PHYSIOPATHOLOGIE :
La connaissance de la physiopathologie de la pancréatite
chronique n'est que partielle.
Les lésions histologiques initiales débutent au niveau des
canaux, ce qui conduit à penser que la pancréatite chronique est
une maladie canalaire.
Dans cette hypothèse, l'atteinte acineuse exocrine n'est donc
que secondaire à l'obstruction. Cette atteinte pourrait être en
rapport avec la diminution de la protéine des calculs,
favorisant la formation de précipités protéiques qui se
calcifient secondairement.
Les modifications sécrétoires induites par l'alcool auraient un
rôle prépondérant dans cette précipitation intracanalaire.
Pour certains auteurs, l'alcool aurait une toxicité directe sur
les cellules acineuses pancréatiques, point de départ du
processus de pancréatite chronique.
ETIOLOGIES :
Alcoolisme chronique
L'alcoolisme chronique est de loin la principale cause de
pancréatite chronique en France (70 à 90 %).
- La consommation moyenne quotidienne observée au cours des
pancréatites chroniques symptomatiques est d'environ 150 g
d'alcool.
- Les manifestations cliniques de la pancréatite débutent après
10 à 15 ans d'alcoolisme chronique, à un âge moyen de 40 ans, en
moyenne 10 ans avant la cirrhose.
- Il existe une nette prédominance masculine avec un sex-ratio
de 9/1. Cette différence tend à diminuer du fait des
modifications des habitudes de la prise d'alcool dans les deux
sexes.
Autres causes
Les autres causes de pancréatite chronique sont :
- les hypercalcémies des hyperparathyroïdies (surtout les
adénomes parathyroïdiens) ;
- la pancréatite “ tropicale ”, d'étiopathogénie discutée (rôle
de la malnutrition avec carence protéique) prédominant dans le
sud de l'Inde.
- la pancréatite héréditaire, rare, débutant plus précocement
(avant 20 ans). Le mode de transmission est autosomique dominant
avec pénétrance variable.
- la mucoviscidose de l'adulte, très rare.
- la radiothérapie abdominale.
- la pancréatite idiopathique (ou indéterminée), pour laquelle
aucune cause connue n'est retrouvée (environ 10 % des
pancréatites chroniques en France).
Obstacle sur le canal de Wirsung
Une place à part doit être réservée aux pancréatites
obstructives secondaires à la présence d'un obstacle sur le
canal de Wirsung (surtout pour les cas de cancer du pancréas,
d'ampullome vatérien).
- Dans la plupart des cas, celles-ci vont se révéler sous forme
d'une pancréatite aiguë d'amont.
- Lorsque la lésion évolue très lentement, un tableau de
pancréatite chronique est possible, atypique par la répartition
homogène des lésions en amont de l'obstacle.
Bilan clinique :
CIRCONSTANCES DE DIAGNOSTIC :
- La douleur abdominale récidivante est le mode de révélation
habituel.
- Une complication pendant ou en l'absence de poussée aiguë.
- L'insuffisance pancréatique exocrine ou le diabète sont
rarement révélateurs, car d'apparition tardive.
- Parfois, il s'agit d'une découverte fortuite à l'occasion d'un
examen morphologique (échographie, tomodensitométrie,
radiographie de l'abdomen sans préparation) montrant des
calcifications pancréatiques.
SIGNES FONCTIONNELS :
La douleur :
Une douleur révélatrice
La douleur représente la manifestation révélatrice dans la
majorité des cas.
Elle se caractérise par :
- une intensité forte.
- son siège épigastrique.
- l'irradiation habituellement dorsale transfixiante,
parfois dans les hypocondres, en hémiceinture.
- son déclenchement fréquent par un repas riche en graisses ou
une alcoolisation aiguë.
- le soulagement par la position “ en chien de fusil ”.
- la restriction alimentaire volontaire qu'elle entraîne et qui
favorise l'amaigrissement.
Poussée aiguë ou complication
La douleur peut correspondre à une poussée aiguë de pancréatite
ou à une complication (pseudo-kyste).
Elle est fréquente en l'absence de ces deux causes et son
mécanisme physiopathologique n'est pas toujours clair (rôle de
la distension du canal de Wirsung en amont d'une sténose
fibreuse ou d'un calcul intracanalaire, engainement fibreux des
plexus nerveux rétropancréatiques).
Autres signes fonctionnels :
- Les vomissements et les nausées sont moins fréquents. Ils
évoquent une poussée aiguë ou une sténose digestive.
- L’amaigrissement est pratiquement constant, favorisé par la
restriction alimentaire volontaire, l'intoxication alcoolique
chronique et, dans les formes évoluées, l'insuffisance exocrine
et/ou endocrine.
SIGNES PHYSIQUES :
L'examen clinique est le plus souvent pauvre au cours de la
pancréatite chronique :
- une sensibilité à la palpation de l'épigastre est fréquente ;
- une masse abdominale est parfois présente, avec voussure
abdominale, évoquant un pseudo-kyste.
- un ictère (ou un subictère conjonctival) peut être observé en
cas de compression de la voie biliaire principale :
- qui peut être liée à une poussée de pancréatite aiguë, une
hypertrophie céphalique ou un pseudo-kyste.
- chez un alcoolique chronique, l'ictère peut témoigner parfois
d'une cirrhose décompensée associée ou d'une hépatite alcoolique
aiguë grave.
- un épanchement péritonéal (ascite) ou pleural est parfois
noté. Il traduit une fistule pancréatique ou la décompensation
d'une cirrhose associée.
- les signes en rapport avec :
- une intoxication alcoolique chronique (érythrose faciale,
hypertrophie parotidienne, maladie de Dupuytren, polynévrite des
membres inférieurs, etc.) doit être recherchée ;
- une éventuelle cirrhose associée (angiomes stellaires,
circulation collatérale, érythrose palmaire, etc.).
Évolution :
Douleurs abdominales subaiguës ou chroniques :
Les douleurs abdominales subaiguës ou chroniques constituent le
mode évolutif caractéristique de la pancréatite chronique.
- Elles surviennent par crises, volontiers déclenchées par la
prise d'alcool.
- Les crises ont spontanément tendance à s'espacer dans le temps
pour disparaître, parallèlement à l'aggravation des lésions
fibreuses pancréatiques et à une incidence accrue des
calcifications.
- Il est probable que les symptômes régressent au fur et à
mesure que l'insuffisance pancréatique s'installe.
- Le rôle de l'alcool sur la diminution des crises est fortement
suspecté.
Poussées de pancréatite aiguë :
Les poussées de pancréatite aiguë se traduisent aussi par un
syndrome douloureux, volontiers plus intense que les douleurs
habituelles.
Le tableau clinique est identique à celui des pancréatites
aiguës d'autres étiologies, avec la possibilité de formes graves
nécrosantes.
Complications :
L'évolution de la pancréatite chronique peut être émaillée de
complications, survenant dans la majorité des cas pendant ou au
décours d'une crise douloureuse, avec ou sans poussée aiguë.
- Les plus fréquentes sont le pseudo-kyste, les compressions
bilio-digestives, le diabète et l'insuffisance pancréatique
exocrine.
- En dehors du diabète et de l'insuffisance pancréatique
exocrine qui apparaissent tardivement, les complications
surviennent surtout au début de l'évolution de la pancréatite
chronique et tendent, comme les douleurs, à diminuer de
fréquence avec le temps.
Absence de douleur :
La douleur est cependant absente chez un petit nombre de
patients.
Le diagnostic est alors souvent fait devant un diabète, une
diarrhée graisseuse avec un amaigrissement ou la mise en
évidence de calcifications dans l'aire pancréatique.
Mortalité :
La mortalité directement liée à la pathologie pancréatique est
faible.
Les principales causes de mortalité sont :
- l'hépatopathie chronique alcoolique ;
- et les cancers des voies aéro-digestives supérieures.
Complications :
PSEUDO-KYSTES :
Les pseudo-kystes (ou faux kystes) sont des collections
liquidiennes organisées dont la paroi est constituée par les
organes de voisinage (à la différence du kyste vrai qui possède
une paroi propre avec un épithélium) :
- ils compliquent fréquemment l'évolution des pancréatites
chroniques (30 à 50 % des cas).
- ils peuvent être intrapancréatiques ou extra-pancréatiques
(arrière-cavité des épiploons, hile splénique, rétropéritoine,
etc.).
- ils sont découverts à l'occasion d'une poussée aiguë (il
s'agit souvent de pseudo-kystes nécrotiques) ou en son absence
(pseudo-kyste de type rétentionnel) ;
- leur volume et leur nombre sont variables.
Manifestations cliniques
Les manifestations cliniques des pseudo-kystes sont nombreuses.
- Les douleurs sont fréquentes :
- il est parfois difficile de les rattacher formellement au
pseudo-kyste, car il existe souvent une cause possible (poussée
aiguë évolutive, distension du canal de Wirsung...).
- la ponction du pseudo-kyste permet d'affirmer sa
responsabilité dans la survenue des douleurs si son affaissement
s'accompagne de la disparition des symptômes.
- la récidive est pratiquement constante dans les 48 heures avec
réapparition de la douleur.
- Les vomissements surviennent en cas de volumineux
pseudo-kystes comprimant le tube digestif (duodénum, estomac).
- Les pseudo-kystes volumineux sont souvent palpables, sous la
forme d'une masse plus ou moins rénitente, habituellement
épigastrique, sensible, mate à la percussion, entraînant parfois
une voussure abdominale visible dès l'inspection.
- La surinfection est une complication grave (abcès
pancréatique), suspectée sur l'existence d'une fièvre, d'un
syndrome inflammatoire marqué, d'une hyperleucocytose et d'une
altération de l'état général :
- la ponction rapide avec examen bactériologique fait le
diagnostic.
- elle doit être suivie du drainage du pseudo-kyste (par mise en
place d'un drain sous contrôle radiologique plus souvent que par
drainage chirurgical) en association à l'antibiothérapie.
- L'ictère complique les pseudo-kystes de la tête du
pancréas et de la région hilaire hépatique par compression de la
voie biliaire principale.
- L'hémorragie est rare mais grave, liée à une hémorragie
intrakystique ou extra-kystique (érosion d'une artère de la
paroi ou de voisinage). Le traitement urgent repose sur
l'embolisation sous contrôle radiologique ou la chirurgie.
- La rupture du pseudo-kyste est rare en dehors de la
fistulisation dans un organe creux (estomac, intestin grêle,
côlon) qui, en permetttant le drainage de la collection,
constitue un mode de guérison spontanée. Si la rupture se fait
dans la cavité péritonéale, une ascite riche en enzymes
pancréatiques associée à une importante altération de l'état
général et un syndrome douloureux surviennent.
- Les signes d'hypertension portale segmentaire sont rarement
décelables (splénomégalie).
Examens morphologiques
Le diagnostic de pseudo-kyste repose sur les examens
morphologiques :
- l'échotomographie abdominale met en évidence une image
hypoéchogène, en précise le siège, le nombre, l'existence de
complications (dilatation des voies biliaires, hypertension
portale segmentaire par compression ou thrombose de la veine
splénique, ascite, hémorragie intrakystique). Parfois, la région
pancréatique n'est pas explorable du fait de l'interposition des
gaz digestifs ;
- l’examen tomodensitométrique est une technique très fiable
pour le diagnostic de pseudo-kyste, qui apparaît sous la forme
d'une image hypodense ne prenant pas le contraste ;
- les autres explorations n'ont pas d'intérêt diagnostique
(l'artériographie n'est justifiée qu'en cas d'hémorragie afin de
préciser quel est le vaisseau en cause et pratiquer
l'embolisation).
Traitement
Un pseudo-kyste de petite taille, asymptomatique et non
compliqué peut être surveillé par échotomographie.
En cas de syndrome douloureux ou de complication, un traitement
est justifié :
- il peut s'agir d'un drainage :
- radiologique (ponction par voie transcutanée sous contrôle
échographique ou tomodensitométrique avec mise en place d'un
drain) ;
- endoscopique (anastomose kysto-duodénale ou kysto-gastrique
endoscopique).
- ou chirurgicale (anastomose kysto-gastrique, kysto-duodénale
ou kysto-jéjunale).
- une intervention de résection pancréatique est rarement
nécessaire.
La ponction n'est pas un traitement du pseudo-kyste car la
récidive rapide est la règle. Elle est utile pour confirmer le
caractère douloureux du pseudo-kyste et pour diagnostiquer une
surinfection.
ICTÈRE :
L'ictère est une complication fréquente au cours de la
pancréatite chronique (20 à 30 % des cas), en rapport avec une
compression de la voie biliaire principale au niveau de la tête
du pancréas.
- C'est un ictère cholestatique, caractérisé sur le plan
clinique par des selles décolorées, des urines foncées, un
prurit, et sur le plan biologique, par une élévation des
phosphatases alcalines, de la gamma GT et de la bilirubine
conjuguée.
- Une cholestase anictérique est possible et justifie une
conduite diagnostique et thérapeutique identique.
- La compression peut être causée par :
- une tête pancréatique inflammatoire (poussée aiguë récente).
- un pseudo-kyste céphalique (au cours ou en dehors d'une
poussée aiguë).
- une tête pancréatique fibreuse en dehors de toute poussée
aiguë.
Dans les deux premiers cas, une régression spontanée de l'ictère
est possible.
En l'absence de régression, une dérivation chirurgicale est
nécessaire pour éviter l'évolution vers la cirrhose biliaire
secondaire.
Cependant, l'origine de la compression est souvent
multifactorielle.
- Lorsque la pancréatite chronique n'est pas connue, le
principal diagnostic différentiel est le cancer du pancréas. Il
convient de ne pas méconnaître les autres causes potentielles
d'ictère chez l'alcoolique chronique telles que l'hépatite
alcoolique aiguë sévère et la cirrhose décompensée.
DIABETE :
Complication tardive de la pancréatite chronique, le diabète
aggrave l'amaigrissement consécutif à l'insuffisance
pancréatique exocrine et à la restriction alimentaire
volontaire.
- Il peut être favorisé par une résection pancréatique
chirurgicale.
- Il doit être recherché systématiquement par le dosage de la
glycémie à jeun et post-prandiale.
- Il complique sévèrement l'évolution de la pancréatite car sa
prise en charge thérapeutique est souvent difficile sur ce
terrain, surtout si une insulinothérapie est nécessaire.
INSUFFISANCE PANCRÉATIQUE EXOCRINE :
Complication également tardive au cours de la pancréatite
chronique, l'insuffisance pancréatique exocrine est responsable
de maldigestion par carence en suc pancréatique.
- L'élément diagnostique principal est la stéatorrhée mesurée
après surcharge en beurre (normale inférieure à 5 g/24 h)
témoignant de la malabsorption des graisses.
- La créatorrhée est toujours plus modérée.
- Le traitement substitutif repose sur l'administration
d'enzymes pancréatiques (Créon*).
COMPRESSION DIGESTIVE :
Causes principales
La compression duodénale est fréquente du fait des rapports
anatomiques étroits entre le pancréas et le duodénum.
Les principales causes sont :
- une poussée aiguë avec augmentation du volume de la tête
pancréatique.
- un pseudo-kyste de la tête du pancréas.
- une grosse tête fibreuse de pancréatite chronique.
- plus rarement, une dystrophie kystique duodénale sur pancréas
aberrant.
Diagnostic
- La symptomatologie se résume à une intolérance alimentaire
avec vomissements. Elle est parfois absente.
- L'endoscopie digestive et le transit œso-gastro-duodénal
objectivent la sténose.
- L'examen tomodensitométrique met en évidence les signes de
poussée aiguë ou le pseudo-kyste responsable de la compression.
Le traitement est chirurgical (intervention de dérivation par
anastomose gastro-jéjunale).
EPANCHEMENTS DES SEREUSES :
On peut observer une pleurésie, une ascite ou plus rarement une
péricardite.
Les épanchements des séreuses sont des complications découvertes
souvent pendant une poussée aiguë.
- Elles sont caractérisées par :
- une symptomatologie souvent bruyante (dyspnée, douleurs,
altération de l'état général) ;
- un taux très élevé d'enzymes pancréatiques dans le liquide de
ponction affirmant l'origine pancréatique.
- Les épanchements correspondent dans la majorité des cas à une
rupture d'un pseudo-kyste communiquant avec les canaux
pancréatiques (fistule pancréatico-pleurale ou
pancréatico-péritonéale).
- Le traitement est souvent chirurgical. Les analogues de la
somatostatine (Sandostatine*) permettent parfois de tarir
certaines fistules.
HEMORRAGIES DIGESTIVES :
Les hémorragies digestives sont le plus souvent en rapport avec
une hypertension portale (thrombose porte) ou une hypertension
portale segmentaire (compression ou thrombose splénique)
responsable de varices œsophagiennes ou d'une gastropathie
d'hypertension portale.
- Les thromboses sont favorisées par l'inflammation secondaire
aux poussées de pancréatite et aux compressions locales (glande
pancréatique hypertrophiée, pseudo-kyste...).
- Plus rarement, l'hémorragie peut être due à un pseudo-kyste
(hémorragie intrakystique, érosion d'une artère de voisinage,
rupture).
Diagnostic :
DIAGNOSTIC DE LA PANCRÉATITE CHRONIQUE :
Le diagnostic est souvent suspecté sur la notion d'épisodes de
douleurs abdominales récidivant depuis plusieurs années chez un
patient alcoolique chronique.
Présence de calcifications pancréatiques :
Ce diagnostic repose en pratique sur la mise en évidence de
calcifications pancréatiques sur les examens morphologiques.
Radiographies de l'abdomen sans préparation
Les clichés d'abdomen sans préparation montrent des
calcifications se projetant sur l’aire pancréatique, en regard
de L2, au mieux sur un cliché oblique antérieur gauche (afin
d'éviter la projection sur le rachis) :
- les calcifications sont de distribution, de forme et
d'intensité variées :
- elles peuvent être localisées ou diffuses, fines ou de grande
taille.
- elles moulent parfois le canal de Wirsung et les canaux
secondaires.
- cependant, ces aspects sont souvent absents ou minimes et la
sensibilité de l'abdomen sans préparation dans le diagnostic de
pancréatite chronique est faible.
Echotomographie
L'échotomographie confirme les calcifications sous la forme de
foyers d'échos avec cône d'ombre postérieur au sein du
parenchyme pancréatique. Cet examen recherche également :
- une augmentation du volume de la glande pancréatique qui prend
un aspect inhomogène, avec des contours irréguliers.
- une dilatation du canal de Wirsung.
- un pseudo-kyste (zone anéchogène, bien limitée, arrondie, de
taille et de siège variés).
- une dilatation des voies biliaires extra-hépatiques et
intrahépatiques.
- une thrombose ou une compression splénique ou portale ;
- cependant, l'interposition fréquente des gaz digestifs peut
entraver toute exploration échographique de la région
pancréatique.
Tomodensitométrie abdominale La TDM abdominale (scanner) est l'examen de référence
:
- les calcifications sont reconnues sur les clichés sans
injection de produit de contraste ;
- l'examen tomodensitométrique apporte des renseignements
souvent supérieurs à ceux de l'échotomographie, notamment en cas
de poussée aiguë ou de complication.
Echoendoscopie
L'échoendoscopie a surtout un intérêt :
- dans l'étude du retentissement local de la pancréatite
chronique (compression biliaire ou veineuse, pseudo-kyste,
dilatation du canal de Wirsung).
- et à un moindre degré pour le diagnostic différentiel avec le
cancer du pancréas.
- discutée, pour le diagnostic précoce de pancréatite chonique
non calcifiée.
Absence de calcifications pancréatiques :
Le diagnostic peut être plus difficile en l'absence de
calcifications (forme débutante) et repose alors essentiellement
sur la cholangiopancréatographie rétrograde endoscopique qui
objective :
- les anomalies des canaux pancréatiques (aspect irrégulier du
canal de Wirsung et des canaux secondaires, sténoses,
dilatations, lacunes intracanalaires évocatrices de calculs
pancréatiques) et affirme ainsi la pancréatite chronique.
- parfois un pseudo-kyste communiquant avec le canal de Wirsung.
- le retentissement sur la voie biliaire lors de la
cholangiographie rétrograde sous la forme d'une sténose
régulière de la portion rétropancréatique avec ou sans
dilatation sus-jacente.
Autres examens complémentaires :
- Les enzymes pancréatiques (lipasémie, amylasémie, amylasurie)
ont un taux sérique normal. Leur élévation à plus de deux fois
la limite supérieure de la normale évoque une poussée aiguë ou
l'existence d'un pseudo-kyste.
- Les explorations fonctionnelles pancréatiques reposent
essentiellement sur le dosage de la stéatorrhée.
- Le recueil des selles s'effectue sur 3 jours après surcharge
en beurre en l'absence de traitement substitutif.
- L'augmentation de l'excrétion fécale des graisses témoigne de
l'insuffisance pancréatique exocrine.
- Le PABA-test et le tubage duodénal ne sont plus utilisés en
pratique courante.
- Le dosage de la glycémie à jeun et post-prandiale, ainsi
qu'un test d'hyperglycémie provoquée permettent de diagnostiquer
un diabète.
- L’examen histologique est théoriquement l'examen de référence.
- Cependant, à la différence de la cirrhose alcoolique où il
s'avère indispensable, il n'est jamais nécessaire pour le
diagnostic de pancréatite chronique. Il n'est obtenu que
rarement, et uniquement chez les patients opérés dans un but de
résection pancréatique.
- Les lésions se présentent sous forme de foyers inflammatoires
et de fibrose répartis de façon aléatoire dans le parenchyme
(lésions bigarrées de la pancréatite chronique) avec une
disposition lobulaire. Elles comprennent également une atrophie
de l'épithélium canalaire et la présence dans les canaux de
précipités éosinophiles contenant des protéines et du calcium
ainsi qu'une altération des fibres nerveuses intrapancréatiques.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Cancer du pancréas :
Le diagnostic différentiel principal est le cancer du pancréas.
- Il est évoqué sur l'imagerie devant :
- une masse tissulaire pancréatique localisée, hétérogène, avec
métastases hépatiques en tomodensitométrie, en échotomographie
ou en échoendoscopie ;
- une sténose complète du canal de Wirsung (image de stop) avec
normalité des canaux sous-jacents en cholangiopancréatographie
rétrograde endoscopique.
- La confirmation histologique est nécessaire.
- Elle est obtenue par biopsie transcutanée sous contrôle
radiologique (scanner ou échotomographie), plus rarement par
ponction sous échoendoscopie ou laparotomie.
- L'examen cytologique du produit de brossage intracanalaire au
cours de la wirsungographie rétrograde endoscopique est parfois
utile.
Poussée aiguë de pancréatite :
En cas de poussée aiguë de pancréatite et en l'absence de
calcifications, le diagnostic différentiel avec une autre
étiologie de pancréatite aiguë (surtout biliaire) est souvent
difficile.
Il repose sur :
- la notion d'intoxication alcoolique chronique (mais la
lithiase biliaire peut se voir chez l'alcoolique).
- l'absence de lithiase vésiculaire ou de la voie biliaire
principale ;
- la négativité de la recherche de microcristaux après tubage
biliaire ;
- les anomalies caractéristiques à la cholangiopancréatographie
rétrograde endoscopique à distance de la poussée aiguë.
Traitement :
Sevrage alcoolique :
Le sevrage alcoolique doit être complet et définitif.
La poursuite de l'intoxication est la cause majeure de la
persistance des phénomènes douloureux.
Il justifie souvent une prise en charge spécifique (centre
d'alcoologie).
Régime alimentaire :
L'apport en graisse doit être limité.
Les apports alimentaires sont d'environ 2 500 à 3 000 calories
par jour (100 à 150 g de protides, 300 à 400 g d'hydrates de
carbone et 65 à 75 g de lipides).
Extraits pancréatiques :
Les extraits pancréatiques (Créon*, Eurobiol*) sont
indispensables en cas d’insuffisance pancréatique exocrine
(amaigrissement, diarrhée avec stéatorrhée).
Leur intérêt dans la prévention des poussées douloureuses par
mise au repos du pancréas n'est pas démontré.
Traitement médical des crises douloureuses :
- Outre les mesures hygiénodiététiques, il repose sur les
antalgiques (paracétamol et dextropropoxyfène). Le recours à des
antalgiques puissants est parfois nécessaire (buprénorphine,
morphine) exposant au risque d'accoutumance.
- L'aspiration digestive n'a pas de rôle antalgique
démontré et n'est utile qu'en cas de vomissements.
- La réalisation d'un bloc cœliaque (sympatholyse chimique du
plexus cœliaque) sous contrôle radiologique est parfois proposée
mais son efficacité est discutée.
Traitement chirurgical :
Deux types d'interventions sont possibles.
Exérèses pancréatiques
- La duodéno-pancréatectomie céphalique consiste à effectuer une
résection de la tête du pancréas et du duodénum qui lui est
accolé :
- elle s'accompagne obligatoirement d'une anastomose
bilio-jéjunale, gastro-jéjunale et wirsungo-gastrique (ou
wirsungo-jéjunale) ;
- les indications de la duodéno-pancréatectomie céphalique sont
limitées (hypertrophie de la tête du pancréas compliquée de
pseudo-kyste avec douleurs rebelles et compression
bilio-digestive et surtout s'il existe une suspicion de
micro-abcès diffus de la tête).
- La spléno-pancréatectomie gauche enlève la queue du pancréas
et la rate.
- La pancréatectomie totale qui conjugue les deux précédentes
n'a pratiquement plus d'indication dans la pancréatite
chronique.
Interventions de dérivation
Les interventions de dérivation sont souvent associées les unes
aux autres :
- dérivation du canal de Wirsung dilaté par anastomose
wirsungo-gastrique ou wirsungo-jéjunale.
- dérivation biliaire par anastomose cholédoco-duodénale ou
cholédoco-jéjunale.
- dérivation digestive duodénale par anastomose gastro-jéjunale.
- dérivation d'un pseudo-kyste par anastomose kysto-duodénale,
kysto-gastrique ou kysto-jéjunale.
L'intervention chirurgicale est indiquée en cas de complication
ou de douleur rebelle.
Cependant, en cas de pseudo-kyste, le développement de
techniques interventionnelles non chirurgicales (radiologique et
endoscopique) a fait diminuer les indications de la chirurgie.
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