Stéatose alcoolique macrovésiculaire :
- Les études effectuées chez l'homme montrent que la stéatose
est une complication fréquente et précoce de l'intoxication
alcoolique, retrouvée chez 30 % des buveurs excessifs ayant subi
une ponction-biopsie hépatique.
- Au cours de la stéatose alcoolique, la surcharge hépatocytaire
en triglycérides est due à un défaut d'oxydation des acides gras
par les mitochondries, secondaire à une augmentation du rapport
cytoplasmique NADH/NAD.
- Le diagnostic de stéatose est un diagnostic histologique.
Stéatose alcoolique microvésiculaire :
Le diagnostic de certitude de stéatose alcoolique
microvésiculaire est histologique.
- Elle est beaucoup plus rare que la stéatose macrovésiculaire,
tout au moins lorsqu'elle est pure.
- Dans la stéatose microvésiculaire, un dysfonctionnement aigu
des mitochondries, lié dans certains cas à une délétion de l'ADN
mitochondrial, a été évoqué.
Hépatite alcoolique aiguë :
L'hépatite alcoolique aiguë est une entité fréquente et grave
dont la mortalité peut atteindre 50 % dans les formes sévères.
Le diagnostic d'hépatite alcoolique est souvent évoqué sur une
présomption clinicobiologique, mais il doit être confirmé par la
biopsie hépatique.
Stéatose alcoolique macrovésiculaire :
ANATOMIE PATHOLOGIQUE :
Le diagnostic de stéatose est un diagnostic histologique.
La stéatose alcoolique macrovésiculaire correspond à une
accumulation hépatocytaire de triglycérides.
La stéatose macrovésiculaire est de loin la forme la plus
fréquente d'atteinte hépatique liée à l'alcool.
- Il s'agit en règle générale d'une atteinte diffuse.
- L'atteinte prédomine dans la région centrolobulaire, mais
n'épargne aucun territoire lorsqu'elle est massive.
- Les globules graisseux, initialement limités par une membrane,
fusionnent pour constituer de grosses vacuoles refoulant le
noyau à la périphérie.
La stéatose peut être isolée ou associée à une hépatite
alcoolique aiguë, une fibrose ou une cirrhose.
DIAGNOSTIC POSITIF :
Signes cliniques :
La stéatose macrovésiculaire, indépendamment de son importance,
est habituellement asymptomatique.
- Dans les séries hospitalières, l'hépatomégalie est le signe
clinique le plus fréquemment retrouvé (70 % des cas), l'ictère
est rarement observé au cours des stéatoses isolées.
- L'association d'une hyperlipidémie, d'une anémie hémolytique
et d'un ictère définissent le syndrome de Zieve.
Les signes cliniques peuvent être classés en signes témoignant
de l'intoxication alcoolique et en signes d'hépatopathie.
Signes témoignant de l'intoxication alcoolique
- Signes d'intoxication alcoolique aiguë : faciès rouge,
agitation ou torpeur, conjonctives rouges et haleine œnolique.
- Signes d'intoxication alcoolique chronique : acné rosacée,
érythème palmaire, maladie de Dupuytren et augmentation de
volume des parotides.
- Signes physique de sevrage : signes adrénergiques de
prédelirium tremens (agitation, tremblements, sueurs,
tachycardie, hypertension artérielle), nausées, vomissements ou
hallucinations dans le cadre d'un delirium tremens.
Signes d'hépatopathie
- L'hépatomégalie est le signe le plus fréquent (70 % des
cas).
- L'ictère est rare et se voit surtout si la stéatose est
associée à une hépatite alcoolique aiguë ou à une stéatose
microvésiculaire massive.
Examens biologiques :
Tests hépatiques
Des anomalies des tests hépatiques sont observées dans plus de
50 % des cas :
- une augmentation modérée de la gamma-glutamyltranspeptidase,
bien que non spécifique, est le signe le plus fréquemment
retrouvé ;
- une augmentation modérée (le plus souvent moins de cinq fois
la limite supérieure de référence) des transaminases (avec un
rapport ASAT/ALAT supérieur à 1) ;
- une augmentation modérée de la phosphatase alcaline sérique ;
- une augmentation le plus souvent modérée de la bilirubine
prédominant sur la fraction conjuguée des taux élevés ne
sont retrouvés qu'en cas de formes sévères (hépatite alcoolique
surajoutée ou association à une stéatose microvésiculaire
massive) ;
- une diminution du TP et du facteur V est exceptionnellement
retrouvée et n'est observée que dans les formes sévères
(hépatite alcoolique surajoutée ou association à une stéatose
microvésiculaire massive).
Les perturbations du bilan biologique hépatique décrites
ci-dessus ne sont cependant pas spécifiques de la stéatose chez
les buveurs excessifs.
Signes biologiques d'alcoolisme
- Hépatopathie chronique : macrocytose et augmentation de la
gamma-glutamyltranspeptidase (induction enzymatique).
- Hépatopathie aiguë : thrombopénie par action toxique au niveau
médullaire de l'alcool, avec normalisation du taux de plaquettes
2 à 3 jours après l'arrêt de l'alcool.
Radiologie :
- L'échographie doit être prescrite systématiquement au
cours de l'exploration de perturbations du bilan biologique
hépatique.
- Le diagnostic de stéatose est souvent évoqué devant l'aspect
hyperéchogène du foie (augmentation du gradient d'échogénéicité
foie-rein).
- L'aspect hyperéchogène est le plus souvent homogène.
- Le parenchyme peut cependant être hétérogène, faisant craindre
la possibilité de lésions tumorales.
- Le scanner ou l'IRM ne sont pas des examens utiles chez les
patients ayant une stéatose. Dans les formes hétérogènes, ces
examens peuvent être prescrits afin d'éliminer la possibilité de
lésions tumorales. La stéatose apparaît hypodense au scanner et
hyperintense à l'IRM en séquence pondérée T1.
Néanmoins, quelles que soient les performances actuelles des
examens radiologiques, seule une biopsie hépatique permet
d'affirmer le diagnostic de stéatose macrovésiculaire.
Ponction-biopsie hépatique :
- Le diagnostic de certitude est histologique.
- Le cytoplasme de l'hépatocyte contient des vésicules de
graisse optiquement vides de 1 à 10 µm.
- Le noyau est refoulé à la périphérie par les vésicules
graisseuses.
- Le degré de stéatose pour un hépatocyte et le pourcentage des
hépatocytes sont très variables.
- La biopsie hépatique est réalisée par voie transpariétale ou
par voie transjugulaire s'il existe des troubles de l'hémostase
(thrombopénie inférieure à 50 000/mm3, taux de prothrombine
inférieur à 50 % ou allongement du temps de saignement).
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Devant un bilan hépatique perturbé
Chez les patients buveurs excessifs, des perturbations du bilan
hépatique doivent faire éliminer :
- une hépatopathie chronique liée au virus B, à une coïnfection
virale B-D ou au virus C.
- une hépatite alcoolique aiguë.
- une hépatite médicamenteuse.
- une hépatopathie quelle qu'en soit l'étiologie.
- un obstacle sur les voies biliaires.
- une tumeur hépatique.
Bilan d'exploration
Afin d'éliminer les diagnostics ci-dessus, le bilan
d'exploration de perturbations du bilan hépatique chez un buveur
excessif doit comporter :
- une échographie abdominale.
- les sérologies virales B, C et delta afin d'éliminer les
cirrhoses d'origine virale.
- le bilan ferrique afin d'éliminer l'hémochromatose génétique ;
- chez un sujet jeune, une cuprémie et un dosage de
céruloplasmine afin d'éliminer une maladie de Wilson.
- chez un sujet jeune, un dosage de l'alpha-1-antitrypsine.
- chez une femme d'âge moyen, une recherche d'anticorps
antimitochondries (de type M2) afin d'éliminer une cirrhose
biliaire primitive.
- chez une femme jeune, une recherche des auto-anticorps
antimuscle lisse et antiréticulum endoplasmique, afin d'éliminer
une hépatite auto-immune.
ÉVOLUTION :
L'évolution est en général favorable.
Le plus souvent, la stéatose disparaît en 2 à 6 semaines chez
les patients qui arrêtent de consommer de l'alcool.
TRAITEMENT :
Le seul traitement repose sur l'arrêt de l'alcool.
Stéatose alcoolique microvésiculaire :
La stéatose microvésiculaire est beaucoup plus rare que la
stéatose macrovésiculaire, tout au moins lorsqu'elle est pure.
Le diagnostic de certitude est histologique.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE :
- La présence dans les hépatocytes centrolobulaires d'une
multitude de vacuoles de petite taille, laissant le noyau en
position centrale, permet le diagnostic histologique de stéatose
microvésiculaire.
- Elle est plus souvent associée à une stéatose macrovésiculaire
et/ou à une hépatite alcoolique.
- Le diagnostic peut être difficile lorsque les vacuoles sont de
très petite taille. La mise en évidence histochimique des
graisses peut être utile, si l'on dispose d'un prélèvement
congelé ou fixé dans le formol.
La biopsie hépatique est réalisée par voie transpariétale ou par
voie transjugulaire, en fonction de l'hémostase (voir supra).
ASPECTS CLINIQUES :
- Si la présentation clinique peut être bruyante, avec ictère,
anorexie, ascite et hypertension portale, elle peut toutefois
être plus discrète.
- En cas de forme symptomatique, il n'y a pas de signe
biologique ou clinique permettant de la différencier de
l'hépatite alcoolique aiguë.
Certaines formes mortelles ont été rapportées, mais l'évolution
est en règle générale favorable.
- Signes témoignant de l'intoxication alcoolique (voir chapitre
“ Stéatose macrovésiculaire ”).
- Signes d'hépatopathie chronique : une hépatomégalie, un ictère
et/ou une encéphalopathie se voient en cas de forme massive.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
(Voir chapitre “ Stéatose macrovésiculaire ”.)
ÉVOLUTION :
La stéatose microvésiculaire disparaît rapidement en quelques
jours à l'arrêt de l'intoxication alcoolique.
TRAITEMENT :
Le seul traitement repose sur l'arrêt de la consommation
d'alcool.
Hépatite alcoolique aiguë :
L'hépatite alcoolique aiguë est une entité fréquente et grave
dont la mortalité peut atteindre 50 % dans les formes sévères.
Son diagnostic est souvent évoqué sur une présomption
clinicobiologique, mais il doit être confirmé par une biopsie
hépatique.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE :
L'association de signes de nécrose hépatocytaire et d'un
infiltrat à polynucléaires neutrophiles est nécessaire au
diagnostic d'hépatite alcoolique aiguë. Les corps de Mallory
sont présents dans 90 % des cas.
Ces lésions prédominent dans la région centrolobulaire :
- foyers de nécrose hépatocytaire avec ballonnisation et
clarification des hépatocytes (deux signes témoignant d'une
souffrance cellulaire).
- le second élément nécessaire au diagnostic histologique
d'hépatite alcoolique aiguë est la présence de polynucléaires
neutrophiles. Ceux-ci sont typiquement distribués autour
d'hépatocytes en nécrose ou comportant des corps de Mallory.
- les corps de Mallory, formations fortement éosinophiles, sont
observés dans le cytoplasme clarifié des hépatocytes, sous forme
de structures denses et rubanées.
DIAGNOSTIC POSITIF :
Signes cliniques :
La présentation clinique de l'hépatite alcoolique aiguë est très
variable.
Le diagnostic est suspecté chez un buveur excessif présentant :
- une hépatomégalie, signe clinique le plus fréquent (80 % des
cas).
- des douleurs de l'hypocondre droit.
- un ictère.
- une fièvre modérée (température habituellement inférieure à
38,5 °C).
- une décompensation œdémato-ascitique dans les formes sévères.
Il existe des formes mineures de celle précédemment décrite, où
les symptômes sont réduits, voire absents.
Examens complémentaires :
Biologie
- Les tests hépatiques biologiques montrent des anomalies assez
caractéristiques :
- une élévation modérée de l'activité sérique des transaminases
(classiquement inférieure à 10 fois la normale) prédominant sur
l'aspartate aminotransférase (avec un rapport ASAT/ALAT
supérieur à 1).
- une augmentation de la bilirubine totale prédominant sur la
fraction conjuguée.
- une augmentation de la gamma-glutamyltranspeptidase,
atteignant parfois 10 à 20 fois la normale.
- les phosphatases alcalines sont normales ou augmentées.
- une hyperleucocytose avec des polynucléaires neutrophiles
supérieure à 80 %.
- une diminution du taux de prothrombine et du facteur V dans
les formes sévères.
- Signes biologiques d'alcoolisme :
- chronique : macrocytose.
- aigu : thrombopénie par action toxique de l'alcool au niveau
médullaire.
Radiologie et ponction-biopsie hépatique
- Il n'existe pas d'anomalies radiologiques caractéristiques de
l'hépatite alcoolique aiguë.
- Les faibles spécificité et valeur diagnostique des signes
clinicobiologiques rendent indispensable la biopsie hépatique au
diagnostic d'hépatite alcoolique aiguë.
- Celle-ci est réalisée par voie transpariétale ou par voie
transjugulaire s'il existe des troubles de l'hémostase
(thrombopénie inférieure à 50 000/mm3, taux de prothrombine
inférieur à 50 % ou allongement du temps de saignement).
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
- Une échographie doit être prescrite systématiquement afin
d'éliminer un obstacle sur les voies biliaires ou une tumeur du
foie.
- En cas d'hépatite alcoolique aiguë éliminer en premier lieu
une angiocholite (échographie abdominale et hémocultures) et les
autres causes d'hépatites (voir supra).
ÉVOLUTION :
Une étude prospective de l'évolution sur le plan histologique
des patients ayant une hépatite alcoolique aiguë a retrouvé :
- l'apparition d'une cirrhose dans 40 % des cas.
- une normalisation du parenchyme hépatique dans 10 % des cas.
Le suivi des patients abstinents a retrouvé :
- dans 20 % des cas, une cirrhose.
- dans 30 % des cas, une normalisation du parenchyme hépatique.
Pronostic
Le pronostic de l'hépatite alcoolique aiguë est lié à la
sévérité de l'atteinte hépatique.
Dans les formes sévères, la survie à 6 mois est de 50 % si les
malades ne sont pas traités par des corticoïdes.
Evolution à court terme des formes sévères
L'hépatite est définie comme sévère si l'indice de Maddrey est
égal ou supérieur à 32 (indice de Maddrey = 4,6 x [temps de
Quick du malade en secondes - 12,5] + [bilirubine en µmol/17]).
En pratique, cela correspond à des patients ayant une
bilirubinémie totale égale ou supérieure à 100 µmol/l et un TP
inférieur ou égal 50 % :
- 50 % de survie à 6 mois en l'absence de traitement et 80 % de
survie à 6 mois si le malade est traité par corticoïdes.
- dans 30 % des cas survenue d'une infection bactérienne par
translocation bactérienne (bacille à Gram négatif dans 80 % des
cas) indépendamment de la prescription de la corticothérapie.
- dans 20 à 30 % des cas survenue d'hémorragie digestive.
TRAITEMENT :
Abstinence
La première étape de la prise en charge thérapeutique est
l'abstinence.
Corticothérapie
- Dans les formes sévères, le bénéfice de survie à court terme
liée à la corticothérapie a été clairement démontré. Ces formes
sévères surviennent dans 90% des cas chez les patients
cirrhotiques.
- La posologie actuellement recommandée est de 40 mg/j de
prednisolone (Solupred*) pendant 1 mois, puis arrêt brutal sans
qu'une phase de décroissance ne soit nécessaire.
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