Biologie et génétique moléculaires (Suite)
Cours de dermatologie
B -
GÉNÉTIQUE MOLÉCULAIRE EN DERMATOLOGIE
:
La recherche en génétique moléculaire s’est bien sûr focalisée
essentiellement sur les « grandes » génodermatoses, mais d’autres
types d’affections, sporadiques et notamment tumorales, ont
bénéficié de progrès majeurs ces dernières années dans la
compréhension de leurs mécanismes étiologiques intimes.
1-
Maladies bulleuses
:
Elles ont tout particulièrement intéressé les chercheurs, comme en
témoigne le nombre très important de publications qui leur ont été
consacrées.
Ce sont surtout les épidermolyses bulleuses congénitales
(EBC) qui ont été étudiées avec des données moléculaires
particulièrement bien corrélées aux modifications structurales
antérieurement mises en évidence.
Par ailleurs, ces études ont fait
considérablement progresser les connaissances sur la structure et la
fonction des différents éléments de la jonction dermoépidermique.
2- Épidermolyses bulleuses simplex (EBS)
:
Elles sont autosomiques dominantes en général, surtout liées à des
mutations des kératines basales 5 et 14 qui s’associent en tandem
pour former les filaments intermédiaires de kératine.
Les mutations
en cause ont été bien étudiées dans les différents sous-types et il
existe une certaine corrélation entre génotype et phénotype :
mutations des extrémités des domaines hélicoïdaux dans les formes
de Dowling-Meara, assez sévères, avec un point chaud particulier
sur le codon 125 (de la kératine 14 surtout) et des difficultés à
l’élongation des filaments ; mutations des régions de liaison
entre les éléments du tandem (région « linker » L1-2) avec difficultés
d’association entre kératine 5 et 14 dans les formes de Cockayne-Weber palmoplantaires ; mutations assez variables pour les
formes généralisées de type Koebner, sur les linkers, les extrémités
ou le centre de la région hélicoïdale, avec des mutations surtout faux
sens dont certaines sont récurrentes ; mutations du domaine
V-1 de la kératine 5 dans les EBS acrales avec pigmentation en motte
du tronc et des racines des membres associée à une kératodermie
palmoplantaire ponctuée.
Une forme particulière associant EBS et dystrophie musculaire est
liée à des mutations du gène codant pour la plectine, molécule
impliquée dans l’ancrage des filaments intermédiaires à la
membrane plasmique.
* Épidermolyses bulleuses jonctionnelles :
La forme létale de type Herlitz autosomique récessive est en général
due à des mutations homozygotes ou hétérozygotes composites
(deux mutations différentes d’un même locus) d’une des chaînes du
trimère formant la laminine 5, élément essentiel des filaments
d’ancrage.
Chacune des trois chaînes alpha, bêta ou gamma, codées
respectivement par les gènes LAMA3, LAMB3 et LAMC2 peut être
en cause. Les mutations sont en général de type non sens avec codon
stop prématuré et protéine tronquée non fonctionnelle.
Elles sont
généralement « privées » (c’est-à-dire particulières à une famille
donnée) avec toutefois des profils mutationnels voisins dans un
même pays (effet « fondateur » ?).
Un diagnostic prénatal est
possible.
La forme associée à une sténose du pylore est liée à des mutations
des gènes codant pour la chaîne alpha ou bêta de l’intégrine alpha
6-bêta 4 des kératinocytes basaux, cette intégrine étant le ligand
kératinocytaire de la laminine 5.
La forme dite généralisée « bénigne » (pour la différencier du Herlitz) ou GABEB (generalized atrophic benign epidermolysis
bullosa) est due à des mutations du gène codant pour le collagène
XVII, protéine qui n’est autre que l’antigène 2 (BPAG2, 180 kDa) de
la pemphigoïde bulleuse.
Ce gène est situé en 6p11-12 et comprend
56 introns répartis sur 48 kb d’ADN génomique.
La protéine a un
domaine globulaire intracellulaire et un domaine C-terminal
extracellulaire alternant séquences collagéniques et non
collagéniques.
Une dizaine de mutations différentes ont été
retrouvées chez les patients européens, toutes situées sur le domaine
extracellulaire, ce qui entraîne la perte du signal en immunohistochimie.
D’autres formes non létales d’EB jonctionnelles
sont dues à des mutations des gènes codant pour une des chaînes
de la laminine 5.
* Épidermolyses bulleuses dystrophiques
:
Les formes dominantes et récessives habituelles sont dues à des
mutations du gène codant pour la chaîne alpha 1 du collagène VII,
protéine majoritaire des fibrilles d’ancrage du derme superficiel et
qui joue bien sûr un rôle majeur dans la solidité de la jonction
dermoépidermique. Il s’agit du gène le plus riche en exons
connu à ce jour (118 exons) s’étendant sur environ 32 kb sur la
région 3p21.1.
Plus de 50 mutations ont été décrites, de différents
types : mutations non sens, faux sens, notamment substitutions de
glycine dans le domaine collagénique central, petites délétions ou
insertions avec déplacement du cadre de lecture, anomalies de
l’épissage.
Le type, la position sur la molécule et la combinaison
éventuelle (si les deux allèles sont mutés) de ces mutations
détermine la sévérité du phénotype pathologique et le mode de
transmission.
Ainsi, une mutation monoallélique avec une molécule
tronquée précocement n’affectera pas l’assemblage de l’autre
version, normale, de la protéine ; cette mutation ne s’exprimera donc
que si l’autre allèle est également muté et la transmission sera donc
récessive.
En revanche, une mutation monoallélique aboutissant à
une molécule de taille normale mais dont la séquence et la fonction
sont modifiées, affectera l’assemblage de toutes les fibrilles de
collagène VII.
C’est ce caractère « dominant négatif » qui explique la
transmission dominante dans ce cas.
Un diagnostic prénatal est
possible mais souvent long car il n’existe pas de mutation
prédominante en termes de fréquence.
Les formes prétibiales sont également dues à des mutations de ce
gène, dont les anomalies semblent donc en cause dans l’ensemble
des formes cliniques des EB dystrophiques.
* Maladies bulleuses acquises auto-immunes :
Elles ont également bénéficié de l’application des techniques de
biologie moléculaire, qui ont permis par exemple l’identification
précise des antigènes-cibles du pemphigus et des diverses formes
de dermatoses bulleuses de la jonction dermoépidermique, par le
criblage de banque d’expression d’ADNc par les anticorps circulants
des patients.
Le gène correspondant est ensuite localisé et étudié en
criblant une banque d’ADN génomique.
La fonction physiologique
de la protéine correspondante peut alors être mieux étudiée, ce qui
peut apporter des informations intéressantes concernant la
physiopathologie de la maladie bulleuse auto-immune
correspondante.
3- Troubles de la kératinisation
:
* Ichtyoses :
Il s’agit probablement, avec les épidermolyses bulleuses, des
génodermatoses les plus étudiées par les biologistes moléculaires.
Pourtant, un grand nombre d’inconnues demeurent, nettement plus
que pour les maladies mécanobulleuses, probablement en raison
d’une plus grande hétérogénéité génétique.
Les ichtyoses vulgaires autosomiques dominantes ne sont pas encore
clairement identifiées sur le plan génétique, mais il est possible qu’il
s’agisse dans certains cas d’un déficit en enzymes permettant la
desquamation (mécanisme « par rétention »). Il reste à identifier les
gènes en cause, codant probablement pour une ou plusieurs
protéases.
L’ichtyose « noire » liée à l’X est bien connue et est due à des
mutations (délétions essentiellement ; mutations ponctuelles moins
fréquemment) du gène de la 3-bêta-stéroïde sulfatase situé en
Xp22.3 ; des anomalies d’un autre gène non encore identifié sont
possibles.
Les érythrodermies ichtyosiformes récessives sont très hétérogènes sur
les plans clinique et génétique, ce qui ne facilite pas leur étude.
Dans
un sous-groupe de patients atteints d’ichtyose lamellaire, des anomalies du gène codant pour la transglutaminase 1 situé en 14q11
ont été retrouvées.
Cette enzyme lie entre elles les protéines de
l’enveloppe cornée, notamment la loricrine, par leurs résidus
glutamine.
Les mutations sont surtout des substitutions sur une
région très conservée de la protéine, notamment sur des arginines,
mais des mutations non sens sont également possibles.
Toutefois,
ces mutations sont loin de résumer la physiopathologie de ces
troubles de kératinisation puisqu’au moins deux autres locus, dont
l’un situé en 2q33-35, ont été identifiés, les gènes en cause restant
à préciser.
Le syndrome de Sjögren-Larsson, autosomique récessif, qui associe
une érythrodermie ichtyosiforme sèche congénitale à des troubles
neurologiques avec tétraparésie spastique et retard mental, est lié à
des mutations du gène codant pour un aldéhyde gras
déshydrogénase, situé en 17p11.2.
Cette enzyme intervient dans
le métabolisme oxydatif des aldéhydes aliphatiques à longue chaîne
et son déficit entraîne une accumulation d’alcools gras dont le
pouvoir pathogène n’est pas encore compris.
Les mutations sont
surtout de type faux sens portant sur une région hautement
conservée et cruciale pour la fonction de l’enzyme.
Les érythrodermies congénitales bulleuses sont elles aussi hétérogènes
sur le plan génétique mais la situation est plus claire que pour les
formes « sèches ».
En effet, l’érythrodermie bulleuse de type
Siemens, autosomique dominante, est liée à des mutations
dominantes négatives du gène codant pour la kératine de type 2e,
gène situé en 12q11-13.
Ces mutations sont avant tout des
substitutions, portant notamment sur l’acide glutamique en position
117 qui apparaît comme un véritable « point chaud » de cette
molécule. Quoi qu’il en soit, les mutations déstabilisent les
interactions entre les chaînes de kératine et le couplage, obligatoire,
entre kératine de groupe I et II ne peut se faire correctement pour le
couple comprenant la kératine 2e, ce qui explique la fragilité du
corps muqueux et l’acanthokératolyse.
L’érythrodermie ichtyosiforme congénitale bulleuse est liée, de façon
assez similaire, à des anomalies des gènes codant soit pour la
kératine 1 soit pour la kératine 10 qui font partie du même
« couple » caractéristique des régions épidermiques suprabasales.
Les mutations sont bien connues pour la kératine 10 et sont surtout
des substitutions portant sur l’arginine 156 dans la région hautement
conservée du domaine hélicoïdal 1-alpha, là encore sorte de point
chaud moléculaire.
Les perturbations engendrées dans l’une ou
l’autre molécule de kératine perturbent profondément la formation
du couple, dont l’absence est responsable de la fragilité cutanée.
De
façon très intéressante, des mutations des mêmes gènes sont
retrouvées dans les nævus épidermolytiques ; il s’agit alors de
mutations postzygotiques dites en mosaïque, qui affectent seulement
certaines cellules de l’organisme.
Si les cellules germinales sont
également touchées par la mutation, les individus atteints de ce type
de nævus peuvent donner naissance à des enfants atteints
d’érythrodermie congénitale bulleuse classique.
Certains cas d’érythrokératodermie variable sont dus à des mutations
du gène codant pour la loricrine, gène situé en 1q21, la protéine
représentant environ 75 % des protéines de l’enveloppe cornée des
cornéocytes.
La mutation dans la famille étudiée est une insertion
d’une base entraînant un déplacement du cadre de lecture et
addition de 65 acides aminés.
Dans d’autres cas, des mutations d’un
gène codant pour une connexine hératinocytaire (G31) ont été
incriminées.
La maladie de Darier, autosomique dominante, est liée à des
anomalies d’un gène déjà localisé depuis quelques années sur la
région chromosomique 12q23-24.1.
Très récemment ce gène a été
précisément identifié (Sakuntabhai A, Ruiz-Perez V, Carter S et al.
Nat Genet 1999 ; 21 : 271-277) : il code pour une protéine du
réticulum endoplasmique qui se comporte comme un canal calcique,
permettant au calcium de pénétrer dans le réticulum contre un
gradient de concentration en maintenant donc une concentration
faible de calcium dans le cytosol ; ce processus consomme de
l’énergie fournie par l’ATP (« pompe » à Ca++-ATP-dépendante ou
ATPase Ca++-dépendante).
Cette protéine est hautement exprimée
dans les kératinocytes comme on pouvait s’y attendre.
Les mutations
mises en évidence sont de types divers selon les familles et
intéressent très généralement des régions de la molécule qui sont
fonctionnellement importantes et hautement conservées entre les
espèces.
Le mode de transmission autosomique dominant de la
maladie s’explique probablement par un mécanisme
d’haplo-insuffisance.
* Kératodermies palmoplantaires (KPP)
:
Les formes diffuses sans lésions associées de type Thost-Unna sont
encore mal connues sur le plan génétique et probablement
hétérogènes ; toutefois, on a pu identifier une mutation faux sens du
codon 73 de la région V1 de la kératine 1 dans un cas.
Plus
généralement, ces KPP pourraient être liées aux régions contenant
les gènes codant pour les kératines du groupe I acides (17q) ou II
basiques (12q).
Les formes liées à un cancer de l’oesophage ou syndrome de Howell-Evans semblent sous la dépendance de lésions d’un ou plusieurs
gènes localisés en 17q23-qter (soit vers l’extrémité du bras long du
chromosome 17), qui restent à découvrir.
La KPP épidermolytique de type Vörner est due à des mutations du
gène codant pour une kératine exclusivement exprimée sur les
régions palmoplantaires, la kératine 9, gène situé en 17q12-21 ; les
mutations sont surtout faux sens, assez différentes selon les malades
avec toutefois un point chaud en position 162 modifiant la région
1A du domaine alpha-hélicoïdal de la molécule.
La sclérotylose ou maladie de Huriez, autosomique dominante, n’a
toujours pas été identifiée sur le plan génétique ; la liaison avec le
groupe sanguin MN n’a pas été confirmée.
La maladie de Vohwinkel ou KPP mutilante avec pseudo-aïnhum et
surdité, autosomique dominante à pénétrance incomplète, est liée,
au moins dans certains cas, à des mutations du gène de la
loricrine, mais il semble que la mutation identifiée (insertion avec
déplacement du cadre de lecture du gène et création d’une protéine
mutante ayant 22 acides aminés supplémentaires) soit différente de
celles qui sont responsables de l’érythrokératodermie variable. Une
hétérogénéité génétique est possible sinon probable.
La KPP autosomique récessive de type Méléda est génétiquement liée
au groupe sanguin MN, dont le locus est situé en 4q28-32.
La maladie de Clouston ou dysplasie ectodermique hidrotique
autosomique dominante associant KPP, onychodystrophie et
alopécie est génétiquement liée à un locus situé dans la région
péricentromérique du chromosome 13q, ce qui exclut la
responsabilité des gènes des kératines.
Les KPP intégrées dans le cadre des différents types de pachyonychies
congénitales (PC) ont été liées à des mutations précises : kératine 6a
et 16 pour la PC de type 1 (microdélétions ou substitutions dans le
domaine IA hautement conservé), de type 17 pour la PC de type 2
(surtout substitutions dans le domaine IA) ; de façon intéressante,
des anomalies de ce dernier gène sont retrouvées chez des patients
atteints de sébocystomatose isolée, la sébocystomatose faisant partie
du tableau de la PC de type 2.
La KPP linéaire de type Brünauer-Fuhs-Siemens, autosomique
dominante, est génétiquement liée au locus 18q12, c’est-à-dire
proche de celui des cadhérines desmosomiales, desmogléines et
desmocollines.
La KPP du syndrome de Richner-Hanhart, tyrosinose de type 2
autosomique récessive, est bien sûr liée à des mutations portant sur
le gène codant pour la tyrosinase, enzyme-clé du métabolisme de la
tyrosine, gène situé en 16q22.1-3.
* Psoriasis :
Pathologie pourtant génétique à l’évidence dans son type 1, de
survenue précoce, le ou les gènes du psoriasis n’ont toujours pas été
identifiés avec certitude, pas plus bien sûr que les mécanismes
pathogéniques fondamentaux.
Pourtant, des associations génétiques
existent très clairement. Certaines sont connues de façon assez
ancienne, telle l’association avec certains groupes HLA notamment
HLA Cw6 et Cw7, qui ne diffèrent des autres molécules Cw que par la présence d’une arginine en position 71.
Cette différence minime
de séquence pourrait permettre une présentation antigénique
particulière, par exemple d’un autoantigène, mais l’explication de
cette liaison est pour l’instant encore à découvrir.
On ne sait
notamment pas avec certitude si cette liaison est avec le gène HLA
Cw6 lui-même ou avec une version anormale d’un autre gène, situé
à proximité et en déséquilibre de liaison avec Cw6.
D’autres groupes
HLA sont impliqués tels B13, B57, B27 dans les formes avec
rhumatisme, DR7, et Cw2 dans les formes d’apparition tardive (type
2) mais la liaison est moins forte.
De façon plus récente et plus
systématique, une véritable « chasse au gène » a été organisée en
criblant l’ensemble du génome, pour rechercher une liaison entre un
site de restriction polymorphe ou un microsatellite particulier et la
transmission de la maladie dans une famille donnée.
Les résultats
ne sont malheureusement pas univoques, puisqu’une équipe ne
retrouve pas forcément les résultats de l’équipe concurrente. Ainsi a
été mise en évidence une liaison avec les chromosomes ou régions
1, 2, 4q, 6p21 (zone du CMH), 8, 16q, 17q et 20 p.
La région 16p en
cause chevauche la zone où a été localisé un locus de susceptibilité
pour la maladie de Crohn, qui est d’ailleurs nettement plus
fréquente chez les patients psoriasiques. L’identification de gènes
candidats sur ces régions est en cours mais promet d’être longue et
difficile.
Les études ciblées sur l’expression de certains gènes, notamment
gènes suppresseurs de tumeurs et proto-oncogènes, dans les lésions
psoriasiques ont donné des résultats variables.
Il existe une baisse
de l’expression de c-fos et c-jun et une élévation de l’expression du
TGFá (transforming growth factor) par rapport à la peau normale.
Toutefois, on ne sait toujours pas si ces variations d’expression font
partie intégrante des mécanismes primordiaux de la maladie ou s’ils
ne sont qu’un simple témoin des anomalies de la balance prolifération-différenciation.
Les souris transgéniques ont été
utilisées pour tenter de répondre à ces questions ; ainsi, les souris
exprimant les intégrines alpha 2, alpha 5 et bêta 1 dans les couches
suprabasales de l’épiderme (car sous contrôle d’un promoteur de
l’involucrine), là où elles sont en principe absentes, développent des
anomalies histologiques très proches du psoriasis, ce qui privilégie
l’hypothèse « kératinocytaire » concernant la pathogénie de la
maladie.
* Affections diverses :
Le monilethrix, autosomique dominant, est lié à des mutations de
gènes codant pour les kératines pilaires corticales de type II hHb1 et
hHb6 avec un point chaud sur un acide glutamique particulier
apparemment indispensable à la stabilisation du filament de
kératine.
La kératose folliculaire spinusolique décalvante de Siemens est liée au
locus Xp22.13-p22.2 le plus souvent mais une hétérogénéité
génétique est très probable.
La maladie de Hailey-Hailey, autosomique dominante, et caractérisée
par des anomalies de l’adhésion interkératinocytaire a été liée au
locus 3q21-24, sans gène candidat identifié pour l’instant.
Le nævus blanc spongieux (white sponge naevus) intrabuccal est dû à
des mutations du gène de l’une ou l’autre des kératines exprimées
dans la bouche, les kératines 4 (délétion) et 13 (mutations
ponctuelles faux sens portant sur le domaine 1A de la région
hélicoïdale hautement conservée et critique pour la stabilité du
filament intermédiaire).
4- Maladies tumorales et apparentées
:
Elles font souvent intervenir des anomalies de gènes appelés
suppresseurs de tumeurs, car leur fonction normale est de s’opposer
à une prolifération cellulaire excessive, par exemple en inhibant des
enzymes clés de l’entrée en mitose.
Habituellement, une copie
normale d’un gène de ce type suffit pour maintenir la fonction
antiproliférative.
Celle-ci reste donc normale ou peu altérée si une
copie sur les deux que possède la cellule subit une mutation inactivatrice (mutation germinale ou génétiquement transmise).
Toutefois, si la copie normale est ensuite délétée (perte
d’hétérozygotie), la fonction tumeur-suppressive disparaît et un
phénotype tumoral peut apparaître.
C’est la théorie des « deux
événements » de Knudson qui remonte au début des années 1970.
Elle explique la prédisposition aux tumeurs chez les patients héritant
d’un allèle muté sur les deux, les modifications de l’autre allèle
apparaissant au cours de la vie de façon aléatoire, certains tissus
étant plus à risque que d’autres selon le gène en cause.
* Hamartomes et tumeurs bénignes
:
Le gène impliqué dans la maladie de Cowden (syndrome des
hamartomes multiples) a été identifié ; il s’agit d’un gène
suppresseur de tumeur appelé MMAC ou PTEN, localisé en 10q23
et qui code pour une protéine à activité tyrosine-kinase, proche de
la tensine ; les mutations sont toutes situées dans le domaine
présomptif tyrosine-kinase.
Le même gène est impliqué dans
deux autres syndromes hamartomateux proches, la maladie de
Lhermitte-Duclos où se surajoutent des anomalies neurologiques,
notamment une ataxie cérébelleuse, et dans un certain nombre de
cas familiaux du syndrome de Bannayan-Riley (associant lipomes
sous-cutanés multiples, malformations vasculaires, lentigines du
pénis, acanthosis nigricans, macrocéphalie, retard psychomoteur,
anomalies squelettiques, polypose intestinale et tumeurs de la
thyroïde).
Les phacomatoses ont bien sûr été un domaine de choix pour les
biologistes moléculaires.
On sait ainsi que :
– la neurofibromatose 1 est liée à des mutations très diverses du
gène NF1, gène suppresseur de tumeurs particulièrement complexe,
situé en 17q et qui code pour la neurofibromine.
La neurofibromine a une activité RAS-GAP putative, c’est-à-dire qu’elle
inhiberait la transduction par la protéine membranaire RAS de
signaux, notamment promitotiques, en activant la fonction GTPase
de RAS (d’où le nom de RAS-GAP signifiant RAS-GTPase activating
protein), activation qui se traduit par l’hydrolyse du GTP (guanosine
triphosphate) en GDP (guanosine diphosphate).
Cette hydrolyse
interrompt finalement la transmission du signal par RAS.
Toutefois,
il ne s’agit pas là de sa seule fonction biochimique mais les autres
sont encore hypothétiques.
De même, l’activité suppresseur de
tumeur ne résume pas l’activité biologique de la molécule qui
intervient aussi dans la différenciation tissulaire.
La très grande
diversité des mutations en cause selon la famille étudiée rend
difficile le diagnostic prénatal, qui impose la recherche de marqueurs
informatifs, voire le diagnostic précis de la mutation en cause, travail
fastidieux vu le grand nombre d’exons du gène.
De toute façon, ce
diagnostic prénatal n’a pas forcément un grand intérêt, étant donné
la variabilité importante de l’expression de la maladie, une
interruption thérapeutique de grossesse n’est pas indiquée ;
– la neurofibromatose de type 2 est liée à des mutations du gène
codant pour la schwannine, gène également impliqué dans la
neurilemmomatose ; il s’agit là encore d’un gène suppresseur de
tumeur très probable mais sa fonction n’est pas encore clairement
identifiée ;
– la sclérose tubéreuse de Bourneville est liée à des anomalies
d’au moins deux gènes très probablement suppresseurs de tumeur,
l’un en 9q34 et l’autre en 16p13 ; le premier code pour une protéine
de130 kDa appelée hamartine, sans fonction définie pour l’instant et
sans homologie avec d’autres protéines dans le génome des
mammifères.
Le deuxième code pour une protéine de 1 784 acides
aminés nommée tubérine qui présente des analogies avec la
neurofibromine avec notamment un probable domaine de type RASGAP.
Des pertes d’hétérozygotie du gène codant pour la tubérine
ont été retrouvées dans des hamartomes rénaux de patients atteints
de cette maladie, ce qui est un argument en faveur du rôle tumeursuppresseur
de ce gène ;
– la maladie de von Hippel-Lindau est due à des anomalies du gène
VHL situé en 3p25, long d’environ 50 kb et codant pour une protéine
de 284 acides aminés largement exprimée dans tous les tissus et se
liant à deux facteurs d’élongation transcriptionnelle, les élongines B
et C.
Il s’agit là encore d’un gène suppresseur de tumeurs et différents types de mutations ont été identifiés qui correspondent
pour une part aux deux sous-types de malades, avec notamment
des mutations portant exclusivement sur l’extrémité carboxyterminale de la protéine dans le type 2 de cette maladie (avec
phéochromocytome mais sans anomalies du rein ou du pancréas) ; à
noter que des anomalies de ce gène sont très souvent rencontrées
dans les tumeurs sporadiques à cellules claires du rein ;
– la maladie de Rendu-Osler, parfois considérée comme proche
des phacomatoses, est hétérogène sur le plan génétique : le type 1
est lié à des mutations du gène codant pour l’endogline, situé en
9q33 tandis que le type 2 est dû à des anomalies du gène codant
pour une kinase ressemblant au récepteur à l’activine (gène ALK-1
pour activin receptor-like kinase 1) ; ces deux gènes font partie de la
super-famille des récepteurs au TGFbêta ;
– des mutations du gène codant pour la ménine, gène lésé dans les
néoplasies endocriniennes multiples de type 1, ont été découvertes
dans des tumeurs bénignes cutanées fibroblastiques ;
– le gène, dont les anomalies sont responsables des trichoépithéliomes familiaux multiples, a été localisé sur la région
9p21 qui comprend plusieurs gènes suppresseurs de tumeurs tels
p16 et p15 ; le gène n’a pas encore été précisément identifié ;
– la cylindromatose familiale (tumeurs en turban du cuir chevelu)
est liée à la région 16q12-13 et est probablement liée à des anomalies
d’un gène suppresseur de tumeur qui reste à identifier.
* Tumeurs malignes :
+ Familiales hors « réparatoses »
:
Les mélanomes familiaux sont liés en partie à des mutations
du gène suppresseur de tumeurs p16 situé en 9p21 avec toutefois
une fréquence variable suivant les études, probablement en raison
d’un recrutement ethnique différent (fréquence importante en
Angleterre et en Australie) ; ces mutations sont fréquemment
accompagnées dans les tumeurs d’une perte d’hétérozygotie en
accord, là encore, avec le modèle de Knudson. p16 se comporte
comme un inhibiteur de la kinase cycline dépendante de type 4 qui
joue un rôle majeur dans la progression du cycle cellulaire vers la
mitose.
Les mutations de p16 sont associées à la survenue de cancers
du pancréas et sont de type faux sens le plus souvent.
Dans
quelques cas, c’est le gène qui code pour la cible moléculaire de p16,
la cycline D kinase dépendante 4 elle-même, qui est muté avec
disparition des possibilités de liaison avec la protéine P16.
Toutefois, ces anomalies ne résument pas la génétique des
mélanomes familiaux puisqu’il existe un autre locus situé en 1p,
voire un autre encore en 6p.
De plus, il existe dans certaines
familles une liaison avec la région 9p21 mais sans mutation de p16,
laissant supposer qu’il existe d’autres gènes suppresseurs de
tumeurs sur ce locus.
Des cas de mélanomes ont été enfin décrits
chez des patients atteints de NF1.
L’épithéliomatose familiale multiple de Ferguson-Smith est
également liée au locus 9p21 mais le gène n’a pas encore été
identifié.
Un progrès très important a été accompli récemment dans la
compréhension de la nævomatose basocellulaire ou syndrome de
Gorlin, liée à des mutations du morphogène homologue humain du
gène patch de la drosophile et appelé lui aussi patched ou ptc.
La protéine PATCHED fait partie d’un système complexe faisant
intervenir un signal extracellulaire appelé sonic hedgehog dont le
récepteur membranaire est PATCHED.
L’interaction entre les deux
lève l’inhibition permanente exercée par PATCHED sur une
molécule membranaire voisine, smoothened, qui peut alors induire
un message intracellulaire qui va aboutir au noyau, activant
l’expression de certains gènes.
Les mutations de PATCHED
aboutissent le plus souvent à une protéine tronquée ayant perdu sa
fonction inhibitrice de smoothened, avec surexpression constitutive
des gènes régulés en aval.
Il est possible que dans l’avenir, des
mutations des gènes de toute cette voie (« hedgehogopathies »)
soient retrouvées dans les carcinomes basocellulaires qu’ils soient
sporadiques ou familiaux, portant notamment sur les gènes sonic
hedgehog, smoothened et le morphogène wnt.
Il a déjà été démontré
que les souris transgéniques surexprimant de façon constitutive
sonic hedgehog dans la peau développent des nævus basocellulaires
multiples et que smoothened est parfois muté dans les carcinomes
basocellulaires sporadiques.
Le syndrome de Bazex-Dupré-Christol associant hypotrichose,
atrophodermie, nævus basocellulaires et survenue précoce de
carcinomes basocellulaires multiples est lié à l’X et plus précisément
à la région Xq24-27.
Le gène correspondant est encore inconnu.
L’ataxie-télangiectasie est une affection complexe, autosomique
récessive, qui associe vieillissement accéléré, déficit immunitaire,
prédisposition aux cancers et notamment aux lymphomes et aux
leucémies, sensibilité aux radiations ionisantes, dégénérescence
cérébelleuse et dilatation des vaisseaux sanguins.
Il n’existe qu’un
gène en cause, ATM, en dépit de l’existence de quatre groupes de
complémentation, gène situé sur la région 11q22-23 et codant pour
une protéine ressemblant à la phosphatidyl-inositol 3 kinase qui
intervient probablement dans la transmission de signaux très variés
et qui pourrait protéger les cellules de l’apoptose.
La
radiosensibilité pourrait être liée au fait que deux cibles potentielles
de la protéine sont p53 et la kinase Abl, activées en cas de dégâts
radio-induits de l’ADN et qui mettent la cellule au repos pour
réparer ces lésions.
Les mutations du gène ATM sont surtout des délétions avec
apparition d’une protéine tronquée.
+ « Réparatoses »
:
On groupe sous ce terme un grand nombre de maladies où les
lésions de l’ADN induites par des agents variables ne sont pas ou
mal réparées.
La complexité des mécanismes de réparation du
génome explique le grand nombre d’affections liées à ce type de
déficience et la génétique moléculaire y a trouvé un terrain de
recherche de choix.
Le xeroderma pigmentosum domine bien sûr ce groupe.
Les
sept types « classiques » ont été assignés à des gènes précis :
– le type A au gène XPA qui code pour une protéine reconnaissant
les lésions de l’ADN ;
– le type B au gène ERCC-3 (excision repair cross complementation)
qui code une protéine de 44 kDa ayant une activité hélicase
(« détorsion » de la double hélice) et qui est une sous-unité du
complexe IIH de transcription de type TFIIH ;
– le type C au gène XPC, qui reconnaît très précocement un large
spectre de lésions de l’ADN, lésions ensuite « confirmées » par la
protéine XPA ;
– le type D au gène ERCC-2 qui code pour une hélicase appartenant
là aussi au complexe TFIIH ;
– le type E au gène XPE qui reconnaît et se lie aux régions de l’ADN
lésées par les UV ;
– le type F au gène ERCC-4 ou ERCC-11 qui code pour exonucléase
en 5’’ par rapport à la lésion de l’ADN ;
– le type G au gène ERCC-5 qui code pour une exonucléase en 3’
par rapport à la lésion.
Le type variant n’a pas encore été identifié sur le plan génétique.
Les mutations mises en évidence dans tous ces sous-types sont assez
diverses et une simple mutation faux sens peut suffire à faire
disparaître l’activité de la protéine comme par exemple pour le gène XPA.
On voit également à travers ces diverses anomalies les relations
très étroites qui existent entre régulation de la transcription et
réparation de l’ADN ; dans les deux cas, les complexes protéiques
en cause sont en partie identiques notamment pour le complexe à
activité hélicase liant l’ARN polymérase.
Le syndrome de Cockayne (CS), où le défaut de réparation se
situe au niveau des gènes activement transcrits, est hétérogène sur
le plan clinique et génétique.
Le groupe de complémentation A est
lié à des anomalies du gène CSA situé sur le chromosome 5 et
codant pour une protéine à répétition WD (Trp-Arg), interagissant avec ERCC-2, -3 et -6 au sein du facteur TFIIH.
Le type B est en
rapport avec des mutations du gène ERCC-6 localisé en 10q11-21.
Le type C est lié à des anomalies du même gène que pour le XPB,
ERCC-3 mais avec un profil de mutations probablement différent,
touchant d’autres régions de la molécule et donc d’autres fonctions
que celles qui sont altérées dans le tableau clinique de XP.
Plus
récemment, il a été démontré que certains patients ont à la fois un
phénotype XPG et CS avec une amputation importante de la
protéine ERCC-5, amputation qui emporte les domaines
fonctionnels, probablement séparés, dont l’altération est responsable
du défaut de réparation d’une part et du CS d’autre part.
La trichothiodystrophie (TTD), qui associe des troubles des
phanères, un retard psychomoteur et une photosensibilité fréquente
avec défaut de réparation des lésions UV induites de l’ADN, mais
sans tumeur cutanée, est probablement génétiquement hétérogène.
Au moins deux groupes de complémentations ont été définis par
analogie au XP.
Un de ces groupes (TTD2) est très probablement lié
à des mutations du gène ERCC-2, mais différentes de celles qu’on
retrouve dans le XPD.
Le syndrome de Torre-Muir, autosomique dominant, qui associe des
tumeurs cutanées sébacées bénignes et malignes à des néoplasies
viscérales diverses surtout digestives (cancer colorectal héréditaire
sans polypose) est lié à des anomalies des gènes hMSH1 et surtout
2, qui permettent la rectification des mésappariements accidentels
qui se produisent lors de la réplication de l’ADN.
Les mutations
sont diverses et souvent «privées ».
Ce syndrome s’accompagne
d’une instabilité chromosomique caractéristique et d’un « phénotype
mutateur » avec mutations secondaires d’autres gènes tels base.
Le syndrome de Bloom est situé à la jonction entre déficit immunitaire
et réparatose, avec prédisposition aux cancers, notamment aux
lymphomes.
Cette affection récessive autosomique rare associant
photosensibilité, retard de croissance et pourcentage élevé d’échange
des chromatides-soeurs avec instabilité chromosomique est liée à des
mutations du gène BLM situé en 15q26.1.
Il code pour une protéine
de 1417 acides aminés qui est très probablement une hélicase de la
famille RecQ. Les mutations en cause sont assez diverses mais
aboutissent en général à une protéine tronquée qui a perdu tout ou
partie de son activité.
Le syndrome de Werner de vieillissement précoce, est lui aussi
probablement lié à une altération de la réparation des lésions de
l’ADN ; en effet, ce syndrome autosomique récessif rare est lié à des
mutations du gène WRN comportant 25 exons et codant pour une
protéine de 1432 acides aminés qui est très probablement là encore
une hélicase de la famille RecQ.
Les mutations sont diverses
aboutissant presque toujours à une protéine tronquée, et touchent
aussi bien le domaine hélicase que les autres régions de la protéine,
avec peut-être toutefois quelques points chauds particuliers ; de
toute façon, les mutations pathogènes entraînent une perte complète
de la fonction de la protéine semble-t-il.
À noter qu’il n’existe pas
de prédisposition particulière aux tumeurs dans ce syndrome.
+ Tumeurs malignes sporadiques
:
Les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes cutanés sporadiques
ont fait l’objet de nombreuses études de génétique moléculaire.
Les
mutations et/ou amplifications de l’oncogène ras ne paraissent pas
très spécifiques, et sont probablement des événements assez tardifs.
Deux pistes moléculaires sont actuellement considérées comme
particulièrement importantes dans la genèse de ces carcinomes :
– le gène suppresseur de tumeurs p53, le mieux connu, facteur transcriptionnel dont les mutations inactivatrices, souvent associées
à une stabilisation de la protéine, concernent un certain nombre de
« points chauds » bien connus et ont clairement un profil « UVinduit
» dans ces carcinomes cutanés, tout à fait cohérent avec leur
épidémiologie.
Ce gène est muté dans un pourcentage variable de
carcinomes basocellulaires et épidermoïdes, ne dépassant pas 50 %
en général.
Il semble s’agir là d’un événement précoce, puisqu’on
retrouve de telles mutations dans certaines kératoses précarcinomateuses et dans certains cas de maladies de Bowen.
D’autre part, on considère que la protéine mais pas le gène P53,
joue un rôle central dans la physiopathologie des carcinomes cutanéomuqueux liés aux virus HPV ; en effet, la liaison de cette
protéine avec certaines protéines virales telles E6 et E7 gênerait son
fonctionnement normal, notamment sa tétramérisation.
Le résultat
final, la disparition de la fonction normale de la protéine P53, est en
fait le même que dans les mutations du gène.
En revanche, les
carcinomes cutanés ne semblent pas particulièrement fréquents dans
les mutations germinales de p53 (syndrome de Li-Fraumeni).
Enfin,
il est possible que des mutations du gène mdm2, codant pour une
protéine qui inhibe l’expression de p53, soient retrouvées dans
l’avenir, par analogie aux mutations de ce gène dans les carcinomes épidermoïdes de la sphère ORL ;
– le gène patched dont les anomalies germinales sont responsables
de la nævomatose basocellulaire, comme détaillé ci-dessus.
Des
mutations inactivatrices ont été découvertes récemment dans un
pourcentage important de carcinomes basocellulaires sporadiques,
et pourraient rendre compte des cas sans mutations de p53. En fait,
comme déjà souligné ci-dessus, c’est apparemment tout le système
de transmission hedgehog-patched-smoothened qui pourrait être en
cause, puisque très récemment des mutations activatrices
sporadiques de smoothened ont été retrouvées dans des carcinomes
basocellulaires sporadiques.
L’intervention des gènes régulant
l’apoptose (dont p53 fait partie) est moins claire, même si on
retrouve par exemple une surexpression de la protéine
mitochondriale BCL-2 dans les carcinomes basocellulaires.
Il s’agit
toutefois d’une voie de recherche promise à un grand avenir.
Les mélanomes sporadiques ne sont pas dus pour la majorité d’entre
eux à des mutations du gène p16 au contraire des cas familiaux,
bien que la même région chromosomique 9q21 soit également
impliquée dans certains cas ; il faut donc imaginer que d’autres
gènes suppresseurs de tumeurs sont présents dans cette région
particulière, encore à découvrir.
Toutefois, dans certains cas, des
mutations de p16 ont été identifiées avec notamment là encore des
transitions CC ® TT, c’est-à-dire la « signature » de mutations
induites par les UV en accord avec les données de
l’épidémiologie.
P53 ne semble pas non plus particulièrement
impliquée.
En revanche, il est possible qu’un gène suppresseur de
tumeur récemment identifié, MDA-7, soit anormal dans certains cas.
Des anomalies cytogénétiques diverses ont d’autre part été décrites,
portant notamment sur certaines régions des chromosomes 1 et 6,
mais aucun gène précis n’a été identifié jusqu’à présent.
La
génétique moléculaire des mélanomes a permis d’autre part de
cloner un certain nombre d’antigènes tumoraux qu’on pourrait
utiliser dans des vaccins tels GAGE, MAGE, mart1, etc.
Dans les dermatofibrosarcomes de type Darier-Ferrand, une
translocation a été identifiée récemment.
Elle entraîne une
fusion entre le gène codant pour la chaîne B du PDGF (platelet
derived growth factor) et celui de la chaîne alpha du collagène de
type 1, dérégulant la synthèse de la chaîne B du PDGF et entraînant
peut-être son hyperproduction.
Il s’agit d’une hypothèse
intéressante concernant la physiopathologie de cette tumeur
mystérieuse et, si la fréquence de cette anomalie se confirme, d’un
espoir d’amélioration de la précision diagnostique dans les cas
difficiles, au même titre que le marquage par CD34 ou la tenascine.
Un anticorps reconnaissant spécifiquement la protéine de fusion
créée par cette translocation pourrait en effet être utilisé dans ces
cas délicats.
Certains cas de mastocytoses cutanéoviscérales sont manifestement
des proliférations clonales et peut-être authentiquement tumorales,
comme l’atteste la présence de mutations somatiques activatrices
clonales de c-kit.
L’origine clonale de la maladie de Kaposi a également été démontrée
au moyen d’une très élégante technique utilisant l’inactivation
physiologique d’un des deux chromosomes X chez la femme.
Les lymphomes cutanés primitifs T n’ont pas livré beaucoup de leurs
secrets moléculaires, notamment en ce qui concerne le syndrome de Sézary et le mycosis fongoïde.
Le gène p53 ne semble pas être en
cause sauf dans l’évolution vers des formes tumorales de MF mais
des anomalies des gènes gouvernant l’apoptose sont possibles (études en cours).
La translocation (2;5) caractéristique des
lymphomes anaplasiques à grandes cellules CD30+ ganglionnaires,
qui aboutit à une protéine de fusion NPM-ALK (nucleophosmineanaplastic
lymphoma kinase) semble absente dans les formes
cutanées primitives.
La possibilité de mutations du récepteur de
type II au TGFbêta est également en cours d’évaluation.
5- Déficits immunitaires
:
La maladie de Chediak-Higashi est un désordre autosomique récessif
rare associant une hypopigmentation, un déficit immunitaire sévère
avec neutropénie et déficit en cellules NK, une tendance
hémorragique, des anomalies neurologiques et des organelles et
granules géants intracytoplasmiques dans différents types cellulaires
dont les plaquettes et les mélanocytes.
Cette affection est liée à des
mutations du gène CHS encore appelé LYST, qui est situé en
1q42.1-2 et qui code pour une protéine de 3 801 acides aminés,
probablement membranaire et jouant sans doute un rôle dans le
« tri » des protéines dans les organelles intracellulaires, en raison de
ses analogies (avec notamment un domaine HEATARM) avec la
protéine VPS15 de tri vacuolaire des protéines de la levure.
À
noter que ce gène est l’homologue humain du gène murin beige.
Le syndrome de Wiskott-Aldrich, récessif lié à l’X, se caractérise par
un eczéma, des infections répétées, et une thrombopénie profonde.
Il est dû à des anomalies du gène wasp situé en Xp11.22-23 et codant
pour une protéine de 501 acides aminés ; le gène s’étend sur 9 kb et
comprend 11 exons.
La protéine joue très probablement un rôle
dans la liaison entre les signaux extracellulaires et la réorganisation
induite du cytosquelette, réorganisation dont l’absence peut être
responsable d’un défaut fonctionnel notamment de mobilité de la cellule-cible, ici plaquettes et lymphocytes B et T surtout.
À noter
que des anomalies du même gène sont responsables de la thrombocytopénie liée à l’X, maladie considérablement moins grave
que le syndrome de Wiskott-Aldrich.
L’ataxie-télangiectasie a été traitée au paragraphe tumeurs.
6- Troubles pigmentaires
:
Le piébaldisme est une génodermatose autosomique
dominante associant des macules hypopigmentées des membres et
du tronc, et une dépigmentation des cheveux sur le front ainsi que
des poils sur la partie médiane du front et les extrémités.
Elle est
liée à des altérations du gène c-kit situé en 4q12.
Ce gène code pour
une protéine transmembranaire à activité tyrosine-kinase qui est en
fait le récepteur membranaire à un facteur de croissance
embryonnaire impliqué dans la prolifération des mélanocytes, des
mastocytes (d’où son nom de mast cell growth factor ou MCGF) et
des érythrocytes.
Les altérations de ce gène sont responsables d’un
trouble de la prolifération, de la migration et éventuellement de la
survie des mélanoblastes de la crête neurale.
Les mutations du gène c-kit sont très diverses selon la famille considérée, et peuvent aboutir
soit à une protéine tronquée parfois soluble (formes d’expression
clinique variable y compris dans une même famille), soit à une perte
complète d’expression de la protéine (phénotype souvent discret),
soit à une altération de l’activité tyrosine-kinase du récepteur
(atteinte souvent sévère).
Le caractère dominant s’explique par la dimérisation du récepteur après liaison du MCGF, un récepteur
pathologique suffisant à inhiber l’activité du dimère.
Toutefois,
certains patients n’ont pas de mutations de c-kit et d’autres gènes,
tels que celui qui code pour la chaîne alpha du récepteur au PDGF,
pourraient être en cause.
Le syndrome de Waardenburg est également une
génodermatose autosomique dominante avec hypopigmentation
cutanée, hétérochromie irienne, et très souvent surdité uni- ou
bilatérale.
On en distingue quatre types différents. Les types 1 et 3
sont liés à des anomalies du gène pax-3 qui code pour un facteur de
transcription nucléaire activant l’expression de certaines molécules
d’adhésion telles N-CAM et la cytotactine, molécules impliquées
dans les phénomènes de migration cellulaire ; une anomalie de
l’expression de ces protéines peut conduire à un trouble de la
migration de certaines cellules telles que les mélanoblastes
embryonnaires.
Les mutations sont notamment situées dans un
domaine d’appariement hautement conservé de la molécule situé
dans l’exon 2 et sont de types très divers.
Le type 2 serait lié à des
mutations du gène MITF (microphtalmia associated transcription
factor), situé en 3p12.3-14.1, comportant neuf exons et codant
vraisemblablement également pour un facteur de transcription. Les
mutations affectent notamment des sites d’épissage.
Enfin, le type 4
ou syndrome de Shah-Waardenburg, associant une maladie de
Hirschsprung aux troubles pigmentaires, est associé à des mutations
soit du gène codant pour le récepteur de type B de l’endothéline,
soit du gène codant pour son ligand, l’endothéline 3 elle-même.
L’albinisme oculocutané est complexe sur le plan clinique et
moléculaire, et a été démembré en au moins 10 types cliniques
différents, tous de transmission autosomique récessive.
Le type 1,
tyrosinase négatif, est dû comme on pouvait s’y attendre à des
anomalies directes du gène codant pour la tyrosinase, situé en 11q14-
21.
Les mutations de ce gène sont toujours ponctuelles, touchant
notamment les régions de fixation des deux atomes de cuivre
indispensables à l’activité catalytique de l’enzyme, et qui doivent se
situer à une distance très précise l’un de l’autre.
Dans le type 1A,
l’activité de l’enzyme est quasi nulle par microdélétion, mutation
non sens (protéine tronquée) ou faux sens (épissage défectueux ou
altérations des régions de fixation du cuivre) des deux allèles.
Dans
le type 1B (albinisme « jaune »), les mutations faux sens des deux
allèles aboutissent à une enzyme ayant une activité résiduelle qui
ne lui permet que la synthèse de phæomélanine ; dans le type 1TS
(temperature sensible), l’enzyme ne peut fonctionner qu’au-dessous
de 35 °C avec pigmentation limitée aux zones froides des extrémités.
Le type 2, tyrosinase positif, est le plus fréquent, et est lié à des
mutations du gène codant pour la protéine P, situé en 15q11-12, soit
au niveau du locus délété dans les syndromes de Prader-Willi et
d’Angelman.
Cette protéine P (du nom du modèle murin équivalent pink-eyed) est une molécule de transport associée aux membranes,
notamment des mélanosomes, et intervient peut-être dans le
transport du substrat de la tyrosinase, la tyrosine. Toutefois,
l’hétérogénéité de l’albinisme de type 2 est évidente et d’autres
gènes sont certainement en cause.
Enfin, le gène codant la protéine
TRP1 (tyrosinase related protein) est pour sa part anormal dans
d’autres cas d’albinisme oculocutané tyrosinase positifs et avec gène
p normal, définissant le type 3 de cette affection.
L’incontinentia pigmenti achromians de type Ito a été reliée par
certains auteurs à une anomalie chromosomique en mosaïque
(trisomie 18) et par d’autres à des mutations portant sur le gène
codant pour la protéine P, ce qui n’a pas été franchement étayé pour
l’instant.
Le syndrome de Griscelli-Pruniéras, autosomique récessif et associant
déficit immunitaire, troubles neurologiques et hypomélanose
cutanée par défaut de transfert des mélanosomes aux kératinocytes
par hypodendritogenèse, est lié à des mutations du gène codant
pour la chaîne lourde de la myosine de type Va, molécule qui permet
le déplacement des microvésicules cytoplasmiques le long de leur
guide macromoléculaire constitué de filaments intermédiaires.
Le
modèle murin équivalent est représenté par la souris dilute.
Le syndrome de Hermansky-Pudlak est autosomique récessif, et
associe albinisme oculocutané, syndrome hémorragique et troubles
du stockage lysosomial avec anomalies de divers organelles
cytoplasmiques (lysosomes, mélanosomes et granules plaquettaires
denses).
Il est dû à des mutations du gène hps situé en 10q23 et qui
code pour une protéine ubiquitaire transmembranaire, de fonction
inconnue, mais ayant sans doute à voir avec le routage des protéines
situées dans les organelles intracellulaires, de façon analogue à ce
qu’on observe dans le syndrome de Chediak-Higashi.
Le modèle
murin équivalent est la souris pale-ear.
Des anomalies pigmentaires sont bien sûr présentes dans la
neurofibromatose de type 1.
La dyskératose congénitale de Zinsser-Cole-Engman est due à des
mutations du gène DKC1 codant pour une protéine baptisée
dyskerin.
Cette protéine pourrait jouer un rôle dans le cycle cellulaire et/ou aurait des fonctions nucéolaires (Heiss et al, Nat
Genet 1998).
Elle pourrait notamment intervenir dans la maturation
des ARN ribosomaux.
La maladie de McCune-Albright, sporadique, associant taches café
au lait suivant les lignes de Blaschko, dysplasie fibreuse des os et
troubles endocriniens est probablement liée à des mutations
somatiques postzygotiques (d’ou la disposition des lésions cutanées
et le caractère sporadique de l’affection) de la sous-unité alpha de la
protéine Gs.
Cette protéine est impliquée dans la transduction des
signaux membranaires entre un récepteur membranaire et
l’adénylate-cyclase qui synthétise l’AMPc, deuxième messager
cellulaire.
L’activité de cette protéine devient constitutive à la
suite de cette mutation, avec transmission permanente des signaux
qui en dépendent, même en l’absence du signal extracellulaire.
L’hyperstimulation des mélanocytes même en l’absence de MSH
(melanocytic stimulating hormone), expliquerait l’hyperpigmentation.
Le gène c-ret, muté dans les néoplasies endocriniennes multiples de
type 2 et dans la maladie de Hirschsprung, serait anormal dans
certains cas de nævus de Ota mais ceci reste à étayer.
Enfin, le syndrome de Peutz-Jeghers-Touraine serait lié à au moins
deux locus voisins en 19p13.3 et 19p13.4.
Un des gènes impliqués a
été clairement identifié, gène qui code pour la protéine LKB1 à
activité thréonine-sérine-kinase.
Les mutations responsables du
phénotype pathologique ont pour conséquence la production d’une
protéine tronquée ayant perdu son activité kinase.
Toutefois, un
autre gène au moins pourrait être en cause.
7- Troubles métaboliques :
La maladie de Menkes, récessive liée à l’X et caractérisée par un
trouble du métabolisme du cuivre avec anomalies pilaires et surtout
retard mental avec dégénérescence progressive du système nerveux
central, est liée à des mutations du gène mc1 situé en Xq13.
Ce gène
code pour une protéine de 1 500 acides aminés environ,
probablement de type ATPase associée à un canal cationique,
permettant le transport transmembranaire du cuivre dans cet
exemple.
Elle présente une analogie d’environ 55 % avec la protéine
dont les anomalies sont responsables de la maladie de Wilson
également liée à un trouble du métabolisme du cuivre.
Dans le domaine des porphyries, les anomalies géniques sont
également en cours d’identification précise.
Ainsi, la protoporphyrie
érythropoïétique est due à des mutations diverses du gène de la
ferrochélatase, situé en 18q21 et comportant 11 exons répartis sur
environ 45 kDa.
Ces mutations sont de types divers (essentiellement
mutations ponctuelles et petites délétions avec notamment perte de
sites d’épissage et protéine tronquée).
Ces anomalies conduisent à
une réduction d’environ 50 % de l’activité de l’enzyme, ce qui suffit
à faire apparaître la maladie, expliquant son caractère cliniquement
autosomique dominant.
La porphyrie variegata est liée à des
mutations du gène de la porphyrinogène oxydase situé en 1q21 mais
les études ne sont pas encore très nombreuses pour une maladie
aussi rare.
Dans la porphyrie cutanée tardive de type II ou familiale
et la porphyrie hépatoérythropoïétique, qui est probablement une
forme homozygote de la précédente, des anomalies du gène de
l’enzyme uroporphyrinogène décarboxylase ont été retrouvées dans
un certain nombre de cas, en général de type mutations faux sens
portant sur un ou quelques nucléotides successifs ; toutefois,
l’étude moléculaire de ces affections est très loin d’être achevée et la
cartographie des mutations et de leurs conséquences en termes
d’activité enzymatique reste à faire.
L’oedème angioneurotique héréditaire de type 1 ou 2 est lié à des
mutations du gène codant pour le facteur C1 inhibiteur aboutissant
à une protéine anormale mais en quantité normale ou augmentée
(type II) ou en quantité réduite (type I) ; dans les deux cas, la grande
majorité des mutations portent sur l’exon 8 du gène avec notamment
anomalies de la région P1 de liaison au facteur C1 dans les types II.
D’autres mutations moins nombreuses portent sur l’exon 7.
La maladie de Fabry « classique », récessive liée à l’X, est liée à des
mutations du gène de l’enzyme alphagalactosidase A, gène situé en
Xq22.1, comportant sept exons répartis sur 14 kb et codant pour une
protéine de 429 acides aminés ; les mutations responsables de la
maladie sont apparemment très diverses.
La plupart de ces
mutations sont « privées », c’est-à-dire qu’elles sont particulières à
une famille, mais il semble exister une sorte de « point chaud » sur
le codon 227 ; enfin, une correspondance entre le type de mutation
en cause et l’expression phénotypique de la maladie a été retrouvée.
La granulomatose septique chronique familiale, récessive liée à l’X ou
autosomique est associée à un défaut de production d’anion superoxyde par les neutrophiles par baisse de l’activité de la
NADPH oxydase.
Elle est comme prévue liée à des mutations des
gènes codant pour des éléments de ce complexe enzymatique qu’est
la NADPH oxydase, notamment des mutations de gp91phox situé
sur le chromosome X (dans deux tiers des cas) et du gène p47 situé
sur le chromosome 7 (dans un tiers des cas).
8- Dysplasies conjonctives et diverses
:
Les divers sous-types de syndrome d’Elhers-Danlos sont surtout liés
à des mutations du gène codant pour la molécule de collagène
déficiente selon le type.
Ainsi, des mutations des gènes codant pour
les molécules « de base » du collagène de type V sont retrouvées
dans les formes de type I et II (chaîne alpha 1), de type III (chaîne
alpha 1) dans les formes de type IV « vasculaires » (avec en fait
phénotypes pathologiques multiples allant de ce type de syndrome
à l’acrogéria), tandis que les mutations portent sur le gène codant
pour la lysine hydroxylase dans les types VI.
Dans les cas des
mutations portant sur les molécules de collagènes, il s’agit le plus
souvent de substitutions portant sur les codons correspondant à la
glycine dans la région collagénique centrale ou à la cystéine dans le
domaine propeptidique carboxyterminal, avec une certaine
correspondance entre l’exon où se situe la substitution et la sévérité
du tableau clinique ; les anomalies d’épissage sont plus rares mais
peut-être plus graves.
Toutefois, on ne peut parler de « points
chauds » vrais.
Pour la lysine hydroxylase, il s’agit surtout de
répétitions d’exons ou de mutations ponctuelles non sens avec
protéine tronquée.
La maladie de Marfan est due à des mutations du gène FBN1 codant
pour la fibrilline 1, protéine du réseau microfibrillaire de la matrice
extracellulaire associée au collagène ; ce gène est situé sur la
région 15q21.1 et code pour une protéine de 350 kDa qui est ensuite
hydrolysée avant d’être sécrétée et de se polymériser dans le milieu
extracellulaire ; cette protéine comprend un grand nombre de
domaines répétés de type epidermal growth factor-like avec six
résidus cystéine formant trois ponts disulfure.
Les mutations sont
surtout faux sens affectant souvent les résidus cystéine et il existe
une certaine corrélation entre le type de mutation et la gravité du
tableau (gravité particulière en cas de mutations des exons 25 à 27).
De plus, le caractère autosomique dominant de la transmission
s’explique par l’effet dominant négatif (inhibiteur) exercé par les
molécules modifiées par les mutations faux sens sur la
polymérisation des fibrilles, même en présence de la molécule
normale.
Une affection assez proche est représentée par
l’arachnodactylie avec contractures congénitales liée à des mutations
du gène FBN2 codant pour la fibrilline 2 et situé en 5q23, avec là
encore des mutations surtout faux sens portant essentiellement sur
les résidus cystéines.
Le pseudoxanthome élastique est une dysplasie conjonctive
génétiquement très hétérogène ; dans les formes autosomiques
récessives, les plus fréquentes, et autosomiques dominantes, il a été
démontré une liaison avec la région 16p13.1 mais le gène ou les
gènes en cause ne sont pas encore connus.
La dysplasie ectodermique anhidrotique ou plutôt hypohidrotique,
récessive liée à l’X, est due à des mutations du gène EDA situé en
Xq12-q13.1, constitué de neuf exons.
Ce gène est exprimé dans de
nombreux tissus notamment les glandes sudoripares, les follicules
pileux et les kératinocytes.
Il code pour une protéine de 390 acides
aminés probablement transmembranaire de classe II, dont
l’extrémité aminoterminale est intracellulaire et qui pourrait
transmettre un message entre épithélium et mésenchyme jouant
ainsi un rôle important dans le développement des phanères.
Les mutations sont de types très divers, ponctuelles ou délétions plus
ou moins étendues.
Il existe une autre forme de dysplasie
ectodermique anhidrotique manifestement autosomique récessive mais le gène en
cause n’a pas encore été identifié.
9- Atopie et dermatite atopique :
Deux locus préférentiels ont été retrouvés dans cette pathologie, l’un
en 11q13 et l’autre en 5q31-33, la liaison avec HLA DR4 et DR7
semblant moins forte.
Le premier locus comprend au moins un
candidat intéressant, le gène codant pour la chaîne bêta du récepteur
de haute affinité pour les IgE, qui présente effectivement un
polymorphisme particulier (plus qu’une mutation en fait) sur l’exon
6 ou 7 chez les patients, bien que ces résultats soient très variables
suivant les équipes.
Le deuxième locus comprend pour sa part deux
régions d’intérêt, l’une correspondant au gène codant pour le
récepteur bêta adrénergique qui présente également un
polymorphisme particulier, notamment chez les patients japonais, et
l’autre au groupe des gènes codant pour diverses cytokines
impliquées dans la régulation de la production des IgE, notamment
les interleukines 4 et 10.
Il semble exister là encore un
polymorphisme particulier de ces deux derniers gènes chez les
patients mais cette fois-ci dans la région promotrice, ce qui serait à
l’origine de la surexpression de ces gènes.
Enfin, une liaison est
possible avec le locus 12q, mais moins bien documentée.
Applications thérapeutiques :
la thérapie génique
La thérapie génique poursuit actuellement trois buts principaux :
– insérer un gène normal dans un tissu où il est déficient.
Ceci se
ferait au mieux par remplacement direct du gène anormal à sa place
dans le génome.
Cette méthode est envisageable par les techniques
de recombinaison homologue mais elles sont de pratique très
délicate et non utilisables chez l’homme actuellement.
Cependant,
la correction d’un déficit génétique peut s’envisager en insérant
ailleurs dans le génome une version normale du gène défectueux.
Ce type de stratégie est à l’étude pour le traitement de
l’immunodéficience liée au déficit en adénosine déaminase ou de la
mucoviscidose due à une anomalie du gène CFTR (cystic fibrosis
transmembrane regulated) ;
– assurer la libération dans la circulation d’un produit biologique
déficitaire et responsable de la maladie.
Cette libération pourrait se
faire à partir de cellules qui ne le produisent pas forcément à l’état
normal mais qui sont d’accès et/ou de manipulation faciles.
Ce
principe s’applique plus particulièrement au traitement des déficits
en facteurs IX ou VIII responsables d’hémophilie et qui pourraient
être produits par divers types cellulaires comme les cellules
endothéliales, les myoblastes, les fibroblastes, voire les
kératinocytes ;
– enfin, développer de nouvelles stratégies thérapeutiques,
notamment en pathologie tumorale, telles que l’acquisition par
certaines cellules (tumorales elles-mêmes ou immunitaires) de
nouvelles capacités biologiques.
Cela concerne par exemple
l’acquisition par les cellules tumorales de gènes codant pour
certaines cytokines ou certaines molécules membranaires
d’activation lymphocytaire pour les rendre plus immunogènes.
Les problèmes posés par la thérapie génique sont nombreux et
encore largement non résolus.
Il s’agit d’abord des méthodes
utilisées pour la pénétration cellulaire des gènes, où rétrovirus
défectifs, adénovirus, liposomes et polymères de lysine sont les plus
employés.
L’insertion du gène dans le génome, quand elle se
produit, se fait au hasard et le fonctionnement de ce génome peut
être perturbé.
Le choix du segment génique introduit est également
capital : ADNc seul, gène entier seul, gène entier muni de sa région
régulatrice (meilleur choix théorique mais limité par la taille du
gène).
Enfin, la stabilité du gène introduit doit pouvoir être
suffisante.
Deux grands types d’approche sont utilisés :
– dans les techniques ex vivo, les cellules sont isolées de l’hôte,
manipulées in vitro (c’est-à-dire que le transgène y est introduit),
puis regreffées sur l’individu.
Le principal problème posé par ces
techniques est la prise des cellules transfectées après
transplantation ;
– dans l’approche in vivo, le transgène est directement introduit
dans le tissu cible, par l’intermédiaire de virus type adénovirus, de
liposomes ou directement par injection (intramusculaire, piston, etc).
Un fusil à gènes (gene gun) a même déjà été essayé pour délivrer un
gène nu dans un tissu donné.
Les kératinocytes sont une cellule cible particulièrement intéressante
pour la thérapie génique, par son autorenouvellement, son
accessibilité, ses facilités de manipulation in vitro. Les applications
en dermatologie seront nombreuses.
Des essais ont déjà été réalisés
pour utiliser les kératinocytes comme cellules productrices
d’hormone de croissance ou de facteur IX. En ce qui concerne les
génodermatoses, la thérapie génique peut être envisagée bien qu’il
soit difficile de concevoir une manipulation in vitro de l’ensemble
des kératinocytes.
Toutefois, une greffe limitée de kératinocytes
modifiés génétiquement in vitro est concevable et a déjà été l’objet
d’un programme expérimental dans certains cas de xeroderma
pigmentosum où on pourrait par exemple greffer les kératinocytes
modifiés sur les zones exposées au soleil seulement.
Dans une
autre perspective, on pourrait proposer l’apport topique itératif de
la version normale du gène muté, matériel alors inclus dans des
liposomes au sein d’un topique gras (itératif car les liposomes ne
permettent pas une intégration stable du matériel apporté dans le
génome des cellules cibles).
En pathologie tumorale, des essais sont déjà en cours dans le
mélanome malin métastatique, par utilisation de lymphocytes
infiltrant les métastases et génétiquement modifiés in vitro par
introduction de gènes codant pour le TNF (tumor necrosis factor),
l’interféron á ou ç ou le récepteur de l’interleukine 2 sous la
dépendance d’un promoteur « fort », modifications augmentant
beaucoup l’activité antitumorale de ces lymphocytes.
Ces essais ont
démontré que l’expression du gène introduit reste stable pendant
un certain temps (au moins 30 jours) et que la vitalité cellulaire
n’était pas altérée, mais les résultats des études initiales n’ont
malheureusement pas été à la hauteur des espérances en termes de
survie.
Toutefois, des essais thérapeutiques de ce type sont en cours
dans le mélanome, dont l’un en France.
Certains de ces essais
utilisent par exemple l’injection directe dans les nodules tumoraux
de cellules génétiquement modifiées comme des fibroblastes surexprimant l’interleukine 12 et stimulant ainsi les lymphocytes
infiltrant la tumeur.
On peut également modifier génétiquement les
cellules tumorales elles-mêmes en les rendant plus immunogènes
par le biais de l’expression de molécules HLA (human leukocyte
antigen) allotypiques, de molécules costimulatrices ou de facteurs
de croissance hématopoïétique.
Les cellules malignes peuvent enfin
être rendues sensibles à des agents pharmacologiques tels les
antiviraux, après transfection de « gènes-suicide » codant par
exemple pour la thymidine-kinase normalement non exprimée chez
l’homme.
Ainsi, la thérapie génique représente un espoir pour la correction
des déficits génétiques et dans certaines maladies tumorales
désespérantes.
Une dynamique importante de recherche est
déployée à l’heure actuelle dans ce sens et devrait permettre d’en
assurer l’avenir en particulier grâce aux modèles animaux (souris
transgéniques) des affections humaines qui sont un outil de travail
très précieux pour les essais de nouvelles thérapeutiques.
Glossaire
:
Acide nucléique : macromolécule constituée d’un enchaînement de
nucléotides, enchaînement caractérisé par l’ordre de succession des
bases (séquence).
ADNc : ADN complémentaire d’un ARNm correspondant donc à
l’ensemble des séquences codantes plus les séquences transcrites
mais non codantes.
Amplification : multiplication importante du nombre d’exemplaires
d’un fragment d’acide nucléique, en général à des fins d’analyse.
Animal transgénique : animal qui est issu d’un zygote (oeuf fécondé)
dans lequel a été introduit un gène (le transgène) différent de ceux
des gamètes impliqués dans la fécondation.
Animal knock out (KO) : animal qui est issu d’un zygote dans lequel
les deux copies d’un gène précis ont été inactivées.
Apoptose : mort cellulaire programmée.
Banque d’ADN : ensemble de fragments d’ADN artificiellement mis
en réserve par inclusion dans les acides nucléiques de vecteurs
biologiques (virus par exemple).
Blot : transfert par capillarité de fragments d’acides nucléiques d’un
gel d’électrophorèse à une membrane, permettant l’hybridation
ultérieure de ces fragments avec une sonde moléculaire au sein de
cette membrane ; si fragments d’ADN : southern-blot ; si fragments
d’ARN : northern-blot.
Dénaturation : disparition des liaisons faibles unissant les bases
complémentaires entre deux fragments d’acides nucléiques (entre
deux brins pour l’ADN, au sein d’un même brin pour l’ARN)
autorisant la séparation des brins (ADN) ou la disparition des
boucles (ARN).
Enzyme de restriction : enzyme qui coupe l’ADN sur des séquences
très précises (sites de restriction).
Exon : région d’un gène représentée dans l’ARN messager mature
(région codante le plus souvent).
Gène : unité fonctionnelle d’ADN (ensemble de séquences)
contenant l’information nécessaire à la production d’un ARN
particulier ou d’une protéine particulière ; constitué de régions
codantes et non codantes, régulatrices.
Gène suppresseur de tumeur : gène codant pour une protéine dont
l’activité est antiproliférative.
Génétique inverse : ensemble des méthodes permettant la localisation
puis l’identification d’un gène morbide par étude de la coségrégation de la maladie avec divers marqueurs génomiques
(RFLP notamment), au sein de familles atteintes.
Hybridation moléculaire : appariement spécifique et stable de deux
fragments d’acides nucléiques par complémentarité de leurs bases
se liant deux à deux par des liaisons non covalentes.
Hybridation in situ (HIS) : visualisation directe de la présence, sur
une coupe tissulaire, d’un fragment d’ADN ou d’ARN, par son
hybridation spécifique avec une sonde marquée qui rend visible le
duplex sonde/ADN ou ARN recherché.
Intron : région d’un gène non représentée dans l’ARN messager
mature.
Méiose : étape de la différenciation des gamètes au cours de laquelle
se produisent des échanges d’ADN entre chromosomes d’une même
paire.
Mutation : modification de la séquence de l’acide nucléique support
de l’information génétique (ADN en général), par substitution,
addition ou disparition des bases composant cette séquence.
Polymerase chain reaction (PCR) : technique d’amplification qui
utilise des cycles successifs de dénaturation-polymérisation de
l’ADN à l’aide d’amorces complémentaires des extrémités du
fragment à amplifier.
Proto-oncogène : gène codant pour une protéine dont l’activité est
pro-proliférative.
RT-PCR : PCR effectuée sur les ADNc donc précédée de la
rétrotranscription reverse des ARNm en ADNc.
Restriction fragments length polymorphism (RFLP) ou analyse du
polymorphisme de longueur des fragments « de restriction » : étude
par une sonde donnée des fragments issus de la digestion d’un
échantillon d’ADN par une enzyme de restriction donnée,
permettant de mettre en évidence la variabilité de longueur
(polymorphisme) de ces fragments liée à la variabilité des sites de
restriction selon les allèles.
Séquençage : analyse directe de la séquence d’un fragment d’ADN.
Sonde moléculaire : fragment d’acide nucléique (ADN ou ARN)
complémentaire d’une séquence d’ADN ou d’ARN avec lequel il
peut s’hybrider de façon stable et spécifique, permettant la détection,
voire l’évaluation de la quantité du fragment spécifiquement
reconnu.
Traduction : synthèse d’une protéine à partir d’un ARN messager.
Transcription : synthèse d’un ARNm à partir de la région codante
d’un gène.