Rubéole et grossesse :
Maladie virale d'évolution banale chez l'enfant et chez
l'adulte, la rubéole se singularise par son action tératogène
lorsqu'elle frappe une femme enceinte dans les 3 premiers mois
de la grossesse.
La vaccination des adolescentes doit permettre à moyen terme la
disparition de ce risque fœtal.
Actuellement, 15% des femmes enceintes ne sont pas immunisées et
le risque de rubéole congénitale serait de 40 pour 100.000
naissances en France.
RAPPELS VIROLOGIQUES :
Virus de la rubéole :
Le virus de la rubéole est un virus polymorphe de 50 à 100 nm de
diamètre à ARN monocaténaire à symétrie cubique et enveloppé.
L'enveloppe virale porte une activité hémagglutinante.
Ces caractéristiques le font classer parmi les Togavirus (virus
de la fièvre jaune, virus de la dengue) dont il forme la famille
des Rubivirus.
Epidémiologie :
* La rubéole est une maladie ubiquitaire hautement contagieuse.
- La primo-infection a lieu le plus souvent dans la petite
enfance.
- La contamination est essentiellement aérienne et interhumaine
directe.
- La thermosensibilité extrême du virus exclut la possibilité de
contamination indirecte. Il n'y a pas de réservoir animal.
* Le sujet atteint de rubéole est particulièrement contagieux :
- dans les 8 jours qui précèdent l'exanthème.
- dans les 10 jours qui suivent son apparition.
* La rubéole se voit surtout entre 4 et 9 ans, mais environ 25%
de la population française est encore réceptive à l'âge adulte.
DIAGNOSTIC CLINIQUE :
Rubéole acquise :
* La primo-infection rubéolique est fréquemment inapparente
(plus du tiers des cas).
* Le syndrome clinique est peu caractéristique :
- incubation de 2 à 3 semaines.
- phase d'invasion pseudo-grippale ± adénopathies.
- exanthème morbilliforme puis scarlatiniforme lié à la
formation de complexes immuns intracapillaires. Le " rash "
progresse à partir de la face vers le tronc et les extrémités.
- l'éruption s'accompagne d'adénopathies multiples prédominant
dans la région occipitale et d'une fièvre modérée (38 à 38,5°C).
- extinction de l'éruption en 3 jours.
- guérison sans séquelles.
Rubéole congénitale :
L'atteinte de l'embryon ou du fœtus se fait par voie
transplacentaire. Elle est la conséquence de la virémie, qu'il y
ait eu ou non éruption chez la mère. Elle peut avoir trois types
de conséquences :
- la mort de l'embryon ou du fœtus.
- la naissance d'un enfant malformé.
- la naissance d'un enfant cliniquement sain.
* Les risques de rubéole congénitale sont difficiles à évaluer
et varient avec l'âge gestationnel lors de l'infection
maternelle :
- 80% dans les 12 premières semaines.
- 54% dans les 13e et 14e semaines.
- 25% à la fin du second trimestre.
* Les perturbations de l'embryogenèse portent sur :
- l'œil.
- l'oreille interne et le cœur durant les 6 premières semaines.
- le cœur et l'oreille interne jusqu'à la 8e semaine.
- les dents jusqu'à la 12e semaine.
DIAGNOSTIC SÉROLOGIQUE :
Méthodes :
Les anticorps protecteurs sont dirigés contre l'hémagglutinine
virale. L'inhibition de l'hémagglutination (IHA) est donc le
test le plus couramment utilisé par les laboratoires.
Le titre des Ac antirubéole est en général exprimé en dilution
finale du sérum inhibant totalement l'activité hémagglutinante
d'une suspension titrée de virus ou en unités internationales.
Les IgM sont recherchées par méthode immuno-enzymatique (ELISA).
Anticorps spécifiques :
L'apparition des anticorps IgM et IgG est contemporaine de
l'exanthème. Les anticorps s'établissent à leur titre maximal en
2 à 3 semaines. Ce titre est très variable d'un sujet à l'autre.
* Les anticorps de type IgM disparaissent dans un délai variable
: en général 5 à 7 semaines, parfois plus de 1 an. Les IgG
persistent pendant plusieurs années, soit à titre constant, soit
en subissant une décroissance progressive.
* Ils assurent l'immunité durable postrubéolique. Un nouveau
contage peut donner lieu, chez un sujet immun, à une réponse
anticorps de type anamnestique. Ces anticorps retrouvés sont de
type IgG.
Interprétation des résultats :
La présence d'anticorps, même à des titres limites (1/10 =
environ 15UI), suffit à affirmer l'immunité acquise définitive.
Par prudence, certains auteurs considèrent que le titre doit
excéder 1/40 pour être certainement protecteur.
Le diagnostic d'une primo-infection peut être fondé sur deux
aspects de la synthèse des anticorps :
- recherche d'une séroconversion qui nécessite d'examiner deux
prélèvements faits à 21 jours d'intervalle.
- recherche des anticorps de type IgM après fractionnement du
sérum.
CONDUITE A TENIR :
Législation :
La sérologie rubéolique est obligatoire :
- lors de l'examen prénuptial.
- lors de la déclaration de grossesse.
Prévention :
* La prévention repose essentiellement sur la vaccination.
- Le vaccin contre la rubéole est un vaccin vivant atténué,
potentiellement tératogène.
- Il est formellement contre-indiqué pendant la grossesse.
* La vaccination est recommandée (R.O.R.*) dès l'âge de 12 mois
et jusqu'à celui de 6 ans, avec une possibilité de compléter la
couverture vaccinale des filles prépubères (11 à 14 ans) ou des
femmes non immunisées en âge de procréer (examen prénuptial,
période postnatale immédiate).
* On recommande une contraception 1 mois avant et 2 mois après
la vaccination.
Primo-infection en cours de grossesse :
La conduite à tenir dépend du terme auquel survient la
primo-infection. Comme pour la toxoplasmose, le diagnostic
anténatal repose sur la pratique d'une ponction de sang fœtal
(PSF) et l'analyse du liquide amniotique (LA) dans la première
moitié de la grossesse, ainsi que sur une surveillance
échographique régulière.
Primo-infection avant 20 semaines d'aménorrhée :
Le diagnostic de primo-infection étant établi, il faut affirmer
l'atteinte fœtale. Le risque de rubéole congénitale s'élève à
15% avant 14 semaines d'aménorrhée et à 5% entre 14 et 20
semaines d'aménorrhée.
* La PSF-LA pratiquée à 20-22 SA recherche :
- des IgM spécifiques par immunocapture antiµ.
- des IgM totales par immunodiffusion radiale.
- dosage de l'interféron.
- culture virale.
* Ces différents éléments étant positifs, on peut affirmer
l'atteinte fœtale. Il est alors licite de proposer une
interruption thérapeutique de grossesse.
* Lorsqu'il n'est pas mis en évidence d'atteinte fœtale, la
surveillance sera échographique et répétée.
Primo-infection après 20 semaines d'aménorrhée :
La conduite diagnostique est identique mais le risque de rubéole
congénitale passe à moins de 1%. Etant donné le terme tardif, il
n'est plus licite de proposer une interruption thérapeutique de
grossesse mais une surveillance échographique répétée. Elle
recherchera l'apparition de malformations cardiaques, une
dysmorphie cranio-faciale, une hépato-splénomégalie.
Bilan à la naissance :
- Examen clinique du nouveau-né.
- Sérologie au cordon.
- NFS.
- Examen ophtalmologique (fond d'œil).
- Examen ORL.
- Radiographies du crâne et de la face.
- Examen cardio-vasculaire ou échocardiographique.
Varicelle et grossesse :
FRÉQUENCE :
La varicelle est une maladie virale est rare en cours de
grossesse (0,1 à 0,5 pour 1.000), bien que 5 à 30% des femmes
enceintes soient séronégatives vis-à-vis de ce virus.
RISQUES EN COURS DE GROSSESSE :
Risques maternels :
L'âge adulte explique la sévérité de la maladie elle-même
(pneumonies fréquentes, atteintes polyviscérales avec
myocardites, encéphalites...).
Risques fœtaux :
L'atteinte fœtale est inconstante et dépend du terme.
Avant 20 semaines d'aménorrhée :
* La varicelle congénitale comporte des risques de fréquence
incertaine : hypoplasie des membres, hypotrophie, paralysie et
atrophie musculaire, choriorétinite, retard psychomoteur...
* La ponction de sang fœtal est très discutée (diagnostic d'une
atteinte fœtale). Si les IgM spécifiques sont positives, une
interruption thérapeutique de grossesse peut être discutée, avec
la patiente.
Entre 20 semaines d'aménorrhée et l'accouchement :
* Pas de fœtopathie décrite.
* Le risque de varicelle néonatale varie selon le terme de
survenue de l'éruption :
- si l'éruption est survenue plus de 5 jours avant la naissance,
l'enfant est protégé par les anticorps maternels et fera une
varicelle bénigne.
- si l'éruption varicelleuse survient dans les 5 jours qui
précèdent l'accouchement, l'enfant n'est pas protégé par les
anticorps maternels et fera une forme grave à mortalité lourde
(un tiers des cas).
* Il ne faut donc pas déclencher, voire plutôt pratiquer une
tocolyse sur les patientes ayant une éruption varicelleuse à
proximité de l'accouchement.
* En cas de naissance à cette phase critique, il conviendra de
pratiquer une injection de gammaglobulines spécifiques au
nouveau-né (0,3 à 0,6ml/kg) et de discuter la nécessité d'un
traitement antiviral.
PRÉVENTION :
La seule prévention possible est l'injection de gammaglobulines
spécifiques chez la femme enceinte ayant un contage récent
(moins de 48 heures) et n'ayant jamais contracté la varicelle.
- La posologie sera de 0,1 à 0,4ml/kg.
- L'efficacité de cette prévention n'est pas prouvée.
Herpèsvirus et grossesse :
Le virus de l'herpès génital, Herpèsvirus 2 (HSV2) est
responsable de la quasi-totalité des herpès néonataux.
La transmission est materno-fœtale, per-partum, après rupture
prématurée des membranes, ou lors du passage dans la filière
génitale.
FRÉQUENCE :
Le risque de contamination concernerait environ 0,5 à 1 sur
10.000 naissances.
En cas d'antécédent maternel, le risque augmente :
- de 1 pour 1.000 en cas d'antécédent maternel d'herpès génital.
- de 2 à 5% en cas de récurrence d'herpès génital dans les jours
précédant l'accouchement.
- des trois quarts en cas de primo-infection au cours du 9e mois
de la grossesse.
Mais, bien souvent, le risque ne peut être évalué, l'infection
échappant à toute prévention du fait d'une première poussée dont
le diagnostic n'a pas été fait.
DIAGNOSTIC :
Le diagnostic ne peut pas être systématique chez toute femme en
fin de grossesse, c'est pourquoi il restera toujours des cas
inconnus. Cela doit inciter à la recherche des populations à
risque : femmes ayant des antécédents ou partenaires ayant des
antécédents ou une poussée en cours.
* C'est donc l'interrogatoire et l'examen clinique soigneux qui
sont à la base du diagnostic. L'examen au spéculum permet le
prélèvement de lésions objectivées en macroscopie, sinon un
prélèvement endocervical sur milieu de relargage spécial peut
toujours être fait, mais est de fiabilité douteuse.
* Cependant, le diagnostic est encore trop souvent fait par
isolement du virus sur culture de cellules par
immunofluorescence et titrage des anticorps dans le sérum et le
liquide céphalo-rachidien chez un nouveau-né ayant un tableau
herpétique dans les premières semaines de vie.
* La sérologie maternelle n'a que peu d'intérêt diagnostique,
sauf peut-être dans les primo-infections puisque les IgM,
fortement positives, permettent alors une certitude
diagnostique.
RISQUES D'UNE POUSSÉE D'HERPÈS :
Pour la mère :
Souvent, une simple gêne sans conséquence supplémentaire.
Risques pour le fœtus :
Surtout importants en cas de primo-infection herpétique, avec un
risque élevé de fausses couches spontanées en cas d'atteinte au
premier trimestre, et un risque de prématurité et d'hypotrophie
en cas d'atteinte aux deuxième et troisième trimestres.
Et surtout, risques néonataux :
* La conséquence néonatale est l'herpès néonatal disséminé dès
les premières semaines de vie, avec méningites herpétiques et
atteintes viscérales multiples (pneumopathies, CIVD,
hémorragies...).
* Dans les formes plus localisées, quelle que soit la
localisation première, l'atteinte méningo-encéphalique existe et
rend le pronostic réservé (séquelles), ce d'autant que les
antiviraux, débutés même précocement, ne le modifient que peu.
TRAITEMENT :
Traitement préventif:
Primo-infection symptomatique
Si la primo-infection systématique survient dans le pré-partum
ou le mois précédant l'accouchement, le risque d'atteinte du
nouveau-né est majeur (75%) :
* si césarienne avant entrée en travail, pour le nouveau-né en
général :
- traitement antiviral oculaire 5 jours.
- surveillance clinique ambulatoire 1 à 2 mois.
- surveillance virologique : tous les 2 jours, pendant 1 à 2
semaines, puis toutes les semaines pendant 1 mois.
* en cas d'accouchement par voie basse ou de césarienne, après
rupture des membranes de plus de 5 heures, pour le nouveau-né :
- surveillance clinique et virologique et traitement antiviral
oculaire.
- aciclovir par voie intraveineuse, 10mg/kg/8h pendant 10 à 15
jours.
Récurrence vulvo-vagino-cervicale symptomatique
Si une récurrence vulvo-vagino-cervicale symptomatique survient
dans la semaine précédant l'accouchement, le risque d'atteinte
du nouveau-né est de 2 à 5%, l'examen clinique au spéculum
permet :
- une description précise des lésions.
- un prélèvement sur milieu de relargage spécifique.
* Une césarienne avant rupture des membranes peut être décidée.
* En cas d'accouchement par voie basse ou de césarienne après
rupture des membranes pour une autre cause, pour le nouveau-né,
dans tous les cas :
- surveillance clinique et virologique (selon les modalités
précédemment décrites).
- traitement antiviral oculaire.
- aciclovir si : prélèvements positifs et/ou signes cliniques
suspects, prématurité, électrode de scalp, rupture prolongée des
membranes...
Antécédents d'herpès génital maternel ou d'herpès chez le
partenaire
* Que ce soit chez la mère ou son partenaire, le risque néonatal
d'herpès est de 1 pour 1.000.
* Les récurrences peuvent se limiter à une excrétion virale
asymptomatique.
* En pratique :
- examen à l'entrée en travail (col, vagin et vulve).
- prélèvements sur milieu de relargage spécifique en cas de
doute sur des lésions, que celles-ci soient ou non typiques
d'herpès.
- désinfection soigneuse de la filière génitale à la Bétadine*.
- pas d'électrode de scalp pendant le travail (qu'il y ait ou
non des lésions).
* Pour le nouveau-né, si les prélèvements maternels sont
positifs, discuter d'un traitement par aciclovir.
* Dans tous les cas, en cas d'accouchement malgré des lésions
herpétiques, un badigeonnage du vagin à la Bétadine* est
indiqué, les touchers vaginaux seront limités, le monitorage
interne (électrodes de scalp) sera évité, une désinfection
oculaire et un traitement antiviral néonatal seront instaurés.
* Après l'accouchement, le nouveau-né et sa mère seront isolés
au sein de la maternité.
* L'allaitement n'est pas contre-indiqué, à la condition d'un
minimum de précautions d'hygiène.
Traitement curatif :
Dès la suspicion (et souvent avant les résultats virologiques),
un traitement par aciclovir est instauré au nouveau-né, à la
dose de 30mg/kg/j pendant 15 jours, sous surveillance clinique
et virologique.
Hépatite et grossesse :
L'hépatite virale aiguë est la principale cause d'ictère en
cours de grossesse (environ 40% des cas).
Des quatre virus rendus responsables d'hépatites, les virus B et
C sont avec certitude transmis de la mère à l'enfant (voir
question).
HÉPATITE B :
Le dépistage est obligatoire au 6e mois de grossesse.
Fréquence :
Le risque de transmission, quasi inexistant en cours de
grossesse, est variable à l'accouchement selon :
* la prévalence variable des porteuses chroniques d'Ag HBs (0,1
à 3,5%) dans la population.
* le degré de contagiosité des porteuses chroniques :
- 90% pour les mères Ag HBs, Ag HBe+.
- 10 à 20% si l'on considère l'ensemble de la population des
mères Ag HBs+.
Si le risque existe pour une mère porteuse de l'antigène Hbs, il
existe aussi lors d'une forme d'hépatite aiguë au cours de la
grossesse.
Risques en cours de grossesse :
Pour la mère :
* Habituellement, l'évolution de l'hépatite est bénigne, avec
une symptomatologie fruste.
* Une note cholestatique prononcée est possible en cas
d'atteinte tardive (8e ou 9e mois de grossesse).
* Des formes sévères sont constatées souvent dans les pays en
voie de développement.
* La grossesse ne favorise pas l'évolution vers une forme
chronique.
Pour le fœtus :
Si l'atteinte est précoce (premier trimestre de grossesse), il
n'y a pas d'augmentation notable du taux de malformations
congénitales ou d'avortements. Il n'y a pas d'indication à
l'avortement thérapeutique.
Plus tardivement et en particulier dans le courant du troisième
trimestre, il y a une augmentation de la morbidité avec risque
de prématurité (environ 20% des cas).
Le principal risque de l'hépatite B reste celui de la
transmission materno-fœtale, qui est d'autant plus grand que
l'infection est proche du terme, ou que la femme est porteuse
d'antigènes HBs lors de l'accouchement (dans ces cas-là, 70 à
80% des nouveau-nés sont atteints) :
* la contagiosité varie selon l'immunité HBe de la patiente :
- si antigènes HBe négatifs et anticorps HBe négatifs : risque
évalué à environ 30%.
- si antigènes HBe positifs : risque évalué à environ 90%.
- si anticorps HBe positifs : risque semblant à peu près nul.
* le risque de cette transmission materno-fœtale périnatale
réside dans la possibilité d'évolution vers la cirrhose ou le
cancer primitif du foie pour 40% des nouveau-nés porteurs
chroniques précoces, mettant en jeu le pronostic vital de
l'enfant, à long terme, d'autant plus traître que les
nouveau-nés sont souvent asymptomatiques.
Traitement préventif de l'hépatite B néonatale :
Il est irréaliste de séparer ou de contre-indiquer
l'allaitement, l'enfant se contaminant de toute façon lors de
son retour dans la famille.
Il faut donc assurer une protection d'emblée maximale et durable
par sérovaccination.
Bien sûr, toutes ces précautions sont inutiles si la mère est
correctement vaccinée contre l'hépatite B.
HÉPATITE C :
Dernière découverte parmi les hépatites non A-non B, le virus de
l'hépatite C (VHC) a été identifié.
* Souvent asymptomatique et anictérique (neuf fois sur dix),
elle nécessite un dépistage systématique dans les groupes à
risque :
- antécédents de transfusion.
- entourage d'un malade ayant eu une hépatite C.
- sujets toxicomanes.
* Sa sérologie (anticorps anti-VHC) a été récemment
commercialisée.
* Son risque, comme pour l'hépatite B, est l'évolution sous
forme chronique (avec cirrhose dans 20% des cas).
* Le fœtus est exposé à la transmission materno-fœtale (taux en
cours d'évaluation).
* Il n'existe pas de vaccin (aucun traitement préventif).
SIDA et grossesse :
Les incertitudes et le manque de recul actuels vis-à-vis du SIDA
demandent une certaine prudence dans les conduites qui peuvent
être à tout moment remises en question par de nouvelles
constatations ou découvertes épidémiologiques ou thérapeutiques.
Même si cette maladie n'atteint que 1 femme pour 10 hommes,
l'augmentation exponentielle du nombre de sujets atteints et
l'âge de prédilection (20 à 50 ans pour plus de 85% des cas
recensés) font de la femme en âge de procréer une malade
potentielle.
Actuellement, sur une population urbaine tout-venant, la
fréquence des femmes séropositives pour le VIH en milieu
obstétrical serait d'environ 0,5%.
RISQUES D'UNE SÉROPOSITIVITÉ POUR LE VIH EN COURS DE GROSSESSE :
Pour la mère :
La survenue d'une grossesse n'aggrave pas l'évolution des femmes
séropositives pour le VIH.
Ce n'est pas le cas pour les patientes symptomatiques (SIDA
maladie ou stade IV du CDC d'Atlanta) chez lesquelles les
infections opportunistes, favorisées par la grossesse
(septicémies listériennes...), modifient le cours de la maladie.
Pour le fœtus :
La séropositivité pour le VIH influence peu ou n'influence pas
l'évolution de la grossesse. Un taux de fausses couches
spontanées, d'accouchements prématurés, de morts in utero, de
cas dhypotrophie, plus important avait été allégué lors de
l'apparition de cette maladie, mais il s'agissait plus de
complications de la toxicomanie souvent associée dans les
premiers cas recensés.
Par contre, le risque fœtal est celui de la transmission
materno-fœtale.
* De nombreux éléments sont en faveur d'une transmission
transplacentaire plutôt tardive (après la 20e semaine
d'aménorrhée) : la négativité de nombreux produits
d'interruption thérapeutique de grossesse précoce, l'absence
d'anomalies cliniques et biologiques à la naissance et le délai
usuel d'incubation chez le nouveau-né.
* Le risque de contamination néonatal est élevé (15 à 30%), dû à
une transmission verticale au troisième trimestre. Ce risque est
augmenté en cas de contamination par le VIH pendant la grossesse
chez les patientes symptomatiques (SIDA maladie) et celles ayant
un taux bas de lymphocytes CD4.
* Le risque de transmission horizontale serait beaucoup plus
faible, si les précautions d'hygiène identiques à celles prises
pour les porteuses d'hépatite B étaient appliquées.
ATTITUDE FACE A UNE SEROPOSITIVITE POUR LE VIH :
* Selon le terme :
- au premier trimestre : l'interruption de grossesse est
proposée.
- au deuxième trimestre : si la patiente demande une
interruption thérapeutique de grossesse, elle est en général
acceptée.
- au troisième trimestre : la grossesse est poursuivie.
* Pour l'instant, il n'y a pas d'attitude précise quant au terme
et au mode d'accouchement les plus protecteurs :
- quel que soit le terme, un bilan complet de l'évolutivité est
nécessaire.
- enfin, il faut surtout insister sur la nécessité de prescrire
une contraception efficace et d'apporter une bonne information
quant au risque d'une grossesse à toute femme séropositive pour
le VIH, cela en attendant de meilleures connaissances des
risques réels pour le nouveau-né et de leur prévention chez ces
patientes.
ACCUEIL ET DEVENIR DU NOUVEAU-NÉ DE MÈRE SÉROPOSITIVE POUR LE
VIH :
Il s'agit en général d'un enfant de trophicité normale, non
dysmorphique, asymptomatique.
Le diagnostic sérologique néonatal est malaisé, car l'enfant a
le même profil sérologique que sa mère (anticorps maternels type
IgG en ELISA et " western blot ").
Le diagnostic d'atteinte nécessite donc la mise en évidence chez
le nouveau-né du génome proviral dans les lymphocytes
circulants.
* En cas de contamination (un cas sur deux), l'évolution est
assez rapide, avec apparition de symptômes dès la première année
de vie : infections opportunistes, encéphalopathie virale.
- Le décès est en général rapide (50% à 18 mois, 100% à 4 ans).
- Tout doit être fait pour prévenir l'aggravation :
contre-indication des vaccins vivants (BCG par exemple), prise
en charge par une équipe pédiatrique spécialisée.
* Enfin, l'allaitement est contre-indiqué dans les pays
occidentaux devant l'incertitude quant à ce mode de
contamination possible. Il est plus discutable dans les pays en
voie de développement.
COMMENT RECONNAÎTRE UNE FEMME ATTEINTE ?
C'est facile si elle est symptomatique (SIDA maladie), car on
est attiré par l'amaigrissement, une fièvre, une diarrhée, et
surtout par la répétition d'infections opportunistes.
Mais il faut aussi savoir y penser devant une thrombopénie
idiopathique.
Enfin, très souvent, la patiente est asymptomatique, d'où
l'intérêt du dépistage systématique (que l'on ne peut pas faire
sans accord préalable de la patiente).
QUEL DÉPISTAGE EN MILIEU OBSTÉTRICAL ?
Pour certains, le dépistage doit être systématique par sérologie
au cours du bilan obligatoire de déclaration de grossesse, mais
aucun texte ministériel ne l'oblige. Il impose simplement de le
proposer en insistant sur les facteurs de risque existant.
Ce dépistage orienté par la présence de facteurs de risque ne
permettrait a priori de dépister que 90 à 95% des femmes
séropositives, en ne prélevant que 15% de la population.
- De toute façon, il ne faut jamais effectuer de prélèvement
sans en informer la patiente, afin de pouvoir lui transmettre
les résultats.
- Bien sûr, une sérologie négative ne garantit pas d'une
contamination récente avec virémie en cours.
QUELLES PRECAUTIONS PRENDRE EN SERVICE DE MATERNITÉ POUR ÉVITER
LA CONTAMINATION DU PERSONNEL ?
Le risque de contamination n'atteint pas 1% des personnes
s'étant souillées avec du matériel suspect. Ce risque est donc
nettement inférieur au risque de transmission de l'hépatite B.
Les précautions d'hygiène seront :
- le port de gants pour la manipulation de produits humains
(sang, sérosités, placenta, ponctions veineuses...).
- l'utilisation de matériel à usage unique si possible ou la
désinfection par glutaraldéhyde à 2% et le passage en autoclave.
- des containers spéciaux pour le recueil du matériel contondant
(aiguilles, lames de bistouri, etc.).
- lavage de tout le mobilier (table d'examen et locaux) à l'eau
de Javel.
- sacs spéciaux pour l'évacuation du matériel souillé (linge,
pansements) avant incinération.
CMV et grossesse :
FRÉQUENCE :
L'infection à Cytomégalovirus humainest la première cause des
infections virales congénitales (0,4 à 2,3%).
Certaines populations sont très exposées : personnel de crèches,
de services de néonatalogie...
* Les risques d'embryofœtopathies avec des séquelles graves sont
dus à la contamination in utero par voie hématogène. Ils sont
variables selon qu'il s'agit d'une primo-infection maternelle du
premier trimestre de la grossesse (31% des cas avec
transmission) ou d'une réinfestation (2% de transmission).
* Le risque de primo-infection maternelle est grand puisqu'une
femme sur deux n'est pas immunisée.
CLINIQUE :
Maladie virale d'évolution banale chez la mère, la
cytomégalovirose est suspectée dans certains contextes
pathologiques chez le nouveau-né. Dans la majorité des cas, la
maladie est asymptomatique chez la femme enceinte ; tout au plus
elle se révèle par un syndrome mononucléosique qui mène rarement
vers une démarche diagnostique.
DIAGNOSTIC ET CONDUITE A TENIR :
* Le diagnostic est affirmé par la sérologie qui recherchera des
anticorps anti-CMV, la présence d'IgM prouvant l'infestation
récente.
* Il sera plus souvent demandé dans le cadre de la recherche
étiologique d'une pathologie fœtale, en particulier
microcéphalie, calcifications intracrâniennes, choriorétinite,
retard mental, mort in utero.
* Cette pathologie infectieuse n'est pas pourvoyeuse
d'accouchement prématuré.
* Aucun dépistage systématique n'est préconisé. Aucun traitement
n'est envisageable. Même si l'on peut objectiver une infection
fœtale (par recherche du virus dans le liquide amniotique par
amniocentèse), elle n'est pas la preuve d'une atteinte
congénitale.
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