FAIRE LA PREUVE DE LA GROSSESSE :
La grossesse est a priori connue :
La grossesse est connue :
- sur des arguments cliniques : retard de règles chez une
patiente ayant des cycles réguliers et sans contraception
efficace, mais il peut y avoir des faux positifs . patiente déjà
suivie chez qui l'utérus est manifestement augmenté de volume au
toucher .
- test urinaire de grossesse fait par la patiente elle-même
(mais attention à certains faux positifs dus à des erreurs de
manipulation ou de conservation des tests) .
- résultats des dosages de bêta-HCG plasmatiques .
- résultats d'échographie.
Ainsi, on aura éliminé de simples troubles des règles sans
grossesse (voir question " Hémorragie génitale ").
La grossesse est ignorée :
Le retard des règles peut ne pas être évident ou avoir été
négligé.
Devant toute métrorragie, en période d'activité génitale, avec
ou sans contraception, il faut se poser la question :
existe-t-il une grossesse ?
- Il est utile de réaliser un calendrier des trois derniers
cycles, en précisant les dates de survenue des règles et tout
autre événement (saignements ou autres symptômes de grossesse).
- La confirmation de la grossesse nécessitera souvent la
réalisation d'examens complémentaires (bêta-HCG plasmatiques,
échographie).
Dans ce cas la grossesse non suspectée est découverte dans le
cadre d'hémorragies génitales.
ÉVALUER L'IMPORTANCE DU SAIGNEMENT :
Rarement important, avec retentissement hémodynamique :
Dans ces cas-là, il existe des signes manifestes de
déglobulisation et de collapsus maternel (tachycardie,
hypotension artérielle, sueurs, soif).
Des hémorragies graves surviennent seulement dans le cadre
d'avortement ou d'évacuation môlaire et imposent une mise en
condition maternelle (voie veineuse et réanimation) en même
temps qu'une hémostase par évacuation utérine.
Plus souvent, d'importance modérée ou moyenne :
Cela permet parallèlement la réalisation d'un bilan sanguin et
de la pose d'une voie veineuse si nécessaire . un interrogatoire
détaillé et un examen clinique orienteront la recherche de
l'étiologie du saignement qui guidera la prise en charge.
Orientation diagnostique :
ELEMENTS CLINIQUES DU DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE :
Interrogatoire :
* Il précise l'âge.
* Il recherche un désir de grossesse.
- Ne pas négliger la possibilité de manoeuvres abortives
toujours possibles, surtout au-delà de 12 semaines d'aménorrhée.
- Enfin, cette notion peut avoir une incidence sur la conduite
ultérieure.
* Il fouille les antécédents généraux mais, en particulier,
gynéco-obstétricaux : accouchements, fausses couches spontanées
ou provoquées, grossesses extra-utérines, en précisant leurs
traitements et éventuelles complications.
* Il détaille les symptômes actuels, en les reportant sur le
calendrier des trois derniers cycles :
- date des dernières règles .
- métrorragies, dont on précisera : la date (très précoces, aux
alentours de 4 à 5 SA, elles sont de bon pronostic . plus
tardives, vers 10 à 12 SA, il en est tout différemment) . leur
importance (qui est aussi un facteur pronostique) . et leur type
(sanglantes, ou liquidiennes de moins bon pronostic) .
- signes d'accompagnement : douleur et son type (coliques
unilatérales évoquant une grossesse extra-utérine, coliques
hypogastriques médianes évoquant plutôt une menace de fausse
couche) . fièvre . signes sympathiques de grossesse persistants
ou récemment atténués..., ou au contraire extrêmement intenses
dans les grossesses môlaires.
* Il tente de dater la grossesse : la date des dernières règles
a été précisée mais il faut rechercher un décalage thermique si
une courbe a été pratiquée ou la notion d'un rapport fécondant.
Examen clinique :
L'examen clinique est général, avec surtout la prise
systématique de température. En cas de fièvre, il faut évoquer
une cause infectieuse ou des manoeuvres abortives.
Examen abdominal
* L'abdomen peut être souple et indolore.
* S'il est ballonné et douloureux, voire s'il existe une
défense, il faut évoquer un épanchement intrapéritonéal évoquant
une grossesse extra-utérine.
Examen au spéculum
* Son premier but est d'éliminer un saignement dž à une lésion
cervicale et de confirmer l'origine endocervicale de
l'hémorragie.
* Très utile lorsque, parfois, il retrouve des débris ovulaires
évocateurs de la cause :
- villosités placentaires dans le cadre des fausses couches .
- caduque seule évoquant plutôt une grossesse extra-utérine .
- voire débris contenant des vésicules en faveur d'une grossesse
môlaire .
- quel que soit l'aspect des débris ovulaires, ils devront être
adressés systématiquement pour examen histologique.
Toucher vaginal
Il évalue :
* l'état du col et en particulier la perméabilité qui évoquerait
une fausse couche .
* le volume utérin, en rapport ou non avec son terme . ainsi que
sa consistance .
* l'état des culs-de-sac latéraux qui peuvent être douloureux,
empâtés, voire le siège d'une masse annexielle faisant suspecter
une grossesse extra-utérine .
* le cul-de-sac de Douglas, qui peut être le siège d'un
épanchement dans le cadre de la grossesse extra-utérine.
ELEMENTS PARACLINIQUES DU DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE :
L'interrogatoire et l'examen clinique n'amènent bien souvent,
dans le cadre des métrorragies, que peu d'éléments précis en
dehors du volume utérin.
C'est pour cela que seuls deux examens complémentaires, le
dosage des bêta-HCG et l'échographie utérine, permettront :
- d'affirmer un état de grossesse .
- de préciser sa localisation .
- d'évaluer son évolutivité .
- de la dater.
Dosage plasmatique des bêta-HCG :
Positif dès le retard de règles, ce dosage permet d'affirmer la
grossesse, mais la fourchette des normes est tellement large
qu'il ne permet pas d'évaluer avec précision le terme d'une
grossesse (voir question " Grossesse ").
* Sa positivité ne permet pas, évidemment, d'affirmer sa
localisation intra-utérine.
* L'évolutivité peut être envisagée avec la réalisation de 2
dosages à 48 heures d'intervalle. Son taux doit, en effet,
doubler. Cependant il faut se rappeler qu'en cas d'arrêt de
grossesse, la décroissance des taux se fait avec quelques jours
de décalage. D'autre part, cette évolutivité n'est pas
obligatoirement en faveur d'une grossesse intra-utérine (GIU).
* Ces dosages sont à confronter aux données de l'échographie,
rendant le diagnostic de GEU plus pertinent. Il doit être
suspecté si :
- il n'y a pas de sac intra-utérin en échographie endovaginale
pour des taux de bêta-HCG supérieurs à 1.500UI/l .
- même chose pour des taux supérieurs à 5.000UI/l en échographie
abdominale.
* A noter, la possibilité de dosages " explosifs " extrêmement
élevés dans les grossesses môlaires.
Échographie utérine :
Elle permet d'affirmer la localisation, le terme ou la datation,
et l'évolutivité.
Localisation
* Localisation intra-utérine, en visualisant :
- sac intra-utérin visible par sonde endovaginale, dès 5 SA .
- sac visible par sonde abdominale dès 6 SA.
* Localisation extra-utérine, en visualisant un sac avec embryon
en extra-utérin (rare).
Terme ou datation
Le terme est évalué par la mesure du sac puis celle de la
longueur cranio-caudale (LCC) de l'embryon :
- à partir de 5 à 6 SA, présence de l'embryon par voie
endovaginale .
- à partir de 7 à 8 SA, pour la voie abdominale.
Evaluation précise à ± 3 jours en corrélant la LCC et le
diamètre du bipariétal (BIP), aux alentours de 10-13 SA.
Evolutivité
* Seule la visualisation d'une activité cardiaque d'un embryon
intra-utérin permet d'affirmer, au moment de l'échographie, la
vitalité foetale. Celle-ci est visible dès 7 SA en endovaginal.
* Cette question se pose sur des termes plus précoces.
* A partir du moment ou une image échographique de sac
intra-utérin est visualisée, seule l'échographie pourra affirmer
l'évolutivité dans le temps, le dosage des bêta-HCG plasmatiques
quantitatifs n'ayant plus d'indication.
- Si un sac ovulaire ne contient pas de structure embryonnaire,
avant de parler d'arrêt de grossesse, il convient de recontrôler
par échographie une semaine plus tard, afin de s'assurer qu'il
ne s'agissait pas d'une grossesse plus jeune que le terme
présumé. Néanmoins un sac de 25mm ou plus doit comporter une
image embryonnaire.
- L'échographie permet de constater parfois la rétention d'oeuf
mort avec une structure embryonnaire visible, immobile, souvent
à la partie déclive du sac, sans activité cardiaque . voire un
sac ovulaire supérieur à 25mm, sans image embryonnaire, évoquant
un oeuf clair.
Recherche d'anomalies ovulaires
L'échographie recherche des anomalies ovulaires pouvant
expliquer les saignements :
- une image en flocons de neige typique, sans embryon, signant
la môle hydatiforme .
- aspect de décollement péri-ovulaire plus ou moins étendu, dont
le pronostic n'est pas toujours péjoratif .
- réduction spontanée d'une grossesse multiple, avec lyse d'un
ou plusieurs sacs ovulaires qui sont diminués de volume,
hypotoniques, sans écho embryonnaire, et qui dispara”tront
progressivement.
CONDUITE DU DIAGNOSTIC ÉTIOLOGIQUE :
L'examen clinique et surtout les résultats de l'échographie
confrontés ou non aux bêta-HCG permettent le diagnostic de la
plupart des pathologies.
Lésions cervicales :
C'est l'examen clinique seul (examen au spéculum) qui permet le
diagnostic des lésions cervicales responsables de saignements :
cervicite, polypes, voire cancer.
Si le terme est imprécis :
En dehors de tableaux cliniques typiques ou compliqués, le
diagnostic étiologique est difficile à porter.
C'est l'examen clinique et surtout la pratique d'une
échographie, qui pourra être renouvelée 8 jours plus tard, qui
permettront de corriger le terme de la grossesse, cette
correction permettant d'affiner le raisonnement diagnostique.
Lorsque le terme est précis :
Dans ce cas, le toucher vaginal retrouve les situations
suivantes.
Utérus en rapport avec le terme
* D'emblée, le diagnostic peut être fait et l'évolution
considérée comme défavorable lorsqu'il existe :
- un sac ovulaire correspondant à plus de 6 SA, sans écho
embryonnaire, ou avec un embryon immobile éventuellement lysé
(grossesse arrêtée) .
- un aspect môlaire typique (grossesse môlaire).
* Le diagnostic est moins évident dans d'autres cas et c'est
seulement une nouvelle échographie à 8 jours d'intervalle qui
montrera une stagnation de croissance du sac ovulaire en faveur
d'une grossesse arrêtée.
* Dans 80% des cas, il s'agit d'une pathologie banale, dont
l'évolution sera favorable :
- insertion ovulaire basse .
- décollement trophoblastique localisé et plus ou moins étendu .
- lyse d'un jumeau.
Dans un contexte fébrile, réaliser des prélèvements
bactériologiques de l'endocol.
Utérus plus petit que le terme théorique
* Il faut dans un premier temps éliminer une erreur de terme en
confrontant l'interrogatoire et les éléments dont on dispose
(courbes thermiques, dosages de bêta-HCG ou résultats
échographiques antérieurs).
* Si ce n'est pas possible, c'est une nouvelle échographie à
distance qui corrigera le diagnostic et pourra montrer :
- soit une grossesse évolutive plus jeune que le terme théorique
.
- soit une grossesse arrêtée sans évolution visible.
* La grossesse extra-utérine sera évoquée d'autant plus
facilement dans ce contexte :
- s'il existe une masse latéro-utérine ou une douleur dans un
des culs-de-sacs à l'examen clinique .
- ou que le taux de bêta-HCG imposerait théoriquement la
visualisation d'un sac ovulaire intra-utérin que l'échographie
ne retrouve pas (voir question " Grossesse extra-utérine ").
* La grossesse arrêtée enfin, si le taux de bêta-HCG refait à 48
heures d'intervalle est stagnant avant 5 SA, ou que
l'échographie montre un sac ovulaire intra-utérin ne croissant
pas à deux examens itératifs.
Principes du traitement :
QUELLE QUE SOIT L'ÉTIOLOGIE :
Il faudra prévoir l'injection d'immunoglobulines anti-D afin
d'assurer la prévention d'une immunisation Rhésus chez toutes
les patientes Rhésus négatif, et ce dès les premiers
saignements.
* Avant l'injection on réalise :
- la recherche d'agglutinines irrégulières (RAI) .
- le dosage des hématies foetales (test de Kleihauer) pour
certains.
* Injection d'une dose d'Ig anti-D en intraveineux.
* A 48 heures, dosages des anti-D passifs, en excès dans le sang
maternel, permettant de s'assurer de la réalisation de
l'injection, et, rarement, de réinjecter une dose supplémentaire
s'ils sont négatifs.
GROSSESSE EXTRA-UTERINE :
(Voir question " Grossesse extra-utérine ".)
GROSSESSE INTRA-UTERINE :
Grossesse intra-utérine arrêtée
* Avant 7 à 8 SA, tenter l'expulsion spontanée, en prescrivant
un traitement médical par Méthergin* 15 gouttes x 3/j pendant 5
jours, conseiller à la patiente de récupérer le produit
d'expulsion pour examen histologique, et prévoir dans tous les
cas un contrôle échographique au-delà des 5 jours afin de
vérifier la vacuité utérine. La patiente sera informée de
possibles douleurs à type de contractions pouvant motiver
l'arrêt du traitement, de devoir consulter s'il existe des
saignements trop importants, de la fièvre. Une hospitalisation
pour curetage peut être décidée d'emblée si la patiente ne peut
pas être suivie ou devant l'échec du traitement médical.
* Après 7 à 8 SA, ou quel que soit le terme si les saignements
sont abondants, l'aspiration ou le curage sous anesthésie locale
ou générale est nécessaire.
Grossesse évolutive
* Il y a peu de traitements qui aient fait leurs preuves.
* Classiquement, le repos et l'abstinence sexuelle sont
prescrits, ainsi que des antispasmodiques.
* L'utilisation d'hormones progestatives est discutée car,
diminuant la contractilité des fibres utérines, elle retarderait
dans certains cas l'expulsion d'une grossesse arrêtée ou de
mauvaise qualité. Son efficacité est cependant évoquée dans
certains avortements liés à un corps jaune inadéquat.
ÉVOLUTION ET SURVEILLANCE DES GROSSESSES QUI SE POURSUIVENT :
Comme nous l'avons dit précédemment, il s'agit de grossesses à
risques, puisque l'on observe :
* un taux de mortalité périnatale qui serait multiplié par 1,5 à
5 .
* un taux de retard de croissance intra-utérin multiplié par 1,5
à 2 .
* un taux de prématurité qui serait multiplié par 1,5 à 2,5.
Il faut continuer une surveillance jusqu'à la fin du premier
trimestre afin de s'assurer de l'évolutivité de la grossesse,
puis retrouver un schéma avec :
- un examen clinique mensuel .
- une surveillance échographique à 22-24 SA et à 30-32 SA, pour
contrôle biométrique et morphologique, ainsi que la surveillance
de la localisation placentaire.
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