazine,
prednisone), AVCP, BACOP, MACOP-B, M-BACOD…
Les polychimiothérapies contenant des anthracyclines paraissent
supérieures, mais le gain en termes de survie reste modéré.
La greffe
de moelle autologue a ponctuellement été proposée avec succès.
La radiothérapie constitue un complément thérapeutique en pré- ou postchimiothérapie.
Le « lymphome histiocytaire vrai » ou sarcome histiocytaire est une
forme exceptionnelle d’histiocytose maligne se présentant sous une
forme localisée cutanée avec des tumeurs et des nodules cutanés
violacés localisés d’apparition rapide, et le plus souvent
ganglionnaire.
L’évolution est agressive vers une forme
systémique et le traitement repose sur des polychimiothérapies.
B - HISTIOCYTOSES NON LANGERHANSIENNES BÉNIGNES
:
1- Affections inconstamment ou non régressives
:
* Xanthoma disseminatum de Montgomery
:
Cette affection rare touche plus souvent l’adulte jeune.
Il existe
des papules fermes jaune rougeâtre ou brunes, symétriques et
coalescentes des plis axillaires, du cou, des zones péribuccales et
périorbitaires, et du périnée.
Il peut s’y associer une atteinte
muqueuse en particulier pharyngolaryngée (50 %), un diabète
insipide (30 %) et des lésions osseuses lytiques.
La biopsie montre un infiltrat inflammatoire polymorphe, des
histiocytes aux bords festonnés et au cytoplasme spumeux, et des
cellules de Touton. Biologiquement, les taux du cholestérol et/ou
des triglycérides sont habituellement normaux.
De rares régressions spontanées ont été décrites, ainsi que des
formes de passage vers un histiocytome éruptif généralisé ou vers
une réticulohistiocytose multicentrique, mais l’évolution est
habituellement chronique.
Un diagnostic différentiel de cette affection est constitué par le xanthogranulome nécrobiotique qui se présente sous forme de
xanthogranulomes palpébraux et de xanthomes plans, et qui doit
faire rechercher une dysglobulinémie associée.
Outre le caractère affichant des lésions cutanées, surtout lorsque le
visage est atteint, les lésions muqueuses peuvent entraîner une
détresse respiratoire nécessitant une trachéotomie.
Une exérèse
chirurgicale ou une vaporisation au laser au dioxyde de carbone
(CO2) peut alors être proposée.
Les traitements systémiques, tels que
la corticothérapie générale, le cyclophosphamide, la vinblastine et
les hypolipémiants comme le clofibrate ou le probucol sont peu ou
pas efficaces.
Enfin, s’il existe un diabète insipide, un traitement par
vasopressine peut être proposé.
* Réticulohistiocytose multicentrique (RHM)
:
Cette affection cutanéoarticulaire rare touche plus souvent la femme,
à partir de 40 à 50 ans.
Elle associe des papules et des nodules rosés
translucides, prurigineux, à prédominance acrale juxta-articulaire, en
particulier sur le dos des mains, et une polyarthrite
symétrique, progressive et destructrice sévère qui peut être
inaugurale dans deux tiers des cas.
L’atteinte muqueuse est présente
dans 50 % des cas, alors que des signes généraux et une atteinte
systémique sont rares.
L’association à des néoplasies pulmonaires,
digestives et génitales (24 à 31 %) et à des hémopathies justifie une
surveillance attentive des patients.
L’histologie cutanée et synoviale montre une infiltration dense
d’histiocytes pléomorphes et des cellules géantes multinucléées avec
un cytoplasme en verre dépoli éosinophile PAS positif (qui peuvent
toutefois être absentes dans les lésions initiales) et inconstamment
des dépôts lipidiques.
L’histiocytose nodulaire progressive, parfois aussi appelée
réticulohistiocytome multiple ou réticulohistiocytose cutanée
multiple, est une variante de la RHM sans atteinte muqueuse
ni polyarthrite destructrice, qui touche de manière équivalente les deux sexes.
Dans ces formes purement cutanées, ce ne sont plus les
zones juxta-articulaires mais le visage qui est typiquement atteint,
pouvant réaliser un faciès léonin.
Enfin, une forme cutanée monolésionnelle appelée réticulohistiocytome
solitaire a été décrite chez des hommes jeunes.
Les
lésions siègent sur n’importe quelle zone du tégument.
L’histologie
est proche de celle du la RHM mais avec un infiltrat plus
circonscrit.
L’évolution de la RHM et de l’histiocytose nodulaire progressive est
imprévisible, difficile à vivre et à comprendre pour le malade, avec
soit une stabilisation (40 %), soit une amélioration (10 %), soit une
aggravation avec une destruction articulaire (50 %).
De plus, les
possibles poussées ou rémissions rendent difficile l’appréciation de
l’efficacité des traitements.
Beaucoup de traitements ont été essayés
avec des résultats inconstants.
En outre, dans les formes associées à
une néoplasie, l’évolution de l’histiocytose ne semble pas influencée
par le traitement de la néoplasie sous-jacente.
La corticothérapie générale (per os ou en bolus) n’a qu’un effet
symptomatique et transitoire sur l’atteinte articulaire ; elle est
inefficace sur les lésions cutanées.
Les anti-inflammatoires non
stéroïdiens, l’hydroxychloroquine, le chlorambucil, l’azathioprine, la
vincristine, la D-pénicillamine, la ciclosporine et la vinblastine
sont très inconstamment efficaces.
Le cyclophosphamide et surtout
le méthotrexate sont préférentiellement utilisés.
Le cyclophosphamide peut être prescrit per os (de 1 à 2 mg/kg/j
per os) ou en bolus (de 400 à 1 400 mg toutes les 3 semaines),
avec un délai d’efficacité de 4 mois en moyenne.
Le méthotrexate en monothérapie a été proposé pour la première
fois dans la RHM en 1991.
Dans cette première publication, le méthotrexate était utilisé per os à faible dose dans un cas résistant à
la corticothérapie, permettant une amélioration en 6 semaines.
Depuis, l’intérêt de ce traitement a été confirmé par plusieurs
observations ponctuelles.
Le méthotrexate permet, à des doses
variant entre 7,5 et 15 mg/semaine, une amélioration souvent à la
fois articulaire et cutanée, y compris dans des cas résistant à de
multiples traitements antérieurs.
En pratique, dans des formes diffuses et persistantes, le méthotrexate
per os peut être proposé en première intention à une posologie
initiale de 7,5 mg/semaine, augmentée progressivement jusqu’à 15
à 20 mg selon l’efficacité et la tolérance.
La corticothérapie peut être
débutée en parallèle en cas d’atteinte articulaire invalidante pour
être ensuite progressivement baissée.
En cas d’échec ou d’intolérance
au méthotrexate, le remplacement ou l’association à du
cyclophosphamide (de 0,5 à 2 mg/kg/j) pourrait être proposé
comme le recommandent Liang et Granston à propos d’un cas
avec atteinte cutanéomuqueuse et articulaire, mis en rémission
complète sans récidive 25 mois après l’arrêt d’une trithérapie
méthotrexate-stéroïdes-cyclophosphamide.
Enfin, dans les formes cutanées pures, les lésions localisées (type réticulohistiocytome) peuvent être détruites par laser CO2 ou
enlevées chirurgicalement.
Pour des lésions diffuses (histiocytose
nodulaire progressive), on peut essayer des traitements locaux, tels
que PUVAthérapie, les moutardes azotées locales ou encore
l’électronthérapie corporelle totale.
L’utilisation de cette dernière
peut paraître discutable dans une pathologie bénigne et est réservée
à des formes tumorales invalidantes.
Cette affection de transmission autosomique dominante se présente
sous forme de papules rouge brun du nez et des membres
apparaissant vers l’âge de 20 ans et n’évoluant pas vers la régression
spontanée.
La biopsie cutanée montre un infiltrat dermique
d’histiocytes dendritiques produisant de la mucine et des vaisseaux télangiectasiques.
En microscopie électronique, les histiocytes ont un
cytoplasme rempli de vacuoles lysosomales dilatées.
Aucun
traitement n’est nécessaire en dehors de l’exérèse chirurgicale des
lésions affichantes ou gênantes.
2- Affections habituellement régressives
:
Ces affections variées sont régressives en quelques mois ou quelques
années ; aucun traitement n’est proposé si les lésions n’entravent pas
la vie et le confort du malade.
Lorsqu’elles gênent le malade,
notamment par le caractère affichant des lésions, l’exérèse
chirurgicale peut alors être proposée.
* Xanthogranulome juvénile
:
C’est la plus fréquente des HNL.
Elle survient le plus souvent
chez le nourrisson et l’enfant (80 % avant 2 ans), même si de rares
cas chez l’adulte sont décrits.
Son évolution est bénigne, le plus
souvent purement cutanée.
Elle se caractérise par une papule ou un
nodule jaune orangé.
Des formes multilésionnelles sont
possibles mais plus rares. Les lésions siègent surtout sur la
partie supérieure du corps (tête et cou) et parfois sur les muqueuses.
Il était classique de séparer les xanthogranulomes juvéniles en
formes micronodulaire, la plus fréquente (60 %), et macronodulaire.
Cette dernière pourrait avoir d’après certains auteurs un risque
particulier d’atteinte systémique (poumon, os, reins, testicules,
péricarde...) ou d’atteinte oculaire.
En fait, il est actuellement admis
que le risque d’atteinte extracutanée n’est pas prédictible en fonction
du type de présentation cutanée.
Toutefois, l’atteinte oculaire
spécifique, qui est la plus fréquente des atteintes extracutanées de
xanthogranulome, serait surtout observée dans les formes
multilésionnelles chez des enfants âgés de moins de 2 ans.
Elle reste
toutefois rare (0,4 % d’après Chang), parfois isolée sans atteinte
cutanée ou révélatrice.
Elle touche principalement l’iris, avec une néovascularisation responsable de phénomènes hémorragiques dans
la chambre antérieure (hyphéma).
Cliniquement, l’enfant se présente
avec un tableau brutal d’oeil rouge et de photophobie.
Enfin, le xanthogranulome juvénile peut être associé à des taches café au lait
dans le cadre d’une neurofibromatose de type I avec un risque de
développer une leucémie myéloïde chronique juvénile.
La biopsie cutanée montre un dense infiltrat dermique de cellules épithélioïdes avec des histiocytes vacuolisés et spumeux S100 -,
CD1 -, CD68 + et des cellules de Touton.
Un infiltrat
inflammatoire associé, fait de lymphocytes et d’éosinophiles, est
habituel.
Quelques cellules de Langerhans sont parfois visibles au
sein de l’infiltrat.
Au stade tardif, la fibrose prédomine alors que
la xanthomisation disparaît.
Des formes atypiques ont été
rapportées, où les histiocytes spumeux et les cellules de Touton
manquent.
Dans ces formes, plusieurs biopsies peuvent être
nécessaires pour affirmer le diagnostic, comprenant outre l’examen
histologique une étude par immunohistochimie et microscopie
électronique démontrant l’absence de granules de Birbeck.
La régression spontanée a lieu en quelques mois voire quelques
années, habituellement sans séquelle cicatricielle.
Aucun traitement
n’est proposé sauf en cas d’atteinte oculaire où une corticothérapie per os ou intralésionnelle (sous-conjonctivale) peut être nécessaire
pour éviter une hypertonie séquellaire de la chambre antérieure, une
uvéite antérieure, des synéchies postinflammatoires ou un glaucome
par fermeture de l’angle pouvant entraîner une cécité définitive.
* Histiocytose céphalique bénigne
:
Cette probable variante du xanthogranulome juvénile débute avant
l’âge de 3 ans et se présente par un ou plusieurs papulonodules
rouge jaune localisés sur l’extrémité céphalique (cuir chevelu en
particulier).
L’aspect histologique est celui du xanthogranulome
juvénile. Son évolution est bénigne, avec une régression spontanée
laissant une cicatrice atrophique pigmentée.
Aucun traitement n’est
nécessaire.
* Xanthome papuleux
:
Il survient chez l’adulte sous forme de papulonodules jaunâtres
généralisés, cutanéomuqueux, avec à la biopsie des histiocytes
spumeux et des cellules de Touton.
La régression spontanée se fait
en quelques mois ou années et aucun traitement n’est nécessaire.
* Histiocytome éruptif généralisé :
Décrit par Winkelmann et Müller en 1963, il atteint principalement
l’adulte et plus exceptionnellement l’enfant.
L’atteinte cutanée se
caractérise par de très nombreuses papules (parfois plus de 1 000)
fermes, rouge brun, coalescentes, symétriques, du tronc, de la racine
des membres et du visage.
La biopsie montre dans le derme moyen et papillaire un dense
infiltrat d’histiocytes vacuolisés non spumeux au noyau réniforme.
L’étude ultrastructurale montre dans un cytoplasme granuleux des
inclusions non spécifiques telles que des corps denses, des corps
lamellaires, en l’absence de granules de Birbeck.
Des formes de passage avec l’histiocytose nodulaire progressive, la
RHM, le xanthogranulome juvénile et une histiocytose à cellules
intermédiaires ont été décrites, ce qui suggère que l’histiocytome
éruptif généralisé serait un stade précoce indifférencié précédant
d’autres HNL au sein d’un même spectre.
Ces possibles
formes de passages conduisent à conseiller une surveillance des
patients, même si l’évolution de l’histiocytome éruptif généralisé est
habituellement spontanément régressive après plusieurs poussées en
plusieurs mois et années.
En cas de gêne esthétique, une exérèse
chirurgicale ou la destruction au laser CO2 des lésions peuvent alors
être proposées.
* Histiocytose sinusale de Rosai et Dorfman
:
Cette affection bénigne, rare, touche l’adulte jeune ou l’enfant.
Elle
se caractérise par de très volumineuses adénopathies, surtout
cervicales, apparaissant dans un contexte fébrile et d’altération de
l’état général.
L’atteinte cutanée est inconstante (10 %), sous forme
de papulonodules rouge brun ou jaunâtres siégeant plutôt sur la
tête et le cou.
Exceptionnellement, des formes cutanées pures ont
été décrites. Les autres sites atteints sont la cavité nasale, les sinus,
l’orbite, le système nerveux central ou les testicules.
La biopsie ganglionnaire montre un infiltrat granulomateux
d’histiocytes pâles et spumeux, souvent multinucléés, regroupés en
îlots comme dans des sinus ganglionnaires, avec de nombreuses
images d’empéripolèse qui, sans être spécifiques, sont évocatrices
du diagnostic.
Le bilan biologique montre fréquemment
une hypergammaglobulinémie, une anémie et un syndrome
inflammatoire.
Des anticorps circulants sont parfois détectés,
associés à une pathologie immunologique telle qu’une anémie
hémolytique ou à une polyarthrite rhumatoïde.
Ce contexte dysimmunitaire, lorsqu’il est présent, semble être associé à une
morbidité plus importante, alors que le pronostic de l’histiocytose
elle-même est bon, avec une régression spontanée en quelques mois
ou années chez la plupart des patients.
Aucun traitement n’est le plus souvent nécessaire et aucun n’a
d’ailleurs démontré son efficacité.
La corticothérapie n’apporte qu’un
résultat transitoire et les adénopathies ne sont pas toujours
radiosensibles.
La vinblastine, l’étoposide ou le méthotrexate
peuvent être efficaces mais sont réservés à des formes très
évolutives.
Histiocytoses intermédiaires
:
Des histiocytoses de phénotype indéterminé (ou intermédiaire, à la
fois langerhansien et non langerhansien) ont été rarement décrites.
Elles associent des papules disséminées ou prédominant sur les
extrémités et la face, pouvant évoquer un histiocytome éruptif et
histologiquement un infiltrat monomorphe d’histiocytes vacuolisés
parfois multinucléés CD68 +, S100 +, CD1a +, sans granules de
Birbeck visibles en microscopie électronique.
L’évolution est variable, le plus souvent purement cutanée avec une
régression spontanée.
Ailleurs, ces histiocytoses intermédiaires
peuvent évoluer vers d’autres HNL, telles qu’une histiocytose
nodulaire progressive notamment.
En cas de formes persistantes, des
succès thérapeutiques ont été ponctuellement rapportés avec la
vinblastine ou plus récemment avec le 2-chlorodeoxyadénosine,
prescrit par analogie avec les HL.