Hémochromatose : manifestations cliniques, enquête génétique et traitement
Cours de médecine interne
Quand l'évoquer ?
A - Histoire naturelle : une expression
tardive
L’évolution de l’hémochromatose peut être décrite
en trois phases.
La première est totalement latente sur
le plan clinique et biologique.
Puis apparaissent des
anomalies biologiques (augmentation du fer sérique et
surtout du coefficient de saturation de la transferrine,
d’abord isolée, puis associée à l’augmentation de la
ferritine sérique), sans aucune symptomatologie
clinique : cette deuxième phase est très prolongée,
s’étendant le plus souvent de la deuxième à la
quatrième décennie de la vie.
La troisième phase,
cliniquement symptomatique, est donc tardive, l’âge
moyen du diagnostic se situant autour de 50 ans, et les
premiers symptômes (asthénie, douleurs articulaires)
sont peu spécifiques et souvent longtemps méconnus.
L’hémochromatose est responsable d’une
diminution significative de la survie, mais uniquement
chez les patients présentant une cirrhose au moment
du diagnostic.
En revanche, les patients diagnostiqués
au stade précirrhotique et traités par saignées ont une
espérance de vie identique à celle de la population
générale.
Le pronostic fonctionnel est dominé par les
arthropathies et l’impuissance, peu sensibles au
traitement déplétif.
Il est donc fondamental de faire un diagnostic
précoce de l’hémochromatose, qui permet de détecter
des formes peu exprimées, correspondant à des
surcharges en fer modérées, sans lésions tissulaires
irréversibles.
B - Principales circonstances de découverte :
Il faut donc savoir évoquer l’hémochromatose,
aussi bien chez la femme que chez l’homme, devant
une asthénie isolée, une arthropathie ou une
ostéoporose inexpliquée, mais aussi une élévation
modérée des transaminases.
Il faut également
souligner l’importance du dépistage familial, et savoir
que le dépistage systématique fait l’objet de débats
quant à sa faisabilité.
Il est regrettable que le diagnostic
soit encore parfois porté devant une forme majeure au
pronostic déjà engagé.
C - Principales manifestations cliniques :
La classique triade
- cirrhose bronzée avec diabète
-
est donc devenue rare, au profit des formes frustes, paucisymptomatiques, voire asymptomatiques.
De
plus, l’hémochromatose est une maladie d’expression
très variable dans l’intensité de la surcharge en fer,
mais aussi dans les lésions tissulaires secondaires à la
surcharge en fer.
* L’asthénie est fréquente, physique et psychique,
réalisant un tableau d’altération de l’état général, sans
anorexie ni amaigrissement.
* Les signes cutanés et unguéaux sont dominés par
la mélanodermie, hyperpigmentation typiquement
grisâtre, parfois brune, bien différente du hâle solaire.
Elle prédomine au niveau des zones d’exposition
solaire, des organes génitaux et des cicatrices.
La
pigmentation mélanique n’existe pas chez les patients
roux.
Les autres signes possibles sont l’ichtyose, un
aspect plat, voire incurvé des ongles (koïlonychie), et
une diminution globale de la pilosité.
* L’hépatomégalie, inconstante, peut être
considérable, principalement au niveau du lobe
gauche, ferme à la palpation, avec parfois un bord
inférieur tranchant, évoquant fortement la cirrhose.
Elle est rarement associée à des symptômes cliniques
de dysfonctionnement telle une hypertension portale
ou une insuffisance hépatocellulaire.
La biologie
fonctionnelle hépatique est le plus souvent normale, à
l’exception d’une discrète augmentation des
transaminases, prédominant sur les alanines aminotransférase (ALAT), en règle inférieure à trois fois
la limite supérieure de la normale.
La complication
majeure de la maladie hépatique est le développement
d’un carcinome hépatocellulaire.
Dès lors où
existe une fibrose hépatique et, a priori, une cirrhose, le
risque de carcinome hépatocellulaire apparaît même
chez le sujet correctement traité.
* L’arthropathie est une manifestation commune de
l’hémochromatose génétique, parfois révélatrice et
souvent cause d’erreur diagnostique initiale.
Cliniquement, l’atteinte la plus caractéristique est une
arthrite chronique touchant les deuxièmes et
troisièmes métacarpophalangiennes dont la
traduction clinique est une « poignée de main
douloureuse ».
Les articulations radiocubitale
inférieure, métacarpophalangienne du pouce,
interphalangiennes proximales peuvent être affectées,
aussi bien que les genoux, les poignets ou les hanches.
Les patients peuvent également présenter des crises
aiguës de pseudogoutte, en rapport avec une
arthropathie au pyrophosphate.
Radiologiquement,
les signes les plus fréquents sont l’arthropathie souschondrale
(pincement articulaire, sclérose et formation
de kystes sous-chondraux), et la condrocalcinose,
notamment au niveau des genoux.
La déminéralisation
osseuse par ostéoporose est fréquente, évocatrice
chez l’homme.
* Le diabète est une complication classique, parfois
révélatrice, de l’hémochromatose évoluée.
Il est
d’abord sensible au traitement oral, puis nécessite le
recours à l’insuline.
Les complications dégénératives
sont observées avec la même fréquence que dans le
diabète ordinaire.
* Les autres désordres endocriniens sont dominés
par l’hypogonadisme par insuffisance gonadotrope,
apanage des formes évoluées.
Chez la femme, il s’agit
classiquement d’une ménopause précoce et chez
l’homme d’une diminution de la libido, d’une
impuissance sexuelle et d’une atrophie testiculaire
associées à une diminution de la testostérone sérique.
* L’atteinte cardiaque est rare.
Les anomalies électrocardiographiques sont, par ordre décroissant de
fréquence, un aplatissement et une inversion de l’onde
T, un bas voltage et des troubles du rythme
(tachyarythmie auriculaire et, de façon moins
fréquente, extrasystolie et tachycardie ventriculaires).
Elles s’inscrivent dans le cadre d’une cardiomyopathie
plus souvent de type dilaté que restrictif.
L’insuffisance
cardiaque congestive est rare mais peut être fatale,
parfois précipitée par une prise importante de
vitamine C.
D - Facteurs associés
:
La consommation excessive d’alcool aggrave
l’expression phénotypique, non pas en termes
d’intensité de surcharge, mais en termes d’anomalies
biologiques (majoration de l’hyperferritinémie, des
anomalies hépatiques) et de lésions viscérales
(augmentation du risque de cirrhose).
Il était classique de dire que le sexe féminin
protégeait de la maladie.
En fait, si en moyenne les
femmes sont en effet deux fois moins surchargées que
les hommes, en revanche certaines femmes
présentent des surcharges massives, aussi importantes
que celles des hommes les plus surchargés, avec des
lésions viscérales graves, et ce même avant la
ménopause.
Les symptômes les plus fréquents chez
les femmes sont l’asthénie et les atteintes articulaires,
et chez les hommes l’atteinte hépatique et le diabète.
Diagnostic :
A - Diagnostic positif
:
Il a été bouleversé par les apports de la génétique
moléculaire.
Une fois suspecté cliniquement, le
diagnostic va être étayé dans un premier temps par le
dosage du coefficient de saturation de la transferrine (qui nécessite la détermination du fer sérique), et dans
une moindre mesure de la ferritine sérique, puis
confirmé par la mise en évidence de la mutation
C282Y à l’état homozygote.
La saturation de la transferrine est le test
phénotypique le plus sensible.
Toujours augmentée
(supérieure à 45%) lorsqu’une surcharge est présente,
même minime, elle ne permet pas de quantifier
l’importance de la surcharge car elle atteint
rapidement son maximum.
Elle est légèrement plus
élevée chez l’homme que chez la femme, et présente
d’importantes variations circadiennes (maximale le
matin et minimale l’après-midi) ainsi que d’un jour à
l’autre (± 30 %, voire plus).
Elle s’accompagne en règle
d’une augmentation du fer sérique, dont le taux
sérique normal est de l’ordre de 20 ímol/L.
La ferritine sérique est proportionnelle au stock
martial de l’organisme, et permet donc une
quantification assez précise de l’importance de la
surcharge.
Ses fluctuations sont moins importantes
que celles du fer sérique ; la normale est généralement
inférieure à 150 íg/L chez la femme et 300 íg/L chez
l’homme.
La ferritine manque de sensibilité, en sorte
qu’une ferritinémie normale ne doit pas faire écarter la
possibilité d’une surcharge en fer notable.
La recherche de la mutation C282Y du gène HFE est
maintenant disponible dans les laboratoires de
génétique moléculaire agréés pour le diagnostic
génétique, mais n’est pas inscrite à la nomenclature.
Sa
prescription doit suivre les règles de tout test
génétique, réalisation d’un conseil génétique et
consentement écrit du patient.
La présence à l’état
homozygote de la mutation, associée à un tableau
phénotypique compatible, c’est-à-dire augmentation
du coefficient de saturation, associée ou non à
l’augmentation de la ferritine sérique et à des
manifestations cliniques évocatrices, permet de poser
le diagnostic d’hémochromatose.
Il convient alors de
faire le bilan du retentissement viscéral, de mettre en
route le traitement, ainsi que l’enquête familiale.
Le bilan du retentissement dépend des signes
cliniques, de l’importance de la surcharge appréciée
sur des paramètres biologiques simples et de
l’existence de facteurs associés éventuels
(consommation excessive d’alcool, surpoids).
Nous
demandons systématiquement un bilan fonctionnel
hépatique (aspartate aminotransférase [ASAT], ALAT,
gammaglutamyl transférase [GGT], taux de
prothrombine [TP], électrophorèse des protéines).
La
biopsie hépatique n’est utile que pour apprécier
l’existence d’une cirrhose.
Les patients ne présentant
pas d’hépatomégalie, dont la ferritine sérique est
inférieure à 1 000 íg/L et dont les ASAT sont
inférieures à la limite supérieure de la normale ne
présentant jamais de fibrose grave dans notre
expérience, nous la réservons, ainsi que l’échographie
abdominale, aux patients ne répondant pas à ces
critères.
Nous demandons des radiographies des
principales articulations (mains, poignets, bassin et
genoux), une glycémie à jeun et postprandiale et,
uniquement en cas de manifestations cliniques ou de
forte surcharge, un bilan endocrinien (testostéronémie,
follicle stimulating hormone [FSH], luteinizing hormone
[LH]) ou cardiovasculaire (électrocardiogramme,
échocardiographie).
B - Diagnostic différentiel
:
* Diagnostic d’une augmentation du fer sérique
ou du coefficient de saturation.
En pratique, il faut se méfier des
prélèvements hémolysés et garder à l’esprit la grande
variabilité intrasujet, en particulier au cours du
nycthémère, ce qui conduit à préconiser un
prélèvement au laboratoire le matin à jeun, et un
contrôle en cas d’élévation.
Fer sérique et coefficient de
saturation sont souvent élevés en cas de consommation
excessive d’alcool, mais se normalisent après
1 semaine de sevrage.
Les oestroprogestatifs
fortement dosés pouvaient être responsables
d’augmentation du fer sérique par augmentation de la
transferrine, donc sans augmentation de la saturation,
mais les composés actuels ne doivent plus être
incriminés.
* Diagnostic d’une hyperferritinémie.
La consommation excessive d’alcool, les hépatopathies et les syndromes inflammatoires sont
les causes les plus fréquentes d’hyperferritinémie avec
les surcharges en fer. Après sevrage, la ferritine
retrouve son taux de base en 1 mois.
C - Étiologies des surcharges en fer non hémochromatosiques
:
En pratique, la situation la plus fréquente est celle
de l’hépatosidérose dysmétabolique, qui associe chez
un homme d’âge mûr une surcharge en fer légère ou
modérée, asymptomatique, s’exprimant par une
hyperferritinémie à saturation fluctuante, parfois
normale, et des éléments du syndrome polymétabolique
(surpoids de répartition androïde, hyperlipémie
prédominant sur les triglycérides, anomalies de
métabolisme des glucides, hypertension artérielle).
Toute hépatopathie, en particulier au stade de
cirrhose, peut se compliquer d’une augmentation du
fer intrahépatique, parfois importante.
La consommation excessive d’alcool peut entraîner
des faux positifs de la saturation et de la ferritine ; elle
est parfois associée avec une surcharge en fer
hépatique, toujours modérée.
La cirrhose alcoolique,
lorsqu’elle est associée à un diabète et à une
mélanodermie
- secondaire à l’exposition solaire ou à
l’ictère chronique
- et à une élévation de la saturation
et de la ferritine, voire à une surcharge en fer hépatique notable, peut constituer un tableau
phénotypique très évocateur d’hémochromatose.
L’acéruloplasminémie est une maladie autosomique
récessive rare, par mutation dans le gène de la
céruloplasmine.
Son phénotype est évocateur de par
l’association de manifestations neurologiques
(démence, syndrome extrapyramidal), d’un diabète et,
biologiquement, d’un fer sérique et d’une saturation
effondrés.
Le diagnostic repose sur le dosage de la céruloplasminémie qui est indosable.
D - Conduite diagnostique :
La discussion diagnostique se pose le plus souvent
chez un patient présentant des anomalies cliniques et
surtout biologiques évocatrices de surcharge en fer.
L’étape initiale consiste à rechercher des arguments
phénotypiques en faveur de l’hémochromatose et à
éliminer par la clinique et des examens biologiques
simples (numération de formule sanguine [NFS],
transaminases, GGT, vitesse de sédimentation [VS]) les
causes de faux positifs de la saturation et de la ferritine,
ainsi que les causes évidentes de surcharge en fer.
En
cas de saturation augmentée, la recherche de la
mutation C282Y du gène HFE permet le diagnostic
d’hémochromatose.
En cas de saturation normale ou
en l’absence d’homozygotie C282Y, se pose la
question de la confirmation de l’existence de la
surcharge en fer, qui repose sur la biopsie hépatique
ou sur l’imagerie par résonance magnétique
(IRM) quantitative, quand elle est disponible.
En
pratique, lorsque le tableau d’hépatosidérose
dysmétabolique est typique et que le bilan hépatique
est normal, nous ne demandons pas d’histologie.
Il en
est de même en cas ce consommation excessive
d’alcool.
Dans les autres cas, la ponction-biopsie
hépatique (PBH) est souvent nécessaire afin d’affirmer
la surcharge en fer et d’apprécier l’état hépatique.
Enquête génétique :
La recherche d’autres patients atteints dans la
famille d’un probant est importante puisqu’elle permet
le plus souvent de retrouver des patients
asymptomatiques, qui bénéficieront au mieux d’un
traitement déplétif précoce.
A - Bases génétiques :
L’hémochromatose est une maladie autosomique
récessive, retrouvée uniquement dans la race blanche.
Le gène HFE est situé sur le bras court du
chromosome 6.
Comme tout gène, il est présent en deux
exemplaires, l’un venant du père, l’autre de la mère.
Seule la présence de la mutation C282Y sur les
deux exemplaires (état homozygote) est associée à la maladie avec
toutes ses conséquences.
Cependant, certains homozygotes, en nombre encore
inconnu, n’expriment aucune anomalie, même biologique.
Les patients simplement hétérozygotes, possédant
un exemplaire muté et un exemplaire normal, ne présentent pas plus
d’anomalies biologiques que les patients sans mutation, et en tous
cas, n’évoluent jamais vers une maladie symptomatique en dehors de
facteurs associés.
En Bretagne, la fréquence de l’homozygotie C282Y
est de 0,43 % ; celle de l’hétérozygotie de 11,9 %.
La transmission dans une famille se fait selon
deux modèles. Dans le cas le plus fréquent, le patient probant
(premier cas de la famille) est issu de l’union de deux
hétérozygotes.
Ses frères et soeurs ont une chance sur quatre
d’être également homozygotes, une chance sur deux d’être
hétérozygotes, et une chance sur quatre d’être homozygotes normaux.
Sinon, le probant peut être issu de l’union d’un
hétérozygote avec un homozygote, auquel cas ses frères et soeurs ont
une chance sur deux d’être homozygotes et une chance sur deux d’être
hétérozygotes.
La transmission aux enfants du probant la plus
fréquente : le conjoint du
probant est homozygote normal et tous les enfants sont hétérozygotes.
Il est possible que le conjoint soit
hétérozygote.
La descendance d’un patient hétérozygote, dépisté
lors d’une enquête familiale par exemple, lorsque son conjoint est homozygote
normal, cas le plus fréquent : les enfants ont une
chance sur deux d’être hétérozygotes et une chance
sur deux d’être homozygotes normaux.
Si le conjoint
est hétérozygote.
B - Réalisation pratique
:
Un certain nombre de conditions sont légalement
nécessaires : le probant doit être informé, lors d’une
consultation de conseil génétique, de l’intérêt que
présente le dépistage pour sa famille.
C’est lui qui doit
en prévenir les membres.
Un dépistage sans son
intervention n’est donc pas possible.
Le dépistage repose sur l’examen clinique, le
dosage du coefficient de saturation, et la recherche de
la mutation C282Y.
L’ensemble de ces tests doit être
réalisé dans la fratrie du probant.
Chez les parents,
souvent d’âge avancé, nous proposons de ne faire
qu’un dépistage phénotypique, et de réserver la
recherche génétique aux parents présentant des
anomalies.
Pour les enfants, il est possible soit de leur
proposer directement une recherche génétique, soit de
tester le conjoint du patient, et de n’explorer les
enfants que si le conjoint est hétérozygote.
Les homozygotes exprimant des anomalies
biologiques doivent faire l’objet d’un bilan et d’un
traitement, ceux ayant une biologie normale seront
surveillés annuellement.
Le dépistage familial doit être
étendu aux enfants des homozygotes et des
hétérozygotes.
Traitement
:
Il comporte le traitement symptomatique des
lésions viscérales et le traitement déplétif proprement
dit.
A - Mesures diététiques :
Le régime pauvre en fer n’est pas indiqué.
Un
régime pauvre en boissons alcoolisées est
recommandé, en particulier tant que la désaturation
n’est pas obtenue.
B - Saignées :
1- Technique :
Les saignées peuvent être réalisées au domicile du
patient par une infirmière, au cabinet médical, en
milieu hospitalier ou en centre de transfusion
sanguine.
Le matériel nécessaire comprend une
tubulure à saignée (associant l’aiguille à ponction et la
tubulure) et un flacon sous vide type « Redon » ou une
poche à sang.
Il est recommandé de faire boire au
malade, au décours de la saignée, une quantité de
liquide approximativement équivalente au volume
soustrait.
2- Surveillance
:
Il est conseillé de remettre au patient un « carnet de
saignées » où il consignera les saignées (date et
volume) et les résultats des examens de suivi.
La
tolérance est évaluée cliniquement à chaque saignée
(état général, tension artérielle...) et hématologiquement
(NFS) à intervalles réguliers.
L’efficacité est jugée
sur des critères cliniques (état général, mélanodermie,
hépatomégalie...) et sur la ferritinémie.
3- Phases du traitement déplétif :
* Phase d’attaque
:
Le débit de soustraction recommandé est de 400 à
500 mL par semaine.
Chez le sujet âgé et/ou aux
antécédents vasculaires, il est souhaitable de débuter
plus prudemment par une saignée de 250 mL tous les
15 jours, puis toutes les semaines. Le traitement
d’attaque durera tant que le patient ne sera pas
totalement désaturé (de quelques mois à 3 ans).
Le but
à atteindre est la « sous-normalisation » des paramètres
sériques de charge en fer, à savoir une ferritinémie
inférieure ou égale à 50 íg/L, un fer sérique inférieur à
15 ímol/L et une saturation de la transferrine
inférieure à 20%.
La périodicité de la surveillance
biologique dépend de l’excès de départ.
La NFS est en
règle mensuelle. Le dosage de la ferritinémie peut être
trimestriel initialement si le taux de départ est
supérieur à 1 000 íg/L ; sa fréquence devient
mensuelle lorsque la désaturation approche.
Fer
sérique et saturation ne sont dosés que lorsque la ferritine approche de la normale.
En effet, ces deux
paramètres ne se normalisent que très tardivement,
c’est-à-dire peu avant l’obtention de la désaturation.
* Phase d’entretien :
Engagée dès la désaturation obtenue, elle doit
durer toute la vie, et repose sur la réalisation de
saignées de 300 à 500 mL tous les mois à tous les
3 mois.
L’objectif est de maintenir la ferritinémie, la
sidérémie et la saturation de la transferrine aux
mêmes taux qu’à la fin de la phase d’attaque.
C - Surveillance ultérieure :
Elle est impérative chez les patients de plus de
50 ans ayant une cirrhose ou une fibrose sévère au
moment du diagnostic, et repose sur la réalisation
d’une échographie abdominale et d’un dosage
d’alphafoetoprotéine tous les 6 mois.
D - Résultats
:
Le pronostic vital est sensiblement amélioré : la
survie rejoint celle de la population générale lorsque la désaturation est obtenue avant l’installation de la
cirrhose.
Les manifestations de la maladie répondent
de façon variable au traitement : l’état général
s’améliore, la mélanodermie s’atténue puis disparaît.
En l’absence de cirrhose constituée, l’hépatomégalie
régresse et la biologie fonctionnelle hépatique se
normalise.
En cas de cirrhose constituée, une
amélioration clinique et biologique est souvent notée,
mais la cirrhose est irréversible et représente alors le
facteur pronostique majeur de la survie, d’autant
qu’elle fait courir le risque, même au sujet désaturé, de
carcinome hépatocellulaire.
La cardiomyopathie réagit
bien au traitement par saignées.
En cas de diabète, le
traitement déplétif permet seulement de diminuer les
doses d’insuline ou de stabiliser un diabète non
insulinodépendant. Les manifestations ostéoarticulaires
sont peu influencées par les saignées ; elles
peuvent même apparaître ou s’aggraver en cours de
traitement.
L’insuffisance gonadique classiquement ne
répond pas aux saignées.
Cependant, l’augmentation
des taux de testostérone plasmatiques et le retour
d’une fonction sexuelle normale ont été décrites chez
quelques patients.