Hernies de l’aine
:
Ce chapitre regroupe l’étude des hernies inguinales et
crurales (qu’il faut appeler maintenant hernies fémorales
selon la nomenclature internationale).
Ce regroupement
est justifié par l’anatomie et la physiopathologie.
A - Physiopathologie
:
La région inguino-fémorale constitue la frontière entre
l’abdomen et le membre inférieur.
À ce niveau, il existe
un point faible pariétal autour de 2 voies de passage :
l’une superficielle pour le cordon spermatique chez
l’homme et le ligament rond chez la femme, l’autre profonde
pour le pédicule vasculaire du membre inférieur.
Du fait de la station debout, cette région « fragilisée » doit supporter toutes les variations de la pression abdominale
: des diverticules du péritoine peuvent progressivement
s’extérioriser, entraînant la formation de hernies.
1- Anatomie de la région de l’aine :
Avec Fruchaud, on peut considérer que toutes les hernies
de l’aine passent à travers un orifice pariétal unique :
l’orifice musculo-pectinéal.
Cet orifice est limité par un cadre ostéo-musculaire
formé en bas par le bord supérieur de la branche iliopubienne
de l’os coxal doublée du ligament de Cooper,
en haut par le bord inférieur des muscles obliques interne
et transverse, en dehors par le muscle psoas et en
dedans par le bord interne du muscle droit renforcé par
le tendon conjoint.
En avant, l’orifice musculo-pectinéal est séparé
en 2 étages par le ligament inguinal (anciennement
dénommé « arcade crurale ») qui correspond à l’enroulement
des fibres les plus inférieures de l’aponévrose du
muscle oblique externe qui passent en pont de l’épine
iliaque antéro-supérieure à l’épine du pubis.
L’étage
supérieur ou inguinal est au-dessus du ligament inguinal ;
il laisse passer le cordon spermatique chez l’homme et
le ligament rond chez la femme et il donne une issue aux
« hernies inguinales ».
Il est recouvert en avant par
l’aponévrose de l’oblique externe qui représente la face
antérieure du canal inguinal.
L’étage inférieur fémoral
(ou crural) laisse passer le pédicule du membre inférieur
et donne une issue aux hernies fémorales (crurales).
En arrière, l’orifice musclo-pectinéal est obturé par le
fascia transversalis : cette structure qui correspond au
feuillet profond de l’aponévrose du muscle transverse
s’insère en bas sur le ligament de Cooper.
Ce fascia
émet 2 prolongements en forme de gaine qui vont envelopper
les éléments anatomiques qui passent par l’orifice musculo-pectinéal.
À l’étage inguinal, le fascia transversalis s’évagine autour du cordon pour en former
la gaine fibreuse commune.
À l’étage fémoral, il continue
en forme de tromblon autour des vaisseaux fémoraux
et se prolonge par la gaine vasculaire.
Enfin, il présente
plusieurs renforcements conjonctifs : le ligament
de Hesselbach, condensation conjonctive autour des
vaisseaux épigastriques inférieurs en dedans de l’orifice
inguinal profond, et la bandelette ilio-pubienne disposée
parallèlement au ligament inguinal.
L’étage supérieur inguinal de l’orifice musculo-pectinéal,
limité en haut par le bord inférieur du muscle oblique
interne et transverse et en bas par le ligament inguinal,
présente 3 fossettes : la fossette inguinale externe est en
dehors de l’artère épigastrique inférieure renforcée par le
ligament de Hesselbach ; c’est à son niveau que s’ouvre
l’orifice profond du canal inguinal qui donne passage au
cordon spermatique chez l’homme et au ligament rond de l’utérus chez la femme.
La fossette inguinale moyenne se
situe entre les reliefs de l’artère épigastrique inférieure en
dehors et de l’artère ombilicale en dedans. La fossette
inguinale interne est située entre l’artère ombilicale en
dehors et l’ouraque en dedans.
L’étage inférieur fémoral (ou crural) est occupé dans son
compartiment externe par le muscle psoas iliaque renforcé
en dedans par la bandelette ilio-pectinée.
Le compartiment
interne représente le seul point faible de la
région : c’est l’anneau fémoral (ou anneau crural) limité
en dehors par le psoas, en bas par la branche ilio-pubienne
doublée du ligament de Cooper, en haut par le ligament
inguinal, en dedans par le ligament lacunaire de
Gimbernat constitué par les fibres les plus internes de
l’aponévrose de l’oblique externe.
Il donne passage au
pédicule fémoral.
2- Formes topographiques des hernies de l’aine :
En fonction de ces données anatomiques, on peut en
distinguer 2 types.
• Les hernies inguinales apparaissent au-dessus du ligament
inguinal et se développent dans le canal inguinal.
On en distingue 2 sortes :
– les hernies indirectes (anciennement dénommées hernies
obliques externes) s’extériorisent par l’orifice inguinal profond en dehors des vaisseaux épigastriques
inférieurs.
Chez l’homme, elles accompagnent le trajet
du cordon spermatique et se développent vers les
bourses.
Chez la femme, elles accompagnent le ligament
rond et se développent vers la grande lèvre vaginale ;
– les hernies directes franchissent le fascia transversalis
généralement au niveau de la fossette inguinale moyenne,
au-dedans de l’artère épigastrique inférieure
– les hernies obliques internes très rares sont surtout des curiosités
anatomiques.
Elles franchissent le fascia transversalis
dans l’aire de la fossette inguinale interne entre artère
ombilicale et ouraque.
• Les hernies fémorales (ou crurales) se développent au
travers de l’anneau fémoral, dans l’immense majorité
des cas au-dedans des vaisseaux fémoraux.
À l’étroit
dans un anneau rigide (ligament inguinal en haut, ligament
de Cooper en bas, ligament lacunaire de Gimbernat en dedans), elles sont le plus souvent de petit
volume, donc de diagnostic difficile, et se compliquent
souvent d’étranglement.
Très rarement, elle peuvent
apparaître au devant ou en dehors des vaisseaux fémoraux
: se sont les hernies prévasculaires.
3- Mécanisme d’apparition des hernies :
À partir de cette conception anatomique de la région inguino-fémorale, il est possible de distinguer 2 variétés
de hernie de l’aine.
• Les hernies congénitales sont caractérisées par la
persistance complète ou incomplète du canal péritonéovaginal
alors que les éléments anatomiques de la région
sont normaux.
Le canal péritonéo-vaginal est en principe
fermé à la naissance chez 40 % des enfants et peut encore
se fermer chez les autres pendant la 1re année.
Ce canal
met en communication la cavité péritonéale et la vaginale
testiculaire chez le garçon.
Chez la fille, la perméabilité
du canal péritonéal accompagnant le ligament rond
(le canal de Nuck) s’accompagne souvent d’une ectopie
ovarienne pouvant entraîner une hernie de l’ovaire et de
la trompe.
La fermeture normale du canal péritonéovaginal
laisse en place un vestige : le ligament de
Cloquet.
Les hernies congénitales passent toujours par l’orifice
profond du canal inguinal et sont donc toujours des hernies
inguinales indirectes (obliques externes).
Elles se
rencontrent chez les nourrissons, l’enfant et l’adolescent,
mais aussi chez l’adulte jeune chez lequel elles se
révèlent souvent à l’occasion d’un effort sportif.
Chez
l’enfant ou l’adulte jeune, elles peuvent être associées à
des formations vestigiales telles que le kyste du cordon
ou l’hydrocèle vaginale.
• Les hernies acquises ou hernies de faiblesse apparaissent
plus tard dans la vie, chez l’adulte ou le vieillard, en
raison de la faiblesse des structures musculaires et aponévrotiques.
Elles sont plus fréquentes chez l’homme et
apparaissent sous l’action conjuguée de différents facteurs
: les facteurs qui favorisent l’affaiblissement des
structures musculo-aponévrotiques (âge, sédentarité,
obésité ou amaigrissement massif, grande multiparité).
Certains auteurs évoquent une véritable maladie du collagène
avec trouble de la synthèse.
Des études histologiques
ont montré chez des patients porteurs de hernie
une dégénérescence lipomateuse, une néovascularisation
conjonctive et une désorganisation des fibres aponévrotiques
et tendineuses.
Ainsi, les hernies de faiblesses
apparaissent toujours comme la conséquence
d’une faiblesse du fascia transversalis ; les facteurs d’hyperpression intra-abdominale, qu’il s’agisse de circonstances
pathologiques (toux chronique, constipation,
dysurie, ascite) ou d’efforts physiques répétés, professionnels
ou sportifs.
Ces hernies acquises sont essentiellement représentées
par les hernies inguinales directes et par les hernies
fémorales, mais il peut s’agir aussi de hernies inguinales
indirectes qui se développent à travers un orifice inguinal
profond élargi et affaibli.
La distinction entre hernie congénitale et hernie de faiblesse
est cependant insuffisante pour décrire tous les
types de hernie et de nombreux auteurs ont proposé une
classification permettant de ranger les différents types
de hernie dans des groupes homogènes.
Une des classifications
les plus utilisées est celle de NYHUS qui individualise
: les hernies de types I correspondant à des
hernies inguinales indirectes avec orifice inguinal profond
normal ; les hernies de type II correspondant à des
hernies inguinales indirectes avec orifice profond élargi
mais plancher du canal inguinal normal ; les hernies de
type III subdivisées en 3 catégories : le type IIIa regroupant
toutes les hernies directes, le type IIIb correspond à
l’association hernie indirecte et hernie directe.
Les hernies
de type IIIc sont les hernies fémorales ; les hernies
de type IV sont les hernies récidivées.
Elles peuvent être
de type direct (IVa), indirects (IVb), fémoral (IVc) ou
combiner différents types anatomiques (IVd).
4- Contenu herniaire :
Tous les organes peuvent se rencontrer dans le sac,
en particulier les organes mobiles et les organes de
voisinage.
On retrouve généralement le grand épiploon réalisant une épiplocèle, ou plus souvent encore l’intestin grêle.
Le
côlon est fréquemment retrouvé dans les volumineuses
hernies inguino-scrotales du côté gauche.
Il peut donner
lieu à une forme anatomique particulière, la hernie par
glissement : dans ce cas, le fascia d’accolement (ici le fascia
de Todt gauche) descend en même temps que le côlon
et l’on ne trouve donc pas de sac à ce niveau.
La méconnaissance
de cette éventualité peut entraîner une effraction
colique au cours de l’intervention.
La vessie appartient presque toujours au contenu des
hernies directes à large collet.
Cette situation peut donner
lieu à des troubles urinaires et peut obliger le patient
à réduire sa hernie pour obtenir une miction.
L’urographie intraveineuse peut montrer le diverticule
vésical intra-herniaire.
À droite, on peut parfois retrouver l’appendice dont
la pointe ou la totalité sont dans le sac, ou encore un
glissement complet du cæcum lorsque la hernie est
volumineuse.
La présence dans le sac herniaire d’un diverticule de Meckel réalise la classique hernie de Littré.
Enfin, chez le cirrhotique, le contenu herniaire peut
être représenté par du liquide d’ascite : en position
debout, la hernie est volumineuse mais elle se vide
en position couchée.
B - Diagnostic :
1- Examen clinique :
Le diagnostic de hernie se fait essentiellement par
la clinique.
Le patient consulte en général pour une
tuméfaction de l’aine.
L’interrogatoire en précisera les
modalités d’apparition, récente ou ancienne, progressive
ou au contraire brutale et douloureuse à la suite d’un
effort physique ou au cours d’un effort de toux, de
défécation ou de miction.
Cette tuméfaction peut être à
l’origine de troubles fonctionnels allant de la simple
gêne plus ou moins douloureuse, à de véritables
douleurs à l’effort retentissant sur l’activité physique ou
professionnelle.
Parfois, il n’existe aucune tuméfaction
visible et la symptomatologie se résume à des douleurs
de la région de l’aine, du canal inguinal ou du testicule
chez l’homme.
L’examen local doit être conduit de façon méthodique,
en position debout puis en position couchée, en faisant
tousser le patient pour augmenter la pression intraabdominale
et favoriser ainsi l’extériorisation de la
hernie.
• À l’inspection, parfois on ne voit rien, mais le plus
souvent la tuméfaction est évidente et on apprécie son
volume et son caractère impulsif à la toux.
• La palpation recherche les repères anatomiques de la
région : en premier lieu la ligne de Malgaigne qui correspond
à la projection cutanée du ligament inguinal
tendu de l’épine iliaque antéro-supérieure à l’épine du
pubis, puis les vaisseaux fémoraux dont les battements
sont perçus un peu en dehors du milieu du ligament
inguinal.
La palpation apprécie aussi les caractères de la
tuméfaction : lorsqu’elle n’est pas compliquée la hernie
est réductible, impulsive et reproductible à la toux.
On
apprécie également le contenu du sac : il s’agit le plus
souvent de l’épiploon de consistance grenue, ou de l’intestin
de consistance molle, se réduisant avec des gargouillements.
Les examens local et régional vérifient l’état de la peau
en regard de la hernie, apprécient l’état des organes
génitaux externes et recherchent de principe une hernie
de l’autre côté.
La prise en compte du terrain est également
importante et on recherche des pathologies associées
ainsi que des facteurs d’hyperpression intra-abdominale
: pathologie pulmonaire chronique, troubles du
transit intestinal, troubles de la miction ou ascite.
2- Distinction hernie inguinale
et hernie fémorale :
Au terme de cet examen, la distinction entre hernie
inguinale et hernie fémorale est en général facile.
• Les hernies inguinales se rencontrent le plus souvent
chez l’homme, et ce après la cinquantaine.
Elles se
développent dans le canal inguinal au-dessus de la ligne
de Malgaigne.
Chez la femme, l’orifice herniaire se
recherche au-dessus et en dehors de l’épine du pubis.
Lorsqu’elle est volumineuse, la hernie se développe vers la grande lèvre en suivant le trajet du ligament rond de
l’utérus.
Chez l’homme, le doigt coiffé de la
peau du scrotum pénètre dans l’orifice inguinal superficiel,
puis cherche à pénétrer dans l’abdomen au travers
de l’orifice profond, ce qui permet d’apprécier la tonicité
et la solidité du fascia transversalis et des muscles
abdominaux.
En fonction du développement plus
ou moins important de la hernie, on parlera de pointe de
hernie lorsque le sac apparaît à l’orifice profond et ne se
manifeste que par une impulsion à la toux ; de hernie
interstitielle lorsque le sac se développe à l’intérieur du
canal inguinal ; de bubonocèle lorsque la hernie apparaît
à l’orifice superficiel ; de hernie funiculaire lorsqu’elle
descend le long du cordon spermatique ; et enfin de hernie inguino-scrotale lorsque la hernie se développe
dans les bourses.
Elle peut alors atteindre un volume
très important.
Chez les patients maigres, lorsque la hernie n’est pas
trop volumineuse, on peut parfois apprécier le type
direct ou indirect de la hernie inguinale en sachant que
l’on se trompe généralement 1 fois sur 2.
Le diagnostic de hernie inguinale ne pose en général pas
de problème au terme d’un examen bien conduit.
Cependant, on peut parfois être amené à discuter
quelques diagnostics différentiels.
Une hydrocèle
vaginale peut simuler une volumineuse hernie inguinoscrotale
: son caractère non impulsif à la toux et une
manoeuvre de transillumination permettent en général de
faire la différence.
Une petite hernie inguinale peut être
confondue avec une varicocèle ou une tumeur des parties
molles de la région.
Enfin, une éventration située à
l’extrémité d’une cicatrice sus-pubienne type
Pfannenstiel, fréquemment utilisée pour les interventions
gynécologiques, peut être cliniquement difficile à
différencier d’une hernie de l’aine.
C’est l’intervention
de toute façon nécessaire qui rectifie le diagnostic.
• Les hernies fémorales sont beaucoup plus rares que
les hernies inguinales, et se rencontrent surtout chez la
femme (75 % des cas).
Il s’agit de hernies directes, dont
le trajet franchit le canal fémoral, généralement en
dedans des vaisseaux fémoraux.
À l’étroit dans un canal
aux parois rigides, son volume est généralement peu
important ce qui explique qu’elle passe souvent inaperçue
et qu’elle soit souvent révélée à l’occasion d’un
étranglement.
La hernie fémorale réalise typiquement une tuméfaction
située à la racine de la cuisse, en dedans des battements
de l’artère fémorale, au-dessous de la ligne de Malgaigne.
La tuméfaction est souvent difficile à mettre
en évidence, en particulier chez les patientes obèses, et
doit être recherchée après avoir placé la cuisse en abduction
et en rotation externe.
La hernie peut être réductible
et impulsive à la toux, mais dans un nombre non négligeable
de cas, elle est irréductible en raison de la fixation
du contenu dans le sac.
La hernie crurale doit être
distinguée d’une crosse de saphène interne dilatée ou thrombosée, d’un lipome, d’un anévrisme fémoral et
surtout d’une adénopathie.
C - Complications :
1- Étranglement herniaire :
L’étranglement herniaire peut compliquer tous les types
de hernies mais surtout les hernies inguinales lorsque le
sac est grand et le collet étroit, et plus encore les hernies
fémorales.
Il correspond à la striction du contenu de la
hernie au niveau du collet : il s’agit le plus souvent de la
striction d’une anse intestinale et de son méso, parfois
de la striction du bord antimésentérique de l’intestin réalisant
un pincement latéral (hernie de Richter), ou de
l’étranglement de frange épiploïque (épiplocèle).
Sur le plan clinique, les signes locaux se modifient
d’une façon caractéristique qui ne prête pas à discussion :
la hernie devient globuleuse et tendue, douloureuse,
irréductible, et perd son caractère impulsif à la toux.
L’apparition de ces signes impose une intervention chirurgicale
d’urgence, avant l’apparition des signes abdominaux
et généraux qui sont ceux d’une occlusion par
strangulation.
L’étranglement herniaire, si l’intestin est intéressé, réalise
en effet une occlusion mécanique par strangulation,
responsable d’une ischémie intestinale qui va évoluer en
quelques heures vers la nécrose irréversible, et la perforation
viscérale.
Celle-ci peut se faire dans le sac herniaire
réalisant le classique phlegmon pyostercoral, ou
dans la grande cavité péritonéale réalisant alors un
tableau de péritonite aiguë généralisée.
L’étranglement des hernies fémorales est une urgence
souvent méconnue et son pronostic reste très grave.
Il
s’agit très souvent d’une complication révélatrice.
Typiquement, la hernie devient douloureuse, fixée et
irréductible mais parfois le patient ne se plaint pas de la
région herniaire.
Dans la moitié des cas, le syndrome
occlusif est au-devant de la scène et il est faut alors penser
à rechercher attentivement la hernie qui est de petit
volume, dissimulée dans le pli inguino-crural.
La gravité de cette complication doit inciter à considérer
toute tuméfaction douloureuse de la région comme une
hernie étranglée et imposer une exploration chirurgicale.
2- Engouement herniaire :
Il s’agit d’une forme mineure d’étranglement, en général
réductible ou partiellement réductible spontanément
ou par des manoeuvres douces de réintégration.
Les
modifications locales de la hernie ne s’accompagnent en
général pas de signes abdominaux.
L’engouement herniaire
ne doit pas être confondu avec l’irréductibilité de
la hernie, liée aux éventuelles adhérences intrasaculaires
ou au volume important des viscères herniés.
La survenue d’accidents d’engouement est très souvent
le prélude à des accidents évolutifs plus graves et doit
faire considérer la hernie comme dangereuse.
3- Hernie « symptôme » :
Elle représente un piège diagnostique.
Il faut y penser
devant une hernie de l’aine ancienne, jusque-là bien supportée,
en particulier chez un patient âgé.
L’apparition d’une gêne ou la survenue d’un accident d’engouement
doit faire évoquer la possibilité d’une lésion intra-abdominale
associée, en particulier un cancer colorectal, un
anévrisme de l’aorte abdominale ou une poussée d’ascite.
Un interrogatoire orienté, un bon examen clinique et
des examens complémentaires simples (lavement baryté,
coloscopie, échographie abdominale) pourront
confirmer ces diagnostics.
D -
Traitement :
Il est chirurgical.
Le bandaire herniaire doit être proscrit
car il entraîne des lésions cutanées et peut favoriser
l’étranglement.
1- Méthodes :
L’intervention peut être réalisée sous anesthésie générale,
locorégionale (anesthésie péridurale ou rachidienne) ou
locale.
Quel que soit le type d’anesthésie, l’intervention
peut être pratiquée sur le mode ambulatoire.
L’intervention comporte toujours le traitement du sac de
la hernie, puis le traitement de la paroi.
Le sac herniaire
doit être disséqué et séparé des éléments du cordon.
Il peut être ensuite réséqué ou simplement refoulé dans
la cavité abdominale.
Le traitement du sac est théoriquement
suffisant dans les hernies congénitales du nourrisson.
L’orifice herniaire peut être traité par suture pariétale
reconstituant le plancher du canal inguinal en utilisant
les structures anatomiques locales, ou par la mise en
place d’une prothèse.
Les procédés de suture pariétale les plus couramment
utilisés sont décrits ci-dessous.
La suture de l’arche musculaire (oblique interne transverse)
et du fascia transversalis au ligament inguinal en
1 plan (opération de Bassini) ou en plusieurs plans (opération
canadienne de Shouldice).
La suture de l’arche musculaire et du fascia transversalis
au ligament de Cooper et du ligament inguinal (opération
de Mac Vay).
Les réparations prothétiques utilisent classiquement des
prothèses non résorbables placées dans l’espace sous-péritonéal,
en arrière de la paroi.
Les prothèses peuvent être
placées par voie inguinale directe, par voie médiane souspéritonéale
(voie de Henry) ou par voie laparoscopique.
Les méthodes américaines de réparation sans tension
(tension free repair) utilisant une prothèse placée en
avant du plancher inguinal (opération de Lichtenstein),
ou un simple bouchon introduit dans l’orifice herniaire
(technique du Plug ) sont encore en cours d’évaluation.
2- Indications :
Les techniques de suture pariétale peuvent être pratiquées
chez les patients les plus jeunes et lorsque les
structures anatomiques locales sont encore solides.
Les techniques de réparation avec prothèse sont préférables
si les éléments anatomiques sont affaiblis
(ce qui est fréquent dans les hernies acquises), en cas de
récidive, ou lorsqu’il existe des facteurs d’hyperpression
abdominale.
Cas particulier des hernies étranglées : il s’agit d’un traitement
chirurgical d’urgence.
Tout dépend de la vitalité
de l’intestin grêle : s’il reprend un aspect normal après
levée de l’étranglement, il peut être réintégré.
Si sa vitalité
est douteuse ou s’il est franchement nécrosé, il faudra
procéder à une résection intestinale.
L’utilisation
d’une prothèse doit être proscrite dans ces cas en raison
du risque infectieux.
Hernies ombilicales :
A - Physiopathologie :
Chez l’enfant, l’orifice ombilical laissé par la disparition
des vaisseaux ombilicaux à la naissance tend à se fermer
dans les premiers mois de la vie.
Il s’agit d’une anomalie
très fréquente chez le nourrisson, qui affecte les 2
sexes avec une égale fréquence.
L’histoire naturelle de
ces hernies est de disparaître et de se fermer, en général
au cours des 2 premières années de la vie.
Chez l’adulte, la hernie ombilicale est le plus souvent une
hernie acquise liée à la distension de l’anneau ombilical.
L’anneau ombilical est un orifice ménagé sur la ligne
blanche médiane, résultant de l’écartement des fibres
aponévrotiques.
Cet orifice est cerclé par des fibres
semi-circulaires renforcées par la réunion du ligament
ombilical en haut, l’ouraque en arrière et les cordons
fibreux des artères ombilicales latéralement.
L’ensemble
de ces formations constitue en général un placard
fibreux au centre duquel persiste un petit orifice.
Cet orifice central est comblé en avant par un peloton
graisseux qui est recouvert par la peau déprimée de la
cicatrice ombilicale, et il est renforcé en arrière par le
fascia ombilical de Richet.
Cette formation fibreuse sous-péritonéale s’insère latéralement de part et d’autre
de la ligne médiane.
L’apparition de la hernie dépend
des adhérences que constitue ce fascia avec la paroi
antérieure, et aussi de son développement en hauteur : il
s’agit le plus souvent d’une hernie directe à travers l’orifice
ombilical découvert, plus rarement de hernie indirecte
qui s’insinue entre le fascia ombilical et la paroi.
Cette région représente un point faible qui s’élargit sous
l’effet des tractions divergentes qui s’exercent autour
d’elle dans certaines circonstances : les hernies ombilicales
sont particulièrement fréquentes chez les femmes
obèses multipares, ainsi que chez le cirrhotique ascitique.
Lors de l’apparition d’une hernie, le sac péritonéal
dont le collet adhère à l’anneau ombilical s’étire et
s’amincit, et s’ouvre dans des logettes conjonctives dans
le tissu cellulaire sous-cutané.
B - Clinique
:
Les petites hernies ombilicales peuvent être asymptomatiques.
À l’examen, on retrouve une petite masse
ronde, éventuellement impulsive et réductible, bien palpable
à travers un anneau fibreux circulaire.
Les grosses hernies ombilicales sont en général irréductibles
en raison des adhérences intrasacculaires.
La peau
peut être le siège de dermatoses, elle est en général fine,
distendue, voire violacée et ischémique lorsque la hernie
est volumineuse.
Chez le patient cirrhotique, les caractères de la hernie sont
particuliers : elle est très volumineuse en position debout,
et s’affaisse au moins partiellement en position couchée.
Son volume peut être important.
La peau en regard est
toujours de mauvaise qualité, étirée et amincie, parfois
siège d’une circulation veineuse collatérale.
Le contenu
de la hernie est le plus souvent représenté par le liquide
d’ascite mat à la percussion, qui se réduit dans la cavité
abdominale par pression douce.
L’orifice herniaire est
quant à lui en général de petit diamètre.
C - Complications :
L’étranglement représente comme pour toutes les hernies
la complication majeure.
En raison des adhérences fréquentes
entre le contenu viscéral et le sac herniaire, il est
parfois difficile de distinguer engouement et étranglement.
L’étranglement confirmé se manifeste généralement par
un syndrome occlusif avec modification des caractères
de la hernie qui devient tendue, douloureuse, et fréquemment
inflammatoire.
Lorsqu’il est négligé l’étranglement
va évoluer vers la constitution d’un phlegmon
herniaire, plus rarement vers une péritonite.
D’autres aspects sont particuliers à ces hernies : l’infection
cutanée est fréquente, elle peut être mise en rapport
avec les traumatismes répétés de la masse herniaire,
l’obésité, et le manque d’hygiène.
Cette infection cutanée
peut parfois gagner le tissu cellulaire sous-cutané et
entraîner une suppuration ou un abcès ; l’amincissement
progressif de la peau en regard du sac herniaire peut provoquer
l’apparition d’ulcération trophique du revêtement
cutané.
Ces ulcérations peuvent aboutir à la constitution
d’une fistule intestinale, iléale ou colique.
Chez le
cirrhotique, l’ulcération peut conduire à 2 accidents gravissimes
: la surinfection du liquide d’ascite et surtout la
rupture spontanée dont le pronostic est très grave.
D - Traitement :
Les petites hernies ombilicales peuvent bénéficier, en
théorie, d’une suture simple de l’orifice.
En pratique, le
risque élevé de récidive doit faire conseiller l’adjonction
d’une petite prothèse rétromusculaire de renforcement.
Les grosses hernies ombilicales qui se comportent
comme de véritables éventrations relèvent le plus souvent
d’une réparation par prothèse.
Nombre d'affichage de la page 643 |