Généralités sur les fractures de l’enfant
(Suite) Cours de l'appareil locomoteur
Fractures épiphysaires
:
A -
GÉNÉRALITÉS :
1- Fréquence. Mécanisme
:
Les traumatismes du cartilage de croissance ont deux pics de
fréquence : à la naissance, de par la violence du traumatisme
obstétrical sur une épiphyse sans noyau d’ossification secondaire et
encore mal bordée par les structures périphériques, et à
l’adolescence, à une période d’augmentation de l’activité du
cartilage de croissance, d’amincissement de la virole périchondrale
et où la zone métaphysaire devient plus résistante.
L’aspect ondulé,
tortueux du cartilage de croissance, l’existence de processus
mamillaires et son diamètre important, double de celui de la
diaphyse, augmentent la liaison épiphysométaphysaire.
Par ailleurs,
il existe une cohésion forte entre la portion osseuse de la virole périchondrale et la zone de réserve cartilagineuse.
La cohésion épiphysométaphysaire est également assurée par un dispositif de
fibres collagènes divisées en cinq groupes :
– fibres physéales longitudinales au sein du cartilage conjugal ;
– fibres transversales au-dessus des précédentes remplacées à
l’apparition du noyau secondaire par une couche résistante d’os
haversien (plaque sous-chondrale) ;
– fibres épiphysaires liées au développement du noyau
d’ossification secondaire ;
– fibres circulaires périphériques entourant l’épiphyse et la
métaphyse.
La virole osseuse forme l’un de ces cercles collagéniques
autour de la plaque elle-même ;
– fibres longitudinales entourant les éléments précédents ; elles
assurent un ancrage solide de la métaphyse à l’épiphyse.
Le plus souvent, les traumatismes en torsion ou en flexion entraînent
des lésions du cartilage de croissance dans sa couche
hypertrophique.
Les traumatismes en compression entraînent, eux,
des lésions de la couche basale.
En fait, Johnston a montré qu’un
clivage peut également se produire dans les autres couches du
cartilage conjugal.
Quoi qu’il en soit, les traumatismes du cartilage
de croissance peuvent toujours se compliquer de troubles de
croissance et il faut donc surveiller longtemps l’évolution de ces
traumatismes et prévenir l’entourage de ces risques.
Précisons qu’il
existe peu d’entorses chez l’enfant.
Ce diagnostic est souvent porté
à tort alors qu’il s’agit d’un décollement épiphysaire non déplacé.
C’est la clinique qui fait la différence en retrouvant une douleur
exquise à la palpation de la zone correspondant à la plaque de
croissance.
2- Classification des lésions traumatiques du cartilage
de croissance :
La classification de Salter et Harris est la plus reconnue.
Elle a le
mérite d’être simple et d’avoir une certaine valeur pronostique.
Elle a été complétée par d’autres auteurs, mais elle reste la
plus utilisée.
– Type I : décollement épiphysaire pur, fréquent dans les
traumatismes obstétricaux.
Son pronostic est excellent.
– Type II : de loin le plus fréquent, le trait de fracture passe dans le
cartilage de croissance, sauf à une extrémité où il s’infléchit et
détache un coin métaphysaire.
Sa réduction précoce est facile, son
pronostic est bon.
– Type III : le trait est d’abord transépiphysaire puis se poursuit
dans le cartilage de croissance.
C’est une fracture articulaire qui
nécessite une réduction anatomique.
Sous réserve que celle-ci soit
obtenue et préservée, le pronostic est bon.
– Type IV : le trait est d’abord transépiphysaire.
Il traverse le
cartilage de croissance dans toute son épaisseur et se poursuit dans
la métaphyse.
La réduction, souvent chirurgicale, doit rétablir une
surface articulaire parfaite et un alignement précis du cartilage
conjugal.
Les fractures imparfaitement réduites aboutissent à
l’épiphysiodèse et à l’incongruence articulaire.
– Type V : il correspond à un écrasement de la couche basale.
Le
diagnostic en est difficile.
On peut s’aider de clichés comparatifs à la
recherche d’un tassement trabéculaire métaphysaire ou d’une
asymétrie de l’épaisseur du cartilage de croissance.
Ce type de lésion
peut s’associer aux précédents.
Son pronostic est grave et il peut
évoluer vers l’épiphysiodèse.
3- Consolidation des fractures-décollements
épiphysaires :
Du côté du décollement épiphysaire, la prolifération cellulaire
continue et la calcification est interrompue : l’épaisseur du cartilage
augmente.
Vers la fin de la deuxième semaine, l’ossification reprend,
soit normalement, la consolidation est alors obtenue en 3 semaines,
soit au sein de la couche hypertrophique.
Dans ce deuxième mode
de consolidation, les cellules hypertrophiques proches du trait de
fracture s’ossifient à l’envers, l’ossification est alors acquise en 5 à
6 semaines.
Du côté de la fracture métaphysaire, le cartilage de
croissance s’épaissit par interruption de la vascularisation.
La
calcification reprend normalement au 15e jour. Lorsque les cellules
de la couche basale sont détruites, il se produit une réparation par
les cellules voisines.
Lorsque cette destruction est étendue et que la
plaque sous-chondrale est rompue, la communication entre réseaux
vasculaires épiphysaire et métaphysaire est possible et aboutit à la
constitution d’un pont d’os cortical.
Cette épiphysiodèse a des conséquences variables en fonction de son étendue et de sa situation.
De petite taille et centrale, elle va se rompre lors de la croissance du
cartilage alentour. Volumineuse ou périphérique, elle bloque la
croissance à son niveau.
Ceci va entraîner :
– en cas d’atteinte totale du cartilage de croissance, une inégalité de
longueur sur un segment à un seul os à laquelle s’ajoute, sur un
segment à deux os, une déviation axiale par l’inégalité relative de
ces deux os ;
– en cas d’atteinte partielle, l’épiphysiodèse centrale entraîne une
déformation de l’articulation, l’épiphysiodèse périphérique, une
désaxation.
Les conséquences des épiphysiodèses sont d’autant plus importantes
que l’enfant est plus jeune et que l’épiphyse est plus fertile.
B - PARTICULARITÉS :
1- Fractures-décollements épiphysaires de l’extrémité
inférieure du radius
:
Très fréquentes, ce sont le plus souvent des fractures de type Salter
II.
Leur traitement est orthopédique
et leur pronostic est bon.
2- Fractures-décollements épiphysaires de l’extrémité
supérieure de l’humérus
:
Le trait le plus fréquent est de type Salter II.
Il traverse la physe en
dehors puis suit l’insertion de la capsule sur la métaphyse en
dedans.
Lorsque le déplacement se fait en adduction, le tendon du
long biceps peut s’interposer, entraînant une irréductibilité.
Le
traitement est en général orthopédique. En cas d’instabilité ou si la
position de stabilité est l’abduction importante, on peut proposer un
embrochage à foyer fermé.
3- Fractures du rachis :
La particularité du rachis en croissance est l’existence, de part et
d’autre du corps vertébral, d’un cartilage de croissance au sein
duquel va apparaître un noyau d’ossification périphérique : le listel
marginal.
Les lésions traumatiques atteignent fréquemment cette
zone de faiblesse, véritable décollement du listel marginal, avec
risque de troubles de croissance définitifs. Par ailleurs, l’asymétrie
due à la déformation de la vertèbre fracturée peut entraîner une
asymétrie de croissance.
Ceci est source de déviation évolutive, soit
en cyphose si le tassement est antérieur, soit en scoliose s’il est
latéral.
Cette asymétrie peut se corriger s’il persiste un potentiel de
croissance et que l’on met en décharge les zones déformées.
Ces
lésions rachidiennes surviennent fréquemment dans le cadre de
lésions multiples et sont souvent étagées.
Il faut donc savoir les
dépister par la pratique de radiographies prenant la totalité du
rachis.
Le traitement orthopédique des lésions stables doit réduire
la fracture et la maintenir dans un plâtre puis un corset qui est porté
suffisamment longtemps.
La surveillance est poursuivie jusqu’en fin
de croissance.
Le traitement chirurgical pose le problème du matériel
souvent trop volumineux chez le tout petit enfant.
On fait alors
appel à des cerclages avec arthrodèse complétée par une
immobilisation en plâtre ou haloplâtre.
L’abord du rachis doit être
limité à la zone lésée car le dépériostage extensif peut entraîner une
arthrodèse de toute la zone dépériostée, et la lésion des ligaments
peut entraîner une instabilité.
De plus, une laminectomie est
toujours complétée par une ostéosynthèse.
4- Fractures épiphysaires de la cheville
:
Les fractures triplanes surviennent en fin de croissance par un
mécanisme où prédomine la rotation souvent externe.
Leur
survenue s’explique par la fermeture du cartilage de croissance
inférieur du tibia qui est particulière.
Celle-ci débute au voisinage
du centre de la physe là où existe souvent un bec du cartilage.
La
fermeture s’effectue ensuite vers le dedans puis vers le dehors et
l’arrière.
Le trait de fracture débute à la jonction cartilage fermécartilage
ouvert et s’étend dans trois plans : vers l’épiphyse en bas,
dans le cartilage le plus souvent en dehors et vers la métaphyse en
arrière.
La plus fréquente est la fracture triplane latérale à deux
fragments.
La radiographie de face montre un décollement épiphysaire type Salter III et la radiographie de profil montre un
décollement épiphysaire de type Salter II.
L’analyse du trait
nécessite souvent la réalisation de tomographies et/ou d’un scanner.
Les troubles de croissance sont peu à craindre du fait de la proximité
de la fermeture du cartilage.
En revanche, la réduction de cette
fracture articulaire doit être anatomique.
Schématiquement, les
fractures triplanes latérales à deux fragments peuvent être réduites
orthopédiquement.
Les fractures triplanes latérales à trois fragments
et les triplanes médianes sont souvent traitées chirurgicalement.
5- Fracture de Tillaux :
C’est une fracture type Salter III qui isole un fragment antéroexterne
de l’épiphyse tibiale inférieure où s’insère le ligament péronéotibial
antérieur.
La fracture de MacFarland est une fracture emportant
la malléole interne de type Salter IV.
Le trait traverse l’épiphyse près
de la malléole interne, puis le cartilage conjugal, sépare enfin un
fragment métaphysaire souvent petit, interne ou postéro-interne.
Des clichés de trois quarts sont souvent nécessaires pour le
visualiser.
Le traitement est chirurgical. Le traitement de ces deux
types de fracture est chirurgical dès que le déplacement du fragment épiphysaire est de plus de 2 mm.
6- Fracture du condyle externe du coude
:
Cette fracture survient lors d’une chute sur la main, coude en
extension avec, soit une contrainte en valgus, la tête radiale jouant
le rôle de bélier qui heurte le condyle externe, soit une contrainte en
varus par un mécanisme de traction sur les épicondyliens et les
éléments ligamentaires externes.
La moyenne d’âge de survenue est
de 6 ans et demi.
Le diagnostic radiologique de cette fracture est
difficile du fait de l’ossification incomplète du coude à cet âge.
On a
tendance à sous-estimer le volume et le déplacement du fragment.
Il
faut attacher de l’importance à l’existence d’une hémarthrose et
rechercher sur les clichés de face et de profil du coude le seul
stigmate de cette fracture quand elle est peu déplacée, qui est le
fragment cortical métaphysaire externe fracturé.
Le traitement
de cette fracture est éminemment chirurgical.
Il faut respecter dans
l’abord la vascularisation du fragment par les épicondyliens, obtenir
une réduction anatomique et la stabiliser le plus souvent par un
brochage à l’aide de deux broches divergentes.
Lorsque l’on a la
certitude que la fracture n’est pas déplacée, on peut la traiter orthopédiquement par plâtre brachiopalmaire complété par une
immobilisation coude au corps.
Il faut alors réaliser une surveillance
très stricte car les déplacements secondaires sont fréquents et
doivent être opérés.
La consolidation est longue, de l’ordre de
45 jours.
Les complications de cette fracture sont la pseudarthrose
ou le retard de consolidation, la nécrose du fragment, les déviations
axiales, soit par hypertrophie du condyle, soit par cal vicieux ou
pseudarthrose en position vicieuse.
L’épiphysiodèse centrale peut
également survenir, entraînant une déformation de l’articulation en
« queue de poisson ».
7- Fractures apophysaires :
La fracture de l’épitrochlée survient entre 10 et 15 ans et fait suite
à un mécanisme de valgus forcé.
En fait, il s’agit souvent d’une
luxation du coude parfois réduite spontanément.
Sa gravité vient
du fait que le fragment arraché porte les éléments ligamentaires
internes du coude.
Après la réduction de l’éventuelle luxation, soit
l’épitrochlée reste déplacée ou est incarcérée dans l’articulation et il
faut opérer, soit l’épitrochlée revient en place et il est alors impératif
de faire un testing de la stabilité du coude.
Si une laxité existe, il faut
fixer chirurgicalement le fragment.
Tous ces gestes sont donc réalisés
sous anesthésie générale.
8- Fractures-décollements de la tubérosité tibiale
antérieure
:
Le décollement épiphysaire de la tubérosité tibiale antérieure est
particulier car le cartilage de croissance se poursuit avec celui de
l’extrémité supérieure du tibia.
Son arrachement expose à
l’épiphysiodèse antérieure de l’extrémité supérieure du tibia,
entraînant un genu recurvatum.
Cette lésion doit être réduite et fixée
chirurgicalement.
Fractures de l’enfant dans un contexte
particulier :
Ces fractures peuvent être dues, soit à une force anormale exercée
sur un squelette non pathologique, c’est le cas des fractures de
l’enfant battu ou des fractures néonatales, soit à un traumatisme
banal exercé sur un os pathologique de façon localisée ou
généralisée.
A - SQUELETTE NON PATHOLOGIQUE
:
1- Fractures de fatigue
:
Elles existent chez l’enfant aussi bien que chez l’adulte.
Leur
diagnostic peut en être difficile car elles revêtent le plus souvent, en
l’absence d’antécédent traumatique, l’aspect d’une ostéomyélite ou
d’une tumeur.
Le recours à des examens complémentaires,
biologiques, tomodensitométriques, scintigraphiques, imagerie par
résonance magnétique (IRM) y est obligatoire.
Ce n’est souvent que
la surveillance et l’évolution favorable des symptômes et des images
qui permettent de rassurer. Rappelons que la biopsie, si elle est faite,
serait très difficile à interpréter et qu’il ne faut la faire qu’en cas de
doute important sur une lésion tumorale et en accord avec
l’anatomopathologiste.
2- Fractures de l’enfant battu
:
Caffey fut le premier à attirer l’attention sur l’entité d’enfants
battus en 1946, à propos de six patients porteurs d’hématome sousdural
chronique et de plusieurs fractures des os longs.
Silverman
décrivit plus tard les critères radiologiques évocateurs de ce
syndrome.
La plupart de ces enfants sont âgés de moins de 3 ans et
sont donc incapables de communiquer verbalement avec
l’examinateur.
Les parents relatent fréquemment une histoire sans
rapport avec les signes cliniques constatés.
Il est fréquent que
l’enfant soit amené aux urgences plusieurs jours après le
traumatisme, et pour un prétexte sans rapport avec celui-ci.
Ces enfants pleurent généralement très peu.
En revanche, ils suivent des
yeux avec inquiétude tous les gestes des adultes autour d’eux, sans
bouger, comme s’ils ne voulaient pas attirer l’attention.
L’examen
clinique recherche la présence de lésions cutanées multiples,
contusions, hématomes, brûlures, d’ancienneté différente.
Des
lésions extrasquelettiques ont été rapportées, en particulier oculaires
et abdominales.
Akbaania rapporta une série de 217 enfants battus
dont un tiers environ étaient porteurs de fractures.
Ces fractures
doivent être recherchées de parti pris par un bilan radiographique
complet du squelette.
Des images d’ossifications périostées étendues
sont fréquemment observées ; elles sont consécutives à des avulsions
du périoste proche des métaphyses.
Il est important de constater
que toutes ces fractures sont d’âge différent.
En fait, si parfois le
syndrome des enfants battus ne pose pas de problème diagnostique,
il y a beaucoup de pièges possibles qui peuvent le faire méconnaître,
et autant de pièges qui peuvent le faire évoquer abusivement.
Il est
indispensable d’hospitaliser l’enfant et d’organiser l’action sociale.
Si les lésions squelettiques consolident généralement sans séquelles,
le pronostic dépend plutôt de l’existence de lésions crâniennes,
faciales, maxillaires et, dans ce cas, il persiste fréquemment des
séquelles neurologiques et psychomotrices.
3- Fractures néonatales :
Les fractures néonatales sont souvent la conséquence
d’accouchements difficiles.
Elles surviennent dans trois quarts des
cas à la suite d’accouchements par le siège.
Il n’y a pas de corrélation
établie avec la taille et le poids du nouveau-né, mais il s’agit souvent
de primipares.
Ces fractures concernent, dans un ordre décroissant
de fréquence : la clavicule, la diaphyse humérale, la diaphyse
fémorale, les épiphyses humérales, les épiphyses fémorales.
Les
fractures de la clavicule sont les plus fréquentes et sont
généralement peu déplacées.
Il est rarement nécessaire de leur
appliquer une contention.
Elles consolident en moins de 2 semaines.
Il est, en revanche, indispensable de s’assurer qu’il n’existe pas de
signe de paralysie obstétricale du plexus brachial associée.
Les
fractures de la diaphyse humérale sont les plus fréquentes des
fractures néonatales des os longs.
Elles sont suspectées devant la
constatation d’un bras ballant, et la radiographie permet alors de les
différencier d’une paralysie obstétricale du plexus brachial.
Elles
siègent généralement au tiers moyen, et sont volontiers transversales
et déplacées.
Une angulation de 40 à 50° se corrige spontanément
au cours de la croissance.
Une contention par bandage type Dujarier,
laissant le bras en légère abduction, est souhaitable durant une
période de 2 semaines.
Les fractures de la diaphyse fémorale
consolident également en une quinzaine de jours et sont traitées,
soit par traction au zénith, soit par plâtre pelvipédieux hanche et
genou fléchis.
Les décollements épiphysaires néonataux peuvent se
produire aux épiphyses humérales et fémorales, proximales et
distales.
Mise à part l’épiphyse fémorale inférieure, ils sont de
diagnostic difficile en raison de la non-ossification de ces épiphyses
à la naissance.
Ils posent le problème d’une articulation augmentée
de volume et douloureuse, et donc celui d’une arthrite septique.
4- Insensibilité à la douleur
:
C’est un phénomène rare qui résulte, dans la plupart des cas, de
lésions morphologiques du système nerveux (dysautonomie
familiale ou maladie de Riley-Day, neuropathies héréditaires ou
acquises, indifférence relative à la douleur secondaire à des lésions
frontales).
Plus rarement, il s’agit d’une insensibilité congénitale à la
douleur. Cette maladie rare est responsable d’accidents multiples,
en particulier de fractures indolores.
Elle est définie par quatre
critères : absence de perception de la douleur dès la naissance,
atteinte de toute la surface corporelle, les autres voies sensitives sont
saines, les réflexes ostéotendineux sont présents.
Cette affection peut
être prise à tort pour un syndrome des enfants battus.
5- Sclérodermie
:
L’os d’un enfant atteint de sclérodermie n’est pas particulièrement
fragile mais la fonte musculaire ou l’inactivité peuvent contribuer à
la survenue d’une fracture.
Si la maladie est connue, il faut
simplement se souvenir des risques d’une immobilisation qui
peuvent, en raison des anomalies des vaisseaux, mener à la
survenue de très graves nécroses musculaires et cutanées.
Si
l’affection n’est pas connue, le risque est encore plus grand.
C’est la
raison pour laquelle il faut toujours examiner la peau et rechercher
des bandes blanchâtres chez tout enfant que l’on doit plâtrer.
B - FRACTURES SURVENANT SUR OS PATHOLOGIQUE
DE MANIÈRE LOCALISÉE :
Elles reconnaissent plusieurs groupes étiologiques de fréquence très
inégale : les fractures sur ostéomyélite, les fractures sur kyste ou
tumeur osseuse, les fractures sur ostéoporose localisée, les fragilités
osseuses constitutionnelles localisées, les fractures sur fragilité
iatrogène.
1- Ostéomyélite
:
Les fractures sur ostéomyélite sont rares, en particulier chez l’enfant.
Elles peuvent survenir à la phase aiguë, en cas de diagnostic retardé
ou de traitement inadéquat.
Elles se voient surtout plus tardivement
après des séquestrectomies extensives ayant conduit à un sacrifice
osseux important, ou à la suite d’immobilisations prolongées.
La
drépanocytose constitue un terrain particulier propice aux
ostéomyélites.
Les fractures pathologiques sont alors secondaires à
l’ostéomyélite mais également à la fragilité osseuse induite par les
infarctus osseux.
Les fractures sur séquelles d’ostéomyélite doivent
toujours poser le problème d’une reprise évolutive de l’infection.
2- Fractures sur kyste ou tumeur osseuse
:
Tout le problème est en fait celui du diagnostic étiologique et l’on
doit toujours avoir à l’esprit la possibilité que la fracture
pathologique révèle une lésion maligne primitive.
Les kystes osseux
essentiels représentent la cause la plus fréquente des fractures
pathologiques de l’enfant.
Les deux localisations les plus fréquentes
sont la métaphyse humérale supérieure et la métaphyse fémorale
supérieure.
Trois quarts environ de ces kystes sont le siège d’une
fracture durant leur évolution.
L’existence d’un kyste n’interfère pas
avec la consolidation de la fracture.
L’indication et les modalités du
traitement chirurgical sont décidées en fonction de l’âge du patient,
de la localisation du kyste et de sa situation par rapport à l’épiphyse.
Ce dernier paramètre est souvent le reflet du potentiel évolutif du
kyste.
Les kystes anévrismaux sont des tumeurs osseuses
multiloculaires contenant des lacs vasculaires, et se voient surtout
chez l’enfant et l’adolescent.
La radiographie montre souvent une
image métaphysaire à développement excentrique, soufflant la
corticale.
Les fractures y sont beaucoup plus rares que sur les kystes
osseux essentiels.
3- Fibromes non ossifiants ou « cortical defect »
:
Ils sont également particuliers à l’enfant et l’adolescent.
Ce sont des
lacunes de nature conjonctive, siégeant à l’extrémité inférieure du
tibia, ou du fémur.
Leur découverte est généralement fortuite, mais
elle peut se faire à l’occasion d’une fracture.
Dans ce cas, il vaut
mieux réaliser une ostéosynthèse avec comblement, car le traitement
orthopédique de telles fractures ne permet pas d’obtenir
constamment leur guérison.
4- Tumeurs malignes
:
Les plus fréquentes sont les ostéosarcomes et les sarcomes d’Ewing.
Il existe souvent plusieurs signes évocateurs de malignité : histoire
clinique, douleurs d’intensité croissante et d’horaire inflammatoire,
zone de lyse et/ou de densification irrégulière, réaction périostée,
éperon de Codman.
Dans le doute, il faut réaliser une biopsie selon
les règles habituelles des prélèvements des tumeurs malignes après
un traitement orthopédique d’attente de la fracture.
Avant la
certitude diagnostique, le traitement chirurgical de cette fracture est
contre-indiqué.
5- Fractures sur ostéoporose localisée
:
Les fractures sur ostéoporose localisée peuvent se voir à la suite
d’irradiations, jusqu’à 2 ou 3 ans après le traitement.
Le risque de
fracture dépend de la zone irradiée, de la dose délivrée et de l’âge
du patient.
Malgré les modifications osseuses induites par
l’irradiation, la consolidation de ces fractures intervient
généralement.
Une ostéoporose localisée peut également faire suite
à une immobilisation prolongée, en particulier dans les régions
métaphysaires.
Bien que la reminéralisation se fasse assez
rapidement lorsque l’immobilisation prend fin, il arrive qu’un délai
de 6 mois soit nécessaire pour recouvrer une minéralisation normale.
L’ostéoporose juvénile idiopathique est une entité rare.
Elle se voit
entre 8 et 15 ans, ce qui permet de la différencier de l’ostéogenèse
imparfaite dont les premières manifestations surviennent beaucoup
plus précocement.
Cette affection se manifeste surtout par des
tassements vertébraux, source de dorsalgies ou de lombalgies.
Aucun facteur métabolique n’a été retrouvé pour expliquer cette
ostéoporose juvénile. Le pronostic est bon, l’ostéoporose
disparaissant à l’âge adulte.
Il peut s’agir d’anomalies localisées du squelette entrant dans le
cadre des courbures et pseudarthroses congénitales.
Ces lésions
dystrophiques osseuses peuvent s’intégrer dans un contexte de
maladie généralisée (maladie de Recklinghausen), mais s’exprimer
de manière localisée osseuse.
L’exemple le plus habituel se situe au
tibia.
Il peut s’agir également de localisations uniques de la
dysplasie fibreuse réalisant des fragilités osseuses localisées, de
découverte plus ou moins précoce.
7- Fractures sur fragilité iatrogène
:
Les fractures sur prise de greffe sont possibles et sont généralement
consécutives à une erreur lors de l’acte chirurgical initial.
C’est en
particulier le cas au tibia, où elles peuvent être évitées en limitant la
prise de greffe à la face antéro-interne, en respectant les angles de la
crête tibiale.
Les fractures itératives surviennent plus
fréquemment dans certaines localisations : deux os de l’avant-bras,
clavicule.
Elles sont souvent liées à des insuffisances thérapeutiques :
immobilisation trop brève d’une fracture du tiers moyen des deux
os de l’avant-bras traitée orthopédiquement, reprise trop précoce des
activités.
Les fractures après ablation de matériel se voient surtout
après ablation de plaque, au tibia, au fémur ou à l’avant-bras, ou
sur des orifices d’entrée trop larges de broches centromédullaires.
Ces fractures ne sont pas toujours évitables, en particulier en cas de
traumatisme accidentel.
On peut cependant diminuer leur fréquence
en mettant le membre en décharge après ablation du matériel et
surtout en différant d’au moins un trimestre la reprise du sport.
C - FRACTURES SURVENANT SUR UN OS PATHOLOGIQUE
DE FAÇON GÉNÉRALISÉE :
1- Fractures de l’ostéogenèse imparfaite
:
C’est la plus fréquente des fragilités osseuses constitutionnelles de
l’enfant.
Outre la fragilité osseuse, les autres signes sont l’existence
de sclérotiques bleues, la surdité qui peut apparaître à l’âge adulte,
les déformations osseuses des os longs ou du tronc, les anomalies
radiologiques du crâne.
Le diagnostic est souvent difficile.
On
recherche les antécédents familiaux, l’aspect filiforme des os longs
dont les corticales sont minces et la transparence exagérée, et l’aspect
des corps vertébraux aplatis et biconcaves.
Dans la forme réalisant
la maladie de Porak et
Durante, les fractures sont constatées dès la
naissance, alors que dans la maladie de Lobstein, elles ne
surviennent qu’à l’occasion des premiers pas, pour des traumatismes
minimes, ces fractures étant le plus souvent diaphysaires.
L’attitude
pratique devant de telles fractures est la réduction aussi exacte que
possible du foyer et son immobilisation.
Celle-ci réclame quelques
précautions : elle est légère pour ne pas créer d’autres fractures, elle
est de courte durée pour ne pas aggraver l’ostéoporose ; elle est
effectuée sur un os aligné de telle sorte que l’incurvation de l’os
n’appelle pas une autre fracture.
Lorsque les fractures se répètent
avec une trop grande fréquence, il faut envisager la solidification
par un montage métallique : l’enclouage paraît être la meilleure
solution, très supérieure aux plaques vissées qui peuvent favoriser
une nouvelle fracture, soit aux extrémités de la plaque, soit au
niveau d’une vis.
On emploie des clous télescopiques dont les deux
extrémités sont ancrées dans les épiphyses tandis que la longueur
du clou s’adapte à la croissance de l’os.
Ceci évite le changement
itératif de clous devenus proportionnellement trop courts au cours
de la croissance.
La consolidation de l’os est toujours facilement
obtenue, que ce soit après une fracture simplement immobilisée ou
après un enclouage.
Lorsque la fréquence des fractures est
importante, il faut envisager la possibilité d’un traitement aux biphosphonates qui semble très efficace.
2- Fractures sur dysplasie fibreuse
:
La dysplasie fibreuse est généralement découverte vers 8-10 ans, à
l’occasion de douleurs, d’une déformation ou d’une fracture.
Il est
rare qu’elle soit découverte dans le cadre d’un syndrome d’Albright
qui associe une puberté précoce à des taches café au lait.
Les
problèmes orthopédiques posés par cette maladie sont résumés par
les fragilités osseuses, les déformations squelettiques et le retard de
taille.
Le remplacement du tissu osseux normal par des éléments
fibreux aux diaphyses ou aux métaphyses explique la fragilité
osseuse et les risques de fractures et de déformations.
L’atteinte se
situe plus particulièrement dans la région cervicodiaphysaire du
fémur, sur tout ou partie du tibia, parfois de l’humérus.
Dans les
zones atteintes, l’os apparaît soufflé par une ou plusieurs images
claires arrondies, tandis que les corticales sont amincies.
Fractures itératives, douleurs, déformations osseuses, imposent de recourir à
un traitement chirurgical dont le but est d’assurer une solidité au
squelette atteint.
3- Fractures pathologiques lors de désordres
neuromusculaires
:
Les fractures sont particulièrement fréquentes chez les enfants
porteurs de troubles neuromusculaires, en raison de l’importance
de l’ostéoporose.
Elles se voient surtout au décours des interventions
chirurgicales et des immobilisations plâtrées, à cause de
l’enraidissement articulaire et de l’atrophie musculaire.
Lors des
séquelles de poliomyélite, l’os très fin et ostéoporotique peut être le
siège de fractures, ce d’autant que ces sujets ont souvent une activité
proche de la normale.
Ces fractures consolident dans des délais
normaux.
Les cals vicieux sont tolérables dans certains cas de sujets
en fauteuil roulant.
Dans les autres cas, il faut savoir avoir recours à
l’ostéosynthèse qui supprime ou réduit l’immobilisation plâtrée,
toujours pénible pour un membre affaibli et qui ne fait qu’aggraver
l’ostéoporose.
Les enfants atteints de spina bifida présentent
fréquemment des fractures dont le diagnostic n’est pas facile,
compte tenu de l’absence de douleur et de l’hyperthermie fréquente
qu’elles induisent (pouvant faire porter le diagnostic d’ostéomyélite).
Les déformations sont souvent minimes puisqu’il n’existe aucun
tonus musculaire.
La peau très fragile supporte très mal les plâtres,
si bien que l’on a souvent recours à l’ostéosynthèse.
Chez l’infirme
moteur cérébral, les fractures ne sont pas très fréquentes car les os
sont généralement solides, et ce n’est qu’après une immobilisation
prolongée qu’ils peuvent être suffisamment affaiblis pour se
fracturer.
Elles sont plus fréquentes chez les patients grabataires,
surtout ceux présentant des convulsions ou des rétractions.
En cas
de myopathie, les anomalies de la trame osseuse dépendent de l’âge
de début et du mode évolutif de l’affection.
Il se produit
généralement un amincissement progressif du canal médullaire et
des corticales.
Les fractures sont en règle peu déplacées et peu
douloureuses, du fait de l’atrophie des masses musculaires.
Elles
consolident dans les délais normaux. Le traitement des fractures du
myopathe doit préserver au maximum les possibilités de
déambulation de celui-ci.
En effet, au-delà de 2 à 3 mois
d’immobilisation, l’état fonctionnel antérieur peut être difficile à
récupérer.
4- Fractures de l’hémophile :
Malgré l’ostéoporose, l’atrophie musculaire, les rétractions
articulaires, les fractures sont rares chez les hémophiles, car ils
évitent généralement toute activité risquant d’entraîner un
traumatisme physique.
Ces fractures sont généralement
immobilisées sur attelle au départ et, lorsque le gonflement lié au
saignement a régressé, un plâtre circulaire peut être appliqué.
Si une
intervention est nécessaire, le taux sérique du facteur déficient doit
être rétabli entre 80 et 100 % de la normale.
Les complications de ces
fractures sont secondaires à l’importance du saignement.
Il peut
s’agir de nécrose cutanée, de syndrome de loge, de compression
nerveuse, voire de pseudokystes intramusculaires.
5- Autres causes
:
Dans des circonstances plus rares, d’autres affections généralisées
peuvent être la cause de fractures pathologiques.
C’est le cas de
l’arthrogrypose où l’enraidissement articulaire lié à l’épaississement
de la capsule et des ligaments entraîne une transmission des
contraintes aux os longs.
C’est également le cas des ostéopathies
métaboliques de l’enfant parmi lesquelles on peut citer
l’ostéodystrophie rénale, les différentes formes de rachitisme
(carence vitaminique, rachitisme vitaminorésistant).
Citons enfin les ostéochondrodysplasies avec ostéocondensation, ostéopétrose
(maladie d’Albers-Schönberg) et pycnodysostose, où les fractures
pathologiques sont parfois révélatrices.
Traitement :
A - MOMENT DU TRAITEMENT :
Le traitement d’une fracture se fait en urgence.
Ceci est vrai même
en dehors de complications. En effet, une fracture fraîche se réduit plus facilement et ceci est particulièrement vrai pour les
traumatismes du cartilage de croissance.
L’oedème apparaît
rapidement et rend difficile, quelquefois impossible, le traitement
orthopédique.
Enfin, la douleur est souvent importante, mal calmée
par l’immobilisation temporaire et il vaut mieux sortir rapidement
l’enfant de sa situation de stress.
On attend donc simplement que
l’enfant soit à jeun et que le bilan préanesthésique soit réalisé. Pour
les fractures vues tardivement ou les déplacements secondaires, il
faut, au contraire, tenir compte de la rapidité avec laquelle
s’engluent les fractures de l’enfant.
C’est dans ces cas qu’il faut bien
connaître les possibilités de remodelage.
Un décollement épiphysaire
type Salter I ou II ne peut plus se réduire après 3 ou 5 jours sans
pratiquer une réduction brutale qui entraînerait des lésions du
cartilage de croissance avec, en définitive, des séquelles plus
importantes que le respect d’un cal vicieux modéré.
Il vaut donc
mieux, dans ce cas, attendre l’heure de l’ostéotomie correctrice si
toutefois elle est nécessaire.
Un décollement épiphysaire type
Salter III ou IV vu après un délai de 3 à 5 jours est systématiquement
opéré.
La reprise orthopédique des fractures diaphysaires et
métaphysaires n’est possible qu’avant le 21e jour, voire le 15e jour.
B - TRAITEMENT ORTHOPÉDIQUE
:
C’est la base du traitement des fractures de l’enfant.
1- Réduction
:
Elle peut être réalisée par mise en traction.
Cette méthode est surtout
utilisée pour les fractures du fémur.
Il s’agit d’une traction collée car
la mise en place de broches dans le tibia expose au recurvatum de
genou, même si elles sont mises très à distance de la tubérosité
tibiale antérieure.
Cette traction est réalisée au zénith avant 6 ans,
avec les poids suffisants pour soulever la fesse du plan du lit.
Elle
est ajustée de manière à bien réduire les déplacements rotatoires et
angulaires. Un raccourcissement de l’ordre du centimètre est
respecté.
Au 15e ou 21e jour, en fonction de l’âge de l’enfant, la
fracture est engluée, ce qui permet de réaliser le plâtre pelvipédieux
qui est conservé 6 semaines.
La réduction extemporanée se fait, sous
anesthésie, au bloc.
L’anesthésie générale est utilisée en règle.
Cependant, les anesthésies locorégionales peuvent être indiquées
pour les fractures distales chez les grands enfants.
Cette anesthésie
locorégionale doit être suffisamment brève pour permettre une
bonne surveillance du membre plâtré.
Les manoeuvres de réduction
obéissent à des règles simples :
– il faut être doux ;
– il faut détendre le périoste là où il est intact et pousser sur le
fragment à remettre en place ;
– les manoeuvres en traction sont contre-indiquées car elles peuvent
rompre toutes les attaches périostées et rendre instable la fracture.
Ce principe est bien illustré par la manoeuvre de réduction du quart
inférieur des deux os de l’avant-bras, précédemment décrite.
Pour les fractures en « bois vert » et les incurvations traumatiques, il
faut vaincre progressivement la déformation sans chercher à
compléter la fracture.
2- Immobilisation
:
Le plâtre est réalisé sur trois jerseys ou du jersey cotonné,
l’important étant la perfection du moulage et l’absence de point de
compression.
Le plâtre doit immobiliser les articulations sus- et sousjacentes
à la fracture.
Il n’existe pas de raideur articulaire après
plâtre chez l’enfant et la position d’immobilisation des articulations
peut donc s’écarter de la position dite « de fonction ».
On peut, par
exemple, respecter un équin de cheville pour éviter le recurvatum
d’une fracture des deux os de jambe. Par ailleurs, la taille de l’enfant
peut imposer une technique particulière.
En effet, la botte ou la
manchette plâtrée chez le tout-petit se retire comme un gant ou une
chaussette et on est obligé d’étendre l’immobilisation au-dessus du
coude ou du genou.
De même, le jeune enfant ne comprend pas
bien la nécessité de respecter l’absence d’appui sur un membre
inférieur.
Le plâtre doit donc l’y contraindre. Ainsi, un cruropédieux
sans appui doit prendre le genou en flexion à 90°.
Par ailleurs, un pelvipédieux réalisé en urgence après réduction extemporanée d’une
fracture de la diaphyse fémorale doit prendre la hanche et le genou
en flexion à 90° pour bien maintenir la réduction.
Citons également
l’immobilisation des fractures du coude.
Elle nécessite en principe
un plâtre thoracobrachial.
Celui-ci est actuellement, le plus souvent,
remplacé par un plâtre brachiopalmaire auquel on ajoute une
immobilisation de l’épaule coude au corps type Mayo Clinic.
La
surveillance d’une immobilisation plâtrée doit être stricte.
Dans les
premières heures, la crainte est la survenue d’un syndrome de Volkmann.
Le membre doit être surélevé.
On surveille la coloration,
la sensibilité, la mobilité des doigts.
Il faut fendre le plâtre jusqu’au
jersey compris au moindre doute, voire reprendre la réduction et/ou
le plâtre.
Plus à distance, la crainte est le déplacement secondaire.
Une radiographie de contrôle, en conservant l’immobilisation, est
réalisée aux huitième, 15e et 21e jours.
C - TRAITEMENT CHIRURGICAL
:
1- Technique :
* Embrochage centromédullaire élastique stable
:
Le principe est la mise en place de deux broches centromédullaires précourbées qui prennent un appui cortical dans le foyer de fracture
à partir de deux points fixes : le point d’entrée de la broche et son
point d’ancrage métaphysaire.
La stabilité du montage est due à l’élasticité des broches.
Lorsqu’une force imprime un
déplacement au montage, celui-ci développe une force de rappel qui
le ramène à sa position d’équilibre initiale.
Toutes les contraintes
défavorables à la consolidation (cisaillement, rotation) sont
transformées en contraintes favorables (compression, extension).
Le
montage est stable mais nécessite parfois une immobilisation
complémentaire.
Cette technique s’adresse principalement aux
fractures de la diaphyse fémorale, du tiers moyen des deux os de
l’avant-bras, du col du radius, de la diaphyse ou de la métaphyse
supérieure de l’humérus, et beaucoup plus rarement du tibia.
* Embrochage à foyer fermé :
Citons l’embrochage des fractures supracondyliennes du coude
selon la méthode de Judet et l’embrochage dit en « tour Eiffel » des
fractures-décollements épiphysaires de l’extrémité inférieure du
fémur.
* Ostéosynthèse à foyer ouvert :
Elle est surtout indiquée pour les fractures articulaires ou périarticulaires.
L’abord du foyer doit respecter la vascularisation
des fragments et le cartilage de croissance, notamment au niveau de
la virole périchondrale.
On évite donc de mettre en place un matériel
traversant le cartilage de croissance.
La plaque conjugale peut
cependant être traversée en son centre, mais jamais en périphérie,
sans risque important d’épiphysiodèse, à condition de ne pas faire
de multiples perforations, d’utiliser des broches fines et d’ôter
rapidement le matériel.
Le but de l’intervention est d’obtenir une
réduction anatomique.
Le montage est souvent réalisé avec des
broches ou des vis.
Sa solidité n’est pas aussi essentielle que chez
l’adulte et il est souvent complété par une immobilisation plâtrée.
* Enclouage centromédullaire classique
:
Il est contre-indiqué chez l’enfant car il impose la traversée de zones
de croissance.
Il n’est donc possible qu’en fin de croissance lorsque
les cartilages sont fermés.
* Ostéosynthèse par plaque
:
Elle n’est utilisée que dans les cas où elle est indispensable.
En effet,
elle entraîne une consolidation per primam et inhibe la consolidation
périostée qui est prépondérante chez l’enfant.
Plus rigide que l’os,
elle dévie à son profit les forces axiales et inhibe l’épaississement
cortical, voire entraîne un amincissement avec risque de fracture
itérative.
Elle peut entraîner une hypertrophie en longueur
importante (jusqu’à 3 cm).
L’ablation du matériel, rapidement enfoui
sous l’os, nécessite un nouvel abord large, source possible d’une
nouvelle stimulation de croissance.
* Ostéosynthèse par fixateur externe
:
Elle s’adresse avant tout aux fractures compliquées de lésions
cutanées.
Les fixateurs actuels ont de nombreux avantages :
– leur facilité de mise en place avec possibilité de réglage ;
– la possibilité de mise en charge précoce et de dynamisation ;
– le risque infectieux minimisé ;
– enfin, les soins cutanés et l’ablation de matériel rendus aisés.
2- Indications :
* Indications de nécessité :
La plupart des fractures articulaires nécessitent un traitement
chirurgical pour obtenir une réduction anatomique.
Il est également
indiqué dans les fractures instables ou irréductibles et fréquemment
après déplacement secondaire d’une fracture traitée initialement orthopédiquement.
Les fractures itératives, notamment des deux os
de l’avant-bras, sont de bonnes indications à l’embrochage
centromédullaire de Métaizeau en sachant que le cal osseux comble
souvent la diaphyse et que le passage des broches est difficile.
Chez
les enfants polyfracturés ou polytraumatisés, l’ostéosynthèse des
fractures est justifiée par la nécessité d’une surveillance étroite, et
donc d’examens complémentaires et de déplacements multiples.
Cette ostéosynthèse facilite, de plus, tous les soins de nursing.
L’embrochage de Métaizeau est une bonne solution de même que
l’ostéosynthèse par fixateur externe, d’autant plus justifiée qu’il
existe des lésions cutanées.
On choisit plutôt un fixateur monoplan
type Orthofixt car il est solide, bien toléré et de pose facile.
* Indications de « confort » :
L’évolution des besoins des individus change quelque peu les
indications du traitement des fractures de l’enfant.
En effet, le
souhait de l’enfant et de son entourage est celui de l’immobilisation
et de l’absentéisme scolaire réduits au minimum.
Ainsi, peut-on
étendre les indications d’ostéosynthèse des fractures du fémur aux
fractures survenant chez des enfants en âge scolaire (cours
préparatoire).
On a aussi observer la même évolution des indications
pour les autres fractures, notamment les fractures diaphysaires des
deux os de l’avant-bras et les fractures de jambe mais cette attitude
reste critiquable parce que les risques d’une ostéosynthèse ne sont
pas toujours balancés par le bénéfice obtenu.
D - TRAITEMENT DES ÉPIPHYSIODÈSES
:
Les épiphysiodèses sont souvent visibles 3 à 4 mois après le
traumatisme, mais le délai de découverte est parfois plus long,
18 mois à 2 ans.
Quand elles sont complètes et qu’elles entraînent
une différence de longueur sans déviation axiale, elles peuvent faire
l’objet d’une égalisation des membres inférieurs, soit par épiphysiodèse du côté opposé, soit par allongement.
Ces gestes sont
parfois associés. L’indication est posée en fonction de l’inégalité
prévisionnelle.
Celle-ci est facile à prévoir si l’épiphysiodèse est
complète, plus difficile s’il persiste un potentiel de croissance du
cartilage lésé.
Le traitement d’une épiphysiodèse partielle nécessite l’étude de sa
localisation et de son étendue, ainsi que celle de l’âge chronologique
et osseux de l’enfant.
La désépiphysiodèse n’est possible que s’il
reste plus de 50 % de cartilage de croissance sain.
Ce bilan nécessite
la pratique de bons clichés radiologiques standards de face et de
profil avec rayons enfilant le cartilage de croissance.
La scintigraphie
osseuse permet de bien apprécier l’activité du cartilage de croissance
mais c’est surtout la tomoscintigraphie qui peut préciser au mieux la taille et la situation du pont d’épiphysiodèse qu’analysent bien le
scanner et l’IRM.
Si l’épiphysiodèse est inaccessible au traitement
conservateur ou en cas d’échec de celui-ci, il faut compléter la
stérilisation du cartilage et réaxer le membre par ostéotomie.
Cette
attitude est également communément acceptée si l’épiphysiodèse
survient en fin de croissance.
L’inégalité de longueur est alors traitée
par allongement et/ou épiphysiodèse controlatérale.
Dans les autres
cas, la désépiphysiodèse peut être proposée.
Elle consiste en l’abord
du pont d’épiphysiodèse, sa résection puis le comblement du defect
par un implant, soit graisseux, soit en ciment acrylique, soit en
silicone.
Cette désépiphysiodèse est associée à une ostéotomie de
réaxation plus proximale.
Les chances de succès restent toutefois
minces dans les séries bien documentées où l’on ne relève que moins
de 50 % de bons résultats.
Aussi, le traitement des troubles de
croissance est-il avant tout préventif : chirurgie atraumatique,
réduction exacte des décollements-fractures épiphysaires, surtout de
type Salter III et IV, mise en place correcte d’un matériel adapté à
l’os de l’enfant.