L’herpès cutanéomuqueux est une des viroses humaines parmi les
plus répandues dans le monde.
Maladie habituellement bénigne,
mais volontiers récidivante, elle peut réaliser des formes viscérales
gravissimes, en particulier neurologiques ou néonatales, et la gravité
de l’herpès du nouveau-né justifie sa prévention.
Au cours des trente
dernières années, les avancées dans la connaissance de la biologie
moléculaire des Herpès simplex virus (HSV) et dans le domaine
thérapeutique (découverte de l’aciclovir) ont été considérables.
Elles
apportent maintenant un nouvel éclairage sur la physiopathologie
de l’infection herpétique, caractérisée par une réplication virale le
plus souvent silencieuse, mais qui est devenue une maladie
chronique contagieuse dont la prise en charge thérapeutique et
préventive est aujourd’hui exemplaire.
Physiopathologie de l’infection à HSV :
A -
VIRUS HERPÈS SIMPLEX (HSV) : STRUCTURE ET CYCLE
DE RÉPLICATION
Les virus Herpès simplex (HSV) appartiennent à la famille des Herpesviridae qui ont en commun une propriété biologique
remarquable, celle d’établir un état de latence dans l’organisme.
Ce
sont des virus à acide désoxyribonucléique (ADN) classés dans la
sous-famille des alphaherpesviridae (cycle de réplication rapide,
tropisme et siège de latence neuronal).
Deux types antigéniquement
différents, HSV1 et HSV2, sont infectants chez l’homme, qui
constitue le seul réservoir de virus, la contagion étant strictement
interhumaine.
Les particules virales, d’une taille de 150 à 200 nm,
ont une architecture caractéristique et sont constituées d’un génome
viral (ADN) contenu dans une capside protéique icosaédrique
(20 faces) faite de 162 capsomères, formés chacun de polypeptides
conférant l’antigénicité de groupe et d’espèce.
La capside est
entourée d’une enveloppe constituée d’un double feuillet lipidique
dans laquelle sont insérées des glycoprotéines.
Entre la capside et
l’enveloppe, existe une substance amorphe appelée tégument, essentiellement composée de protéines virales.
Les glycoprotéines présentes à la surface de l’enveloppe servent à
l’attachement du virus à des récepteurs membranaires, et à sa
pénétration dans la cellule.
Ces glycoprotéines d’enveloppe (11 sont
identifiées) constituent aussi la cible majeure de la réponse
immunitaire, humorale et cellulaire.
Le génome viral est un ADN linéaire double brin de 152 kD, qui
code plus de 80 protéines : de régulation, de structure, et des
enzymes nécessaires à la réplication de l’ADN viral, comme la
thymidine kinase et l’ADN polymérase.
Des différences antigéniques
et biologiques ont permis d’individualiser les deux types viraux
HSV1 et HSV2, mais ils possèdent un certain degré d’antigénicité
croisée.
Au cours de la primo-infection, l’enveloppe fusionne avec la
membrane cellulaire des kératinocytes muqueux ou épidermiques,
la capside est transportée jusqu’aux pores nucléaires, le génome viral
est libéré et transféré dans le noyau cellulaire où il est circularisé.
C’est là que débute la réplication du virus, qui exprime 70 protéines
au cours d’un cycle productif qui dure 18 à 20 heures, tel qu’il a pu
être précisément décrit in vitro dans des cellules en lignée
continue.
Ces protéines sont les produits d’expression de trois groupes de
gènes viraux qui interviennent dans un ordre rigoureusement
déterminé en trois phases successives :
– les gènes alpha (gènes très précoces) codent les protéines
régulatrices de la transcription des autres gènes viraux ;
– les gènes bêta (gènes précoces) codent les protéines enzymatiques
du métabolisme des acides nucléiques viraux et de la réplication du
génome viral ;
– les gènes gamma (gènes tardifs) codent les protéines structurales
des virions.
La nucléocapside est assemblée dans le noyau au contact de la
membrane nucléaire et de l’ADN viral encapsidé progressivement.
Les particules virales bourgeonnent à partir des membranes
nucléaire et cytoplasmique de la cellule infectée, à la surface
desquelles sont concentrées les glycoprotéines d’enveloppe.
Après
leur sortie du noyau, les virions sont transportés à travers le
cytoplasme dans des vésicules de Golgi, jusqu’à leur fusion avec la
membrane cellulaire et l’extrusion des virions hors de la cellule.
La synthèse de l’ADN viral exige la présence d’au moins sept
protéines enzymatiques virales dont l’ADN polymérase, nécessaires
et suffisantes à la réplication.
D’autres protéines, comme la thymidine kinase, impliquées dans le métabolisme des nucléotides
viraux, ou dans la réparation de l’ADN, ne sont pas indispensables.
L’ADN polymérase (codé par le gène pol) et la thymidine kinase
(gène tk) sont les cibles potentielles de la chimiothérapie antivirale,
notamment l’acycloguanosine (aciclovir), et l’étude des souches
résistantes a permis de mettre en évidence des mutations de ces
gènes qui aboutissent à une perte complète, ou à une diminution,
de l’activité enzymatique.
Le virus HSV possède enfin un système élaboré pouvant bloquer les
réponses de la cellule hôte à l’infection : en particulier, la
dégradation de peptides viraux, le mécanisme d’apoptose cellulaire
en réponse à l’agression virale, les synthèses cellulaires.
La
réplication virale entraîne donc un arrêt des synthèses cellulaires et
la destruction de la cellule.
B - PRIMO-INFECTION, LATENCE, RÉCURRENCES
:
Les sites les plus fréquents de l’infection HSV sont la peau et les
muqueuses, quel que soit le type de virus.
La période d’incubation
est d’environ 4 jours (2 à 12 jours).
Lors d’un premier contact avec HSV (primo-infection symptomatique ou asymptomatique), le virus
pénètre la muqueuse à la faveur d’une microabrasion (muqueuse
buccale, génitale) à la suite d’un contact direct avec des sécrétions
infectées ou avec une surface muqueuse.
La première cellule cible
de l’HSV est la cellule épithéliale sur laquelle le virus se fixe et où il
se multiplie, conduisant à une dégénérescence ballonnisante, avec
lyse des kératinocytes et production de cellules géantes mutinucléées
syncytiales.
En même temps se développe une réaction
inflammatoire d’abord à polynucléaires, puis lymphocytaire.
Très tôt pendant l’infection primaire, les particules virales infectent
les terminaisons nerveuses sensitives, et gagnent par voie rétroaxonale le corps neuronal dans le ganglion sensitif ou le
ganglion du système nerveux autonome correspondant. Une
multiplication virale se produit dans un très petit nombre de
neurones sensitifs permissifs.
C’est alors que va s’établir une
infection latente, qui commence environ 10 jours après le début de
l’infection et va durer toute la vie : le ganglion trigéminé pour
l’herpès orolabial, et le ganglion sacré pour l’herpès génital en sont
les sites les plus fréquents.
Cet état de latence, caractérisé par une persistance du génome viral
dans le noyau de certains neurones sous une forme linéaire, non
intégrée au génome cellulaire, représente pour le virus un avantage majeur : celui d’échapper à la réponse immune et aux drogues
antivirales qui n’agissent que sur la réplication.
Le mécanisme
cellulaire et moléculaire qui établit la latence n’est pas totalement
élucidé : la présence de facteurs spécifiques neuronaux serait
déterminante.
Cependant, au cours de la latence, on détecte dans les
noyaux des neurones des acide ribonucléique (ARN) transcrits, les LAT (latency-associated transcripts) signifiant qu’une fraction d’ADN
viral au moins est exprimée et cela dans un petit nombre de
neurones seulement : ils régleraient l’établissement de l’état de
latence dans les neurones.
La réactivation d’une infection ganglionnaire latente est à l’origine
des récurrences herpétiques cutanéomuqueuses.
Une réplication
virale à bas bruit dans un très faible nombre de neurones pourrait
suffire à entraîner une réactivation clinique, et des facteurs
spécifiques neuronaux pourraient aussi être responsables de la
réactivation virale (NGF [nerve growth factor], protéine oct-2).
La
migration du virus le long de l’axone, et sa réplication au niveau de
la peau ou de la muqueuse, produisent des lésions vésiculopustuleuses : c’est l’herpès récurrent, siégeant toujours au
même endroit ou dans une région proche.
Ces récurrences sont
souvent déclenchées par la fièvre, une maladie infectieuse, le stress,
le soleil, un traumatisme, des facteurs hormonaux et cela
en l’absence d’un nouveau contage.
Infections herpétiques et réponse
immune :
A - RÉPONSE HUMORALE :
La primo-infection herpétique, premier contact avec HSV, est suivie
de l’apparition relativement tardive d’anticorps spécifiques : environ
10 jours pour les immunoglobulines (Ig)M, et 15 jours pour les IgG
et les IgA. Les IgM disparaissent en 3 mois, alors que les IgG sont
persistantes.
Ces anticorps anti-HSV peuvent limiter l’infection, mais
n’empêchent pas la diffusion du virus et ne protègent nullement
l’individu contre les récurrences et les réinfestations. Ils ne jouent
aucun rôle dans l’infection latente.
Cependant, dans les modèles
animaux, ils limitent les réinfections par des souches exogènes, et
jouent un rôle majeur en bloquant la diffusion du virus vers le
système nerveux.
Les anticorps anti-HSV1 apparaissent dans l’enfance, alors que les
anticorps anti-HSV2 apparaissent dès le début de l’activité sexuelle,
à partir de l’âge de 15 ans.
L’intérêt diagnostique de la sérologie herpétique classique détectant
les anticorps anti-HSV dirigés contre des antigènes communs aux
deux types est limité, car elle ne permet pas de les distinguer.
Seule
une séroconversion a une valeur diagnostique au cours d’une primoinfection
herpétique.
La sérologie herpétique n’a aucun intérêt dans
les récurrences.
Les glycoprotéines d’enveloppe sont les antigènes essentiels
impliqués dans l’immunité humorale.
Les glycoprotéines G (gpG),
qui ont une homologie de séquence de 60 % entre les deux sérotypes
HSV, sont utilisées dans des tests sérologiques spécifiques de type,
récemment développés, utilisant comme antigènes les glycoprotéines
d’HSV1 (gpG1) et d’HSV2 (gpG2) pour différencier les deux types
d’infection virale.
Leur spécificité est telle que la découverte d’une
séropositivité HSV2 est synonyme d’infection herpétique, en
particulier génitale, toujours susceptible de réactivation.
Le test enzyme-linked immunosorbent assay (Elisa) est simple, précis, sensible
et spécifique.
Le western blot détecte des anticorps dirigés contre
plusieurs dizaines de protéines virales, glycoprotéines incluses : c’est
un test d’une grande spécificité et d’une excellente sensibilité,
permettant notamment de détecter une séroconversion précoce.
D’autres techniques sérologiques sont en cours d’évaluation.
Ces nouveaux tests sérologiques spécifiques sont particulièrement
utiles dans les études épidémiologiques de séroprévalence.
En
pratique clinique, leurs indications ne sont pas définies et sont en
cours d’évaluation.
B - IMMUNITÉ CELLULAIRE :
La réponse immunitaire cellulaire joue un rôle majeur dans le
contrôle de la sévérité de l’infection par l’Herpès simplex virus, aussi
bien lors de l’infection primaire que lors des récurrences.
Chez les
sujets immunodéprimés, les infections HSV sont plus sévères,
chroniques ou disséminées, ce qui n’est pas le cas des déficits
humoraux isolés.
Des ulcérations chroniques sévères dues à HSV
chez des patients infectés par le VIH traduisent un profond déficit
immunitaire (CD4 < 200/mL).
Les lymphocytes CD4 prolifèrent en
réponse à l’antigène HSV, mais la réponse cellulaire cytotoxique
n’empêche pas la réactivation et les récurrences, au cours desquelles
la réponse immune ne survient que lorsque des lésions
cytopathiques se produisent au niveau de la peau : elle peut alors
réduire l’intensité des lésions périphériques à un niveau
infraclinique.
Épidémiologie :
A - TRANSMISSION D’HSV :
L’homme est le seul réservoir de virus pour les HSV et la contagion
est strictement interhumaine.
L’infection à HSV1 touche le plus
souvent la moitié supérieure du corps, en particulier la région
céphalique (herpès orolabial, oculaire), mais des infections HSV2
sont possibles dans cette localisation. HSV2 est responsable des
lésions de la partie inférieure du corps (organes génitaux, fesses) et
des infections néonatales.
Dans la population générale, 60 à 80 %
des herpès génitaux (récurrences et primo-infection) sont dus à
HSV2.
HSV1 se transmet par contact direct (le plus souvent contact oral)
avec un sujet excrétant du virus lors d’une primo-infection, d’une
récurrence ou d’une excrétion virale asymptomatique présente aussi
dans la salive.
L’excrétion virale qui suit une primo-infection orale
dure 8 à 20 jours.
Elle est plus élevée dans les premières heures de
formation des vésicules, et décroît ensuite. Les sports de contact
(lutte, rugby) sont des circonstances possibles de contamination.
La
fréquence accrue des pratiques orogénitales favorise l’infection
génitale à HSV1 (15 à 40 %). Selon plusieurs études européennes, près de la moitié des premiers épisodes d’herpès génital sont dus
à HSV1 et chez la femme, c’est l’étiologie majoritaire de la
primo-infection.
La transmission d’HSV2 se fait par contact génital (et aussi par
contact orogénital).
La probabilité de transmission après un contact
est inconnue, mais elle est beaucoup plus probable si les symptômes
cliniques sont présents, qu’il s’agisse d’une primo-infection ou d’une
récurrence.
Cependant, l’excrétion virale asymptomatique est un
facteur majeur de transmission d’HSV2.
Selon des études
prospectives sur des couples hétérosexuels, le taux annuel de
transmission d’HSV2 était de 10 % (la transmission est plus
fréquente dans le sens homme-femme [19 %] que dans le sens
femme-homme [4,5 %]).
Par ailleurs, 70 % des contagions surviennent en période d’excrétion virale totalement asymptomatique.
De plus, une infection HSV1 antérieure a un effet
protecteur relatif vis-à-vis de la transmission d’HSV2 (antigénicité
croisée).
B - HERPÈS OROLABIAL :
L’herpès orolabial (HSV1) est très fréquent dans le monde.
Dans les
pays développés, 20 % des enfants de moins de 5 ans et 40 à 60 %
des adultes de 20 à 40 ans sont infectés par HSV1.
Cette prévalence
est plus élevée (70 à 80 %) dans les pays en voie de développement,
et chez les Noirs américains.
En France, 70 % des adultes sont séropositifs pour HSV1.
C - HERPÈS GÉNITAL :
En termes de santé publique, l’impact de l’herpès génital est
probablement sous-estimé, et pourtant toutes les données récentes
dans les pays développés montrent une progression de la maladie
depuis une vingtaine d’années : environ 107 millions de personnes
sont infectées dans le monde.
En Europe, l’herpès génital est estimé
à 6 300 000 cas et en France, il touche environ 2 millions de
personnes (600 000 poussées annuelles).
Quatre-vingts pour cent des
personnes infectées le sont de façon asymptomatique ou non
reconnue par le patient lui-même et/ou par le médecin, et seulement
20 % des personnes infectées sont effectivement reconnues comme
ayant un herpès génital.
L’acquisition d’HSV2 se fait à partir de l’âge de 15 ans, et les facteurs
de risque sont liés principalement à la sexualité, en particulier le
nombre élevé de partenaires sexuels, une sexualité précoce et des
antécédents de maladie sexuellement transmissible (MST).
Une
séropositivité HSV2 est un marqueur de l’infection herpétique
génitale, toujours susceptible de réactivation.
Les études de
séroprévalence donnent donc une idée beaucoup plus proche de la
réalité de l’épidémie.
Dans la population générale, les taux sont de
20 à 30 % pour la tranche d’âge des 15-29 ans, et de 35 à 60 % pour
les 60 ans.
En France, le taux de séropositivité HSV2 dans la
population générale est de 15 à 17 %.
Le taux passe à 57 % chez
les consultants de MST.
Dans une étude prospective australienne portant sur une cohorte de
3 306 femmes enceintes, le taux est de 11,3 %, et les facteurs de
risque indépendants associés à la séropositivité HSV2 sont l’âge, le
niveau socioéconomique bas, un herpès génital confirmé, un
partenaire ayant un herpès génital, la précocité des premiers
rapports, le nombre de partenaires sexuels, une infection antérieure
à Chlamydiae.
Comme dans le cas de l’herpès orolabial à HSV1, une infection
génitale HSV2 totalement asymptomatique peut se produire au
cours d’une infection primaire, mais s’accompagne d’une excrétion
virale dans les muqueuses génitales.
Une étude a montré que près
de 80 % des femmes n’ayant pas d’herpès génital cliniquement
patent, excrétaient du virus dans la région cervicale, vulvaire, ou périanale, et dans plusieurs de ces sites à la fois.
Cette excrétion
virale, observée également chez l’homme (pénis, urètre, anus, cavité
buccale), est plus fréquente dans les 7 jours précédant ou suivant
une récurrence clinique, mais surtout, elle est deux fois plus
fréquente dans les 3 mois suivant une infection primaire, et chez les
femmes ayant plus de 12 récurrences par an.
L’excrétion virale asymptomatique, qui traduit une réactivation de
l’infection HSV2, se produit même en l’absence d’antécédent
d’herpès génital, avec la même fréquence (3 à 5 % des jours) qu’en
cas d’antécédent d’herpès génital.
La PCR qui détecte HSV-ADN,
considérée comme une des techniques dont la sensibilité est très
supérieure à la culture virale, donne des taux de positivité HSV2
encore plus élevés (jusqu’à 28 %).
On ne peut donc plus considérer l’infection HSV comme une
maladie récurrente intermittente avec des périodes de latence plus
ou moins longues, mais l’herpès est devenu une maladie chronique
et contagieuse, même en dehors des crises où il existe une
réplication virale silencieuse.
D - HERPÈS NÉONATAL :
L’herpès néonatal est une maladie heureusement rare : en France,
son incidence est estimée à 0,3 à 1 pour 10 000 nouveau-nés, soit
environ 20 cas par an.
HSV2 est largement prépondérant (trois fois
sur quatre) et dans 70 % des cas, la contamination a lieu lors du
passage dans la filière génitale d’une patiente excrétrice du virus au
moment de l’accouchement.
Ce risque de contamination du foetus
augmente en cas de rupture prématurée des membranes de plus de
6 heures, et en cas de monitoring foetal par électrodes de scalp.
Le
risque d’herpès néonatal doit être modulé selon les circonstances
cliniques de l’infection maternelle et en fonction de la quantité de
virus excrété.
Ce risque est de 50 à 75 % en cas de primo-infection
symptomatique, 25 % si la primo-infection est asymptomatique, 4 %
chez une femme ayant des récurrences fréquentes, 0,4 % si
l’excrétion virale est asymptomatique.
Ainsi, une primo-infection symptomatique ou asymptomatique en
fin de grossesse est une situation où le risque d’herpès néonatal est
le plus élevé, situation la plus rarement observée.
À l’inverse, deux
tiers des herpès néonataux sont dus à des formes asymptomatiques
ou méconnues d’herpès génital de la mère.
Les populations à risque
dépistables sont donc les femmes séropositives pour HSV2 (risque
potentiel d’excrétion virale à l’accouchement), et les femmes
séronégatives pour HSV2 dont le partenaire a des récurrences
d’herpès génital.
La sérologie HSV spécifique de type peut trouver
là des indications utiles à la prévention d’un herpès néonatal.
La contamination du foetus in utero par voie transplacentaire lors
d’une primo-infection avec virémie est une éventualité rare mais
possible ou par voie transmembranaire.
En période néonatale, la
contamination du nouveau-né peut se faire à partir d’un herpès orolabial ou génital, symptomatique ou non, chez la mère ou dans
l’entourage de l’enfant.
Elle peut être aussi nosocomiale, à partir
d’un membre de l’équipe soignante ou d’un autre enfant infecté.
E - CO-INFECTION HSV-VIH ET VHC :
Les ulcérations génitales dont l’étiologie la plus fréquente est
devenue HSV2 dans le monde, facilitent considérablement les
portages et la transmission du VIH.
En Afrique et en Asie, le taux
de séroprévalence HSV2 est corrélé à la prévalence du VIH.
La coinfection
HSV-VIH y est très élevée, avec une prévalence de 30 à
80 % selon les populations étudiées.
L’herpès génital est devenu
l’infection sexuellement transmissible (IST) la plus fréquente chez
les personnes infectées par le VIH.
On estime qu’une IST,
ulcérative ou non augmente le risque de transmission d’HIV de trois
à cinq fois.
La séroprévalence HSV2 est associée à une augmentation
du risque VIH.
Cette co-infection fréquente VIH-HSV2 résulte pour une part du
même mode de transmission sexuelle des deux virus, mais aussi de
facteurs inflammatoires et tissulaires qui augmentent la contagiosité,
comme les autres IST, ulcéreuses ou non (sécrétions génitales).
Le VIH est fréquemment détecté dans les ulcérations génitales HSV2
de patients VIH-1 séropositifs, et l’on sait que les lymphocytes CD4
présents dans les lésions herpétiques sont les premières cibles pour
le VIH.
De plus, des études in vitro apportent des arguments en
faveur d’une synergie des deux virus, et du rôle de la charge virale
dans la transmission transcutanée du virus.
Des essais communautaires en Tanzanie et en Ouganda ont montré
que le traitement et la prévention des IST réduisaient le risque de
transmission du VIH.
Une stratégie thérapeutique et prophylactique
d’HSV2 devrait donc faire partie des mesures de protection contre
l’infection VIH.
Cette interaction entre les deux virus n’est pas seulement
épidémiologique, mais clinique, évolutive et réciproque.
L’infection HSV2 est susceptible de stimuler la réplication du VIH,
avec augmentation de la charge virale muqueuse et plasmatique.
Des études in vitro ont d’ailleurs confirmé qu’une co-infection HSV
et VIH de lymphocytes CD4 humains pouvait accélérer la réplication
du VIH.
Mais il n’a pas été démontré que l’infection HSV2
aggravait la progression de la maladie.
Une méta-analyse portant sur huit essais randomisés permet de
conclure que l’aciclovir apporte un bénéfice en termes de survie des
patients infectés par le VIH, avec baisse significative de l’ARN-VIH
plasmatique.
Réciproquement, il est bien établi que l’infection VIH aggrave, par
l’immunodépression qui l’accompagne, la maladie herpétique, en
majorant la fréquence et l’expression clinique des récurrences
(ulcérations chroniques) et en augmentant l’excrétion virale
asymptomatique.
Ces formes ulcéreuses chroniques et extensives
touchent 15 à 30 % des patients infectés par le VIH.
Une infection HSV2 est aussi un facteur de risque pour l’acquisition
d’une infection par le virus de l’hépatite C (VHC), comme une étude
vient de le souligner.
Manifestations cliniques de l’infection
herpétique :
La lésion initiale caractéristique est une vésicule à liquide clair sur
fond érythémateux, qui évolue en pustule, ulcération et croûte, sans
laisser de cicatrice.
Sur une muqueuse, elle prend plus vite l’aspect
d’une ulcération par érosion du toit de la vésicule.
A - HERPÈS OROFACIAL :
1- Primo-infection
:
Asymptomatique dans 90 % des cas, elle survient habituellement
dans l’enfance.
Patente dans 10 % des cas, elle est bénigne le plus
souvent, mais cliniquement plus sévère dans ses manifestations cutanéomuqueuses et générales que l’herpès récurrent.
Elle peut
s’accompagner d’atteintes viscérales, oculaires, méningoencéphaliques.
* Gingivostomatite aiguë
:
Le plus souvent due à HSV1, elle touche principalement l’enfant
entre 6 mois et 5 ans, plus rarement l’adulte.
Après une incubation
de 6 jours en moyenne (2 à 12 jours), la forme typique de l’enfant
réalise un tableau bruyant et fébrile à 39-40 °C, accompagnant une gingivostomatite touchant la partie antérieure de la cavité buccale :
la muqueuse rouge, hémorragique est parsemée de multiples
érosions aphtoïdes touchant les lèvres, qui sont érosives et
croûteuses.
Une pharyngite est parfois notée, et l’examen clinique
retrouve des adénopathies sous-angulomaxillaires, sousmentonnières,
sensibles et bilatérales.
La dysphagie, la fièvre, les
vomissements et le refus d’alimentation peuvent conduire à une
déshydratation, principale complication chez l’enfant.
L’évolution est le plus souvent favorable et se fait vers la guérison
en 10 à 15 jours, durée considérablement raccourcie par l’aciclovir.
* Autres localisations et formes atypiques
:
Conjonctivite aiguë ponctuée superficielle : le plus souvent unilatérale
et douloureuse, elle se traduit par une conjonctivite, un larmoiement,
une photophobie, un oedème des paupières et des adénopathies prétragiennes.
La survenue possible d’une kératite avec ulcérations
cornéennes superficielles impose une surveillance ophtalmologique.
Chez l’adulte jeune ou l’adolescent, une stomatite aiguë peut se
compliquer de pharyngite, laryngite, oesophagite herpétique.
La rhinite herpétique associe une rhinorrhée à des vésiculopustules
périnarinaires et des douleurs causalgiques très évocatrices.
2- Récurrences
:
* Herpès facial récurrent (herpès orolabial)
:
Survenant à la suite d’un facteur déclenchant, il siège avec
prédilection sur le bord externe d’une lèvre ou dans la bouche, la
région narinaire, le menton ou sur les joues.
Le début est marqué
par des signes fonctionnels : douleurs, prurit, sensation de cuisson,
précédant la survenue d’une tache rouge plus ou moins
oedémateuse, sur laquelle apparaissent des vésicules groupées en
bouquets (trois à 10, parfois plus) à contenu initialement clair, puis
trouble, pouvant confluer pour former une phlyctène à contour
polycyclique caractéristique, puis une ulcération qui se couvre de
croûtes noirâtres.
Ces lésions guérissent en 8 à 10 jours, laissant une
macule érythémateuse persistante ou une cicatrice rarement
indélébile.
Plusieurs poussées successives peuvent se produire avant
que ne survienne la guérison.
Il y a rarement des signes généraux,
mais parfois des névralgies du territoire du trijumeau.
On décrit des formes abortives, profuses, un herpès géant, des
formes subintrantes, une glossite, une ulcération orale unique, une gingivostomatite diffuse.
* Herpès facial développé dans les suites d’un resurfaçage cutané
(dermabrasion mécanique, laser pulsé CO2, laser Erbium ou peeling
moyen ou profond)
:
C’est une complication qui survient dans 5 à 7% des cas, et dont
l’évolution peut s’avérer sévère sur ce terrain momentanément
débilité par la destruction de l’épiderme et du derme, entraînant
une dépression immunitaire cutanée transitoire.
Il s’agit le plus
souvent d’une réactivation HSV1, et un traitement préventif par aciclovir est préconisé la veille de l’intervention pour une durée de
14 jours.
*
Herpès oculaire :
C’est la première cause de cécité d’origine infectieuse dans les pays
développés.
En France, on dénombre environ 60 000 cas d’herpès
oculaire par an, avec un risque de récidive de 25 à 45 % dans les
2 ans après le premier épisode.
HSV1 est le plus souvent en cause, et une atteinte cutanée ou labiale
est associée à l’atteinte cornéenne dans 72 % des cas, ce qui souligne
le rôle de l’auto-inoculation.
C’est donc un motif fréquent de
consultation, d’autant que les corticoïdes locaux fréquemment
utilisés en ophtalmologie peuvent aggraver et/ou déclencher le
tableau clinique en l’absence d’une couverture antivirale.
L’infection herpétique peut toucher la paupière (blépharite), la
conjonctive (conjonctivite), la cornée (kératite), mais aussi l’uvée et
la rétine (uvéite, rétinite), et les atteintes sont parfois associées.
Le
risque de cécité est dû en particulier à une atteinte cornéenne
profonde (kératite stromale) qui peut compliquer une forme
épithéliale superficielle dans 25 à 35 % des cas.
Le diagnostic repose sur l’examen à la lampe à fente, et la prise en
charge est de la responsabilité de l’ophtalmologiste.
Un traitement
préventif par aciclovir est préconisé en cas de récurrences fréquentes
(trois à quatre épisodes par an) ou en cas d’exposition à un facteur
déclenchant connu (chirurgie oculaire, exposition aux ultraviolets,
corticothérapie locale).
B - AUTRES FORMES D’HERPÈS CUTANÉ
:
Tous les sites cutanés peuvent être concernés par un herpès localisé
pouvant correspondre à une primo-infection ou à une récurrence
isolée.
L’herpès du doigt (panaris herpétique), après piqûre septique
(professions de santé, couturiers) doit être connu, car cette
localisation expose à des interventions chirurgicales intempestives
en cas de confusion avec un panaris à pyogènes.
De plus, la
transmission nosocomiale de l’herpès à partir de la main d’un
soignant a été démontrée, imposant le respect des précautions
d’hygiène par le personnel.
L’herpès gladiatorum est un herpès cutané diffus lié à la pratique d’un
sport de contact (lutte, rugby).
La transmission du virus se fait par
contact cutané direct, exposant au risque d’herpès cutané ou de
lésions érosives multiples aux sites de contact, pouvant
s’accompagner de signes généraux parfois sévères (fièvre, altération
de l’état général).
On citera encore l’herpès de la joue (inoculé par un baiser), l’herpès
du doigt de l’enfant (succion) ou l’herpès génital par contamination
non sexuelle.
C - SYNDROME DE KAPOSI-JULIUSBERG :
C’est l’infection herpétique d’une dermatose préexistante.
L’eczéma herpeticum est la forme la moins rare : c’est une infection
cutanée à HSV survenant chez un enfant présentant une dermatite
atopique en poussée, infection primaire dans 80 % des cas.
Il
complique une récurrence dans 20 % des cas.
Ce diagnostic doit être
envisagé devant l’aggravation ou la résistance au traitement de la
dermatite atopique.
Le tableau clinique, d’emblée inquiétant, débute
par une éruption de vésicules ombiliquées, groupées, puis
d’extension progressive à une partie du corps, pouvant même se
généraliser, et cela dans un contexte fébrile à 39-40 °C avec altération
de l’état général, adénopathies et oedème facial. Une atteinte oculaire
est possible.
L’éruption devient pustuleuse et croûteuse, et ne sera
pas confondue avec une impétiginisation de l’eczéma.
Des
complications neurologiques graves (méningoencéphalite), ou
viscérales, ou septicémiques sont possibles.
La gravité potentielle de
cette infection herpétique cutanée impose un traitement par aciclovir, utilisé chez l’enfant à la dose de 5 mg/kg/8 h par voie
intraveineuse.
D’autres dermatoses peuvent réaliser un tel syndrome, en particulier
chez l’adulte atteint de maladie de Darier, de syndrome de Sézary
ou autres dermatoses vésiculeuses, bulleuses ou érosives.
D - HERPÈS GÉNITAL (HG) :
1- Primo-infection :
Elle s’observe essentiellement chez l’adolescent et l’adulte jeune,
mais peut aussi se voir chez la petite fille.
Les premiers épisodes
d’HG ne correspondent pas toujours à une primo-infection vraie qui
est une infection à HSV2 (60 à 80 % des cas), qui suit le premier
contact génital après une période d’incubation de 2 à 10 jours, chez
un sujet HSV1-HSV2 séronégatif (cf encadré p 8).
La fréquence des formes symptomatiques varie de 20 à 60 % selon
les études ; l’infection à HSV1 est généralement moins sévère et les
récurrences moins fréquentes.
Souvent précédée de douleurs ou de sensations prurigineuses, de
paresthésies, de brûlures, d’une dysurie, d’un écoulement vaginal
ou urétral, l’éruption n’est pas toujours typique.
Chez la femme, la forme la plus typique est une vulvovaginite
vésiculo-ulcéreuse, entraînant une gêne considérable. Les vésicules,
vite érodées, laissent des ulcérations de quelques millimètres de
diamètre entourées d’un halo inflammatoire, et dont le fond est
recouvert d’un enduit blanchâtre.
Souvent bilatérales, elles peuvent
former des ulcérations extensives à toute la vulve, parfois à contour
polycyclique, et s’étendre aussi sur le périnée et à la racine des
cuisses.
Elles s’accompagnent d’un oedème vulvaire.
Les signes
généraux sont présents dans 30 à 60 % des cas avec fièvre, myalgies
et altération de l’état général, parfois même des signes méningés
(méningite lymphocytaire aiguë spontanément résolutive).
Souvent
plusieurs sites sont concernés : une atteinte vaginale est presque
constante avec écoulement vaginal : une cervicite souvent
asymptomatique, parfois érosive, une endométrite, une urétrite avec
dysurie.
Des adénopathies inguinales douloureuses sont bilatérales.
À côté des formes aiguës, il y a des formes plus discrètes, typiques
ou atypiques, une simple irritation, une fissure d’un pli, une
ulcération chronique, une cervicite isolée.
Chez l’homme, les symptômes locaux et généraux sont moins
bruyants, et consistent en érosions balanopréputiales avec
adénopathies ou vésiculopustules érosives sur le fourreau de la
verge.
Dans les deux sexes, une localisation anorectale peut entraîner une
rectite avec atteinte anale associée ou isolée, en particulier chez
l’homosexuel masculin.
Des symptômes anorectaux comme des douleurs, ténesmes, écoulement anal, peuvent s’accompagner de
paresthésies en selle et des membres inférieurs, de rétention urinaire,
d’impuissance…
Ce sont des complications transitoires.
Les lésions génitales de primo-infection guérissent en 8 à 15 jours,
en passant par une phase de crustation dans les zones cutanées.
Une
excrétion virale asymptomatique sur les muqueuses génitales peut
persister jusqu’à 20 jours après l’épisode initial, parfois jusqu’à
3 mois.
2- Herpès génital récurrent :
La fréquence des récurrences est très variable, parfois régulière chez
un même malade.
Elles sont moins fréquentes avec HSV1 (60 %)
qu’avec HSV2 (90 %).
Pour un tiers des patients, les récurrences sont
rares (moins de deux épisodes par an) ; un autre tiers se plaint d’au
moins deux récurrences annuelles, et un dernier tiers des patients a
plus de dix récurrences annuelles, un sérieux handicap personnel
et pour le couple, le problème étant encore plus complexe en cas
d’excrétion asymptomatique : « être en permanence un
contaminateur ».
Plusieurs études ont établi l’importance du
retentissement de l’HG sur la qualité de vie, l’impact
psychologique et le rôle du stress et du niveau anxiogène, qui
apparaissent comme des facteurs prédictifs des récurrences d’HG.
La récurrence est annoncée 24 heures à l’avance par des prodromes
comme une hypoesthésie ou une dysesthésie locale avec sensation
de cuisson au site éruptif, accompagnée rarement de signes
généraux modérés (céphalées, malaise général, névralgies de la
cuisse, de l’aine, du périnée).
C’est toujours un tableau beaucoup
moins bruyant que celui de la primo-infection.
L’éruption typique est un bouquet de vésiculopustules sur fond
érythémateux, évoluant vers des érosions ou des ulcérations à
contour polycyclique avec adénopathies sensibles.
Le siège est
fixe pour un même malade : région génitale externe ou peau périnéofessière.
La durée de la récurrence est de 8 à 10 jours. Ces
formes typiques ne sont pas les plus fréquemment observées, et ce
sont les formes atypiques qui rendent le diagnostic difficile.
Ce
sont des formes très atténuées ou éphémères ou cliniquement
atypiques morphologiquement (fissures ou ulcérations vulvaires,
érythème non spécifique, urétrite avec érosion du méat, cervicite ou
proctite isolée).
Leur diagnostic repose essentiellement sur la culture
virale et la PCR. Les localisations extragénitales (fesses,
périanales, cuisses, doigts, face) sont peu fréquemment observées
chez la femme.
La localisation anale peut dominer le tableau
clinique et se traduire par une anorectite inflammatoire.
Rappelons enfin la très grande fréquence des excrétions virales
asymptomatiques entre les récurrences cliniques, plus courtes
qu’après une primo-infection, mais observées même en l’absence
d’antécédent reconnu d’herpès, et qui sont la cause majeure
d’herpès néonatal.
L’herpès récurrent symptomatique peut être très invalidant : formes
ulcéreuses, profuses, récidivantes ou subintrantes.
Il peut causer un
handicap psychologique majeur, et devenir une véritable maladie
du couple, récidivant régulièrement après les rapports sexuels.
À long terme, la fréquence des récurrences décroît avec le temps
chez 75 % des patients infectés par HSV2, qu’ils aient été ou non
traités par aciclovir au long cours, d’où la nécessité de réévaluer,
chez les patients ainsi traités, l’intérêt de la poursuite du traitement.
Complications de l’infection
herpétique :
A - MÉNINGOENCÉPHALITE HERPÉTIQUE
:
C’est la cause la plus fréquente des encéphalites virales, entraînant
le décès de 70 % des patients en l’absence de traitement, et laissant
des séquelles neurologiques sévères chez la plupart des
survivants.
HSV1 en est la cause habituelle, faisant suite le plus
souvent à une réactivation qu’à une primo-infection.
L’immunodépression n’est pas un facteur favorisant.
Il s’agit d’une
encéphalite focale et nécrosante dont le tableau débute par de la
fièvre, des céphalées, puis des signes neurologiques en foyer,
traduisant une souffrance temporale ou temporofrontale :
convulsions focalisées, troubles psychiques, hallucinations auditives
ou olfactives.
L’évolution se fait vers un coma profond fébrile.
Le
diagnostic repose sur l’imagerie par résonance magnétique (IRM)
donnant des images plus précoces que le scanner, et sur la PCR dans
le liquide céphalorachidien.
Le pronostic a été spectaculairement
amélioré par l’aciclovir mis en oeuvre précocement avant le résultat
des examens ; on observe une réduction importante des décès et des
séquelles neurologiques.
B - HERPÈS DE L’IMMUNODÉPRIMÉ :
L’herpès de l’immunodéprimé chez l’adulte résulte presque
exclusivement d’une réactivation d’une infection HSV latente,
réactivation particulièrement fréquente sur ce terrain, où elle revêt
un tableau atypique sévère ou chronique.
C’est en particulier le cas
des patients greffés (moelle et organes), chez qui l’incidence de la
réactivation asymptomatique (excrétion virale) atteint 80 % des cas
en l’absence d’une prophylaxie antivirale.
Sont également
concernés des malades atteints de cancers, d’hémopathies malignes,
des patients sous immunosuppresseurs, et des personnes infectées
par le VIH.
Dans ce dernier cas, une infection herpétique chronique
(plus de 1 mois) ou viscérale (oesophagienne, bronchique,
pulmonaire) fait entrer le patient au stade C de la classification CDC
(Centers for Diseases Control), c’est-à-dire le stade du syndrome de
l’immunodéficience acquise (sida).
La région anogénitale est élective,
mais toutes les zones du corps sont exposées à l’infection chronique :
ulcérations buccales, linguales, oculaires, anales, viscérales, cutanées.
Il faut avoir la biopsie facile devant toute atteinte cutanée chronique
chez de tels patients pour réaliser une culture virale et/ou une PCR.
Les infections herpétiques post-greffes étaient fréquentes et graves
avant l’apparition des traitements antiviraux, justifiant une
prophylaxie efficace de règle.
Des réactivations sont encore possibles,
en raison de l’émergence de souches HSV résistantes à l’aciclovir
chez 5 % des patients immunodéprimés (versus 0,5 % chez
l’immunocompétent).
La mucite herpétique est souvent sévère,
marquée par des ulcérations nécrotiques douloureuses des lèvres,
de la région péribuccale pouvant s’étendre à la face et à la cavité
buccale, rendant toute alimentation impossible. Les localisations
ano-génito-périnéales sont plus rares.
L’évolution est possible vers une dissémination aiguë cutanéomuqueuse, voire viscérale.
L’oesophagite est la plus
fréquente des atteintes viscérales, et s’observe aussi chez le patient
infecté par le VIH, lorsque le taux de CD4 est inférieur à 50/mL.
Révélée par une dysphagie, des douleurs thoraciques, des
vomissements, une hémorragie, de la fièvre, elle est découverte à la
fibroscopie oesophagienne, qui montre des ulcérations
pseudomembraneuses ou encore des lésions vésiculeuses.
La biopsie
et les prélèvements viraux confirmeront le diagnostic.
Une
pneumopathie bilatérale peut aussi s’observer dans le cadre d’une
atteinte multiviscérale (reins, foie, surrénales) ou méningoencéphalique,
mais ces cas sont devenus exceptionnels.
C - ÉRYTHÈME POLYMORPHE :
L’herpès récurrent est la cause la plus fréquente d’érythème
polymorphe postinfectieux.
Cette éruption, qui touche volontiers
l’adulte jeune avec une prédominance masculine légère, débute 7 à
21 jours après la poussée d’herpès, et guérit en 1 à 4 semaines.
L’éruption est constituée de maculopapules rouge foncé de 2 à 3 cm
de diamètre prenant l’aspect en cocarde caractéristique sur les sites
cutanés (mains, poignets, coudes, genoux, chevilles), et d’érosions
ou ulcérations muqueuses très douloureuses (lèvres, bouche).
L’évolution se fait par poussées successives souvent fébriles mais
rarement subintrantes.
La récidive est possible à chaque récurrence,
et justifie alors une prophylaxie virale au long cours.
La PCR sur biopsie objective des antigènes herpétiques dans les
lésions cutanées, mais aucune particule virale n’est détectée.
L’expression des gènes HSV pourrait être à l’origine d’une réaction
d’hypersensibilité cutanée qui caractérise l’érythème polymorphe.
D - HERPÈS NÉONATAL :
L’herpès néonatal se manifeste sous la forme de trois tableaux
cliniques de morbidité et de pronostic différents : un herpès localisé
(peau, yeux, bouche) dans 40 % des cas, une méningoencéphalite
dans 45 % des cas, et une forme disséminée polyviscérale et
septicémique dans 25 % des cas.
Quatre-vingt-quinze pour cent
des enfants sont contaminés en période péri- et post-partum, et le
traitement antiviral intraveineux administré très précocement a
transformé le pronostic en réduisant la morbidité et la mortalité.
La forme la moins sévère est l’herpès localisé dont la mortalité est
exceptionnelle, mais qui peut s’accompagner de complications
neurologiques dans 30 % des cas, malgré le traitement antiviral.
La méningoencéphalite néonatale, qui se traduit par de la fièvre, des
convulsions et un coma, peut s’accompagner de signes oculaires et
cutanéomuqueux.
Le liquide céphalorachidien révèle la présence de
lymphocytes (50 à 100/mL) avec protéinorachie et baisse du glucose.
La mortalité est fortement réduite sous traitement antiviral (15 %), mais des séquelles sont encore fréquentes (65 % des cas)
(microcéphalie, retard psychomoteur, cécité).
Quant à la forme
disséminée polyviscérale et septicémique avec hépatosplénomégalie,
syndrome hémorragique avec coagulation intravasculaire
disséminée (CIVD), atteinte pulmonaire et cérébroméningée, sa
mortalité reste élevée (50 %) et les séquelles neurologiques
fréquentes (41 %) malgré l’aciclovir intraveineux.
La PCR appliquée aux prélèvements biologiques, en particulier dans
le sang et le liquide céphalorachidien, est un apport considérable au
diagnostic des infections herpétiques néonatales.
La prévention
de l’herpès néonatal repose sur l’évaluation du risque, la décision
de la césarienne et l’administration d’aciclovir.
Diagnostic biologique de l’infection
herpétique :
A - CYTODIAGNOSTIC (TZANCK) ET BIOPSIE CUTANÉE
:
Le cytodiagnostic est réalisé sur frottis obtenu par raclage des lésions
cutanéomuqueuses et coloration de May-Grünwald-Giemsa.
On
observe au microscope des cellules ballonnisantes acantholytiques
avec un ou plusieurs noyaux.
C’est un examen simple et rapide,
mais non pathognomonique (même aspect dans la varicelle et le
zona).
B - DÉTECTION DE L’ANTIGÈNE HSV :
1- Immunofluorescence directe :
Les prélèvements (produits de raclage des lésions cutanées,
cornéennes, cellules centrifugées, biopsies cutanées) sont recouverts
d’anticorps monoclonaux HSV1 et HSV2 marqués à la fluorescéine
permettant le sérotypage.
Cette technique détecte par immunomarquage enzymatique
l’antigène viral sur les prélèvements.
Ces deux techniques sont rapides d’exécution, mais de sensibilité
moyenne.
Elles exigent un milieu de transport à + 4°.
C - ISOLEMENT EN CULTURE ET IDENTIFICATION
DES VIRUS :
C’est la méthode de référence apportant la certitude du diagnostic.
Le produit de prélèvement doit être porté au laboratoire dans un
milieu de transport ou à +4°, dans un délai n’excédant pas 4 heures.
Après mise en culture sur cellules diploïdes humaines, MRC-5, les
plus couramment utilisées, les virus se multiplient rapidement, et
on observe un effet cytopathogène après 1 à 4 jours d’incubation à
36°.
L’identification et le typage sont réalisés à l’aide d’anticorps
monoclonaux spécifiques d’HSV1 et HSV2.
L’isolement des virus est
indispensable pour déterminer leur sensibilité aux antiviraux.
D - PCR (« POLYMERASE CHAIN REACTION »)
:
Cette technique fait appel à l’amplification des séquences d’ADN
viral, permettant la détection de virus en très faible quantité dans
un tissu suspect.
C’est la méthode la plus sensible à l’heure actuelle,
et aussi la plus coûteuse.
C’est aussi la méthode de choix pour le
diagnostic de la méningoencéphalite herpétique.
Elle est aussi très
utile pour détecter une excrétion virale asymptomatique ou une
lésion tardive.
E - SÉROLOGIES ANTIHERPÉTIQUES SPÉCIFIQUES DE TYPE
:
La valeur et l’intérêt diagnostiques des sérologies antiherpétiques
spécifiques de type ne sont pas encore définis.
Une séropositivité
HSV2, marqueur d’une infection latente, peut se révéler utile dans
certaines formes atypiques d’herpès génital (culture virale négative).
La sérologie HSV2 peut aussi apporter des renseignements utiles
chez les couples sérodifférents et chez la femme enceinte, pour
apprécier au mieux les risques d’herpès néonatal.
Diagnostics différentiels :
Devant un herpès buccal, on élimine une aphtose buccale, une
érosion bulleuse (pemphigus vulgaire, érythème polymorphe), une
érosion post-traumatique, une kératose érosive, une stomatite
bactérienne.
En présence d’un herpès cutané, le bouquet de vésiculopustules groupées sur une macule érythémateuse est
facilement reconnu.
Le zona a une disposition métamérique. Un
impétigo croûteux péribuccal est facilement confondu avec un
herpès croûteux.
Devant un herpès génital, il faut éliminer les autres causes
d’ulcérations génitales : syphilis primaire, chancre mou, chancre
scabieux, Candida, traumatisme, aphte génital, lichen érosif,
pyodermite.
Enfin, une ulcération anale chez un immunodéprimé
doit faire discuter un cancer du canal anal, car cette population est
exposée à ce risque en raison de la prévalence élevée des infections
à human papilloma virus (hPV) à risque oncogène.
Des ulcérations
buccales, linguales, génitales à HSV peuvent évoquer aussi une
ulcération causée par une réactivation d’une infection à
cytomégalovirus (CMV), une ulcération iatrogénique (foscarnet), des
ulcérations aphtoïdes récurrentes observées chez les patients VIH
positifs, régressives sous thalidomide.
Des ulcérations diffuses des lèvres et de la muqueuse buccale font
discuter une mucite radique ou toxique, chez un patient traité par
chimiothérapie.
Une dissémination éruptive herpétique peut aussi
évoquer un zona généralisé ou une varicelle ; la culture virale ou la
PCR apporte la réponse étiologique.
Traitement :
La découverte de l’activité antiherpétique de l’aciclovir (ACV) date
de 1977 et a valu à Gertrude B Elion et Georges Hitchings, entre
autres travaux, le prix Nobel de médecine et de physiologie en 1988.
L’acycloguanosine, la molécule qui est un analogue nucléosidique
original, est le prototype de la molécule antivirale efficace spécifique
et peu toxique.
Une méta-analyse de 30 essais randomisés versus
placebo (3 364 patients) vient de confirmer l’efficacité clinique élevée
de l’ACV, l’absence d’effets secondaires et de résistances acquises
chez l’immunocompétent.
Le bénéfice de l’ACV excède largement
les risques dans tous les scénarios cliniques.
De plus, l’ACV
améliore la qualité de vie des patients ayant un herpès récurrent.
A - TRAITEMENT DE LA PRIMO-INFECTION HERPÉTIQUE
:
Le traitement de la primo-infection herpétique (orale ou génitale)
repose sur l’ACV par voie générale : Zoviraxt comprimés à 200 mg,
cinq par jour pendant 10 jours.
Chez l’enfant de plus de 2 ans, la
posologie est identique à celle de l’adulte.
En dessous de 2 ans, la
posologie est ajustée en fonction de la surface corporelle (250 mg/m²
toutes les 8 heures).
Une suspension buvable est préconisée chez
l’enfant.
Dans les formes sévères et chaque fois que la voie orale est
impossible, on préconise la voie intraveineuse (250 mg/flacon) à la
dose de 5 mg/kg toutes les 8 heures pendant 8 jours.
Une précaution
d’utilisation est rappelée chez l’insuffisant rénal.
L’autre molécule à avoir l’autorisation de mise sur le marché (AMM)
dans cette indication est le valaciclovir (Zélitrext comprimés 500 mg,
deux par jour pendant 10 jours) qui, en raison d’une meilleure
biodisponibilité, a l’avantage d’une posologie réduite pour une
même efficacité.
Le famciclovir (Oravirt comprimés 250 mg, trois par jour) a une
efficacité comparable, et vient d’obtenir l’AMM dans cette indication,
mais n’est pas commercialisé en France.
L’adjonction d’un traitement local n’a pas d’intérêt démontré.
Les
signes cliniques régressent rapidement dès l’instauration du
traitement, et l’évolution est considérablement raccourcie.
Le
traitement évite les complications, mais ne prévient pas la survenue
ultérieure des récurrences, quelle que soit la précocité de sa mise en
route.
Une étude a montré une réduction de 90 % de l’excrétion
virale asymptomatique dans tous les sites anatomiques et chez tous
les patients.
Cela signifie aussi que 10 % des femmes sous
traitement par ACV excrètent encore du virus et peuvent le
transmettre.
Aucune étude n’est actuellement disponible sur
l’efficacité d’ACV sur la transmission d’HSV.
B - TRAITEMENT DE L’HERPÈS RÉCURRENT
:
L’herpès orolabial, pour les épisodes peu fréquents, peut être traité
par des topiques antiviraux qui raccourcissent légèrement
l’évolution : idoxuridine (Iduvirant collyre, gel V Post), ibacitabine
(Cuterpèst), aciclovir gel (Zoviraxt) à raison de quatre à six
applications quotidiennes.
Le traitement oral par aciclovir ou
valaciclovir n’est indiqué qu’en cas de récurrences locorégionales
sévères : Zoviraxt 200, cinq comprimés par jour pendant 5 jours ou
Zélitrext 500, deux comprimés par jour pendant 5 jours.
Le traitement de l’herpès génital récurrent par aciclovir per os
n’apporte qu’un bénéfice limité, en réduisant de 1 à 2 jours la durée
d’évolution, à la dose de 200 mg cinq fois par jour pendant 5 jours.
Le valaciclovir, à la dose de 500 mg deux fois par jour pendant 5
jours, a une efficacité comparable.
On recommande ce traitement
oral dans les formes sévères entraînant une gêne importante, et en
cas de risque de contagion (Conférence de consensus, Société
française de Dermatologie, 7 novembre 2001).
Aucun traitement
local n’a fait la preuve de son intérêt.
C - TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE :
L’ACV, le valaciclovir, le famciclovir par voie orale ont prouvé leur
efficacité dans la prévention des récurrences herpétiques.
Les
récurrences d’herpès génital sont réduites de 80 %, et le traitement
prévient les récidives chez 25 à 30 % des patients.
L’ACV (400 mg
deux fois par jour) est le seul antiviral évalué dans la prévention de
l’herpès labial récurrent : il est proposé en cas de récurrences
fréquentes (plus de six par an).
Ce traitement est proposé aux
mêmes doses dans l’herpès génital récurrent (au moins six
récurrences annuelles) ou Zélitrext 500, un comprimé par jour.
Le famciclovir n’a pas d’AMM en France dans cette indication.
D - TRAITEMENT DE L’HERPÈS DE L’IMMUNODÉPRIMÉ
:
Le traitement curatif de l’herpès cutanéomuqueux de
l’immunodéprimé nécessite la voie veineuse dans les formes
sévères : Zoviraxt 250 mg/m² toutes les 8 heures chez l’enfant, ou
10 mg/kg toutes les 8 heures chez l’adulte.
Ces doses sont doublées
dans les formes très sévères, en particulier en cas de méningoencéphalite.
Chez les greffés d’organes, et en particulier les greffés de moelle, un
traitement préventif systématique est maintenant la règle, en raison
de son efficacité qui a fait pratiquement disparaître les
manifestations cliniques.
Le traitement est donné dès la greffe et
pour une durée minimale de 2 à 3 mois, jusqu’au début de la
reconstitution immunitaire.
L’ACV est administré par voie
intraveineuse pendant les 3 premières semaines (5 mg/kg deux fois
par jour chez l’adulte, 250 mg/m² deux fois par jour chez l’enfant),
puis relais per os à la dose de 200 mg quatre fois par jour.
En cas
d’insuffisance rénale, la dose est adaptée à la clairance. Le Zélitrext
a la même efficacité.
Des cas de résistance à l’ACV sont observés dans 5 à 7% des cas
chez l’immunodéprimé, en particulier chez les patients infectés par
le VIH traités au long cours pour des herpès chroniques.
Le
traitement alternatif de choix est le foscarnet (Foscavirt), efficace à
la dose de 60 mg/kg par 8 heures, dont le mode d’action et le
mécanisme de résistance sont différents.
Dans les cas plus rares de
résistance à ces deux antiviraux, le cidofovir (Vistidet) peut être
proposé, à la dose de 5 mg/kg en perfusion une fois par semaine.
La toxicité rénale de ces drogues impose une surveillance attentive
de la fonction rénale.
E - TRAITEMENT CURATIF ET PRÉVENTION
DE L’HERPÈS NÉONATAL
:
La gravité de l’herpès néonatal, et les risques élevés de mortalité ou
de séquelles neurologiques, imposent un traitement précoce sans
attendre la confirmation virologique.
La dose recommandée d’ACV
intraveineux est de 60 mg/kg/j pendant 21 jours pour les formes
neurologiques et disséminées, et de 14 jours pour les formes
localisées (Conférence de consensus 2001).
Un traitement
présomptif est proposé chez le nouveau-né qui présente une
méningite ou une méningoencéphalite d’allure virale, lorsque le père
ou la mère ont des antécédents d’herpès génital ou
cutanéomuqueux, avec une posologie recommandée pour le
traitement curatif ; ce traitement présomptif est interrompu si
l’évolution et les résultats virologiques infirment le diagnostic
(Conférence de consensus 2001).
L’utilisation de l’ACV et du valaciclovir est également recommandée
chez la femme enceinte, dans certaines indications (aucune
embryopathie n’a été signalée à ce jour).
En cas de primo-infection
ou infection initiale non primaire, survenant pendant le mois qui
précède l’accouchement, l’ACV est prescrit, à la dose de 200 mg cinq
fois par jour per os jusqu’à l’accouchement.
Une étude a montré
l’intérêt de l’ACV 400 mg trois fois par jour, de la 36e semaine de
gestation jusqu’à l’accouchement, chez la femme enceinte ayant
présenté un épisode primaire avant le dernier mois de grossesse : ce
traitement diminue le taux de césariennes et le nombre de
récurrences au moment de l’accouchement.
La césarienne est indiquée dans tous les cas où il existe des lésions
herpétiques pendant le travail, qu’il s’agisse d’une primo-infection
ou d’une récurrence.
Elle est discutée en l’absence de lésions
herpétiques, s’il n’y a pas eu de traitement antiviral de l’épisode
primaire survenu au cours du dernier mois.
L’accouchement par
voie basse est autorisé si cet épisode primaire a été traité par ACV
ou s’il date de plus de 1 mois.
Une récurrence herpétique pendant la grossesse est traitée par ACV
selon les modalités habituelles.
La césarienne est recommandée en
cas de lésions herpétiques au moment du travail, et discutée si le
début de l’épisode remonte à moins de 1 semaine.
L’accouchement
par voie basse est autorisé si la récurrence date de plus de 7 jours
(Conférence de consensus 2001).
Dans toutes ces situations, les examens virologiques constituent une
aide à la décision (culture virale et/ou détection d’antigènes).
Les prélèvements sont réalisés devant des lésions
suspectes d’herpès génital, pour confirmer l’infection HSV au cours
de la grossesse, durant le dernier mois et au moment de
l’accouchement.
En cas d’antécédents d’herpès génital, avant ou
pendant la grossesse, un prélèvement systématique pour culture, au
niveau de l’endocol, est conseillé à l’entrée au travail.
Rappelons enfin qu’il n’y a plus d’intérêt à réaliser une césarienne
quelle que soit la situation clinique, si la rupture des membranes a
eu lieu depuis plus de 6 heures.
Des prélèvements oculaires et pharyngés sont réalisés chez le
nouveau-né (détection d’antigènes HSV et/ou culture) si la mère
présente lors du travail des lésions évocatrices d’herpès, ou si elle a
des antécédents d’herpès génital.
Il faut rappeler cependant que des
cultures négatives réalisées à la naissance n’autorisent pas à éliminer
le diagnostic.