Les complications foetales de la grossesse diabétique peuvent être évitées grâce à un parfait équilibre du diabète
lors de la conception, tout au long de la grossesse et lors de l’accouchement.
Le diabète gestationnel, ou
hyperglycémie maternelle gestationnelle, apparaît à partir de la 26e semaine d’aménorrhée.
Son dépistage peut se
faire par le simple dosage de la glycémie à jeun et postprandiale.
Son risque essentiel est la macrosomie foetale.
La grossesse de la femme diabétique doit être programmée.
Les femmes diabétiques en âge de procréer doivent
donc bénéficier d’une contraception adaptée, la prise au long court de la pilule oestroprogestative étant
contre-indiquée.
Le diabète n’est pas une contre-indication au traitement hormonal substitutif de la ménopause, au contraire !
Grossesse et diabète :
La grossesse diabétique reste une grossesse à
risque dont le pronostic s’est considérablement
amélioré grâce aux progrès diabétologiques et
obstétricaux.
Les taux de mortalité néonatale et de
malformations rejoignent ceux de la population non
diabétique, chez les femmes diabétiques
régulièrement suivies en consultation.
A - Diabète connu avant la grossesse :
1- Progrès obstétricaux :
Les échographies précoces, pratiquées vers la 11e
ou 12e semaine permettent, de vérifier le terme,
voire même de dépister certaines malformations.
Une deuxième échographie, entre la 20e et la 22e
semaine, permet le bilan morphologique.
Des
échocardiographies foetales à 24 et 32 semaines
permettent d’apprécier la morphologie cardiaque et
l’épaisseur du septum interventriculaire.
L’échographie, comme la clinique, apprécient la
croissance foetale et permettent de dépister la
macrosomie ou l’hypotrophie ainsi qu’un excès de
liquide amniotique.
L’étude des flux foetaux
placentaire et utérin permet d’apprécier la qualité
des échanges entre la mère et l’enfant.
La
surveillance obstétricale permet de dépister une
menace d’accouchement prématuré, une éventuelle
souffrance foetale évaluée selon la diminution des
mouvements actifs du foetus.
En fin de grossesse, les
enregistrements du rythme cardiaque foetal sont
pratiqués très régulièrement à l’approche du terme,
chaque semaine, puis chaque jour, puis deux fois par
jour lorsque la patiente est hospitalisée en fin de
grossesse.
2- Progrès diabétologiques :
Le rôle délétère de l’hyperglycémie maternelle
pour le foetus est mieux compris depuis ces dernières décennies.
Dès la conception et lors de l’organogenèse,
l’hyperglycémie peut entraîner avortement ou malformations.
Lors du développement foetal, elle stimule
l’hyperinsulinisme foetal responsable de macrosomie, d’hypoxie
tissulaire, de retard de maturation pulmonaire ou encore
d’hypertrophie cardiaque.
Lors de l’accouchement, elle majore le risque
d’hypoglycémie insulinique sévère chez le nouveau-né.
La compréhension du rôle néfaste de
l’hyperglycémie maternelle avant et tout au long de la grossesse met
ainsi l’accent sur la nécessité de programmer les grossesses chez
les femmes diabétiques régulièrement suivies en consultation, et
donc sur l’importance d’une contraception fiable.
Toute femme diabétique en âge de procréer doit
donc être informée sur la grossesse.
3- Prise en charge de la grossesse diabétique :
La prise en charge de la grossesse et de sa
programmation par les femmes diabétiques est plus
difficile chez la femme diabétique non insulinodépendante
(DNID), souvent plus âgée et sans doute moins bien informée.
Chez cette femme, le
traitement oral sera arrêté avant le début de la
grossesse, avec insulinothérapie si besoin est,
c’est-à-dire si le régime ne permet pas d’obtenir des
glycémies normales, inférieures à 0,90 g/L avant les
repas, et inférieures à 1,20 g/L après.
Chez les diabétiques insulinodépendantes (DID),
une optimisation du traitement sera réalisée
pendant la programmation de la grossesse avec
trois, voire quatre injections d’insuline par jour,
l’objectif glycémique étant d’obtenir une
normalisation de l’hémoglobine A1C dès cette
période avec des glycémies oscillant entre 0,60 et
1,60 g/L au cours du nycthémère.
Quel que soit le type de diabète, l’autosurveillance
glycémique est indispensable et doit comporter six à
sept contrôles quotidiens avec adaptation
thérapeutique immédiate (adaptation des doses
d’insuline aux glycémies instantanées, ou adaptation
de la prise alimentaire selon les résultats,
l’autosurveillance urinaire doit être effectuée chaque
matin à la recherche d’une cétose de jeûne.
Si elle est
positive, il faudra adapter l’insulinothérapie et
instituer une collation au coucher).
Les femmes
doivent être vues en consultation de diabétologie
tous les 15 jours pour la prise de poids, de la
pression artérielle en position semi-assise ou en
décubitus latéral gauche, un bilan biologique avec
dosage de la fructosamine (glycémie moyenne des
15 derniers jours), un examen des urines par
bandelette à la recherche d’une infection ou d’une
microalbuminurie.
Tous les 2 mois, on effectue la mesure de
l’hémoglobine A1C, de l’uricémie ou de la créatininémie.
Un examen ophtalmologique est systématique en
début de grossesse et vers la 26e semaine, plus souvent s’il existe
une rétinopathie.
Si besoin est, un arrêt de travail prolongé est
prescrit pour faciliter la prise en charge du diabète.
L’hospitalisation en service de diabétologie est
rare.
Elle peut se pratiquer avant la grossesse pour
améliorer l’équilibre glycémique grâce à une insulinothérapie
optimisée, elle est nécessaire parfois au cours de la grossesse si
l’objectif glycémique n’est pas atteint.
L’accouchement se déroule, aussi souvent que
possible, à terme, par voie basse.
L’hospitalisation en maternité pour surveillance
de fin de grossesse n’est plus systématique avant la 38e semaine,
dans la mesure où il n’existe pas de problèmes obstétricaux, si le
diabète est parfaitement équilibré et si la femme habite à proximité
de la maternité, ce qui permet une surveillance ambulatoire.
Pendant l’accouchement, une insulinothérapie par
voie intraveineuse est mise en place avec contrôle de la glycémie
capillaire toutes les demi-heures.
Le nouveau-né est surveillé systématiquement dès
la naissance à la recherche d’hypoglycémie ou d’hypocalcémie
néonatale.
4- Complications de la grossesse diabétique :
La grossesse diabétique reste cependant une
grossesse à risque : la toxémie
gravidique avec hypertension et protéinurie est plus
fréquente (multiplée par trois par rapport à la
population générale), l’acidocétose diabétique chez
les femmes insulinodépendantes est une
complication possible du 3e trimestre, les infections
urinaires avec pyélonéphrite aiguë se sont
multipliées, enfin, dans le cadre d’une insuffisance
rénale, il n’existe qu’une chance sur deux de mettre
au monde un enfant vivant, avec risque majeur
d’aggravation de l’hypertension artérielle (HTA) et de
l’insuffisance rénale au cours de la grossesse, en
général réversible après l’accouchement.
Quant à
l’insuffisance coronarienne, elle constitue une
contre-indication à la grossesse avec un risque de
décès maternel d’environ 50 %.
B - Cas particuliers du diabète découvert en
cours de grossesse :
Il peut s’agir d’un diabète non insulinodépendant
méconnu jusqu’à la grossesse, d’un authentique
diabète insulinodépendant qui se révèle au cours de
la grossesse, ou encore de ce que l’on appelle de
diabète gestationnel, qui correspond à une
intolérance aux hydrates de carbone, apparaissant le
plus souvent entre la 26 et la 28e semaine de
grossesse.
Dans le diabète gestationnel pur, il n’existe pas
d’augmentation du risque de malformations
néonatales, en revanche ce risque augmente s’il
s’agit d’un diabète méconnu avant la grossesse.
1- Risques du diabète gestationnel
:
Le diabète gestationnel vrai correspond à environ
3 % des grossesses.
Il s’agit d’une résistance à
l’insuline liée à la sécrétion de l’hormone lactogène
et de l’hormone de croissance placentaires, qui
entraînent une dégradation de la tolérance
glucidique.
Le risque de ce diabète gestationnel est la
macrosomie foetale, qui correspond à un poids de
naissance supérieur au 90e percentile pour le terme.
Le risque de cette macrosomie est celui d’un
traumatisme obstétrical avec dystocie des épaules,
fracture de la clavicule, étirement ou paralysie du
plexus brachial.
Pour éviter ces risques, la césarienne
est souvent proposée sur les données échographiques,
cliniques ou de pelvimétrie. Les autres
risques encourus par le nouveau-né sont ceux liés à
l’hyperinsulinisme foetal, c’est-à-dire l’hypoglycémie,
l’hypocalcémie, la polyglobulie, l’hyperbilirubinémie
et l’hypertrophie cardiaque, comme pour les autres
grossesses diabétiques.
2- Comment dépister un diabète gestationnel ?
Si la prise en charge du diabète gestationnel est
bien codifiée, il n’en est pas de même pour son
dépistage.
L’étalon or proposé pour le diagnostic de
diabète gestationnel reste, dans la plupart des
centres, l’hyperglycémie provoquée par voie orale.
Selon les travaux de O Sullivan, en 1964, le diabète
gestationnel se définit par deux valeurs glycémiques
au-dessus de la normale lors d’une hyperglycémie
provoquée par voie orale sur 3 heures après
absorption de 100 g de glucose : glycémie égale à
1,05 g/L à jeun, 1,90 g/L à la 1re heure, 1,65 g/L à la
2e heure, et 1,45 g/L à la 3e heure.
Toutefois, le
travail initial de O Sullivan avait pour fonction de
définir le risque maternel de diabète dans les 10
années suivant la grossesse (25% des femmes
présentant un diabète gestationnel deviennent
diabétiques, 25 % d’entre elles gardent une
intolérance aux hydrates de carbone).
Ce n’est que
secondairement que ces valeurs ont été validées
pour le risque foetal. Chaque auteur a adapté à sa
façon les résultats de O Sullivan.
Il existe aujourd’hui
plusieurs versions de «O Sullivan corrigé ».
L’hyperglycémie provoquée par voie orale n’étant
pas réalisable sur le plan économique en pratique de
masse, le test de O Sullivan a été proposé.
Il consiste
à mesurer la glycémie 1 heure après l’absorption de
50 g de glucose chez les femmes présentant des
facteurs de risque de diabète gestationnel.
L’interprétation de ce test de O Sullivan est
variable selon les auteurs, et justifie le recours à une
hyperglycémie provoquée par voie orale sur 3
heures selon que la valeur glycémique se situe de
1,30 à 1,50 g/L...
Si le diagnostic de diabète
gestationnel ne fait pas l’objet d’un consensus
international, sa prise en charge est à peu près
uniforme.
C’est pourquoi il serait logique de définir le
diabète gestationnel par les valeurs glycémiques
justifiant une intervention thérapeutique, soit des
valeurs glycémiques préprandiales, supérieures ou
égales à 0,90 g/L, soit des glycémies 1 heure 30
minutes après le repas, supérieures ou égales à
1,20 g/L.
3- Traitement du diabète gestationnel :
Un régime diététique de 1 500 à 2 000 calories/j
selon l’enquête alimentaire avec un apport de 150 à
200 g de glucides fractionnés en trois repas et trois
collations.
L’éducation à l’autosurveillance glycémique six
fois par jour, c’est-à-dire avant et une 1 heure 30
minutes après le début de chaque repas, soit à l’aide
de bandelettes visuelles, soit grâce à un lecteur de
glycémie.
Une éducation à l’autosurveillance urinaire
chaque matin au réveil pour vérifier l’absence de
cétose de jeûne consécutive à un régime trop
restrictif.
L’insulinothérapie est proposée si, malgré le
régime, les glycémies préprandiales atteignent ou
dépassent 1 g/L, et/ou si les glycémies 1 heure 30
minutes après le début des repas atteignent ou
dépassent 1,40 g/L.
Toutefois, s’il existe des facteurs
de risque maternels, l’insulinothérapie
sera proposée plus précocement, c’est-à-dire si
les glycémies préprandiales sont supérieures ou
égales à 0,90 g/L, et si les glycémies postprandiales
sont supérieures ou égales à 1,20 g/L.
Le plus
souvent, l’insulinothérapie comprendra trois
injections par jour, soit une injection d’insuline rapide
le matin, le midi et le soir avant les repas, soit une
injection d’insuline biphasique matin et soir avec, si
besoin est, une insuline rapide le midi.
Contraception, ménopause
et diabète
:
A - Contraception
:
Toute femme diabétique en âge de procréer doit
être informée sur la nécessaire programmation des
grossesses.
Elle doit donc bénéficier d’une
contraception efficace et adaptée, sachant que :
– l’éthinyl-oestradiol, même à faible dose,
favorise les thromboses vasculaires ;
– les progestatifs dérivés des norstéroïdes à forte
activité antigonadotrope androgénique dégradent la
tolérance glucidique et abaissent le HDL-cholestérol
(high density lipoproteins), et sont donc
contre-indiqués chez les diabétiques.
Il existe plusieurs techniques.
*
Les pilules progestatives microdosées, en
l’absence de contre-indication gynécologique
(mastopathie bénigne, dysovulation), qui nécessitent
une prise quotidienne à heure fixe sans oubli.
Elles sont un peu moins efficaces que les pilules oetroprogestatives et moins bien tolérées (spotting,
parfois aménorrhée, mastodynie).
* Les progestatifs « normodosés ». Les
progestatifs non androgéniques sont bien tolérés sur
le plan métabolique et gynécologique.
* Le stérilet chez la multipare, en l’absence
d’antécédent infectieux annexiel utérin.
* Les moyens locaux dont l’efficacité dépend
toutefois de la discipline d’utilisation.
La pilule oestroprogestative est contre-indiquée en
raison de ses risques vasculaires.
Elle reste possible chez la diabétique
insulinodépendante jeune ayant un diabète récent
bien équilibré, pour une courte durée (avant
grossesse).
On utilise de préférence les oetroprogestatifs les
moins dosés en éthinyl-oestradiol (30 íg ou
moins), associés à un progestatif faiblement
androgénique.
B - Ménopause
:
Le diabète n’est pas une contre-indication au
traitement substitutif de la ménopause, au contraire,
dans la mesure où le risque d’ostéoporose et
d’athéromatose est accru chez la femme diabétique.
On utilise des oetrogènes par voie percutanée
(OEstrogelt, Estradermt) qui n’ont pas d’incidences
métaboliques, auxquels on associe un progestatif à
l’exclusion des progestatifs norstéroïdes dérivés de la
testostérone.
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